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ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

375 N° 107.

INTERROGATOIRE DE M. SIMON TAYLOR. 4 février D. Avez-vous des relations avec les colonies, et avec l'une d'elles en particulier ? R. J'ai des intérêts à la Jamaïque, que j'ai habitée 12 ans.

D. En êtes-vous revenu depuis longtemps ? R. Depuis le mois de juin dernier. Pendant votre résidence à la Jamaïque, avez-vous eu des inlérêts dans quelques plantations? R, Oui, et surtout pendant les derniers temps de mon séD.

jour. D. R.

Combien aviez-vous de propriétés sous votre direction ? Plus de 3o, sur lesquelles résidaient 7 à 8,000 noirs.

D. A quelles causes principalement attribuez-vous la détresse actuelle ? R. Je l'attribue surtout au peu d'élévation des prix depuis quelque temps, et aux frais de culture dans les anciennes colonies, telles que la Jamaïque, comparés à ceux que supportent les colonies étrangères. On peut aussi faire une bonne part à l'incertitude dans laquelle sont les colons relativement à ce que le Gouvernement se propose de faire pour l'affranchissement. D. Votre expérience vous a-t-elle mis à même de connaître si, dans nos colonies, la culture est conduite avec toute l'économie que comportent les soins que l'on doit avoir des es-

claves ? R. Je le crois, et d'ailleurs la nécessité l'exige. D.

Avez-vous pu faire une évablation des frais de la culture

clans nos colonies? R. Je ne puis parler sciemment que des propriétés dont j'ai eu la direction. J'estime les frais de production d'un boucaut de sucre, sans y faire rien entrer pour les cas imprévus ni pour les intérêts de capitaux, à la somme de 200 francs. D. Quelle somme estimez-vous qu'il produise au planteur ? R. Je crois que le planteur n'en peut pas retirer net plus de 2^5 francs, et, souvent même, il ne reçoit pas plus de 175 à 200

francs.

D.

Combien pèse le boucaut dont vous parlez?

R.

De 14 à 17 quintaux.

D.

En supposant le boucaut de 17 quintaux, les frais du

planteur seraient de 200 francs ? R. Oui, elle produit actuel de 175 à 275 francs. D, Pouvez-vous expliquer comment l'incertitude des planteurs au sujet des intentions du Gouvernement peut; avoir de l'influence sur la détresse ? Cette incertitude a d'abord beaucoup réduit la valeur des propriétés; elle a ensuite empêché qu'on pût les vendre, même proportionnellement à leur dépréciation; elle ne permet pas aux propriétaires de faire aucune dépense d'amélioration, et détourne le marchand de leur faire des avances à cet effet. R.

Savez-vous si l'on éprouve une grande difficulté dans les Indes occidentales, soit à vendre des propriétés, soit à emprunter sur leur garantie ? D.

R. Oui, une grande difficulté.

1832.

Possédez-vous quelques documents qui rendent sensible la différence du prix des esclaves, avant et depuis 1823 ? R. Je puis citer plusieurs exemples à ce sujet, et, entre autres, un exemple qui m'est personnel. En 1823, je donnais à location D.

une plantation avec 270 nègres, àla condition que leur prix serait évalué, et que les payements se feraient en proportion de l'augmentation ou de la diminution que ce prix subirait pendant la durée du bail. La moyenne de l'évaluation fut fixée à 1,500 francs pour hommes, femmes et enfants indistinctement. A la x fin du bail, en 1830, une nouvelle évaluation fut faite pour la satisfaction du propriétaire, elle s'éleva à 750 francs environ. J'avais vendu en 1823 «ne partie des noirs de cette plantation à raison de 1,500francs, ceux qui me restaient, et qui étaient beaucoup plus en état de travailler que les premiers, n'ont été vendus , en 1826 et 1830, que 760 et g5o francs. D. Lors de la nouvelle évaluation faite en 1830, le nombre des noirs avait-il augmenté ou non ? R. Il avait augmenté. D. Serait-il possible de donner une destination profitable à une plantation à sucre que l'on serait forcé d'abandonner ? R. La plupart des plantations à sucre sont tout à fait impropres à un autre genre de culture ; on pourrait en convertir quel-

ques-unes en pâturages , mais ce serait sans un grand profit , si ces pâturages n'étaient pas nécessaires aux planteurs. I). La conversion d'une plantation à sucre en pâturages ne pourrait donc être de quelque rapport à son propriétaire qu'en proportion du besoin qu'on aurait de bestiaux, besoin qui diminuerait nécessairement à mesure que le nombre des plantations se réduirait? R. Sans doute. D.

Y aurait-il bénéfice à établir un parc à bestiaux, si le bétail

pouvait s'écouler ? R. Si 1 on adoptait le système de convertir les plantations à sucre en pâturages, celte spéculation serait bientôt improductive, parce qu il n'y aurait plus de débouchés pour les animaux qu'on y élèverait. D. En prenant la Jamaïque pour point de comparaison, croyezvous que l'étendue des pâturages qui s'y trouvent suffisent à élever les bestiaux nécessaires aux plantations, ou bien pourrait-on en créer de nouveaux ? R. Je crois qu'à présent, et attendu le bas prix des bestiaux, les éleveurs n'en retirent, en général, guère plus que leurs frais. D. Que peut devenir, selon vous, un terrain sur lequel on a toujours cultivé la canne ? R. Il finit par se couvrir de broussailles. Quelles seraient les dépenses à faire pour convertir un terrain produisant la canne, en pâturages? R. Je ne puis le dire exactement, elles devraient varier beauD.

coup selon les circonstances. 1). Ne seraient-elles pas considérables ? Elles le seraient, parce qu'il faudrait enclore le terrain.

R.

D. Faut-il entendre qu'elles ont produit une dépréciation dans le prix des esclaves, et, par suite, dans la valeur des pro-

D. Cela n'a-t-il pas eu lieu plusieurs fois ? R. J'en ai connu des exemples, mais le résultat obtenu n'a pas été favorable. I). Croyez-vous que la Jamaïque possède assez de pâturages pour fournir les bestiaux dont les planteurs peuvent avoir besoin ? R. Je le crois, mais pourtant on peut différer d'opinion à ce

priétés ?

sujet.

quelle époque vous êles-vous aperçu que celte défiance avait une influence sur la situation des colonies ? R. Je pourrais fixer cette époque à 1823, aussitôt après la publication des résolutions delà Chambre des communes. D. A

R.

Oui, sans doute.

/). Ainsi, outre la circonstance, qui pourrait se présenter, où


376 RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. —I PARTIE. re

les demandes de bestiaux ne seraient pas suffisantes, les dépenses pour convertir une plantation a sucre en pâturages seraient encore considérables, parce que, indépendamment de la préparation a lui donner, il faudrait l'entourer d'une clôture? Oui, et il faut encore y ajouter les frais d'achat des premiers bestiaux, frais que les planteurs ne pourraient faire. D. A la Jamaïque, la seule clôture qu'on puisse établir avec R.

avantage ne devrait-elle pas être en pierres? R. C'est ordinairement ainsi qu'on enclôt. D.

De sorte qu'après avoir mis un pâturage en état, il faudrait

encore le peupler d'animaux producteurs ? R. Oui. Iindépendamment de ce que vous avez eu à diriger des plantations, vous êtes aussi mis en rapport avec une forte maison de commerce de la Jamaïque, MM. Simpson, Taylor et compagnie ? D.

R. Oui. Avez-vous ete a même de vous rendre compte de l'effet produit pour les colonies, lorsqu' on a levé les restrictions qui empêchaient leurs rapports avec les États-Unis d'Amérique ? D.

11. Ces rapports ont souvent été interrompus pendant mon séjour à "la Jamaïque. Après les avoir laissé subsister pendant un certain temps, on les suspendait pour divers motifs, de sorte que ce commerce n a jamais été assez solidement assis pour permettre de juger de ses avantages. Toutefois, je ne pense pas que le prix des articles que Ion lire des États-Unis ait été beaucoup réduit par le rétablissement des relations directes. La question précédente se rapporte au rétablissement des relations en 1830 ? R. 11 est certain qu'à cette époque le prix des approvisionneD.

ments a d'abord augmenté. D. Vous avez habité la Jamaïque depuis l'ouverture des ports jusqu'en juin dernier? R. Oui. D. Et depuis votre départ vous êtes sans doute resté en relations avec les autres planteurs qui résident dans l'île ? R. Je n'ai pas conservé avec eux des rapports assez suivis pour être en situation de parler avec certitude des derniers prix. D. Savez-vous si les Américains reçoivent des produits coloniaux en échange des bois ouvrés et autres articles qu'ils fournissent ? R.

Ils n'en acceptent que dans une très-faible proportion.

D. Ils exigent donc le payement en argent? R. Oui, en général. I). Vos souvenirs vous permettent-ils de préciser si, lors des anciennes relations entre les États-Unis et les colonies, les Américains n'étaient pas dans l'usage de prendre de nos produits en échange, et si, l'interruption des relations les ayant empêchés de continuer à s'approvisionner, ils ne se sont pas liés de commerce sur d'autres points où ils se pourvoient à présent, de sorte que le commerce que nous faisions avec eux a dû diminuer beaucoup ? R.

Je crois que cela a eu lieu pour le rhum.

D. Vous ne croyez pas qu'il en ait été de même pour les mélasses et le café ? R. A aucune époque de mon séjour à la Jamaïque, les Américains ne nous ont demandé une quantité importante de ces produits. D. Avez-vous quelque idée du commerce des États-Unis avec les colonies de l'Amérique du Nord ? R. Je ne le connais pas particulièrement.

Quelle peut être l'importance de notre commerce en produits coloniaux avec les Américains ? R. Je ne puis la déterminer comparativement avec ce qu'elle D.

pouvait être autrefois.

D. Quels seraient, dans votre opinion, les moyens les plus prompts et les plus durables de remédier à la détresse actuelle des colonies ? L'un de ces moyens serait, selon moi, l'interdiction c)u commerce des esclaves, si l'on pouvait y parvenir; et, en second lieu, l'assurance, de la part du Gouvernement, que les propriétés des colons seront toujours considérées comme aussi sacrées que R.

celles des autres sujets anglais. D. Comment pensez-vous que l'on pourrait parvenir à interdire d'une manière efficace le commerce des esclaves? R. Je n ai pas la prétention de vouloir tracer un plan à cet

égard. Vous ne pensez pas que les conventions existantes ou toute autre mesure pourraient amener ce résultat? R. Je suis tout à fait étranger à ce qui est particulièrement du ressort du Gouvernement; tout ce que je puis dire c'est que 1 interdiction de la traite serait d'un grand secours pour le planD.

teur. Ce que vous avez dit de l'assurance à donner par le Gouvernement, concernant les propriétés, s'applique-t-il aux alarmes qui existent depuis ce qui s'est passé en Angleterre au sujet des D.

esclaves ? R. J ai voulu parler, en effet, de la défiance qui s'est répandue, et je suis convaincu qu'une assurance de protection et une compensation convenable rétabliraient la confiance cl remédieraient efficacement à la détresse dont on souffre. De quelle manière cette assurance devrait-elle être donnée pour faire renaître la confiance ? D.

En la donnant par l'intermédiaire des gouverneurs ou des législatures des colonies, l'effet en serait immanquable. R.

Une déclaration de la Chambre des communes pourraitelle produire cet effet ? D.

Sans le moindre doute, et ce serait probablement le meilleur moyen à employer. R.

Croyez-vous que, depuis que la question de l'esclavage s'agite en Angleterre, il se soit opéré quelque changement dans les dispositions ou les habitudes des noirs et dans leur application D.

au travail ? R.

Je ne crois pas qu'il se soit fait en eux des changements

importants. D. Les mesures déjà arrêtées n'auraient donc influé en rien sur les noirs pour les porter à travailler moins ? R.

Non, pas d'une manière sensible.

D.

Ȇtes-vous à même de dire quelle est l'étendue de la culture

à la Havane ? R. Je ne puis le dire avec certitude. D.

Savez-vous comment s'y fait encore le commerce des es-

claves ? R. Il me serait impossible d'en parler autrement que par ouidire. Etes-vous au courant des procédés de la fabrication du sucre dans les Indes occidentales, ou seulement de la direction des plantations ? D.

R. Je n'ai jamais dirigé aucune opération pratique, et ne possède que les connaissances nécessaires pour diriger une planlalion. D. Avez-vous réfléchi à l'effet que produirait, sur les intérêts des planteurs des Indes occidentales, l'autorisation de raffiner eux-mêmes leurs sucres et de les importer ensuile en Angleterre ? On raffine actuellement le suc re à la Jamaïque, mais je cette opération revient plus cher qu' en Angleterre. que crois II.

I). C'est seulement à Kingston que l'on raffine le sucre? R. Oui.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

D. Combien y existe-t-il de raffineries ? R.

Deux ou trois; je n'en sais pas exactement le nombre.

û. En considérant la situation des propriétés, leur distance des villes et toutes les autres circonstances particulières, croyezvous qu'il soit possible de raffiner avec bénéfice, à la Jamaïque, plus de sucre que n'en absorbe la consommation intérieure de l'île ? jR. La meilleure réponse que je puisse faire, c'est que, pour protéger les raffineries qui travaillent pour la consommation locale, il a fallu imposer un droit à l'importation des sucres raffinés d'Angleterre. D. Quel est l'obstacle qui s'opposerait à ce qu'on raffinât le sucre à la Jamaïque, en supposant qu'on établît un droit de prohibition ? jR. Je ne saurais le dire précisément; je crois pourtant qu'il proviendrait de là cherté du travail et du combustible.

377

D Les travailleurs n'étant pas en plus grand nombre que ne l'exigent les plantations pour la culture de la canne, il faudrait donc une nouvelle mise de fonds pour payer la main-d'œuvre du raffinage? Ne connaissant rien à cette partie, je dois m'abstenir de répondre. R.

Mais ne dites-vous pas que vous croyez impossible que l'on

D.

raffine les sucres sur les plantations? R. Oui; la construction des bâtiments nécessaires serait seule un obstacle insurmontable, dans la position où se trouvent les planteurs. Vous pensez donc qu'il serait impraticable de raffiner à la Jamaïque plus de sucre que n'en exigent les besoins de l'île? D.

On ne poi irait pas le faire avec avantage.

R.

N° 108. ' INTERROGATOIRE DE M. HUGH HYNDMAN. D. N'êtes-vous pas négociant à Londres ? R.

Oui.

D.

Avez-vous résidé longtemps dans les Indes occidentales ? Oui, à la Barbade et à Demerara pendant dix-neuf ans.

R. D. R. D. R.

Quand êtes-vous revenu en Angleterre ? Vers la fin de 1829. Avez-vous visité quelques-unes des îles françaises ? Oui ; j'ai vu Maurice et la Guadeloupe.

0. Avez-vous visité quelques-unes des autres îles? Oui; Saint-Vincent, la Dominique et Anligoa.

R.

D.

Avez-vous eu la direction de quelque propriété ?

R.

Oui.

D. Ainsi vous êtes au courant des travaux des plantations? R. Oui, en général. Si vous considériez les colonies des Indes occidentales comme étant dans une grande détresse, quelle serait selon vous l'époque où cette détresse a été à son plus haut point? D.

Je crois qu'elle a été plus grande pendant l'année dernière qu'à aucune autre époque, bien qu'elle existe depuis cinq ou six R.

ans. La dépréciation de la valeur des propriétés a-t-elle été tellement grande, qu'il fût impossible d'emprunter sur leur garantie? D.

R. Oui. La détresse des Indes occidentales paraît provenir d'abord de l'extrême bas prix des produits, et, en second lieu, de la défiance qui existe relativement au sort futur des propriétés.

Cette dernière cause a fait qu'il est devenu impossible aux planteurs d'obtenir aucune avance, et de disposer de leurs biens par la vente. D.

Avez-vous envisagé l'avenir probable des planteurs, si un

soulagement ne leur est pas procuré ? R. Si la valeur des produits, et particulièrement du sucre et des articles qui y sont relatifs, ne se relève pas, un grand nombre (le propriétés se trouveront abandonnées. D. Sous le rapport de la détresse générale des planteurs, croyez-vous qu'il puisse y avoir une différence entre ceux qui cultivent sur une petite échelle et ceux qui cultivent en grand?

Oui, les petits propriétaires en souffrent davantage. Autant que j'en puis juger par mon expérience, une grande propriété peut être cultivée avec plus d'avantage, parce que, relativement, ses dépenses sont moins fortes que celles d'une propriété moins R.

étendue. Une plantation que l'on serait obligé d'abandonner pourrait-elle encore servir avantageusement à quelque autre culture? D.

Ainsi l'abandon d'une plantation entraînerait, pour le propriétaire, la perle totale du capital qu'il y aurait employé? R. Ce serait pour lui une perte réelle de tous les fonds employés en constructions, en machines, etc., et souvent aussi du terrain. Peut-être, dans quelques circonstances particulières, pourrait-il en tirer quelque parti. D.

Avez-vous une idée de l'influence que les lois relatives à 1 amélioration du sort des esclaves peuvent avoir eue, soit pour contribuer a la détresse, soit pour augmenter le prix de la proD.

duction ? R. Je ne pourrais fournir aucun calcul à ce sujet; mais je crois que les lois doivent avoir, à un certain degré, augmenté les dépenses de production du sucre, particulièrement dans les colonies de la Couronne. Pouvez-vous préciser l'effet que ces lois, par la réduction de travail qu elles ont produite, ont pu avoir sur les frais de culD.

ture ? Elle doivent avoir eu sans doute un effet considérable, toutefois je ne saurais le préciser. R.

Savez-vous quel a été l'effet produit par l'ordre en conseil

D.

concernant Demerara ? R. Cet ordre, promulgué en 1830, a diminué de beaucoup le travail des noirs, et, conséquemment, augmenté le coût de la production. De quelle manière cela a-t-il eu lieu ?

D.

R. En abrégeant le nombre d'heures de travail d'une journée ; cependant l'ordre de 1830 n'a pas encore fait beaucoup de mal sous ce rapport; mais un ordre subséquent, parvenu à Demerara en décembre dernier, réduit tellement les heures, et contient tant de règlements nouveaux concernant le gouvernement des esclaves, que, si 011 le mettait à exécution, le travail en serait diminué d'au moins un tiers. D. Votre expérience vous a-t-elle mis à même de faire la différence du coût de la production entre nos colonies et celles où l'on a continué à introduire des esclaves? R. J'ai pu me former une opinion de ce que coûte notre production, tant d'après ma propre expérience que par ies documents que j'ai consultés; mais je n'ai d'autres renseignements, sur la production des colonies étrangères, que ceux que j'ai

puisés dans les journaux. Le rapport que vous-même avez fourni sur les frais de culture des plantations de Demerara est-il exact, quant à la manière dont ces cultures sont établies et exploitées, et quant au mode d'entretien des esclaves ? R. II était exact a 1 epoque ou je l'ai fait, mais il y a eu depuis D.

T

R.

Je ne le crois pas.

quelques modifications.


378 RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES.—PIÈGES JUSTIFICATIVES. — I Pouvez-vous déterminer l'augmentation des frais de culture et de production dans nos colonies, particulièrement dans celle de Demerara, comparés à ce qu'ils sont dans les colonies étrangères où des esclaves sont encore introduits par la traite? D.

R.

Non, je ne pourrais établir à ce sujet aucun calcul qui me

parût satisfaisant à moi-même.

Etes-vous à même de faire la différence entre les services effectifs que peuvent rendre les ateliers des colonies anglaises, et les ateliers des colonies qui ont continué à importer des esD.

claves ? Je sais par expérience les services que peuvent rendre ces ateliers à Demerara et dans les autres colonies que je connais; mais ce qu'ils peuvent donner de travail dans les colonies étrangères, je ne le sais que par les détails qui ont été rendus publics. Lors même que jeu aurais pas eu occasion do consulter ces documents, je croirais que, dans les colonies étrangères, les services R.

des esclaves sont plus efficaces quedans les nôtres, parce que, les hommes étant toujours plus nombreux que les femmes parmi les esclaves importés d Afrique, on peut regarder comme certain qu'il y a une proportion pareille, quant au nombre des travailleurs, dans les pays qui reçoivent encore ces importations. Sur la population de Demerara, les travailleurs effectifs forment à peu près le tiers; il y a sans cloute des différences selon la position des propriétés, mais en général cette proportion est exacte. J'estime que, sur les noirs introduits dans les colonies étrangères, les hommes forment les deux tiers, cl que, sur cette quantité, les trois quarts au moins sont d âge à être immédiatement employés. D. Quel est l'âge ordinaire des noirs que l'on importe?

D.

Ainsi il y a eu augmentation?

R.

Oui.

re

PARTIE.

Pendant la période de l'augmentation, où nécessairement les enfants étaient en plus grand nombre, la quantité de travail a dû nécessairement être moindre ? D.

R. Certainement. Les dépenses d'habillement pour les jeunes noirs et les vieillards ne sont-elles pas à peu près les mêmes que celles qu' occasionnent les travailleurs actifs ? D.

R. Oui, elles sont exactement les mêmes dès que les noirs sont sortis de l'enfance; jusque-là il y a une légère différence en moins. On a remarqué, sur quelques plantations de Demerara, un commencement d'augmentation dans la population, et l'on

espère que bientôt elle deviendra régulière. Les plantations dont je parle, et qui sont les plus importantes, sont au nombre de vingt-cinq. D. En avez-vous la liste? R. Oui; quelques-unes ont eu une augmentation de 9 1/2 p. 0/0 en trois ans, d'autres de 3, à, 5, 6 et 7 p. 0/0; il en est même ou elle n a été que de 2 1/2 p. 0/0. La culture n'est pas la même sur toutes : les unes récoltent du café, douze cultivent la

canne. L augmentation est-elle la même sur les plantations à sucre que sur les autres? R. L une a donné 5 p. 0/0, une autre 6, et une autre plus de 6 p. 0/0. Je ne suis pas certain du genre de culture de la plantation qui a donné 9 1/2 p. 0/0 d'augmentation. I).

Savez-vous s il y a eu augmentation dans la population esclave de la Barbade pendant les années dernières? R. Oui, les relevés 1 indiquent, et d'ailleurs je sais que l'augD.

R.

Depuis onze ou douze ans jusqu'à quarante.

Pourriez-vous dire si à Demerara le nombre des travailleurs effectifs est encore égal à celui qui existait du temps de la traite? D.

7î. Je ne le crois pas. Y a-t-il une plus grande proportion d'enfants et de vieilqu'autrefois ? lards R. Oui; voici quels ont été les changements survenus dans la population noire de celte colonie depuis la publication de l'acte d'enregistrement. Cet acte fut mis en vigueur au 3i mai 1837 ; à celle époque il y avait 26,725 esclaves mâles africains, et 17,056 D.

mentation a été importante depuis longtemps. D. Le commerce des esclaves a-t-il cessé plus tôt à la Barbade que dans les colonies acquises? R. 11 a cessé à la Barbade au moment fixé par la loi pour les colonies en général; cependant, par le fait, on n'y recevait déjà plus d esclaves d Afrique, dès avant l'abolition de la traite. Pendant le séjour que j'y ai fait en 1807 et 1808, il y arriva plusieurs négriers, mais il se fit si peu d'achats, qu'ils méritent à peine d être mentionnés. Depuis plusieurs années avant ce temps on n achetait plus guère que des enfants, et encore en très-petit

créoles; 15,499 femmes africaines, et 17,893 créoles, c'est-à-dire un excédant en mâles de 10,389, portant entièrement sur les Africains. A la fin de mai 1829, je trouve qu'il existait 16,362

nombre.

Africains mâles, et 20,730 créoles; 10,329 femmes africaines, et 21,947 créoles, ce qui donne encore une différence de 4,816 en

D. Est-ce donc cette circonstance qui a fait que la population de la Barbade est parvenue à un état normal plus tôt que celle

Africains mâles.

des autres colonies ?

D. Quel était le total de la population à l'une et à l'autre de ces deux époques? R. Il était de 77,173 en 1817, et de 69,368 en 1829.

Sans contredit. Dans celle-ci les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes, ce qui, à mon avis, est assez extraordinaire; il est positif toutefois que la population de ces contrées tend à se balancer par un excédant de femmes.

D. Quelle conséquence tirez-vous de ces calculs, quant à l'augmentation ou au décaissement probable de la population esclave à Demerara? R.

Les relevés que je possède démontrent que les pertes d'es-

claves que l'on doit toujours éprouver dans les pays qui continuent à en recevoir d'Afrique, ou qui n'ont renoncé à ce commerce que depuis peu de temps, s'y font encore sentir; car, en 1817, 1820, 1823, 1826 et 1829, je trouve que le décroissement

R.

D. Pouvez-vous indiquer quelque raison de celte disproportion dans les sexes? R. J' en ai fait longtemps l'objet de mes recherches, et pourtant je ne pourrais en donner une explication satisfaisante. Le nombre des naissances dans les deux sexes est à peu près égal, comme on le verra par les relevés que j'ai à produire ; s'il y a eu un excédant en femmes, il est trop faible pour expliquer la circonstance

médiatement suivi d'une augmentation de population.

dont il est question. J'ai à faire observer que la population mâle me semble principalement sujette à la dyssenterie, à la pleurésie et aux autres maladies inflammatoires qui occasionnent des décès

A cette époque la population créole sera probablement dans une situation plus normale que dans le temps où le commerce des esclaves occasionnait des différences de proportion

fréquents à l'âge de vingt et cinquante ans. C'est ce qui peut expliquer la diminution des hommes. Quelqu'un, qui a longtemps vécu parmi les Indiens, m'a assuré que la mortalité est beaucoup plus grande parmi les hommes que parmi les femmes, et que la

a suivi une progression régulière. La traite a été supprimée, le temps viendra bientôt où ce décroissement s'arrêtera et sera im-

D.

dans les sexes? Sans doute; en 1829, la population créole était de /42,000, et en 1817 de 34,000 seulement. R.

plupart des hommes meurent de pleurésie avant cinquante ans. D. Avez-vous remarqué à quelle époque la mortalité est la plus forte dans les colonies; n'est-ce pas surtout dans le cours


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES, — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

des premières années que les noirs succombent dans la colonie de Demerara ? FI. Oui; je possède le relevé de la perte éprouvée par la population durant trois années, jusqu'au 3i mai 1829, suivant les différents âges. Au-dessous de dix ans, les décès ont été, pour les enfants du sexe masculin, de 546, et pour ceux du sexe féminin,

379

de 517 ; entre dix et vingt ans, de 213 hommes et de 170 femmes ; depuis trente jusqu'à quarante ans, de 773 hommes et de 436 femmes ; depuis quarante jusqu'à cinquante ans, de 1,128 hommes et de 5oa femmes; enfin, au-dessus de cinquante ans, de 63o hommes et 392 femmes. Les naissances, pendant la même époque, ont été pour le sexe masculin de 2,251, et pour l'autre de 2,243.

Relevé de la population esclave des colonies unies de Demerara et d'Essequibo pour les années 1817, 1820,

1823, 1826,

et jusqu'au 31 mai 1829.

Entre de

1820

et 1820, il y a eu des importations considérables d'esclaves des autres colonies; il y en a eu aussi à 1823, et postérieurement. 1817

quelques-unes

Relevé de la population esclave des colonies de Demerara et d'Essequibo, par périodes de 3 ans, de 1817 à 1829.


380 RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I

re

PARTIE.

Nombre de décès des deux sexes pendant les trois années expirant au 3i mai 1820, non compris ceux des enfants nés depuis 1717, et morts avant 1820

7,140

Naissances des deux sexes DIMINUTION

4,868 2,272

en trois ans.

Nombre de décès pendant la deuxième période triennale, expirant au 3i mai 1823 : Garçons au-dessous de dix ans

832

Filles idem

900

Hommes au-dessus de dix ans

3,496

Femmes idem

1,960

aissances : Hommes

2,233

Femmes

2,279

DIMINUTION

7,188

4,512

2,676

en trois ans.

Nombre de décès pendant la troisième période triennale, expirant au 3i mai 1826 : Garçons au-dessous de dix ans

928 \

Filles idem Hommes au-dessus de dix ans

993 I 3,602 1

Femmes idem

2,111 /

Naissances : Hommes

2,251 )

Femmes

-j 1

'

,

2,243 j 4,494 3,140 137

la difficulté qu'éprouvent les planteurs à entretenir un si grand nombre d'individus les prive de quelques-uns des avanlages dont

3,277

ils pouvaient jouir avant que la population fût aussi nombreuse. L'île de la Barbade est très-peu étendue; sa population, au der-

A ajouter: nombre d'individus affranchis

DIMINUTION

en trois ans...

D. A la Barbade, où le chiffre de la population est si élevé, les planteurs retirent-ils un avantage de cette circonstance pour la culture de leurs plantations? R. La population s'est tellement accrue dans cette colonie,que

Garçons au-dessous de dix ans

546

nier recensement, était de 81,000 esclaves. 11 y avait, en outre, plus de 20,000 individus tirant en grande partie leur existence du sol. 11 est aisé de voir que la culture nécessaire pour la subsistance de tant de monde doit enlever une grande partie du travail qui

Filles idem

517

serait appliqué aux produits d'exportation.

Garçons de dix à vingt ans Femmes idem

213 195

Hommes de vingt à trente

222

Nombre de décès pendant la quatrième période triennale, expirant au 3i mai 1839 :

Femmes idem

170

Hommes de trente à quarante

773

Femmes idem

436

1). Les propriétaires de la Barbade fournissent-ils à leurs gens les mêmes allocations qu'autrefois, bien qu'ils n'aient plus la même facilité de les occuper ? R. Oui. D.

Hommes de quarante à cinquante. ... 1,128 Femmes idem

502

Hommes au-dessus de cinquante ans. . Femmes idem

630 | 392 ) 2,318 ) 2,361 j

Naissances : Hommes Femmes

1

J

' ^

DIMINUTION

4'679

254

en trois années

D.

Entendez-vous parler de l'Angleterre 011 des autres colo-

nies ?

1,045 A ajouter : nombre d'individus affranchis

C'est la loi qui l'exige ?

R. 11 est vrai; mais je n'ai jamais vu, dans aucune partie du monde, des travailleurs mieux entretenus que ceux de la Bardade.

1,299

Je veux parler des colonies ; mais, quant à l'habillement et à la nourriture, je puis faire la comparaison avec quelque pays que ce soit. R.

D. Lorsque vous avez dit précédemment que l'effectif des travailleurs était du tiers de la population , était-ce dans le cas ou

les ateliers sont complets ? Indépendamment de la population ordinaire, relevée au 3i mai 1829, il faut compter 126 hommes et i85 femmes appartenant à la classe des domesliques spécifiée dans l'acte d'abolition. Sur le total de la population esclave, 992 hommes cl 9^9 femmes étaient de race mélangée ou de couleur. Suivant le cens actuel, plus des 7/20 de la population noire sont au-dessous de l'âge de 20 ans, et une grande pari ie des femmes es

sont en âge de devenir mères. La moyenne de l'âge de tous les esclaves est d'environ 32 ans et 3 mois. Les plantations suivantes ont été choisies pour faire voir que l'augmentation qui a eu lieu dans la population, durant les trois dernières années, égale l'augmentation périodique de celle de la Grande-Bretagne, estimée à 1 1/2 p. 0/0 par an .

R. Je ne peux rien dire de positif à ce sujet, mais je crois pourtant qu'il en était ainsi pour Demerara.

D. S'il en est ainsi, ne doit-il pas s'ensuivre que ce désavantage comparatif, pour nos colonies, diminuera chaque année ? R. Il ne diminuera pas si rapidement, parce (pie, si la population se maintient dans l'état normal, nous aurons toujours un plus grand nombre de vieillards et d'enfants, qu'il n'en existe aujourd'hui dans les autres colonies. D. Appliquez-vous le mot effectif à l'âge ou au sexe ? /{, J'entends la capacité de travailler. D. Ainsi vous comprenez les hommes et les femmes dans l'effectif? R. Oui.


381

ENQUÊTES PARLEMENTAIRES — 2 ENQUÊTE.— 1832. e

D. Combien supposez-vous qu'il faille de temps, pour que la population se trouve clans son état normal après la cessation de la Irai le ? R. C'est une question assez difficile à résoudre ; mais je suppose qu'il faudrait 3o ou 4o ans. D. Ainsi, pour que nos colonies où le commerce des esclaves ne se fait plus, puissent lutter avantageusement avec les colonies étrangères , il faudrait ce temps, en supposant encore que cellesci n'introduisissent plus de nouveaux esclaves P R. Il ne faudrait pas aussi longtemps si les colonies étrangères supprimaient entièrement la traite, parce que leur population diminuerait et deviendrait progressivement moins effective, tandis que la nôtre resterait dans le même état ou même s'améliorerait. De quelle durée pensez-vous que soit la vie utile d'un esclave dans nos colonies ? R. Cela dépend beaucoup de la constitution des individus; mais en général elle peut être de 18 à 5o ans. D.

D. Savez-vous à combien on estime celte durée, dans les colonies étrangères ? R. Je ne le sais pas. D. Sur quoi vous fondez-vous pour établir le temps qu'il faudrait pour que la population se trouvât dans un état normal, relativement à l'efficacité du travail ? R. Je n'ai pas assez profondément étudié cette question pour prononcer avec certitude; mais, à mon avis, une génération entière s'écoulera avant qu'un changement important s'opère. D. Connaissez-vous ce qu'il en coûte comparativement pour élever et entretenir un esclave dans nos colonies et dans les colonies étrangères ? R. Je crois qu'on a établi d'une manière aussi exacte que possible dans les documents fournis au bureau du commerce, non pas la dépense comparative dont vous parlez , mais bien la dépense d'achat de l'esclave dans les colonies étrangères, compa-

rativement aux frais que nous avons à faire pour l'élever. D. Une des dépenses dont il a été fait mention est relative aux appointements élevés que l'on donne aux intendants des

plantations, lesquels sont choisis parmi les blancs d'un certain rang. R. En effet, les émoluments des employés ont beaucoup augmenté depuis quelque temps. D. Quelle en est la raison ? R. On peut l'attribuer au désir qu'ont les planteurs de se procurer des hommes capables.

D. N'est-ce pas aussi l'intérêt des planteurs des colonies étrangères d'avoir des intendants habiles pour la surveillance de leurs propriétés ? R. Il me semble que leur intérêt; leur commanderait cette mesure, mais pourtant ils ne l'adoptent pas. D. Nos colons sont forcés d'entretenir un certain nombre d'esclaves sur leurs plantations, et cependant ils n'en obtiennent pas une somme de travail égale à celle que les colons étrangers retirent d'un nombre moins grand ? R. Je suis de cet avis. D. Vous ne connaissez pas les colonies étrangères ? R. J'ai déjà dit que j'avais puisé tout ce que j'en savais dans les publications qui ont été faites à ce sujet. D. Etes-vous au courant des relations commerciales qui existent entre les Etats-Unis et nos colonies? R. J'en ai une connaissance générale; j'y suis même intéressé par les approvisionnements que j'achète des Américains.

Quelle était l'importance de ce commerce, et comment se faisait-il antérieurement à la prohibition ? R. C'est en 1809 et 1810 que j'ai eu, pour la première fois, occasion de connaître ce commerce ; il était alors fort actif. Les D.

Américains nous apportaient des approvisionnements de toute nature; ils chargeaient librement les produits que nous leur vendions, et dont le prix était double du prix actuel, bien que leurs articles, autant que je me le rappelle, ne fussent pas plus chers qu'aujourd'hui. Ce commerce fut interrompu par l'effet d'un acte rendu par les Américains eux-mêmes en 1811. Bientôt après la guerre se déclara, et nos relations furent totalement suspendues pendant plusieurs années. Dans cet intervalle les Américans, privés des produits qu'ils avaient l'habitude de prendre dans nos colonies, encouragèrent de tous leurs moyens la distillation, et celle des grains prit chez eux une très-grande extension. Avant qu'ils eussent donné un grand développement à la culture du sucre, ils furent de nouveau admis à s'en approvisionner chez nous, moyennant certains droits; mais nous commençâmes dès lors à nous apercevoir qu'il devenait difficile de leur faire prendre certains articles qu'ils exportaient autrefois avec empressement; le commerce du rhum était entièrement perdu. Depuis ce temps, il a été fait deux ou trois changements aux règlements concernant nos relations avec les Etats-Unis; aujourd hui nous ne traitons plus avec eux que d'après les dispositions d un acte de l'année dernière, et nous éprouvons toujours la même difficulté de leur vendre notre rhum. Ils ne paraissent plus disposés à recevoir aucun de nos produits en payement ; il en est résulté que le rétablissement des communications avec les Etats-Unis ne nous laisse plus en ce moment que très-peu de bénéfice. Selon vous, la reprise des relations avec ce pays n'a pas donne lieu au renouvellement du commerce d'échange qui se D.

faisait avant leur interruption ? R. Précisément. D. Ils ne veulent plus accepter que de l'argent ou des traites ? R. Oui. D. Ce commerce se fait-il principalement par les navires américains ? Il se faisait exclusivement de cette manière pendant mon séjour dans les colonies. R.

D. Et actuellement? R. Je ne sais ce qui se passe depuis la mise en vigueur du dernier acte, cependant je crois que ce sont encore les navires américains seuls qui sont employés. La dernière loi n'a-t-elle pas eu pour effet de diminuer de beaucoup le commerce de bois ouvré que nous faisions avec nos D.

colonies de l'Amérique du Nord ? R. On me l'a dit ainsi. Pendant la période où nos colonies des Indes occidentales ont reçu leurs bois ouvrés de nos possessions de l'Amérique du Nord, n'employait-on pas exclusivement les navires anglais? D.

R. Oui. D. Les retours en échange ne se faisaient-ils pas principalement en produits des Indes occidentales ?

R. Oui, pour la plus grande partie. D. Avez-vous à indiquer quelque moyen de soulagement pour les colonies des Indes occidentales ? R. Comme, clans mon opinion, la principale cause de la détresse a été la production surabondante du sucre dans les autres colonies, il faudrait d'abord essayer, par tous les moyens possibles,de supprimer le commerce des esclaves auquel cette surabondance peut être attribuée en partie. On a déjà signalé plusieurs autres moyens de remédier au mal; tels sont : une réduction de droits en compensation des restrictions que la politique a fait établir en faveur

de divers intérêts nationaux; une autre réduction du droit sur le rhum qui le nivèle avec le droit sur les esprits d'Angleterre, d'Écosse et d Irlande; enfin des mesures pour faire admettre dans toutes les contrées d Europe les sucres anglais raffinés, aux mêmes conditions que les mêmes sucres provenant de Cuba et

25


RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

382

du Brésil. J omettais encore l'admission libre des mélasses en Angleterre, pour y être employées aux usages auxquels elles sont propres. La rectification du rhum avant l'acquit des droits seraitelle une mesure avantageuse ? Ii. Je ne suis pas préparé à répondre à cette question; cepenD.

dant je le crois. Considérez-vous que nos sucres destinés au raffinage soient réellement exclus des marchés étrangers? R. 11 existe de grandes restrictions quant au raffinage étranger ; D.

presque partout nos sucres sont repoussés. D.

Us ne peuvent donc lutter avantageusement avec les autres ?

R. Non , sans doute. D. Êtes-vous à même d'indiquer la population de quelquesunes de nos colonies, de manière à pouvoir établir à leur égard les mêmes calculs que pour Demerara ? R. Les derniers relevés de la population, ceux de 1829, ne semblent pouvoir donner lieu aux mêmes conclusions que pour Demerara. La population de la Bardade, où le commerce des esclaves a cessé de fait, avant l'abolition de la traite, vous semble plus rapprochée de l'état normal que celle des autres colonies? 11. Je crois en effet, pour les raisons que j'ai dites , que la Barbade se trouve, sous ce rapport, plus avancée que les autres coD.

lonies. En admettant qu'il soit prouvé que les colonies à sucre souffrent d'une grande détresse, et qu'elles attendent un soulagement de la mère patrie, en supposant aussi que le Gouvernement soit disposé à les aider de tout son pouvoir, pensez-vous que le plan ci-après produirait un effet salutaire : le droit actuel de 3o francs par quintal serait remboursé comme prime à l'exportation des sucres raffinés provenant des plantations anglaises ; D.

les sucres étrangers, terrés ou moscouades, introduits par nos navires, seraient admis au raffinage d'après les bases de la loi • qui a cessé dernièrement d'être en vigueur, c'est-à-dire en proportion de ce qu'ils produisent de sucre raffiné, de sucre bâtard et de mélasse, d'après l'expérience acquise? R. Je crois que ce plan serait profitable aux planteurs anglais. intéD. Croyez-vous que cet arrangement serait agréable aux ressés de nos colonies à sucre ? R. Sans vouloir dire qu'il serait d'un soulagement réel pour les planteurs,je crois cependant qu'ils s'en réjouiraient; il leur rendrait le courage de lutter contre les difficultés qu'ils éprouvent. Au surplus , le mérite de ce plan dépendrait de la manière dont seraient réglées les primes. D.

Voyez-vous comment 011 pourrait le rendre le plus efficace

possible ? R. Cet objet mérite de sérieuses réflexions; toutefois je n'entrevois auune mesure qui puisse être meilleure, ou qu'il soit plus facile au Gouvernement de mettre à exéculion, que celle d'accorder une prime aux sucres des plantations anglaises. D. Pourriez-vous dire quel devrait être le montant de celte prime? R. Non. En disant que le plan en question serait satisfaisant ou pourrait produire un soulagement, vous calculez sans doute que la prime équivaudrait à l'augmentation des frais de production

Ne savez-vous pas que des conventions ont été faites dans le but d'arriver à la suppression de la traite, et qu'elles promettent, pour une époque rapprochée, les résultats que l'on conD.

sidère comme si nécessaires? R. Je 1' ai appris avec une grande satisfaction. I). Pensez-vous qu'il s'écoulera quelque temps, après l'abolition delà traite, pour qu'elle devienne de quelque avantage ans planteurs anglais ? R. Il s'écoulera sans doute quelques années;mais ensuite, et tant que les lois actuelles subsisteront, les Indes occidentales auront besoin d'une protection de quelque étendue. A présent que rien n'est encore changé, cette protection doit nécessairement être plus grande. D.

L'excédant de frais que nos colonies ont à supporter, com-

parativement aux colonies étrangères où le commerce des esclaves se continue, ne resterait-il pas longtemps le même après que ce commerce serait interdit ? R. Oui, et quand bien même les effets que pourra produire 1 égalisation du travail entre les colonies anglaises et les colonies étrangères auraient eu lieu, les Indes occidentales n'en ressentiraient pas moins le besoin d'être protégées tant que subsisteraient les restrictions imposées à leur commerce avec les nations de l'Europe, avec l'Angleterre elle-même et avec les États-Unis. Ces restrictions ont été établies pour le bien général du royaume;

mais pour nous mettre en état de les supporter et de soutenir la concurrence contre l'étranger, lors même que le travail serait devenu partout égal, nous aurions encore besoin de protection. La continuation du commerce des esclaves ayant occasionné 1 excédant de production de sucre que nous avons à combattre , cet excédant subsistera sans doute encore pendant un certain temps après 1 abolition de la traite, par suite des avanD.

tages que possèdent les colonies étrangères? R. Oui; mais ces colonies ne pourront plus alors se soutenir que par des perfectionnements qui leur occasionneront des dépenses semblables à celles auxquelles nous sommes soumis. D. Dans 1 état actuel, c'est-à-dire avec la politique de la Grande-Bretagne et 1 existence du commerce des esclaves, croyezvous que la prime qui serait établie apporterait seule un soulagement suffisant aux colons, tant sous le rapport de la détresse qui les afflige déjà, que sous celui du désavantage qu'ils auraient encore vis a vis des colonies étrangères à cause de la supériorité des moyens de culture que celles-ci possèdent? R. Je ne puis répondre à cela d'une manière positive; mais, ainsi que je 1 ai dit, 1 effet que produirait une prime dépendrait de son importance, et I 011 pourrait la rendre telle, qu'elle nous mit a même de soutenir avec succès la concurrence étrangère. D- Une réduction de droits ne serait-elle pas aussi un soulagement efficace pour Je planteur? R. Oui, mais moins immédiat que celui qu'il retirerait d'une prime. L'expérience nous a fait connaître qu'une faible réduction de droit est pour nous d'une minime importance; nous n'avons rien gagné à celle de 33 fr. 75 cent, à 3o francs. Le bénéfice en a été porté ailleurs. Je compterais peu, comme mesure de soulagement sur une faible réduction de droit.

D.

que supportent nos planteurs? R. 11 me semble qu'elle devrait les mettre à même de soutenir la concurrence contre les planteurs étrangers. A mon avis, nous avons le droit de solliciter avec instances le Gouvernement d aviser aux moyens de supprimer la Iraile; et, jusqu'à ce qu'il ail pu y parvenir, nous avons droit également à une protection équivalente à celle que nous procurerait la prime dont il est question.

/J. Vous dites que l'un des effets à espérer d'une augmentation de remise, c'est qu'elle ranimerait le courage des colons? R. Je le crois; mais, pour leur rendre la prospérité et les encourager à faire des améliorations, il faudrait que le Gouvernement déclarât que les droits de propriété seront respectés, et que les mesures relatives à l'émancipation ne seront mises à exécution que lorsqu'on aura assuré une indemnité aux possesseurs d'esclaves. D. N'a-t-on pas éprouvé un grand mécontentement dans les | colonies, aussi bien qu'ici, par suite des charges imposées par


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ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

les règlements commerciaux sans égard pour l'inégalité des moyens de travail ? 11. Oui. Les colons ont éprouvé en général un sentiment de mécontentement de ce que leur détresse n'avait pas obtenu toute l'attention qu'elle méritait. D. Pourriez-vous indiquer quelque moyen de lever les restrictions commerciales, en ne perdant pas de vue que nos relations avec nos colonies doivent être maintenues, et en portant votre attenlion sur les articles d'approvisionnement qui leur sont nécessaires ? La levée des restrictions, principalement en ce qui regarde les approvisionnements, serait très-profitable aux Indes occidentales. Si surtout les relations avec les Etats-Unis devenaient libres, nous pourrions nous procurer beaucoup d'articles avec une grande réduction de prix. IL

D.

Pouvez-vous indiquer ces articles?

,.R. Le bœuf, le porc, le beurre, le fromage, le lard, le poisson et autres provisions , et plusieurs sortes de bois débité, telles que douves, planches de sapin, dattes, etc., que l'on obtient à meilleur prix aux Etats-Unis que dans les colonies de l'Amérique du Nord. Tous ces articles sont reçus, à l'exception du poisson, mais ils sont sujets à des droits très-considérables.

D. Les effets d'habillement peuvent-ils s'obtenir à bon marché des États-Unis? Oui. Je crois que l'on peut se procurer à bas prix des vôtements grossiers pour les nègres. Quant aux articles communs 1"e nous tirons d'Europe , il en est quelques-uns que nous pourrions avoir avec une réduction sur ce qu'ils nous coûtent en AnR.

gleterre, par exemple les provisions, et peut-être le gros drap et 'Cs toiles d'Allemagne ; mais, pour la plus grande partie de nos approvisionnements de ce genre, nous pouvons, je crois, les acheter en Angleterre aussi avantageusement qu'ailleurs. L'une des restrictions les plus importantes qui pèsent sur les Indes occidentales, c'est le refus d'admettre notre rhum dans la GrandeBretagne sur un pied d'égalité avec les esprits qui s'y fabriquent, et nos mélasses pour l'emploi auquel elles peuvent servir.

D.Vous pensez donc qu'un des plus grands inconvénients dos règlements commerciaux, c'est que, d'après la politique suivie al égard des colonies, vous êtes obligés de vous approvisionner ' ou les prix ne vous sont pas le plus avantageux, et que vos ,l

produits ne sont pas admis en Angleterre avec la faveur qui pourrait compenser, pour le producteur, les dépenses qui lui sont imposées ? Il Oui. D. Le poisson, que vous ne pouvez importer que d'Angleterre, est-il donc un article très-important? R. C'est un article très-important pour toutes les Indes occidentales, et la principale des distributions failes aux noirs sur presque toutes les plantations. Il est aussi d'une très-grande consommation parmi les autres habitants. D. Quelle est la valeur du poisson distribuée à chaque nègre par an ? II. Je crois bien qu'elle excède 25 francs, mais je n'ai pas fait de calcul à ce sujet. D. Vous êtes obligés de vous approvisionner de poisson à Terre-Neuve; mais n'en reçoit-on pas d'Angleterre une grande quantité que l'on pourrait se procurer moins cher ailleurs, si les restrictions n'existaient pas? R. Oui. J'ai toujours entendu dire que l'on tirait beaucoup de poisson d'Angleterre. D. N'est-ce pas votre opinion, que les propriétaires des Indes occidentales obtiendraient un grand soulagement des réductions que les marchands seraient mis à même de leur faire sur les charges qu'ils leur imposent? R. Je ne vois pas que ces charges soient susceptibles d'une réduction importante. J'ai entendu dire que le droit de commission pourrait être réduit si le sucre était vendu à son prix net, et que, par le même moyen, l'intérêt éprouverait aussi une réduction; mais après réflexion, il me semble que cette réduction ne serait que très-faible, et alors elle ne produirait aucun soulagement sensible. Selon moi, si les droits perçus à Londres sur les sucres n'étaient pas avancés parles marchands de Londres, il se formerait une nouvelle classe de négociants. Beaucoup des acheteurs actuels, ne se trouvant plus assez d'argent, seraient obligés de s adressera ces intermédiaires, qui n'avanceraient leurs capitaux que pour en tirer profit, et alors le changement deviendrait plus désavantageux que profitable au planteur. Dans tous les cas, la réduction serait si faible qu'elle vaudrait à peine que l'on s'en inquiétât.

N° 109. INTERROGATOIRE DE M. JAMES MAC-QUEEN. û. Où résidez-vous ? R- A Glascow. f). Quelle est votre profession ? Négociant en denrées coloniales,

R.

D. Avez-vous habité les colonies? R.

Oui.

i>. Laquelle? R- La Grenade, pendant quatorze ans. J'ai aussi parcouru presque toutes les îles du vent. fl. Que faisiez-vous à la Grenade? R■ J'étais planteur. f. Avez-vous été à même d'acquérir une connaissance parfaite delà situation de la Grenade et des autres colonies au vent, ainsi que de leur commerce ? R• Oui, d après mon expérience pratique et par les informations que j'ai obtenues. D. A quelle époque avez-vous quitté les Indes occidentales? R-

En 1810.

D. Depuis lors vous n'avez pas cessé d'avoir des relations avec ces colonies ? R. Non. D. La détresse qui affecte tous les intéressés dans les affaires des colonies est-elle sérieuse ? R. Je ne pense pas qu'elle puisse être plus grande. D. De quelle conséquence peuvent être, sur le bien-être des esclaves, la gêne et la détresse de leurs maîtres ? R. Plus celle gêne sera grande, plus l'esclave doit en souffrir; toutefois il ne souffre pas autant que l'on pourrait d'abord se le figurer, parce que, aussi longtemps qu'un planteur peut le faire, il emprunte sur sa propriété pour soutenir ses esclaves. Désormais celle ressource est épuisée, et, à l'avenir, les souffrances des noirs ne peuvent qu'augmenter. D. Sous quels rapports augmenteraient-elles? R. En ce qu ils ne recevront plus les allocations ordinaires d habillements et de vivres. Je sais que plusieurs propriétaires onl déjà été obligés de supprimer une partie de ces allocations. D. Qu en résulte-t-il pour le bien-être des esclaves ? R. C est qu ils ne sont plus dans une situation aussi heu-

25.


