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s'abstenir d'expédier les deux autres convois prévus au titre de la campagne 1876-77, sachant bien qu'il ne pourra plus compter sur la moindre indulgence de la part des autorités britanniques273. La question disparaît ensuite des archives en 1877. L'épouvantable famine qui ravage alors la majeure partie de l'Inde fait affluer à Calcutta les candidats au départ, et surtout les candidates, en si grand nombre que Charriol se retrouve au début de la campagne 1877-78 avec 66 femmes de plus que la proportion réglementaire274. Grâce à cet excédent, il peut non seulement respecter très facilement le ratio de 1F/2,5 H sur les trois premiers convois qu'il expédie275, mais même réduire le nombre de femmes embarquées sur le Bann sans s'attirer les foudres de l'administration britannique276. D'autre part, après être demeurée longtemps inerte dans cette affaire, la diplomatie française se met enfin en branle pour obtenir de la GrandeBretagne qu'elle calme le jeu et réfrène les ardeurs de son administration coloniale en Inde ; après un intense échange de correspondance entre toutes les parties françaises et anglaises concernées277 et de multiples démarches effectuées à Londres même, le gouvernement britannique accepte de passer l'éponge une seconde fois et ordonne "que l'agent d'émigration de Calcutta sera dispensé de combler le déficit de 192 femmes existant sur les convois précédemment expédiés par Lamouroux"278. Et pourtant, la campagne 1877-78 n'est pas encore finie que, déjà, tout recommence. De nouveau, malgré "l'avance" prise en début d'année, Charriol n'a pas suffisamment de femmes pour respecter la proportion réglementaire sur le Brechin Castle279, et, de nouveau, il doit donc demander une dérogation, que l'administration anglo-indienne commence tout d'abord par lui refuser280. Il faut de pressantes démarches de l'ambassade de France à Londres auprès du Foreign Office281 pour que Calcutta lève son opposition et autorise, quelques jours plus tard, le Brechin Castle à lever l'ancre avec seulement une femme pour 3,88 hommes à son bord282. Mais cette fois, les Britanniques en ont manifestement plus qu'assez des demandes de dérogation de Charriol. Celui-ci est clairement averti qu' "aucune nouvelle concession ne (lui) sera plus 273. Ibid, le même au même, 28 décembre 1876. 274. Ibid, le même au même, 24 juillet 1877. 275. Le Botanist (N° 62), avec 1 F/1,91 H, l'Essex (N° 65), avec 1 F/2,32 H, et probablement le Jumna (N° 63 du tableau n° 27), dont la composition par sexes n'est pas connue mais à propos duquel aucun problème particulier n'est signalé. 276. ANOM, Géné. 117/1008, Charriol à M. Col., 14 décembre 1877 ; il s'agit du convoi n° 66 du graphique n° 2-2, qui est expédié avec un ratio de 1 F/3,18 H. 277. Arch. Dipl., ADP, Inde 4, liasse "Coolies, 1877", passim. 278. ANOM, Géné. 117/1008, M. Col. à Charriol, 14 juin 1877. 279. Convoi n° 67 du graphique n° 2-2. 280. ANOM, Géné. 117/1008, Charriol à M. Col., 4 janvier 1878, et Gua. 56/398, le même au même, 8 janvier 1878. 281. Arch. Dipl., ADP, Inde 4, liasse "Inde, 1877-78. Déficit de femmes", passim. 282. Tous les documents sur le versant indien de cette affaire sont rassemblés dans IOR, P 1171, p. 13-17.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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