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surveillance des dépôts que dans les agences principales, un commis aux écritures, un cuisinier et des gardiens chargés de surveiller les recrues et de les convoyer jusqu'à Calcutta60. Nous ne savons rien sur la nature et la disposition des bâtiments qui composent ces sous-dépôts ; probablement sont-elles, ici aussi, identiques à celles des agences de Calcutta. Par contre, nous sommes un peu mieux renseignés sur leur état général qui, le plus souvent, laisse très fortement à désirer : manque de place, manque d'entretien et de propreté, promiscuité, séparation insuffisante entre les sexes, tels sont les défauts qui les caractérisent généralement61, probablement parce qu'il ne s'agit en fait que de lieux de passage, où ceux qui y transitent n'ont guère le temps de se plaindre ; mais la situation varie toutefois considérablement d'un établissement à l'autre62.

c) Les recruteurs Quelle que soit la qualité de leurs installations, les agences et sous-agences d'émigration ne valent que par l'activité qu'elles déploient et les hommes qu'elles recrutent. Agents et sousagents ne se livrent évidemment pas par eux-mêmes directement aux opérations de recrutement ; ils passent par l'intermédiaire de recruteurs, appelés mestrys en pays tamoul et kanganis en Inde du Nord, qui sont de véritables spécialistes et constituent la cheville ouvrière et l'articulation centrale de toute la filière. Nous montrerons dans le chapitre suivant comment ils opèrent, voyons maintenant qui ils sont. Ces recruteurs sont tous des Indiens et proviennent de tous les milieux ; parmi eux se trouvent aussi bien des brahmanes, la plus haute caste, que des membres de basses castes, comme les Chamars. Certains font du recrutement un véritable métier, qu'ils exercent pendant 15 ou 20 ans, beaucoup sont d'anciens "pions" de la police locale ou des soldats démobilisés de l'Indian Army, mais les antécédents professionnels de la plupart d'entre eux sont extrêmement divers : anciens artisans, commerçants ou domestiques, travailleurs agricoles ayant quitté la terre, etc ; enfin, on compte également un grand nombre d'anciens émigrants revenus au pays et qui, forts de leur expérience, s'occupent maintenant de recruter à leur tour des candidats au départ63. 60. Ibid, 1ère partie, p. 9 ; Rapport Pitcher, p. 144. 61. Rapport Pitcher, p. 145. 62. Rapport Grierson, 1ère partie, p. 7 : à Dinapur, "the French sub-depot ... is the best I have seen", alors que celui de Trinidad "is the worst one I saw ... A vile place". Rapport Pitcher, p. 201-248 : le sousdépôt de Cawnpore pour les colonies françaises est "large and fairly well arranged" ; à Lucknow, les dépôts pour Natal et la Guyane britannique sont sales et mal tenus, alors que celui de Fidji est propre et spacieux ; mention bien pour ceux de Fyzabad et Azamgarh, pour ceux à destination de la Guyana et du Natal à Bénarès et Allahabad ; ceux d'Etawah sont spacieux mais sales ; ceux d'Agra et de Bénarès pour Maurice, et d'Allahabad pour les Fidji sont petits et mal organisés ; etc. 63. Rapport Grierson, 1ère partie, p. 12 ; Rapport Pitcher, p. 147.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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