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565 alors la relève. Sur tous les navires d'émigrants pour la Guadeloupe dont nous connaissons le lieu de construction, pas un seul n'a été construit en Inde. Jusqu’aux années 1860, "les bâtiments affectés à l'émigration sont (toujours) de simples navires de commerce, éventuellement destinés à cette opération. Les chefs de ces expéditions combinent à la fois une spéculation commerciale et une spéculation d'émigration"6 ; on le voit bien en Guadeloupe, où, à l'exception d'un seul retourné directement en Inde porteur d'un convoi de rapatriement, tous les navires d'immigrants arrivés jusqu'en 1867 repartent, soit pour l'Europe chargés de productions locales, soit pour des destinations américaines plus proches (Etats-Unis, autres îles des Grandes et des Petites Antilles) à la recherche de fret7. Aussi, même quand ils transportent régulièrement des émigrants, leur aménagement demeure encore très sommaire ; voici par exemple trois navires de la CGM construits au milieu des années 1850 et normalement affectés à ce trafic : manque d'air et de lumière, manque d'espace, entassement des passagers, installations sanitaires insuffisantes, etc8. Mais en même temps commence à apparaître, en Angleterre une nouvelle génération de coolie ships spécialisés et réellement adaptés à leur objet. Quelques-uns sont d'anciens transports de troupes et/ou d'émigrants européens, reconvertis à l'émigration indienne après avoir été éliminés de leur activité première par la navigation à vapeur9 ; d'autres résultent de la transformation plus ou moins réussie de navires affectés auparavant à un tout autre type de transport10 ; mais dans leur immense majorité, ils ont été conçus et construits spécialement pour l'émigration indienne et sont parfaitement aménagés pour cela11, certains suscitant même les appréciations les plus flatteuses12. A partir de 1870, le transport des Indiens devient une activité à plein temps pour de nombreux navires. Cette évolution se vérifie bien à travers les bulletins maritimes du port de Pointe-à-Pitre. Sur les 40 navires d'immigrants arrivés entre 6. ANOM, Inde 466/600, liasse "Correspondance diverse", d'Ubraye à M. Col., 18 mai 1858. 7. D'après les "bulletins maritimes" du port de Pointe-à-Pitre, publiés régulièrement deux à trois fois par semaine dans la Gazette Officielle, années citées, passim. 8. ANOM, Géné. 129/1120, chemise "1858-60", M. Col. à CGM, au sujet de l'Emile Péreire, 19 novembre 1858, et p. v. de la visite réglementaire d'avant départ du Suger et de la Junon à Pondichéry, 17 et 20 mars 1860. 9. Indus, Essex, Botanist, Jorawur, sans doute aussi le Sussex et le Bruce. L'emploi de voiliers pour transporter des émigrants sur l'Atlantique Nord cesse entre 1865 et 1870 ; Ph. TAYLOR, Distant magnet, p. 131. 10. Tel l'Epervier, construit à Bordeaux en 1869. Jusqu'en 1881, il fait du transport de mules entre Buenos Aires et la Réunion et de riz entre Calcutta et Maurice. Puis il s'échoue accidentellement dans le delta du Gange. Il est alors ramené à Bordeaux et refait à neuf en vue de transporter des émigrants indiens, mais il demeure malgré tout trop petit et mal adapté à cela (Dr Delisle). Dans cette même catégorie se trouvent également les John Scott, Knight Companion, Père de Famille et White Adder. 11. Allahabad, Jumna, Contest, Médusa, Cartsburn, Daphné, Chetah, Surrey, Brechin Castle, Killochan, Bann, Foyle, Gainsborough, Artist, Lee, Syria, Jura, Copenhagen, Hereford, Boyne, Néva. 12. "Le Sussex réunit le luxe au confortable … Jamais un navire aussi beau et aussi bien installé (n'a) été affecté au transport des émigrants indiens" ; le Contest, le Brechin Castle et le Lee sont "admirablement disposés" (ou "adaptés") pour transporter des émigrants ; le Copenhagen est un bateau "superbe".

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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