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lèvent l'ancre entre août et octobre, alors que les conditions de navigation sur l'Océan Indien et au franchissement du Cap, un mois et demi plus tard, sont encore bien peu favorables, mais ceci s'explique à la fois par le grand nombre de navires disponibles en Inde19 et par les pressions exercées par les colonies "importatrices" de main-d'oeuvre sur les agents d'émigration pour que, après pratiquement six mois de "disette", ils leur envoient des coolies le plus rapidement possible, même si les conditions de navigation ne sont pas encore idéales. Puis après cette première grande vague annuelle d'émigration, novembre marque un creux très net, qui reflète surtout les difficultés de recrutement dans l'arrière-pays au cours des semaines précédentes, pendant la récolte d'automne. Enfin, vient le principal moment des départs, de décembre à février, avec près de la moitié du total, qui correspond évidemment, un mois et demi plus tard, à la période la plus favorable pour franchir le Cap.

b) Le déroulement du voyage : la route et ses escales Voici venu maintenant le moment de nous embarquer pour faire le voyage jusqu'à la Guadeloupe. La route suivie depuis l'Inde apparaît sur la carte n° 12. Qu'il commence au Bengale ou à la Côte de Coromandel, le voyage démarre toujours assez lentement. Au départ de Calcutta, les règlements relatifs à la navigation sur l'Hoogly interdisent aux voiliers de descendre le fleuve de nuit, ni sans l'assistance d'un remorqueur à vapeur ; il faut donc généralement deux jours pleins pour atteindre la haute mer, avec une nuit à l'ancre entre les deux20. Au départ de Pondichéry, il y a toujours une escale à Karikal, environ 70 milles plus au sud, pour compléter le convoi ; en moyenne, sur les 32 cas pour lesquels nous sommes renseignés, il faut trois jours entre le moment où le navire quitte le premier comptoir et celui où il repart du second, mais le délai est de six jours pour trois navires, et le Clyde est même bloqué pendant une semaine en rade de Karikal par des vents contraires qui l'empêchent d'accoster. Les deux routes se rejoignent à la latitude de Ceylan. Nous avons vu que la plus ou moins grande facilité ou pénibilité du voyage dans l'Océan Indien, que ce soit pour le navire ou pour ses passagers, varie fortement en fonction de la saison ; la marche est en principe plus rapide, moins agitée et moins arrosée par mousson d'hiver, mais nous savons que même à ce moment-là il peut tout de même y avoir quelques problèmes à cet égard. Le passage de l'équateur n'offre généralement pas de difficultés majeures ; quelques rapports 19. C'est en effet l'époque où, portés par la mousson du sud-ouest, les navires arrivent en masse d'Europe ou d'Amérique ; naturellement, leurs armateurs souhaitent les immobiliser en Inde le moins longtemps possible. En outre, comme l'offre est abondante, le prix du fret est plus bas, et les agents d'émigration cherchent donc à en profiter. 20. Rapports sur les Chetah, Killochan et second Bruce.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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