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pédier un convoi, les agents d'émigration de ce port n'hésitent pas à en faire venir de Madras pour atteindre la proportion réglementaire260. C'est, en effet, qu'à Calcutta la situation est autrement plus compliquée à cet égard et la règle des 40 F/100 H autrement plus difficile à respecter. Malgré les plaintes renouvelées de tous les agents d'émigration, le gouvernement de l'Inde refuse absolument de réviser à la baisse ses exigences en la matière, sauf exceptionnellement pendant des périodes limitées où les recrutements sont particulièrement problématiques261. Malheureusement pour lui, c'est là un aspect du problème que Lamouroux avait manifestement oublié ou négligé lorsqu'il reprend son activité comme agent français d'émigration dans le nord de l'Inde, en 1873. Pour s'épargner un maximum de ces recrutements féminins si difficiles, il interprète l'article 16 de la Convention dans le sens qui lui convient le mieux, en assimilant unilatéralement le redémarrage de l'agence à la période de mise en application initiale du traité, ce qui lui permet alors de pouvoir n'embarquer que 25 femmes pour 100 hommes par convoi pendant les trois premières années, soit un ratio de 1 F/4 H au lieu de 1/2,5262. L'administration britannique ayant d'abord laissé faire, cette interprétation hardie de la Convention lui permet d'expédier au cours des deux premières campagnes de reprise de l'agence française (1873-74 et 1874-75) la presque totalité des convois avec une proportion de femmes très inférieure au ratio réglementaire anglais263. Mais vers la fin de la campagne 1874-75, le gouvernement de l'Inde décide de revenir à une lecture littérale de la Convention : la date d'entrée en vigueur de celle-ci est le 1er juillet 1862 pour ce qui concerne les Antilles, et il n'est pas question d'en retenir une autre pour l'application spécifique de l'un de ses articles en particulier ; on accepte, certes, de passer l'éponge sur le déficit de femmes des convois précédents, mais Lamouroux devra désormais appliquer immédiatement la règle des 40 F/100 H, étant entendu toutefois que le protecteur des émigrants de Calcutta pourra toujours, dans le cas de circonstances particulières, autoriser le départ de convois qui ne comporteraient pas la proportion réglementaire de femmes264. Malgré ses protestations, Lamouroux ne peut que s'exécuter, mais cela ne lui est pas trop difficile parce que les recrutements s'effectuent alors sans encombre dans le nord de l'Inde et que les agences d'émigration peuvent donc "aisément se procurer les proportions réglementaires" de 260. ANOM, Gua. 136/1174, dossier Essex, rapport du Dr Bellamy, 1878. 261. K. O. LAURENCE, Question of labour, p. 124. 262. IOR, P 171, proceedings du 2e semestre 1874, p. 515-516, échange de correspondance entre les gouvernements de l'Inde et du Bengale sur cette question, décembre 1874. 263. Sur la moyenne des quatre convois nos 50 à 55 du graphique n° 2-2, le rapport des sexes est de 1 F/3,28 H. 264. IOR, P 171, proceedings du 1er semestre 1875, p. 29, gouvernement de l'Inde à celui du Bengale, 18 janvier 1875 ; et du 2e semestre, p. 16, gouvernement du Bengale à protecteur des émigrants de Calcutta, 20 juillet 1875, et p. 113-117, échange de correspondance entre Lamouroux et le gouvernement du Bengale, 29 juillet et 11 septembre 1875.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

L'immigration indienne en Guadeloupe (1848-1923). Partie 2  

Auteur . Christian Schnakenbourg. Document de la bibliothèque numérique Manioc.

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