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIECES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

reuse. Il doit nécessairement en résulter une diminution de travail et, par conséquent, du retard pour la rentrée des récoltes; peut-être même leur perte totale. D. A quelles causes attribuez-vous la détresse que vous re-

présentez comme si grande dans les colonies à sucre? R. Il y en a plusieurs, qui peuvent se diviser en quatre ou cinq classes : en premier lieu, la grande extension du commerce des esclaves; en 1830, on a introduit dans les colonies étrangères au moins 100,000 nègres, dont 57,000 au Brésil seulement. D. Savez-vous le nombre des esclaves introduits à Cuba P

/(■ Il n'est pas indiqué , mais il doit avoir été fort grand, à en juger par le nombre des navires qui sont partis de la côte d'Afrique pour cette destination , et par celui des navires entrés. /). Vous savez que les lois d Espagne ont déclaré ce commerce illégal; c'est sans doute par ce motif qu'il n'a pas été établi de relevés officiels du nombre de noirs introduits dans l'île de Cuba ? R. Je le crois. La seconde cause peut être attribuée aux mesures d'émancipation générale dont s'occupent le Gouvernement cl la nation. Celle circonstance a ôté toute sécurité aux propriétés des Indes occidentales; on ne peut plus en disposer, même en faisant les plus grands sacrifices, elles emprunts sur cette garantie sont devenus impossibles. La troisième cause résulte des ordonnances fiscales rendues dans plusieurs colonies ; les taxes y sont énormes et ne font que s'accroître. Par suite de la négligence des autorités judiciaires dans les petites colonies , les propriétés sont ruinées par des procès, ou écrasées par le droit de 4 1/2 pour 0/0 imposé sur tous les produits. Ce droit est un fardeau excessif pour la Barbade, Anligoa, Saint-Christophe, Nevis et Torlola. Telle est la négligence de l'administration de la justice, que, dans l'île de Torlola, où j'ai une propriété d'une valeur de près de 2,000,000 de francs , je puis dire, sans exagération, qu'on ignorerait si l'on vit sous un gouvernement civilisé, sans la présence du collecteur qui vient perçevoir les 4 1/2 pour cent a 1 embarquement de nos produits. J'ai éprouvé moi-même des perles très-sérieuses par suite d'actes de violence dont je ne pouvais demander la punition à aucun tribunal. J'ai même entretenu pendant longtemps une correspondance à ce sujet avec le bureau des colonies, sans avoir encore obtenu aucune satisfaction. D. Vous savez qu on a envoyé, il y a quelques années, des commissaires pour s'enquérir de l'état de l'administration judiciaire, et qu'ils en onl fait leur rapport?

peut récoller assez de produits pour indemniser le propriétaire 011 le capitaliste des fonds employés dans les plantations. D. Est-ce donc ce qui fait que, dans quelques-unes des colonies dont vous parlez, le travail des esclaves ne suffit pas à leur entretien ? R. Oui. J'en ai fait la triste expérience, D. Comment cela a-t-il lieu ? R. Dans les plus petites îles, la culture constante du sol l'a fortement appauvri ; et les planteurs, dans l'état où il se trouve, ne peuvent l'améliorer, parce qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter des bestiaux pour en obtenir de l'engrais. D'un autre côté, les bois ont été presque entièrement détruits , de sorte que ces îles sont plus exposées que d'autres aux effets de la séche-

resse. D. Si r on faisait une loi pour permettre que les esclaves fus-

sent transportés sur d'autres îles, ne serait-ce pas un grand avantage pour ces esclaves eux-mêmes ? R. Oui , sans doute , et même un très-grand. D. Avez-vous quelque chose à ajouter sur les causes de la détresse des colonies ? R. Non, pas d'après ce que j'en sais personnellement. En général, celte détresse s'augmente de celle qui afflige la mère pairie et qui diminue la consommation des produits coloniaux; mais c'est une circonstance à laquelle il faut se soumettre. Les travailleurs sont réduits à des salaires si bas qu'il leur est impossible de se procurer du sucre ou toute autre denrée. 1). Possédez-vous quelque document relatif à la production el à la consommation du sucre en 1791 et en 1831 ? R. Oui.

D. De quelle source proviennent ces renseignements? R. Ce serait trop long a détailler, mais je les crois exacts. La totalité du sucre consommé sur le continent d'Europe en 1791 ' réduite en moscouade , s'est élevée à 9,556,000 quintaux, dont 2,600,000 produits par les colonies anglaises, y compris les Indes occidentales; 2,940,000 quintaux par SaintDomingue; les autres colonies françaises, y compris Maurice et Bourbon, onl fourni 1,500,000 quintaux; les colonies espagnoles, 1,100,000 quintaux; le surplus est sorti des colonies hollandaises et danoises. En 1831, la production du sucre dans les mêmes endroits, et réduit en moscouade, a été de 14,310,000 quintaux, dont 4,700,000 quintaux produits par les colonies appartenant a la Grande-Bretagne; 2,200,000 quintaux par Cuba el Porto-Rico ; 1,700,000 quintaux par les colonies fran-

R. Je le sais. I). Savez-vous encore si, depuis la remise de ces rapports au bureau des colonies, on a pourvu à ce qui manquait, el institué

çaises; 2,000,000 de quintaux par le Brésil, sans y comprendre le sucre terré, et 870,000 quintaux par la Louisiane, quin'en a produit que depuis 5 ou 6 ans. Le résultat général donne, pour

les magistrats nécessaires?

1

cet objet; mais les choses sont toujours dans le même état, du moins clans les colonies avec lesquelles je suis en rapport.

831, une augmentation de 4.764,000 quintaux. Si l'on tient compte, pour celle dernière année, de l'augmentation survenue dans la consommation , c'est-à-dire de 1,830,000 quintaux pour le continent de l'Europe; 1,324,000 quintaux pour la Grande-

D. Savez-vous si, outre Tortola, il y a quelque autre colonie où , depuis deux ou trois ans, on n'ait pas vu un magistrat supérieur pour surveiller l'administration de la justice?

Bretagne; 130,000 quintaux pour l'Amérique anglaise, et 1,480,000 quintaux pour les États-Unis, le rapport entre la production et la consommation se trouve à peu près le même, à

R. Nulle part, depuis le départ des commissaires, il n'a été lait de changement, soit dans la constitution des tribunaux, soit dans la manière d'exécuter les lois.

10,000 quintaux près.

/). Quelques colonies ont-elles un principal magistrat chargé de la direction de la justice ?

les colonies était terré. A la Grenade, par exemple, les 2/3 avaient été fabriqués ainsi ; la même proportion existait pour les autres colonies. En remontant plus haut, et jusqu'en 1775, 1a

R. Non. Je n'ignore pas que le Gouvernement s'occupe de

R. Il n en existe pas à Torlola non plus qu'à Tabago. Il est

D. Qu'entendez-vous par sucre réduit en moscouade? li. Avant 1791, la plus grande partie du sucre produit dans

encore une autre cause de détresse qui exerce une grande influence dans beaucoup de colonies, c'est la loi qui défend de transporter les esclaves d'une île à l'autre, si ces îles ne dépendent

Grenade ne produisait pas encore autant qu'alors. Aujourd'hui tout le sucre de nos colonies est moscouade.

pas du même Gouvernement;il en résulte que, sur plusieurs des petites îles ou le sol est jusqu'à un certain point épuisé, comme

sucres ?

Torlola, Antigoa, Nevis, Saint-Christophe et Montserrat, on ne

D. Pourquoi les colonies ont-elles cessé de terrer leurs

R• Après l'anéantissement d'une production aussi importante (pie celle de Saint-Domingue, les demandes de sucre brut s'étant


385

ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. —. 1832. e

multipliées, les planteurs trouvèrent plus avantageux de l'expédier dans cet état, et c est la, je crois, ce qui a fait abandonner la coutume de le terrer. D. Savez-vous si l'augmentation de la production a été importante depuis la fin de la dernière guerre? R. Oui; elle date presque entièrement de cette époque. Avant la conclusion de la paix, les États du continent d'Europe ne pouvaient se livrer à la traite : nous étions maîtres des mers et ce commerce était presque anéanti; mais depuis celle époque les mêmes

selon la qualité, tandis qu'à Glascow ceux delà Barbade ont atteint le prix de 78 fr. 75 cent. L'objet principal que j'ai eu en vue, en établissant mes calculs, a été de démontrer que les 10/14" de la quantité totale de sucre exporté ont été produits par les pays qui ont continué le commerce des esclaves, et où les terres sont moins chères en raison de la supériorité du sol; elles sont neuves, et leur rapport est trois fois plus fort que celui qu'obtiennent les colons anglais, dont les frais d'exploitation sont au moins doublés par la cherté du travail.

Etats ont repris le commerce des esclaves avec plus d'activité que jamais. Vous attribuez donc l'augmentation de production du sucre à l'extension donnée à la traite après la paix de 1814 ? R. Oui, pour les colonies étrangères; il n'en a pas été de même pour les nôtres. Cette augmentation a été grande dans les colonies de Demerara, Maurice et la Trinité, devenues possessions anglaises. Elle est indiquée comme suit : environ 87,000 D.

boucauts de 10 quintaux chaque, pour la Trinité; 4o,ooo pour Demerara et Berbice; 20,000 pour Maurice, et environ 9,000 pour Saint-Vincent. L'étendue de la culture, dans les belles terres caraïbes, a contribué à l'augmentation qui, dans les colonies anglaises, n'est pas résultée de l'importation des esclaves, mais de ce que des plantations où l'on cultivait le coton, le café et le cacao, ont été converties en plantations à sucre; on peut aussi l'attribuer pour quelque chose au transport des esclaves de quelques colonies dans d'autres, avant la promulgation de l'acte de restriction de 1825. J'ai établi un relevé présentant les quantités de sucre produites par nos colonies, et indiquant la proportion de la population esclave de chacune d'elles; je suis arrivé au résultat suivant, savoir : la Trinité, Demerara, Saint-Vincent et la Grenade, 11 quintaux et demi de sucre par esclave; Maurice, la Jamaïque, Tabago, Antigoa, Sainte-Lucie et Nevis, 6 quintaux par esclave; la Barbade, Montserrat, Tortola, Berbice et la Dominique, 4 quintaux. Il m'a été impossible d'être parfaitement exact,mais ces approximations suffisent pour éclairer la question. Le Jamaïque est, je crois, la colonie où l'on cultive aujourd'hui, sur la plus grande échelle, d'autres produits que le sucre. En raison du nombre total de ses esclaves, la production de ces divers articles est dans la proportion de 4 quintaux. En supposant 100,000 noirs employés à la culture du café, du piment, etc., et aux parcs à bestiaux, je no pense pas qu'on s'éloignerait beaucoup delà vérité. Quelle est la quantité de sucre importée delà Jamaïque? R. Les relevés officiels de 1830 donnent 1,386,000 quintaux, et je crois cette évaluation exacte. D.

D. N'est-il pas possible qu'une colonie ait joui d'un temps favorable et qu'il soit arrivé le contraire dans une autre? R- C'est ce qui a eu lieu en effet, mais pas au point de changer le résultat général. D.

Avez-vous appris que, pendant cette année , la Trinité ait

particulièrement souffert ? R. Oui; cependant elle a eu une des plus fortes récoltes. D. La qualité de son sucre n'a-t-elle pas été inférieure? Oui; toute sa récolte a été de qualité inférieure? D. Quelle différence établissez-vous entre le prix des sucres de la Trinité et celui des sucres de la Barbade et d'Antigoa pour cette R.

année ? R. Je ne pourrais indiquer celte différence d'une manière précise, mais elle a été considérable. Les sucres de la Trinité se sont vendus 47 fr. 5o cent., 48 fr. 7.5 cent, et 5i fr. a5 cent.

Sucre produit, exporté et consommé en Europe. Quint, de Moscouade.

Colonies anglaises. Exportations faites par la voie des Indes orientales pour la GrandeBretagne, etc. 1 Idem pour l'Amérique du Nord Comme sucre colonial, et des Indes occidentales, par la Grande-Bretagne Colonies espagnoles: Cuba, etc Idem Vera-Cruz, avant 1800

~

1791.

1831.

2,600,000

4,650,000

110,000

150,000

36,000

200,000

1,100,000 140,000

Colonies françaises de Saint-Domingue.. . Idem de l'ouest Idem de l'est

2,940,000. 1,200,000 (

1,700,000

300,000

Brésil

460,000

2,000,000

Colonies hollandaises occidentales Colonies danoises idem

370,000

450,000

300,000

270,000

870,000

Etats-Unis d'Amérique

A ajouter : Proportion de sucre terré à 1,820,000

Cuba, au Brésil, etc TOTAL

PRODUIT

en moscouade

consommé avant

AUGMENTATION

9,556,000

9,556,000

1791

de production de

1791

14,310,000

4,754,000

1831

Consommation du continent avant 1791. Importé sur le continent d'Europe, de la partie occidentale, avant

1791

Idem pour la consommation coloniale, par la Grande-Bre-

tagne Idem de la Grande-Bretagne, des Indes et des colonies

6,810,000 36,000

160,000

anglaises, sucre brut TOTAL

7,006,000

Consommation du continent d'Europe en 1830. Par la Grande-Bretagne et les colonies anglaises

1,030,000

Par les colonies étrangères et les Indes orientales

316,000

Par les Danois et les Hollandais , colonies occidentales Par les colonies françaises Par l'Espagne et le Portugal En Russie (Pétersbourg), de Cuba et du Brésil, moyenne de deux ans En Prusse, de Cuba et du Brésil, 1829.. En Autriche (Trieste), de Cuba et du Brésil, 1831

720,000 1,700,000 350,000

357,000 415,000

410,000

A Hambourg et Anvers (2) A Amsterdam et Rotterdam A Brème

1,082,000 253,000 253,000

En France, côté de la Méditerranée A ajouter pour sucre terré

270,000 1,680,000

8,836,000 AUGMENTATION

de la consommation du continent. .

..

1,890 000

quelle qu'elle soit, doit être déLa quantité de sucre raffiné exporté de la Grande-Bretagne pour le continent d'Europe, pendant et avant 1791, duite de la consommation et ajoutée ;\ celle du continent. 5 semblent y avoir été introduits de la GrandeA Hambourg, l'année dernière, les importations se sont élevées à près de 300,000 quintaux, qui difficile de séparer les importations extrêmement seulement de Cuba et du Brésil. Il est Bretagne et d'ailleurs. La quantité ici indiquée provient directes des importations provenant d'autres pays.

25..


RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

386

Production. Sucre produit principalement par la partie occidentale du monde, en 1831

14,310,000

Consommation. Continent d'Europe

8,836,000

Etats-Unis d'Amérique, sucre indigène et étranger

1,570,000

Grande-Bretagne et Irlande, moyenne de six années

3,774,000

Colonies de l'Amérique du Nord

150,000

14,330,000 EXCÉDANT

AUGMENTATION

apparent1

20,000

de la production, principalement dans

les Indes occidentales, depuis 1791

4,754,000

Augmentation de consommation. Sur le continent d'Europe

1,830,000

Dans la Grande-Bretagne

1,098,000

En Irlande

226,000

Dans l'Amérique anglaise

130,000

Dans les Etats-Unis

1,480,000 4,764,000

EXCÉDANT

10,000

Ces résultats peuvent être classés en trois divisions: Trinité, Demerara, Saint-Vincent et Grenade, Il quint, par esclave. Maurice, la Jamaïque, Tabago, Sainte-Lucie et Nevis, 6 idem.

4,200,000

La Barbade, Montserrat, Tortola, Berbice et la Dominique, 4 idem.

apparent*

En 1830, Cuba et le Brésil ont produit Ces produits ont été expédiés de la manière suivante : 3,640,000

Pour l'Europe, par diverses voies

Remarques.

560,000

Pour les États-Unis

4,200,000

Les 10/1l\" <lu sucre exporté proviennent des contrées qui con tinuenl le commerce des esclaves, où les terres sont beaucoup moins chères qu'ailleurs, qui retirent de leur sol vierge,trois fois

Les colonies anglaises ont produit pour l'exportation : En 1830, expédié dans la Grande-Bretagne 4,196,000 quintaux (boucauts de moscouade).

(l'Irlande) Expédié dans l'Amérique anglaise....

150,000 4,346,000

id. id. en boucauts de 12 quintaux 362,000

chaque En 1791, les mêmes colonies, dont quelques-unes n'étaient pas encore anglaises, ont produit

275,000

de production dans les colonies anglaises. . .

87,166

AUGMENTATION

1812.

MOYENNE

de trois années finissant en

1812.

Importa-

tions dans la Grande-Bretagne, 4,181,857 quintaux .

348,843 /

Observations diverses. 1772. Les colonies anglaises ont envoyé dans la Grande-Bretagne, 1,760,345 quintaux. sucre 1787 idem

1,926,791

plus que les colonies anglaises , et qui font exécuter leurs travaux à moitié moins de frais. La quantité de sucre importée de l'est sur le continent d'Europe en 1791, soit directement, soit par les Américains, est in certaine. Le sucre provenant des possessions orientales hollandaises, en 1831, est évalué, savoir : de Batavia pour les Pays-Bas, à 70,000 quintaux, et pour la Suéde à 4,800 quintaux. Le sucre fabriqué à Porto-Rico s'élève à un poids considérable ; mais la totalité, ou au moins la plus grande partie, est comprise dans les exportations indiquées sous le titre de Cuba, du Brésil et des colonies étrangères, par la voie de la Grande-Bretagne. L'augmentation dans les possessions anglaises et étrangères de l'est est supposée avoir été de 90,000 quintaux, pour la période de 1814 à 1831 ; peut-être aurait-il fallu ajouter 150,000 quintaux pour la production générale de 1831, ce qui augmenterait d'autant la consommation de l'Europe. On peut établir que les quantités importées dans les différentes

Pendant ces périodes, une grande proportion de sucre des colonies, souvent même les deux tiers, était terré.

contrées ont été consommées, puisque l'excédant invendu à la fin de l'année n'avait pas augmenté du beaucoup. Dans quelques-

Consommation de la Grande-Bretagne pendant quatre années, jus-

unes la consommation a été plus forte, et dans d'autres plus

qu'en 1775 Consommation en 1790

146,000 boucauts.

faible.

152,000 ,

L'Angleterre et l'Ecosse, avec une population réunie de 17 millions d'habitants, consomment 3,3oo,ooo quintaux de sucre

Avant 1775, les colonies anglaises exportaient dans l'Amérique du 8,000 boucauts. Idem pour le continent d'Europe 8,000

Nord

Rapport de la quantité de sucre produit dans les colonies anglaises avec le chiffre de la population esclave. Total ^es esclaves dans les colonies, 750,000. Total du sucre produit, 4,000,000 quintaux. Soit 0 quintaux par esclave. 1

moseouade par an. Le continent de l'Europe, y compris l'Irlande, dont la population s'élève à 187 millions, consomme près de 9,200,000 quintaux. Si le confinent faisait une consommation proportionnée à celle de l'Angleterre et de l'Ecosse, il absorberait 36,3oo,ooo quintaux, à peu près trois fois le total delà production. En 1801, la population de l'Ecosse et de l'Angleterre s'élevait à 10,400,000 habitants; en 1831 elle était arrivée à 17 millions.

Ces différences proviennent de la cause indiquée dans la note n" 2, et de l'impossibilité de déterminer la quantité de sucre raffiné exportée de la

Grande-Bretagne. ' Idem.


387

ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE.— 1832. e

c'est-à-dire que l'augmentation avait été de 70 p. 0/0. La consommation du sucre, depuis 1791 ou 1801, ne s'est accrue que de

dans les colonies étrangères, où ils les échangent avantageusement contre du sucre et d'autres produits

4o p. 0/0. En 1791, l'Irlande consommait près de 2 11,977 quintaux de moscouade par an ; en 183o, avec une grande augmentation de population, elle en a seulement consommé 438,000 quintaux. Sa consommation de 1812 est portée à 445,o35 quintaux, celle

Avez-vous encore quelque chose à ajouter relativement aux relations commerciales entre les Etats-Unis et les colonies anglaises, et entre les colonies des Indes occidentales et celles de D.

l'Amérique du Nord ? R. Par les raisons que j'ai déjà exposées, depuis quelques années, et avant que les ports ne leur fussent fermés, nos colonies n'entretenaient déjà plus avec les Etals-Unis un commerce aussi avantageux qu'anciennement ; lorsque cette mesure fut prise,

c!c 1808 avait été de 337,867 quintaux, et dans celle même année les exportations en toileries se sont élevées au chiffre le plus haut qu'elles aient jamais atteint, celui de 43,992,086 aunes ; sa consommation en thé et en drèche a également atteint le maxi-

elles furenl forcées d'aller demander leurs approvisionnements aux colonies de l'Amérique du Nord. Dans les premiers temps, il fallut les payer un prix plus élevé ; cependant, à mesure que nos relations s'étendirent el se consolidèrent, cet inconvénient

mum. La Grande-Bretagne exporte environ ie quart des sucres qu'elle reçoit de ses colonies. La consommation du sucre dans les colonies qui le produisent est probablement de 420,000 quintaux, cl dans les colonies étran-

devint moindre, et bientôt même il se trouva compensé par un avantage que ne nous offraient plus les États-Unis; car la prospérité croissante des colonies de l'Amérique du Nord les met en position de nous prendre en échange le rhum et la mélasse qu'il nous était si nécessaire de trouver à écouler.

gères de 1,000,000 de quintaux. En 1790 elle n'a guère été audessous , et, dans tous les cas, elle n'a pas été moindre de 800,000 quintaux.

D. Avez-vous quelques données sur la quantité de rhum et de mélasse échangée avec les colonies de l'Amérique du Nord à l'époque dont vous parlez ? R. Sans pouvoir la préciser exactement , je puis dire que l'augmentation des importations de rhum el de mélasse dans les colonies de l'Amérique du Nord a été très-considérable. D'après des

D. Pouvez-vous expliquer pourquoi le sucre des colonies anglaises est toujours en moscouade, tandis que les colonies étrangères, principalement le Brésil et Cuba, l'expédient en grande partie terré ? R. La seule raison que j'en puisse donner, c'est que nos colons, ayant laissé se détériorer tous les ustensiles nécessaires à cette fabrication, sont aujourd'hui dans un tel état de gêne qu'ils

informations certaines, il a été importé dans le port de Québec, pendant l'année dernière, de i4 à 15,000 poinçons de rhum ; à Montréal, suivant ce que m'a dit un négociant qui en est arrivé récemment, celte importation a dépassé 13,000 poinçons.

ne peuvent plus les remplacer, ni rien faire pour améliorer ia qualité de leurs sucres. Les colonies étrangères, au contraire, ont conservé leurs appareils, et sans doute elles trouvent un bénéfice à faire leurs exportations en sucre terré plutôt qu'en mos-

D. Vous avez dit que, depuis ia reprise des relations avec les Etats-Unis d'Amérique, on n'y exportait plus guère de rhum et do mélasse en échange du bois débité qu'on en tire? R. Très-peu , en effet.

couade. Ne faut-il pas une grande augmentation de travail pour la préparation des sucres terrés? R. Oui. D.

Attribuez-vous cela, en partie, à l'élévation des droits imposés sur les articles venant des États-Unis? R. Je l'attribuerais plutôt aux droits que payent ces articles à la sortie, lorsqu'ils sont destinés à nos colonies. D.

D. Si nos colons ont renoncé à faire subir à leurs sucres cette préparation, cela ne proviendrait-il pas de ce que ie travail leur coûte beaucoup plus cher qu'aux colonies étrangères ? R. Oui ; et, depuis qu'ils ont cessé de le faire, l'élévation du prix du travail et les frais qu'il leur en aurait coûté pour remettre les moyens de fabrication en étal ne leur ont pas permis d'y re-

D. Vous n'ignorez pas que de forts droits protecteurs sont imposés, dans les colonies anglaises , sur les bois débités et autres articles d'approvisionnement venant des Etats-Unis ?

venir. D.

R. Je le sais. Y a-t-il d'autres circonstances qui puissent, dans votre

Cela peut avoir pour effet d'en diminuer la vente, en restreignant le bénéfice des expéditeurs? D.

opinion, agir exclusivement sur les colonies anglaises? R. Les principes généraux el les restrictions établies à l'époque de l'établissement de ces colonies pèsent sur elles à un degré inconnu aux colonies étrangères , qui, jusqu'à ce3 derniers temps, ont toujours eu le libre accès de tous les marchés, soit pour y porler leurs produits, soit pour en tirer leurs approvisionnements. Tout récemment, le Gouvernement français et les Etats-Unis d'Amérique ont encore adopté un système de protection plus efficace. D.

Pouvez-vous donner quelques détails à ce sujet?

R. Je ne puis dire exactement quels sont les droits protecteurs établis par la France el les États-Unis, mais je sais qu'ils sont considérables. Je crois avoir entendu dire qu'aux Etats-Unis ce droit est de 18 fr. 75 cent, par quintal. La conséquence de cette

mesure a été l'exiension rapide de la culture du sucre aux EtatsUnis, et, par suite, la production d'une grande quantité de mélasses : d'où il résulte qu'ils ne nous demandent plus ni mélasses ni rhum en échange de leurs marchandises. Ce commerce était

J

R. Je croirais plutôt que les Américains cherchent à entraver l'importation chez eux des mélasses el du rhum des colonies anglaises , parce qu'ils font eux-mêmes de la mélasse. Longtemps avant que des restrictions ne fussent imposées à leur commerce avec nous, ils avaient cherché à nuire à l'introduction de notre rhum et de nos mélasses, afin d'encourager chez eux la distillalion des grains. D. Vous avez dit aussi que, depuis peu, la Louisiane avait produit une grande quantité de sucre. Les États-Unis n'ont-ils pas pu avoir pour but, en imposant ces droits, de favoriser celle production sur leur propre sol ? R. Sans doute. Leur polilique est de suivre un système protecteur qui a pour effet d'augmenter, d'une manière incroyable, la valeur des propriétés. D'après une lettre de la Nouvelle-Orléans,

qui m'a été communiquée récemment, une propriété de la Louisiane, ne possédant que 4o esclaves, el d'une élendue de 180 acres seulement, a vendu du sucre pour 940,000 francs, dont 20,000 comptant el le reste à terme.

autrefois très-étendu ; aujourd'hui il a cessé : en sorte qne les approvisionnements que nous recevons de ce côté sont payés en argent 011 en traites, et encore ne les obtenons-nous pas à des conditions avantageuses; car si les Américains ne peuvent avoir

D. Attribuez-vous celte circonstance à la plus grande sécurité qu'offrent les propriétés des Etats-Unis, comparativement à celles

chez nous les prix qu ils demandent, ils portent leurs articles

de nos colonies?

25...


388

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES,— PIECES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

R. Oui. Celte sécurité est la base delà valeur; si elle manque, les propriétés n'ont plus aucun prix. D. Les Etals-Unis ne produisent cependant pas encore assez de sucre pour leur consommation? R. Non. D. Ils sont donc obligés de s'en approvisionner ailleurs ? R. Oui. D. N'est-il pas probable que, en établissant les droits qui protègent leur propre production, ils ont été dirigés plutôt par leur intérêt personnel que par l'intention de donner la préférence aux sucres de Cuba et du Brésil sur ceux des colonies anglaises ? R. Ils achètent les sucres du Brésil et de Cuba à meilleur marché que les nôtres ; mais il n'y a pas de doute que les droits en question n'aient été établis dans le bul d'encourager la production chez eux ; et je suis convaincu qu'ils parviendront à subvenir par eux-mêmes à leurs propres besoins. D. A présent, ils ne font pas encore assez de rhum et de mélasse pour leur consommation ? R. A peu de chose près. Ils ont tellement augmenté la distillation des grains , qu'ils peuvent aisément se passer de rhum et de mélasse. D. Ils demandent des espèces pour les articles qu'ils importent dans nos colonies, cl se rendent ensuite au Brésil et à Cuba pour y acheter du sucre ? R. Oui ; mais à présent il n'y a plus d'argent à recevoir dans nos colonies. D. Est-ce à cause des droits établis pour proléger nos marchés qu'ils les ont abandonnés? R. Ils peuvent acheter beaucoup plus avantageusement au Brésil et à Cuba. 1J. Ne résultait-il pas autrefois du système politique suivi par 1 Angleterre que les colonies ne pouvaient disposer de leurs sucres ? R. Oui, et c'est seulement depuis peu qu'elles ont joui de la faculté de les expédier directement pour les ports étrangers. Cette liberté leur est maintenant inutile, car, dans tous les ports, elles trouveraient les prix au-dessous des leurs. D. Ainsi les lois du pays, en limitant le nombre des marchés pour les planteurs, ont empêché la vente du sucre de nos colonies ? R. Oui. f). Avez-vous quelque moyen de comparer la quantité de rhum importée aujourd'hui dans nos colonies de l'Amérique du Nord, avec celle que l'on expédiait dans les Etats-Unis avant l'interruption des relations ? R Je ne pourrais le faire en ce moment. D. Avez-vous quelque idée de la proportion entre ces importations ? R. Je crois que ces quantités sont à peu près les mêmes, mais je ne parle que de souvenir. D. Savez-vous si 1 importation du rhum dans nos colonies de l'Amérique du Nord a diminué depuis la réouverture des relations avec les États-Unis ? R. Je ne crois pas qu'elle ait diminué, parce que, les ÉtatsUnis ne voulant pas recevoir le rhum, nos colonies ne peuvent 1 expédier ailleurs qye dans l'Amérique du Nord. 11 vaudrait mieux le perdre que de le porter en Angleterre, où les frais de production ne seraient pas couverts. D. Les navires qui transportent le rhum aux colonies de l'Amerique du Nord en rapportent-ils des approvisionnements d'Amérique ? R. Oui. Ce commerce a été, 1 année dernière, interrompu par la reprise de nos rapports avec les États-Unis; mais, par les raisons que j'ai dites, il se ranime en ce moment

I). Croyez-vous que, par la suite, la réouverture des relations puisse devenir désavantageuse" aux colonies des Indes occidentales ? R. Je ne vois pas qu'il"en* puisse; résulter d'avantages pour elles, parce que, avant peu de temps, les approvisionnements, le poisson salé surtout, arriveront en abondance de nos colonies de l'Amérique du Nord. La reprise des relations a désorganisé le commerce que nous faisions avec ces colonies. Les Indes occidentales ne peuvent avoir un bénéfice réel à commercer avec les États-Unis, qui ne veulent pas prendre en échange les seuls produits qu'elles aient à leur donner. D. Si l'on trouve le commerce avec les États-Unis désavantageux , le mouvement vers les colonies de l'Amérique du Nord ne reprendra-t-il pas son importance? R C'est déjà ce qui a lieu. D. Comment donc la réouverture des relations peut-elle être nuisible à nos colonies ? R. Parce qu'elle gêne nos rapports avec les colonies de l'Amérique du Nord. D. Quel serait l'effet de la réduction de la culture des cannes, dans les colonies anglaises, sur le prix du sucre dans la GrandeBretagne ? R. Si cette culture diminuait d'une manière sensible, les approvisionnements deviendraient plus en rapport avec la consommation de l'Angleterre, et, comme nos colonies ont le monopole de ses marchés, il s'ensuivrait une hausse de prix. Mais, tant que les arrivages excéderont les demandes, nous serons obligés d'entrer en concurrence à l'étranger, pour un article dont, tout bien considéré, le prix actuel ne nous rend guère plus de la moitié de nos déboursés. I). En supposant que la Grande-Bretagne fût obligée de tirer de 1 étranger une grande partie du sucre qu'elle consomme, le prix n'en deviendrait-il pas plus élevé pour le consommateur? R. Si vous supposez les colonies anglaises détruites,et la totalité de leurs sucres perdue pour nos marchés, sans doute il en résulterait une augmentation de prix pour le consommateur; mais le mal ne s'arrêterait pas là , parce que le Gouvernement ne pourrait percevoir sur les sucres étrangers le même droit qu'il impose au sucre de ses colonies. La raison en est bien simple: si nous dépendions de 1 étranger pour cet article, el qu'on fût obligé de le taxer à 200 p. 0/0, comme il faudrait le faire pour obtenir la même somme de droits, I étranger taxerait nos marchandises dans la même proportion, ou refuserait de recevoir les articles de nos manufactures. D. Selon vous, la difficulté principale pour nos colons est la concurrence inégale qu'ils ont à soutenir pour la vente de l'excédant de production qui ne peut être consommé en Angleterre. Ils se trouvent obligés de porter cet excédant.sur le continent, où arrivent aussi les sucres produits par les colonies qui continuent le commerce des esclaves ? R. Oui ; cependant il existe encore d'autres difficultés dont j'ai parlé ; le peu de sécurité des propriétés , l'incurie du Gouvernement relativement à l'administration de la justice, et l'action de divers règlements , entre autres celui qui a imposé le droit rie \ 1/2 p. 0/0. I). Si le Gouvernement ne s'occupe de remédier à cet état de choses , quelle conséquence pensez-vous qu'il puisse en résulter pour les colonies anglaises ? R. Cette conséquence sera ia ruine totale de nos colonies à sucre. 11 est impossible qu'elles se soutiennent dans leur position actuelle , à moins que les propriétaires ne consentent à augmenter chaque année leur perte pour ne pas abandonner la culture. La destruction du commerce entraînera nécessairement celle de la navigation des colonie», et portera un coup sensible à notre supériorité maritime.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES; — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

389

/). Quels moyens pourriez-vous indiquer pour remédier aux 'difficultés qu'éprouvent nos colonies? R. Il y en a plusieurs qui tous sont praticables, mais qui ne conviendraient peut-être pas également au Gouvernement. En premier lieu je placerai une réduction du droit sur le sucre; cependant, à moins qu'elle ne fût portée à n fr. 2 5 cent, ou 13 fr. 5o cent., le bien qu elle produirait ne serait qu'insignifiant. Le second serait une prime à l'exportation. Mais avant tout, et

établissent que l'augmentation pour 1830 n'a élé que d'environ 200,000 quintaux; et, pour être certain que ce surcroît est en entier passé dans la consommation, il faudrait savoir quelles quantités sont restées entre les mains des raffineurs, qui, pour

pour que les moyens employés pussent être efficaces, il faudrait garantir la sécurité des propriétés.

parties du pays que je connais.

D Qu'entendez-vous par là ? R. J'entends qu'on devrait déclarer les propriétés légalement garanties, de manière à ce que les planteurs n'eussent plus la crainte de se les voir enlever ainsi qu'ils en ont été menacés. Sans cela aucun moyen de soulagement ne produira d'effet. Aujourd' hui, on a si peu de confiance dans les propriétés , que les capilaux ont disparu et que le crédit est anéanti. La conséquence inévitable de celte situation, ce sera la misère pour toutes les colonies et pour toutes les personnes qui y ont leurs intérêts. D. En parlant ainsi, n'avez-vous pas dans l'esprit l'affranchissement ou l'émancipation des esclaves ? Pi. Oui; l'émancipation surtout. Quant à l'affranchissement par rachat forcé, bien qu'il ne soit pas sans inconvénient, il ne pourrait entraîner la ruine absolue des propriétés. D. Existe-t-il entre ces circonstances et la valeur de ia propriélé une relation qui puisse donner lieu à une indemnité? R. Je crois qu'en général il serait, difficile de la régler. D. En portant l'évaluation du prix de l'esclave au-dessus de sa valeur ordinaire, ainsi que cela se fait pour d'autres propriétés, pourrait-on atteindre ce but? R. Je ne crois pas qu'une surévaluai ion puisse compenser le prix de certains esclaves, si l'on a besoin de continuer la culture. D. Attribuez-vous à l'appréhension vague de danger, créée par les discussions sur l'état de la société et les règlements du commerce des Indes occidentales, les sentiments de crainte dont vous avez parlé ? R. Sans doute; mais ce ne sont pas des appréhensions vagues. Les craintes conçues sont aussi positives que les déclarations faites par le peuple anglais sont hostiles aux colonies. Ces déclarations ont détruit le crédit, la propriété , la subordination parmi les esclaves, et la sécurité en général. D. Les rapports qui ont été faits n'ont paru dangereux, sans doute, que par la crainte que l'on a conçue qu'ils pussent être .adoptés par le Gouvernement ? R. Oui. D. Expliquez comment vous entendez qu'une réduction de droit pourrait devenir un moyen de soulagement. R. Si la réduction devait se faire dans la proportion que j'ai indiquée, je crois que le bénéfice du planteur s'augmenterait un peu par l'accroissement de la consommation. Mais, dans la situation actuelle du pays, et lorsque toutes les classes laborieuses sont dans un étal si fâcheux, il me semble que l'effet attendu ne pourrait être ni prompt, ni de grande importance. Si les classes dont je parle avaient les mêmes ressources qu'il y a 8 ou 10 ans, c'est-à-dire si le tisseur, qui ne gagne aujourd'hui que de 4 fr. 85 cent, à G fr. 25 cent, par semaine, reçevail, comme alors, 15 fr., 17 fr. 5o cent, et 20 fr., et ainsi des autres,la consommation du sucre, avec, la réduction de droit que j'ai indiquée, s accroîtrait indubitablement; et, en se rapprochant du chiffre de la production, ferait hausser le prix. D. Avez-vous connaissance que, malgré l'état fâcheux du pays pendant 1 année dernière, le bas prix du sucre a néanmoins produit un surcroît de consommation ? R Je crois qu il y a ici quelque erreur. Les relevés officiels

profiter de la baisse du prix, ont dû fabriquer un excès de produits. Je ne doute pas que la consommation ne se soit beaucoup augmentée dans les classes supérieures de la société ; mais il n'en est pas de même dans les classes inférieures, du moins dans les D. Avez-vous un motif de supposer que les relevés d'après lesquels on a établi un excédant de 200,000 quintaux pour 1830, aient été faits plus inexactement que les précédents ? R. En 1826 la quantité de sucre retenue pour la consomma tion intérieure a été de 3,573,990 quintaux; en 1827, de 3,340,927 quintaux ; en 1828, de 3,601,489 quintaux ; en 1829 , de 3,539,821 quintaux; et en 1830, de 3,722,049 quintaux. Si je ne me trompe, la différence de 1829 à 1830 provient en partie, Comme je l'ai dit, de l'augmentation du raffinage; mais je n'ai aucun moyen de connaître si cette différence a été vendue ou exportée: là est toute la question. D. Avez-vous eu connaissance de l'augmentation considérable reconnue au 5 janvier 1832 sur l'année précédente ? R. Je n'ai eu aucun renseignement à ce sujet. D. Quels sont les autres moyens de soulagement que vous auriez à proposer ? R. L'égalisation des droits sur les esprits fabriqués en Angleterre, 011 au moins une augmentation de ces droits, surtout en ce qui concerne l'Ecosse. La faveur qui est accordée aux esprits est excessive, ej en même temps sans effet dans l'intérêt des revenus publics; il s'agit d'une différence de 7 francs environ, qui, d'un autre côté , préjudicie au trésor. Ce qui m'étonne , c'est que depuis longtemps le Gouvernement ne se soit pas aperçu du tort produit par cette différence entre les droits sur le rhum, sur l'eaude-vie et sur le genièvre. Elle encourage tellement la falsification du rhum par le whiskey, que je n'exagère pas eu disant que 1 Angleterre reçoit de l'Ecosse autant de rhum qu'il en entre dans cette contrée. La falsification a toujours été très-considérable. 11 y a quelques années, j'eus occasion, en ma qualité de député de Glascow, de signaler au Gouvernement les abus énormes auxquels donnait lieu la différence de droit qui alors était fort légère ; ces abus se sont encore augmentés depuis. Le fisc 11e peut empêcher la fraude qui se fait de la manière suivante :

Le spéculateur paye régulièrement le droit sur un poinçon de rhum , il en cède une partie en faisant une réduction de 1 fr. 2 5 cent, ou même de 2 fr. 5o cent, par gallon, remplace la quantité vendue par du whiskey , et ensuite fait régulièrement ses expéditions pour l'Angleterre, et gagne ainsi la différence de 7 francs par gallon. Je sais positivement que beaucoup de poinçons de rhum, vendus comme tels, n'en contenaient pas 20 gallons. Le fisc en a souvent saisi de grandes quantités, mais sans pouvoir reconnaître la fraude. On emploie ordinairement à cet effet le whiskey le plus commun; le rhum auquel on le mêle, étant d'un très-haut goût, en absorbe une grande quantité sans qu'il soit possible de le reconnaître. La même chose se fait pour l'eau-devie et le genièvre , de sorte qu'en définitive la perte est énorme pour le Gouvernement. D. En admettant que le commerce des esclaves cessât tout à fait, les colonies anglaises en éprouveraient-elles un soulagement immédiat ? R. Il ne pourrait être immédiat, parce que, pendant les deux ou trois années qui suivraient, 011 serait parvenu à former au travail les noirs introduits les derniers dans les colonies étrangères ; mais, après ce temps, ces colonies commenceraient à éprouver une diminution dans leurs produits. I). La grande disproportion entre les sexes produirait sans

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390

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIECES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

doute, en peu de temps, une réduction des ateliers sur les plantations ?

Louisiane. Chaque jour les feuilles américaines rapportent des faits semblables.

11. Oui, et surtout à Cuba. On m'a dit que, dans celle île, il y a des propretés dont les esclaves, au nombre de 5oo, sont presque tous des hommes faits.

D. Dans le nombre des esclaves importés comprenez-vous, outre ceux qui arrivent à Cuba eL au Brésil, ceux que l'on introduit dans les colonies françaises ? R. Oui, tout est compris dans ce nombre, que j'eslime ;v

/). Combien faudrait-il d'années pour que la proportion des sexes devînt égale? R. D'après le nombre des noirs importés dans les différentes colonies étrangères, je crois qu'il faudrait un siècle, car ce résultat ne pourrait être produit qu'après plusieurs générations. D. Pendant ce temps, la puissance de production s'affaiblirait sans doute beaucoup ? R. Oui. D. Mais en raison de la supériorité du nombre des noirs mâles importés dans ces colonies, la population effective des travailleurs se maintiendrait longtemps? R. Oui. D. Dans nos colonies, où la population ne se recrute que par les naissances, il Se fait des intervalles pendant que les généralions s'élèvent? R. Il faudra probablement vingt ans avant qu'il en soit ainsi dans les colonies étrangères. D. Entrevoyez-vous la possibilité d'abolir complètement la traite dans les colonies étrangères ? R. Je ne crois pas que cela soit possible; nous pouvons la réprimer, mais non la détruire, parce qu'on ne peut détruire les passions, les coutumes elles institutions qui existent en Afrique et se prêtent à la continuation de ce trafic. Vous empêcheriez qu il se fît au travers de l'Atlantique, qu'il se ferait encore dans l'intérieur de l'Afrique même. J' ai lu dernièrement que le Gouvernement portugais a fait une concession à diverses personnes

100,000.

D. Avez-vous calculé la charge que le droit de à 1/2 p. 0/0 fait peser sur les produits ? R. Je n'en ai jamais fait le calcul exact, mais je sais qu'elle est pesante. Je ne doute pas qu'elle ne s'élève, au moins à 8 p. 0/0. D. Au sujet de l'indemnité que l'on pourrait accorder pour les affranchissements obligatoires, vous avez dit qu'il serait difficile d'apprécier le dommage. Le considérez-vous comme différent de celui qu'occasionne en Angleterre l'expropriation forcée, en ce que non-seulement il faut apprécier la valeur de l'esclave, mais aussi 1 influence que sa perte peut avoir sur la partie du travail dont il était chargé? R. Sans doute; je ne vois pas comment 011 peut remplacer certains esclaves, tels que les cuiseurs, les tonneliers, les maçons et divers autres ouvriers. D. Vous prétendez qu'une réduction de droits de 11 fr. a5 c. a la fr. 5o cent, permettrait aux planteurs de se relever de leur fâcheuse position ; une réduction moindre ne les soulagerait-elle pas ? /î- Je nai pas parlé de soulagement pour les planteurs, j'ai seulement dit que, dans l'état actuel de l'Angleterre, il fallait toute cette réduction pour augmenter la consommation. J'ai ajouté que, si les classes laborieuses se trouvaient dans la même situation qu il y a huit ou neuf ans, celte consommation approcherait du niveau de la production, et conséquemment pourrait donner un bénéfice au planteur.

considérables pour étendre la culture du sucre dans les anciennes colonies du Congo et de Benguela, où le sol est très-fertile, et où l'on peut se procurer des esclaves à très-bon marché.

D. Une moindre réduction, ne produisant pas cet effet, ne procurerait donc, a votre avis, aucun bénéfice au planteur? R. Dans l'état actuel des choses, une réduction de droit seule

D. Kn supposant que les nations maritimes de l'Europe s'entendissent pour mettre lin à la traite, et que les esclaves capturés fussent reconduits aux endroits où ils auraient été pris, ne serait-ce pas un moyen efficace d'anéantir le commerce des esclaves?

ne leur produirait pas un grand bien.

R. Ce serait je crois le meilleur moyen à employer. Si les esclaves étaient rendus à leurs pays, je ne pense pas que l'on cherchât à les exporter de nouveau. D. Si tous les Gouvernements exécutaient les engagements contractés par les traités pour concourir à l'extinction de la traite, ne serait-ce pas aussi un moyen sûr d'y arriver? R. Oui. D. Vous croyez que la traite ne se fait plus dans les Indes occidentales anglaises? R. Oui, sans doute. Depuis la promulgation de la loi d'abolilion, il n'y a pas eu à ma connaissance un seul esclave importé dans ces pays. D. Ainsi vous pensez que, si des mesures d'égale lionne foi étaient prises pour les colonies étrangères, elles obtiendraient le même succès ? /?. Je n'en fais aucun doute.

D. L'effet d'une prime à l'exportation serait-il le même? R. Non; mais, parce moyen, les raffineurs pourraient augmenter les achats cl soutenir la concurrence avec les sucres étrangers. D. Une prime a 1 exportation d'une importance moins grande serait-elle plus avantageuse qu'une réduction de droits? R. Oui. D. Quelle devrait être celle prime, selon vous ? R. En évaluant les frais de production dans nos îles à 20 fr., terme moyen, et les mêmes frais dans les colonies étrangères à 11 fr. 26 cent, ou 12 fr. 5o cent., une prime de la différence, c'est-à-dire de 6 fr. 26 cent., 7 fr. 5o cent, ou 8 fr. yb. serait raisonnable, et mettrait le raffineur en état de soutenir la lutte. Car, malgré tous les avantages que possèdent les étrangers, s'il y avait sécurité pour la propriété dans nos colonies, et si aucune intervenlion nouvelle ne venait nuire à l'emploi des capitaux et au crédit, 011 pourrait faire de grandes améliorations dans la culture et la fabrication. /). Lorsque vous portez le coût des sucres anglais à 20 francs, et celui des sucres étrangers de 11 fr. 75 cent, à 1 2 fr. 5o cent.,

I). Comment, se l'ailla culture du sucre à la Louisiane? /{. Par les esclaves.

estimez-vous que la différence est la mesure de l'avantage que procure au dernier le commerce des esclaves?

D. D ou ces esclaves proviennent-ils?

R. Non. Je n'ai pas prétendu assigner celle seule cause, j'ai voulu seulement faire voir à combien revient le sucre étranger

R. Ils sont envoyés par des habitants des États-Unis, qui trouvent la culture du coton moins avantageuse que celle du sucre. A mesure que la population s'accroît dans les États du Nord, et que, dans la Virginie et dans les autres Etals à esclaves, le travail libre se développe par la culture du tabac, on dispose des noirs qu'on y employait autrefois, et on les envoie dans la

comparé au nôtre. /). Avez-vous jamais fait quelque calcul à ce sujet? R. Non, je n'en ai jamais établi d'exact. D. N'avez-vous pas fait entrer en compte ce qui peut résulter des restrictions mises sur quelques articles de commerce?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — R. Non. Je n ai eu en vue que les dépenses de production dans les colonies respectives. D. Avez-vous la certitude des faits que vous avez cités relativement à la falsification du rhum par le whiskey? R. J'en ai parlé d'après des renseignements certains et d'après ce que j en sais par moi-même. J'avais autrefois, à Glascow, un commerce très-étendu de vins et d'esprits; j'ai été obligé de l'abandonner à cause de la fraude qui se pratique. D. Ave/,-vous fait, à ce sujet, des représentations spéciales au Gouvernement ? R. Oui, à lord Bexlay, et à plusieurs reprises. D. Comment se fait-il que les officiers du fisc n'ont pas décou-

2e

ENQUETE. — 1832.

391

D. En connaissez-vous quelque autre qui pourrait être plus praticable ou remplir mieux le but proposé. R. Je ne pourrais en indiquer d'autre; celle question est une des plus difficiles à résoudre que je connaisse. D. Quelles difficultés vous semble-t-elle donc présenter? R. Je veux parler de la difficulté générale de porter remède au mal; mais je n'en vois aucune dans l'exécution du plan proposé. D. Vous entendez sans doule qu'il serait difficile de savoir si ce remède aurait de l'efficacité? R. Oui. D. Sur quel autre article encore pourrait porter ce soulage-

vert cette fraude ?

ment ?

R. Quand les spéculateurs font une déclaration , on ne peut la révoquer en doute qu'en prouvant la présence du whiskey; mais, d'après la manière dont ils s'y prennent, le fisc a toujours tort.

R. Sur les mélasses. La faculté de les introduire dans les brasseries et les distilleries du pays, et la liberté pour les distillateurs de les employer à leur gré, seraient certainement des conditions très-profitables aux intérêts coloniaux; de sérieuses études auxquelles je me suis livré à ce sujet m'ont laissé la conviction que, loin de nuire au pays, une telle mesure lui serait avantageuse. Il en résulterait une augmentation dans le prix du rhum, une

D, Cette fraude se fait-elle souvent? R. Presque chaque jour; le fisc n'ignore pas qu'il y a quelque temps elle a été faite plusieurs fois sur une très-grande échelle, et cependant il n'a pu la prouver. D. Que penseriez-vous si l'on cherchait à procurer du soulagement aux Indes occidentales par les mesures suivantes : le droit actuel de 3o francs, sur le sucre des plantations anglaises, serait restitué comme prime à l'exportation du sucre raffiné; le sucre moscouade ou terré importé par navires anglais, serait admis pour la raffinerie avant l'acquit des droits, d'après les principes delà loi dernièrement expirée,et en prenant pour base des quantités de matières sucrées, soit sucre raffiné, soit sucre bâtard, soit mélasse, produits par l'opération du raffinage, le résultat des expériences faites récemment? R. Ce serait un très-bon plan, et il y aurait sans doute avantage à le suivre

augmentation correspondante dans le cours des esprits distillés en Angleterre, et nécessairement aussi une augmentation dans le prix du grain. Les personnes qui, en Angleterre, consomment du rhum, font une consommation très-légère des spiritueux anglais; ceux-ci se consomment clans d'autres classes de la société, de sorte que ces deux produits ne pourraient se porter préjudice. D. Connaissez-vous les charges qui correspondent pour la Jamaïque au droit de l\. 1/2 pour 0/0 prélevé dans certaines colonies ? R. La Jamaïque est obligée de pourvoir à la paye et à la nourriture des troupes, et c'est pour elle une dépense considérable; mais je ne sais pas dans quelle proportion cette dépense peut se trouver avec la taxe de (y 1/2 pour 0/0.

N° 110. INTERROGATOIRE DE M. ANTHONY BROWN. D. Quelles sont les fonctions que vous remplissez? R. Je suis agent des îles d'Antigoa et de Montserrat. D. Ne tenez vous pas votre mission de la législature de ces colonies ? R. Les agents législatifs ne sont pas nommés par les gouverneurs, d'après les indications formelles du secrétaire colonial, pour recevoir un traitement et ne remplir aucun devoir; nous sommes investis de nos fonctions par des actes des diverses législatures; nos devoirs sont importants et nous donnent, surtout en ce moment, une sérieuse responsabilité. D. La détresse qui afflige les autres îles s'étend-elle aux colonies que vous représentez ? R. Je n ai que trop de raisons de penser que, dans toutes les colonies qui faisaient autrefois partie du gouvernement {les îles sous le vent, la détresse est arrivée à son dernier degré; elle menace d'une ruine générale les intérêts fonciers, fait présager le démembrement des propriétés, et l'impossibilité, pour les planteurs, de pourvoir au soutien delà population noire. Je crois même la détresse plus grande encore dans ces îles que dans les autres, parce qu'elles sont très-pauvres, et que, par surcroît aux autres causes générales de malaise, elles sont seules soumises au droit de 4 1/2 pour 0/0. Ce droit équivaut à un impôt de 10 pour 0/0 sur les produits, et le peu d'étendue des propriétés qui s'y trouvent les place encore dans une fâcheuse exception. A Antigoa, par exemple, il ny a que 20 plantations ayant un peu plus de 5oo acres, et il est généralement reconnu, et avec raison, que les frais de production sont plus forts pour les petites propriétés que pour les grandes.

