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2. LES "COOLIE SHIPS" 2.1. Description et équipement a) Des navires généralement bien adaptés à leur objet Avec le développement de l'émigration européenne vers les "pays neufs"1 et l'envoi d'effectifs sans cesse croissants de troupes outre-mer2, apparaissent au XIXe siècle un véritable marché du transport intercontinental de masse "bas de gamme" et un nouveau type de navires spécialement adaptés à cette activité, caractérisés par leur capacité à entasser le maximum de gens dans le minimum d'espace, par leur inconfort et par la médiocrité des prestations offertes aux passagers3. Les bâtiments pratiquant l'émigration indienne se rattachent évidemment eux aussi à ce type ; les sources anglo-indiennes, parfois suivies sur ce point par l'administration de Pondichéry, voire même par certains médecins français accompagnant les convois, les désignent quasi-systématiquement par l'expression de "coolie ships". Ce n'est que très lentement que s'impose la nécessité de recourir à un type spécifique de navires ad hoc. Au début de l'émigration indienne vers Maurice, dans les années 1830 et 1840, les coolie ships ne sont encore que de simples bateaux de commerce construits en Inde même, "dans l'entrepont desquels on entasse pêle-mêle hommes, sacs de riz et balles de cotonnades"4. Mais à partir de 1850, quand il commence à être question de transporter des émigrants vers les colonies américaines, ces petits navires locaux se révèlent inutilisables dans ce but ; parfaitement adaptés à des navigations simples dans l'Océan Indien, ils ne sont ni assez grands, ni surtout capables d'affronter les conditions souvent difficiles de vents et de courants qui règnent dans les parages du cap de Bonne-Espérance5. Les chantiers navals européens prennent

1. Rappelons quelques chiffres bien connus : de 1815 à 1914, 45 à 50 M d'Européens quittent leur continent d'origine pour s'établir outre-mer, dont les deux tiers aux Etats-Unis. En rythme annuel, on compte environ 300.000 départs au début de la décennie 1850, 400.000 dans les années 1860, 600.000 entre 1879 et 1885, et plus d'un million au début du XXe siècle. 2. Dans les décennies 1850 à 1870 la Grande-Bretagne entretient en permanence, outre les troupes indigènes recrutées localement, 100 à 120.000 soldats européens dans les différents territoires de l'Empire, dont 60 à 70.000 en Inde. Le rythme de rotation des unités varie entre trois et cinq ans, selon les territoires et les moments, ce qui représente donc 30 à 50.000 hommes à transporter chaque année. Mais en cas de guerre un peu longue ou difficile, exigeant l'envoi de renforts importants, il peut être nécessaire d'expédier jusqu'à 15 à 20.000 hommes en quelques semaines ; voir sur tout ceci les deux chapitres de W. C. B. TUNSTALL consacrés aux problèmes de la "défense impériale" de 1815 à 1897, dans Cambridge History of the British Empire, Cambridge, C. U. P., 1961-67, vol. II et III, particulièrement p. 815-840 et 230-236 respectivement pour ce qui concerne plus spécialement la période nous retenant ici. 3. Sur les navires à voile emportant les émigrants européens vers l'Amérique et les conditions faites à bord à leurs passagers, voir notamment les ouvrages classiques de E. GUILLET, Great Migration., p. 66-98, et Ph. TAYLOR, Distant magnet, p. 107-116 et 131-140. 4 . J. WEBER, Vie quotidienne, p. 44 5. Sur lesquelles voir infra, chap. XII.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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