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rôle est attestée par le fait que, sauf autorisation exceptionnelle, il ne peut exercer à côté aucune autre profession publique ou privée. Dans les comptoirs français, les agences d'émigration sont soumises à "l'autorité supérieure" du gouverneur des Etablissements de l'Inde "en tout ce qui se rapporte aux conditions de recrutement, au séjour au dépôt, à l'embarquement des Indiens et à la formation des contingents"9. Dans la pratique, l'exercice concret de la tutelle administrative est délégué au commissaire à l'émigration de Pondichéry et à ses représentants dans les dépendances. Le commissariat à l'émigration est créé en 1858 pour mieux surveiller les opérations de recrutement et d'embarquement ; ses pouvoirs sont considérablement renforcés par l'arrêté de 186210.

c) Territoires d'application Toutes les colonies sucrières britanniques et étrangères de la zone inter-tropicale désirant importer de la main-d'oeuvre indienne doivent établir une agence d'émigration soumise aux règles de l'Act XIII, 1864, et passer par son intermédiaire pour pouvoir recruter des travailleurs dans le sous-continent. L'émigration vers ces destinations n'est pas libre. Par contre, celle, très anciennement établie, pour les destinations traditionnelles de Ceylan et de l'Asie du Sud-Est (Birmanie, Indonésie, Straits Settlements), vers lesquelles continuent de se diriger plus de 90 % des départs au XIXe siècle, l'a toujours été et le demeure après 1864. L'Act XIII, 1864, ne s'applique pas à elle ; même si elle donne lieu, elle aussi, à des abus sans nombre, les opérations la concernant s'effectuent selon d'autres modalités que le système de l'agence11. Bien qu'il ne concerne qu'une très faible proportion du nombre total d'Indiens ayant émigré au XIXe siècle12, ce lien immédiat entre émigration réglementée et industrie sucrière coloniale13 est essentiel pour notre propos. Il s'explique par les circonstances mêmes de la mise en place du système. La première agence d'émigration, celle de Maurice à Calcutta, est créée en 1842 comme condition mise par le gouvernement de l'Inde pour autoriser la reprise des recrutements vers cette île, suspendus trois ans plus tôt. Il s'agit surtout d'éviter le retour des 9. Voir sur ce point, ANOM, Géné. 137/1175, rapport du directeur des Colonies au ministre sur l'organisation des futures agences françaises d'émigration, 15 mars 1862. 10. J. WEBER, Ets français, t. II, p. 1081. 11. Voir sur ce point les développements nourris de C. KONDAPI, Indians overseas, p. 29-46. 12. Rappelons les chiffres globaux cités dans l'introduction de cette étude : environ 19 millions d'Indiens ont émigré entre 1834 et 1915 ; sur ce total, à peine 1,5 million, soit 8 % seulement sont des "indentured emigrants". 13. Nous ne connaissons qu'un seul cas où l'immigration de travailleurs indiens sous contrat a été employée dans un secteur autre que celui des grandes plantations d'exportation ; il s'agit du Kenya, où plus de 30.000 coolies, originaires pour la plupart de l'actuel Pakistan, sont introduits entre 1895 et 1901 pour y construire le chemin de fer de Mombasa à l'Ouganda ; H. TINKER, New system, p. 277-278. Encore faut-il noter qu'il s'agit là d'une extension tardive du système, alors que celui-ci commence à être très sérieusement remis en cause partout ailleurs.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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