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pour accueillir les candidats au départ, les loger et les nourrir entre le moment de leur engagement et celui de leur embarquement. Ce problème met un temps relativement long à trouver une solution satisfaisante. Dans les tous premiers temps de l'émigration, quand celle-ci n'est encore qu'une succession d'opérations "sauvages", les coolies sont embarqués à bord des navires au fur et à mesure de leur recrutement et laissés là dans l'entassement et la promiscuité pendant des jours, voire même des semaines, avant le départ. Très vite, toutefois, l'Act XV, 1842, du côté anglais et les deux arrêtés des 6 octobre 1849 et 15 janvier 1850 dans les comptoirs français interdisent cette pratique, génératrice d'une importante surmortalité et d'un grand nombre de désertions, pour ordonner la création de dépôts ad hoc28. Mais ces textes sont mal appliqués et/ou avec retard. A Madras, le premier dépôt digne de ce nom n'est ouvert qu'en 1859, alors que l'émigration y est autorisée depuis 1845 ; en attendant les émigrants sont logés dans des entrepôts29. A Pondichéry, le dépôt de la Société d'Emigration est créée en 1850, mais, malgré quelques travaux d'amélioration en 1855, il est trop petit, puisqu'il ne peut accueillir dans des conditions décentes que 400 personnes, à peine de quoi remplir un navire ; quand deux convois sont en préparation en même temps, il y a forcément entassement, et c'est alors qu'apparaît le choléra30. La situation est encore pire à Karikal, où le dépôt est situé jusqu'au début des années 1860 à proximité d'un "marais infect" ; quand éclate une épidémie de choléra, la mortalité y est encore plus élevée qu'en ville31. A Calcutta enfin, une commission d'enquête envoyée par Londres en 1858 à la suite d'une multitude de plaintes conclut que "the evil appears to have originated in the depots"32. Malgré ces propos accablants, l'Act XIII, 1864, ne contient rien de nouveau sur le sujet ; il se contente de rappeler sans plus de précisions que "a suitable depot shall be established by the Emigration Agent" dans chaque port d'embarquement ou sa banlieue. Il semble toutefois qu'un certain effort ait été fait au cours de la décennie 1860 pour améliorer l'état des dépôts à Madras33 et à Calcutta, où, selon le major Grierson et tous les protecteurs successifs des émigrants, ils seraient désormais bien installés, bien tenus, propres, pourvus de suffisamment d'espace et de commodités34 ; mais ce point de vue ne semble pas partagé par tous ceux qui ont pu y avoir accès à la même époque35. 28. Rapport Geoghegan, p. 11-12, et J. WEBER, Ets français, t. II, p. 1024. 29. H. TINKER, New system, p. 142. 30. ANOM, Inde 466/600, liasse "Règlements", chef du service de Santé de Pondichéry à gouverneur, 11 novembre 1859. 31. J. WEBER, Ets français, t. II, p. 1025. 32. H. TINKER, New system, p. 163. 33. Madras Adm. Report, 1863-64, p. 103, et 1864-65, p. 105, les qualifie de "healthy and well managed" ; on ne peut évidemment exclure un excès d'autosatisfaction de la part du gouvernement de la présidence, qui se juge ainsi lui-même. 34. Rapport Grierson, 1ère partie, p. 7 ; Calcutta Emg Report, 1873-74, p. 3, et 1874-75, p. 2. 35. ANOM, Géné. 136/1174, dossier Jumna, rapport médical du Dr Aurillac, accompagnant le convoi, 1875 : les dépôts des agences d'émigration pour les colonies anglaises et hollandaises "laissent tous beaucoup à désirer". Ils sont situés au bord du fleuve, et les coolies ont toujours la possibilité de

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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