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L'événement le plus fréquent est évidemment la tempête, de quelque nom qu'on la baptise (tempête, coup de vent, cyclone, ouragan). Encore faut-il noter que tous les navires ne sont pas systématiquement frappés à toutes les traversées ; sur la cinquantaine de rapports de voyage vers la Guadeloupe qui nous sont parvenus, à peine une dizaine font état d'une telle rencontre44, et ce n'est que dans deux cas seulement que le navire s'est réellement trouvé en difficulté45. A côté, on compte à peu près autant de convois qui, sauf quelques petits problèmes passagers de vent, bénéficient de conditions excellentes pratiquement d'un bout à l'autre du voyage, même au franchissement du Cap46. Les accidents et avaries diverses sont également très peu nombreux. Nous n'en connaissons que quatre certains : le second Indien (avarie de nature non précisée dans les parages de la Réunion), le Dunphaïle Castle (abordé par un autre navire lors de l'escale de Sainte-Hélène), le Latona (voie d'eau dans l'Océan Indien) et le Syria ("accident" de nature inconnue en rade de Basse-Terre). Plus deux autres cas pour lesquels un incident technique est possible, mais qui peuvent aussi être la conséquence de problèmes graves de santé apparus à bord47. Enfin, les naufrages et échouements ne surviennent que très exceptionnellement. Sur les 92 navires à voile ayant relié l'Inde à la Guadeloupe pendant toute la période d'immigration, deux seulement connaissent un accident de ce type, l'Emile Péreire, qui s'échoue sur des cayes à l'entrée de la passe du port de Pointe-à-Pitre, mais sans aucune conséquence d'aucune sorte48, et surtout le Sigisbert Cézard, dont nous avons dit précédemment à quel point le prétendu "naufrage" sans victimes survenu comme par hasard juste devant Cayenne, sa destination initiale, semble suspect49. Quant aux "vrais" naufrages, c'est à peine si on peut en recenser une dizaine sur les quelques mille coolie ships ayant fait le voyage vers la Caraïbe entre la décennie 1840 et 1900, dont un seul, le Souvenance, était destiné pour les colonies françaises50.

44. Présentés note 23, supra. 45. Sur le Clyde, le coup de vent a été si soudain qu'on n'a pas eu le temps d'amener les voiles ; 12 voiles sur 15 ont été "mises en charpies" en moins de dix minutes. L'urgence était telle qu'il a fallu employer 20 passagers indiens à la manœuvre ; ils se sont "admirablement comportés", mais l'un d'eux a été emporté par une vague. Le Peckforton Castle a eu une voie d'eau au cours d'une tempête au débouché du canal de Mozambique ; il a fallu pomper. Mais elle ne devait pas être bien grave, puisque le navire n'a même pas eu besoin de s'arrêter avant Sainte-Hélène pour faire réparer. 46. Théréza, Sussex, second Contest, second Jumna, Bann, Artist, premier Jorawur, Lee, Epervier, second Hereford. 47. Le Mansard, qui doit faire deux relâches successives aux Mascareignes, à Maurice puis à la Réunion ; que s'est-il passé entre les deux îles ? Et le Knight Companion, obligé de s'arrêter 26 jours lors de l'escale du Cap sans que nous sachions pourquoi. 48. Le navire est renfloué le jour même ; il n'a subi aucune avarie. 49. Voir supra, chap. V. 50. H. TINKER, New system, p. 166-167. Mais cet auteur, qui ne semble pas avoir fait une recherche systématique, n'a peut-être pas relevé tous les naufrages survenus au cours de cette période ; en particulier, celui de l'Indus, cité note 43, supra, paraît lui avoir échappé.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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