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578 porter des êtres humains et devraient être mis à la casse sans plus tarder, soit qu'ils aient été mal entretenus (White Adder), soit qu'ils soient trop vieux, même s'ils ont été bien entretenus antérieurement (Bruce), soit qu'ils aient été mal reconvertis pour transporter des émigrants (Père de Famille), soit même qu'ils aient été mal conçus dès le départ (Hereford). On pourrait sans doute se consoler en disant que, après tout, les émigrants européens vers les Amériques n'étaient pas beaucoup mieux lotis à l'époque de la marine à voile. Certes, mais pour ceux-ci cette époque prend fin dans la décennie 1860, alors qu'il faut attendre quarante ans de plus pour les Indiens. Mieux que de longs développements, ce simple fait semble montrer clairement que, pour les décideurs européens de l'époque, le coolie trade était vraiment "le bas de gamme du bas de gamme" en matière d'émigration intercontinentale au XIXe siècle. Nous aurons encore plusieurs fois l'occasion de le vérifier par la suite.

2.2. La préparation du voyage a) L'armement Avec l'entrée en vigueur de la convention de 1861, le monopole juridique de la Compagnie Générale Transatlantique sur le transport des Indiens aux Antilles prend fin68. Désormais s'ouvre, pour les responsables français de l'émigration en Inde comme pour les colonies bénéficiaires de celle-ci, le temps de la concurrence dans le choix des transporteurs ; l'article 22 dispose en effet que "les opérations d'immigration pourront être effectuées dans les colonies françaises, par des navires français et britanniques indistinctement". Ce n'est pourtant pas de gaieté de cœur que la Transat doit abandonner son monopole. A Paris comme dans les colonies concernées, elle manœuvre longuement et tortueusement pour essayer de le conserver de fait sous une forme ou sous une autre, mais en vain pour ce qui concerne Pondichéry, où elle essuie un échec total69. Par contre, elle a, au moins à court terme, davantage de succès en Guadeloupe. Un accord est en effet rapidement trouvé avec l'administration de cette colonie. Les deux parties entrent en contact en juin 1862, et un mois plus tard à peine, le 20 juillet, concluent une convention particulière pour l'introduction dans l'île, pendant la ou les deux ou trois prochaines années, de 2.000 à 3.000 travailleurs indiens par an, recrutés et transportés conformément à la Convention. Pour l'essentiel, ce texte se contente de proroger l'ancien con68. Monopole résultant de deux "traités" successifs conclu avec le ministère des Colonies les 6 décembre 1855 et 22 juin 1858 ; d'une durée initiale de trois ans, ce second contrat est prorogé jusqu'au 31 mars 1862, de façon à faire coïncider son terme avec l'entrée en vigueur de la convention internationale et éviter ainsi "les embarras de ce moment de transition" ; voir supra, chap. XV. 69. J. WEBER, Ets Français, t. II, p. 1079-1081. Elle essaie même de se faire nommer agent d'émigration dans les comptoirs français de l'Inde, mais sans succès.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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