D. A quelles causes particulières attribuez-vous la détresse actuelle ? R. Je l'attribue, en premier lieu, à la réduction des prix par suite de la surabondance des importations des colonies anglaises dans la Grande-Bretagne, el de l'augmentation, sur les marchés d'Europe, des arrivages provenant des colonies étrangères; secondement, à la défiance qui a rendu les propriétés invendables et leur a ôlé toute valeur comme garantie d'emprunts. Cette dernière circonstance est, selon moi, la plus préjudiciable de toutes, parce qu'elle affecte la possession elle-même. J'attribue encore la détresse générale aux restrictions imposées à la libre consommation des articles d'exportation des Indes occidentales, aux droits excessifs sur le sucre, et à l'inégalité de taxe entre le rhum et les esprits fabriqués en Angleterre. Je l'attribue enfin à des mesures prises dans les colonies mêmes, non-seulement sans l'appui d'une loi, mais contrairement aux lois, el qui ont soulevé un mécontentement général. D. Qu'entendez-vous par ces mesures contraires aux lois ? R. J'entends la fausse application des droits établis par l'acte de Georges IV; suivant ledit acte ces droits doivent être payés entre les mains des trésoriers des îles où ils sont levés. Ils furent en effet payés de cette manière de 1822 à 1826; à cette époque, un ordre de la trésorerie autorisa le collecteur des douanes à retenir sur ces droits le montant des frais des établissements de douane , de sorte que 5o ou 70 p. 0/0 , ou même plus, furent ainsi détournés de leur destination, et le surplus seulement rentra dans le trésor des colonies. A Antigoa, la somme retenue par le collecteur s est montée à 3 75,000 li anes, ou à peu près. Dans la petite île de


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

Montserrat, que la détresse a presque totalement anéantie, le Gouvernement a essayé de s'emparer de 41,500 francs sur ces droits. Au lieu donc d'être avantageux aux colonies , selon l'intention du législateur, cet acte les a soumises à une taxe onéreuse, et a augmenté encore leur détresse. D. Quelques mesures ont-elles été prises pour obtenir le remboursement des sommes ainsi détournées de leur destination ? R. La seule mesure qui ait eu quelque succès a été une action intentée au collecteur d'Anligoa. Elle devait avoir pour issue de déterminer les droits du Gouvernement et ceux des îles; mais, lorsque l'affaire fut au moment d'être jugée par la cour du banc du Roi, le Gouvernement évita le jugement en payant le capital réclamé et les frais. La question du droit ne fut donc pas résolue, et jusqu'à présent le mal a continué, et les collecteurs ont conservé la facilité de retenir les frais des établissements de douane. D. Avez-vous à proposer quelque moyen de remédier à la détresse dont souffrent les colonies que vous représentez? R. Ce remède, pour être efficace , doit être prompt: tout retard serait une cause de ruine. Si la récolte actuelle est aussi peu productive que la dernière, la culture devra être abandonnée, en grande partie, sinon totalement, dans les anciennes colonies. Le crédit est épuisé; et à moins que la récolte ne fournisse des moyens de se procurer des approvisionnements, ilsera impossible de pourvoir aux frais de culture et à l'entretien des noirs. Il faut donc de la promptitude; et, selon mon faible jugement, un résultat immédiat ne peut être obtenu que par une prime qui mettrait le planteur anglais à même de lutter contre le producteur étranger sur les marchés du dehors. Mais, pour qu'un remède produise un

effet durable, il faut qu'il soit calculé sur le mal ; ce mal, c'est la surabondance des approvisionnements; et, comme ils ne peuvent être réduits, l'augmentation de la consommation devient le seul moyen immédiat et efficace de guérison. Celte augmentation de consommation ne peut s'obtenir que par une réduction de droit qui rende l'usage du sucre plus général dans les chaumières, où il n'entre presque jamais, dans les classes moyennes pour les besoins de la famille, et dans les établissements publics qui en employaient autrefois une grande quantité. Il résulterait aussi tin bien sensible de l'égalisation des droits entre le rhum et les esprits distillés en Angleterre; car il n'y a point de justice à imposer des droits différents aux productions provenant de divers points d'un même Etat. En prenant ces mesures en Angleterre, il faut également les mettre à exécution au delà des mers pour réduire les frais de production. Accordez la liberté du commerce aux colonies; supprimez en même temps tous les droits; rendez aux colonies ce que vous leur avez pris. Sur le produit des droits montant à 2,5oo,ooo francs ou 3,750,000 francs, restituez-leur ce qui leur a été illégalement retenu; je dis illégalement, parce que la cour l'a jugé ainsi. Rapportez le droit de k 1/2 p. 0/0, comme injuste et oppressif pour les colonies souffrantes, et alors, je l'espère, le secours d'une prime leur deviendra inutile. D. Pouvez-vous indiquer les dépenses que la colonie d'Anligoa doit supporter pour la libération d'un nombre considérable de nègres de la Couronne, et faire savoir comment ces nègres sont aujourd'hui occupés ? R. La question fait supposer que l'on a libéré un certain nombre des noirs appartenant à la Couronne;mais la plupart de ces noirs étaient des Africains capturés. C'est, m'a-t-on dit, la Couronne qui a payé les frais. Depuis leur libération, il n'en # pas été employé un seul à la culture.

N° 111. INTERROGATOIRE DE M. WILLIAM ELLIOT OLIVER. 10 février 1832. D. Vous êtes procureur ? R. Oui, depuis douze ans. D. De quel genre d'affaires vous êtes-vous occupé ? II. Je me suis occupé d'affaires en général, mais surtout de celles qui sont relatives aux colonies des Indes occidentales. D. Dans ces dernières années, les propriétés de ces colonies ont-elles, que vous sachiez, perdu de leur valeur ? R. Oui. D. De quelle manière ? R. Par la difficulté d'en effectuer la vente, de satisfaire au payement des annuités, des legs ou des sommes empruntées sur hypothèque, et encore d'obtenir des avances de fonds des marchands, ou de les décider à accepter le transfert des hypothèques. D. Dans cet étal de choses, les marchands ne se sont-ils pas montrés moins disposés qu'autrefois à faire des avances à leurs correspondants ? R. Oui; je crois qu'ils se montrent chaque année moins disposés à le faire. En ce moment, ils 11e veulent plus faire d'avance d'aucune espèce. D. Vous êtes-vous ressenti dans vos affaires de la position actuelle des colonies ? R. Oui.

R. Je sais que ce prix était très-peu élevé ? D. Les dépenses légales relatives au transfert des propriétés des Indes occidentales sont-elles considérables ? R. Les actes nécessaires à cet effet sont sujets aux droits qui se payent en Angleterre, et, en outre, aux droits établis dans les colonies où les propriétés sont situées. D. Les frais imposés dans les îles, au Iransfert des propriétés, sont-ils réglés par un tarif?

R. Je ne puis parler que de la Jamaïque; dans cette colonie, il y a un droit de timbre de 6 fr. 25 cent, par chaque 4o lignes d'écriture, s'il ne s'agit que d'une affaire de 25,000 francs. Mais, si son importance dépasse cette somme, on paye un droit supplémentaire de 125 francs. D. Y a-t-il en outre quelque droit ad valorem ? R. Non, pas à la Jamaïque. [). L'acte concernant l'enregistrement des esclaves ajoute-t-il quelque chose aux frais des actes de transfert? R. Ou i, sans doute. D. Sous quel rapport ? R. Il est dil, dans cet acte , qu'aucune convention écrite, faite dans la Grande-Bretagne , pour vendre ou transférer des esclaves ou une propriété, ne sera valable qu'autant que les noms de ces

D. S est-il fait, depuis un an ou deux, à votre connaissance, quelques actes hypothécaires, de transfert ou de vente? /î. Je ne connais qu une seule vente amiable qui ait élé faite

esclaves auront été désignés dans la convention ou dans un extrait y annexé. En conséquence, il est nécessaire de s'adresser ici au bureau d'enregistrement pour y relever les noms et le si-

pendant ces deux années.

gnalement des esclaves. Les honoraires se payent en raison (tu nombre des esclaves dont on demande le relevé.

D. Savez-vous si cette vente a été faite à vil prix ?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

393

D. Toutes ces dépenses ne sont-elles pas obligées pour les contrais cle mariage, lorsqu'une propriété située dans les Indes occidentales s'y trouve mentionnée ?

D. L'acte d'enregistrement ne semble cependant pas avoir été établi dans le but d'allonger les contrats, et d'élever les frais de timbre ?

R. Oui, elles sont payées pour tous les actes qui ont rapport, soit à des propriétés, soit à des esclaves, y compris même les baux passés pour plusieurs années.

R. Non, au contraire; la déclaration en a été faite par le dernier chancelier de l'Echiquier.

D. Sont-elles dues aussi pour la nomination d'un nouveau curateur ? R. Oui, s'il s'agit d'esclaves dans l'acte qui est passé.

D. La trésorerie n'éprouverait aucune difficulté à obtenir légalement des renseignements qui feraient disparaître cet inconvénient ?

D. Croyez-vous que tous ces frais forment une charge pesante pour les Indes occidentales ? R. Je le crois. La semaine dernière, j'ai eu l'occasion de préparer un acte dans lequel la liste de âgô esclaves seulement a

R. Pour cela, il faudrait que le bureau d'enregistrement pût être tenu, sans qu'on payât d'honoraires pour les listes ; autrement ce bureau deviendrait une charge pour le pays, à moins qu'on n'obligeât toutes les personnes qui auraient à transférer des esclaves , à les remettre suivant qu'ils sont désignés au bureau d'enregistrement, et, à cet effet, à s'en procurer la liste. Les droils perçus par le bureau sont très-élevés et proportionnés au travail

coulé A3 G fr. 2 5 cent.

à faire.

D. Et aussi en cas de signification d'un mandai ? R. Oui, si un nouvel intérêt y donne lieu.

D. L enumération des esclaves ajoute donc aux frais de l'acte ? R. Oui. D. C'est sans doute à cause du droit de timbre portant sur le nombre des mots ? R. Oui. L'acte d'enregistrement donne encore lieu à une autre dépense. Les frais se payant pour le signalement de chaque esclave, et les relevés triennaux mentionnant, en même temps que les vivants , les esclaves morts depuis le dernier recensement, il s'ensuit que les morts sont inscrits deux fois et donnent lieu à une double dépense. D. La désignation des noms des esclaves ajoute-t-elle beaucoup à la garantie d'un transfert de propriété ? R. Je ne le crois pas. D. Vous pensez que l'on pourrait se dispenser de les indiquer, et que l'acte pourrait ainsi être abrégé sans inconvénient ?

D. Pensez-vous que ces dépenses aient contribué en quelque chose à empêcher la vente des propriétés ? R. Elles ont empêché de faire les actes de vente en Angleterre. D. Ont-elles eu pour effet de rendre, en certains cas, les garanties moins sûres que si les frais à faire eussent été moindres ? R. Non; je ne le pense pas. D. A-t-il été présenté à ce sujet quelques observations à la trésorerie ? R. Il y a quelques années, plusieurs avoués ont adressé, à ce sujet, une lettre à la commission des planteurs et des marchands des Indes occidentales; elle doit avoir été communiquée au chancelier de l'Échiquier. D. Pensez-vous que celte lettre contînt les informations nécessaires pour mettre le Gouvernement en situation déjuger ? R. Je le crois.

H. Oui, certainement.

N°112.

INTERROGATOIRE DE M. JAMES COLQUHOUN. D. Quelles sont vos relations avec les colonies des Indes occidentales? R. Je suis agent de plusieurs colonies. D. Veuillez indiquer les noms de ces colonies. R. Saint-Vincent, la Dominique, Saint-Christophe, Nevis et les îles de la Vierge. D. Que savez-vous de la détresse qui afflige ces colonies et des causes auxquelles les planteurs l'attribuent ? R. Depuis 1823, les législatures ont adressé des pétitions au Roi cl au Parlement par l'intermédiaire de leurs agents ; leur position est devenue tellement critique, qu'il est nécessaire d'user des moyens les plus prompts pour prévenir des conséquences désastreuses. Dans la pétition de Saint-Christophe, il est dit qu'il ne reste plus dans l'île que trois propriétaires qui possèdent leurs plantations par hérédité, ce qui doit être attribué, entre autres causes, à la défiance qui s'est répandue sur la sécurité des propriétés coloniales. On ne pourrait s'y procurer de fonds à l'intérêt ordinaire et en offrant en sus de l'intérêt des avantages commerciaux équivalant à 15 ou 20 p. 0/0, tandis qu'en Angleterre l'argent ne coûte que 4. La dépréciation des propriétés est souvent des deux tiers de la valeur qu'elles avaient il y a dix ans,

prix que nos sucres raffinés ou autres ; mais cela ne pourra arriver que si l'on établit une prime à l'exportation. Cette mesure est surtout devenue nécessaire depuis les règlements de douane récemment publiés par la Prusse. Ces règlements nuiront inévitablement au commerce anglais, si l'on n'y oppose un système de représailles ou tout autre. En définitive, le secours le plus effectif pour le planleur serait une diminution importante de droit sur le sucre consommé dans la métropole, et une prime convenable à l'exportation des sucres raffinés. Les colons réclament ces concessions pour balancer les 3o millions sterl. et au delà dont on a soulagé les agriculteurs et manufacturiers d'Angleterre, tandis qu'il n'a été fait, pour ainsi dire, aucune réduction sur leurs articles, notamment sur le sucre; et ils les réclament aussi pour compenser, i° les prohibitions et les restrictions tendant à proléger l'introduction des produits anglais dans les colonies ; 2° les droits excessifs qui accablent les produits coloniaux exportés en Angleterre, ce qui réduit nécessairement la consommation du sucre, du rhum, de la mélasse et du café; 3° et enfin le droit de h 1/2 p. 0/0 auquel ils sont soumis, et qui équivaut de 10 à 4o p. 0/0 de la valeur nette de leurs produits. Depuis la fondation de la colonie de la Barbade et des colonies sous le vent, cette taxe a produit 171,275,000 francs pour une étendue de 2 15,000 acres.

c'est-à-dire qu'elles ne valent plus aujourd'hui qu'un tiers de ce que l'on en aurait obtenu il y a dix ans, parce que l'excédant des sucres non consommés en Angleterre ne peut trouver un débouché profitable sur les marchés étrangers où abondent les sucres produits par les colonies à esclaves. Malgré les conventions pour l'abolilion de la traite, ce trafic se continue, et ne cessera que

Sur cette somme, 75,000,000 francs ont profité à l'Echiquier, et le reste a été retenu dans les îles ou employé en dépenses locales.

lorsque les sucres de Cuba ne pourront plus se donner aux mêmes

ment leurs relations avec les ports des États-Unis 'è

D. De quelle époque datent ces colonies ? R. Du règne de Charles II. D. Pourriez-vous dire si les colonies ont retiré un avantage quelconque de la levée des restrictions qui gênaient précédem-


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

R. Elles n en ont encore retiré aucun avantage, parce que les Américains ne prennent plus leurs produits en retour. Aucun commerce autre que celui d'échange ne peut profiler aux Indes occidentales ; mais peut-être le rétablissement du commerce libre 11 a-t-il pas encore donné les résultats qu'on peut en attendre. Quoi qu il en soit, Saint-Vincent et les îles sous le vent ne l'ont pas envisagé comme un bien. Autrefois le commerce se faisait dans les ports neutres ; de petits bâtiments, montés par des noirs et des hommes de couleur, y transportaient les produits de nos colonies, et prenaient en échange ceux des Américains qui s'y accumulaient et, par conséquent, se faisaient concurrence. A présent, les Américains vont à la Barbade, et, d'île en île, jusqu'à Saint-Thomas, offrent partout leurs articles, jusqu'à ce qu'ils en obtiennent le prix qu'ils désirent. Il faut peut-être attendre ce qui arrivera si les États-Unis abolissent les droits qu'ils ont mis sur les produits de la Grande-Bretagne. D. Vous ne savez pas de quelle importance était le commerce d échange avant 1 établissement des premières restrictions ? R. Je ne pourrais le dire sans consulter les documents officiels.

D. Vous ne sauriez dire jusqu'à quel point la prohibition des articles des villes anséatiques dans nos colonies des Indes occidentales est préjudiciable à ces dernières ? R. Non, ces villes pourraient y apporter plusieurs articles en concurrence avec les Américains, ce qui en ferait baisser le prix. ]). Les produits de Cuba et du Brésil, qui sont exportés pour les Etats-Unis, sont-ils soumis, dans les ports de l'Union, aux mêmes droits que les produits similaires venant des colonies anglaises des Indes occidentales ? R. Je le pense; mais je n'ai pas sous les yeux le tarif américain. D. Nos colonies ont-elles d'autres produits que le rhum «lia mélasse à échanger avec les États-Unis ? R. Le sucre. 1). Se vend-il du sucre aux États-Unis ? R. Oui, et du café aussi. D. Beaucoup ? R. Je 11e sais pas en quelle quantité, mais il était transporté dans les ports libres, où il se vendait et s'expédiait ensuite

D. Vous êtes-vous appliqué à rechercher s'il y aurait avantage pour les colonies à leur ouvrir des relations commerciales avec le nord de l'Allemagne ? R. Par des conventions réciproques avec Hambourg, Brème et Lubeck, les navires de ces trois villes pouvaient transporter les

aux États-Unis.

produits de leurs propres manufactures dans les Indes occidentales anglaises. On croyait qu'ils pourraient légalement aussi y transporter les produits de tout la reste de l'Allemagne , et cinq vaisseaux partirent un jour de Hambourg et de Brème pour la

D N'est-il pas vrai qu'en vertu d'une ancienne loi coloniale, il n'y ait que peu de propriétés qui puissent y envoyer leurs pro-

Jamaïque, chargés de ces produits qu'ils avaient embarqués par erreur. Un ordre de la trésorerie les affranchit des conséquences qu aurait pu avoir cette infraction aux lois. Les mêmes navires l'emportèrent des denrées coloniales , mais je ne sais s'ils firent ou non une bonne spéculation, car le mouvement commercial entre Cuba et les villes anséatiques, sans atteindre le chiffre des affaires de cette colonie avec les États-Unis, est cependant plus important que son commerce avec I Angleterre elle-même, ce qui prouve que les articles des manufactures d'Allemagne ont un grand débouché sous les tropiques. Suivant un relevé qni m'a été communiqué, il y a deux ans, les États-Unis avaient importé à la Havane pour une valeur de 2 3,380,000 francs. D. S'agit-il de l'importation des produits du sol des EtatsUnis ? R. Oui. Les villes anséatiques avaient fourni pour 7,920,000 fr., et la Grande-Bretagne pour 7,207,225 francs. D. Les exportations des villes anséatiques, des États-Unis et de l'Angleterre pour la Havane se composaient-elles des mêmes articles , sujets aux mêmes droits ? R. Cela m'a toujours été rapporté ainsi. D. Etes-vous d'avis que si un commerce direct était permis entre les villes anséatiques et les colonies des Indes occidentales, il pourrait avoir quelque étendue ? R. Je ne sais rien qui puisse s'y opposer. On a déjà vu les importations faites à la Havane et expédiées de l'Allemagne septentrionale en 1826, par le cariai de Hambourg et de Brème ; les exportations de la Havane pour les Etats-Unis, en 1828, ont été de 10,114,395 francs, pour les villes anséatiques de 6,725,645 francs et, pour l'Angleterre de 5,255,85o francs. 0. Pouvez-vous indiquer quels sont les articles que les EtalsUnis ou les villes anséatiques peuvent fournir à meilleur marché que la Grande-Brelagne ? R. (je sont les provisions, les douves de Hambourg, et quelques articles des fabriques d'Allemagne. 11 esl permis d'introduire des provisions des villes anséatiques à Terre-Neuve, où elles sont payées moins cher que celles qui viennent d'Angleterre et d'Irlande.

1). L'acte d'établissement des colonies ne leur défend-il pas d'expédier leurs produits ailleurs que dans la mère pairie ? R. Non. Elles peuvent les expédier directement aussi pour l'Amérique, mais par navires américains.

duits ? R. Il existe peu de propriétés libres d'engagements; mais rien n'empêche que les produits soient exportés aux Étals-Unis; la loi le permet même expressément. 1). Celte restriction contre certaines propriétés provient-elle des lois ou des engagements particuliers contractés par les propriétaires ? R. Elle provient incontestablement des engagements individuels. D. Par suite des anciennes coutumes qu'avait fait naître le régime colonial, n'est-il pas devenu en quelque sorte une règle pour les planteurs, gênés ou non dans leurs affaires, d'expédier en Angleterre les produits de leurs habitations, à l'exception du rhum et des mélasses ? R. E11 général, le sucre a toujours été chargé pour la métropole. D. Dans les îles les moins importantes, existe-t-il quelques établissements commerciaux qui fournissent aux plantations les articles d Europe 011 autres, ou bien les propriétaires s'approvisionnent-ils en Angleterre ? R. Ils reçoivent leurs approvisionnements de la métropole, ou les achètent sur les lieux indifféremment. D. Vous pensez que, dans nos colonies, il existe pour l'achat et la veille des sucres autant de facilité que dans les autres? ]]. Je ne sache rien qui empêche les colonies étrangères de disposer de leurs sucres. /). Savez-vous si l'on envoie quelquefois des navires à Cuba et au Brésil pour y prendre des cargaisons de sucre? R. Je 1' ai entendu dire, mais je ne sais rien de positif à ce sujet. I). Est-il à votre connaissance que des navires frétés à Londres soient venus à Saint-Christophe pour y faire achat d'une cargaison de sucres ? R. Non. Je n'ai jamais su que cela fùl arrivé. D. Croyez-vous qu'une telle commission pourrait y être remplie ? l'i Je ne le pense pas, si le chargement devait avoir une certaine importance , du moins quant à ce qui concerne Saint-Christophe.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2e ENQUÊTE. — 1832. D. Quelle est la cause qui s'y opposerait ? R. Les hypothèques dont les propriétés sont grevées, et qui forcent les propriétaires de consigner leurs produits en Angleterre sans qu'ils puissent les vendre sur place. D. La coutume n'est-elle pas d'envoyer en Angleterre tous les sucres fabriqués ? R. Oui. D. Les propriétaires qui n'ont pas d'engagements ne trouventils pas aussi leur intérêt à en agir de même ? R. Ils enverraient leurs sucres partout ailleurs et même aux Etals-Unis, s'ils en obtenaient un prix plus avantageux. On a rapporté que des navires expédiés dans ce dernier pays avaient mieux vendu qu'en Angleterre, mais ce sont des cas exceptionnels. D. Y-a-t-il à Saint-Christophe des propriétés libres d'engagements? R. Très peu. D. Cependant il y en a quelques-unes ? R Je le crois. D. En connaissez vous ? R. Non; mais on m'a dit qu'il s'en trouvait. D; Comment savez-vous que les autres ont des engagements ? R. Par le bruit public. D. Est-ce de la même manière que vous avez su qu'il y en a de libres ? R. Oui. D. Avez-vous connu personnellement quelque propriétaire des Indes occidentales qui n'eut pas d'engagements sur ses biens ? R. Plusieurs m'ont dit que leurs plantations étaient libres.

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D. Vous supposez que tout le commerce neutre qui se fait ou qui s'est fait à Saint-Thomas pourrait se transférer à Torlola, si l'on voulait en faire un port libre ? R. Oui, si on en faisait un port aussi libre que celui de SaintThomas. D. Vous croyez encore que l'importance de ce commerce pourrait s'étendre jusqu'à 5o millions de francs ? R. Oui, et c'est aussi l'opinion de personnes très en état de décider cette question, entre autres du major Moody, qui a résidé à Torlola où il avait reçu, du secrétaire d'État, mission de faire des études à ce sujet. D. S'il était possible de transférer ce commerce de 5o millions de francs dans une de nos îles, ne pourrait-on aussi bien le répandre dans toutes celles des Indes occidentales en les déclarant ports libres ? R. Nos îles sont, en général, des ports libres, mais non pas sur les mêmes bases que Saint-Thomas; cela dépend de la position géographique de ces îles; Tortola est, de toutes ces îles, la plus reculée sous le vent, et, par conséquent, la plus convenablement située pour le commerce avec le continent. Le paquebot anglais y arriverait au lieu d'aller à l'île étrangère de Saint-Thomas , ce qui ferait un grand bien à cette colonie appauvrie, et ce qui semble d'ailleurs ne pouvoir entraîner aucun inconvénient. D. Quelles autres îles, sans parler de la Dominique, sont aussi favorablement situées que Tortola? R. Je ne connais aucune autre colonie à laquelle ce commerce puisse offrir un avantage égal. D. Aujourd'hui le commerce de Saint-Thomas n'est plus de 5o millions de francs ? R. Non, il ne s'est élevé à cette somme que pendant la guerre.

D. Vous avez dit tout à l'heure ce que pourraient faire ceux des propriétaires de Saint-Christophe qui n'ont pas d'engage-

D. Savez-vous quel chiffre il atteint aujourd'hui? R. Non; mais il est considérable. Les Colombiens y viennent

ments. Parliez-vous avec la certitude qu'il s'en trouve dans celte position ? R. J'ai parlé d'après ma conviction et d'après l'opinion générale.

du continent espagnol acheter les marchandises d'Europe, depuis les difficultés que la modification du tarif de la Colombie a fait naître pour ses relations directes avec les Européens.

D. Pouvez-vous dire combien pour cent coûte, à Saint-Thomas, le rembarquement des bois débités qu'y apportent les Etats-

D. N'est-ce pas une faveur dont on pourrait faire jouir Torlola en modifiant à son égard les lois coloniales ?

Unis? R. Non. D. N'avez-vous fait aucun calcul à ce sujet ? R. Non. D. Êtes-vous intéressé dans quelques spéculations commerciales ? R. Non. D. Toutes vos informations résultent donc de ce que vous avez entendu dire, ou de vos relations sociales? R. Elles résultent de mes relations avec les colonies que je représente et avec les habitants de ces colonies, parmi lesquels on compte plus de Coo planteurs ou marchands. Z). N'avez-vous rien de plus à ajouter? R. La Dominique et Tortola éprouveraient un grand bien de l'établissement chez elles d'un port libre , sur les mêmes bases que celui de Saint-Thomas. La Dominique, placée entre les îles françaises de la Martinique et de la Guadeloupe, profiterait des avantages de leur commerce; Tortola, voisine de Saint-Thomas, possède un ancrage tout aussi bon. On établit que le commerce de Saint-Thomas , pendant la guerre, a atteint chaque année le chiffre de 5o millions de francs ; si un port parfaitement libre était ouvert à Tortola, dont le sol, presque épuisé, ne produit plus que très-peu de sucre, je pense que le commerce qui se fait à Saint-Thomas s'y porterait, et qu'elle deviendrait un point intermédiaire pour le commerce des Espagnols. Saint-Domingue et Porto-Rico l'adoptant pour centre de leurs spéculations, les Anglais, les Allemands et les autres nations principales s'y rendraient de leur côté.

fi. C'est ce que j'entends. D. Le commerce de Saint-Thomas n'a-t-il pas beaucoup diminué depuis la reprise des rapports directs entre les Etats-Unis et les colonies ? fi. Oui. Précédemment c'était l'un des dépôts des produits américains. D. Pouvez-vous préciser le montant de cette diminution? fi. Non ; pas à présent. D. Quelle est aujourd'hui la nature du commerce de SaintThomas ? fi. Il consiste en marchandises assorties de toutes les contrées de l'Europe, disposées en ballots transportables à dos de mulets. D. Où envoie-t-elle ces ballots ? fi. Sur le continent espagnol, à Porto-Rico et à Saint-Domingue. D. En parlant de ports libres, entendez-vous certains ports de quelques colonies particulières, dans lesquels, d'après l'acte 6 de Georges IV, les navires peuvent se rendre, ou bien voulezvous parler de ports exempts de tous droits ? R. Je parle de ports auxquels il serait fait une remise com plète de droits d'importation, et qui serviraient d'entrepôts aux marchandises de tous les pays,que l'on y introduirait sans avoir à payer d'énormes droits de port. D. L'acte 6 de Georges IV n'a-t-il pas rendu ports libres, dans l'acception générale de ce mol, tous les ports des Indes occidentales ? R. Oui, a l'exception d'un ou deux.


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

D. Prétendez-vous qu'il n'y a pas de droits à payer à SaintThomas ou seulement qu'ils soient moins forts qu'ailleurs? R. 11 y en a, mais ils sont très-légers. D. Sont-ils de quelque rapport? R. Je crois qu ils n'existent guère que de nom.

D. Possédez-vous quelques renseignements à ce sujet? R. Je n'ai aucun renseignement positif à fournir; mais le fait dont je parle était généralement connu dans les Indes occidentales.

D. Quant aux ports appelés libres, dans l'acception légale du terme, l'acte qui les a constitués ainsi leur a imposé un système de droit, ou bien a remis à la législature coloniale le soin d'éta-

Relevé synoptique du commerce de la Havane pendant l'année 1828.

blir ce droit ? R. Oui, pour la consommation de l'île. D. Vous avez entendu dire que des navires étaient venus charger à Saint-Christophe, pour les États-Unis, des sucres provenant des propriétés non engagées ? R. Non, j'ai voulu parler, en général, des Indes occidentales. On m'a dit que des cargaisons avaient été portées aux ÉtatsUnis et y avaient trouvé un meilleur prix pour la vente; mais j'ai cité ce fait comme une exception ; il a pu arriver qu'à certaines époques des causes accidentelles aient rendu le marché des ÉtatsUnis avantageux. D. Dans quelles îles les chargements avaient-ils été faits? R. Je l'ignore.

N° 113. NOUVEL INTERROGATOIRE DE M. ANDREW COLVILLE. 12 février 1832.

D. Êtes-vous, en votre qualité de marchand, lié d'intérêts avec les propriétés libres d'engagements, aussi bien qu'avec les autres? R. Oui.

ments, et quant ou aux charges de toute espèce, elles sont payées parle marchand. On n'établit aucune distinction entre le propriétaire débiteur ou celui qui a au contraire des fonds entre les mains de son correspondant. Dans la maison dont je suis l'associé, on ne

D. Vous êtes propriétaire de plantations et en même temps vous êtes consignataire de propriétés engagées ? R. Je possède en effet des plantations et j'ai la consignation de quelques autres qui ne me doivent rien.

fait payera personne de frais autres que ceux qui me sont portés en compte à moi-même pour mes plantations. Pour la commission , le fret, le mode d'achat et d'expédition des approvisionne-

aussi consignataire de propriétés en-

D. Outre les propriétés qui vous sont propres, n'êtes-vous pas en possession de quelque propriété par suite d'hypothèque?

D. N'êtes-vous pas gagées ?

ments, il y a égalité parfaite.

R. Non.

R. Oui. D. Comme consignataire de vos propres produits, de ceux de propriétés libres d'engagements et de ceux encore d'autres propriétés engagées, savez-vous s'il existe quelque différence entre ces diverses positions, relativement aux frais de direction et de culture, à la fabrication ou à l'expédition des sucres pour l'Angleterre, et aux approvisionnements qui s'en exportent pour les colonies ? R. La gestion des plantations est une chose qui regarde le propriétaire seul ; le consignataire ne s'en mêle que s'il en est spécialement chargé par lui. Quant aux dépenses de fret, de marchandises expédiées aux colonies et d'autres approvisionne-

D. Avez-vous entendu parler d'expéditions faites directement, des Indes occidentales pour les États-Unis, par des propriétaires libres d'engagement? R. Non; j'ai seulement appris par la conversation que des sucres avaient été envoyés à New-Yorck pour la vente ; mais je ne connais aucun détail. 1). Savez-vous quelle est la qualité du sucre de la NouvelleOrléans ? R. Je ne le sais que pour en avoir entendu parler. Ce sucre ne convient pas pour le raffinage; on l'emploie à l'état de nos moscouades.

N° IHL SUITE DE L'INTERROGATOIRE DE M. ANDREW COLVILLE. i3 février 1832.

D. Pensez-vous que, si tous les ports des Indes occidentales étaient déclarés libres, et ouverts aux marchandises de toutes les parties du monde moyennant un faible droit ou même sans aucun droit, une grande partie du commerce cesserait de se faire par les ports de la Grande-Bretagne, et qu'une partie importante

dentales, par les pays étrangers, leur reviendraient à meilleur marché qu'en passant par l'intermédiaire de la Grande-Bretagne, et que, par suite, une partie de leurs produits serait expédiée, sous la forme de remises, aux pays qui leur auraient livré des

des produits coloniaux seraient exportés directement dans les ports d'Europe?

approvisionnements. Mais il m'est impossible de prévoir à quelle valeur pourraient s'élever ces remises. D'un autre côté, l'effet de l'établissement de ce commerce et de la modification du sys-

R. Il est très-difficile de se former une opinion positive du résultat que produirait un changement aussi important dans le système commercial des colonies. Je crois pourtant que tous les

tème colonial serait bien contrarié par les habitudes des planteurs, par leurs relations d'affaires, et par les obligations qu'ils ont, pour la plupart, contractées avec les marchands.

articles qui peuvent être fournis aux colonies des Indes occi-

D. Les hypothèques, ou les dettes contractées sans garantie


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

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hypothécaire, n' obligeraient-elles pas à diriger en droite ligne sur l'Angleterre la plus grande partie des produits, lors même que

étendu, et que les planteurs y achètent, des marchands établis, les articles qui leur sont nécessaires.

le commerce deviendrait libre ? R. Il n y a aucun doute à cela. Les planteurs qui, par suite des avances qu'ils ont reçues, sont obligés de consigner à des marchands en Angleterre devraient ou effectuer leurs consigna-

D. Donnent-ils leurs produits en échange? R. J'ai toujours entendu dire que les planteurs vendaient leurs produits à la Havane même, au lieu de les consigner en Europe. Il se fait, à ce que l'on m'a dit, des transactions par échange. Les prix sont stipulés pour être payés en produits.

tions, ou s'acquitter de leurs dettes. D. Les exportations d'Europe ne sont-elles pas le plus souvent composées d'articles assortis ; et, quand même il serait possible d obtenir ces divers articles à meilleur marché dans les ports d'Europe, ne vaudrait-il pas mieux les expédier directement d'Anglelerre, en cargaisons, aux personnes auxquelles ils sont destinés? R. Il se fait deux sortes d'expéditions pour les Indes occidentales : l'une, par les facteurs ou consignataires, sur l'ordre des propriétaires ou des géreurs, qui se compose d'objets achetés, soit à Londres, soit au port d'embarquement même; l'autre, pour l'approvisionnement des marchands ou de ceux qui tiennent des magasins dans les principales villes des colonies, et qui font commerce de détailler les articles aux gens libres ou autres, dont les besoins ne sont pas assez importants pour qu'il leur soit avantageux de donner des ordres directs en Europe. Toutes les expéditions pour les Indes occidentales ne se composent donc guère, en ce moment, que de cargaisons assorties; mais si les articles de grande consommation, tels que les toiles d'Allemagne, les poissont salés de diverses natures, etc., pouvaient être obtenus des pays étrangers à meilleur marché que d'Angleterre, ils seraient indubitablement envoyés en droiture des ports étrangers aux marchands des colonies. D. Quels sont, selon vous, les articles que l'on pourrait exporter en gros des ports étrangers, sans passer par l'Angleterre, si le commerce était parfaitement libre ? il. Les vins, les osnabrucks ou toiles grossières, le poisson salé et mariné. Ces articles sont les premiers qui me viennent à la pensée; mais, pour une indication plus précise, il faudrait

D'autres fois les ventes et les achats se font séparément. D. Savez-vous quels sont les articles que l'on embarque en Angleterre, sur les navires qui se rendent à Cuba pour y chercher du fret en sucre ? /!. Je ne sais rien, par ma propre expérience, de ce genre d'expédition et je ne possède aucun renseignement à ce sujet. D. Quelles sont les marchandises d'Europe dont l'entrée n'est pas permise en Angleterre pour être réexportées en franchise aux Indes occidentales ? R. Je ne saurais répondre de mémoire à celte question, mais on pourrait consulter à ce sujet les règlements de douane. D. Y a-t-il beaucoup de marchandises que l'on puisse exporter en franchise, de l'entrepôt de Londres, pour les Indes occidentales ? R. Je n'en sais rien. D. On exporte les vins de cette manière ? R. Oui. D. Si Ion permettait l'entrée libre des marchandises étrangères dans les îles anglaises, ne croyez-vous pas que l'expédition s en ferait en cargaisons assorties et en franchise, des entrepôts d'Angleterre ? R. A mon avis, les articles de grande consommation n'y viendraient pas par cette voie; ils partiraient directement des lieux de production. Mais les articles que les plantations consomment en petite quantité, et dont le double transport n'augmente pas beaucoup le prix, passeraient, sans doute, par l'Angleterre.

s enquérir avec soin des prix, etc.

D. Savez-vous si l'on embarque beaucoup d'articles de l'Europe et de 1 Amérique aussi bien que de l'Angleterre, pour l'ap-

D. Cependant, sans un détail précis de ces articles, il est impossible de juger si la résolution de s'en approvisionner à l'extérieur ne serait pas une mesure nuisible pour les colonies des

provisionnement de la Havane et du Brésil ? R. J ai déjà dit que je ne savais rien par moi-même du commerce du Brésil et de Cuba; je ne puis donc répondre d'une

Indes occidentales? R. Je ne prétends pas indiquer sur quelles bases il faudrait s'appuyer pour prendre une résolution de celte nature.

manière satisfaisante à celte question. D. Pour donner toute liberté au commerce avec nos colonies,

D. En vous laissant le temps nécessaire, pourriez-vous indiquer séparément les articles qui devraient être tirés d'Europe ou d'Amérique ? R. Il faudrait faire pour cela des recherches très-minutieuses. D. Les expéditions de la plupart de ces articles pour les colonies les moins importantes, ne pouvant se faire que par petites quantités, n'est-il pas de toute nécessité qu'elles soient faites en cargaisons assorties pour l'Angleterre même ? R. Il n'est pas douteux que les cargaisons assorties sont plus agréables au consommateur, non-seulement dans les petites îles, mais aussi dans quelques ports des îles plus importantes. Il y aurait un bénéfice incontestable à ce qu'il en fût autrement, poulies habitans les plus voisins d'un grand port central, tel que celui de Kingston, à la Jamaïque; mais ce bénéfice ne serait plus le même pour ceux qui résident à une certaine distance, parce qu'il leur faudrait avoir un agent pour effectuer leurs achats et en payer le transport par de petits navires cabotiers. Ces frais diminueraient de beaucoup pour eux les avantages de ce changement. D. Savez-vous comment s'approvisionne l'île de Cuba? Expédie-t-on des cargaisons assorties aux planteurs, ou bien ont-ils recours au marché de la Havane pour se procurer les articles qui y arrivent d'Europe ? R. Je ne sais rien par moi-même du genre de commerce de la Havane; mais j'ai lieu de croire que le commerce y est très-

ne faudrait-il pas y admettre sans entraves les navires étrangers ? R. Sans doute; parce qu'ils y transporteraient les marchandises de leurs pays respectifs. /). N'a-t-il pas été rendu, en Angleterre, quelques lois pour favoriser, bien qu'à un intérêt élevé, les prêts d'argent à nos colonies ? R. Plusieurs lois encore en vigueur autorisent à prêter à 6 p. îoo sur des garanties coloniales. D. Ainsi, pour donner loute latitude aux principes du commerce libre, il serait nécessaire de rapporter tous les actes qui règlenl aujourd'hui le système colonial, y compris ceux qui facilitent les emprunts sur garantie ? R. Je ne suis pas à même déjuger, en ce moment, si l'abrogation de ces actes serait nécessaire. Le planteur qui trouverait son avantage à faire ses achats aux étrangers, et à expédier ses produits chez eux, devrait d'abord, s'il était débiteur d'un marchand anglais, lui rembourser sa dette avant de pouvoir disposer de ses consignations. I). La garantie d une hypothèque dans les Indes occidentales serait-elle diminuée, si l'on permettait au planteur de disposer de ses sucres, el d acheter les articles dont il a besoin d'une manière plus avantageuse pour lui ? R. Je ne crois pas que la garantie en question perdît pour cela rien de sa valeur; mais le principal objet qui engage à prê-

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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES.

ter des fonds, c'est le bénéfice que procure la consignation des produits d'une planlalion. Si ce bénéfice devenait nul, le créancier exigerait son payement. D. Comment cette garantie serait - elle perdue si la législature ne prenait qu'une mesure générale, qui laisserait subsister tous les engagements individuels elles contrais existants ? R. Je n'ai pas dit que cette garantie serait perdue; mais le prêteur, se trouvant privé des avantages qu'il avait en vue en faisant l'avance de ses fonds, en réclamerait, sans doute, le remboursement. D. Pourquoi réclamerait-il son remboursement si sa garantie restait la même ? R. Parce qu'en prêtant son argent il n'avait pas seulement pour but d'en retirer l'intérêt qu'il devait lui produire, mais surtout de devenir commissionnaire ou cosignataire de son débiteur. D. N'avez-vous pas présumé que, si la législature déclarait libres tous les ports des Indes occidentales, elle interviendrait également au sujet de l'expédition des produits coloniaux des Indes occidentales en Angleterre; et pensez-vous que ce soit une conséquence nécessaire que de permettre l'introduction des marchandises de toute provenance dans les ports des Indes occidentales, moyennant un droit très-faible? R. Je n'ai jamais pensé que la législature ferait une chose aussi extraordinaire que de rendre une loi qui intervînt dans des engagements dont l'exécution a été garantie par la loi actuelle; mais ce que j'ai toujours prévu, c'est que, si le créancier est frustré des avantages qu'il espérait retirer de son marché, c'està-dire de la commission sur la vente des produits de l'habitation, indépendamment des intérêts stipulés et garantis par hypothèque, il réclamerait le remboursement de son argent. D. N'arrive-t-il pas souvent aujourd'hui que les marchands et les planteurs fassent des conventions réciproques pour l'embarquement et le transport en Angleterre des produits des plantations, et pour 1 expédition d'Angleterre des approvisionnements nécessaires. Le lord chancelier n'a-t-il pas autorisé ces conventions ? R. Je le crois; mais si, en fait, un propriétaire cessait de traiter comme à l'ordinaire avec son cosignataire, celui-ci ne manquerait pas de réclamer immédiatement le remboursement de ses avances. D. Au cours actuel des produits des Indes occidentales, l'argent avancé sur hypothèque ou autrement est-il considéré comme bien garanti parla consignation faite au prêteur? R. La consignation n'est une garantie que pendant le temps où le cosignataire tient en ses mains la récolte de son débiteur; mais le bénéfice du prêt dépend de la consignation. D. Ne se trouve-t-il pas un grand nombre de personnes qui ont avancé des fonds avec ou sans hypothèque aux planteurs, et qui, aux prix actuels, no peuvent plus trouver, dans la vente des produits qui leur sont consignés, les moyens de se payer de leurs intérêts et de leur commission ? R. Sans doute, il s'est présenté bien des circonstances dans lesquelles les créanciers n'ont pas reçu les intérêts qui leur étaient dus. D. Ne regardez-vous pas comme un pesant fardeau, pour les colonies des Indes occidentales, la prohibition des articles de consommation qu'elles pourraient recevoir des pays où ils sont le moins cher ? R. Sans doute. D. La sécurité des personnes qui ont avancé des fonds seraitelle affaiblie, si l'on permettait aux planteurs d'acheter leurs approvisionnements aux lieux où ils coûtent le moins cher? /{. Non, certainement. D. Quel serait donc le tort que l'on causerait aux prêteurs en ]

I PARTIE. re

donnant cette facilité aux planteurs des Indes occidentales, et en rendant libres les ports de nos colonies ? R. Il n'en résulterait aucun, à moins que les planteurs ne leur retirassent leurs consignations ou les autres moyens de faire quelque bénéfice. D. Si cette mesure avait pour résultat de faire hausser le prix des produits, ne serait-ce pas un bénéfice pour le planteur ? R. Sans doute. D. Ne lui deviendrait-il pas alors plus facile de remplir les engagements garantis par ses propriétés? R. Il est évident que plus la position du débiteur devient aisée, plus la garantie a de valeur pour le prêteur. D. Le prêteur n'éprouverait donc aucun dommage si son débiteur était mis à même de lui payer aisément ses intérêts, ou de lui rembourser son capital ? R. J ai déjà dit qu'il n'éprouverait de tort qu'autant que son débiteur lui retirerait les moyens qu'il lui offre aujourd'hui de faire des bénéfices. D. Existe-t-il, entre le bailleur de fonds elle planteur, la condition que celui-ci sera toujours obligé de consigner ses produits au premier, môme après l'avoir remboursé ? R. Dès le moment où le remboursement a été effectué, l'obligation de consigner n'existe plus. D. Si le planteur était mis à même, en achetant ses approvisionnements moins cher et en tirant un meilleur prix de ses produits, soit de payer exactement les intérêts, soit, mieux encore, de rembourser le capital emprunté, la situation de toutes les personnes qui ont des fonds engagés dans les Indes occidentales ne se trouverait-elle pas améliorée en même temps que celle de leurs débiteurs ? R. 11 est positif que, si les planteurs se trouvaient en état de se libérer vis-à-vis de leurs créanciers, ceux-ci seraient beaucoup plus heureux. D. Avez-vous quelque doute sur l'amélioration que l'ouverture de tous les ports d'Europe et d'Amérique aux colonies des Indes occidentales apporterait dans la situation des planteurs? R.. Non; mais il laudrail qu'ils fussent à même de profiter des avantages qu'une telle modification de la loi devrait produire. D. N'est-ce pas seulement dans le cas où il existerait des engagements particuliers entre les planteurs et leurs bailleurs de fonds, qu il serait impossible aux planteurs de tirer avantage de la mesure en question ? R. Dans le cas d'engagements particuliers résultant d'emprunts, il y aurait évidemment obstacle pour les planteurs à pouvoir profiter de la modification de la loi; il faudrait même, avant qu'un tel effet put se produire, que tout le système de gestion coloniale subit un changement considérable ; je veux dire qu'il deviendrait nécessaire d'améliorer le mode de fabrication du sucre, et de l'amener au degré de perfectionnement où il est arrivé à Cuba et au Brésil. Mais il en coûterait de fortes sommes et beaucoup de temps avant que la population blanche ou esclave des colonies devînt assez habile dans la fabrication pour terrer avantageusement le sucre. D. Si les ports étaient rendus libres, ne pensez-vous pas que les créanciers des colons s'entendraient pour s'accommoder au nouvel état de choses, aussitôt qu'ils seraient certains que son effet serait de diminuer les frais de fabrication et de procurer une vente plus avantageuse ? R. Je ne saurais, sans y avoir plus mûrement réfléchi, rien préjuger de ce qui pourrait avoir lieu, s'il s'opérait un tel changement. D- Lorsqu'on aurait reconnu que les planteurs libres d'engagements, en exportant leurs produits en Europe et en Amérique, peuvent en tirer un plus grand bénéfice, ne pensez-vous pas que


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2e ENQUÊTE — 1382. ceux qui ont contracté des engagements se montreraient disposés à suivre l'exemple des premiers ? R. Il n'y a pas à douter que de nouvelles circonstances pourraient donner une autre direction aux opérations commerciales ; mais le premier effet d'un changement pareil, s'il s'effectuait en grand, serait la ruine des maisons qui font aujourd'hui le commerce des colonies, et, par suite, la réclamation immédiate des sommes qui leur sont dues. D. Si les Indes occidentales ne recueillaient pas tout le fruit d'un changement pareil, la faute n'en serait pas à la loi, mais aux arrangements particuliers entre les planteurs et leurs créanciers ? R. La cause immédiate pourrait bien se trouver dans les engagements particuliers ; mais , dans mon opinion , la cause réelle résulterait des arrangements qui ont dû nécessairement être faits sous le système suivi depuis longtemps, et qu'il a fallu conformer à la politique adoptée par la métropole. D. Ne présumez-vous pas que, si des relations libres avec l'Europe procuraient aux planteurs un commerce avantageux, ils seraient disposés à venir en Angleterre pour y faire des emprunts dans le but d'améliorer leurs propriétés ? R. Ils pourraient bien avoir cette intention, mais je ne pense pas qu'il leur serait possible de réussir. D. Pourquoi ? R. Parce qu'alors même qu'il ne s'élevait aucun doute sur la conservation des propriétés des Indes occidentales, il était déjà difficile d'obtenir des avances sur cette garantie, à moins de consentir, comme indemnité, à faire des consignations aux prêteurs. Or, depuis 1823, la confiance dans ces propriétés est fortement ébranlée ; et il résulte de là et de la réduction des prix qu'il est maintenant à peu près impossible ne négocier des emprunts. D. Les capitalistes ne sont-ils pas plus disposés à prêter des fonds aux personnes qui font bien leurs affaires, qu'à celles qui perdent ? R. Sans doute. D. Si donc, en admettant que le planteur fût libre de commercer avec les pays étrangers, l'exportation de ses produits pouvait se faire avec un plus grand bénéfice, les capitalistes ne seraient-ils pas plus portés à lui prêter des fonds P R. J'en doute, par les raisons que j'ai déjà dites. D. Qu'est-ce qui empêcherait que les capitalistes ne reçussent des consignations, pour en disposer sur les marchés qui leur paraîtraient le plus avantageux ?

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prix, qui a ajouté à la gêne des planteurs et les a forcés de solliciter de nouvelles avances. D. Connaissez-vous le taux actuel du fret de l'Angleterre aux Indes occidentales? R. Le taux en est très-difficile à apprécier exactement, parce qu'il se perçoit par colis. D. En supposant qu'un marchand ait à fréter ici un navire, à quel prix pourrait-il l'obtenir? R. Les conditions d'affrètement ne sont pas toujours les mêmes. Je ne sache pas que jamais un navire ait été engagé à transporter toute une cargaison d'approvisionnements franche de fret, à condition d'être chargé en retour ; mais de telles conditions peuvent se faire pour une partie de la cargaison, particulièrement pour des articles lourds, comme le charbon de terre. D. Quel est, pensez-vous, le taux du fret auquel on peut se procurer des bâtiments pour aller prendre des cargaisons de sucre dans les Indes occidentales ? R. Le fret en retour de la Jamaïque a été, depuis plusieurs années, de 6 fr. 25 cent, par quintal. D. Ce prix comprend-il le transport franc d'une certaine quantité d'approvisionnements ? R. Non. D. Quel est le fret par tonneau au départ ? R. Je n'ai jamais su que l'on ait fait de marché par tonneau , pour le fret au départ de l'Angleterre; on le calcule par colis, par mesure carrée, ou par barils s'il s'agit de harengs. D. Savez-vous combien l'on exige par baril? 71. On paye 6 fr. 2 5 cent, par baril de harengs. Je ne pourrais dire de mémoire quel est le fret des autres articles. D. Si la charte-partie indique 6 fr. 25 cent, par quintal, l'armateur alloue-t-il sur ce prix une forte remise au marchand? Ji. Je ne sache pas qu'il se fasse rien de semblable, si ce n'est que l'armateur, pouvant employer la personne qui loue son navire à lui trouver du fret et à remplir les fonctions de courtier, lui accorde, dans ce cas, une commission. D. A combien s'élève cette commission? R. A 2 1/2 p. 0/0 ; c'est ce qu'on paye aux courtiers de navires. D. Lorsque des marchandises d'approvisionnement sont transportées sans payer de fret, est-ce le marchand qui profile de ce bénéfice ? R. Non; c'est le planteur.

D. Quel motif peut l'empêcher de l'envoyer où il lui plaît, et d'en recevoir le produit ?

D. Ne peut-il arriver que ces marchandises soient destinées à la plantation qui doit charger du sucre en retour ? R. Cela importe peu. Le destinataire ne paye pas de fret s'il n'a pas été convenu ; au moins je n'ai jamais appris qu'il ait été exigé.

R. Rien ; mais alors il perdrait la commission qui est perçue par celui qui effectue la vente.

D. Si un navire portait des approvisionnements à une plantation, pour charger en retour les sucres d'une autre, qu'arrive-

D. Savez-vous si quelques maisons anglaises font des avances aux Brésiliens, sur la garantie des sucres qu'ils s'engagent à

rait-il ?

R. Un capitaliste ne peut tirer profit d'une consignation qu'autant qu'elle lui est faite sur le lieu même où il réside.

mettre à leur disposition ? R. Je n'ai connaissance de rien de semblable. D. La majorité des planteurs n'ont-ils pas emprunté sur leurs propriétés ? R. Je ne sais si c'est la majorité, mais il y a certainement un grand nombre de planteurs dans celte situation. D. Connaissez-vous l'époque à laquelle ont commencé les prêts sur garantie de propriétés ? R. Je ne saurais indiquer la date des hypothèques. D. Sont-elles, en général, d'une date ancienne, ou se sontelles multipliées beaucoup depuis peu ? R. Une partie des propriétés des Indes occidentales ont toujours été engagées pour garantie de sommes dues ; mais le montant des emprunts s'est beaucoup augmenté par la baisse des

R. En pareil cas, je ne crois pas que l'on pût faire d'arrangement pour le transport franc de ces approvisionnements; cela n'a lieu que lorsqu'ils sont destinés à une plantation qui doit fournir la charge de retour. D. Beaucoup de cosignataires ne sont-ils pas, pour partie, propriétaires des navires? R. 11 y en a , en effet, qui sont dans ce cas. D. Sont-ils nombreux ? R. La plupart des bâtiments appartiennent à des armateurs qui n'ont aucun intérêt dans les consignations. D. Est-ce la coutume à Londres de vendre les sucres au prix net avant l'acquit des droits? R. Non, pas pour lus sucres des plantations. D. Qui est-ce qui avance les droits ?

R. Ce sont les marchands.

26.


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

D. Celte coutume est-elle générale? R. Oui; les sucres se vendent généralement au prix brut, et ce sont les marchands qui en acquittent les droits. D. La commission que reçoit le marchand est-elle considérée comme dû croire; est-ce lui qui court le risque? R. Non. D. S'il fait une mauvaise affaire en vendant à l'épicier en gros , ce n'est donc pas le cosignataire, mais le propriétaire qui perd? R. Les ventes sont failes au risque du propriétaire. D. Lorsque les ventes se font au prix net, la commission estelle perçue sur ce prix ou sur le prix brut, c'est-à-dire droils compris ?

re

D. Pouvez-vous établir les conditions respectives de navigation dans lesquelles sont placés les navires anglais et américains, pour le transport des produits des Indes occidentales en Europe? R. Je ne puis le faire en connaissance de cause. D. Est-ce à l'excès de production des Indes occidentales que vous attribuez la détresse dont elles souffrent aujourd'hui? R. J'attribue le bas prix des produils coloniaux à l'excès (le production, relatiment aux besoins de la consommation. D. Croyez-vous que celle détresse soit due, en partie, à l'agitation de certaines questions qui ont pu faire naître, dans l'esprit des noirs, l'espérance de quelque avantage dont ils ignorent pourtant la nature ? R. Celle circonstance a pu sans doute y contribuer.

R. Je n'ai jamais fait de ventes de cette manière; toutefois je crois que, lorsque l'on vend au prix net, la commission n'est perçue que sur ce prix. En Irlande, m'a-t-on dit, les ventes se font au prix net, et 1 on prélève 5 p. o/o de commission.

priétés.

