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589 d'émigration a moins de capacité de se retourner en cas de retard dans la préparation des navires ou des contingents. Certes, le système conserve tout de même une certaine souplesse, parce que le marché de l'affrètement des coolie ships dans le grand port du Bengale s'étend à pratiquement toutes les colonies sucrières du monde "importatrices" de coolies ; en cas de nécessité, il peut éventuellement être possible pour un agent d'émigration d'annuler sans frais une charte-partie s'il procure au navire affrété un convoi et une destination de remplacement123. Mais cette possibilité n'existe pas toujours. A trois reprises, Charriol se trouve coincé parce que convois et navires ne sont pas prêts en même temps. En 1876, il doit payer à l'armateur de l'Orissa une indemnité de 300 £ pour résilier la charte-partie de ce navire, faute d'avoir pu y embarquer le convoi prévu124 ; à la fin de cette même année, il annule de nouveau une charte-partie, celle du Brechin Castle, parce que ce navire, arrivé trop tardivement à Calcutta, ne peut être prêt "sur tous les points" à la date prévue125 ; enfin en 1878, le blocage du Killochan par les autorités britanniques du Bengale, parce qu'il n'a pas embarqué la proportion réglementaire de femmes126, l'obligent à payer d'énormes surestaries qui "plombent" finalement les comptes de ce convoi127. Ceci dit, il ne faut tout de même pas trop exagérer les difficultés de l'agence française de Calcutta dans ce domaine ; les trois cas qui précédent constituent les seuls problèmes de désynchronisation rencontrés par Lamouroux puis Charriol sur 41 navires affrétés entre 1873 et 1888. Même quand aucun retard n'est à déplorer de part et d'autre, il faut toujours un certain délai pour préparer le navire et le mettre à même d'embarquer le convoi prévu. Il doit tout d'abord subir les différentes visites prévues par les textes réglementant l'émigration, arrêté français du 3 juillet 1862 et Act XIII, 1864. Une commission ad hoc à Pondichéry128 et "a competent person" nommée par le protecteur des émigrants dans les ports de l'Inde anglaise doivent visiter le navire, s'assurer de son état général et de sa capacité à embarquer des passagers, examiner ses installations, vérifier qu'elles répondent bien aux conditions portées par les 123. Ainsi au début de 1885, le Conseil Général de la Guadeloupe ayant décidé de ne plus demander d'immigrants en raison de la crise sucrière, l'agent français d'émigration à Calcutta doit résilier la charte-partie qu'il avait signée avec la maison Nourse pour l'affrètement du Bruce, mais il évite de payer des indemnités parce qu'il a pu "procurer (à ce) navire … un fret pour transporter des coolies de Madras à Demerara" (la Guyane britannique) ; ANOM, Géné. 117/1008, Charriol à M. Col., 20 janvier 1885. 124. La mort de Lamouroux, en mai, et le retard apporté par l'administration britannique à l'approbation de son successeur ont interrompu les recrutements pratiquement jusqu'à la fin de l'année ; ibid, le même au même, 25 septembre 1876. 125. Ibid, le même au même, 28 décembre 1876, et à gouverneur Guadeloupe, 9 mars 1877. 126. Voir supra, p. 486-487. 127. Sur toute cette affaire et sur le contentieux qui en est résulté, voir ANOM, Géné. 117/1008, Charriol à M. Col. et à gouverneur Guadeloupe, 19 et 26 janvier 1877, et p. j., copie de la correspondance échangée avec les consignataires du navire, fin novembre 1876 à janvier 1877 ; il semble que le navire ait été immobilisé dans le port de Calcutta 6 à 7 semaines au moins. 128. Composée du commissaire local à l'inscription maritime, du capitaine du port, du médecin devant embarquer avec le convoi, d'un chirurgien de la Marine et d'un capitaine de bâtiment commercial.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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