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CONCLUSION DU TITRE IV

A l'issue des développements qui précèdent, nous ne pouvons nous empêcher d'avouer une certaine surprise. S'agissant d'un pays, l'Inde, soumis à une domination coloniale rigoureuse, et d'une époque, la seconde moitié du XIXe siècle, où, partout dans le monde, l'indigène non-européen n'a pratiquement pas accès aux droits de l'homme les plus élémentaires, il semblerait évident, osons même dire "normal", que le recrutement des coolies pour les plantations sucrières s'apparente à un "new system of slavery". Or, c'est très nettement le contraire que note étude a montré. L'administration coloniale anglo-indienne prend, en faveur de ceux de ses sujets qui veulent émigrer, tout un ensemble de précautions très complètes et très détaillées en vue de les protéger contre des pratiques abusives et tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une déportation, à une "traite des coolies" : centralisation des opérations sur des organismes publics, les agences d'émigrations, et réglementation précise des recrutements, afin de garantir la liberté de choix des engagés, le tout sous la surveillance étroite d'une administration ad hoc, tels sont les moyens mis en œuvre pour parvenir à maintenir une émigration "à visage humain", et qui y parviennent le plus généralement. Bien sûr, tout ceci n'empêche pas totalement les irrégularités, les abus, et parfois même les scandales, mais nous n'hésitons pas à faire nôtre la conclusion d'un des meilleurs connaisseurs du sujet, qui, le premier, a réagi contre la vision "négrière" de l'émigration indienne : "Little evidence exists indicating that fraud, deception and even kidnapping were widely used in order to meet the yearly demand for indentured labourers overseas"1. Si déception il y a, c'est, nous le verrons, en aval, une fois arrivés sur place, qu'elle a toutes les raisons de se manifester, et cruellement. C'est en effet, que, même s'ils ne sont pas systématiquement trompés et, encore moins, enlevés, les émigrants qui partent n'ont pas toujours, n'ont même que très rarement, une conscience claire de ce qui les attend ; ils n'ont même pas conscience que, pour la très grande majorité d'entre eux, plus des trois quarts s'agissant de ceux embarqués pour la Guadeloupe, le jour où ils partent est le dernier où ils voient l'Inde. Désormais, même s'ils ne le veulent pas, leur avenir n'est plus ici, mais de l'autre côté de "l'eau noire". En attendant, il leur faut d'abord franchir celle-ci ; c'est ce dans quoi nous allons les accompagner maintenant.

1. P. EMMER, Meek Hindu, p. 187 ; les deux mots soulignés le sont par nous.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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