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Dans ses grandes lignes, l'organisation des sous-agences de l'arrière-pays reproduit, en plus petit et plus simple, celle des agences principales des ports. A leur tête se trouve un "head recruiter", lié par contrat à un agent d'émigration de Calcutta. Le contenu de ce contrat varie selon les agences. Deux possibilités s'offrent à elles : le "Trinidad system", dans lequel les sousagents reçoivent un salaire fixe, plus une commission par tête pour leurs frais (primes aux mestrys recruteurs, logement et nourriture des recrues pendant leur séjour au sous-dépôt, billet de train jusqu'à Calcutta), à moins que l'agence préfère les prendre en charge elle-même directement ; et le "Demerara system", où le sous–agent n'est pas salarié et supporte tous les frais jusqu'à Calcutta, mais perçoit en contrepartie une très grosse commission par coolie "livré" à l'agence, à laquelle vient s'ajouter en fin de campagne une prime pour chaque centaine de recrues52. Progressivement, toutefois, ce dernier système s'impose dans la majorité des agences de Calcutta en raison de sa commodité, même s'il est finalement plus onéreux pour elles ; en particulier Lamouroux puis Charriol l'adoptent sans hésitation lorsque l'agence française redémarre53. Mais quelles que soient les modalités retenues, toutes ces sommes ne sont dues et payées que pour les engagés reconnus médicament aptes à émigrer et effectivement embarqués54 ; toutefois l'agence française donne tout de même 10 Rs pour ceux qui désertent ou décèdent avant l'embarquement55, sans doute parce que, l'une des dernières arrivées sur le marché du recrutement en Inde du Nord, c'est encore le meilleur moyen pour elle d'entretenir la fidélité de ses recruteurs d'une année sur l'autre. Nous sommes assez mal renseignés sur ces sous-agents. Leurs origines sont très variées ; quelques-uns sont des Européens56, Juifs du Moyen-Orient57 ou Arméniens, mais la plupart d'entre eux sont des Indiens de toutes castes et religions, avec toutefois une nette prédominance des couches les plus élevées de la société hindoue (Rajputes, brahmanes) et des Musulmans58. Ils sont généralement jugés honnêtes, intelligents et travailleurs, et doivent déjà disposer un certain capital de départ pour faire construite leur dépôt, payer le personnel, supporter tous les frais et faire aux recrues les avances prévues ; ceux qui se lancent dans cette activité sans moyens suffisants ne tiennent jamais bien longtemps59. Sous leurs ordres vient, pratiquement à l'identique mais en moins nombreux, le même type de personnel de gestion et de agences dans la plaine du Gange. Enfin, cinq sous-dépôts sont nommés sans indication des destinations pour lesquelles ils recrutent. 52. Rapport Pitcher, p. 142. 53. ANOM, Géné. 136/1174, dossier Jumna, rapport du Dr Aurillac, 1875 ; Gua. 188/1144, Charriol à M. Col., 3 novembre 1876. 54. Rapport Grierson, 1ère partie, p. 10. 55. ANOM, Gua. 188/1144, Charriol à directeur des Colonies, 3 novembre 1876. 56. Comme les deux "French sub-agents" de Dinapur et Cawnpore, qui sont respectivement Français et Britannique ; on trouve également quelques Grecs. 57. Dans les North Western Provinces et l'Oudh, à Fyzabad, Gorakhpur et Lucknow ; mais pas au Bihar. 58. Sur tout ceci, voir Rapport Grierson, 1ère partie, p. 10 et 14, et Rapport Pitcher, p. 217, 220 et 233. 59. Rapport Grierson, 1ère partie, p. 10.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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