D. Lorsque des navires se rendent aux Indes occidentales, dans l'espoir d'y charger des sucres , ne reçoivent-ils pas les mar-

D. N'en est-il pas résulté une plus grande difficulté à obtenir des avances sur hypothèque ?

chandises qui peuvent leur être offertes ? R. Oui. D. Vous n'entendez pas dire que toutes ces marchandises soient embarquées sans fret à payer, mais seulement que cela

R. Oui; et, de plus, dans l'étal de dépréciation de la valeur des propriétés, une hypothèque, qui précédemment se serait à peine fait sentir, est devenue aujourd'hui une charge excessive.

se fait lorsque 1 armateur a l'espoir de recevoir une partie de son chargement en retour ? R. Je crois que les seules occasions où les marchandises soient reçues sans fret, sont celles où un arrangement a été fait pour assurer une certaine partie du chargement de retour, et où l'armateur désire compléter sa charge; dans ce cas , il offre le transport franc ou à un taux inférieur, pourvu que les expéditeurs s'engagent à mettre à son bord une certaine quantité de mar-

D. Comment cela? R. En réduisant d'au moins moitié le prix de vente des pro-

D. Croyez-vous que, si les questions dont il s'agit n'avaient pas été soulevées, on eût prêté, sur la garantie des propriétés des Indes occidentales, des sommes beaucoup plus considérables? R. Il est difficile de se former une opinion à cet égard ; niais toujours est-il que la situation du planteur s'est bien aggravée par la dépréciation de sa propriété, et par le resserrement du crédit.

spéciaux.

D. Si la facilité de se procurer des fonds avait servi à étendre la culture du sucre, ne pensez-vous pas que la détresse se seraiI aggravée encore en raison de l'augmentation de production qui en serait résultée? R. Je ne pense pas que la production aurait pu s'augmenter, parce que la population de nos colonies est limitée, cl que l'on n'a aucun moyen de s'y procurer un surcroît do travailleurs. Cependant, si le planteur avait joui de plus de crédit, et avait pu

D. Les difficultés suscitées en Russie et en Autriche à l'introduction des sucres de nos plantations, proviennent-elles de l'acte de la législature anglaise, ou bien ont-elles été produites par des actes des Gouvernements étrangers? R. Ce sont, les actes des Gouvernements étrangers qui y ont

effectuer des emprunts plus importants, il lui aurait été possible d'introduire des améliorations. D. Ces améliorations n'auraient-elles pas servi à augmenter la production en rendant le travail manuel plus fructueux, et, par suite, les récolles des Indes occidentales ne se seraient-elles pas

donné lieu.

accrues ?

chandises de retour. D. N'a-t-on pas, chaque année, l'occasion de charger une partie des bâtiments sans exiger de fret? R- Non; ce n est pas 1 habitude générale du commerce, ce sont des circonstances particulières qui résultent d'arrangements

D. Ainsi, ces difficultés ne sont pas de nature à pouvoir être levées par aucune disposition du Gouvernement, à moins du concours des étrangers ? R. Je crois qu'elles ne pourraient l'être en effet que par un traité avec les Gouvernements étrangers. D. Les obstacles que rencontre l'importation des sucres aux Etats-Unis, par suite des droits imposés, ne sont-ils pas communs aux sucres du Brésil, de Cuba et de nos colonies ? R. Oui. D. Savez-vous quel est l'état actuel du commerce, quant à l'importation à Cuba des bois américains débités ? R• Je ne sais rien par expérience du commerce de Cuba. O- Ainsi vous ignorez si ces bois sont un objet de commerce entre Cuba et les États-Unis ? R. Oui. 0. Ne savez-vous pas que le Brésil et Cuba expédient leurs sucres en caisses , et que ces contrées fournissent elles-mêmes leur bois ? R. Je sais que les expéditions se font eu caisses, mais j'ignore d'où provient le bois dont on se sert. D Vous ignorez que ce bois est produit par le pays ? R. Oui.

R. Je crois que ces améliorations auraient plutôt exercé leur influence sur la qualité que sur la quantité du sucre. D. Savez-vous si, dans quelques-unes de nos îles, de nouvelles terres ont. été mises en culture de cannes depuis quelques années ? R. Je ne Je pense pas. 1). Veuillez expliquer la nature de la prime que vous penseriez devoir être accordée à l'exportation des sucres raffinés. Vous cal culez que, par quintal payant 3o francs, on obtient 6i livres de sucre raffiné: à combien porteriez-vous la prime par quintal? R. En répondant déjà à cette question, j'ai dit que la remise à l'exportation devrait porter entièrement sur les sucres raffinés et non sur les sucres bâtards. Or, il faudrait que la prime fui de 55 francs par quinlal raffiné pour rembourser les 3o francs payés sur un quinlal de sucre brut produisant 6i livres ; ce serait pour le planteur un avantage de U A*. 75 cent., équivalant au montant du droit retenu sur les sucres bâtards; car on estime que l'on en relire, par quintal, 18 livres qui, à 3o francs de droit perçus sur la moscouade, représentent la même somme de 4 fr. 75 cent., et, en réalité, on n'exporte presque jamais de sucre bâtard. Un excédant de prime, calculé pour élever le prix du sucre moscouade de 12 fr. 5o cent, par quinlal, devrait être ajouté à la prime pour l'exportation des sucres raffinés, et calculé


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e

ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. - 1832. en supposant le droit fixé à 37 fr. 5o cent, au lieu de 3o francs; ainsi une remise de 68 fr. 75 cent., pour 61 livres de sucre raffiné exporté, équivaudrait, à 37 fr. 5o cent, par quintal de moscouade. D. Vous proposeriez donc de porter la prime pour l'exportation des sucres raffinés à 68 fr. 76 cent.? R. Oui, il serait nécessaire de la porter à ce taux pour élever de 12 fr. 5o cent, le prix des moscouades sur notre marché. D. Ce serait donc une prime de 37 fr. 5o cent, à l'exportation des sucres bruts ? % R. Non ; elle ne serait que de 7 fr. 5o cent. D. Mais la remise de droits et la prime seraient ensemble de 37 fr. 5o cent. R. Non, la proposition de faire porter toute la remise sur l'exportation des sucres raffinés équivaudrait à une différence de

D. La mesure que vous proposez, tendant à augmenter le prix dans la Grande-Bretagne, ne nuirait-elle pas à l'exportation pour l'Europe ? R. L'augmentât on ne serait obtenue qu'à l'exportation, qui laisserait en bénéfice une partie de la prime. Le prix de vente sur les marchés du continent ne pourrait en rien être influencé par les mesures intérieures prises en Angleterre. D. N'y aurait-il pas tendance à augmentation de prix dans-la mère patrie ? R. Il y aurait élévation dans le prix brut. D. Le succès de la mesure en question n'aurait-il pas pour effet de diminuer les envois de sucre au dehors ? R. Oui, sans doute, si elle devait produire une élévation de prix de plus de 12 fr. 5o cent. ; mais je ne crois pas que cela arrive.

pour le planteur, pourvu que le droit d'importation ne fût pas élevé au-dessus de 3o francs.

D. Ne supposez-vous pas qu'elle tendrait à accroître l'exportation et. à diminuer la consommation à l'intérieur? R. Cela pourrait avoir lieu si le prix brut, en s'élevant, réduisait le nombre des consommateurs.

D, On aurait donc à rembourser 3-j fr. 5o cent, par quintal de sucre brut exporté ? /i. Oui, sur laquelle somme 3o francs auraient été perçus.

D. Les relevés actuels ne prouvent-ils pas qu'il s'opère une diminution importante dans la consommation à mesure que le prix s'élève ?

D. A combien pourrait monter celte prime sur le montant présumé des exportations d'Angleterre en sucre raffiné? R. J'estime que ce serait une charge de 10 millions pour le Gouvernemen I.

R. Sans doute, la consommation est influencée par le prix; mais je ne vois pas d'autre moyen d'assurer un bénéfice au planteur.

Il fr. 75 cent., si on ne calculait que sur 3o francs ; mais en prenant 37 fr. 5o cent, pour base, elle ferait un avantage de 12 fr. a5 c.

D. Comment établissez-vous votre calcul ? R. Je suppose que les exportations se maintiendraient à leur chiffre actuel. D. Quel est ce chiffre? R. J'ai basé mon calcul sur 800,000 quintaux à 12 fr. 5o c. ; mais, par le fait, cette somme ne serait que de 12 fr. 9,5 cent., de sorte qu'il y aurait une réduction de la différence, en supposant que la quantité ci-dessus fût, en totalité, raffinée pour 1 exportation. D. Ne pensez-vous pas qu'en faisant de tels avantages a 1 exportation, elle pourrait dépasser de beaucoup 800,000 quintaux par an ? R. Sans doute, l'adoption de celle mesure tendrait à augmenter l'exportation, mais je ne crois pas qu'elle s'étendît bien au-delà de ce chiffre. D. Ne supposez-vous pas qu'alors les importations de Maurice pourraient augmenter? R. Je ne connais pas assez l'état de la culture à Maurice pour répondre avec certitude; peut-être cependant les importations en Angleterre prendraient-elles un peu d'accroissement. Si l'exportation des sucres raffinés augmentait par suite de la mesure proposée, je crois que l'insuffisance des arrivages serait couverte par une plus grande importation des Indes orientales; le trésor recevrait donc en augmentation de droit de quoi couvrir en partie la charge de 10 millions de francs. D. Vous souvenez-vous qu'à l'époque où la question des mélasses fut agitée, les partisans de cette mesure représentaient que l'augmentation des importations de Maurice n'avait pas de bornes ? R. Quoi qu'on ait pu dire, le développement des importations de Maurice doit avoir des bornes, parce que sa population ainsi que sa surface en ont elles-mêmes. D. Pensez-vous qu'au moyen de cet encouragement la production du sucre dans les colonies anglaises serait susceptible de s'augmenter par l'emploi d'instruments convenables? R. Je ne pense pas que la quantité de sucre produite par les colonies anglaises , Maurice comprise, puisse s'augmenter; toutefois l'élévation du prix déterminerait sans doute une plus forte importation des Indes orientales.

D. Si la quantité jetée sur les marchés étrangers devenait plus considérable par l'effet de la mesure dont il s'agit, ne s'ensuivrait-il pas une baisse de prix sur ces marchés ? R. Sans doute ; mais les choses finiraient par s'arranger d'ellesmêmes. D. La baisse sur le continent ne pourrait-elle pas devenir importante ? R. Non, parce que, si le prix s'élevait ici, l'exportation ne continuerait pas. D. Ne serait-ce pas,en définitive, imposer une double charge à la nation, d'abord en augmentant le prix pour le consommateur, ensuite en le faisant contribuer pour sa part d'impôt au payement delà prime? R. Aucune taxe ne serait imposée sur le peuple pour l'acquittement de la prime ; d'un autre côté, je ne crois pas juste de dire que l'augmentation du prix est pour lui un impôt. Aujourd'hui, et depuis plusieurs années, le public profite des circonstances qui ont forcé les planteurs à vendre leurs sucres au-dessous du prix qu'il leur coûtait à eux-mêmes. En supposant une augmentation de 12 fr. 5o cent., les consommateurs payeraient encore le sucre moins cher qu'il ne leur coûterait un jour, si, persistant dans le système actuel, on réduisait les colons à 1 obligation de restreindre leur culture. /). Mais, pour le payement de la prime, ne faudrait-il pas imposer une taxe? R. Non. Je suis convaincu que le trésor continuera a recevoir la somme de revenus la plus forte qu il lui soit possible de percevoir sur la consommation du sucre en Angleterre ; j entends que le revenu net sera aussi éleve qu d peut 1 etre en toutes circonstances. D. Vous présumez que si le droit de 3o francs continue à être perçu sur les sucres, le prix augmentera, ce qui amènera une diminution de la consommation, et par conséquent une réduction des revenus ? R. Oui. D. Mais alors, de ce revenu de 3o francs perçu sur la quantité réduite, ne faudra-t-il pas déduire une prime équivalente à 12 fr. 5o cent, sur la totalité de l'exportation ? R. Sans doute; toutefois mon raisonnement est fondé sur la conviction que les colons anglais ne peuvent continuer de pro■2 0..


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

claire aux prix, actuels, et que, si ces prix se mainliennent, leur culture sera anéantie. Cela arrivant, la population de la GrandeBretagne aurait à payer un prix énorme pour les sucres qui lui seraient encore envoyés, ainsi que cela a déjà eu lieu, lorsque des cultures beaucoup moins étendues furent détruites tout à coup par la révolution de Saint-Domingue. D. Les puissances continentales auxquelles, à l'aide de la prime, des sucres seraient expédiés, ne pourraient-elles pas imposer, sur les sucres raffinés de la Grande-Bretagne, un droit égal à cette prime ? R. 11 est incontestable que ces puissances pourraient le faire; mais je ne crains pas que la mesure proposée donne lieu à rien de semblable, car maintenant les seules contrées qui reçoivent les sucres raffinés sans les frapper d'un droit élevé sont celles qui ont intérêt à s'approvisionner à bon marché, qui n'ont pas de raffineries à protéger, ou qui, par la nature de leur consommation, préfèrent recevoir des cassonades blanches ou des sucres raffinés à des moscouades. D. Si tous les pays où les sucres anglais pénétreraient par le secours d'une prime établissaient un droit équivalent à celle prime, le prix s'y élèverait-il au-dessus du taux actuel ? R. Sans doute il s'élèverait du montant du droit imposé. D. Si, d'un côté,les exportateurs anglais recevaient 7fr. 50 cent. de prime, et, de l'autre, si les pays où ils envoient leurs sucres les soumettaient à un droit équivalent de 7 fr. 5o cent., ces exportateurs ne se trouveraient-ils pas exactement, quant au prix de la vente, dans la même position que si aucune prime ne leur avait été allouée, et aucun droit imposé? R. Certainement. D. Dans un tel état de choses, la prime d'un côté et le droit imposé de l'autre tendraient à produire, dans les prix sur les marchés étrangers, une altération qui n'y aurait pas eu lieu sans cela ? R. Je crois, en effet, que le prix, pour les consommateurs des pays étrangers, serait augmenté du montant du droit imposé à l'importation. D. Les prix sur les marchés étrangers dépendent-ils de celui du sucre importé des colonies où le commerce des noirs se fait encore ? R. Ils dépendent en grande partie du rapport des approvisionnements avec les besoins. D. Le prix du sucre, lorsqu'il y a une libre concurrence de capitaux, ne dépend-il pas de la valeur de l'argent aux lieux où la production est à meilleur marché? R. Cette circonstance peut exercer une certaine inlluence. D. Ne dites-vous pas que les causes de la détresse des planteurs anglais proviennent de ce que, malgré toutes les charges et restrictions qui pèsent sur eux, leurs sucres, sur les marchés étrangers, sont réduits aux prix auxquels les colonies à esclaves peuvent fournir les leurs ? R. Oui. D. Alors comment concluez-vous que, parce qu'une prime serait accordée d'une part et un droit équivalent imposé de l'autre, l'importation sur les marchés étrangers, dans les proportions actuelles, changerait en quelque chose le prix du sucre ? R. Je ne conteste pas-que l'imposition d'un droit à l'importation des sucros de l'Angleterre sur les marchés étrangers ne doive nuire à leur vente. D. N'avez-vous pas pensé que la quantité de sucre exportée d'Angleterre pour le continent subirait naturellement une variation ? R. Je ne le crois pas, parce qu'il me semble que les pays qui reçoivent maintenant nos sucres raffinés se décideront, par cela seul que nous aurions adopté les moyens en question, à établir un droit à leur entrée. D. N'avez-vous pas prétendu que la prime qui serait établie

ne changerait rien aux exportations pour l'étranger, et que, dans tous les cas, elles en seraient plutôt augmentées que diminuées? R. Oui, et j'ai déduit les raisons à l'appui de mon opinion, D. Supposant que nos exportations fussent plutôt augmentées que diminuées, que les exportations des colonies à esclaves restassent les mêmes, et que les expéditeurs anglais eussent à supporter un droit équivalent à la prime qu'ils recevraient, comment pouvez-vous croire que les prix éprouveraient une altération importante ? R. Je ne crois pas que, sur les marchés étrangers, les prix subiraient un changement par l'imposition d'un droit sur nos sucres raffinés, à moins que ces marchés ne dépendissent en grande partie de nous pour leur approvisionnement. 11 est évident que, si le monde entier mettait un droit sur l'importation de cette denrée, elle serait totalement arrêtée ; mais je nevois pas de motif, je le répète, pour que les pays qui reçoivent aujourd'hui nos sucres raffinés les frappent d'un supplément de droits. D. Si tous les pays où nous exportons nos sucres continuaient à en recevoir la même quantité après l'établissement de la prime d'une part et d'un droit équivalent de l'autre, le prix, selon vous, éprouverait-il une variation quelconque sur leurs marchés? R. Je suis porté à croire que si les approvisionnements continuaient à être les mêmes, ainsi que les demandes, il n'y aurait aucun changement dans les prix. D. Dans le cas où les pays étrangers établiraient un droit proportionné à la prime, ne serait-ce pas pour eux un moyen de prélever un impôt sur nous, sans augmenter le prix de la consommation ? R. J'ai déjà répondu qu'à mon avis il faudrait, pour que le consommateur eût à supporter une variation de prix, que les pays où nous exportons dépendissent en grande partie de nous pour leurs approvisionnements; mais, en accordant que l'induction soit juste, je répéterai qu'il ne semble pas qu'aucun motif puisse porter les étrangers à imposer les sucres que nous expédions à présent chez eux, francs de droits. D. Mais ne pourraient-ils pas imposer une taxe équivalente à la prime, sans aucun résultat onéreux pour eux, et sans augmenter le prix pour le consommateur ? R. Sans doute, et ils seraient même libres de le faire dès à présent s'ils y trouvaient leur intérêt; mais cet intérêt n'existerait pas plus, dans la supposition d'un encouragement donné chez nous à l'exportation des sucres raffinés, qu'il n'existe aujourd'huiD. En supposant qu'un droit équivalent à la prime fût imposé à l'importation de nos sucres, et que les expéditeurs anglais ne reçussent aucune prime c!u Gouvernement, l'exportation ne serait-elle pas arrêtée chez nous, et les consommateurs des contrées qui auraient établi ce droit ne supporteraient-ils pas une augmentation ? R. Cela dépendrait du montant du droit. 1). Supposons-le équivalant à la prime proposée. R. 11 est très-possible que si tous les pays étrangers s'entendaient pour contrarier les mesures que l'on voudrait prendre, ils y réussiraient, et la conséquence probable serait la destruction des colonies anglaises, à moins que le Gouvernement ne leur accordât un soulagement d'un autre genre. D. L'imposition d'un droit par les pays étrangers, sans que les planteurs reçussent une prime équivalente, exercerait une influence sur les expéditions pour ces divers marchés ; mais si un droit et une prime de môme importance étaient établis e« même temps, les expéditions ne se continueraient-elles pas exactement dans les mêmes conditions que si rien n'avait été changé? R. II est clair qu'en recevant d'une main et payant de l'autre on ne change pas de position. /). Dans quelles parties du continent s'exportent maintenant les sucres raffinés d'Angleterre ?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

R. Les principales exportalions se font pour Hambourg, Livourne et le port franc de Trieste, d'où nos sucres se répandent dans les autres parties de la Méditerranée et jusqu'en Turquie. D. Les expéditions qui se font d'Angleterre ne servent-elles pas à régler les prix de l'approvisionnement général du continent ? R. Il est hors de doute que l'importance de nos envois doit se faire sentir sur les prix des marchés où ils sont expédiés. D. Avez-vous jamais entendu dire que les laines que nous recevons de Prusse fussent soumises, dans ce pays, à un droit

403

J'ai toujours vu que les droits établis par eux ont dépendu de leur désir d accorder une protection plus ou moins grande à leurs propres raffineries. J'ajouterai que les États-Unis accordent une prime à l'exportation des sucres raffinés ; que la France a aussi, depuis plusieurs années, accordé une prime de 20 francs par quintal. Cependant les sucres de ces pays sont reçus partout aux mêmes conditions que les nôtres. D. Lorsque le commerce d'un pays supporte des droits plus élevés que le commerce d'un autre, la différence ne produit-elle pas l'effet d'une prime pour le pays où les droits sont moindres ? R. Il est certain que le pays où les droits sont le moins élevés

d'exportation ? R. Jene connais pas ce commerce, mais je n'ai jamais entendu dire rien de semblable.

jouit de la meilleure position.

D. Vous n'avez pas su que cette circonstance avait été un motif pour notre Gouvernement d'imposer sur cet article un droit

D. Ainsi les droits imposés à l'importation de certains articles par navires étrangers, en surcroit aux droits perçus à l'importation par navires anglais, agissaient comme une prime en faveur

équivalent à l'entrée ?

de la navigation anglaise ? R. Sans doute.

R. Non.

l'Amérique pour Hambourg ?

D. Ne vous a-t-il pas été dit que l'une des causes qui ont fait égaliser les droits sur plusieurs articles importés par les navires

R. Cela peut être, mais je l'ignore ; on m'a dit seulement qu'il en avait été fait de l'Amérique pour Livourne.

anglais ou par ceux des États du Nord, a été que ces États avaient menacé d'établir eux-mêmes des droits qui contre-balançeraient

D. Savez-vous s'il se fait des exportations de sucre raffiné de

D. Les Américains accordent-ils une prime à l'exportation des

la différence ? R. Je l'ai entendu dire.

sucres raffinés ? R. Cela m'a été rapporté, mais je n'ai aucun renseignement positif à ce sujet. D. Si les Etats de l'Europe établissaient des droits susceptibles d'arrêter l'importation chez eux de nos sucres raffinés, cette circonstance, en réduisant les approvisionnements, n'aurait-elle pas pour effet d'augmenter les prix sur le continent ?

D. En supposant que l'on eût laissé exister en Angleterre celte différence dans les droits, et que les États du Nord l'eussent contre-balancée par d'autres droits, le commerce ne se serait-il pas trouvé, de fait, dans l'état où il est actuellement? R. Sans doute.

D. Lorsqu'il existait ici une prime à l'exportation des sucres raffinés, les Etats de l'Europe, en général, établirent-ils des droits

D. Pourquoi une règle applicable à la navigation ne pourraitelle s'appliquer aussi au sucre , s'il arrivait que l'on établît un droit équivalent à la prime que l'on accorderait à l'exportation ? R. Sans contredit ce droit, toutes choses étant d'ailleurs égales,

équivalents pour empêcher leur entrée sur le continent ?

contre-balancerait le bénéfice de la prime.

R. Sans doute.

R. Non, pendant la période où cette prime fut accordée, c'està-dire avant 1826, ces Etats recevaient nos sucres comme aujourd'hui. D. A combien s'élevait cette prime ? R. Elle était en proportion de certains prix établis sur notre marché, mais en général de 3 fr. 75 par quintal. Elle a subsisté, plusieurs années. D. A cette époque, les colonies de Cuba et du Brésil contribuaient-elles dans la même proportion qu'aujourd'hui à l'approvisionnement des marchés d'Europe ?

D. Ainsi il serait au pouvoir des États étrangers, en créant des droits équivalents, d'anéantir entièrement le bénéfice que les planteurs des Indes occidentales espèrent retirer de la prime qui leur serait accordée ? R. Cela dépendrait entièrement d'eux. D. Et cela se ferait sans que ces États fussent obligés d'élever le prix du sucre au delà de ce qu'il est aujourd'hui ? R. Je ne suis pas d'accord sur ce point, parce que l'effet de l'établissement d'un droit sur l'importation des sucres raffinés d'Angleterre tendrait à en diminuer l'expédition, et réduirait

R. Je ne crois pas que cette proportion fût alors ce qu'elle est aujourd'hui, parce qu'en général les prix étaient plus élevés qu'on

par conséquent l'approvisionnement des marchés.

ne les a vus depuis.

sés et que l'on n'accordât pas de prime; mais croyez-vous qu il en serait de même, la prime ayant été accordée, si les droits ne

D. Entrevoyez-vous un motif d'intérêt particulier, pour les Etats d'Europe, à prohiber l'importation de nos sucres, parce qu'ils recevraient une prime à la sortie et pourraient leur être livrés avec un bénéfice plus grand ? il. Je ne sache pas qu'ils puissent y avoir quelque intérêt.

D. Les expéditions diminueraient si les droits étaient impo-

faisaient que la conlre-balancer. R. Je ne pense pas que l'existence d'une prime aurait à cet égard beaucoup d'influence ; son effet le plus immédiat se produirait sur le prix brut dans notre pays même.

N° 115.

INTERROGATOIRE DE M. JOSEPH MARRYAT. D. N'êtes-vous pas négociant à Londres, et en grandes relations avec les Indes occidentales anglaises ? R. Oui. D. Avec quelles colonies êtes-vous en correspondance, et en quelle qualité ? R. Je suis agent colonial pour la législature de la Grenade, agent des habitants de la Trinité, propriétaire et négociant dans les îles de la Trinité, la Grenade et Sainte-Lucie.

D. Connaissez-vous le taux de la commission et les autres frais qui sont ordinairement portés en compte parles commerçants ? R. Je puis dire quels sont les frais que, depuis un certain nombre d'années, 011 porte en compte aux correspondants dans la maison dont je suis l'associé. D. Quels sont-ils ? R. D abord le fret qui, dans le courant de l'année dernière, a été de 6 fr. a 5 cent, par quintal pour les sucres venant de la 26...


404

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE. re

Trinité, de 5 fr. 60 cent, pour ceux de la Grenade et de SainteLucie, et de L\ fr. 35 à 5 francs pour ceux de Demerara ; ensuite, 60 centimes de prime par tonneau ; droit de quai, 45 francs ; droits du commerce, 60 centimes; l'intérêtsur le fret et sur les droits est d environ 1/2 p. 0/0 ; assurance contre l'incendie, savoir : prime, 1 fr. 25 cent, par boucaut, et droit, 2 fr. 5o cent. ; droit de dock, 80 centimes par quintal; personnes employées au déchargement, 5 centimes par tonneau; pour échantillonner, 60 centimes; 1 fr.

765 85

Echantillons : 60 centimes par colis Marque ou étampe

40 00 12 50

Assurance sur 16,000 francs à 1 1/2 p. 0/0. Commission sur l'assurance

240 00 80 00 251 45

Courtage sur les ventes

1,257 30

Commission sur les ventes

2 5 cent, pour le certificat d'étampage ; prime d'assurance contre les risques de mer, 3i fr. 2 5 cent., et 6 fr. 25 cenlimes de police d'assurance, ensemble 37 fr. 5o cent, sur 2,5oo francs, ou 1 1/2 p. 0/0; commission sur l'assurance, 1/2 p. 0/0; courtage, 1/2 p. 0/0 sur le prix brut ; commission de vente, 2 1/2 p. 0/0 sur le même.

6 184f 6 5E

REPORT

Droits de docks : 80 centimes par quintal. .

FRAIS

8,831 75

commerciaux

Garantie , dans les cas où on la réclame, 1/2 p. 0/0 sur 80' 00e

l'assurance

251 45

Garantie sur les ventes, prix brut

Il existe encore, par convention avec le planteur, une autre charge, c'est 1/2 p. 0/0 pour dû croire sur l'assurance, et 1/2 p. 0/0 sur le prix brut pour garantie des ventes. Voilà, je crois,

331 45

Frais et commissions par quintal.

tous les frais que supportent les consignations faites dans le port

Frais commerciaux

Qf 55*

de Londres.

Garantie, quand on la réclame

0 35

D. Entendez-vous que ce sont les frais ordinaires ? R. Oui.

Perte résultant du déchet occasionné par le coulage et de la différence entre la tare réelle et la tare accordée par le Gouvernement, 2 p. 0/0

D. Connaissez-vous quelques marchands qui fassent aux planteurs des Indes occidentales des conditions plus avantageuses que

sur le prix brut de la vente , soit

11 00

celles-là ? R. Je n'en connais pas; mais je ne parie que delà manière dont je traite les affaires. Pour rendre ce qui précède plus clair, j'ai dressé les comptes de vente de quatre parties de sucre, l'une de la Trinité, l'autre de Sainte-Lucie, la troisième de la Grenade, et la dernière de Demerara. 11 en résulte qu'à la Trinité, le fret et autres dépenses accessoires s'élèvent à 6 fr. 35 cent, par quintal, les frais commerciaux à 3 fr. 20 cent., et la garantie, si on la demande, à 35 centimes. Il y a aussi en plus une perte provenant de l'habitude de peser les sucres au débarquement; quel que puisse être le déchet produit par le séjour en magasin, le droit est perçu sur le poids d'abord reconnu. Cette perte, pour le sucre de la Trinité, est de 1 fr. 10 cent, par quintal, ce qui fait en tout 11 francs. De Sainte-Lucie le fret est de 5 fr. -jb cent. ; les frais-commerciaux sont plus élevés que pour la Trinité, le prix des denrées étant relativement plus bas; ces frais se montent à 3 fr. 75 cent.; la garantie est la même, soit 35 centimes, et la perle pour le déchet de 1 fr. 4o cent, par quintal, en tout 11 fr. 25 cent. Le fret de la Grenade est de 5 fr. 75 cent., les frais commerciaux de 3 fr. 45 cent., la garantie de 35 cenlimes, et la perle pour le déchet seulement de 45 cenlimes, attendu que ce sont, de tous les sucres des colonies, ceux qui arrivent le mieux séchés, en tout io francs. Enfin, pour Demerara, le fret est de 5 fr. io cent., les frais commerciaux de 3 fr. /|5 cent., la garantie de 35 centimes, et la perle pour déchet de 1 fr. i5 cent.

SAINTE-LUCIE.

Produit de la vente. 1,407 quint. 135 boucauts : poids net au débarquement Prix de vente de 55 à 60 francs, sur : poids net 1,371, soit 78,794f35e

à la sortie

Frais et commissions. 7,915f 55e

Fret à 5 fr. 60 cent Prime

84 35

Droit de jetée

63 35

Droit de courtage

84 35

Intérêts sur le fret et les droits, 1/2 p. 0/0 393 90

du prix brut de la vente

118 10

Assurance contre l'incendie 1 1/2 p. 0/0. . .

7 10

Frais de déchargement

1,185 20

Droits de docks

84 40

Echantillons

12 50

Marque ou étampe

405 00

Assurance sur 27,000 francs à 1/2 p. 0/0. . Commission sur l'assurance

135 00

Courtage sur les ventes

855 40 ] ,969 40

Commission sur les ventes FRAIS

13,313 60

commerciaux

80f 00e

Garantie sur l'assurance 1/2 p. 0/0 sur les ventes, prix brut, 1/2 p. 0/0.

LA

10

I

251 45

TRINITÉ.

Produit du la veille1.

331 45

64 boucauts : poids net au débarquement. . . . 019 quint. Prix de vente : 55 fr., 56 fr. 25 cent, et 57 fr. 50 cent., sur : poids net à la sortie 004, soit 50,280' 70°

Frais commerciaux par quintal. 9f50e

Frais commerciaux

33

Garantie

Frais et commissions à déduire : Fret h 6 fr. 25 cent

... 5,743' 50e 40 00

Prime Droit de quai

30 00

Droits du commerce

40 00

Perte résultant du déchet et de la différence entre la tare réelle et la tare, accordée par le Gouvernement , 2 1/2 p. 0/0 sur le prix brut de vente.

1 40 Il 25

Intérêts sur le fret et les droils 1/2 p. 0/0, LA GRENADE.

251 55

prix brut Assurance contre l'incendie: 1 f.25 c. prime,

Produit de la vente. 70 25

2 fr. 50 c. droits

3 35

homme et par tonneau A

REPORTER

Quint. Liv.

35 boucauts : poids net au débarquement. 581

Frais de déchargement : 5 centimes à chaque

6,184 65

17

Prix de vente : 58 fr. 50 cent., sur : poids net à la sortie

577 1

0, soit 33,813' 10'

' Il peut se trouver quelques erreurs dans les tableaux qui vont suivre; elles viendraient alors du texte anglais, car l'exactitude de la traduction a été vérifiée plusieurs fois et contradictoirement. *


405

ENQUÊTES PARLEMENTAIRES.— 2 ENQUÊTE.— 1832. e

Prime

3,273 35° . •

Droit de jetée

21 85 16 45

Droit de courtage

21 85

Droits de docks

»

25 00

Intérêts sur le fret et le droit, 1/2 p. 0/0 du prix brut de vente

10 51 25 1 &5

Frais de déchargement

18 75

Droit de courtage

2,929f 65*

'

Assurance contre l'incendie, 1 1/2 p. 0/0

Droit de jetée

3,333f 50'

Intérêt sur le fret et le droit, 1/2 p, 0/0 du montant bru! des ventes

25 00

Prime

f

fret

2,860f 90*

Fret..

Frais et commissions.

165 40

Assurance contre l'incendie, 1 1/2 p. 0/0 Frais de déchargement Droits de docks

484 90

Échantillons

21 90

Échantillons

Marque ou étampe

12 50

Marque ou étampe

Assurance sur 11,375 francs

'70

Commission sur l'assurance

50 00 2 10 476 90 ^5 00 ..

12 50

Assurance sur 12,000 francs à 1 1/2 p. 0/0 Commission sur l'assurance

56 85

Courtage sur les ventes

169 10

Courtage sur les ventes

Commission sur les ventes

845 30

Commission sur les ventes

180 00 60 00 •

165 50 827 20

5,316 90 F RAIS commerciaux.. .

J

Garantie d'assurance, 1/2 p. 0/0 sur le prix brut des ventes, 1/2 p. 0/0

4,894 25

f' 85 169 10 225 95

Garantie sur l'assurance, 1/2 p. 00

60 00

sur le prix brut des ventes, 1/2 p. 0/0

165 50

Frais et commissions par quintal. 1

Frais commerciaux

9 20 par quint.

Garantie

" ^5

Porte résultant du déchet et de la différence entre la lare réelle et la tare accordée par le Gouvernement, 3/4 sur le prix brut des ventes

225 50

Frais commerciaux 45

Garantie

10 00

35

Perte résultant du déchet et de la différence entre la tare réelle et la tare accordée par le Gouvernement, 2 p. 0/0 sur le prix brut des ventes.

DEMERARA. 48boucauts de sucre : poids net au débar-

8f 55°

Quint.

Liv.

572

21

563

2), soit 33,076 25

1 15

10 05 quement Prix de vente : 58 fr. 75 cent., sur : poids net à la sortie

f

e

RÉCAPITULATION.

D. Les planteurs, en général, profitent-ils de la garantie ? R. Autant qu'il est à ma connaissance, ils en profitent. C'est une charge qu'il dépend d'eux d'accepter, et d'ordinaire ils l'acceptent. Les planteurs des Indes occidentales ont à supporter,

un relevé que j'ai fait l'année dernière pour plusieurs plantations, j'ai reconnu que celles de la Trinité, bien que plus fertiles, ont perdu plus que celles delà Grenade. De 1829 à 1830, il y avait

pour ia vente de leurs sucres, un véritable préjudice par suite de

la Trinité 13,562 esclaves occupés à la culture de la canne; la quantité de sucre fabriquée s'est élevée à 49,603,65g livres, ce

la différence entre la (are réelle et celle qui est allouée par le Gouvernement au moment de la livraison. Sur une quantité de 7,000 boucauts, j'ai calculé une perte moyenne de 293 fr. 75 c.

chaque esclave. Les plantations de la Trinité sont, il est vrai, assujetties à des inconvénients qui leur sont particuliers; le

par boucaut. D. Savez-vous quelle est la détresse comparative des colonies de la Couronne et de celles qui ont reçu des chartes ? R. Bien que ia production des colonies de la Couronne soit généralement plus forte par tête d'esclave que celle des colonies auxquelles des chartes ont été accordées, je crois que la détresse n'est pas moindre dans les unes que dans les autres. Par

à

qui donne 33 quintaux , ou environ 2 boucauts de produit par

manque d'eau el de rivières 11e leur laisse que peu de facilité de se servir de la vapeur; ia plupart de leurs moulins sont mis en mouvement par des bestiaux qui coûtent fort cher, la qualité de leurs sucres est au-dessous de celle des sucres des autres colonies, et ils éprouvent plus de déchet pendant le transport en Europe. Un autre désavantage commun à celte île et aux colonies de la Couronne, c'est l'énormité des taxes. Les impôts de la Grenade , où existe une législature indépendante, qui fixe elle-


406

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES.— PIÈCES JUSTIFICATIVES.— Ire PARTIE.

même les taxes el contrôle ses propres dépenses, se sont montés, en 1827, à 423,500 francs; pendant la même année, les dépenses de la Trinité ont été de 1,350,375 francs. Cependant la population de la Grenade, dont, le chiffre est de 24,897 âmes, surpasse de quelque chose celle de la Trinité, qui ne compte que 24,452 habitants. Sous d'autres rapports, ces deux îles ont beau coup de ressemblance, el leurs produits sont à peu près égaux. Une autre cause encore affecte la Trinité, c'est la diminution du temps de travail des esclaves, par suite des ordres en conseil. Ce temps a été réduit à 9 heures par jour pour les hommes faits, et à 6 heures pour les enfants au-dessous de 14 ans; outre cela, ils ont par semaine une journée entière à leur disposition.

sionné par la saison. Heureusement, avant de partir, ce navire apprit que les ports de la Barbade, de Sainte-Lucie et de SaintVincent avaient été ouverls en conséquence des ouragans qui avaient ravagé ces îles; il a pu se mettre en route directement, et éviter le détour par l'Amérique anglaise du Nord. D. Sur quelles marchandises les droits établis sont-ils èn quelque sorte prohibitifs ? R. Sur les marchandises du sol américain. D. Y comprenez-vous toutes les marchandises produites par l'Amérique ? R. A peu d'exceptions près.

D. Quel était le nombre d'heures de travail des esclaves sous le système suivi dans les colonies avant le dernier ordre en con-

D. Vous croyez que , malgré l'augmentation du fret jusqu'au Canada, les Canadiens peuvent vendre avec avantage sur les

seil ?

Américains les articles imposés ?

11. Avant cette époque on leur donnait, pour en disposer, trois jours dans un mois, pendant la récolle, et quatre pendant les autres mois; ils travaillaient d'ordinaire 10 heures par jour

R. Tout ce que je sais, c'est qu'il est préférable d'envoyer les articles d'Amérique à Halifax, et de les rembarquer de là à destination des Indes occidentales, en acquittant les droits.

durant la récolte. D. Faisait-on quelque différence relativement à l'âge ? R. On n'observait pas celle qui a été récemment prescrite. Tous les travailleurs étaient employés selon leur capacité, sans aucune restriction quant au temps, et sans aucune distinction quant à l'âge. D. Les règlements concernant le travail étaient-ils les mêmes dans toutes les colonies ? Il Je ne puis assurer qu'il en était de même dans toutes les colonies; mais, dans les colonies de la Couronne, c'est depuis 1824 qu'un ordre en conseil a réglé les heures de travail. D. Savez-vous si les ordres du conseil se sont étendus à toutes ces colonies en général ? R. Je sais que les gouverneurs avaient reçu en même temps 1 injonction de les mettre à exécution dans les quinze jours de leur réception. D. Cette injonction a-t-elle été suivie par tous les gouverneurs sans exception ? R. Je puis dire seulement que les ordres du conseil leur sont parvenus; j'ignore s'ils les ont rendus publics. D. Êtes-vous instruit de la nature des relations établies entre les Etals-Unis el les colonies des Indes occidentales, et de quel effet elles ont été pour ces dernières? R. L'état actuel des relations avec les États-Unis me semble préjudiciable aux intérêts des planteurs. Dans le fait, on a créé un système de droits presque prohibitifs qui n'est pas moins nuisible aux colons que la prohibition qui le précédait. Ce sys-

D. Un navire ayant chargé aux Etats-Unis, et qui se rendrait de là dans l'Amérique anglaise du Nord, ne serait-il pas obligé de débarquer son chargement pour se rendre dans les colonies des Indes occidentales en franchise de droits ? R. Je ne crois pas que cela puisse arriver à un navire anglais; mais, bien certainement, un américain y serait exposé. 1). Y a-t-il économie, pour un bâtiment, de se rendre d'abord dans l'Amérique anglaise du Nord, au lieu de faire voile directement pour un port des Indes occidentales P R. Ce que j'ai rapporté du navire le Sandwich prouve qu'on l'avait pensé ainsi. D. N'est-ce pas un avantage pour les armateurs, d'avoir à faire ces voyages inutiles? R. Cela peut être, mais ce n'en est pas un pour les planteurs des Indes occidentales. D. Le propriétaire d'un navire anglais ne tire-t-il pas un profil du prolongement du voyage ? R. S'il prend son fret à un prix proportionné à la course de son navire, il est certain qu'il vaut mieux pour lui que le voyage soit long. D. Doit-on conclure de vos réponses, que l'ouverture de relations directes avec les Etats-Unis n'a pas été avantageuse aux colons ? R. Avec les restrictions qui les entravent, ils n'en tirent aucun avantage. D. Ne déclarez-vous pas qu'elles sont positivement désavanta-

tème a eu de telles conséquences, que ma maison a été forcée de s'approvisionner à Londres de poisson de Terre-Neuve, de farine

geuses ?

américaine el de bois débité de la Baltique , pour les fournir aux

I). N'est-ce pas juger prématurément de l'avantage qu'elles sont susceptibles d offrir; car il faut quelque temps pour que les deux contrées puissent faire des arrangements en rapport avec

plantations des Indes occidentales. D. Qu'est-ce qui a pu vous réduire à cette nécessité ? R. L'incertitude des approvisionnements venant des colonies anglaises de l'Amérique du Nord. D. Sur quels articles américains considérez-vous que les droits agissent comme une prohibition ? R. Sur presque tous. Un navire appelé le Sandwich, commerçant entre Londres et Sain le-Lucie, n'ayant pu, l'automne dernier, obtenir une cargaison dans cette colonie, en prit une pour Norfolk en Virginie, où il débarqua et vendit ses marchandises. En retour, il en prit d'autres dont j'ai en mains la note d'embarquement pour les Indes occidenlaies; il devait se rendre de Norfolk dans 1 Amérique anglaise du Nord, dans le but unique d'échanger ses papiers, afin de pouvoir entrer à des droits moins élevés dans une des îles des Indes occidentales. Les dépenses extraordinaires d'assurance de ce voyage ont atteint G p. 0/0, indépendamment de l'incertitude du voyage et du retard occa-

R. Je dis que l'on n'en retire aucun profit.

les règlements ? R. Voici, selon moi, l'état des choses : les colonies anglaises de l'Amérique du Nord, ayant pensé que les nouvelles relations détruiraient leur commerce avec les Indes occidentales, y ont renoncé d'elles-mêmes el ont porté leurs spéculations ailleurs; de leur côté, les Américains des Etats-Unis ne se sont pas empressés de nouer, avec nos colonies, des relations qui no leur paraissaient pas assez profitables ; de sorte que les colons onl eu à souffrir du manque d'approvisionnements de part el d'autre. I). Supposez-vous que les choses continuent ainsi? R. J'espère que non. I). Les droits qui pèsent sur ce commerce ne laissant qu'un faible bénéfice aux personnes qui s'en occupent, il est probable que ce motif l'empêche de s'étendre et le rend plus incertain? R• Je crois bien que c'en est la cause principale.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

D. Le voyage cle circuit, dont vous avez, parlé à propos du ■Sandwich s'est-il répété pour d'autres navires ? Jî. Je n'ai eu connaissance que de ce seul cas. D. Savez-vous s'il arrive souvent que des produits de l'Amérique du Nord soient embarqués à Londres ? R. La farine américaine, le poisson de Terre-Neuve et le bois débité delà Baltique, sont les seuls articles que j'y aie embarqués. D. N'avez-vous rien de particulier à dire au sujet du fret du poisson salé entre les colonies de l'Amérique du Nord et les Indes occidentales ? il. Non , rien autre chose que ce que j'ai déclaré ? D. Connaissez-vous la différence du prix entre le poisson de Terre-Neuve et celui des États-Unis? R. Je ne pourrais la préciser en ce moment. D. Savez-vous quelle est l'importance du commerce avec le Brésil ? R. Non. D. Combien coûtent les esclaves au Brésil ? R. Je sais que l'association des mines du Brésil a acheté, en 1827, ^7 esclaves au prix de 1,000 francs par tête. L'acquisition s'en est faite à Rio-Janeiro. D. Le commerce des marchands avec les colonies à sucre estil avantageux et dans un état prospère ? R. Non, tant s'en faut. D. La prospérité des planteurs et celle des marchands ne dépendent-elles pas, en général, l'une de l'autre?

j

407

ses récoltes, les capitalistes ne seraient pas plus disposés à l'aider de leurs capitaux ? R. Si les produits des colonies passaient en d'autres mains que celles des marchands, les bénéfices de ceux-ci seraient diminués, ils retireraient de leurs avances un intérêt moins élevé, et ils n'auraient plus, pour en faire de nouvelles, un motif aussi puissant que lorsqu'ils en tiraient un plus grand profit. Z>. Si un marchand était certain de rentrer dans les avances qu'il a faites à un planteur, ne s'engagerait-il pas volontiers à faire pour rien, pendant 7 ans, les affaires de ce planteur? R. Sans doute, et pour ma part, je m'y engagerais. D. Mais, en ouvrant les ports d'Europe, le prix des produits s'élèverait aussi bien en Angleterre qu'ailleurs, et la garantie des marchands qui auraient fait des avances se trouverait améliorée, lors même que tous les produits n'arriveraient pas sur nos marchés ? R. Cela suppose que les planteurs trouveraient ailleurs des prix plus avantageux qu'ici. D. On suppose que non-seulement ils obtiendraient un prix supérieur pour la vente, mais qu'ils seraient affranchis des restrictions onéreuses qui les empêchent d'acheter librement leurs approvisionnements ? R. J' ai la conviction que peu cle marchands seraient disposés a faire cle nouvelles avances ; mais je suis certain aussi qu'ils seraient satisfaits de renter dans leurs fonds le mieux possible , et que, dans ce but, ils ne se montreraient pas difficultueux relativement aux arrangements qui leur seraient proposés.

r

D. Si l'on rendait libre le commerce de l'Europe avec les Indes

11 si 011 écartait les restrictions qui le gênent, le planteur ne pas, plus qu'à présent, en position de rembourser trouverait-il se les sommes dont il est débiteur?

occidentales, les planteurs trouveraient-ils alors à acheter à meilleur marché les approvisionnements dont ils ont besoin, et à

R. Les dépenses de production étant diminuées, et le prix de ses produits amélioré, il est clair qu'il serait plus à même de se

R. Oui.

vendre leurs sucres plus avantageusement; en un mot, leur situation serait-elle de beaucoup améliorée? R. Elle s'améliorerait sans doute s'ils pouvaient cultiver à moins de frais et vendre leurs produits plus cher.

libérer qu'aujourd'hui. D. N'existe-t-il pas un certain nombre de négociants qui s'occupent exclusivement d'expédier dans les Indes occidentales les marchandises qui y sont nécessaires ? R. Oui.

D. La position des marchands n'éprouverait-elle pas une amélioration proportionnée ? R. Oui, surtout celle des marchands qui ont fait des avances aux planteurs. D. Ne pensez-vous pas que si la position des planteurs venait, en général, à s'améliorer par l'effet d'une telle mesure, les marchands qui leur ont fait des avances ne lissent les dispositions nécessaires pour prendre des arrangements afin de rentrer clans leurs fonds, ou d'obtenir un contrôle beaucoup plus profitable sur les cargaisons consignées dans les ports d'Europe?

/). Ces négociants font, sans doute, ce commerce depuis longtemps ? R. Oui. I). N'ont-ils pas des rapports importants avec les manufactures de la métropole ? R. Us achètent naturellement dans les villes manufacturières. D. Si, sous un nouveau régime de commerce, la navigation étrangère remplaçait en grande partie la navigation anglaise, n'en résulterait-il pas un grand changement dans les affaires du pays ?

R. Je pense que, dans l'état actuel des affaires, les marchands seraient bien aises de recouvrer leurs avances par tous les moyens qui leur seraient offerts; mais, en même temps, j'ai la certitude

R. Je pense qu'alors une grande partie des approvisionnements s'expédieraient du continent d'Europe pour les colonies.

que la mesure dont il s'agit ne faciliterait en rien de nouveaux

D. Dans ce cas, l'Angleterre conserverait-elle le même intérêt faire des sacrifices pour entretenir ses rapports avec les colonies à des Indes occidentales ?

prêts d'argent. D. Si, par la liberté du commerce, les planteurs liraient un plus grand revenu de leurs plantations, ne serait-ce pas, pour les capitalistes, un encouragement à faire des avances sur la garantie de ces plantations ? R. Un capitaliste qui avance des fonds examine, avant tout, garantie la qui lui est offerte. Les propriétés des Indes occidentales ont à redouter les ouragans et d'autres dangers éventuels qui font que, pour engager les capitalistes à leur faire des avances, il faut l'âppat d'un intérêt plus qu'ordinaire.

R. Il est certain que le bénéfice qu'elle en tirerait alors ne serait plus aussi grand

qu'aujourd'hui.

D. Les planteurs , se trouvant libres de tous engagements, ne seraient-ils pas dans une situation plus favorable qu'aujourd'hui pour traiter de l'achat cle leurs approvisionnements et de la vente de leurs produits ? R. Je ne saurais décider cette question. Je connais des planteurs qui n'ont point de dettes, et des plantations qui ne sont grevées d aucun emprunt; j ai moi-même des propriétés qui ne doivent rien, et pourtant je ne trouve pas qu'il me soit possible de

<D. Ces causes restant toujours les mêmes, que les produits coloniaux soient consignés en Angleterre ou dans les ports d'Europe, il s'agit de savoir si, par le changement qui serait fait dans

me procurer des approvisionnements ou de gérer mes autres intérêts à meilleur compte que les propriétaires qui ont des en-

la législation, le planteur venant à retirer un plus grand profit de

gagements.


408

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES.— Ire PARTIE.

D. Dans l'estimation que vous avez faite des frais d'importation et de vente, avez-vous compris le fret? R. Je 1 'y ai compris à raison de 6 fr. 5o cent, par quintal. D. Savez-vous si le fret du sucre de Demerara et d'autres lieux est beaucoup moins élevé que cela? R. Je ne crois pas que les navires qui font le commerce ordinaire des colonies chargent à meilleur marché; mais il peut arriver que, par hasard, quelques bâtiments, étrangers à celle navigation, fassent une réduction. D. Lorsqu'il y a concurrence, comme par exemple à Cuba, le fret ne doit pas être aussi cher ? R. De Cuba pour l'Europe on paye de 4 fr. 35 cent. à k fr. 65 c par quintal ; mais cela provient de ce que ce sont les Américains qui sont employés au transport des sucres. D. N a-t-on pas transporté des sucres de Demerara par navires anglais à raison de h fr. 35 cent, et même de 3 fr. y5 cent, le quintal ? R. Je sais qu on en a pris à 4 fr. 35 cenl. mais c'élait probablement des navires venus par hasard, qui avaient eu un chargement à porter par spéculation, et qui voulaient se procurer à tout prix du fret de retour. Dans l'estimation que j'ai faile, en supposant un commerce régulier donnant un bénéfice raisonnable à l'armateur, j'ai calculé que l'on ne pouvait transporter le sucre d'aucune des colonies à inoins de 6 fr. 2 5 cent. D. Comment traite-t-on pour le fret P est-ce en allant à la bourse demander aux armateurs le prix qu'ils exigent? R. Afin d'établir de la régularité dans le transport des produits des colonies, un grand nombre de maisons de commerce ont contraclé des engagements pour avoir des navires à leur disposition ; autrement on pourrait, sans doute, transporter quelquefois le sucre à meilleur marché , mais souvent aussi les conditions seraient plus élevées. D. Sur quelle autorité vous êtes-vous fondé pour indiquer le nombre des cultivateurs effectifs des colonies étrangères qui font encore la traite, par exemple, à Cuba, ces renseignements n'existant pas dans le recueil de documents publiés ?

acclimatés. Il ajoute plus loin: «la mortalité des noirs varie considérablement à Cuba, comme dans toutes les Antilles, suivant le plus ou moins d'humanité des maîtres et des géreurs. Sur certaines plantations il en meurt chaque année de i5 à 18 sur cent. J'ai entendu discuter la question de savoir s'il valait mieux, pour un propriétaire, ne pas fatiguer ses noirs à l'excès pour les remplacer moins souvent, que d'en tirer tous les avantages possibles en peu d'années, et entretenir leur nombre au moyen d'acquisitions nouvelles. » Une autre autorité sur ce sujet, c'est l'Histoire des Indes occidentales, par Bryan Edwards, dans laquelle se trouve rapportée une pétition présentée, en 1790, au Gouvernement de la Hollande, et dont voici un passage: «Il est impossible d'établir la diminution annuelle des esclaves; mais on la calcule généralement à 5 pour 0/0 ou à la 20" partie. Celle différence se fait peu sentir une première année; les ig esclaves restant s'aperçoivent à peine qu ils font la besogne de 20; mais l'année d'ensuite ils ne sont plus que 18 pour exécuter la même tâche, el, si une autre année se passe encore, il faut que 17 individus travaillent autant que 20. Il doit nécessairement s'ensuivre ou la révolte ou la désertion. Que si les noirs se soumettent sans murmurer à cette surcharge, ils tombent malades et meurent avant l'âge. Pour que les planteurs évitassent ces inconvénients, il faudrait qu'ils restreignissent peu à peu leur culture, d'où résulterait une réduction de produits. » D. N'est-il pas dit d'abord dans cette pétition que la mortalité est difficile à établir? R. Je crois qu'il esl impossible d'en donner le chiffre précis,à moins qu'il ne soit tenu une liste exacte des décès. On ne peut parler qu'en termes généraux. D. Savez-vous quelle est la mortalité actuelle dans l'une 011 l'autre des colonies anglaises ? R. La population dans toutes nos colonies est à peu près stationnaire en ce moment. Elle se trouve à ce point où la diminution cesse et où l'augmentation va commencer. D. La durée probable de la vie ne doit-elle pas entrer dans le calcul de ce que coûte un esclave', pour estimer la dépense qu'il

R. Ils en trouve, je crois, une partie dans les documents qui ont été publiés, mais je m'en suis rapporté, quant à Cuba, aux autorités les plus respectables ; d'après Humboldt même, qui a pu

a causée à son propriétaire ?

se procurer des renseignements officiels, il est établi que la moyenne des travailleurs à Cuba est encore supérieure à celle qui

D. Quand on veut établir ce que coûte le travail des esclaves importés et celui des esclaves élevés dans les colonies, la durée de la vie doit être un des éléments importants du calcul?

est indiquée dans les documents publiés par ordre du Parlement. D. Quels sont donc les ouvrages où vous avez puisé ces renseignements ? R. L'Essai de Humboldt sur l'île de Cuba faisant partie du septième volume de la relation générale de son voyage, et dans lequel il est dit, page 104, que les hommes sont aux femmes, sur les sucreries, comme à esl à î. S'il en est ainsi, d'après ce que l'on sait des effets de la disproportion des sexes dans les colonies anglaises, je pense qu'il y aurait un peu plus de 5o ou 55 travailleurs sur un effectif de 100 personnes, cl, par le fait, ce chiffre comporte encore un certain nombre de malades. D. Vous avez dit que vous estimiez la mortalité parmi les esclaves de Cuba el du Brésil à 5o,ooo par an ? R. Oui. D. Quels ont élé vos renseignements à ce sujet?

