Page 23

404

2. LES AGENCES FRANCAISES 2.1. Naissance d'une institution (1861 - 1862) a) Les circonstances C'est à la demande expresse de la Grande-Bretagne que le système des agences est appliqué aux opérations d'émigration vers les colonies françaises, comme l'une des contreparties à l'autorisation donnée par elle de recruter des candidats au départ dans les territoires anglais de l'Inde. On se souvient en effet que, jusqu'à l'entrée en vigueur de la Convention, le recrutement des émigrants expédiés par les ports français de la Côte de Coromandel s'opère exclusivement par l'intermédiaire de la Société d'Emigration de Pondichéry. Créée en 1850 par l'association des principales maisons de commerce de ce comptoir, cette société jouit du monopole des opérations en la matière, à elle attribué dès sa fondation par l'administration locale74. Cette situation, qui donne lieu à de nombreux abus et à des excès de toutes natures, déplaît très fort aux Britanniques, qui ne considèrent, à juste titre d'ailleurs, l'activité de la Société d'Emigration que comme une entreprise de pure spéculation commerciale sur la misère humaine, à laquelle il est de toute priorité de mettre un terme. C'est là l'une des causes parmi beaucoup d'autres des très mauvaises relations existant entre les autorités de Madras et celles des Etablissements français pendant la majeure partie de la décennie 1850. Aussi, quand les négociations sur l'émigration indienne recommencent sérieusement entre les deux pays, à la fin de 1857, l'une des toutes premières exigences de Londres est que les recrutements ne pourront être faits, tant en Inde anglaise que dans les comptoirs, que par des agents officiels du gouvernement français et non par une compagnie privée. A la grande surprise des Britanniques, cette demande est immédiatement acceptée par la partie française. Un accord sur la rédaction définitive d'un texte est très vite trouvé sur ce point au bout de quelques jours75 ; elle est reprise inchangée par l'article 2 de la Convention lorsque celle-ci est enfin signée, quatre ans plus tard76. Le gouvernement français n'a pas hésité à sacrifier la Société d'Emigration sur l'autel du futur accord avec l'Angleterre, non seulement parce qu'elle n'a cessé, pratiquement depuis sa 74. Sur tout ce qui concerne la formation, l'histoire et les opérations de cette société, voir J. WEBER, Ets français, t. II, p. 992-1049. 75. Sur tout ce qui précède, voir PRO, FO 425/37, nos 47 et 48, p. j., mémorandum britannique et réponses françaises, novembre et décembre 1857 ; n° 57, F. Rogers, négociateur britannique, à Foreign Office, 26 janvier 1858. Arch. Dipl., ADP, Inde 1, liasse "Londres, 1850-58", Persigny, ambassadeur de France, à MAE, 1er janvier 1858. 76. "Le gouvernement français confiera, dans chaque centre de recrutement, la direction des opérations à un agent de son choix".

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

Profile for scduag
Advertisement