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— 137 — En 1758. nos colons des Antilles ne pouvaient donc par euxmêmes, comme jadis l'avaient fait leurs pères, songer à la conquête; mais, en 1758, nos colons des Antilles, enrôlés sous leurs chefs, étaient tout aussi disposés que leurs pères à faire le coup de fusil avec l'Anglais. Mais, en 1758 encore, les Anglais, avant à atteindre la France en Europe, en Asie, sur le continent d'Amérique, avaient suivi leur vieille et éternelle tactique, et ils espéraient réduire par famine les colons de la Martinique, île qu'alors surtout ils convoitaient. La Hollande n'était point entrée dans cette nouvelle querelle, et, par la Hollande, nos colonies se trouvaient approvisionnées. Par l'Espagne également, quelques secours nous arrivaient dans nos Antilles; puis enfin, nos corsaires de temps en temps amarinaient quelques prises anglaises, et au milieu des craintes que la guerre laissait aux colons, elles leur procuraient parfois l'abondance. Cet état de choses gênait l'Angleterre, et Moore, expédié avec la mission de bloquer la Martinique, d'emblée fit sommer les gouverneurs espagnols et hollandais , d'avoir à prévenir leurs nationaux que tout navire à eux, portant des vivres aux colonies françaises, serait capturé par lui, et considéré comme ennemi (1). Cette menace eut son effet, et la Martinique, ainsi que la Guadeloupe, réduites à leurs propres ressources, se virent, dès lors, exposées aux plus affreuses privations. Beauharnais et Nadau, dès le début d'une mesure sur laquelle (1) Lettres de l'intendant de Givl'y au ministre, cartons Martinique, 175S, Archives delà marine. s'en convaincre, jeter les yeux sur le recensement de 1 y 1 (tome IV, page 579 ), où leur nombre était, à la Martinique, de douze mille soixantehuit; en 1753. de douze mille vingt-six, et en 1764, seulement de onze, mille six cent trente-quatre. Quoique la différence ne soit pas forte, elle devait être sensible, supposant qu'elle avait dû se faire ressentir surtout sur les hommes en état de combattre. Les pertes de la guerre n'avaient pu combler ce vide, mais, en présence de ces chiffres, il sera facile d'apprécier le vide que laissait, dans nos colonies le système des engagements; puis enfin, en 1764 les colons savaient la paix conclue, et avaient eu le temps de rentrer chez eux.

Histoire générale des Antilles. T. 5 et 2 de la deuxième série.(1-1)  

Auteur. Dessalles, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Université des Antilles et de la Guyane, Service commun de...

Histoire générale des Antilles. T. 5 et 2 de la deuxième série.(1-1)  

Auteur. Dessalles, A. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Université des Antilles et de la Guyane, Service commun de...

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