R. Il est évident que la durée probable entre dans le calcul de l'acheteur.

R. Sans doute. 1). Avez-vous fait entrer cet élément dans les calculs que vous avez publiés à ce sujet? R. Je le crois. La valeur d'un esclave étant portée à 1,000 fr., cela suppose qu'il a été fait déduction d'une certaine somme pour le risque de la plus grande mortalité. D. En estimant la valeur de l'esclave importé, vous avez donc fait une réduction pour la durée delà vie? R. Je considère qu'un esclave importé revient à 5oo francs. D. C'est sans doute là le prix qu'il coûte au marchand qui l'a introduit ; mais quel est le prix de vente ? R. Les esclaves qui ont servi de base à ces calculs sont ceux qui sont établis sur les plantations, el auxquels ne pourrait s'appliquer la grande mortalité donl j'ai parlé; cependant celte con-

R- Humboldt estime la mortalité sur les plantions à sucre à 8p. o/o. Selon lui, la moyenne de la perte sur les noirs nouvellement importés esl de 10 à 12 p. 0/0; mais, lorsqu'ils sonl pla-

sidération entre dans l'évaluation du prix. Une mortalité de 10 à 12 p. 0/0 équivaut à 5 francs ou 5 fr. 60 cent, par quintal;

cés sous une bonne direction , elle pourrait être réduite à 6 ou 8 pour 0/0. « Des personnes, dit-il, bien au courant du gouver-

de 5 à 6 p. 0/0, elle équivaut à 2 fr. 5o cent, ou 3 fr. 10 cent, par quintal.

nement intérieur des plantations, sont d'avis que, si le commerce des esclaves cessait tout à coup, le nombre des noirs diminuerait

D. En parlant d'une mortalité de 5 à 8 p. 0/0, Humboldt n'entend-il pas la moyenne annuelle entre les esclaves nouvellement

annuellement d un vingtième,'» ce qui ferait 5 pour 0/0. J'infère

importés et ceux qui sont établis depuis longtemps?

de cela qu'il raisonne sur des plantations peuplées d'esclaves bien

/î. Oui. Surtout en parlant de 5 p. 0/0.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

409

D. Est-ce là la mortalité ou la diminution moyenne annuelle des esclaves établis et de ceux qui sont recrutés par l'importation?

porté ?

R. C'est la moyenne annuelle des décès parmi les esclaves établis sur les plantations à sucre. Il faudrait toujours diviser la

R. C'est qu'il aurait coûté plus cher au vendeur, etqu'il offrirait probablement aussi de plus grands avantages à l'acheteur.

société des Indes occidentales en trois classes, pour calculer la mortalité parmi les esclaves : les colonies où la traite csl en acti-

terminer à payer plus cher un esclave créole qu'un Africain im-

D. Quels pourraient être ces avantages ?

vité; celles où ce commerce a cessé, mais où il se trouve encore un nombre considérable d'Africains, et où la génération qui s'é-

R. Une plus grande intelligence, plus d'adresse et de meilleurs sentiments moraux, parce que les propriétaires se sont attachés à élever leurs esclaves de la manière la plus convenable à la si

lève marche vers l'état normal (c'est le cas de presque toutes les colonies des Indes occidentales anglaises) ; enfin celles où les es-

tuation des colonies.

claves sont arrivés à l'état normal quant aux âges et aux sexes, ce qui existe dans la plus grande partie des Etats-Unis et dans la colonie anglaise de la Barbade. D. Possédez-vous quelques documents sur la population noire des colonies à esclaves, classée suivant les âges ? R. Non. D. Pensez-vous que, pour calculer la valeur du travail de l'esclave importé, comparée à celle du travail de l'esclave élevé dans les colonies, il soit nécessaire d'établir non-seulement le nombre des travailleurs effectifs, mais encore la capacité particulière de chacun d'eux ? R. Une recherche de cette nature ne peut se faire que par des résultats généraux; il serait trop difficile d'examiner chaque travailleur en particulier.

<

D. Humboldt ne dit-il pas et n'est-il pas d'ailleurs notoire que, avec un système de bon traitement et d'humanité, on peut obtenir plus de travail des esclaves qu'en les conduisant avec dureté et en les surchargeant? R. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet. D. Un des témoins entendus a déclaré qu'il s'est fait une grande amélioration dans la condition des esclaves, par suite des meilleurs traitements qu'ils reçoivent depuis l'abolition de la traite. Si ce renseignement est exact, ne pensez-vous pas que le travail de chaque esclave en particulier ne soit devenu plus pro-

D. En comparant 3o p. o/o du travail des noirs créoles à 5o p. o/o du travail des Africains importés, vous estimez évidemment le premier travail à un plus haut prix que le second. Il semble que la comparaison ne serait plus aussi juste en indiquant un certain nombre d'individus ? R. Il est probable que les 3o p. o/o surpasseraient en valeur relative les 5o; mais,en même temps,il existe des circonstances qui empêcheraient celte valeur d'être aussi grande qu'on pourrait d'abord le supposer. Dans les plantations des colonies étrangères, il se trouve toujours un certain nombre de noirs établis depuis longtemps et qui en connaissent parfaitement la culture; les esclaves nouvellement importés, trouvant quelques-uns de leurs compatriotes au fait de la besogne, sont moins longtemps inhabiles qu'ils ne le seraient sans l'exemple qu'ils ont sous les yeux. D'un autre côté, les Africains sont physiquement très-bien constitués, et l'on a souvent reconnu que, pour certains travaux, ils valent mieux que les créoles. D. La supériorité d'adresse et d'intelligence d'un esclave a-t-elle un effet bien remarquable dans les travaux des champs ? R. Non. Il suffit, comme je l'ai dit, qu'un certain nombre de noirs donnent l'exemple de la manière de s'y prendre dans chaque genre de travail, pour que les Africains puissent les imiter. D. Dans beaucoup de travaux, la force physique n'est-elle pas d'une grande importance? R. Oui.

ductif?

D. Avez-vous quelque moyen d'estimer la force physique relative des Africains et des créoles?

R. 11 n'y a pas à douter que les noirs anglais soient devenus plus adroits et plus intelligents, ce qui a beaucoup aidé les planteurs à continuer leur culture; mais il ne faut pas non plus

R. Je ne puis en juger que par l'apparence. Les Africains employés à la culture sont, en général, de beaux hommes.

perdre de vue que ces planteurs ont employé un surcroît de capital en constructions et en achats d'instruments ; et que, si à

travaux des champs ?

présent le coût de la production est moins cher, les propriétaires ont en même temps besoin d'être plus largement indemnisés, en raison de la somme de leurs avances. Ainsi, avant l'abolition de l'esclavage, il pouvait suffire de 2 5 francs par quintal pour leur rendre un intérêt convenable des capitaux employés, tandis que, maintenant, il faudrait qu'ils obtinssent 36 fr. 25 cent, par quintal pour compenser l'excédant des déboursés. D. Quel serait actuellement l'esclave qui se vendrait le plus cher, de celui qui a été élevé dans les colonies, et qui est habitué à y vivre, ou d'un esclave nouvellement importé, en supposant qu'ils fussent égaux en âge et en santé? jR. Ce serait incontestablement l'esclave créole, et, s'il y avait de la sécurité pour les propriétés dans les colonies anglaises, la valeur de tous les esclaves s'en augmenterait encore. D. A quoi attribuez-vous cette augmentation de leur valeur? R. A un développement d'intelligence chez les esclaves, et, en outre, à ce que de plus grands frais ont été faits pour les élever. Il est certain que les moyens pris pour améliorer leur condition, et les allocations qu'on leur donne, ont ajouté aux dépenses, et qu'en conséquence le prix des esclaves créoles doit dépasser celui des esclaves africains importés. D. Mais une chose ne se vend pas toujours en proportion de ce quelle a coûté; la question est de savoir ce qui pourrait dé-

D. Sont-ils considérés comme préférables aux créoles pour les

R. Je pense que beaucoup de planteurs les préféreraient. D. C'est sans doute dans les divers métiers et dans la fabrication du sucre que la plus grande adresse et la supériorité intellectuelle des créoles produisent des effets sensibles ? R. Oui. /). Pour les travaux purement manuels, vous ne pensez donc pas que leur supériorité soit dans la proportion de 3o à 5o ? R. Non. En considérant la nature de la culture, et en tenant compte de ce que beaucoup de travaux exigent surtout de la force, je pense qu'on peut s'en tenir à l'estimation générale précédemment faite de l'efficacité du travail dans nos colonies comparées à Cuba et au Brésil. D. Un noir nouvellement importé qui serait adjoint à une bande de créoles, s'aquitterait-il des travaux ordinaires des champs aussi bien qu'eux ? R. Tout aussi bien. I). Lorsque vous avez établi que la dépense faite pour élever un nègre créole dépasse le prix d'un nègre importé, et que, sur les plantations anglaises, il ny a que 33 travailleurs effectifs contre 54 dans les colonies étrangères, avez-vous calculé l'augmentation des frais de travail résultant, pour les colonies anglaises, du grand nombre de vieux el de jeunes esclaves que les planteurs sont obligés d'entretenir? R. 11 est certain que c'est le plus grand nombre de jeunes et


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

de vieux esclaves, sur les plantations anglaises, qui réduit à 33 p. o/o la proportion de leurs travailleurs efl'eclifs. Cependant on pourrait prouver que pour la culture du sucre il y a beaucoup plus de travailleurs efl'eclifs; on m'a rapporté que sur plusieurs plantations on en comptait jusqu'à go sur 100. D. Pourriez-vous expliquer comment vous avez calculé la probabilité du la durée de la vie d'un esclave, dans les colonies où la Iraite se continue ? R. Cet objet est très-compliqué, et je n'ai pu arriver à un résultat satisfaisant pour moi-même. Sur les plantations des colonies étrangères, il existe des différences notables dans le nombre des travailleurs efl'eclifs. Le moyen qui m'a paru le moins défectueux a été de faire une estimation générale, et de l'appuyer de faits pour démontrer qu'elle était plutôt au-dessous de la réalité qu'exagérée. D. On a demandé à un témoin à quelle durée il estimait la période effective de la vie dans nos colonies; il a répondu que cela dépendait beaucoup de la constitution des individus, mais que,en thèse générale, on pouvait la calculer de 18 à 5o ans. D'après le même témoin, sur la population de Demerara, qui, en 1829, était de 69,000 individus environ , 35,000 étaient de

I). Les 3o que vous admettez comme proportion dans les ateliers anglais ne seraient donc pas tous mâles ? R. Non. D. Mais les 5o des ateliers des colonies étrangères seraient presque tous mâles ? R. Oui, parce qu'il n'y a que très-peu de femmes, et que d'ailleurs elles y sont employées à d'autres occupations. D. La force des 5o esl donc, relativement à celle des 3o, plus grande que la proportion numérique, puisqu'il en est parmi les derniers qui 11e valent pas ce que vaut chacun des premiers. R. Oui, et dans les colonies étrangères, les noirs seraient susceptibles de faire plus de travail sur une même étendue de terre. D. Avez-vous quelque moyen de comparer la valeur relative du travail des hommes el de celui des femmes ? R. Non; je ne puis qu'établir le rapport entre le travail à différentes époques, dans les diverses colonies, et ce qu'il est aujourd'hui à Cuba. A Cuba, d'après Humboldt, une plantation possédant 3oo nègres devrait être d'une étendue de 16,000 acres dont la moitié cultivée en cannes, el produire environ 900,000 liv. de sucre, c'est-à-dire 3,000 liv. par tête de nègre, ou 1,172 liv.

l'âge de 20 à 5o ans, ce qui prouverait que votre calcul sur la proportion des esclaves efl'eclifs est. au-dessous de la vérité? R. Je ne crois pas que, dans les colonies, à aucune des époques

par acre. J'ai déjà dit que, suivant le même auteur, la population moyenne des plantations est de 25 femmes pour y5 hommes. Il n'y a pas moyen de préciser la différence du travail entre les

que j'ai indiquées comme marquant les gradations de l'état de société, les travailleurs efl'eclifs aient dépassé la proportion de

hommes el les femmes.

33 p. 0/0. A mesure que la société se rapproche de l'état naturel , le nombre des individus subit un changement. Au bas de l'échelle, les enfants sont en plus grande majorité, en même temps qu'au sommet le nombre des vieillards est aussi plus grand. D. Quelle est la période que vous établissez comme étant celle du travail effectif? R. La valeur active des esclaves sur les plantations anglaises n'est prise d'aucun relevé de population , mais du résultat pratique donné par diverses plantations. 7J. En attribuant une supériorité de valeur à un esclave créole sur un Africain importé, n'avez-vous pas pris en considération l'avantage qu'il a eu de contracter des habitudes sociales dans la colonie, son attachement pour son maître; enfin, n'avez-vous pas plutôt basé celle valeur sur ses qualités morales que sur sa supériorité physique ? R. Il n'est pas douteux que les esclaves ne soient susceptibles d'attachement, et une longue résidence sur les plantations ajoute beaucoup à leur valeur comme travailleurs. D. Cela doit influer sur leur valeur, non-seulement pour les plantations, mais encore pour la colonie elle-même? R. Sans doute. D. Savez-vous si l'introduction d'Africains dans l'étal barbare, sur une plantation, a quelque influence pour empêcher l'amélioration de la population déjà établie ? R. Je ne sais pas l'effet qui pourrait résulter de cette introduction; mais, d'après ce que j'ai entendu dire, les Africains valent les créoles pour une grande partie des travaux. D. En admettant que, dans une colonie étrangère, il y eût déjà plus d'Africains que de créoles, la valeur de ces Africains seraitelle égale à celle des Africains nouvellement importés ? R. Cela dépendrait entièrement de la position de la colonie, el de beaucoup d'autres considérations relatives à l'état d'intelli-

D. Humboldt dit-il dans quelle proportion les ateliers sont occupés dans les champs et dans l'intérieur ? R. Non ; peut-être n'est-il pas hors de propos d'établir ici la comparaison de la production obtenue dans les colonies anglaises et de celle de Cuba. En 1790, on estimait, ainsi que le rapporte Bryan Edwards, la production d'une plantation de la Jamaïque à i3 quintaux de sucre par tête de nègre. En 1807, au moment de l'abolition de la traite, 8 plantations, contenant 2,216 nègres, produisirent 24,198 quintaux de sucre, soit 1,223 livres pour chacun Depuis cette époque, 34 autres plantations, peuplées de 8,2 2 5 noirs, n'ont plus produit que 81,847 quintaux, c'est-à-dire 1,1 iA livres par tête, ce qui donne une réduction de près de 107. La quantité par acre est à peu près la même qu'à Cuba. Ainsi, dans les colonies anglaises, il y a eu diminution progressive du rapport des esclaves ; j'attribue cela à ce que les travailleurs y sont plus rapprochés de l'étal naturel de toutes les sociétés, et par conséquent, moins effectifs. Il paraît qu aujourd'hui, à Cuba, les nègres produisent chacun 3,000 livres, tandis que dans les colonies anglaises on n'en obtient que 1,11 h livres. On ne peut expliquer celle différence que d'une seule manière, c'est que les nègres de celte colonie oui une force productive supérieure. 1). Les autorités sur lesquelles sont basés vos calculs, concernant 1790 el 1807, sont-elles suffisantes pour donner crédit aux conclusions que vous en avez tirées ? R. Oui, quant aux résultats généraux; car, en matière semblable, on ne peut compter sur une exactitude minutieuse. D. Quelle est la plus grande différence de production d'un noir sur les plantations les plus fertiles et les plus stériles de la Jamaïque ? R. Il serait très-difficile et même presque impossible de rien préciser à cet égard, tant à cause de l'excessive variation dans les saisons que de diverses autres circonstances.

gence des créoles.

D. La moyenne do 10 années pour deux plantations et pour un certain nombre de nègres ne pourrait-elle pas donner un ré-

D. En comparant la force el l'utilité des ateliers dans les colonies étrangères et dans les colonies anglaises, ne portez-vous

sultat sur lequel 011 pût se baser avec certitude pour déterminer la production relative de ces deux plantations ?

pas en compte les différences que doivent produire 1 âge et le sexe ? /{. Sans doute.

R. Il est certain qu'une moyenne prise sur une période assez longue donnerait quelque certitude à ce résultai ; les renseignements que j'ai fournis pour la Jamaïque sont eux-mêmes basés


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832.

411

e

sur une série de plusieurs années; dans le dernier exemple j'en j ai embrassé une assez longue série.

Importations en Angleterre pendant 1805. ..... 2,583,072 quintaux.

D. Sur quelle série d'années était calculé ce que vous avez dit relativement à 1807 ? R. Le calcul pour les 8 plantations a été fait sur 4 années.

1800

3,206,977

1807

3,016,036

1810

2,904,809

1811...... 2,883,097 1812

2,654,741

D. Croyez-vous que ces plantations aient été choisies de ma-

D. Savez-vous à quelles colonies se rapportent ces résultats ?

nière à donner une moyenne entre le rapport des bonnes et des mauvaises terres ?

R. Non ; mais je crois qu'ils concernent les mêmes. D. Dans quels documents avez-vous puisé ces renseignements ?

il Je le crois. Je crois même que les 34 plantations qui ont servi de base pour la comparaison donnent une moyenne exacte pour toutes les colonies. D. Afin d'établir une comparaison exacte entre 1807 et 1830, ne pensez-vous pas qu'il aurait fallu établir le calcul d'après ces mêmes plantations; et n'en résulterait-il pas une différence notable ? R. Je ne le pense pas, parce que les 8 premières se trouvent comprises dans les 34 autres. D. Quel serait Je résultat de la comparaison, si vous preniez pour base les 8 plantations, seulement pour les deux époques ? H Je ne pourrais faire la distinction de ces 8 plantations. Je base mon opinion sur ce que j'ai entendu dire. D. Comment pouvez-vous établir la comparaison de la force productrice des cultivateurs anglais, à deux époques différentes, en prenant d'un côté 8 propriétés, et de l'autre 34 ? R. Je ferai remarquer que les 8 plantations de 1807 ont été choisies pour donner une moyenne exacte des frais de culture et de la quantité des produits récoltés, comparativement au nombre des nègres. C'est sur ce même principe que les plantations ont été choisies pour 1830. Dans les deux cas, le point important a été indiqué, c'est-à-dire la force productrice dans les colonies

R. Dans les documents parlementaires. 11 peut y avoir une différence en ce qu'une partie des relevés ne comprennent que les îles anglaises, tandis que les autres comprennent les îles conquises , dont les sucres ont été admis au droit de plantation. D. Pourriez-vous, pour la même période, donner le relevé de la population de la Jamaïque ? R. Je pourrais le faire d'après les étals concernant la taxe par tête d'esclave. D. Serait-il possible de se procurer, pour une période quelconque, une donnée plus certaine que les états de celle taxe ? il. Depuis que l'enregistrement existe, on pourrait compter sur une plus grande exactitude. D. Faites-nous connaître, d'après les renseignements que vous possédez, la population comparée de la Jamaïque, avant et depuis l'abolilion ? R. En 1804, l'état delà taxe indique le chiffre de 3o8,542 , et en 1807 celui de 319,351. Après cette période, le décaissement commence; mais je me rappelle que, d'après une note que j'ai vue dans les archives de l'amirauté de la Jamaïque, les états eu question n'étaient pas considérés comme ayant une très-grande exactitude. D. Jusqu'à quel point peut-on se fier aux états de capitation ?

D. Le résultat donné par Humboldt est-il fondé sur une ou sur plusieurs plantations ?

R. Je ne pense pas qu'ils donnent un moyen de comparaison exacte d'une année à l'autre ; mais, d'après la vérification que j'en ai faite autant que cela m'a été possible, ils établissent le résultat que j'ai déjà cité, de la diminution des noirs effectifs à

R. Je crois qu'il a dû prendre une moyenne, puisqu'il le donne pour prouver l'état de la culture de la colonie.

mesure que la société approche de l'état naturel, et, par suite, la diminution relative de la production.

D. Êtes-vous à même d'indiquer la force productrice du travail

D. Depuis 1805, y a-t-il eu à la Jamaïque une augmentation ou une réduction importante dans la culture du café ?

étrangères et dans les noires.

à Maurice d'après la quantité de sucre récoltée? R. Non. D. Dans une colonie des Indes occidentales, où l'usage des machines a été introduit pour remplacer en grande partie le travail manuel de fabrication, n'est-il pas possible, sur un nombre d'esclaves donné, d'en consacrer aux travaux des champs une plus grande partie que dans une colonie où les machines n'auraient pas été introduites, toutes choses d'ailleurs étant les mêmes ? il 11 est incontestable que les machines sont d'un grand avantage, en ce qu'elles facilitent la division du travail; mais elles ne font que réduire les frais de fabrication. Elles doivent diminuer le montant des dépenses accessoires, en augmentant, d'un autre côté, la somme du capital employé. D. Ne donnent-elles pas le moyen d'occuper dans les champs un plus grand nombre d'esclaves ? R. Oui, mais dans une petite proportion. D. Quel autre but a donc leur introduction , si ce n'est de réduire le travail manuel ? R. C'est de remplacer les travailleurs nécessaires, lorsqu'ils manquent. D. Pourriez-vous établir la production comparative en sucre, pour une plantation ou pour une colonie, pendant une période de plusieurs années avant l'abolition de la traite, en 1807, et pendant une autre période postérieure ? R. Dans deux relevés concernant les îles anglaises, cette distinction a été faite pour les années 1805 à 1807 et 1810 à 1812. En voici le résultat :

Il II me semble qu'il y a eu une diminution ; mais les relevés généraux donneraient un résultat beaucoup plus sûr. D. Pourriez-vous indiquer les exportations de café de la Jamaïque à différentes époques ? R. Je n'ai pas les renseignements sous la main. D. Quels sont les articles que l'on pourrait introduire à meilleur compte dans les colonies, s'il leur était permis de commercer librement dans toutes les parties du monde, et s'il n'existait pas de droits protecteurs ? Quels sont aussi ceux qui, probablement, continueraient à leur être fournis par la Grande-Bretagne ? R. Les provisions, le bœuf, le porc, le beurre, le fromage, les toiles, le cuir et les instruments d'agriculture seraient importés des pays étrangers. Le reste des articles serait probablement fourni par la Grande-Bretagne; mais, avec la liberté de commerce, ils deviendraient moins chers. D. De quels pays particulièrement pourrait-on tirer à meilleur prix les articles que vous venez d'énumérer? II. Les provisions seraient fournies par les Etats-Unis, et eu partie par l'Allemagne, qui enverrait aussi les toiles ; les instruments d'agriculture pourraient être tirés de Brème ; les autres articles seraient fournis, je crois, par la Grande-Bretagne, mais à des prix moins élevés. D. A quels prix comparativement les provisions pourraientelles être fournies par les États-Unis et par l'Allemagne ? R. Je ne puis le dire exactement; mais, à l'époque où les documents parlementaires furent préparés, il paraît qu'il y avait entre Hambourg et la Grande-Bretagne une différence de a5 fr.


412

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

par baril de bœuf, et une différence proportionnelle pour les autres articles. D. Quelle est la différence sur les toiles ? R. Je ne suis pas à même de l'indiquer exactement, mais j'ai toujours entendu dire que les droits protecteurs étaient à peine suffisants pour exclure les toiles d'Allemagne. D. D'après le bon marché du fer dans la Grande-Bretagne, qu'est-ce qui vous porte à croire que les instruments d'agriculture seraient importés à meilleur marché de Brème? R. C'est que Cuba lire de cette ville une grande partie des

année, qu'en consultant les relevés des entrées aux ports; les divers articles sont indiqués dans ces relevés. D. Possédez-vous ces relevés pour un certain espace de temps? R. Non. Je ne possède qu'un relevé très-complet des exportations de l'Angleterre pour toutes les parties du monde, en 1828. D. De quels documents pourrait-on s'aider pour connaître exactement les principaux articles d'importation à Cuba? R. De la statistique des exportations des Etats-Unis, par Pitkin. Il existe aussi un rapport officiel du secrétaire de la trésorerie en Amérique.

siens. D. Les articles qui s'exportent pour les colonies des Indes

D. De quelle manière les plantations des Indes occidentales

occidentales ne sont-ils pas expédiés en cargaisons assorties par

reçoivent-elles d'Angleterre les articles d'Europe qu'elles con-

les consignataires, sur 1 ordre des planteurs ? R. Oui, cela se fait ainsi.

somment annuellement? R. Cela dépend beaucoup de la volonté des planteurs eux-

D. Si la Grande-Bretagne pouvait exporter librement tous les articles étrangers pour Içs colonies anglaises, sans qu'ils fussent soumis au payement des droits protecteurs, ne pensez-vous pas que ces articles continueraient à y être expédiés par nos ports? R. Ce ne serait qu'avec une augmentation de frais. D. Comme ils feraient partie de cargaisons assorties, ne seraitce pas la voie la moins dispendieuse à employer pour leur expédition aux colonies. R. Je ne le crois pas, parce qu'il en coûterait au préalable des frais pour les apporter en Angleterre. Si un commerce libre était établi avec tous les pays en général, semblable en quelque sorte à celui qui se fait à Cuba, je ne doute nullement que non-seulement les articles qui peuvent être achetés à meilleur marché à l'étranger, mais les nôtres mêmes, ne revinssent moins cher à nos colonies. Lorsqu'on prétend que les droits protecteurs augmentent les prix pour les consommateurs, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'avec le commerce libre le bon marché serait produit parce que les étrangers supplanteraient nos propres manufactures. Les prix baissent parce que cette baisse peut se faire, et probablement nos manufactures ne verraient en rien diminuer leurs expéditions. Pour les soies, par exemple, j'ai entendu dire qu'avant leur admission, les articles fabriqués coûtaient Go p. 0/0

mêmes; ils les reçoivent très-souvent en envois assortis expédiés séparément pour chacun d'eux. D. Chaque planteur n'est-il pas dans l'habitude d'envoyer un ordre indicatif des objets d'Europe dont il a prévu le besoin pour l'année suivante? R. Oui. D. En parlant de cargaisons assorties expédiées d'ici pour les colonies anglaises, vous entendez les assortiments nécessaires à chaque plantation en particulier? R. Oui, c'est ce que l'on entend généralement par cargaisons assorties. D. Mais, en parlant de cargaisons assorties pour Cuba el le Brésil, vous voulez parler d'assortiments plus considérables consignés à des marchands de ces colonies, qui revendent aux planteurs ? R. C'est ce que j'entends pour ce qui concerne Cuba. D. Le système suivant lequel les colonies reçoivent leurs approvisionnements de la Grande-Bretagne n'est-il pas le résultat des relations établies en conséquence de notre politique coloniale? R. Oui.

de plus qu'en France, et que, depuis qu'on en a permis l'entrée à 3o p. 0/0 de droit, le prix en est tombé en Angleterre, sans

Cuba offre un avantage dans les prix, vous vous basez sur la con-

que les manufactures aient éprouvé de ralentissement. Les choses

currence que se font les commerçants qui expédient des mar-

se passeraient probablablement ainsi sous un système de com-

chandises pour leur propre compte, concurrence qui laisse aux

merce libre; la fabrication deviendrait moins coûteuse, et les colons en profiteraient.

planteurs la faculté d'acheter ce qui leur convient, et même de

D. Connaissez-vous la manière dont se fait le commerce d'exportation pour Cuba? les marchands y envoient-ils, comme les marchands anglais, des cargaisons assorties, ou bien les marchandises sont-elles expédiées en gros, et ensuite détaillées aux planteurs ? R. Le commerce s'y fait principalement par cargaisons assorties venant des Etats-Unis, et chaque année il s'accroît. Il ne faut que consulter les prix courants de la Havane, et relever l'entrée des navires et leurs cargaisons, pour acquérir la certitude que beaucoup d'articles, dans lesquels l'Angleterre est considérée comme ayant la prééminence, sont fournis à Cuba par les EtatsUnis, bien que cette île soit ouverte à toutes les nations. D. Les articles fournis par les Etats-Unis proviennent-ils de leurs propres manufactures, ou bien y ont-ils d'abord été importés ? R. D'après ce que je sais, ce sont, pour la plupart, des articles manufacturés aux États-Unis? D. Possédez-vous sur le commerce de la Havane des documents faisant connaître quels sont les articles d'importation, et d'où ils proviennent? R. Je ne connais aucun document de celle nature. On ne peut se faire une idée des importations de la Havane, pour chaque

]). Lorsque vous dites que le système d'approvisionnement de

donner leurs produits en échange ? R. Cela peut être pris en considération; toutefois, sous un régime de commerce libre, tout est meilleur marché que lorsque des restrictions sont établies. La concurrence combinée de certaines places pour approvisionner un même marché, produit une telle abondance de marchandises, qu'une baisse de prix en est la conséquence. Sans discuter le mérite politique du système restrictif, je me borne à dire qu'il tend à augmenter les frais de la production du sucre dans nos colonies. /). De quel pays Cuba tire-t-elle principalement ses bois débités? R. Des États-Unis. D. N'en emploie-t-elle pas aussi de sa propre production ? R. Je ne le crois pas, bien qu'elle ne manque pas de bois. D. N'emploie-t-elle pas une moindre quantité de cet article parce que, son sucre étant terré, il n'est pas nécessaire de le mettre en barils ? /{. Oui. 1). Les exportations de Cuba pour les États-Unis n'ont-elles pas beaucoup diminué, depuis qu'on y a établi des droits pour protéger le sucre de la Nouvelle-Orléans ? R. Il doit y avoir eu une diminution.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

D. Avez-vous quelques documents qui eu établissent l'importance ?

Une faible exportation a en lieu par divers autres points de l'île sans payer de droits. La récolle de 1832 est évaluée à 5oo,ooo caisses de sucre. D. Pourriez-vous produire un relevé semblable pour les exportations de la Havane pendant l'année qui a précédé l'établissement des droits protecteurs sur le sucre ? R. Je me le procurerai.

Il

413

R. Non. Voici seulement un relevé des exportations de 1830

I et 1831 comparées :

facilité d emballage des sucres de Cuba est une des raisons qui font qu'on les expédie de préférence aux Étals-Unis; cependant cette raison ne vient qu'en seconde ligne. Les règlements de la législation anglaise ont empêché le commerce de nos colonies de s établir aussi régulièrement avec les États-Unis que celui de Cuba; et, à moins qu'on ne modifie ces règlements, les Américains donneront toujours la préférence aux sucres de Cuba.

D. Si la diminution de l'exportation des sucres pour les Etats-

D. Si la Grande-Bretagne levait les droits imposés sur les im-

Unis est la conséquence de l'établissement de ce droit, qui affecte aussi bien Cuba que les Indes occidentales anglaises, comment

portations des Etats-Unis dans nos colonies, croyez-vous qu'alors nos sucres seraient envoyés chez les Américains en quantités

se fait-il donc que les exportations de Cuba n'aient pas diminué

considérables ?

dans la môme proportion que les nôtres?

R. Je crois que la somme des exportations serait en raison des importations. Si nos colonies avaient le désir d'écouler leur rhum et leurs mélasses, elles les échangeraient contre des approvision-

R. Il ne faut pas perdre de vue que c'est pour ce qui concerne les mélasses elle rhum que nos planteurs se plaignent du tarif américain. Ils n'ont jamais considéré les Etats-Unis comme un marché bien important pour le sucre; ils ne tenaient à ce marché que pour se débarrasser de leurs mélasses et de leur rhum, qui a toujours été soumis à des droits en Angleterre. Les colonies

nements. Ce qui fait que nos colons sont soumis aujourd'hui à des dépenses aussi énormes pour la récolte de leurs produits, c est que l'Amérique leur a, pour ainsi dire, interdit l'introduction chez elle des articles dont il leur importe surtout d'avoir le dé-

étrangères ne produisent pas ces articles, c'est pourquoi les restrictions du commerce américain les affectent moins que nous.

bouché , savoir : le rhum et la mélasse. Je suis convaincu, par ce que j'ai appris de gens bien instruits, que l'état de gêne des

D. Puisque c'est la coutume à Cuba de terrer le sucre, on doit y recueillir, par quintal, plus de mélasse que dans les colo-

colons est plus grave qu'il n'a été représenté.

nies anglaises. Comment en dispose-t-on ?

ment aux Indes occidentales anglaises, si , par un acte législatif, on étendait leurs relations avec les États-Unis, en supprimant

R. Une partie se consomme dans l'île en sirop; le reste, converti en une espèce d'eau-de-vie, ou se consomme également sur les lieux, ou s'expédie au dehors; mais on ne recueille pas

D. Vous ne supposez pas qu'on procurerait un grand soulage-

les droits imposés sur les importations des Américains?

de mélasses de la nature des nôtres qui sont très-recherchées en

R. Non, à moins que l'on ne conclût un traité réciproque. Selon moi, les relations internationales devraient être réglées de

Amérique, ni de rhum de la qualité du rhum anglais, qui était aussi fort recherché en Amérique, et qui le serait encore s'il ne

celle manière, et non par des actes séparés. Si, par exemple, l'Amérique, modifiant son système, admettait librement les pro-

se trouvait exclus par les droits.

duits de nos colonies, et que nous en fissions de même à son égard, il n'y aurait pas à douter qu alors les Indes occidentales anglaises, n'éprouvassent un grand allégement dans leurs frais

D. Le relevé que vous venez de communiquer n'indique-t-il pas une forte exportation de sucre de Cuba pour les États-Unis ? R. Oui.

de culture.

D. Si les colonies anglaises n'en envoient pas, cela ne provient-il pas plutôt des engagements particuliers entre les plan-

/). Ainsi vous ne croyez pas qu une loi rendue par l'Angleterre, sans une loi réciproque des États-Unis pour admettre librement

teurs elles marchands, que d'un acte delà législature anglaise?

chez eux noire rhum el nos mêlasses, puisse être avantageuse aux intérêts des Indes occidentales? R. Non. Je crois que 1 acte 6 do Georges IV, qui, pour la pre-

R. Je ne le crois pas. J'attribue celle différence presque entièrement à la législation fiscale. D. Est-ce à un de ses actes en vigueur ?

mière fois, a changé le système colonial, n'avait pas été conçu de manière à se prêter à un traité de réciprocité ; c'est pourquoi il n'a été d'aucun secours aux colonies anglaises.

R. Oui. D abord on ne doit pas croire qu'à la manière dont esl gouverné le commerce des Indes occidentales, les Américains voulussent établir avec ces colonies des relations aussi régulières

D. Si 011 établissait un régime de commerce libre entre le continent d Europe et les colonies des Indes occidentales, el qu'on

que celles qu ils entretiennent avec Cuba. Je pense aussi que la

permît l'introduction sans droit protecteur des marchandises des 27


414

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

diverses nations, nos colonies ne devraient-elles pas alors modifier leur genre de fabrication, afin de pouvoir faire un commerce étendu avec 1 Europe, c'est-à-dire terrer leurs sucres et les expédier dans 1 état ou ils sont ordinairement exportés?

II. Je pense que le libre commerce avec le continent procurerait 1 écoulement d'une grande quantité de moscouade, sans qu'il fût besoin de la terrer. D. Trouve-t-on à présent, sur le continent, un débit considérable des sucres inférieurs de Demerara ? R. Non, mais on trouverait un écoulement facile pour les beaux sucres de la Jamaïque et de Saint-Christophe. D. Une grande partie des sucres de nos colonies des Indes occidentales n'est-elle pas de qualité inférieure? R. La proportion des sucres de celte qualité a été plus grande dans ces derniers temps qu'auparavant. D. Ne pensez-vous pas, en tenant compte des règlements établis chez les nations continentales, que, pour rendre avantageuse à nos colonies la suppression des droits protecteurs qui pèsent sur les importations d'Europe, il faudrait que celle mesure fût accompagnée d'un changement considérable dans le mode de fabrication du sucre ? R. Il se ferait probablement un léger changement, mais je ne puis dire ce qu'il serait. Ce qui nuit surtout à la fabrication des sucres dans les colonies, c'est le droit qui frappe, en Angleterre, le sucre raffiné. 11 est impossible, avec celle prohibition, d'élever des raffineries dans les colonies. Cependant, si on levait aujourd'hui ce droit,je ne saurais trop dire ce qui en résulterait. Durant leur prospérité passée, les colonies des Indes occidentales auraient pu se livrer a cette industrie; mais à présent les bras leur manquent pour raffiner le sucre. D. Vous avez dit dans une de vos réponses précédentes que, malgré le droit qui pèse sur les sucres raffinés importés en Angleterre, l'opération préliminaire qui consiste aies terrer, en les dégageant d'une grande partie de la mélasse, pourrait être pratiquée dans toutes les Indes occidentales, sans les mettre dans le cas de payer un droit additionnel? R. Oui; mais celte opération seule ne vaudrait pas qu'on établît des usines dans les colonies; il faudrait une liberté entière d'introduire le sucre en pains.

re

tion, ne réside-t-elle pas moins dans le nombre limité des esclaves et le manque d'hommes pour conduire les opérations, que dans l'impossibilité de se procurer les fonds nécessaires? R. Ces deux circonstances peuvent y avoir une égale influence. Ce qui est certain, c'est que la détresse générale et les craintes pour la propriété ne laissent au planteur aucun moyen d'essayer des perfectionnements. Beaucoup de plantations n'auraient pas d'ailleurs assez de monde pour en consacrer une partie à ces opérations. 7). Si l'amélioration pouvait avoir lieu sans augmentation de travail, et seulement au moyen de certaines avances et de machines convenables, il n'y aurait plus alors d'autre difficulté que celle de se procurer des fonds ? R. Cela serait vrai s'il ne s'agissait que de la cuisson des sucres; mais, pour les terrer, il faudrait une augmentation de bras. D. Ne connaissez-vous pas quelque procédé, autre que la manière ordinaire de terrer les sucres, qui puisse, sans une augmentation considérable de travail, donner une qualité aussi bonne que celle des meilleurs sucres de la Jamaïque ? R. Je crois la fabrication du sucre susceptible de grands perfectionnements, et je ne doute pas qu'il s'en réaliserait bientôt s'il y avait sécurité pour la propriété. D. Quelles sont les mesures qui, selon vous, devraient être

adoptées pour assurer aux colonies anglaises le bénéfice du commerce libre ? R. Je pense qu'il serait dérisoire de parler d'établir un commerce libre et de laisser subsister de forts droits. Pour que des relations puissent être profitables, il faut qu'elles soient parfaitement libres, et, comme je 1 ai déjà dit, qu'elles forment l'objet de traites réciproques et non de règlements particuliers. Il faut enfin que les étrangers reçoivent nos produits chez eux, aux termes auxquels nous admettons les leurs. D. Existe-t-il, en ce qui concerne les navires, quelques restrictions qu il faudrait lever pour donner à nos colonies l'avantage du commerce libre ? R. Oui, sans doute. Avec le commerce libre, les navires américains devraient pouvoir transporter leurs provisions aux colonies anglaises comme ils le font à Cuba, et ensuite charger des sucres

D. Pourquoi?

pour l'Angleterre.

R. Parce que la principale consommation de l'Angleterre con-

I). N est-il pas actuellement interdit aux navires étrangers de transporter les sucres de nos colonies dans les pays qui n'ont pas l'ait avec nous des traités de réciprocité?

siste en sucres de cette nature. D. Si une liberté entière de commerce était établie entre les colonies des Indes occidentales et les ports d'Europe, ne croyezvous pas que la préférence ne serait pas donnée aux meilleurs sucres de la Jamaïque, qui n'ont que la qualité des sucres terrés de la Havane?

R. Oui, mais par traité réciproque on comprend toute autre chose que ce que doit être, suivant moi, un traité de celle nature. J'ai déjà expliqué, au sujet du commerce des États-Unis, que, pour qu'il y eût réellement réciprocité entre eux et nous, il faudrait

R. Ce point est douteux, et je ne puis prononcer là-dessus. On m'a dit qu'à Hambourg on recherchait les moscouades de bonne

que, si nous recevons leurs marchandises en franchise, ils reçussent aussi notre rhum cl nos mélasses également francs de

qualité.

droits.

D. Ne savez-vous pas que, par une certaine opération, on peut convertir les plus basses qualités de sucre en sucre de qualité

D. Le commerce libre impliquerait la faculté de pouvoir expédier des sucres de nos colonies en Angleterre, par tout navire

supérieure ?

quelconque ayant cette destination ? R. Cela est hors de doute, autrement les colonies des Indes

R- Je le sais; mais il faut faire quelques frais. Il me semblerait bon qu'on essayât si ces frais n'excéderaient pas le bé-

occidentales seraient encore obligées, comme elles le sont au-

néfice.

jourd'hui, de faire un sacrifice pour soutenir la navigation na-

D. N est-ce pas surtout dans les opérations pour l'amélioration du sucre que l'on peut substituer le plus avantageusement les

tionale.

machines au travail manuel ? R. Je suis bien convaincu que l'on peut introduire des machines, et perfectionner la fabrication du sucre dans les colonies;

admette les produits de cette île sans droits protecteurs ? R. Il n'y pas de convention spéciale, mais je crois qu'il a élé fait un traité de réciprocité générale entre les deux pays.

mais la défiance générale qui règne, relativement aux propriétés de toute nature, arrête, pour le moment, toute envie de tenter une expérience de cette nature. D. La difficulté qui, selon vous, s'oppose à cette améliora-

I). Existe-t-il entre les Etals-Unis cl Cuba une convention qui

D. Quelle serait la nature de ce traité ? R. Je ne le connais pas; cependant, lorsqu'il fui discuté au congrès, on fil valoir qu'en imposant un droit élevé sur notre rhum el nos mélasses ce serait nuire à nos intérêts, sans blesser ceux des


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

antres colonies avec lesquelles, à celte époque, l'Amérique avait un commerce étendu. 0. Vous ne savez donc pas si, en vertu de quelque convention, les produits de Cuba ne doivent pas être admis aux États-Unis à un droit moins élevé que. les produits des Indes occidentales anglaises P R. Non. D. Si donc on rendait une loi qui admît les produits américains dans nos colonies des Indes occidentales, soit en franchise, soit moyennant un droit léger, le commerce des Etats-Unis avec Cuba et avec nous se trouverait sur un pied d'égalité ? R. Oui; mais en supposant que nous lissions, avec les Américains, un traité pour recevoir tous leurs produits dans nos colonies, francs de droits, en stipulant que notre rhum et nos mélasses seraient admis librement chez eux, je rie crois pas qu'il pût y avoir en cela rien de commun avec ce qui concerne les

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époques différentes; si, à la première époque, un article s'y est vendu cher, et qu'à la seconde il se vende à bas prix, la consommation ne doit-elle pas augmenter dans une proportion plus forte que la réduction du prix ? R. Lorsque la consommation est occasionnée par de nouvelles habitudes ou par le goût plus répandu d'une chose, je crois qu'en effet elle doit prendre un accroissement hors de proportion avec la réduction du prix; mais cela dépend, en grande partie, de la nature de la chose recherchée. D. N'en a-t-il pas été ainsi autrefois pour le thé ? R. Oui. D. Le sucre n'est-il pas un article très-recherché en Angleterre, et tellement du goût des consommateurs, qu'une réduction de droit puisse en augmenter la vente, dans une proportion plus grande que celle de la baisse de prix produite par celte réduction ?

pays étrangers, parce que les îles anglaises sont les seules qui fournissent ces articles aux Etats-Unis.

R. Je suis bien convaincu qu'une baisse de prix qui ferait naître une nouvelle classe d'acheteurs et répandrait le goût d'un article

D. Vous en concluez que. ce serait un avantage d'autant plus

en augmenterait beaucoup la consommation. Il serait possible aussi que, si le sucre éprouvait une baisse de prix considérable, il fût

grand pour les colonies des Indes occidentales ? R. Oui, et c'est la raison pour laquelle je voudrais qu'il y eût un traité réciproque. II faut qu'une convention soit faite de part et d'autre. D. Comment supposez-vous que les producteurs d'orge des

alors employé à des usages auxquels il ne sert pa3 aujourd'hui. D. En supposant que la somme de la production dépasse d'un cinquième les besoins actuels du pays, croyez-vous que la réduction du droit puisse augmenter la consommation de manière à

Etats-Unis voudraient accepter, pour leurs distilleries, la concur-

absorber cet excédant ?

rence de notre rhum, lorsqu'en Angleterre même cette concurrence n'est pas permise ?

R. Je ne crois pas que cela puisse avoir lieu dans les circonstances où se trouve le pays.

R. C'est que je pense que les intérêts particuliers doivent disparaître en présence des intérêts généraux; et comme les

D. Ne savez-vous pas que, malgré la détresse actuelle, la consommation du sucre a considérablement augmenté par suite de

négociants en bois ouvré et en articles de fournitures pour les

son bon marché ?

plantations seraient en beaucoup plus grande majorité, dans les

R. Oui, mais je crois que cette consommation n'a pas atteint, pendant l'année dernière, la proportion qui vient d'être posée. Les relevés de cette même année ne sont pas encore faits, et l'on

conseils américains, que les planteurs des Indes occidentales ne le sont dans les conseils de la métropole, ils auraient la prépondérance. Quant à ce qui concerne la prohibition en Angleterre, je dirai que ce serait, en effet, un grand soulagement pour les colonies que d'égaliser les droits entre le rhum de nos plantations et les esprits fabriqués dans la métropole, et d'admettre nos mélasses dans les brasseries; mais c'est un objet qui ne m'inspire pas une grande inquiétude, parce que tôt ou lard il en sera ainsi. La population de l'Angleterre s'accroît tous les jours; et, dans le cours d'un an ou deux, les propriétaires de terres verront l'orge des étrangers arriver dans la métropole en telle proportion, que leur hostilité à l'égard des colons cessera, et que l'on trouvera une ressource dans l'admission du rhum et des mélasses. Je suis même persuadé qu'à présent leur introduction pourrait être permise sans causer aucun préjudice au cours de l'orge. D. Ne vous êtes-vous pas aperçu qu'une baisse de prix sur un article de consommation, en augmente le débit dans une proportion hors de tout rapport avec l'importance de cette baisse? Le

ne peut guère s'en rapporter à ce qui est relaté dans les divers prix courants. Je suis bien persuadé, du reste, que si le droit subissait une réduction considérable, l'abaissement du prix produirait un effet sensible sur la consommation. D. Quelle devrait être, selon vous, la réduction du droit, pour que la consommation puisse s'élever de manière à absorber le cinquième des sucres, qui forme aujourd'hui l'excédant? R. Il faudrait; qu'elle fût considérable. D. A combien devrait-elle s'élever? R. Je suppose que , si on la portait à 12 fr. 5o cent., on rapprocherait la consommation de la production. D. Quel est le prix brut actuel du sucre? R. Environ 60 francs.

café, par exemple, qui a subi une légère diminution de prix par suite de la réduction du droit, ne se consomme-t-il pas dix fois

D. 12 fr. 5o cent sur Go francs seraient donc, a peu près, le cinquième du prix ; mais la commission et l'intérêt sont prélevés sur le droit, cette réduction de 12 fr. 5o cent, portant sur

plus qu'auparavant?

le droit, produirait plus que si elle était faite sur le prix net?

R. Le bon marché est sans doute une des causes qui déterminent la consommation ; la prospérité du pays en est une autre plus puissante. Aux États-Unis, la consommation augmente dans une proportion beaucoup plus grande qu'ici. D. La question ne tend pas à établir si la réduction du prix a de l'influence sur la prospérité générale ; mais ne savez-vous pas que la réduction d'un quart, sur le droit imposé au café, on

R. Ce ne serait qu'une légère différence. /). Puisqu'une réduction de 12 fr. 5o cent, diminuerait le prix brut d'un cinquième , *te peut-on pas supposer, suivant les règles ordinaires de la consommation, qu'elle s'étendrait bien au-delà de ce cinquième, le prix net restant le même?

a augmenté la consommation dans le rapport de 1 à 20. R. Cela a eu lieu, en effet, mais a pu être produit par diverses circonstances indépendantes du bon marché. Je crois, qu'en thèse

R. Il est très-difficile de répondre exactement à cela. Je ne puis juger que d'après les probabilités; mais je suis certain qu'une telle réduction ajouterait beaucoup à la consommation, sans pouvoir dire si l'excédant serait tout à fait absorbé ; le sucre n'est pas un objet de consommation directe, il s'unit à d'autres

générale, la consommation est influencée par la prospérité du

aliments qui eu multiplient l'usage.

pays.

/). Si 1 effet de la réduction d'un cinquième de droit se rapprochait de celui qui a été produit par la réduction du droit sur

I). Prenez un pays dans un état égal de prospérité, à deux

27.


416

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE. re

Je thé et le café, l'accroissement de la consommation n'irait-il pas au-delà du cinquième qui forme l'excédant?

qu'il coûte à l'agriculteur. Le sucre devrait se payer en Angleterre 3o francs, plus ce qu'il serait raisonnable d'accorder aux

R. Il en serait ainsi, en effet, si l'augmentation de consommation se produisait dans la même proportion ; mais on peut

planteurs pour les indemniser des charges qu'ils ont à supporter

douter que cela arrive, carie thé et le café ont. remplacé d'autres breuvages , et je ne vois pas ce que le sucre pourrait remplacer. C'est pourquoi l'effet général, quant à cet article, serait différent de celui qui s'est produit sur les autres. Je crois, néanmoins, qu'il résulterait un très-grand bénéfice d'une réduction de droit sur le sucre. D. Le goût pour le sucre n'est-il pas l'un des plus naturels et des plus universels qui existent? Il n'est pas artificiel comme

dans l'intérêt de la mère,patrie. Si, par quelque arrangement financier, on se trouvait devoir élever le prix pour l'Angleterre, la nation n'aurait à en accuser que l'élévation des taxes, et non les planteurs eux-mêmes, qui recevraient seulement ce à quoi ils ont légitimement droit. D. Ne peut-on objecter contre le système de prime qu'il serait, de toute nécessité , précaire, attendu que son efficacité pourrait être annulée, si les puissances étrangères imposaient sur le sucre un droit équivalent?

tant d'autres, puisque presque toute l'espèce humaine le partage. R. Cela est vrai, et, si la détresse du pays n'empêchait pas une grande portion des classes laborieuses de faire du sucre au-

R. Je ne pense pas que l'établissement d'un droit semblable puisse contre balancer l'effet d'une prime.

tant d'usage qu'elle serait disposée à le faire, on en consommerait

R. Supposons que la production du sucre reste la même, et supposons le marché de Trieste absorbant une quantité égale (le

une quantité beaucoup plus grande qu'aujourd'hui. D. La consommation de cet article n'a-t-elle pas augmenté l'année dernière? R. Oui. D. N'est-ce pas à la baisse du prix que l'on peut attribuer cette augmentation ? 7Î. Oui, à la baisse produite par la détresse des planteurs '. D. Le pays n'a-t-il pas beaucoup souffert dans son industrie pendant l'année dernière? Il Oui. /). D'après ce qui a été dit, les planteurs ne peuvent continuer à fournir le sucre aux prix actuels avec le droit qui existe ? R. Non certainement. D. Si 1 'on réduisait le droit de 12 fr. 5o cent., et si, à 5 francs au-dessous du prix actuel, les planteurs pouvaient expédier leurs sucres, n'est-il pas probable que, dans le cas où l'industrie reprendrait ici de l'activité, la consommation augmenterait beaucoup ? R. Je n'en fais aucun doute; mais le degré d'extension qu'elle prendrait dépendrait beaucoup de la prospérité générale ? D. Mais si l'on supposait une prospérité égale dans les deux cas ? H. 11 est certain alors qu'une baisse dans le prix produirait une augmentation dans la consommation. 1). La tendance de celte augmentation ne serait-elle pas de donner de l'accroissement au commerce ainsi qu'à l'industrie de la métropole? R. Je le crois; les rapports des Indes occidentales avec plusieurs parties du royaume, avec Glasgow, Liverpool et Bristol, intéressent tant de branches de l'industrie manufacturière, que, si leur prospérité renaissait , le pays s'en ressentirait et la consommation augmenterait. Mais le bénéfice qu'on doit espérer d'une réduction du droit sur les sucres ne serait pas d'un effet aussi prompt que tout autre moyen do soulagement, qu'on pourrait adopter. En 11e s'occupant que de la question de procurer aux Indes occidentales un secours immédiat, on peut la résoudre de deux manières différentes : par une réduction de droit, ou par une prime. La réduction de droit, au premier aspect, semble le moyen le plus naturel, parce qu'il intéresse la nation en général; mais, à moins qu'une préférence en faveur de ce moyen ne soit commandée par des considérations financières, je ne croîs pas qu il soit ni juste à l'égard des planteurs, ni politique en ce qui regarde le pays, de refuser d'établir une prime. Ce ne serait pas juste, parce que le prix du sucre n'est aujourd'hui que de 3o fr. par quintal, c'est-à-dire égal au prix de la production à l'étranger,

D. Comment expliquez-vous cela ?

10,000 boucauls de sucre des colonies anglaises, des colonies françaises, de l'Amérique, de Cuba et du Brésil; si un droit exclusif était imposé sur le sucre anglais, et que les Français elles Américains eussent à suppléer aux approvisionnements venant (le nos plantations, il en résulterait, dans le sein même de ces Etats, un vide qui devrait être comblé. Il est probable alors qu'on s'adresserait à nous pour le remplir, et que nos colonies n'en profiteraient pas moins de la prime. I). Toutes choses restant d'ailleurs dans le même état, supposons que le prix, au moyen d'un droit de balance établi dans les pays où nous exportons nos sucres, se maintînt au taux actuel, n'est-il pas probable que le chiffre de nos exportations resterait aussi le même? R. Nos exportations prendraient une direction différente. La question , si je la comprends bien , me semble hypothétique. En admettant que nous établissions une prime à l'exportation, et que, par contre, les pays étrangers imposassent un droit équivalent, ce droit ne porterait, probablement, que sur les sucres anglais, qui seraient supplantés sur le marché par ceux de France ou d'Amérique. Nécessairement alors les ressources intérieures de ces contrées en seraient diminuées. La production n'ayantpas varié, il y aurait un vide que nos sucres seraient appelés à remplir. Notre exportation ne serait donc pas diminuée, seulement je crois qu'elle entraînerait de plus grands frais. I). Supposons que la Prusse reçoive de nous 100,000 quintaux de sucre sans prime ni droits; si nous accordions à l'exportation 1 fr. 5o cent, de prime, et si, par contre, la Prusse imposait un droit égal à l'entrée., pensez-vous que la quantité exportée pour ce pays dût en diminuer, sans que d'ailleurs il y eût rien de changé dans l'état des choses ? II. 11 y aurait certainement une réduction. I). L'Angleterre exportant 100,000 quintaux de sucre pour la Prusse, si, pour cette exportation seulement, nous accordions une prime de 1 "êfr. 5o cent., et que la Prusse établît un droit équivalent, pensez-vous que le prix varierait sur le marché de ce pays et subirait une augmentation ? R. Si le Gouvernement prussien établissait un droit sur les sucres anglais en particulier, il s'ensuivrait une réduction dans nos envois, qui seraient suppléés par les sucres étrangers, et nous devrions chercher un débouché ailleurs. Mais, comme il faudrait que nous fussions remplacés dans nos expéditions par quelque autre Etat, qui, à son tour, éprouverait le besoin de computer son approvisionnement, nous le lui porterions avec le bénéfice de la prime; de sorte que l'avantage nous resterait.

et qu il ny a pas plus de raison pour que le peuple doive obtenir le sucre a ce taux, qu'il n'y en aurait pour qu'il achetât

I). La question ferait présumer que la Prusse étant notre seul débouché d'exportation, nous imposerions à nos sucres un droit

les soies de France au prix de fabrique, les toiles d'Allemagne au prix auquel elles reviennent au blanchisseur, ou le blé au prix

qu'elle contre-balancerait par un autre droit applicable à nous seuls; alors, le planteur anglais recevant d'une main cc qu'il

1

Sans doute parce que les planteurs n'ont pas les moyens de soutenir les prix sur le. marché. *


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES, — 2 ENQUÊTE. — 1832, e

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aurait à payer de l'autre, pensez-vous qu'il y aurait variation dans les quantités exportées ainsi que dans les prix ? R. Il en serait ainsi s'il y avait obligation pour nous de ne

Quant à ce qui est de la prime en général, il me semble trèsfâcheux que souvent l'on attache plus d'importance au nom d'une chose qu'à la chose elle-même. 11 se présente cinq considérations

vendre qu'en Prusse; mais le cas est différent; la Prusse est aussi

qui, à mon avis, si on les pesait mûrement, diminueraient de beaucoup les objections que l'on élève contre une prime en fa-

bien dans l'obligation d'acheter que nous dans celle de vendre. En n'admettant pas d'augmentation dans la production générale

veur du sucre des Indes occidentales.

du sucre, on peut supposer qu'il doit nécessairement se produire un vide quelque part, et que ce vide doit être rempli ; de sorte

En premier lieu, il faut envisager que la culture du sucre est limitée, que l'on ne peut augmenter le nombre des nègres, et

qu'en définitive nous devons profiter de la prime établie.

qu'on a été aussi loin qu'il était possible pour la conversion des plantations à colon et à café en plantations à sucre. Ainsi l'effet

D. La situation des marchands anglais n'éprouvant pas de changement, puisqu'ils auraient à recevoir en prime ce qu'ils débourseraient en droits, pourquoi les quantités exportées et les prix varieraient-ils ? R. La question suppose un droit qui serait imposé particulièrement sur les sucres anglais. D. Elle suppose aussi que les sucres bénéficieraient d'une prime qui n'existe pas aujourd'hui ? R. Oui, mais sur les marchés autres que ceux de Prusse: c'est

d'une prime ne serait pas de détourner des fonds de tout autre emploi pour les consacrer à augmenter la culture de la canne; elle tendrait seulement à sauver des capitaux aujourd'hui trèscompromis. Une prime ayant ce caractère diffère essentiellement de celle que repoussent les écrivains superficiels, ce dont pourtant beaucoup de personnes ne font pas la distinction. La seconde considération se rapporte à la quantité de l'excédant, au peu d'importance de la somme à prélever sur les revenus , et aux résultats que l'on obtiendrait. En 1830, l'ex1

pourquoi nos expéditions pour ce pays cesseraient. D. La question a été posée ainsi : une certaine contrée reçoit nos sucres sans prime ni droit; plus tard, nous établissons une prime à l'exportation, et, par contre, le pays qui les admet les frappe d'un droit équivalent; pourquoi donc le prix changerai t-il ? R. La question étant ainsi posée, il n'y aurait aucune différence; mais les Indes occidentales auraient à souffrir si un autre pays producteur établissait une prime ; ce pays jouirait d'un avantage particulier, à moins que les autres contrées productrices n'en établissent une semblable. D. Admettons qu'il n'y ail: au monde qu'un seul pays où le sucre soit reçu, et deux qui le produisent : l'un de ceux-ci établit une prime qui est contre-balancée par un droit à l'entrée, et l'autre continue son commerce comme auparavant; pourquoi la proportion de sucre reçue de chaque pays varierait-elle ainsi que le prix ? R. Il semble, dans ce cas, que les producteurs du pays où la prime serait établie auraient l'avantage sur leurs concurrents de l'autre pays; car il faut remarquer que l'obligation d'acheter est aussi grande que celle de vendre. Le pays qui produit peut dire il faut que vous consommiez une portion de mes sucres; mais vous ne les aurez qu'à la condition que vous payerez mon prix? D. Si nous établissions une prime sur tous les sucres, sans distinction des pays où ils doivent être exportés, la seule mesure qui pourrait contrarier son effet ne serait-elle pas la convention unanime de tous ces pays d'établir, à leur tour, un droit particulier sur les sucres anglais ?

portation des sucres raffinés ne fut que de 600,000 quintaux; et cette année elle ne s'élèvera sans doute pas à ce chiffre. 11 ne faudrait qu'une faible somme prélevée sur la totalité du droit perçu, c'est-à-dire au plus la vingtième ou la trentième partie, pour couvrir une prime à l'exportation de 12 fr. 5o cent, par quintal. Je crois donc que, sous ce rapport, la prime ne justifie pas les objections qu'elle a autrefois suscitées. Troisièmement, il faut que la prime soit en raison de fa qualité du sucre raffiné. Il est probable qu'aujourd'hui on ne raffine plus guère les sucres de Demerara, de Sainte-Lucie et de Tabago, parce qu'ils ne rendraient pas la quantité voulue. Si donc une remise était accordée , tous les sucres seraient portés aux raffineries, et l'on tirerait parti de plusieurs qualités que l'on ne peut maintenant employer. C est un objet à ne pas perdre de vue quand 011 s'occupera des remises de droits. Une quatrième considération , c'est que , tout désirable qu'il puisse être pour un pays d'établir une règle générale de commerce, il n'en est aucun qui ne ressente l'influence du voisinage. La France, au moment où nous cessâmes d'accorder une prime, adopta ce système, et en établît une à l'exportation île ses sucres; les Etats-Unis suivirent son exemple. Je ne pense pas qu'il soit d'une bonne politique, ou du moins il est tout à fait contraire aux intérêts des Indes occidentales que nous laissions la France nous supplanter sur plusieurs marchés de l'Europe. Les Américains aussi commencent à faire un commerce que l'on a toujours considéré comme avantageux et comme faisant légitimement partie de celui de la Grande-Bretagne.

R. Sans doute. D. Plusieurs des contrées où nous exportons des sucres ne sont-elles pas dans l'obligation de recevoir les marchandises anglaises avec toute la faveur qu'elles peuvent accorder aux autres nations ? R. Oui, cela est vrai. D. Pourraient-elles, sans contrevenir aux traités,imposer certains droits destinés à atteindre spécialement les articles de provenance anglaise ? R. Non. D. Cela étant ainsi, un droit ne pourrait donc être imposé pour contre-balancer la prime ? R. On ne pourrait l'imposer sans violer les traités. A l'époque où la France et les Etats-Unis établirent des primes à l'exportation du sucre, les autres pays ne créèrent point de restrictions pour répondre à cette mesure. A en juger par les discussions qui ont eu lieu dans tous les pays étrangers, les règlements relatifs aux colonies anglaises n'influenceraient en rien la conduite de leurs législatures. Ce qui les détermine à agir hostilement contre nous, c'est que nous faisons de noire pays un dépôt, et que nous nous occupons d'approvisionner l'univers.

La dernière raison, c'est qu'une prime est, de toute nécessité, temporaire, et ne peut durer qu'un temps limité. D'une part l'accroissement de la population, de l'autre les affranchissements d'esclaves que se font chaque année et diminuent la production , tout cela fait, présager qu'une prime n aurait qu une durée de peu d'années. Outre les raisons que je viens de donner, il en est une autre d'une portée générale qui me paraît mériter une attention particulière. Les colonies des Indes occidentales sont bien réellement dans l'étal le plus critique; selon toute probabilité, si l'on tarde un peu à les secourir, elles ne pourront échapper à une catastrophe. Les colonies étant détruites, le prix du sucre subira une forte hausse, et le peuple anglais verra que, pour avoir voulu économiser quelques centaines de mille francs qui auraient été d'un secours immédiat et efficace aux colons, il s'est mis dans le cas de payer plus tard plusieurs millions, pour se procurer du sucre à l'étranger, sans parler de l'affreuse misère qui sera la suite de la ruine de notre navigation et de celle de plusieurs autres branches de commerce. \ D. Qu entendez-vous par un vingtième ou un trentième ? 27..


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

R. J'entends la proporiion de la prime relativement à la totalité des droits.

éléments de la production fussent les mêmes. Je dois ajouter qu'en traitant de la question de la prime, 011 ne peut guère perdre

D. A combien portez-vous la prime ? R. Les droits étant de 167,500,000 francs, une prime du vingtième s'élèverait à 8,375,000 francs, et suffirait pour faire monter le prix au point où on le désire.

de vue l'introduction des sucres étrangers en Angleterre pour y être raffinés et réexportés. Si cette introduction devait être

1). N'avez-vous pas envisagé qu'une augmentation de prix occasionnerait une diminution dans la consommation, et consé-

(Ici le témoin remet au président les tableaux sur la production et la consommation du sucre qui sont reproduits à la fin de son interrogatoire.)

quemment laisserait une plus grande quantité pour l'exportation ? R. L'état du pays demeurant le même, l'élévation du prix réduirait sans doute la consommation; mais, à mon avis, la prospérité qui se répandrait dans toutes les branches de commerce qui ont des rapports avec les Indes occidentales, compenserait l'inconvénient du prix élevé. D. N'avez-vous pas considéré aussi que l'établissement d'une prime tendrait à augmenter la production, et, en conséquence, l'excédant à exporter ? R. Je ne crois pas qu'il s'ensuivrait une augmentation de produits; dans tous les cas, elle serait très-faible : j'en juge d'après ce que je sais des Indes occidentales et du nombre des plantations qui cultivent la canne. D. Ne prévoyez-vous pas qu'il y aura une réduction dans l'approvisionnement général eu sucre, de l'univers enlier, lorsque le commerce des esclaves aura réellement cessé ? R. Oui. D. Alors les colonies étrangères se trouveront dans le même état de gêne où les nôtres sont aujourd'hui ? R. Oui ; et c'est pourquoi je crois urgent d'arrêter les mesures à prendre en faveur des Indes occidentales. Si on leur prête appui pendant deux ou trois ans, il est à présumer, d'après la condition générale des colonies étrangères, que leur prospérité renaîtra. J'ai déjà dit qu'une des raisons qui me donnent cette conviction, c'est la grande mortalité qui existe dans les colonies à esclaves; je crois donc que, ce temps écoulé, les colonies an-

autorisée comme précédemment, ce serait un grand préjudice causé aux Indes occidentales ainsi qu'à la métropole elle-même.

D. Ce que vous dites du tort que l'introduction du sucre étranger pour le raffinage causerait aux colonies des Indes occidentales paraît supposer que si l'autorisation était accordée, les quantités introduites seraient égales à celles qui avaient été fixées par l'ancien bill ? R. Je considère cet objet sous un point de vue beaucoup plus général, bien qu'il intéresse particulièrement la condition des Indes occidentales. A l'époque où nous sommes, la consommation du monde enlier se rapproche beaucoup de la production: c'est évidemment un moment critique. Si l'on accordait un encouragement aux colonies étrangères, au Brésil, par exemple, et c'est ce qu'on ferait en admettant ses sucres, il en résulterait que la production générale dépasserait la consommation. Les plantations à sucre qui s'établiraient ne seraient pas facilement abandonnées, et augmenteraient la concurrence. En résultat, une baisse considérable de prix aurait lieu, jusqu'à ce que la production fût absorbée, et le tort serait grand pour tous. Je considère, d'un autre côté, qu'en admettant le sucre étranger pour le raffinage on en ferait le régulateur du cours, à la place du sucre de production anglaise. Et cependant deux choses sont surtout désirables dans les circonstances présentes, savoir que le marché anglais puisse gouverner les autres, et que nos sucres fixent le prix. Cela ne peut manquer d'avoir lieu si des mesures judicieuses sont adoptées à l'égard de nos colonies.

glaises pourraient lutter avec les autres, en admettant que tous les

Relevé de la production et de la consommation de 1819 à 1831.


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ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832.

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N° 116. INTERROGATOIRE DE M. JOHN POLLARD-MAYERS. D. Quelles sont vos occupations ? R. Je suis agent de la Barbade nommé par un acte de la législature de cette île, et propriétaire d'une plantation. D. Êtes-vous marchand en même temps que planteur ? R. Non. D. Avez-vous longtemps habité la Barbade ? R. Oui. D. Combien d'années ? R. Dix-sept ans, avec un intervalle de deux ans. Je suis né dans cette colonie. D. Vous jouissez de la plantation qui vous appartient ? R. Oui.

le gallon. Le prix du rhum, de 2 francs et 3 fr. 60 cent., est tombé à 90 centimes. D. Pouvez-vous indiquer les causes de cette détresse? R. Selon moi il faut l'attribuer, 1° aux droits excessifs exiges par le Gouvernement et aux frais qu'il en coûte pour l'exportation et la vente; 2° à 1 augmentation des quantités de sucre produites par les colonies étrangères, en conséquence des avantages qu elles retirent du travail des noirs que leur fournit la traite, de 1 encouragement qu'elles reçoivent sur les marchés d'Europe; 3° a 1 impôt arbitraire et excessif de 4 1/2 pour 100 établi sur les produits de nos îles, et qui équivaut à une taxe de 20 pour îoo sur le produit net des plantations. D. Considérez-vous le droit actuel comme préjudiciable aux planteurs ?

D. La détresse est-elle sérieuse à la Barbade ? R. Cette détresse, qui s'est augmentée graduellement, menace aujourd'hui les planteurs d'une ruine totale, si la législature métropolitaine ne vient sans retard à leur socours. Le sucre qui, il y a quelques années , rapportait net 875 francs par boucaut, ne donne plus guère aujourd'hui que 3oo ou 3a5 francs, et quelquefois même seulement 1^5 à 200 francs. Les mélasses, qui se vendaient autrefois dans 1 île, de 1 fr. 80 cent, à 2 fr. 70 cent, le gallon, ne se vendent plus que 45 à 5o centimes

R. Oui, parce qu'il excède la valeur de l'article qu'il frappe, et qu'il a nécessairement une tendance à diminuer la consommation, ce qui a eu lieu en effet ; cette taxe est bien plus injuste, parce que, étant un droit de guerre, elle aurait dû être supprimée à î" lin de la guerre, et qu'en la maintenant, malgré la position fâcheuse dans laquelle se trouvent les planteurs depuis plusieurs années, on s'est montré moins jaloux de protéger leurs propriétés que celles de leurs compatriotes, et même que les produits étrangers,car les vins onlélé soulagés des charges qui pesaient sur eux.


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D. L'élévation excessive du droit cause -1 - elle une augmentation clans les frais que les marchands comptent aux planteurs ? R. Elle oblige incidemment les planteurs à se soumettre à la commission et aux intérêts qu'on leur demande. La commission est comptée à 2 1/2 pour 100, plus 1/2 pour 100 de courtage sur le prix brut. L'inlérêt à 5 pour 100 est devenu ruineux par suite d une coutume adoptée. Ou est convenu que le planteur devait vendre à deux et quatre mois de crédit; à Londres, deux mois; à Bristol, trois mois; et à Liverpool, quatre mois; et il est obligé d acquitter immédiatement le droit au moment de la livraison du sucre. Sur ce droit qu'il avance pour le compte du planteur, le marchand tire un énorme profit en exigeant du planteur 5 pour 100. Il existe encore, pour le planteur, une autre charge, qui est une conséquence de cette coutume : c'est que si 1 acheteur vient a tomber en faillite, le planteur perd non-seulement sa propriété, mais encore les droits et les frais. Dans les premiers temps de notre commerce colonial, lorsque les quantités <le sucre importées étaient absorbées par la consommation intérieure, et que le droit n'était que de 5 francs environ, le marchand effectuait des ventes immédiates, mais au taux actuel du droit les charges sont excessives. D. Comment le droit produit-il cet effet ? R. En obligeant les planteurs à recourir aux marchands qui peuvent-faire les avances de ce droit, et en les liant à jamais à ceux qui avaient déjà placé leurs capitaux en spéculations sur les Indes occidentales, avant que le Gouvernement vînt se mêler du travail des esclaves. C'est de ce travail que dépend le bénéfice delà culture d'une plantation, et conséquemment pour le planteur le moyen de soutenir son crédit et d'arriver à pouvoir quitter un marchand pour en prendre un autre qui lui fasse des conditions moins onéreuses. En Angleterre, les spéculations ne sont pas entravées, parce que le Gouvernement ne cherche pas à nuire au vendeur; mais, pour ce qui concerne les planteurs, il n'en est pas de même; en voici un exemple : un fermier envoie son blé à un facteur du marché de Londres, qui a un intérêt direct à n'exiger de lui que le moins de frais possible, parce qu'en

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pour 100 parmi; car s il le renouvelle cinq fois dans l'année, a 2 1/2 pour 100 pour chaque transaction, il en retire 12 1/2. Si le marchand, dans son propre intérêt, cherche à faire les affaires du négociant en épiceries et du raffineur, rien de mieux; mais au moins qu'il ne fasse pas supporter au planteur une perle dont lui-même profite. On prétend que cette manière de traiter les affaires n'augmente pas le prix du sucre. Le planteur serait disposé à courir les risques d'un changement dans le mode des ventes; mais le marchand lui dit : «Je vous ai avancé mes fonds dans l'espoir d'un avantage, cl il 11e serait pas juste de me priver de ma commission sur les ventes à long terme. Si vous adoptez un nouveau mode, par suite de quelque règlement du fisc, donnez-moi ma commission telle qu'elle a été convenue. » Voici quelques détails qui éclairciront la manière dont les choses se passent. Le marchand vend à deux mois de crédit, c est-a-dire qu'il peut employer six fois par an le capital qu'il consacre à 1 acquit du droit. Le droit total sur le sucre peut être évalué à 120 millions de francs , dont le 6° est de 20 millions de francs. Le capital nécessaire pour acquitter le droit de 2 1/2 pour 100 sur les 120 millions est de 3 millions de francs, et 1 intérêt à 5 pour 100 prélevé sur le 6° produit 1 million de francs. Enfin, si 1 acheteur devient insolvable, le planteur répond du capital employé pour le bénéfice du marchand. A Glasgow, on vend comptant, et l'on prélève la commission comme sur une vente à terme; cette manière sauve du moins au planteur le risque delà perle du droit, évite au commerce d'avancer environ 25 millions pour le payement des droits, et met, pour ainsi dire , celle somme a la disposition des planleurs, car le commissionnaire n en peut pas faire un emploi plus profitable que de le prêter au planteur. Le système actuel est, pour les colonies , un fardeau excessif, et il faut les soulager; la difficulté de sortir les sucres de. l'entrepôt est insignifiante, car on peut les y laisser et les vendre sans avoir acquitté les droits. Beaucoup de planteurs ont leurs propriétés engagées vis-à-vis de leurs consignataires, qui le pressent pour en obtenir le remboursement. Les gages qu'ils ont donnés seraient plus qu'absorbés si une perte de droits devait être ajoutée à leur dette, surtout à présent qu'ils n'ont plus

agissant différemment il pourrait être supplanté par un autre; mais, si le fermier se trouvait débiteur envers le facteur, il n'en serait pas de même, et pourtant le Gouvernement n'interviendrait en rien pour restreindre ses moyens de production et de

de crédit. J ai dit que le marchand comptait 5 pour 100 d'intérêt de sa commission, à partir du jour de la livraison du sucre; je puis citer un autre exemple du bénéfice qu'il fait sur le planteur sans le plus léger risque. En vendant à un négociant une

payement. La situation du fermier des Indes occidentales est précisément contraire. Le marchand est intéressé à lui faire payer des frais élevés. Dès que les produits du planteur arrivent sur le marché, le Gouvernement le contraint de suivre un mode de vente tracé; il faut qu'il paye de suite un droit plus fort que la valeur de sa denrée. Ainsi le Gouvernement, par son

partie de sucre, s'il se trouve avoir besoin de fonds, il tire sur son acheteur pour le montant du prix et du droit, et remet sa traite à la Banque, à l'escomple de 4 pour 100, de sorte qu'il bénéficie d'un intérêt de pour 100, qui, en bonne justice, aurait dû revenir au planteur. Quand le marchand expédie des marchandises pour les besoins des plantations, sa commission est de 1/2

intervention, restreint les moyens de production du planteur, et exerce son action sur le travail des esclaves et sur la direction

pour 100, et devrait lui suffire; mais le montant de l'envoi est porté immédiatement au compte du planteur, tandis que les

des propriétés. C'est là, du moins, l'opinion des personnes qui ont des plantations à céder; et les négociants qui ont le plus de confiance dans les bonnes intentions du Gouvernement ont pour la plupart fait faillite. D. Quels sont les frais dont vous venez de parler?

fournisseurs des divers articles ne disposent qu'à un an au plus tôt. Ainsi le marchand profile de cette année d'intérêts. Ces di-

R. J entends les frais sur la vente des sucres, qui paraissent être de 10 fr. 60 cent, par quintal. Pour me borner à une seule partie de ces frais, je ne parlerai que de la commission de 2 1/2 pour 100, et du courtage de 1/2 pour 100 sur les veilles à terme. On se plaint beaucoup, dans les Indes occidentales, des Irais qu il en coûte en Angleterre; la vente à terme surtout n'y est pas bien vue, en ce qu'elle a les inconvénients suivants : c'est pour le marchand une occasion de prélever une commission double de celle qu'il perçoit ordinairement, parce que le. droit est aussi fort que le prix de la marchandise; et c'est pour le planteur une perte double de celle qu'il aurait pu éprouver sur sa récolte. Le capital que le marchand semble employer au bénéfice du colon ne lui rapporte pas à lui-même moins de 12

verses charges, établies par les marchands qui, dans l'origine, ont fait des avances pour l'établissement des plantations, sont depuis passées en coutume. Le principe pouvait être juste lorsqu'il ne s'agissait que de petites sommes; mais 011 ne peut plus le considérer ainsi depuis que les circonstances ont changé. En un mot, le moment est arrivé où la justice exige qu'une modification soit apportée à cet état de choses. D. Est-ce que le planteur est obligé de payer un droit sur une quantité de sucre plus grande que celle qu'il vend réellement? R. Oui, car le droit porte sur le poids d'importation, et il ne faut que peu de temps pour éprouver, par 10 boucauts de sucre, une perte de h quintaux, pour lesquels on fait payerai! planteur i20 francs. Comme on pèse de nouveau en effectuant la livraison à l'acheteur, il serait facile et de toute justice de ne faire porter le droit que sur la quantité vendue. D. Sous quel rapport le planteur anglais souffre-! il du com-


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RAPPORT SUR LES QUES TIONS COLONIALES. - PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

merce d'esclaves, el quels sont les avantages que les producteurs étrangers obtiennent sur les marchés d'Europe? R. Le commerce d'esclaves a pour effet d'étendre la production du sucre, el par cela même de donner l'avantage aux colons étrangers sur les marchés d'Europe. Le tarif qui égalise le droit à payer par le sucre moscouade d'Angleterre et le sucre terré étranger, sur le marché de Saint-Pétersbourg et sur d'autres points du continent, est une exclusion réelle pour nous; elles capitaux qu'il faudrait mettre dehors pour rétablir les appareils propres à terrer le sucre, forcent les colons anglais à abandonner la lutte. Autrefois la Barbade terrait une partie considérable de ses sucres ; mais, outre les frais qu'il en coûterait pour remettre les appareils en étal, il y a si longtemps que l'on ne s'occupe plus de cette opé-

D. Comment établissez-vous que le droit de /1 1/2 pour 0/0 produise l'effet d'une taxe de 20 pour 0/0 sur le revenu net d'une propriété de la Barbade ?

R. La table suivante le démontrera clairement; elle prouve, en outre, que le droit agit en raison inverse des moyens du planteur pour l'acquitter. Etat indicatif de l'effet produit par le droit de II 1/2 pour 0/0, sur une plantation à sucre de la Barbade, de l'étendue, de â53 acres, possédant 200 nègres et 90 têtes d'animaux.

ration, que la pratique en est presque perdue. Sur ma plantation de Staple-Grove, qui avait anciennement la réputation de fournir les plus beaux sucres terrés et où j'ai voulu rétablir cette fabrication, le principal ouvrier l'avait pour ainsi dire oubliée. J'ai fait celte remarque pour prouver que les planteurs anglais ne peuvent rivaliser avec les étrangers, ni pour cet article, ni pour la purification des sucres, parce qu'ils n'en ont pas les moyens.

D. Comment le droit de l\ 1/2 pour 0/0 a-t-il été préjudiciable à la Barbade et à celles des autres colonies qui le payent? R. Lord Brougham a dit avec raison que de toutes les taxes dont l'histoire fasse mention, celle-ci est la plus onéreuse, relativement au peu de profit qu'elle procure au Gouvernement. Je ne doute aucunement que la détresse actuelle de Tortola, la ruine presque générale des anciens propriétaires héréditaires d'Anligoa, et la misère qui afflige toutes les autres îles soumises à ce droit, ne proviennent de son action oppressive, qui participe beaucoup de celle de la dîme. O11 exige rigoureusement ce droit de malheureuses îles appauvries, tandis que d'autres, plus fertiles et plus riches, en sont exemptes. C'est ce qui m'a toujours paru incompatible avec l'esprit de justice qui préside ordinairement aux règlements commerciaux de l'Angleterre.

D. Ces observations se rapportent-elles à la Barbade aussi bien qu'aux autres îles ?

R. Non, pas au même degré, ce que j'attribue à un système presque particulier à celle île. Les 2/3 à peu près des terres de chaque plantation sont consacrées à la culture du maïs et des autres articles nécessaires aux nègres, de sorte que les champs de cannes sonl successivement disposés pour recevoir du blé, des ignames, des patates, et d'autres plantes alimentaires. Quoique plus heureuse, sous quelques rapports, que les autres colonies qui se trouvent dans la même position qu'elle, la Barbade est pourtant plus à plaindre sous certains autres. Les concessions faites à la Couronne par les législateurs des diverses îles étaient absolues, celles qui ont été consenties par la Barbade n'étaient que relatives; cependant, malgré toutes les assurances données quant à l'emploi du droit de h 1/2 pour 0/0, on n'a eu aucun égard aux conditions faites, elle droit n'en a pas moins été payé.

D. Est-ce d'après votre expérience ou d'après des informations (pie vous avez indiqué les frais imposés parles marchands? R. J'en ai eu connaissance, tant par ma position, que par mon expérience personnelle.

■ D. Veuillez distinguer ce que vous savez par vous-même, de ce qui vous a été communiqué ? R. L'élévation du droit de h 1/2 pour 0/0 s'apprécie d'autant mieux quand on compare la condition relative de ces îles et des colonies voisines, ainsi que la quantité de travail dont elles peuvent disposer pour la culture. Prenons pour exemple Demerara el la Barbade; dans la première de ces îles, il faut 200 jours de travail pour produire 5,000 francs de sucre, tandis que dans la dernière il en faut A00. A Demerara, il n'en coûte rien pour fumer les champs de cannes: à la Barbade, on y emploie 25 pour 0/0 du travail d'une plantation. Je voudrais que, pour améliorer celte situation, l'on permît d'abord que le sucre, dans ce pays-ci, fût vendu au comptant, en laissant à l'acheteur la charge de payer le droit; l'acheteur resterait maître de le faire sortir lorsque ce serait nécessaire ; secondement, que l'on fît aux planteurs une avance en bons de l'échiquier, dans la proportion d'un tiers de la valeur de leurs propriétés, pour les mettre à même de satisfaire à leurs engagements antérieurs, et qu'enfin il fût fait remise du droit de /t 1/2 pour 0/0 qui ne rapporte que 425,000 francs à l'Etat. Il est encore une considération que je me crois obligé de faire valoir, c'est que beaucoup de gens de couleur de la Barbade trouvent leurs moyens d'existence dans la préparation des confitures, el que la suppression du droit de /1 1/2 pour 0/0 leur serait d'un grand soulagement.

N° 117. DÉCLARATION DE VI. W. BURGE, MEMBRE DE LA COMMISSION. 1G février 1832. J'ai résidé à 4a Jamaïque pendant vingt ans, sur lesquels j'ai été douze ans avocat général el membre du conseil ; aujourd'hui je suis agent de celle île, nommé par un acte de la législature. En 1822 , un rapport de l'assemblée, appuyé de plusieurs témoinages, fit connaître la détresse dont les planteurs souffraient déjà à cette époque; depuis, loin d'avoir diminué, elle est encore devenue plus grande. Quoique la Jamaïque 11e soit [tas assujettie au droit de /| 1/2 , un acte du règne de George II, confirmé par un acte subséquent de George III, a établi un revenu perpétuel de 2 5o,ooo francs en faveur de Sa Majesté; cl, en

outre , la colonie pourvoit aux frais de presque tous les établissements civils, ecclésiastiques cl militaires. D'après le relevé de l'emploi des revenus de la Jamaïque, les dépenses qu'elle supporte, en outre des 25o,ooo francs ci-dessus, s'élèvent à 12,2/16,231 francs. L'un des articles portés en compte serait tout à fait inintelligible sans explication ; c'est la prime de 203,000 francs à l'accroissement des esclaves. Elle représente les sommes payées aux femmes qui ont soin des jeunes enfants. Je ferai observer que les relevés de la taxe par tête, pour la Jamaïque, quoique pouvant être considérés comme fournissant le


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

chiffre exact de la population, sous le point de vue des questions faites par la commission, ne donnent cependant pas le nombre réel des esclaves, parce que de petits planteurs se trouvant dispensés de payer la taxe, leurs esclaves ne figurent pas sur ces relevés. Les gens libres de couleur qui ne possèdent

I

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contraire à la vérité, et M. Palmer démontra que, pour l'une des années précédentes , il n'y avait pas eu de capitation, et que les relevés ne pouvaient comprendre les esclaves importés durant les deux années qui avaient précédé l'abolition, parce qu'à cette époque ils n'étaient pas soumis à la capitation. J'ai fait con-

qu'un nombre limité de noirs sont aussi dispensés de payer la capitation.

naître ces deux circonstances pour indiquer quelle est la valeur des relevés en question.

D. Quel nombre d'esclaves faut-il avoir pour être assujetti à la taxe ? R. Ce sont les juges de paix et les membres des conseils de fabrique qui décident à ce sujet. Ils ont le pouvoir d'exempter, selon les circonstances, el lorsque les esclaves sont en petit nombre.

D. Comment ont-ils pu être plus exacts pour une année que pour une autre ? R. Par la variation qui résulte du plus ou moins grand nombre

D. La commission serait-elle à même de juger de la population relative d'une année à l'autre, d'après les relevés de la capitation , sans pourtant connaître le nombre exact des esclaves ? R. Ces relevés ne sont exacts , sous le rapport de la population noire, qu'en ce qui concerne les travailleurs des plantations. En 1816, on essaya, dans la chambre des communes, de se servir des relevés de capitation de la Jamaïque comme d'une base exacte pour prouver que, plusieurs années après l'abolition de ia traite, on y avait introduit des Africains. Cette induction était

de personnes qui ont été exemptées de payer la capitation pour leurs esclaves. D. Ne pourrait-on pas arriver à connaître la proportion exacte entre le nombre des esclaves, à deux périodes différentes , d'après les relevés, bien qu'ils ne puissent servir à établir le chiffre de la population noire ? R. J'en doute, parce qu'il se fait de grands changements dans le nombre des personnes que l'on dispense de la laxe. On ne pourrait, en aucune façon, s'en rapporter à ces relevés pour connaître le nombre des esclaves pendant une année quelconque.

N° 118. INTERROGATOIRE DE M. PETER ROSE. 0. Quelles sont vos occupations ? Pi. Je suis planteur à Demerara. D. Etes-vous en même temps négociant ? R. Je l'ai été jusqu'en 1818. D. Votre voyage en Angleterre n'a-t-il pas eu pour objet de faire 'connaître les sentiments des planteurs de la colonie ? R. Oui, ainsi que les dommages qu'ils ont éprouvés par la dissolution des cours de justice et de toutes les autres institutions de la colonie , en date du 21 juillet dernier. D. Combien estimez-vous que, dans l'état actuel de la population, une plantation à Demerara compte de noirs effectifs pour cent ? R. On calcule un tiers, mais ce calcul n'est pas tellement juste qu'il ne puisse varier pour quelques plantations, soit en plus, soit en moins. D. Quelles sont et la plus grande el la plus petite proportion dont vous ayez connaissance ? R- D'une part Ao, de l'autre 25. D. Dans le temps où le commerce d'esclaves se faisait encore a Demerara, et durant une certaine période après son abolition, combien pensez-vous que les plantations possédassent de travailleurs effectifs ? R. Je crois que, vers 1805 et 1806, on pouvait compter dans ce nombre les deux tiers de la population. D. Demeuriez-vous alors à Demerara? R. Oui; j' y suis arrivé en 1801 , à 1 âge de 16 ans. D. Avez-vous principalement résidé à Demerara depuis celte époque ? R. J'ai pu m'absenter 6 ans sur 3o. D. Pendant la période dont vous parlez, le commerce d'esclaves se continua plusieurs années : alors le nombre des hommes excédait-il de beaucoup celui des femmes? R. Oui. D. Est-ce à celle circonstance principalement que vous attribuez la plus grande proportion des travailleurs effectifs ? R. Oui. D. Depuis la cessation du commerce d'esclaves et l'augmentation de la population créole, pensez-vous que les noirs créoles soient devenus des ouvriers habiles pour les plantations ? R. Oui, certainement.

D. Ne sont-ils pas les plus capables d'effectuer les travaux où l'adresse est nécessaire ? R. Oui. D. Ont-ils plus d'intelligence que les noirs d'Afrique? R. Oui. D. Lorsqu'un noir importé a résidé pendant quelques mois , et s'est acclimaté sur une plantation, si on le transportait alors sur une autre, son travail dans les champs serait-il de moindre valeur que celui d'un créole ou de tout autre cultivateur ? R. Je pense que l'Africain, acclimaté depuis un an ou deux aux travaux des champs, tels que ceux de sarclage, de tranchées, de creusement cle trous, qui n'exigent que de la force, est aussi utile que le créole. D. Depuis que vous connaissez Demerara s'y est-il fait de grandes améliorations dans la fabrication du sucre, par le moyen des machines ? R. Oui, de très-grandes. D. Les machines introduites ont-elles diminué le travail manuel et les dépenses des propriétés ? R. Pour la fabrication du sucre el du rhum, le travail a diminué d'un tiers, mais en môme temps les dépenses se sont de beaucoup accrues. En 1808 et 1809 , les appareils d'une plantation à sucre coûtaient environ 250,000 francs; aujourd'hui il faudrait débourser 5oo,ooo francs pour organiser une plantation qui compterait le même nombre d'esclaves. D. A combien portez-vous la population d'une plantation pour laquelle il faudrait faire de telles dépenses ? R. A k00 ou 5oo noirs. D. Comment calculez-vous cette augmentation de dépense, lorsqu'en Angleterre le prix des machines est moins élevé qu'autrefois ? R. Autrefois nous faisions usage des animaux et des moulins à vent, surtout pour exprimer le jus ; aujourd'hui on emploie des machines à vapeur ; dans toutes les autres parties, les appareils sont devenus plus chers, parce qu'on les a perfectionnés. D. Bien que les dépensés premières soient plus fortes pour élever des machines à vapeur, n'a-t-on pas un bénéfice sur l'ancienne méthode en évitant la perte des bestiaux ? R. Je 11e le crois pas, car on n'employait pas seulement des animaux a tourner dans un manège, on faisait usage aussi de moulins à vent.


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE. re

D. Quels sont les motifs qui ont pu déterminer à faire ce changement ? R. Au moyen des machines à vapeur et des autres améliorations , nous pouvons fairela même quantité de sucre dans un temps moindre, c'est-à-dire que, par suite du perfectionnement de la cuisson et de divers autres procédés, on peut faire le double de ce qu'on faisait en 1809. D. De sorte que l'on peut compter d'une manière plus posisive sur la récolte ? R. On peut fabriquer, dans un temps donné, une certaine quantité de produits qu'on n'aurait pas pu faire aulrefois. D. N'est-ce pas en empêchant la fermentation du jus de la canne, que l'on trouve une grande économie à le convertir de suite en sucre? R. Ce n'est pas précisément ce qui procure l'économie; mais, par le perfectionnement des machines, nous obtenons une plus grande quantité de jus dans un temps plus court; la cuisson a été aussi perfectionnée, et l'on peut aujourd'hui faire quatre boucauts de sucre dans le même temps qui nous était nécessaire pour en fabriquer deux. D. Quel est le grand avantage d'une économie de temps ? R. Pendant la fabrication du sucre, on emploie dans un jour plus de monde qu'à l'ordinaire. Si donc on arrive à fabriquer quatre boucauts de sucre aussi vile que l'on en fabriquait deux, 011 fait nécessairement une économie de travail. D. Ainsi il reste beaucoup plus de travail disponible pour les besoins des plantations ? R. Oui. D. N'éprouvait-on pas souvent une grande perte en différant de faire écraser les cannes et de faire bouillir le vesou. R. Cela arrivait en effet aulrefois, mais il n'en est plus de même depuis qu'on se sert de machines à vapeur. D. A combien estimez-vous les frais de production d'un quintal de sucre à Demerara, où, dit-on, le sol est extrêmement fertile ? R. La dépense est d'environ 15 francs, sans y rien comprendre pour intérêts du capital. D. En fixant ce prix de 15 francs, vous ne comprenez, dans les frais, que ce qu'il faut nécessairement dépenser pour obtenir un quintal de sucre ? R. Les approvisionnements, les salaires des blancs, les soins du médecin el même les frais des barils sont compris dans la somme que j'indique. D. Vous ne faites aucune réserve pour le capital employé aux constructions de bâtiments ou à l'établissement de la plantation?

R. Non, je ne parle que des dépenses d'entretien de la plantation , sans rien attribuer à l'intérêt du capital, j D. Ces dépenses comprennent-elles l'usure et la détérioration des machines ? R. Elles comprennent la réparation des bâtiments. D. Pourriez-vous fournir un état indicatif des dépenses suivant vos calculs ? R. Je pourrais indiquer la nature des dépenses sans en indiquer les sommes précises. Demerara et Essequibo. S.

(Propriété dans une des meilleures positions de la colonie, ayant un atelier de 500 noirs, el produisant, terme moyen, 10,709 quintaux de sucre, et 58,334 gallons de rhum. ) 16,926f25

Poisson salé Habillement

e

,8 750 0()

Achat de bananes... »

t

Charbon de terre et boucauts pour le sucre

A

REPORTER

qq 30 125 00

94,376 25

REPORT

94,376 25

7,500 00 Charrois 37,500 00 Salaires, soins du médecin, taxes Porc, riz, vin de Porto, briques, chaux, bois de construction et ouvré, clous, huile il brûler, goudron, cor27,400 00 dages, bateaux pour transporter les cannes la manufacture Machines et ustensiles employés dans du sucre et du rhum, réparations des bâtiments, des 25,000 00 cases, ctc 6,200 00 bâtiments Assurance sur les 197,976 25

Coût de la production: 10,769 quintaux de sucre à 15 francs 58,334 gallons de rhum à 60 centimes

161,535f00e 36,458 75

197,993 75

Ces calculs ne s appliquent en rien au capital engagé. La propriété a coûté dans 1 origine 3 millions. 1). Croyez-vous que la dépréciation actuelle des propriétés de Demerara résulte des doutes qui régnent relativement à la sûreté des propriétés ? R. Je crois que celle cause exerce une grande influence. D. Pensez-vous aussi qu'on doive comprendre, parmi les causes de celte dépréciation, le peu d'attention accordée aux plaintes auxquelles donnent lieu les charges commerciales, imposées par la mère patrie sur les colonies ? R. Oui.

-

/). Quelles autres causes encore pourriez-vous indiquer, en ce qui concerne Demerara ? R. J indiquerais le bas prix des produits elles fréquents changements auxquels celle colonie est exposée. Un ordre en conseil se trouve annulé un mois après sa réception. Chaque ordre nouveau cause del excitation dans l'esprit des noirs, el les rend inassidus , de sorte que Ion en obtient moins de travail qu'autrefois. D. N'a-t -on pas éprouvé que le mode de surveillance exercé par le Gouvernement, dans la colonie, a rendu son état moins stable ? R. Cela est vrai. T). Comment 1 opinion s'est-elle prononcée à cet égard? R. 11 s est manifesté un grand mécontentement. Les dernières mesures ont mécontenté non-seulement les blancs, mais encore les esclaves eux-mêmes. Ceux-ci se persuadent que l'on projette en leur faveur beaucoup plus que les ordres en conseil ne le font entendre, et chaque changement cause en eux de l'irritationL ordre arrivé dans le mois d'octobre pour affranchir les nègres de fa colonie, ainsi qu'on appelle les esclaves du Gouvernement, a produit une grande agitation parmi les noirs qui s'attendaient a quelque mesure en leur faveur, et qui accusent leurs maîtres de les priver de la liberté. ]). La dépréciation des propriétés de Demerara a-t-elle élé très-considérable depuis deux ou trois ans ? R. Elle a élé depuis neuf mois d'environ 3o p. o/o. /). Connaissez-vous quelque vente de propriété l'aile depuis six mois, qui ail pu servir à établir celte dépréciation ? R. Il s'est fait une veille au commencement d'août. I). A quel prix celle vente a-t-elle eu lieu, et à combien supposez-vous qu'elle serait montée avant la dernière déprécialion ? R. Une vente a eu lieu environ un an auparavant à g ou io milles de la plantation vendue en août; on a retiré 3o p, o/o de plus des esclaves.

D- Les deux plantations étaient-elles dans une condition égale ? R. Oui.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE.— 1832. e

D. La propriété cl les esclaves ont-ils été vendus ensemble ? Pi. Non. Sur les deux plantations on a vendu les esclaves séparément, c'est sur eux qu'a porté la dépréciation de 3o p. o/o. D. Comment s appelaient ces deux plantations ? R. Celle qui fut vendue la première s'appellail Essex, el l'autre Vigilance. I). Les ventes étaient-elles laites volontairement ou par autorité de justice ? il. Elles étaient volontaires. I). Combien les terres se vendirent-elles ? Pi. On n en tira qu'un faible prix; mais elles ne pouvaient servir quà des pâturages; on y avait, jusque-là, cultivé du coton. D. Lorsqu' on vend les noirs d'une plantation, les terres ne sont donc plus bonnes ensuite qu'à faire des pâturages ? Pi. C est a peine même si on peut en tirer ce parti. D. A-t-on vendu des plantations à sucre depuis un an ou deux? R. Oui.

429

des Indes occidentales , cl pour rendre la confiance aux marchands anglais. D. Beaucoup des propriétés de la colonie sont-elles engagées par des hypothèques en faveur des marchands? R. Oui, un grand nombre. D. Le taux de l'intérêt est-il élevé? R. Il est de G p. 0/0. Quelques marchands n'exigent que 5. D. Se fait-il quelquefois des transactions à un intérêt supérieur au taux légal ? R. Je ne puis le dire. D. Les charges locales de Demerara sont-elles considérables ? R. Oui. D. Savez-vous à combien s'élèvent les taxes? R. En 1830 elles ont été d'environ 950,000 guilders. D. Quelle est la valeur d'un guilder ? R. Le change varie ; mais le pair est de 12 guilders pour 25 francs ; depuis six mois il existe si peu de confiance à Demerara , que le change a augmenté de 20 p. 0/0. D. Celle valeur est-elle en papier-monnaie?

D. Ont-elles éprouvé la dépréciation dont vous avez parlé ? Pi. Sur une plantation de Demerara, une partie de la bande fut vendue volontairement, 15 jours avant la promulgation de l'ordre en conseil du 2 1 juillet. Quelques-uns des esclaves avaient été achetés à un prix inférieur à ce que les estimait le proprié-

R. Oui; mais elle est garantie par des propriétés dans la colonie , et par des fonds dans les 3 p. 0/0 et dans la banque colo

taire-, mais , lorsque l'ordre fut rendu public, il n'obtint plus des autres que 20 p. 0/0 des offres qui lui avaient été faites. La ^ plantation dont il s'agit s'appelle Glasgow.

R. Oui, les honoraires des fonctionnaires publics sont trop élevés; le suppléant du vice - secrétaire de la colonie paye 100,000 francs par an au titulaire, et celui du maréchal de la cour de justice paye de 37,500 à 5o,ooo francs. Ce sont des emplois qui ont été créés immédiatement après la conquête de la co-

D. Pouvez-vous indiquer le prix des esclaves dans la colonie de Demerara, à diverses époques ? R. En ce moment les esclaves sont invendables. D. A quels prix furent vendus les esclaves des plantations Essex et Vigilance? R. Ceux d'Essex à 3,25o francs, et ceux de Vigilance à 1,600 francs. D. Selon ce que vous avez dit, l'excitation causée dans la population noire aurait occasionné une grande réduction de travail ? R. Oui. D. Pourricz-vous en fixer la proportion ? R■ Je pourrais la fixer à un dixième depuis deux ans, époque ou les ordres en conseil sont parvenus pour la première fois à

niale. D. Connaîtriez-vous quelque réduction considérable à faire dans les dépenses de la colonie ?

lonie. D. Mais, lorsque les titulaires principaux de ces emplois n'existeront plus, n'est-il pas probable que l'administration sera moins dispendieuse ? R. Il n'est pas probable que les dépenses relatives au salaire du secrétaire colonial viennent à diminuer avant longtemps, car le titulaire, lorsqu'il fut nommé, n'avait que 11 ans; c'est M.Sullivan. D. Combien y a-t-il de ces emplois gérés par des représentants ? R. Ceux de secrétaire colonial, de maréchal de la cour de justice , el de receveur particulier du Roi. La taxe du Roi n'est pas

Demerara.

comprise dans la somme que j'ai indiquée comme formant le montant des dépenses de Demerara. La colonie ignore comment

D. Vous avez dit que des esclaves du Gouvernement avaient été affranchis ? R. On les appelle esclaves du Gouvernement, mais l'expression

cette taxe est employée. D. Vous croyez que les dépenses pourraient être de beaucoup diminuées si l'on exerçait un contrôle plus actif sur les dépenses

n'est pas juste, car une partie d'entre eux. avaient été achetés par la colonie.

coloniales ? R. Oui, je crois qu'on les réduirait de moitié. D. Pouvez-vous indiquer la proportion relative de la force des hommes et des femmes dans les travaux des champs ?

/). Un ordre fut donc envoyé pour leur affranchissement? R. Oui, el on les affranchit en effet. D. De quelle manière s'occupent ces nègres; travaillent-ils? R. Comme cela se passait au moment de mon départ de Demerara, je ne sais rien à ce sujet. D. Connaissez-vous quelques nègres affranchis qui travaillent d'eux-mêmes aux champs ? R. Non. û. Puisqu'une des principales causes de la diminution de valeur des propriétés à Demerara est le manque de confiance dans l'état actuel des choses, toute mesure tendant à rétablir cette confiance ne serait-elle pas d'un grand secours ? R. Sans doute. D. Ne faudrait-il pas que la métropole témoignât de quelque manière l'intention de maintenir son système colonial el les droits des propriétaires ? R. Ce serait très-désirable pour relever le crédit des planteurs

R. Un homme peut, en général, faire plus de travail qu'une femme; cependant, pour le sarclage des jeunes cannes , il n'y a pas grande différence. Dans le sarclage des champs plus difficiles, 2 5 hommes pourraient remplacer 3o femmes. I). En calculant à 3o sur 100 le nombre effectif des travailleurs, comprenez-vous les femmes dans ce nombre? R. Oui, hommes et femmes. D. Alors la force effective de 3o, dans les colonies anglaises, n'équivaudrait pas à la même force dans les colonies étrangères, où la population mâle est plus nombreuse? R. Non, sans doute, s'il s'agissait de travaux pénibles. /). Vous devez donc faire entrer èn compte la force relative des deux sexes aussi bien que le nombre, en comparant les aleliers dans les colonies anglaises et étrangères ? R. Oui ; mais il faut remarquer que dans les colonies anglaises le travail des plantations est divisé de telle manière, que les

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430

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES.— PIÈCES JUSTIFICATIVES.— Ire PARTIE.

femmes ont les occupations les moins pénibles, tandis que clans les colonies étrangères il n'est fait aucune distinction. D. Quelle est la principale cause de la différence que vous avez signalée dans la force effective des ateliers, et que vous portez pour les uns à 25, pour d'autres à 4o p. o/o. Dépend-elle de la salubrité de la situation, ou de la cessation des recrues en travailleurs ? R. Elle dépend, en grande partie, du nombre des noirs jeunes ou invalides qui se trouvent sur les plantations. Un atelier qui comprend un grand nombre de jeunes créoles au-dessous de 12 ans ne peut être aussi fort que celui qui a moins d'enfants. Je puis certifier ce fait par l'exemple d'une plantation de mon voisinage, dont la population est tout à fait créole et beaucoup plus considérable que celle de ma propriété. À l'époque où je quittai la colonie, sa force effective n'était pas plus grande que celle de mon atelier, qui comprend encore, je dois le dire, un nombre considérable d'Africains. D. Avez-vous jamais calculé la durée de la vie d'un Africain et de celle d'un créole ? R. Je n'ai jamais fait ce calcul ; mais je crois qu'il n'y aurait «pas beaucoup de différence dans la durée de la vie do 3o créoles et de 3o Africains acclimatés. D. Outre l'agitation que les ordres en conseil ont produite dans 1 esprit des esclaves, n ont-ils pas aussi contribué à diminuer la somme de travail que ces esclaves donnaient précédemment à leurs maîtres ? R. Je le crois. Ils n'ont plus autant de respect pour leurs maîtres, et pensent que ceux-ci n'ont plus le même pouvoir de contrôle ; de sorte que, au lieu de s'adresser à eux pour en obtenir la réparation de quelque tort dont ils peuvent avoir à se plaindre, ils parcourent une grande distance pour aller trouver leur protecteur, et perdent ainsi beaucoup de temps. D. Pourriez-vous indiquer la population particulière de chacune des deux plantations dont vous avez parlé, l'une, composée en total Lté de créoles, l'autre, en grande partie d'Africains, et dont la force effective est a peu près égale, bien que la première compte un plus grand nombre d'individus ? R. L'une des propriétés que j'ai citées est peuplée d'esclaves amenés de Bahama ; leur nombre est, maintenant, de plus do 700.

âge que 3o créoles, vivraient probablement autant que ceux-ci. Comment alors expliquer la diminution rapide de la vie, après une certaine période, sur les plantations peuplées seulement d'Africains ? R. Je ne puis l'expliquer que par la disproportion des sexes. D. Savez-vous quelle était la proportion des sexes à Demerara, sur quelques-unes des plantations que vous connaissez, lorsqu'on y faisait encore le commerce d'esclaves ? R. Je ne puis le dire d'une manière positive; je crois pourtant que les hommes formaient les deux tiers de la population. D. Prétendez-vous que telle était la moyenne de la population de Demerara ? R. Ceci est une affaire d'opinion; car, du temps de la traite, on ne faisait aucun enregistrement. Je ne puis parler que des propriétés que je connais, et plus particulièrement de celles qui étaient nouvellement établies. D. De sorte que les propriétés nouvellement établies avaient souvent une population de deux tiers d'hommes sur un tiers de femmes ? R. Lorsque, pour la première fois, j'arrivai dans la colonie, il y avait un grand nombre de nouveaux établissements dans les districts de Corentin et de Pomarroon. D. Ainsi, depuis l'abolition de la traite, le nombre des jeunes noirs s'est augmenté de beaucoup sur ces propriétés? R. Oui. D. Cette augmentation n'a pas eu lieu immédiatement après la cessation de la traite ? R. Non. Pour qu'une augmentation profitable au travail puisse se faire sentir, il faut que quelques années se soient écoulées depuis l'abolition du commerce d'esclaves. D. Vous portez en compte, sur les propriétés en question, la rapide diminution des mâles et le nombre des enfants nés pendant un certain temps après l'abolition ? R. Oui. D. Avez-vous connaissance de quelques propriétés où la mortalité soit diminuée depuis la cessation de la traite ? R. Je no pourrais en citer aucune, mais je suppose qu'il çn est ainsi. Les propriétés de mon voisinage ont beaucoup augmenté de population, mais c'est par suite d'achats faits dans diverses parties de la colonie.

D. A quelle époque ces esclaves ont-ils été amenés ? R. Il y a 6 ou 7 ans. Quant à ceux de ma propriété ils sont un peu plus de 5oo, parmi lesquels je compte autant de travailleurs effectifs qu'il y en a sur ces 700.

1). Les décès parmi les esclaves sont-ils moins nombreux qu'il y a quelques années ? II. Oui. Je veux dire que la population n'a pas autant diminué.

D. De quel produit sont les deux propriétés? La population créole, dont le nombre est supérieur, a-t-elle produit plus de sucre

D. Vous entendez donc qu'il y a eu une mortalité moindre sur un nombre donné?

que l'autre ? R. Non certainement. D. Savez-vous combien chacune d'elles en a produit ? R. Je ne puis le dire à quelques boucauts près; cependant je crois que la mienne a fourni la plus grande quantité. D. Quelle est la moyenne de la production de votre plantation ? R. Jusqu'à 1830 elle a produit 700 boucauts de sucre. D. Etes-vous certain que l'autre plantation n'ait pas produit autant ? R■ Oui. D. Comment avez-vous eu connaissance de ce fait ? R. Parce qu'elle n'est qu'à 3 milles de la mienne. I). Êtes-vous en relations avec le géreur, et pouvez-vous savoir ce que la plantation produit ? R. Oui. D. Quel est le nom de cette autre plantation ? R. Anna-Regina. D. Vous avez avance que 3o Africains acclimatés, et du même

R. Oui. 1). Comment expliquez-vous cette diminution dans la mortalité ? R. Par le meilleur traitement des esclaves. D. Les femmes sont-elles, aujourd'hui, relativement aux hommes , plus nombreuses qu'autrefois ? R. Oui, et leur nombre s'accroît chaque année. D. Pourrait-il s'ensuivre qu'à l'avenir il, y eût, relativement, plus de naissances que de décès ? R. Oui I). D'après votre propre expérience et celle des personnes avec lesquelles vous êtes en relations dans la colonie, prévoyez-vous, pour l'avenir, plutôt une diminution qu'une augmentation dans la population de Demerara ? R. Je crois qu'il y aura encore, pendant plusieurs années, une diminution qui s'arrêtera dans 10 ans environ, cl qu'ensuite, dans 10 ou i5 ans, la population augmentera. D. Supposez-vous que, dans 10 ans, il reste bien peu d'Africains dans la colonie ?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

R. Il en restera certainement bien peu en comparaison du nombre actuel. D. La population créole sera alors bien établie et la proportion des sexes égalisée : est-ce donc sur cette circonstance que vous comptez pour produire une augmentation ? R. Oui, et je sais plusieurs propriétés où la population s'est accrue par celte cause. D. Sur la plantation que vous avez citée, et dont la population est créole, dans quelle proportion sont les sexes ? R. Je crois qu'ils sont en nombre égal; pourtant je ne puis en parler d'une manière précise. D. Croyez-vous que, sur cette propriété, la population tende plutôt à augmenter qu'à diminuer ? R. Je la crois stationnaire. Lorsque ses noirs seront parfaitement acclimatés et faits aux travaux de Demerara, ils seront aussi utiles que les autres. D. Les noirs ne sont-ils pas très-attachés au lieu de leur naissance ? R. Oui ; cependant les noirs de Bahama se conduisent très-bien à Demerara. D. S'est-il opéré quelque réduction dans le prix des approvisionnements d'Amérique depuis la réouverture des relations avec les États-Unis ?

431

D. Pour bien juger de l'effet qui doit résulter du dernier acte, ne faut-il pas attendre qu il se soit écoulé quelque temps encore ? R. On peut prévoir dès à présnt que, si les droits restent les mêmes, les colonies de l'Amérique du Nord reprendront leurs expéditions avec régularité ; mais il y a eu tant de changements et d'incertitude , que les marchands hésitent à engager leurs fonds. D. Le dernier changement ne semble-t-il pas devoir être plus durable que les précédents ? R. Je ne puis rien dire à ce sujet, car déjà les colons avaient considéré comme définitives les dispositions rendues publiques parle secrétaire d'Etat; et cependant, peu d'années après, le système fut changé , et M. Canning annonça que les Américains ne seraient plus admis à commercer avec les colonies. D. De quel document du secrétaire d'État voulez-vous parler? R. Je parle de celui qui fut publié à l'époque où l'on ouvrit, avec les Etals-Unis, des relations qui furent rompues peu de temps après. D. Le secrétaire d'État avait-il publié quelque acte qui déclarât la décision définitive? R. Ce que j'ai dit s'entend de la correspondance de M. Canning avec le ministre américain. D. De quelle date est-elle ? R. Je ne le sais pas précisément.

R. Je croirais le contraire. A Demerara, les bois ouvrés et tous les approvisionnements d'Amérique se sont vendus plus cher l'année dernière que précédemment.

D. Connaissez-vous la date du document publié par le secrétaire d'État ? R. Il est du n septembre 1826.

D. Pensez-vous que la reprise des relations n'ait pas d'autre

D. Le prix du rhum et des mélasses que vous êtes obligés de vendre pour acheter les articles des Américains n'a-t-il pas beaucoup baissé ?

résultat ? R. Je le crains, tant que les droits actuels existeront. D. Vous pensez donc que l'élévation des droits est l'obstacle qui empêche la colonie de profiter des avantages que, sans cela, elle eût retirés de la reprise des relations ? R. C'est au moins la principale cause. Nous n'avons reçu que très-peu de navires américains à Demerara depuis la reprise du commerce-, leurs cargaisons consistaient principalement en

R. Oui. D. Est-ce avec ces produits que vous vous procurez les moyens d'acheter aux Américains? R. On a très-peu reçu d'approvisionnements des États-Unis depuis la reprise des relations : ils ne nous ont guère fourni que

chevaux et en bois ouvré.

des chevaux et des bois ouvrés. D. Quelques planteurs de Demerara ne font-ils pas un com-

D. D'où liriez-vous vos approvisionnements avant la reprise des relations ? R. Des colonies anglaises de l'Amérique du Nord.

merce direct avec l'Europe?, R. Les Hollandais, qui récoltent en vertu'de créances hypothécaires, envoient leurs sucres et leurs cafés directement à Rot-

D. Que donniez-vous en payement P

terdam.

R. Du rhum et des mélasses ?

D. En supposant que vous puissiez obtenir les approvisionnements des Etats-unis à meilleur marché que ceux des colonies de 1 Amérique du Nord, et que les droits sur les produits de Demerara fussent levés par le Gouvernement américain , pensezvous qu'alors il serait plutôt de votre intérêt de commercer avec

D. Receviez-vous des Etats-Unis quelques approvisionnements en fraude ? R. Non. Nous recevions des farines par Saint-Thomas. D. Si les États-Unis voulaient admettre libremen t nos sucres, notre rhum et nos mélasses, ne pourraient-ils vous approvisionner de leurs articles avec avantage pour vous, malgré les droits dont ces articles sont frappés à l'entrée? R. A moins que le Gouvernement américain ne lève le droit prohibitif qu'il a imposé sur le rhum, il sera impossible de tirer aucun avantage d'un commerce avec les États-Unis. D. N'y aurait-il rien de changé, si l'on supprimait les droits protecteurs qui frappent le bois débité et les autres articles des Américains ? R. Non. Les planteurs ne trouveraient pas de bénéfice à la suppression de ces droits, parce que les Américains veulent être payés en argent ou en remises , tandis que les colonies de l'Amérique du Nord reçoivent de nous, en échange, du sucre, du rhum et de la mélasse. D. Les expéditions d'approvisionnements qui se faisaient des colonies de l'Amérique du Nord ont-elles diminué depuis la reprise des relations ? R. Oui; depuis celle époque, elles n'arrivent plus aussi fréquemment qu'autrefois.

le continent qu'avec les colonies de l'Amérique du Nord? R. J'entretiendrais des relations avec le pays qui m'approvisionnerait au prix le plus avantageux pour moi. D. Le payement en remises ou en espèces ne rend-il pas ce commerce peu avantageux pour la colonie? R. Si ce mode de payement ne change pas, ce commerce ne pourra offrir aucun bénéfice. D. Les États-Unis ne continueront-ils pas à exiger leur payement de celte manière, tant qu'ils maintiendront les droits prohibitifs sur nos produits ? R. Sans doute. D. Le commerce avec les États-Unis ne pourrait donc donner de bénéfice, à moins de modifications réciproques; si cependant on levait les restrictions qui pèsent sur les approvisionnements d'Amérique, ne serait-ce pas, pro tanto, un avantage pour le planteur? R. Ce serait, sans doute, un avantage ; mais il serait très-faible, tant que les Américains ne lèveraienl pas les droits prohibitifs imposés sur le rhum.

28.


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES.- Ire PARTIE.

D. Celte question est faite en général ? R. Je réponds alors que le bénéfice serait peu important. D. Quelle différence de profit trouvez-vous entre le commerce d'échange et les achats contre espèces remises? R. Celte différence est grande pour nous, parce que nous pouvons écouler notre rhum et nos mélasses par ces échanges. Au lieu de les envoyer en Angleterre, nous en disposons sur place, pour nous procurer des approvisionnements. D. La différence du prix des approvisionnements entre l'Amérique et les colonies anglaises est-elle suffisante pour couvrir la perle qui résulte pour vous du mode de payement? R. Depuis trois ou quatre ans, les approvisionnements venus des colonies de l'Amérique du Nord ont été fournis à peu près aux mêmes prix qu'exigeaient autrefois les Américains. D. Qu'entendez-vous en disant autrefois? R. J entends l'époque où le commerce fut ouvert avec l'Amérique, avant la déclaration de la guerre. D. Dans le commerce d'échange, ne prenez-vous pas pour base le cours des articles sur le marché ? R. Oui, sans doute : on fixe le prix d'un article offert en échange selon celui que le vendeur exige de sa marchandise. D. La différence entre le commerce d'échange et les achats en espèces et remises n'a-t-elle pas pour résultat d'élever le change avec les autres pays, de rendre le numéraire rare, et d'entraver ainsi le commerce môme de la colonie? R. Oui; cet effet se produit plus ou moins. D. Sur quels pays disposez-vous pour payer les cargaisons amenées d'Amérique à Demerara ? R. Sur la Grande-Bretagne. D. Continueriez-vous à échanger vos produits contre des bois ouvrés des colonies de l'Amérique du Nord, lors même que les droits protecteurs sur les articles des États-Unis seraient levés? R. Oui ; parce que, surtout en ce moment, peu de planteurs seraient à même de pouvoir disposer sur l'Angleterre, où leur prédit est perdu. D. Pouvez-vous indiquer la proportion de la mortalité parmi les Africains nouvellement importés, durant les quatre ou cinq ans que vous avez passés à Demerara, avant l'abolition delà traite ? R. C'est une queslion à laquelle il me serait difficile de répondre. Les Africains étaient placés, à leur arrivée , sur des plantalions où d'autres Africains résidaient depuis plusieurs années, et l'on ne s'occupait pas d'en établir spécialement la mortalité. D. Savez-vous si la mortalité était plus grande parmi les Africains nouvellement importés, que parmi les créoles? R. Elle était certainement plus considérable alors qu'elle ne l'a été depuis. D. Avez-vous eu occasion de connaître d'une manière positive le chiffre de la mortalité parmi les esclaves récemment importés, ■durant les 2 ou 3 années qui suivaient leur importation ? R. Je ne Fai pas su exactement. D. Savez-vous seulement quelle était. la moyenne de la mortalité dans la population esclave de Demerara, avant l'abolition de la traite ? R. Je n'ai eu aucun moyen de la connaître. D. Croyez-vous qu'elle ait été beaucoup plus considérable que

depuis l'abolition ? R. Je croirais qu'en effet la proportion était alors plus grande. D. La question se rapporte à la moyenne de la mortalité par chaque année. Etait-elle plus forte avant l'abolition qu'elle ne l'a été depuis ? R. Je le croirais. D. Pouvez-vous le prouver par des documents statistiques? R. Non.

D. Les plantations de Demerara sont-elles principalement dirigées par des propriétaires résidants ou par des géreurs ? R. Beaucoup des propriétaires de Demerara sont résidants. D. Les propriélés des planteurs résidants sont-elles hypothéquées ou engagées en aussi grand nombre que celles des nonrésidants ? R. A peu près de même. ]). Les propriétaires résident-ils depuis longtemps ? R. Beaucoup d enlre eux visitent de temps en temps l'Angleterre. D. Une grande partie des propriétés étaient-elles déjà engagées avant la conquête de 1803 ? R. Je le crois. D. A quelle époque se rapportent vos réponses précédentes ? R. A 181A. D. Savez-vous quelle était la position des planteurs avant la conquête de 1803 ? R. A cette époque, un grand nombre de planteurs étaient débiteurs des marchands ? D. Les créanciers hypothécaires étaient-ils principalement Hollandais ? R. Oui, en 1803 ; cependant je ne puis rien dire avec certitude à ce sujet. D. Les plantations sur lesquelles les propriétaires résident produisent-elles plus que les autres ? R. La production est à peu près la même. D. Croyez-vous qu'un propriétaire puisse tirer un parti aussi avantageux de sa plantation lorsqu'il en est éloigné, que lorsqu'il réside sur les lieux et veille lui-même à ses propres intérêts ? R. Il lui en coule davantage, mais je crois que le produit est à peu près le même. I). Etes-vous d'avis que les propriétaires résidants retirent de leurs plantations un revenu net supérieur à celui qu'obtiennent les autres ? R. Oui; si 1 on ne considère que les dépenses de l'exploitation, sans y comprendre celles du propriétaire. D. En portant le prix de revient d'un quintal de sucre à i5 francs, est-ce le montant de ce qu'il coûte au planteur résidant ou à l'absent ? R. Ce prix comprend toutes les dépenses, excepté les frais d'agence. Si l'on comprend ces frais, il faut, dans l'autre cas, faire figurer une somme égale pour le propriétaire qui gère luimême. L'agent n'est pas le géreur qui surveille les détails; c'est une personne qui lient les comptes el a la surintendance générale de la plantation. D. Les dépenses nécessaires à la direction d'une propriété sontelles les mêmes, que le propriétaire réside ou non, sauf les honoraires de l'agent en cas d'absence ? R. Je n'y vois pas de différence. D. Ainsi la présence ou l'absence du propriétaire n'influe en rien sur les dépenses, sauf ta cas de nomination d'un agent? R. Non. IX Le prix de revient de i5 francs est donc indépendant de la présence ou de l'absence du propriétaire ? R. Oui. D. Prétendez-vous qu'il n'y ait aucune différence dans la gestion d'une plantation, soit que le propriétaire réside el surveille ses propres intérêts, soit qu'il les confie à un agent ? R. Il ne s'ensuit pas de l'absence du propriétaire qu'une plantation doive être mal dirigée ; j'en sais beaucoup qui sont aussi bien conduites qu'il est possible, et dont pourtant les propriétaires résident en Angleterre. /). Prenez 200 propriélés dont, la moitié soient dirigées par des agents et les autres par des propriétaires résidants ; prétendez-


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

vous que les 100 plantations des propriétaires absents seront dirigées avec autant d'économie que les autres ? R. Cela dépend beaucoup des circonstances ; lorsque les propriétaires choisissent des hommes entendus, l'économie dans les dépenses est aussi grande que possible. D. Croyez-vous qu'il en soit ainsi pour les plantations de tous les propriétaires de Demerara ? R. Je ne juge que d'après mes observations personnelles ; j'ai eu de fréquentes occasions de voir des propriétés gérées, et toutes étaient parfaitement conduites. D. Il doit arriver souvent qu'un propriétaire soit tout à fait ignorant de la culture ; dans ce cas, ne pourrait-il pas nuire à ses propres intérêts en dirigeant lui-même sa plantation? R. Il est certain qu'une personne qui ne connaîtrait rien aux travaux de la colonie serait plus nuisible qu'utile. D. N est-il pas vrai que les géreurs se sont accoutumés à la direction des plantations en passant par tous les emplois, à partir de celui de teneur de livres ? R. Oui. D. N'entendez-vous pas que les propriétaires résidants sont des personnes qui ne connaissent rien aux affaires du pays, ni à la direction des plantations ? R. J'ai dit que des gens qui ne connaîtraient rien à la culture seraient plus nuisibles qu'utiles aux plantations; mais ce n'est certainement pas la position des propriétaires de Demerara, qui, pour la plupart, habitent le pays depuis longtemps. D. Ils connaissent donc la direction des propriétés coloniales ? R. Oui, sans doute. D. Quels sont les frais que s'épargne un propriétaire résidant, et qui retombent à la charge de celui qui se fait représenter par un agent ? R. C'est, en général, une commission, qui est quelquefois de 2 1/2 p. 0/0, quelquefois de 5, et, d'autres fois encore, de 10 p. o/o, selon les arrangements faits entre les parties. D. Pensez-vous que les achats d'approvisionnements se fassent avec autant d'économie par un agent que par un propriétaire résidant et bien au courant des affaires coloniales ? R. Je le crois, et en voici la raison : c'est que d'ordinaire un agent est chargé de plusieurs plantations , et qu'il achète de plus

petites. D. Lorsque vous résidiez à Demerara, étiez-vous votre propre géreur ? R. Non. D. Vous serait-il possible, à vous qui parfois vous éloignez de la colonie, de vous passer d'un géreur ? R. Je ne pourrais m'en passer étant en Angleterre, et lorsque je suis à Demerara j'en ai toujours un. D. Depuis que vous êtes propriétaire de votre plantation ne vous êtes-vous pas absenté cinq ou six ans? R. Oui; à différentes époques. D. Avez-vous résidé pendant deux ou trois ans de suite ? . R. Oui. D. Est -ce la coutume à Demerara que les propriétaires cultivent sur leurs plantations les vivres nécessaires aux esclaves. R. Oui, lorsque le sol le permet. D. Quel est le sol qui peut se refuser à la culture des provisions ? R. Il faut pour 1 igname et la cassave un terrain sec; le bana-

nier exige un sol riche. Sur quelques plantations on peut cultiver seulement le bananier, et vice versa. D. Est-il nécessaire que les nègres soient nourris de cassave, de bananes et d'ignames ? R. Ce n est pas une nécessité; mais, en général, c'est la nourriture qu on leur donne ; la banane, surtout, est d'un usage général à Demerara. Lorsque les plantations n'en produisent pas, les propriétaires sont obligés d'en acheter. D. La quantité de vivres qui s'importe à Demerara, pour la nourriture des noirs, est-elle considérable? R. Pas actuellement, excepté pourtant les salaisons; le reste est produit par la colonie; parfois on importe du riz et de la farine. D. Indépendamment de la nourriture animale, ne recueilleton pas à Demerara une grande partie des végétaux nécessaires à la consommation ?

grands approvisionnements à la fois ; il les obtient alors à aussi bon marché, sinon même à meilleur marché que les propriétaires.

R. Oui.

D. S ensuit-il, de ce qu il les achète à bon marché, qu'il compte un prix également raisonnable au propriétaire ? R. Tout ce que je puis dire c'est que, s'il est honnête homme,

R. Les

11 le fait. D. Quelles sont les personnes employées sur les propriétés en l'absence des propriétaires, et dont ils s'épargnent la dépense par leur résidence ? R. Il n'y a (pie l'agent.

433

D. Connaissez-vous quelque plantation de Demerara dont le propriétaire dirige lui-même les travaux et se passe d'un géreur? R. Il peut y en avoir une ou deux dans ce cas, parmi les plus

D. Dans quelles proportions ? 9/10 au moins. D. La colonie fournit-elle aussi la nourriture animale néces-

saire aux noirs ? R. On élève des porcs. D. Quelle est la quantité qui s'en importe pour la consommation des esclaves ? R. Elle n'est pas très-grande; on importe du bœuf, du porc, du poisson salé et des harengs des colonies de l'Amérique du

D. Ne peuvent-ils s'épargner les frais d'un géreur?

Nord.

R. Non.

D. Les esclaves consomment-ils de la viande fraîche? R. Ils élèvent eux-mêmes des cochons et de la volaille, qui servent à leur nourriture.

D. Un propriétaire, parfaitement au courant de la direction d'une plantation , ne pourrait-il donc se dispenser d'avoir un géreur ? R. Il le pourrait; mais ce ne serait pas son avantage, parce qu il faut une si grande surveillance, une application si constante, que bientôt il s'apercevrait que son économie lui coûte plus cher que la dépense réelle qu'il aurait faite. I). Le géreur est-il d'ordinaire créole ou blanc? R. II est blanc. D. Qu est-ce qui empêcherait un propriétaire blanc de diriger lui-même ses travaux comme le fait un fermier en Angleterre ? R. Rien ne pourrait l'en empêcher; mais cela se voit rarement.

D. Si l'on consacrait une plus grande étendue de terres à la culture des provisions pour les esclaves, les importations étrangères ne pourraient-elles pas être supprimées, et n'obtiendraiton pas, en outre, l'avantage de réduire la production? R. On n'importe plus guère d approvisionnements en végétaux. D. Le climat ne s oppose-t-il pas, dans les Indes occidentales, à ce que l'on puisse garder les viandes ? R. Oui. D. Ainsi, lorsqu'on tue un animal, il faut le manger immédiatement? R. On ne peut rien en conserver pendant plus d'un jour. 38..


434

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES.— PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

D. Ne savez-vous pas que les noirs ont un goût prononcé pour les provisions salées ? R. Je le sais; ils vendent leurs porcs el leurs volailles pour s'en procurer. D. Pouvez-vous indiquer les devoirs que doit remplir le géreur d'un planteur; l'agent n'est-il pas au-dessus de lui? R. L'agent remplace le propriétaire. D. Savez-vous quelles sont les obligations des intendants qui, dans certaines colonies, remplacent les employés qu'à Demerara on appelle géreurs ? R. Le géreur a la direction de l'intérieur des propriétés; il distribue les travaux aux esclaves, surveille la fabrication et dirige les artisans. D. Se montre-t-il souvent clans les champs? R. Il doit y être présent tous les jours, et inspecter les travaux ; beaucoup d'autres soins sont en outre à sa charge.

e

qu'il ne le ferait autrement, c'est-à-dire ce qu'il dépense sur sa propriété quand il l'habite, el qu'il n'y dépenserait pas s'il résidait au dehors ? R. Cela est juste; mais je ne vois pas que cela importe en rien à la question dont il s'agit. D. Le nombre d'individus qu'une personne peut entretenir ne dépend-il pas de la somme qu'elle peut consacrer à cette dépense? R. Je le crois. D. Quand un propriétaire abandonne ses domestiques pour aller résider à l'étranger, n'est-il pas obligé de dépenser un excédant pour l'entretien de ces esclaves, si, après son départ, on a besoin de leurs services pour la culture? R. Leur travail compense alors, et au delà, ce que coûtent leur nourriture et leur habillement.

D. Qu'est-ce que vous appelez intendant à Demerara? R. C'est r employé qu'à la Jamaïque on désigne par le nom de teneur de livres.

D. Mais ne faudrait-il pas pour leur entretien faire une dépense qui, avant le départ du maître, était compensée parleurs services comme domestiques? R. Ce n'est pas ainsi que j'envisage la proposition.

D. Que doit faire l'intendant? R. Il faut qu'il surveille les travaux des champs et ceux des moulins, ainsi que la distillerie et la fabrication du sucre; il faut aussi qu'il s'occupe des animaux et de bien d'autres choses. D. A-t-il soin des magasins ? R. Il tient compte de ce qui en sort.

D. N'est-il pas vrai que quand on renvoie aux travaux des champs, après le départ du propriétaire, les noirs que, pendant son séjour, il employait comme domestiques, il en résulte un excédant de frais pour leur entretien? R. Je croirais plutôt le contraire; c'est-à-dire que le travail de ces esclaves ajouterait au revenu de la propriété plus que ne

D. Un géreur et un intendant sont-ils indispensables à un propriétaire, même lorsqu'il habite la colonie ?

coûterait leur entretien.

R. Oui. D. La seule dépense en surcroît d'un propriétaire absent est donc le traitement qu'il fait à son agent? R. Précisément. D. Lorsqu'un propriétaire réside sur sa plantation, n'en résulteI il pas une diminution des travailleurs par le nombre de noirs qu'il occupe à son service? R. Oui; car il faut ou qu'il emploie les siens ou qu'il en loue d'étrangers, et ordinairement il préfère se servir des siens. D. Lorsqu'il est absent de la colonie, les noirs qui auraient , été occupés à le servir sont employés aux travaux des champs? R. Oui. D. Comprenez-vous qu'un propriétaire résidant est exposé, pour son entretien el celui de ses domestiques, à des dépenses qu'il n'aurait pas à supporter s'il était éloigné? R. Je n'entends pas dire cela; mais seulement que les noirs qu'il occupe pour son service personnel sont de moins dans les ateliers de travailleurs. D. En supposant à ce propriétaire le même revenu partout où il réside, il lui faut le même nombre de serviteurs? R. Sans doute, il lui faut des domestiques; mais cela n'a pas de rapport avec la production du sucre. D. L'entretien d'un certain nombre d'esclaves à Demerara ne peut donc être envisagé comme une dépense résultant nécessairement de sa résidence? R. Non; mais le travail de la plantation n'en est pas moins réduit. D. Comment peut-il le réduire puisqu'il consacre, à entretenir ces esclaves à Demerara, une portion de revenu qu'il ne pourrait pas employer à cet usage s'il ne résidait pas dans la colonie? R. Je distingue le revenu d'une plantation de celui du propriétaire; car il peut jouir de ce qu'il possède aussi bien ailleurs qu' ici ; mais, s il réside sur sa plantation el occupe huit ou dix nègres, par exemple, autour de sa personne, il faut que le travail

I). Le travail des esclaves procure-t-il aujourd'hui un revenu net aux propriétaires ? R. Quelquefois oui, quelquefois non. I). En considérant les dépenses d'un côté, et les produits de 1 autre, une plantation de 5oo esclaves rapporte-t-elle un revenu clair au propriétaire ? R. Il peut retirer quelque intérêt de son capital. D. Qu'entendez-vous par cet intérêt? R. J'entends (pie si l'on a employé 2,5oo,ooo francs sur une propriété, et qu'on en retire 2 5o francs, on a quelque intérêt; que si l'on en relire 25,000 francs, cet intérêt est à raison de 1 p.

0/0,

cl ainsi de suite.

D. Entendez-vous que, si un planteur consigne ses produits à un marchand son créancier, celui-ci peut lui établir un compte présentant un excédant des recettes sur les dépenses ? R. Je veux dire qu à présent même, les dépenses d'une plantation a Demerara ne sont pas aussi fortes que son produit, et qu'en conséquence il reste quelque bénéfice ou quelque intérêt du capital. /). A. combien s'élève cet intérêt? R. Je ne puis le dire, ni pour cette année, ni pour l'année dernière; mais, en 1830, une des meilleures plantations de Demerara n'a pas rapporté plus de. 2 1/4 p. 0/0 du montant de son capital. D. Le calcul comprend-il la perle el la détérioration des esclaves ? R. Non. I). A combien estimez-vous ce que l'on perd ainsi? R. Je

11e

saurais le dire à l'instant; c'est

un

objet qui demande

réflexion. I). Dans le cas où des domestiques seraient mis aux travaux des champs, le bénéfice que procurerait leur travail, au delà des frais de leur entretien, serait-il de 3 p. 0/0?

de ceux-ci soit fait par d'autres.

R. On 11e peut établir ce résultat pour un ou deux esclaves, mais seulement en général.

D. Lorsqu'un propriétaire est résidant, ne consacre t-il pas à l'entretien de ses esclaves une plus grande portion de son revenu

D. Ne calcule-t-on pas la moyenne du rapport d'un noir, au delà de ses frais , à 3 p. 0/0 ?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES, — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

R. C est ce que l'on calcule sur le capital en même temps que

435

ANNÉE 1829.

sur les esclaves. D. A-t-on converti beaucoup de plantations de coton et de café eu plantations a sucre dans la colonie de Demerara ?

IMPORTATIONS.

14,674,950f

De la Grande-Bretagne. (Valeur officielle.) Des Indes occidentales

R. Oui.

G J 4 QQQ

3,478,750

Des colonies de l'Amérique du Nord

D. Depuis que vous connaissez cette colonie, dans quelle proporlion s est augmentée la culture du sucre?

Diverses

79,475

1,263,025

Des pays étrangers

R. A 1 époque de mon arrivée, les deux tiers environ de la population étaient occupés à cultiver le colon et le café.

20,110,200

TOTAL

D. Maintenant quelle est celle proportion ?

Navires entrés.

R. Je croirais qu'il n'y a plus guère que le cinquième de la population qui s occupe de ces cultures. Jusqu'en 1810, les exportations de café se sont quelquefois élevées à 20 millions de livres, et celles de coton à 3o,ooo balles.

De la Grande-Bretagne

184 nav. 299

Des colonies anglaises

I

245

105

8,938

589

92,805

Des États-Unis Des pays étrangers

D. Pouvez-vous établir les exportations de Demerara en coton, en café et en sucre, à une époque rapprochée et à une autre plus

53,356 ton. 30,266

5,540 hom.

éloignée ? R, Je ne pourrais parler d'une époque éloignée que par souvenir; mais voici le relevé des exportations et des importations pendant les trois dernières années.

Navires sortis. Pour la Grande-Bretagne

212 nav.

Pour les colonies anglaises... Pour les États étrangers

355

57,870 ton. 30,388

26

4,032

593

93,190

ANNÉE 1828. 5,525 hom.

IMPORTATIONS.

12,637,600f

De ia Grande-Bretagne. (Valeur officielle.)

EXPORTATIONS.

569,585

Des Tildes occidentales

3,675,550

Des colonies de l'Amérique du Nord

58,861 boucauts.j

Sucre

21,850

Diverses Des pays étrangers

840,600

Idem

17,745,125

Idem Idem

21,052 poinçons.] 4,101 muids... [

Rhum TOTAL

Navires entrés.

5,184 balles

1,401,075

4,694,921 livres

5,141,325

Idem

21,142 muids... ) 266 tierçons . :>

Idem

52 barils...)

Mélasses.... De la Grande-Bretagne

170 nav.

51,318 ton.

Des colonies anglaises

288

27,037

70

6,722

537

85,077

Des États étrangers

2,808,175

836 barils . . . )

Coton Café

34,731,675f

1,281 tierçons. > Valeur 2,425 barils...)

1,922,325

488,325 608 725

Articles des manufactures anglaises Articles divers

47,101,625

TOTAL

5,157 hom.

ANNÉE 1830.

Navires sortis

IMPORTATIONS.

Pour la Grande Bretagne ....

106 nav.

55,240 ton.

Pour les colonies anglaises.. .

331

26,504

14

3,572

541

85,325

Pour les États étrangers

13,552,675'

De la Grande-Bretagne (Valeur officielle.) Des colonies des Indes occidentales Des colonies de l'Amérique du Nord

540,700 3,129,200

Des États-Unis d'Amérique 5,094 hom.

13,525 1,127,100

Des pays étrangers

18,363,200

TOTAL EXPORTATIONS.

Sucre

Idem Idem Rhum

Navires entrés.

55,332 boucauts.) 962 tierçons . ( Valeur

32,541,850

2,736 barils. . . I 17,437 poinçons.]

Colon

6,883 balles

1,731,875

3,819,375 livres 26,788 muids... j

3,448,100

652 tierçons . \

2,450,000

Idem Idem

169 nav.

Des pays étrangers

2,643 muids...'

Café

De la Grande-Bretagne Des colonies anglaises

Idem Idem

Mélasse ....

f

31,632

79

7,170

567

89,240

2,271,550

437 barils...)

5,230 hom.

Navires sortis.

71 barils...)

Articles divers

394,375

Articles des manufactures anglaises, 6,976 colis

648,250

TOTAL

50,438 ton.

319

43,486,000

Pour la Grande-Bretagne

192 nav.

54,858 ton.

Pour les colonies anglaises ...

379

35,872

1 23

gg 3 697

595

94,523

Pour les États-Unis Pour les pays étrangers

28...

5,600 hom.


436

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE. portait iô p. o/o, pourrait-il espérer rentrer dans son capital au taux actuel des bénéfices ?

EXPORTATIONS.

56,666 boucauts.)

Sucre

Idem Idem

R. Non, sans doute.

4,502 barils...)

D. II serait alors dans une fâcheuse position?

26,143 poinçons. \

Rhum

Idem Idem

4,835 muids.../

R. Oui. 3,477,650

1,296 barils...) 3,695 balles

899,275

5,025,256 livres

4,546,575

Coton Café

2,848 tierçons . ( Valeur officielle. 34,048,125f

Mélasses....

19,585 muids

1,752,925

Articles des manufactures anglaises

651,700

Articles divers

517,250

/). D'après les relevés des exportations et des produits de Demerara, semble-t-il que, pendant les deux années dernières, le travail des esclaves ait été moindre qu'il n'était précédemment ? R. Les ordres en conseil n'ont, je crois, été mis à exécution qu'en 1830; c'est à peine s'ils ont encore pu produire quelque effet; je pense néanmoins que la récolle de 1831 subira une réduction.

TOTAL

45,892,600

D. Les terres consacrées à la culture de la canne s'épuisentelles facilement ? B. Oui, d'une manière très-rapide. D. En combien d'années ? B. Comme toutes les autres, elles oui besoin d'engrais après un certain nombre d'années. On peut les laisser 8 ans, cl quelquefois i5 ou 20 sans les fumer. D. Lorsqu'elles paraissent épuisées et qu'on leur fournil de l'engrais, pendant combien d'années continuent-elles encore^ à produire ? R. Depuis longtemps le sucre est cultivé dans les îles, et avec des soins on pourra le cultiver longtemps encore. Seulement la quantité de sucre diminue à mesure que le sol s'appauvrit. D. Recueille-t-on quelques produits entre les rangs de cannes ? R. Quelquefois on y sème du millet, mais lorsque le sol est

D. Vous avez dit qu'il y avait eu diminution d'un dixième dans le travail des esclaves depuis deux ans, par suite de l'excitation qui est résultée de la promulgation des ordres en conseil. Cette diminution a-1 elle été confirmée par une diminution équivalente dans les exportations? R. Les exportations ne peuvent fournir de preuve a ce sujet, parce que la canne est un an sur pied avant d'être manufacturée. Ce n'est donc qu'en 1831 qu'il sera possible de juger de l'effet produit par les ordres en conseil. D. La culture de quelques plantations n'a-t-elle pas été abandonnée par suite de la détresse présente? IL Y ai déjà dil que ce motif en avait fait abandonner une ou deux. D. C est donc a la réduction de la culture produite par la détresse, qu il faudra attribuer la réduction des exportations? R. Non, parce que les noirs des plantations abandonnées ont ele transportés sur d autres beaucoup plus fertiles. En sorte que 1 abandon d une plantation ne peut influer en rien sur les expor-

riche.

tations.

D. En général les provisions ne sont-elles pas cultivées séparément? R. Oui. D. N'est-on pas dans l'usage d'alterner les cultures entre les

D. Croyez-vous que la condition des esclaves ait été pire ou meilleure depuis l'abolition de la traite? R. Elle s'est améliorée.

rangs de cannes? iï. Non; il en peut être ainsi dans quelques îles, mais pas à Demerara. D. Quelle est la proportion des produits de celte colonie expédiés directement pour les ports d'Europe? R. Le relevé qui précède donne cette indication. D. Combien, dans le nombre des propriétaires de Demerara, se trouve-t-il de mineurs et de femmes? R. Je ne suis pas à môme de répondre à cette question. D. Les propriétaires de ces deux catégories sont-ils nombreux? Pi. Oui; mais je ne puis en indiquer la proportion. I). Beaucoup de propriétés sont-elles entre les mains de curateurs ? R. Oui. D. Naturellement les propriétaires qui sont dans le cas d'être représentés ne résident pas? R. Non. I). Vous avez dit qu'en 1830 le revenu s'était élevé à a i/4 p. o/o du prix d'achat des propriétés? R. Oui.

D. Connaissez-vous la moyenne du revenu des propriétés achetées dès 1 origine de la colonie? R. Jusques il y a six ans, elles rapportaient 10 p. o/o. D. Si 1 on fait entrer les bénéfices en ligne de compte, le capital primitif ne semblera-t-il pas été avoir été remboursé sous

D. Comment entendez-vous cela? II. J'entends qu'on a eu plus de soins de leur santé et de leur bien-être. I). Cette augmentation de soins a-t-elle produit l'effet qu'on en espérait pour la santé et le bien-être des noirs? R. Je le crois. I). En conséquence de cette amélioration dans sa condition, l'esclave fournit-il plus de travail qu'autrefois? R. Si Ion veut parler du travail des champs, je dirai non. Autrefois les noirs travaillaient autant qu'aujourd'hui, seulement ils ne mettaient pas autant d'intelligence dans leurs travaux. I). N arrive-t-il pas, pour plusieurs espèces d'animaux, qu'en les entretenant en bon étal on en obtient plus de travail que si on les excède et les nourrit mal? R. Je n'ai jamais dil que les noirs fussent surchargés ou mal nourris autrefois, mais qu'on leur accorde aujourd'hui une plus grande somme de bien-être; leurs cases sont meilleures et coûtent plus cher; voilà le bien-être que j'entends ; du reste ils ont toujours été abondamment nourris. t). N'est-il pas vrai que les animaux font plus de travail lorsqu'ils sont bien soignés que lorsqu'on les néglige? IL Oui certainement; niais, avec une nourriture abondante et saine, un homme est capable d'autant de travail que celui qui est nourri plus délicatement.

forme de prime?

I). Ne convenez-vous pas que, sous le rapport de l'apparence extérieure, les noirs sont aujourd'hui dans une meilleure condition qu'avant l'abolition de la traite?

R. Il est naturel que toute personne qui place ses capitaux dans le commerce recherche les avantages delà spéculation.

II. (je que j'entends par apparence extérieure c'est qu'ils sont mieux soignés et mieux vêtus qu'autrefois.

D. Quelqu'un qui aurait acheté une plantation lorsqu'elle rap-

D

N'avez-vous pas dil que la mortalité par an, sur un certain


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

nombre d'esclaves, est moins grande qu'avant l'abolition delà Iraile ? I'. Je crois que cela est.

437

ne repose-t-elle pas dans le chiffre de la mortalité annuelle ? Comment pourriez-vous mieux juger de l'état de santé de la population qui nous occupe ?

D. La meilleure preuve de l'état de santé d'une population

R. Je ne suis pas préparé à répondre à ce sujet.

N° 119. NOUVEL INTERROGATOIRE DE M. PETER ROSE. 17 février 1832.

D. Quel fret avez-vous payé dans ces derniers temps pour envoyer vos sucres de Demerara en Angleterre ? R. Le taux en est variable. D. A combien s'est-il élevé pendant les dernières années? R. Il était, l'année dernière, de 5 francs à 6 fr. 2 5 cent. D. Quel est le taux que vous avez payé vous-même ? R. Depuis 3 fr. 75 cent, jusqu'à 6 fr. 2 5 cent, dans les derniers temps. D. Avez-vous payé ce prix l'année dernière ? R. Je ne saurais dire s'il a été exactement le même. D. N'est-ce pas celui qu'exigent les marchands d'Angleterre ? R. Oui. D. Vous rappelez-vous quel était le fret en 1830 ? R. Je crois qu'on demandait 5 francs au plus bas et 6 fr. 25 c. au maximum, mais je n'en ai pas la preuve sous les yeux. D. Et l'année dernière ? R. Je crois me rappeler qu'il n'a pas dépassé 5 francs. D. Pour quels ports de la Grande-Bretagne étaient destinées vos expéditions ? R. Pour Londres, Glasgow et Liverpool. J'ai payé 4 fr. 65 c. et jusqu'à 6 fr. 25 cent. Quelques-uns des navires sur lesquels j'ai chargé étaient de passage et manquaient de fret. Nous vendons aussi beaucoup de nos sucres dans la colonie. D. Combien avez vous d'esclaves sur votre plantation de Denierara ? R. J'ai déjà dit qu'ils sont au nombre de 5oo. D. Veuillez indiquer la moyenne de votre récolte en sucre pendant les trois dernières années ? R. Je ne la connais pas pour 1831, mais elle a été de 700 boucauts pendant les deux autres années. D. Considérez-vous celte récolte comme satisfaisante ? R. Oui, celle de 183 1 ne dépassera pas 5oo bon eau! s. D. Vos esclaves travaillent-ils à la lâche? R. La réponse que je pourrais faire à celte question ne serait intelligible que pour un homme qui connaîtrait la culture. Nous exigeons des esclaves une tâche proportionnée à la force des ateliers dont ils font partie. D. Savez-vous que, depuis quelque temps, on adopte à Demerara la coutume du travail à la tâche? R. Oui. D. Faites-vous travailler de cette manière autant que les autres planteurs de Demerara ? R. La coutume de la tâche est assez générale; pourtant je ne sais pas avec certitude ce que font les autres planteurs. D. Avez-vous eu connaissance du témoignage de M. Hyndman en réponse aux questions du comité ? R. Non. D. Combien avez-vous payé d'assurance pour les produits que vous avez expédiés en Europe depuis deux ou trois ans ? R. Los assurances varient d'année en année. D. Reste-t-il encore à Demerara beaucoup de terrains innoccupés propres a la culture du sucre?

R. Je pense que, sur plusieurs points delà colonie, il se trouve encore beaucoup de terres vierges qui n'ont pas été concédées. D. En supposant une augmentation de la population esclave, la culture du sucre pourrait donc s'augmenter considérablement ? R. Oui, la conséquence est toute naturelle. D. Jusqu'à quel point pensez-vous que cette culture pourrait s étendre, en admettant qu'il y ait un nombre suffisant d'esclaves ? R. Je n'ai jamais fait aucun calcul à ce sujet. D. Pourrait-elle devenir le double de ce qu'elle est aujourd'hui ? R. Non, sans doute. D. Vous ne croyez donc pas qu'il y ait assez de bonnes terres pour cela ? R. Non. D. Quel développement, selon vous, la culture pourrait-elle prendre ? R. Je ne sais ; mais d après ce que je connais de la nature du pays, il n y a que quelques districts où la canne puisse prospérer. D. Pourtant il y a encore une certaine étendue de terres de cette nature ? R. Oui, elle est même considérable. D. Bien qu il y ait des terres incultes à Demerara, ne se peutil pas quelles soient trop éloignées des plantations pour que les usines existantes soient employées à leur exploitation ; ne faudraitil pas en élever de nouvelles sur les lieux mêmes ? R. Précisément. D. Ne se trouve-t-il pas des terres vierges contiguës aux plantations actuelles ? R. Non ; elles ont toutes été concédées à ces plantations. D. Ainsi il faudrait élever de nouvelles usines pour tirer parti des terres vierges ? R. Oui. D. Vous avez dit qu'avant dix ou douze ans il n'y aurait pas d'augmentation considérable dans la population de Demerara? R. C'est mon opinion. I). En sorte qu'il faudrait beaucoup plus de temps encore pour que celte population s'accrût au point d'étendre considérablement la culture de la canne ? R• Oui, à moins que l'on importât de nouveaux esclaves. D. Quels sont ceux des travaux des plantations à sucre que 1 on peut faire exécuter à la lâche ? R. Une partie du sarclage, la coupe des cannes et les tranchées. D. Excepté ces travaux,qui se font à la main, ne peut-on pas en faire exécuter d'autres ? R. Je n'en connais pas. D. En supposant que la population des esclaves reste la même, pensez vous qu'il puisse y avoir une agmentation importante dans la production du sucre, si le prix s'élevait assez pour que cela fut désirable ? R. Cette culture diminuera plutôt qu elle 11 augmentera. D. Si les demandes de sucre devenaient plus fortes, et si en conséquence le prix s en élevait, Demerara fournirait-il davantage à l'exportation ?


438

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE,

R. Non, si la population restait la même; mais, si on abandonnait la culture du café et du coton , les esclaves qu'on y occupe pourraient être transportés sur les plantations à sucre; c'est, du reste, ce à quoi on n'a aucune raison de s'attendre. D. N'y a-t-il aucun moyen d'augmenter la production, soit par le perfectionnement des machines, soit par l'amélioration de la culture? R. On pourrait améliorer le système de culture si les prix augmentaient, parce que les planteurs seraient à même de faire de plus grandes dépenses pour perfectionner leurs appareils et pour introduire des moyens mécaniques propres à réduire le travail manuel ; cela a déjà eu lieu, d'ailleurs, à un certain degré. Mais ce qui contre-balancerait cet avantage, c'est que le sol s'appauvrit chaque année, et que plus on cultive un terrain, moins il rapporte. D. Quels sont les avantages que l'on retirerait des machines à vapeur? Si l'on substituait la vapeur aux animaux pour faire mouvoir les moulins, le nombre des animaux ne diminuerait-il pas, et alors n'éprouverait-on pas une disetle d'engrais? R. Oui. Cette conséquence serait inévitable. D. Ce mal contre-balancerait peut-être l'avanlage des machines à vapeur ? R. Oui. D. L'a-t-on déjà ressenti ? R. Non, pas autant qu'on le ressentira dans quelques années ? D. Le sol de Demerara étant plus neuf que celui des autres colonies, cet inconvénient n'y serait sans doute pas aussi sensible qne dans ces colonies ? R. Non. D. Pendant combien d'années les cannes fournissent-elles des rejetons à Demerara ? R. Dans un bon sol, elles en fournissent, en général, pendant quatre ans; mais d'ordinaire, tous les trois ans, nous faisons de nouveaux plants. D. Dans un terrain cultivé depuis longtemps, les rejetons ne poussent probablement pas autant de fois que dans les terres neuves ? R. Cela est vrai. Les terres vierges peuvent en fournir cinq fois; trois ans après qu'elles ont été mises en culture, elles peuvent même en fournir pendant six, sept ou huit ans; c'est le plus qu'on obtienne avec des soins convenables. D. Lorsque vous obtenez du sucre de cannes qui ne fournissent des rejetons que pendant un an ou deux, le travail nécessaire pour planter de nouveau doit diminuer la production ? R. Sans doute. On estime à 225 francs par acre de terre ce qu'il en coûte pour creuser des trous; c'est donc autant à payer tous les trois ans. D. Comment prépare-t-on la terre lorsque les cannes cessent de donner des rejetons ? R. On la remue, et l'on fait, de nouveau des trous. D. De quel engrais se sert-on ? R. De celui que fournissent les bestiaux ; mais on ne s'en sert pas autant à Demerara que dans les îles. D. Il suffit donc de remuer la terre et de la fumer pour la remettre en état ? R. Oui, lorsque le sol est bon. D. Les noirs de votre plantation sont-ils traités comme ceux dont le traitement a déjà été exposé dans cette enquête ? On les fait travailler à la tâche, et leur besogne, excepté pendant la récolte, est finie à trois heures de l'après-midi; le reste de leur temps leur appartient; toutefois ils ne peuvent quitter la plantation pendant le jour. La nuit, ils sont libres d'aller dans toutes les directions. R. Ce que vous dites se rapporte à la propriété de M. Kalon,

et peut être vrai; mais je ne puis agir en tout comme lui. Certains noirs sont capables de terminer leur tâche à deux heures de l'aprèsmidi ; d'autres ne la terminent pas aussi vite. D. Avez-vous suivi le système de ce planteur pour votre propriété ? R. Oui. Nous assignons aux noirs une certaine tâche: beaucoup d'entre eux rentrent: deux ou trois heures avant les autres. Quelques-uns prennent plus de temps pour leur dîner. D. Ce mode de travail a-t-il été reconnu plus avantageux que le travail a la journée, tant pour la plus prompte expédition de la besogne que pour la satisfaction des noirs ? R. Les opinions sont partagées à ce sujet. D. Quel résultat en avez-vous obtenu ? R. Nous l' avons suivi plus ou moins généralement, et jamais nous n avons entendu de plainte de la part de nos gens. D. Ainsi vous lui accordez votre approbation ? R. Oui. D. Voudriez-vous dire si votre propriété est libre de tout engagement, et si vous.pouvez expédier vos produits à qui bon vous semble ? R. Nous sommes redevables de quelque argent sur notre propriété. D. Vous expédiez vos produits sur divers points? R. Oui; à Glasgow, à Liverpool, à Londres, et à Belfast. Nous ne sommes pas tenus de faire nos expéditions pour un endroit désigné; nous disposons de nos produits comme il nous convient. D. Pourriez-vous produire les comptes de vente de vos correspondants, pour faire juger des frais qu'ont à supporter vos envois en Europe, et communiquer le détail des articles qui vous sont envoyés pour les besoins de votre plantation ? R. Je ne le pourrais en ce moment. D. Vos correspondants ne pourraient-ils pas fournir ces renseignements ? li. J'ai cessé mes relations avec plusieurs. D. Vous avez sans doute conservé des rapports avec quelques autres ? R. Ceux-là ne nous ont pas fourni d'approvisionnements clans ces derniers temps. D. Faut-il conclure de votre réponse que vous ne pouvez fournir aucun compte de vente de vos produits ? R. Je puis en fournir un.

D. Contient-il le détail des frais qui vous sont comptés? R. Oui. D. Pouvez-vous aussi fournir le détail des approvisionnements qui vous ont été expédiés à Demerara? R. Nous les avons achetés en grande partie dans la colonie, sauf les machines, ou autres choses de cette nature, que nous avons tirées d'Angleterre. D. Connaissez-vous les circonstances suivantes relatives à la population noire de Demerara, et pouvez-vous les expliquer : En 1829, il y avait 37,000 esclaves hommes, et 3?.,000 femmes. Les décès, pendant les trois années antérieures au mois 1829, s'étaient élevés à 3,5oo pour les hommes, et à pour les femmes; et les naissances, à 2,251 pour les hommes, et à 2,243 pour les femmes, c'est-à-dire dans une proportion égale, tandis que les décès avaient été comme 5 à 3. R. Je n'ai jamais réfléchi à cela ; la seule raison que j'en

de mai 2,5OO

puisse donner, c'est que les Africains mâles étaient, en bien plus grand nombre que les femmes, à une époque déjà avancée de leur existence. D. Qu'y a-t-il dans la condition des hommes et des femmes qui puisse déterminer une si grande disproportion dans les décès ?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2

e

R. Je ne saurais répondre d'une manière satisfaisante à celle question, parce que je ne m'en suis jamais occupé. D. Peut-on l'attribuer à la supériorité du nombre des Afri-

ENQUÊTE. — 1832.

439

claves s'y faisait encore ; quelle était, à celle époque, la proportion relative des hommes et des femmes importées ? R. Il y avait largement deux tiers d'hommes contre un tiers

cains mâles ? R. Ce serait le seul motif rationnel que je pusse supposer.

de femmes.

D. Peut-cire serez-vous à même déjuger du mérite de votre manière d expliquer celte différence, quand on vous aura fait connaître ce qui résulte des dépositions de M. Hyndman. Voici

pulation à la grande inégalité des sexes ?

ce qu'il a déclaré : Les relevés de la population de 1829 établissent que les hommes étaient, relativement aux femmes, dans la proportion de

mouvement de la population jusqu'au moment où doit disparaître cette inégalité dans la proportion des sexes ?

37 à 32. Il y avait 20,732 noirs créoles contre 21,947 femmes, et 16,362 noirs Africains contre 10,329 femmes; ainsi la proportion des Africains mâles, relativement aux femmes, était de 5 a 3, c est-a-dire la même que celle des décès ; mais, comme la population africaine n'est que du tiers de celle des esclaves, la

D. Le traitement des femmes est-il tellement différent de celui des hommes, que l'on puisse expliquer ainsi la différence dans la mortalité ?

proportion de 5 a 3 dans les décès, qui ne pourrait, selon vous, s appliquer qu'à ce tiers , ne prouve pas que le nombre total des décès de la population esclave ait été dans la même proportion. R. Peut-être, en consultant les relevés de la population pour 1826 , parviendrait-on à éclaircir la question. D. En 1826, les Africains mâles

formaient un total de

contre 11,592 femmes, et les créoles mâles étaient au nombre de 19,860 pour 21,032 femmes. Il en résulterait que les Africains mâles n'étaient que dans la proportion de 18 à 38 sur la population totale, et les femmes dans celle de 11 1/2 à 3a 1/2; c'est à peu près la même situation qu'en 1829. Votre 18,898

D. Vous avez précédemment attribué la rapidité de la dépoR. Oui. D. Pensez-vous que l'on puisse se rendre un compte exact du

R. Je ne le crois pas.

R. Non. D. Les femmes travaillent-elles dans les champs en même temps

que les hommes ? R. Oui, excepté lorsqu'il s'agit de faire des tranchées. D. Avez-vous une maison de commerce en Angleterre ? R. Non. D. Vous ne vous êtes jamais appliqué à rechercher les causes

de la dépopulation ? R. Non. D. Avez-vous quelque chose à ajouter à votre témoignage

d'aujourd'hui ou à celui d'hier ? R. J aurais à dire, au sujet du commerce avec les Américains,

explication ne serait donc pas plus applicable à une année qu'à l'autre. Pourriez-vous signaler quelque circonstance qui expliquât la disproportion des décès dans les deux sexes à Demerara ? R. J'ai déjà dit que je n'avais pas suffisamment approfondi ce

que les colons avaient considéré la question comme réglée par la correspondance qui avait eu lieu, en 1826, entre M. Canning cl le ministre américain. Les relations étant restées interrompues pendanl les trois années qui suivirent, ils croyaient que les choses

sujet.

continueraient ainsi.

D. Lorsque vous êtes arrivé à Demerara, le commerce. d'es-

N° 120. INTERROGATOIRE DE M. JAMES NASMYTH. D. Quelles sont vos occupations ? R. Je suis raffineur à Londres. ')■ Avez-vous des associés ? R. Non.

moitié de ce que 1 on met dans les barils, parce qu'on ne peut faire cuire celte espèce inférieure de sucre qu'à un degré peu élevé.

D. Combien avez-vous de chaudières ?

/). Qu'appelez-vous un degré peu élevé ? R. Au thermomètre de Fahrenheit, le degré le plus élevé serait de 244; on pourrait faire cuire le sucre à ce point, mais,

R. Cinq.

dans les colonies, on n'élève pas la chaleur au-dessus de 235.

R- Travaillez-vous d'après le système de M. Howard ? R- Non, les opérations se font à chaudière découverte.

D. Ainsi on se borne à donner 235 degrés de chaleur an lieu de 244? R. Oui; c'est selon la volonté du cuiseur

D. Depuis combien de temps êtes-vous raffineur ? R■ Depuis environ douze ans. D. Auriez-vous quelques idées à communiquer à la commission sur la possibilité, pour les colonies, d'envoyer leurs sucres dans un état plus convenable, de manière à leur abréger le travail de la fabrication, et à la rendre plus avantageuse au planteur? R. Oui. D. Veuillez les expliquer. R. Le moyen que j'aurais à proposer serait d'admettre des sucres d'une nouvelle espèce à un droit modifié, de manière à augmenter le revenu public, soulager le planteur, et, en ajoutant aux bénéfices du pays, réduire le prix pour le consommateur. D. De quelle espèce nouvelle de sucre entendez-vous parler ? R. D'après le système suivi aujourd'hui dans les Indes occidentales, quand le sucre est bouilli à un certain degré on le laisse refroidir, et on le met en barils, où il reste jusqu'à ce qu'il ait égoutté toute sa mélasse; çelle-ci est ensuite convertie en rhum. Or la quantité de mélasse qui s'égoulte du sucre est égale à la

D. Veuillez continuer. R. si r on ne cuisait pas à ce point, les mélasses ne se sépa-

reraient pas aisément des sucres. La plus grande partie des sucres coloniaux sont de celte qualité inférieure, c'est celle qui nous est envoyée ordinairement. D. Dans quelle proportion le sucre inférieur est-il avec l'autre?

R. Je ne saurais le dire, mais il compose la plus grande partie de ce qui est envoyé sur nos marchés. D. Les sucres inférieurs ne sont-ils pas vendus aux épiciers,

et les autres achetés par les raffineurs ? R. Non. On importe des colonies en Angleterre des sucres qui valent de 56 fr. 2 5 cent. à 75 francs.

D. Les épiciers ne préfèrent-ils pas le sucre inférieur, et les raffineurs celui qui est de plus belle, qualité ? ZI. Les raffineurs préfèrent le sucre consistant, et les épiciers celui qui est jaune brillant ou blanc. Les plus belles espèces de sucre, c est-a-dire le plus beau jus de canne, est celui qui rend le moins de mélasse lorsqu'il est cuit. Les calculs suivants sont basés sur les plus belles qualités, qui sont le moins favorables à


RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

40

l' opération de la nouvelle méthode proposée , et qui, conséquemment, laissent plus de latitude pour obtenir des résultats avantageux. J ai fourni à la commission un échantillon de sucre cuit

Nouveau, système proposé. Sucre et mélasse non séparés et embarqués dans cet état : 20 quintaux il 43 fr. 75 cent., en barils

à un haut degré. D. La cuisson s'en est-elle faite ici ? R. Oui. J'ai voulu donner une idée du sucre dans l'état où je dis qu'on devrait l'importer, ou dans un état à peu près semblable. Suivant le système actuel, quand le jus est bouilli, on le laisse refroidir; alors il devient compact, et on le met clans des tonneaux pour égoutter ; le sirop qui en sort est converti en rhum, et le sucre envoyé en Angleterre. Ce sucre est brut ou à l'état de moscouade. De 20 quinlaux mis à égoutter, on retire 7 quintaux de mélasse, et il s'en perd 1, et plus ordinairement 2, pendant la traversée jusqu'à la livraison à l'acheteur de Londres. Pour me rendre plus clair, voici le calcul que j'ai établi :

Dépenses réduites. Droit actuel sur le sucre brut

30' 00

Idem sur la mélasse

11 20

e

/

ENSEMBLE

41

20

dont la moyenne est de 20 fr. 60 cent. 412f 50e |

Droit sur 20 quintaux à 20 fr. 00 cent Fret à 5 francs le quintal seulement, à cause de

I 100 00 l

la facilité de l'arrimage

35 00

Droit de port et autres frais à Londres

27 50 /

PRODUIT

575

i

Assurance 4 p. 0/0

Système actuel. 20 quintaux de sucre, retirés du refroidissoir, sont mis en tonnes

875f

net pour le planteur, 15 francs par quintal ou 300

par tonneau

20 quintaux.

pour être égouttés, ci

320,000 tonneaux de sucre et de mélasse à 300 francs par tonneau, 96,000,000f au lieu de 200,000 tonneaux comme ci-dessus

A déduire :

A déduire le produit du sucre et du rhum, d'après le

Mélasses égouttées et converties en rhum . . 7 quint. 1 Déchet dans la traversée

J

1

65,250,000

système actuel

^

PROFIT RESTE

en sucre brut

pour le planteur, par an

30,750,000

12

Revenu suivant le nouveau système : Droit sur 320,000 tonneaux, sucre et mélasse en masse, à 412 fr'

Valeur de ce sucre à Londres: 675f 00°

J 2 quintaux à 56 fr. 25 cent

132,000,000f

50 cent

A déduire le montant du droit évalué plus haut à.... 120,000,000

Dépense : PROFIT

360 00f \

Droit à 30 francs le quintal Fret à 7 fr. 50 cent

90 00 I

Assurance, 4 p. 0/0 Frais à Londres, à I fr. 55 cent, le quintal, .

27 50 l 18 75 ]

PRODUIT

12,000,000

Comme la consommation du rhum déplace une quantilé égale d'esprit fabriqué en Angleterre, le fisc ne retire rien de son iw portation ; il ne perd rien, par conséquent, lorsqu'il n'entre paS

net pour le planteur 14 fr. 90 cent, par quintal, 178 75

soit

net pour le trésor

de rhum.

!

Valeur estimée de la nouvelle sorte de sucre.

Valeur du rhum : Un poinçon de rhum de 100 gallons, ancienne mesure... 250f 00e

20 quintaux à 43 fr. 75 cent

875'

( ° sucre, au moyen des perfectionnements introduits dans le raffinage, donnerait:

Dépense : Pour le fret, le fût, les assurances, les frais à Londres et ceux de fabrication dans la colonie

208 75

«

RESTE

41

25

10 quintaux de sucre en pain, à 68 fr. 76 cent

687f50e

43 fr. 75 cent

5

de sucre

4

do mélasse à 25 francs

1

de perte

218 75 100 00 11

20 quintaux d'un produit de L'importation ordinaire du sucre et de la mélasse, dans la GrandeBretagne, est d'environ 200,000 tonneaux; en réduisant 40,000 barils de mélasse en sucre, on obtient, à raison de ou de 300 francs par tonneau

14

fr.

90

cent, par quintal, 60,000,000f

Valeur de 120,000 poinçons de rhum à 43 fr. 75 cent.

TOTAL

du produit

5,250,000

1,006 25

A déduire pour le prix des 20 quintaux

PRODUIT

875 00 131 25

brut

ou sur 320,000 tonneaux 42,000,000 de francs.

65,250,000

Si l'on compare les prix actuels, savoir: Revenu d'après le système actuel : 200,000 tonneaux de sucre à 30 francs

12,000,000f

Il est bon de remarquer que ces calculs sont faits au point de vue du système actuel.

NOTA.

Pour le sucre raffiné, de

81f25 le quintal-

Pour le sucre brut, de Pour la mélasse, de

56 25e 28' 75"

f

A ceux des sucres et mélasses, d'après le nouveau système, ces'

à-dire :


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

Pour le sucre eu pains

68f 75e le quintal.

Pour le sucre brut

43 75 25 00

Pour la mélasse

On trouve une différence de prix pour le consommateur: Sur 160,000 ton. sucre raffiné à 12r 50e par quint., de. 40,000,000f Sur 80,000 ton. sucre brut à 12f 50° par quint., de. . 20,000,000 Sur 64,000 ton. mélasse à 4f 75e le quintal, de TOTAL

4,800,000

de la réduction en faveur du consommateur... 64,800,000

Si la consommation se portait plus sur les sucres colorés que sur les blancs, les raffineurs se conformeraient aisément aux exigences. D. Vous avez compris clans ces calculs tous les frais de Londres ? R. Non; car ils ne comprennent pas le montant des approvisionnements fournis par les marchands aux planteurs, ni les dépenses accessoires. Je me suis borné aux déboursés nécessaires pour faire ressortir un résullat. Nous avons obtenu la valeur de 12 quintaux de sucre, il faut trouver à présent celle de 8 quintaux de mélasse convertis en rhum, au prix de 2 5o francs le poinçon de 100 gallons, ou de 2 fr. 5o cent, le gallon. De ce prix, il faut déduire 208 fr. 75 cent, par poinçon pour le prix du fût, le fret, l'assurance, les charges à Londres et les dépenses de fabrication: il reste donc Ai fr. 2 5 cent, de bénéfice brut. Les im-

portations ordinaires du sucre, et de la mélasse réduite en quantité de sucre, sont d'environ 200,000 quintaux. Au prix de 3oo francs le tonneau , 011 obtient pour produit 60 millions de francs. Toute la mélasse supposée convertie en rhum, et avoir donné poinçons, représente, à raison de A3 fr. 75 cent., un autre produit cle 5,260,000 francs; en sorte que le produit total, 120,000

suivant le système actuel, est de 65,250,000 francs. Mais, d'après le système que je propose de suivre, c'est-à-dire en ne séparant pas le sucre de la mélasse, 20 quintaux, mis en fûts bien conditionnés, ne peuvent rien perdre pendant le voyage; j'en estime la valeur, comparée à celle du sucre brut égoutté, à A3 fr. 75 cent, et j'obtiens 875 fr. du tonneau. D. Ce prix n'est-il pas celui* des ventes à terme? /{. Oui, y compris le droit. Actuellement, le sucre brut paye 3o francs et la mélasse 11 fr. 2 5 cent., soit ensemble Ai fr. a5 cent.; le prix moyen de ces deux articles est de 20 francs 60 cent. En séparant la moscouade de la mélasse, on retire à peu près moitié de sirop, de sorte que, si on faisait cette opération dans les colonies, il arriverait ici partie égale de sucre et de mélasse qui payeraient ensemble le droit ci-dessus de A1 fr. 25 c. D. Vous supposez que les proportions de sucre et de mélasse seraient égales ? IL Avec le sucre de celte espèce elles seraient égales. Le droit sur 20 quintaux, car le Gouvernement l'exige sur les quantités embarquées, serait de Ai 2 fr. 5o cent.; on aurait seulement à payer 5 francs par quintal de fret, parce qu'un navire aimerait mieux embarquer le sucre dans cet état que la moscouade à 2 fr. 5o cent, de plus; ce serait donc encore 100 francs, plus 35 francs d'assurances et 27 fr. 5o cent, d'autres menues dépenses. Déduisant, pour tous ces déboursés, 5;5 francs du prix de 87,5 francs, il resterait i5 francs par quintal ou 3oo francs par tonneau, En expédiant le sucre en cet état, on aurait 320,000 quintaux à embarquer au lieu de 200,000 ; à 3oo francs par tonneau ils produiraient 96 millions de francs, sur quoi, déduisant le moulant du sucre et du rhum obtenus par le système actuel, soit 65,250 francs, il resterait de bénéfice en plus , pour les planteurs, 3o,75o,ooo francs. — Cette manière d'opérer placerait le Gouvernement dans la position suivante : 320,000 tonneaux de sucre et mélasse produiraient, à A12 fr. 5o c. le tonneau, 132 millions de francs. Si on retranche de celte somme 120 millions de francs à percevoir seulement sur 200,000 tonneaux, le Gouvernement se trouverait ainsi bénéficier de 12 millions de francs. Le

441

rhum introduit, remplaçant une quantité égale d'esprit fabriqué en Angleterre, le Trésor ne profite point sur cet article, comme il ne perd rien non plus, si on ne le reçoit pas. Voici comment j'ai établi la valeur à retirer du sucre selon mon système : par l'amélioration des procédés du raffinage, on obtiendrait, sur 20 quintaux , ) o quintaux de sucre en pains à 6 fr. 75 cent. ; 5 quintaux d'une qualité inférieure, mais pourtant au-dessus du sucre bâtard, à A3 fr. 75 cent., et 4 quintaux de mélasse à 25 francs. J'admets en outre un quintal de perte. Ce produit, au total, représente 1,006 fr. 2 5 cent. Si on retranche le prix estimé de 20 quintaux à A3 fr. 75 cent., soit 875 francs , il reste encore i3i fr. 25 c. par tonneau, sauf les dépenses de raffinage. La totalité des 32o,ooo tonneaux étant raffinés, les producteurs recevraient net 125 francs du tonneau ou Ao millions de francs. Le consommamateur y gagnerait, en outre, la différence de prix que j'ai indiquée.

D. A combien portez-vous le produit du sucre brun par tonneau? R. J en ai indiqué le prix à A3 fr. 75 cent., ce qui fait une réduction de 2 5o francs par tonneau sur le cours ordinaire. Les mélasses ne sont cotées qu'à 25 francs, au lieu de 28 fr. 75 cent. En résultat, on retirerait, de 320,000 tonneaux, 160,000 tonneaux de sucre raffiné a une réduction de 2 5o francs par tonneau ou de Ao millions de francs; 80,000 tonneaux de sucre brun a une réduction égale de 25o francs ou de 20,000,000 de francs , et 6A,ooo tonneaux de mélasse à une réduction de 75 fr. ou de A,800,000 fr. ; ce qui produirait au consommateur, sur la quantité totale, une réduction de 6A,800,000 fr. Le nouveau système exercerait aussi son influence sur le commerce d'exportation. Le sucre en pain vaut aujourd'hui 80 fr. le quintal; sur quoi, déduisant pour la remise à l'exportation A5 fr. go cent., le prix se trouve réduit a 3A fr. 10 cent. —La même qualité pourrait se vendre, comme je l'ai dit, seulement 68 fr. 75 cent, le quintal; déduisant de celte somme la remise de A5 fr. 90 cent., le prix pour 1 exportation ne serait plus que de 22 fr. 85 cent., au lieu de 3A fr. 10 cent. Le cours actuel des sucres terrés blancs de la Havane et du Brésil, de qualité égale à nos sucres en pains, est de 33 fr. 75 cent. Si donc nos raflineurs pouvaient livrer les sucres a 22 fr. 85 cent., ce que nous pourrions exporter de l'excédant de nos produits laisserait sans acheteurs les sucres étrangers dans les ports qui nous seraient ouverts. L'effet immédiat de ce changement serait la diminution du commerce des esclaves, car les producteurs étrangers ne pourraient plus cultivera un prix qui les mît à même de lutter avec nous. D. Avez-vous quelque autre résultat à signaler ? R. Je signalerai encore le bénéfice que la navigation retirerait du système en question. Aujourd'hui on n'importe que 200,000 tonneaux de sucre et 3o,ooo de rhum ou 60,000 poinçons. L'importation s'élevant à 320,000 tonneaux, occuperait environ un tiers de navires de plus. Un autre avantage encore, c'est que, le sucre pouvant être embarqué aussitôt qu'il serait refroidi, les navires n'auraient plus à attendre aussi longtemps leur chargement. Avec la méthode actuelle de fabrication, les bâtiments sont retenus pendant six semaines ou deux mois, ce qui augmente leurs dépenses. D'un autre côté, les produits arriveraient en Angleterre au printemps et non plus dans l'été, ce qui serait d'un grand avantage pour les planteurs et pour les marchands. Le pays aurait lui-même à gagner à ce nouveau système. Les sucres étant amenés dans l'état brut, les raffineries prendraient une importance qui les placerai! immédiatement après les manufactures de coton. 11 faudrait élever un grand nombre d'usines, et celte nécessite donnerait des travaux constants a plusieurs états, tels que ceux de chaudronnier, serrurier, plombier, potier, mécanicien, constructeur en briques, charpentier, etc.; sans parler de l'augmentation de consommation en fer, cuivre, bois, plomb, briques, etc. Quant au rhum, la quantité annuelle importée est de 60,000 poinçons. Cet approvisionnement n'arrivant plus, il faudrait le


442

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

remplacer par d'autres esprits dont la distillation deviendrait importante et absorberait toutes les mélasses que les raffineries obtiendraient de leurs opérations. D. Vous entendez les mélasses qu'elles obtiendraient par le nouveau système ? R. Oui; 60,000 tonneaux démêlasses produiraient environ 60,000 poinçons de rhum qui, à 5oo francs , formeraient une somme de 3o millions de francs ajoutée à la richesse du pays, en ce sens surtout, que le rhum et les mélasses envoyées en Angleterre sont presque sans profit pour les planteurs, qu'ils nuisent à nos distilleries et font, par conséquent, tort à la société en général. Si les minisires de S. M. consentaient à admettre les sucres à un droit réduit, il ne pourrait en résulter rien de nuisible pour les intérêts particuliers ou généraux. Les créanciers hypothécaires trouveraient une nouvelle garantie dans l'augmentation de valeur des propriétés des Indes occidentales, les marchands percevraient leur commission sur une môme quantité de consignations, l'État bénéficierait d'une augmentation de revenu, le consommateur de la réduction du prix, et le manufacturier de l'extension de travaux. L'agriculture ne pourrait se plaindre avec raison que les distillateurs employassent des mélasses pour remplacer les esprits fabriqués dans les colonies et importés pour la consommation du pays. Le plan ne peut être qu'avantageux aux planteurs. Qu'ils produisent du sucre brun ou supérieur, ces deux qualités obtiendraient toujours leur prix relatif sur les marchés de la métropole. Plus le sucre serait beau, mieux il conviendrait aux raffineurs. Ce plan se recommande par la facilité et la rapidité de son exécution, et parce qu'il n'exige aucune dépense, ni comme première mise de fonds, ni pour être mis en pratique; il n oblige pas a de grands soins de manipulation ; il économise le travail et prévient la perte; enfin, il aurait pour effet d'unir plus intimement les intérêts de la mère patrie à ceux des colonies. Je le propose aux ministres de S. M., à la condition que, s'ils jugent à propos de 1 autoriser, l'inventeur aura droit à 10 centimes par quintal sur toutes les importations qui seraient faites en sucre de la nature spécifiée. I). Quelle différence faites-vous entre le prix du boucaut dont on se sert actuellement, et celui des fûts parfaitement conditionnés ? I{. Je ne crois pas que cela produise une grande différence. D. Cependant il pourrait y en avoir une ? R. Peut-être celle de 1 fr. 25 cent, ou de 1 fr. 75 cent.; il est impossible de la préciser; ce n'est que la différence entre le boucaut et le poinçon. Le poinçon coûte de 12 fr. 5o cent, à 18 fr. 75 cent., et le boucaut environ 25 fr., selon le prix du bois ouvré.

re

vantage à exporter leurs mélasses pures, que s'ils les laissent mêlées au sucre, suivant votre plan? R. C'est que, lorsqu'elles arrivent dans ce pays, ils n'en retirent pas tout ce qu'elles valent; une partie devenue acide perd de sa force, et l'on ne peut la faire cuire de nouveau pour en tirer du sucre, comme cela pourrait se faire si toute la quantité arrivait sous la forme de sucre. D. Êtes-vous certain que les mélasses importées soient souvent acides ? R. Oui, et, comme je viens de le dire, elles n'ont plus alors autant de force. D. Vous savez que beaucoup des mélasses dés Indes occidentales sont traitées ici de diverses manières, pour en obtenir un tiers de sucre ? R. Oui. D. Qu entendez-vous en disant que la mélasse perd de sa force ? R. J' entends qu'elle produirait beaucoup plus si on l'expédiait dans l'état que j'ai indiqué. D. Restant mélangée en sucre elle serait sans doute moins sujette à fermenter ? R. Oui-, elle ne fermenterait aucunement. D. Quelle preuve pouvez-vous fournir de cette assertion ? R. C'est l'échantillon que j'ai produit, et qui est resté neuf mois dans cet état. D. Vous devez savoir qu'il y a une différence pour la fermentation entre une quantité contenue dans un petit vase, et de grandes quantités renfermées dans des vaisseaux proportionnés? R. Je n'en vois aucune; le principe acide ne pourrait se développer dans une masse compacte sur laquelle l'air atmosphérique n'aurait aucune influence. Il est impossible que le sucre qui se trouve dans cette condition, fût-il contenu dans des vaisseaux énormes, devienne jamais acide. I). Pensez-vous qu il faille l'action de l'air atmosphérique sur une substance, pour décider sa fermentation ? R. J'entends que l'eau et la matière sucrée exposées à l'air tournent à l'acide. D. N'avez-vous fait qu'une seule expérience pour vous assurer que de grandes quantités de sucre, importées dans cet état, n'éprouveraient pas de fermentation? R. Je pourrais le prouver par des essais faits sur différentes quantités. D. Mais n'avez-vous fait d'expériences qu'en petit ? R. C'est tout ce que j'ai cru nécessaire.

I). Vous supposez que toutes les mélasses que l'on extrait du sucre dans les colonies sont converties en rhum; mais ne savezvous pas que l'on importe directement une grande quantité de

IX Vous prétendez donc que les mélasses ainsi importées n'éprouveraient aucune fermentation, quelle qu'en fût la quantité? R. Oui, et je maintiens qu'une grande partie des autres mélasses arrive au contraire en étal de fermentation.

mélasse en Angleterre? 11. Je le sais.

versée ?

D. En quoi consiste donc le plan que vous proposez ; n'est-ce pas seulement en ce que la séparation de la mélasse se ferait dans un pays plutôt que dans l'autre ? /}. Oui, c'est en effet la seule différence; mais, au lieu de convertir les mélasses en rhum dans les colonies, les planteurs les expédieraient à l'état de sucre.

D. Est-ce donc qu'une partie des fûts s'ouvre pendant la traR. Je ne pourrais le dire. D. Les mélasses qui fermentent pendant le voyage font-elles nécessairement rompre les fûts ? R. Cela arrive souvent, mais en enlevant les bondes on prévient cet inconvénient. D. Avez-vous connaissance que l'on ail soumis, à la commission des mélasses, le résultai d'expériences tendant à prouver

I). Vous ne savez pas que, dans ces derniers temps, au lieu de convertir les mélasses en rhum, on les a en grande partie importées en Angleterre au droit de 11 fr. 25 cent. ?

que les mélasses ne sont pas acides ?

li. Non; mais cest une perte pour les planteurs. S'ils l'ont fait, c est qu en convertissant la mélasse en rhum ils perdraient encore plus, et que , de deux maux, ils ont dû choisir le

1). Affirmeriez-vous que, pendant la traversée, les mélasses, avant d'éprouver la fermentation vineuse, sont sujettes à la fermentation acide?

moindre L). Pourquoi les planteurs auraient-ils un plus grand désa-

R. Non.

R. Non, je: l'ignore. L). Avez-vous fait quelques essais sur de grandes quantités de


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

mélasses, pour établir que, pendant la traversée des Indes en Angleterre, elles se mettent en fermentation ? R. Non ; mais j'ai éprouvé, dans ma raffinerie, que des sirops, de la densité des mélasses des Indes occidentales, sont sujets à la fermentation, et fermentent même très-souvent. D. Si nous vous comprenons bien, voire système diffère seulement du système actuel en ce que, maintenant, les mélasses sont séparées du sucre avant 3: ur embarquement, tandis que vous ne voudriez les en séparer qu'à l'arrivée? R. Cela est vrai. D. Et quel avantage y aurait-il pour le planteur à ce que les

mélasses mêlées au sucre ne fermentassent plus pendant la traversée ? R. C est que, si le sucre arrive dans l'état que j'ai indiqué, il donnera le résultat que j ai annoncé, tandis qu'arrivant séparé de la mélasse, il ne peut produire le même bénéfice. U. Se trouve-t-il dans un cas une perte qui n'existe pas dans l'autre? Pi. Oui, une très-grande. D. Celle perle consisle dans le déchet qui a lieu sur le navire et dans les docks?

n. Oui. D. N'équivaut-elle pas à 5 p. o/o ? R. Oui. D. Celte économie de 5 p. o/o excède-t-elle la dépense que le

planteur est obligé de faire, pour expédier ses sucres selon votre système, dans des fûts bien conditionnés ? R. Je crois que l'économie excède de beaucoup la dépense. D. N'obtiendrait-on pas celte économie en expédiant les sucres elles mélasses dans des fûts bien fermés? R. On expédie aujourd'hui les mélasses de cette manière ? D. Alors, pour prévenir le déchet, il ne faudrait qu'expédier

aussi les sucres dans de meilleurs fùls ? R. Oui. Si l'on parvenait à empêcher le déchet dans le navire, ou depuis la plantation jusqu'à l'embarquement, enfin si les mélasses arrivaient sans perte, elles seraient de qualité égale aux autres. D. Le jus de canne doit-il être, d'après votre système, cuit à une densité plus grande que lorsqu'on veut séparer la mélasse du sucre ? R. Oui. D. Quel est le degré de densité que vous calculez devoir être

donné au jus de la canne? R. 11 dépend de la qualité du sucre. D. Vous ne l'amèneriez donc pas uniformément à la même densité ? R. Non. Le jus de canne est de diverses qualités. Les qualités supérieures n'ont pas besoin d'être cuites aussi longtemps pour arriver à une même consistance. D. A quel degré portez-vous la cuisson, selon votre système ?

R. A 2 ko ou 242 du thermomètre de Fahrenheit. D. Ne craignez-vous pas qu'une cuisson portée à ce degré ne

nuise à la partie cristallisable du sucre, et ne l'empêche plus lard de se cristalliser? R. Je ne crois pas qu'une portion considérable de sucre cristallisable puisse en souffrir. D. Vous savez pourtant qu'en élevant la température du sirop vous ôtez au sucre la faculté de se cristalliser? R. Je sais que cet effet se produit à un certain degré.

. Savez-vous à quel point? R. Il est impossible de le dire, mais plus on cuit le sirop, plus on nuit à la cristallisation. JD

D. Puisque, suivant votre projet, il faut cuire le sirop de ma-

niéré à lui donner plus que la cristallisation ordinaire, ne s'en-

443

suit-il pas que l'on en rend une plus grande partie impropre a la cristallisation ? R. 11 n'est pas nécessaire d'élever la cuisson à un plus haut degré que précédemment, seulement plus la densité est grande plus le transport du sucre devient facile. D. N'êtes-vous pas convenu que votre système exigeait une plus grande consistance ? R. Oui; mon plan est que le sucre et la mélasse envoyés ici ne forment qu'une masse compacte; on doit donc désirer lui donner le plus de consistance possible. D. Outre le déchet que le sucre éprouve aujourd'hui pendant

le voyage, une grande décomposition ne s'opère-t-elle pas dans les fùls, et la mélasse, qui y est restée mêlée, n'a-t-elle pas une tendance à se porter au fond et à former un résidu. R. Oui. D. Cette circonstance n'augmente-t-elle pas la perte? R. Oui, parce que le sirop s'égoutte continuellement. D. A quelle gravité spécifique la température amène-t-elle le sucre, suivant l'ancienne méthode et suivant le système que vous proposez ? R. J'ai dit qu'il fallait que le thermomètre montât à 2 4o ou a /i 2 degrés Fahrenheit. D. Cela n'indique nullement la gravité ?

R. Je ne la connais pas ; c'est le thermomètre qui la règle. D. Ne la connaissez-vous pas par votre propre expérience? R. Nous n'en prenons jamais note ; nous nous réglons seulement sur la température. 11 serait très-facile de connaître la gravité, mais nous ne le jugeons pas nécessaire. D. Savez-vous combien pour cent de son poids le sirop perdrait, en élevant la température de la cuisson de 235 à 244 degrés ? R. Je n'ai jamais fait ce calcul. D. Le sucre dont vous avez fourni un échantillon a-t-il été cuit ? R. Le sucre et la mélasse venus des colonies ont été mêlés ensemble, pour les remettre dans l'état où ils se trouvaient avant d'être séparés. D. Est-ce d'après votre propre expérience que vous établissez que le vesou produit une proportion égale de sucre et de mélasse ? R. Je l'ai reconnu par expérience dans une raffinerie. Si je mêlais de nouveau du sucre cl de la mélasse séparés, et que je les lisse cuire au point d'en retirer un sucre semblable à celui qui est exporté des colonies, j'obtiendrais encore la même proportion. D. 11 nous semble qu'à moins de nouveaux essais, vous ne pouvez déterminer celte proportion d'une manière exacte ? R. Le sucre dont j'ai fourni l'échantillon a été fabrique avec de la moscouade ; en mêlant de nouveau celle moscouade à la mélasse qui en a élé extraite, je pourrais donner un résullal. D. Voulez-vous dire que vous feriez ce mélange avec 7 quintaux de mélasse pour 12 quintaux de sucre ? R. Oui, si le sucre était de qualité supérieure. D. Ne sont-ce pas les poids reconnus dans les Indes occidentales ? R. Il y aurait plutôt une différence de mélasse en plus qu'en moins pour les plus belles qualités de sucre. Les qualités inférieures, étant cuiles, donnent un poids à peu près égal. D. Savez-vous personnellement comment se fabrique le sucre dans les colonies ? R. Je ne le sais que par théorie. D. Vous n avez jamais vu faire celle opération dans les colonies mêmes ? R. Non. D. Pensez-vous que, les sucres et les mélasses restant mêlés,


444

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

suivant voire système, la matière saccharine ne serait pas détériorée par la traversée ? R. Elle le serait moins que si les deux produits étaient sé-

B. Cela ne serait pas difficile en faisant le raffinage ici. D. Ne vous serait-il pas plus difficile d'obtenir le sucre en

parés.

doubles pains ? 1> . Oui ; parce que la qualité serait inférieure, s'il arrivait mêlé

D. Le sucre ne resterait-il pas chargé de la couleur de la mélasse, et ne deviendrait-il pas difficile ensuile de l'en débarrasser?

avec la mélasse. On l'expédie aujourd'hui comme article supérieur.

N° 121. INTERROGATOIRE DE M. JOHN, CLINT. D. Vous êtes propriétaire du navire le Madras ? R. Oui. D. En possédez-vous quelque autre ? R. J'ai des parts d'intérêt dans d'autres navires, mais la direction ne m'en appartient pas. D. De quelle nature est le Madras ? R. Il jauge 332 tonneaux; il a été construit à Marxport, dans le comté de Cumberland, il y a quatre ans, et vaut, à peu près, 100,000 francs. D. N'a-t-il pas fait trois voyages à Dcmerara ? R. Oui. J). Il a aussi été au Brésil ? R. Oui, une fois. D. A quelles conditions a-t-il été frété pour Demerara, aller et retour? R. Au premier voyage, j'ai reçu en totalité une somme de 32,5OO francs; il était chargé en plein au départ et a rapporté une cargaison complète. D. Comme vous avez reçu une somme en bloc, vous ne pourriez probablement pas indiquer le taux du fret. R. J'ai la note du fret de retour;mais, comme j'avais traité à forfait, elle ne m'intéressait nullement. Lorsque le navire revint de ce voyage, il fut de nouveau frété par une maison de Liverpool, qui précédemment en avait frété un autre très-bon à raison de 6 fr. 2 5 cent, le quintal ou de i2 5 francs le tonneau, avec escompte de 3o p. o/o; ce qui réduisit le prix à /j fr. 35 cent, le quintal, ou 87 fr. 5o cent. le tonneau. Voici la charte-partie des deux voyages du Madras. /). La maison de Liverpool avait-elle la disposition exclusive du bâtiment ? R. Oui; au départ, sa cargaison se composait de tonneaux, suivant les conventions.

400

à 5oo

« CHARTE-PARTIE.

«Suivant convention du 1/1 avril 1831, entre M. John Clint, propriétaire du navire le Madras, de la contenance de 332 tonneaux, commandé par le capitaine Pattison, en charge dans le port de Liverpool, et MM. Sandbach, Tinne et compagnie, il a été arrêté ce qui suit : « Ledit navire, convenable sous tous les rapports pour entreprendre le voyage, sera le plus promptemenl possible disposé pour recevoir à son bord des marchandises légales, dont les frais d'embarquement seront de moitié entre les affréteurs et le propriétaire. Il devra être prêt à prendre charge le 20 courant, sous peine de i5o francs de dommages-intérêts pour chaque jour de retard. Le chargement ne pourra dépasser un tirant d'eau de 14 pieds 1/2. Ledit navire se rendra à Demerara,ou le plus près de ce port qu'il sera possible; après avoir déposé sa cargaison, conformément aux connaissements, il se tiendra immédiatement prêt a recevoir des allréteurs, ou de leur agent, une cargaison entière des produits légaux du pays, pour la transporter, soit à Liverpool, soit a Clyde, ainsi qu il sera enjoint au capitaine, avant son départ, et la délivrer entre les mains des affréteurs ou de leurs représentants, conformément aux connaissements.

« Les affréteurs s'engagent à tenir les cargaisons prèles aux ports de chargement et à portée du navire, ainsi que cela se fait ordinairement, et à les recevoir aux ports de déchargement, avec toute garantie d'allégé et de risques pour le bâtiment. Les cargaisons ne devront pas excéder ce que le navire peut arrimer et porter, indépendamment de ses provisions et cle ses agrès. Le capitaine aidera au chargement et au déchargement, autant qu'il lui sera possible, c'est-à-dire en employant, à cet effet, son équipage et ses embarcations, selon la coutume suivie dans les ports. « Les affréteurs sont convenus de payer le fret du voyage de la manière suivante : ils auront la libre disposition du navire sans rien payer pour chargement au départ; la cargaison, en retour, devra payer, savoir : 6 fr. 25 cent, par quintal pour le sucre et le café en sacs; 7 fr. 5o cent, pour le café en barils, et 60 centimes par gallon impérial de rhum, moyennant la prime que l'on accorde d'ordinaire dans les Indes occidentales. Sur ladite prime et sur le fret, il sera fait aux affréteurs une remise de 3o p. 0/0. Le navire revenant à Clyde , les affréteurs s'engagent à le charger une seconde fois, aux mêmes conditions, excepté qu'au releur il rentrera à Liverpool. Le fret sera payé ainsi qu'il suit ; en avances faites au capitaine pour les dépenses de son navire à Demerara, sans intérêt ni commission; 5,000 francs à l'arrivée au port de déchargement dans la Grande-Bretagne, et le surplus en espèces ou en billets sur Londres à trois mois de date, après la remise définitive de la cargaison. «Le navire, à son arrivée à Demerara, prendra son tour de charge concurremment avec les autres bâtiments appartenant aux affréteurs ou loués par eux. « Sauf les accidents et risques de mer, le feu du ciel, l'incendie, la rencontre des ennemis du Roi et autres dangers de la navigation pendant le voyage, et pour l'entière exécution des conventions ci-dessus, chacune des parties s'oblige, vis-à-vis de l'autre, au payement d une somme de 37,500 francs en cas d'infraction aux conditions convenues, le propriétaire réservant, en outre, son droit sur la cargaison et les marchandises chargées à bord de son navire pour recouvrement de son fret, indemnité de retard ou autres réclamations quelconques. « Signé W.

J. CLINT, CLAX

SANDBACH,

TINNE

et Cie,

, témoin. »

Le navire, revenu à Clyde, fut affrété une seconde fois par la même maison. Voici la note du fret de ce deuxième voyage. IJ. De quels articles se composait la cargaison du deuxième

voyage? R. De charbon de terre, de chaux, de briques et cle diverses autres choses. Le navire était aussi chargé qu'il pouvait l'être. I). Celte cargaison était-elle destinée à une plantation? R. Je ne sais; les affréteurs avaient la libre disposition du bâ liment et pouvaient le charger à leur gré. 0. Vous avez évalué le fret à G fr. 25 cent., sur lequel il)' avait à déduire 3o p. 0/0, ce qui le réduisait à h fr. 35 cent, le quintal; n'était-ce pas encore une réduction que la condition de ne rien payer pour la cargaison au départ? //. Non, c'était un avantage pour les affréteurs.


ENQUETES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

D. A combien l'évaluez-vous? R. Il me serait impossible de le dire. D. Le considérez-vous comme équivalent à 3o centimes par quintal ? R. Je ne pourrais l'affirmer. D. Le second voyage se fit-il aux mêmes conditions que le premier ? R. Oui, et en vertu de la môme charte. D. A ce second voyage le navire ne rentra-t-il pas à Liverpool? R. Oui. En partant de Clyde sa cargaison se composait principalement de charbon de terre et de pierres. D. Au retour de ce même voyage son chargement ne fut-il pas débarqué à Liverpool ? R. Oui. Voici la note de fret qu'il rapporta. Le Madras, de Liverpool, de 33i tonneaux, R. Pattison , capitaine, expédié de Demerara le 10 février 1832.

476 boucauts, 1 tierçon, 26 barils de sucre pesant 2 à

net 6,934 quint.... 0

6f 25c 43,338f 75e 706 85

113 quint... 0 13 à C 25

44,045 60 319 15

Prime.,

44,364 75 13,308 10

30 p. 0/0

31,056 65

W. P. Rusby. 50 barils desucre pesant net 100 q*. 1 12 2

idem

4q\ 3 16 104 q*. 1

651f 55e

0 à 6 25

20 poinçons 7 de rhum contenant 1,654 g'01", à

D. Savez-vous que des navires affrétés aient pris des chargements complets dans les colonies à 6 fr. 25 cent, le quintal, sans remise ? R. Non. D. Vous considérez donc le prix de lx fr. 35 cent, par quintal de sucre comme un fret avantageux, aller et retour compris ? R. Je ne puis en fournir une plus grande preuve que l'offre que j'ai faite de mon navire pour un quatrième voyage, aux conditions des précédents. D. En supposant que vous eussiez un fret à recevoir au départ, à quel prix vous réduiriez-vous ? R. Peut-être à 3 fr. 75 cent. D. Pourrait-on se procurer un certain nombre de bons bâtiments à ces conditions ? R. Si on publiait un avis le matin, je suis sûr qu'en quatre heures de temps les courtiers offriraient vingt navires. D. Le Madras a fait aussi un voyage au Brésil ? R. Oui, à Bahia.

Sandbach, Tinne et C".

76 sacs de café, net

445

autres. On sait qu a Liverpool les navires pour Demerara s'expédient promptement; j'avais couru le risque.

60

1,033 75

1,685 30 20 25

Prime sur le sucre, 10f 85c, et sur le rhum, 15f 40e

1,711 55

Cette dernière somme n'est que nominale, attendu que la marchandise était pour le compte du navire. D. Savez-vous quel est le fret que l'on exige des planteurs? R. Je n'ai vu aucun bordereau de chargement, mais ils char-

geaient à 6 fr. ?,5 cent., conformément à la charte-partie. D. Le bordereau indiquait le chargement à ce prix ? R. Oui. D. Avez-vous offert le Madras aux mêmes conditions pour un quatrième voyage ? R. Oui ; mais ma proposition ne fut pas acceptée. Je l'offris à deux ou trois maisons différentes. D. Les bâtiments de la force du Madras peuvent-ils s'affréter à meilleur marché ? R. Non. MM. Sandbach et C' n'acceptèrent pas ma proposition parce qu ils pouvaient disposer de navires à eux, d'un, entre autres, qui était prêt à quitter le chantier : ils n'avaient donc plus c

besoin du mien. D. La charte-partie ne contient aucune clause de retard? R. Non. Le bâtiment devait prendre son tour comme les

/). Moyennant quel prix? R. Je reçus un fret de 15,000 francs pour aller, et m'engageai a prendre en retour 200 tonneaux de sucre à ^5 francs. Je courais ainsi la chance du surplus du chargement; mais je complais bien le compléter au cours du Brésil qui est très-variable, et profiler d une augmentation; car autrement j'aurais pu m'engager pour un chargement entier. Toutefoisje ne réussis pas selon mon espérance, et n'obtins que 62 fr. 5o cent, du tonneau en retour. D. Connaissez vous le taux ordinaire du fret pour les produits venant du Brésil ? R. Il change très-souvent, mais il excède rarement 100 francs. Les dépenses dans ce pays sont très-fortes. D. Aimeriez-vous autant louer votre navire pour le Brésil que pour Demerara à des conditions égales ? R. Je préférerais Demerara parce que c'est un port moins dispendieux, moins éloigné, et où les navires s'expédient plus promptement. D. En supposant que vous fussiez au Brésil ou dans les Indes occidentales, aimeriez-vous mieux charger pour Londres que pour Liverpool ? R. Nous chargeons de préférence pour le lieu de notre résidence; à 3,750 francs de différence j'aimerais mieux prendre ma cargaison pour Liverpool que pour Londres. /). Vous préférez Liverpool parce que vous résidez dans ce port, et qu'à son retour votre navire se trouve à votre disposition ? R. Oui. D. Sous le rapport des dépenses, quelle est la différence qui peut exister? R. Je ne crois pas qu'il y en ail aucune. Si ma résidence était fixée à Londres, je préférerais que mon navire y vînt; les droits des docks sont moins élevés qu'à Liverpool, et, en outre, il me serait plus facile de trouver du fret pour un nouveau voyage. D. Connaissez-vous par expérience les dépenses du port de Londres ? R. Oui. I). Êtes-vous à même d en faire la comparaison avec celles du port de Liverpool ? R. Je les crois a peu près les mêmes. Les droits de docks à Liverpool sont fort élevés; mais, d'un autre côté, pour remonter à Londres, le pilotage est très-coûteux, de sorte qu'une dépense compense l'autre. 29


446

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

D. Couriez-vous quelque risque de ne pas trouver une cargaison à Demerara, si la récolte y eût manqué ? R. Je n'ai pas pensé qu'il y eût aucun risque. D. Vous ne pensiez pas être exposé à ce risque? R. Non ; s'il en avait été ainsi, j'aurais supporté la perte ; car je n'avais aucun temps spécifié pour le séjour, ni d'indemnité assurée en cas de retard. D. Bien que vous n'eussiez pas à recevoir d'indemnité de retard , n'étiez-vous pas certain de pouvoir charger dans un délai raisonnable? R. Oui. D. N'étiez-vons pas parfaitement sûr de ne pas être retenu au delà d'un certain nombre de jours ? R. Un navire appartenant à la maison Sandbach devait mettre à la voile immédiatement après le mien. S'il fût arrivé le premier, j'aurais dû attendre que sa cargaison fût complète ; mais j'avais eu l'avance, je passai avant lui et pus partir quelques jours plus tôt. D. Auriez-vous été satisfait de n'avoir aucune réclamation à faire contre MM. Sandbach, si la récolte eût manqué, et que vous n'eussiez pu trouver un chargement? R. Je n'aurais, sans doute, pas été content; mais je n'avais, légalement, aucune réclamation à faire. D. Pourriez-vous citer quelques navires affrétés, dans ces derniers temps, à 3 fr. -jb cent.? R. Non. D. Ne faisiez-vous pas le calcul de ce que vous auriez, dans tous les cas , à recevoir avant que votre navire partît? R. Oui, sans doute. D. C'était donc la maison Sandbach et Cia qui courait tout le

re

coup de place. Au retour, je leur demandai pourquoi ils n'avaient pas embarqué des tierçons et des barils, ils me répondirent que c'était à cause de la tare, attendu que plus le colis est pesant, moins elle est forte. D'un autre côté, les sucres, ayant été chargés frais, éprouvèrent un grand déchet pendant la traversée, et, par celle double raison, la cargaison se trouva de 5o tonneaux moins forte que je n'avais compté. D. Votre navire a-t-il été construit pour faire le commerce des Indes occidentales ? R. Non pas précisément, quoique ceux de la même construction soient, en général, destinés à la navigation de ces parages; mais, lorsqu'ils ne trouvent pas à charger, ils sont propres à tous autres voyages. D. A-t-il été construit pour pouvoir charger un grand nombre de boucauts et de barils, sans perdre d'espace? R. Oui. D. Quelle est sa profondeur ? R. 19 pieds. Les baus sont disposés pour recevoir

2

boucauts

entre chacun d'eux. D. Ignorez-vous que le fret, pour venir du Brésil, a souvent été au-dessous de 100 francs le tonneau ?de Bahia, par exemple, ou les frais sont peu considérables et l'expédition assez prompte? R. Je croirais qu'il est plus souvent au-dessous qu'au-dessus de ce taux. D. N'avez-vous pas connaissance qu'il se soit souvent élevé plus haut ? R. Je sais que cela est arrivé, mais non pas fréquemment; '1 est plutôt moindre. D. Vous connaissez le commerce du Brésil ? R. Oui ; j'ai-même été dans ce pays.

R. Sans doute. Je comptais parfaitement sur une cargaison au moment du départ, mais aucun délai n'était mentionné. D. Avez-vous jamais su que des affréteurs eussent payé des

D. Combien de fois en avez-vous fait le voyage ? R. Plusieurs ; mais je ne l'ai pas fait depuis i o ans. Mon navire a fait celte navigation pendant les deux années dernières, et je sais par là que les dépenses y sont considérables.

indemnités pour retards ou carence de fret? R. Non, pas dans des circonstances semblables. D. Avez-vous su que l'on ait payé, du fret même sans avoir

D. Pouvez-vous en donner le détail ? R. Les dépenses du bâtiment et les frais de port se sont élevés a 7,500 francs ; c est pourquoi je préfère de beaucoup Demerara.

chargé ?

D. Quelles sont les dépenses à Demerara ? R. Pendant chacun des deux voyages dont j'ai parlé, elles ont été d'environ 1,800 francs. I). Dans vos dépensés à Bahia, comprenez-vous la commission ? /(. Oui. Les dépenses principales sont : commission sur le fret,

risque ?

R. Oui, lorsqu'on est convenu de charger un navire en plein, et qu'on ne le fait pas. D. Combien de temps votre navire a-t-il mis pour effectuer son voyage à Demerara et revenir? R. Environ à mois. Il est reparti, pour son quatrième voyage, au bout de 1 k mois. D. Savez-vous combien de temps ont pu être retenus des navires n'ayant pas de charte-partie , mais faisant régulièrement ia

5 p. 0/0 ; journées d ouvriers, location de barques, droit d'ancrage , droit de douane, provisions fraîches pour l'équipage, etc. D. Combien de temps avez-vous été retenu dans le port de Bahia, lorsque vos dépenses se sont montées à 7,500 francs?

navigation de cette colonie ?

R. Deux mois.

R. Environ la moyenne de celui qu'il faut pour effectuer la traversée ; ils chargent remarquablement vite. D. Connaissez-vous le temps que mettent, pour aller et revenir, les navires qui font le commerce avec les îles ?

D. Combien votre navire est-il resté de temps à Demerara ? R. Un mois.

R. Non. D. Avez-vous entendu dire qu'on ait frété pour les îles à raison de 6 fr. 25 cent., et d'une remise de 8 p. o/o seulement? R• Non. Un de mes amis possède un navire qui fait le voyage de la Barbade au prix de 5 fr. Go cent, par quintal. 11 tient compte de 20 p. 0/0 à ses affréteurs. D. Pensez-vous que les caisses de sucre du Brésil s'arriment plus facilement que les boucauts des Indes occidentales? li. Cela ne fait pas de doute. Mon navire charge 36o tonneaux de sucre pour revenir de Demerara, et 100 de plus pour revenir du Brésil. Si 1 on expédiait en moins gros volume de Demerara, c est-a-dire en lierçons ou en barils, il chargerait aisément ko ou 5o tonneaux de plus. Sandbach m'avait promis que la cargaison serait composée de petits colis; on ne m'a, au contraire, fourni que des boucauts, et leur arrimage a fait perdre beau-

D. Les dépenses augmentent-elles en raison de la longueur du séjour? R. Oui, jusqu'à un certain point ; mais à Demerara on n'a pas à supporter les mômes charges qu'au Brésil. D. Un navire Portugais aurait-il à payer au Brésil les mêmes frais que les étrangers ? R. Je le crois. Je suis passé au Brésil, en 1826, sur un petit bâtiment de 207 tonneaux, et nos dépenses ont été de 11,750 francs. Une autre fois, en 1821, j'ai dépensé 10,000 francs; une autre fois encore, en 1827, ayant un navire de 3oo tonneaux pour Maranha, il m'en a coûté 8,o5o francs. Les ports du Brésil sont fort dispendieux. En comparaison, on ne dépense presque rien à Demerara. D. L'état de vos dépenses dans les deux pays comprend-il les mêmes articles? R. Oui.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

D. Quelle est la commission à Bahia ? R. 5 pour o/o. D. Combien voire navire reçut-il de fret pour son voyage? R. Il revint par Hambourg , et me rapporta 34,850 francs. D. La commission de 5 p. o/o sur le fret est-elle comprise dans le total de vos dépenses portées à 7,500 francs?

447

D. Ne savez-vous pas qu'il serait impossible d'amener des sucres à l'état de moscouade dans des emballages semblables à ceux dont on se sert pour les sucres terrés, les uns étant parfaitement enfermés, et les autres pouvant risquer le déchet de la traversée? R. Je l'ignore. D. Ne connaissez-vous pas le commerce des Indes occiden-

R. Oui. D. Pouvez-vous établir le détail du produit du fret chargé par votre navire dans son voyage à Bahia ? R. 11 mita la voile de Liverpool pour Bio-Janeiro avec un char-

gement complet pour lequel je reçus 15,000 francs; de Bio-Janeiro il vint sur lest à Bahia, où je m'étais engagé à prendre 200 tonneaux, en courant le risque du reste du chargement. Je croyais avoir fait une bonne spéculation ; mais je n'obtins, pour compléter ma cargaison, que 62 fr. 5o cent. A Hambourg, il avait réalisé 34,85o francs. D. N est-il pas des navires qui aiment mieux se rendre au Brésil qu'aux Indes occidentales ? R. Je ne le sais pas. En général, pourtant, on trouve du fret pour le Brésil, et l'on en rapporte une plus grande quantité de sucre. Mon bâtiment y chargerait peut-être 100 tonneaux de plus, tarit l'arrimage y est facile. D. Quelque chose empêche-t-il que nos sucres soient expédiés des Indes occidentales de la même manière que du Brésil ? R. Non. Un navire pourrait s'y rendre pour un fret moins

élevé, s'il lui était possible de charger aussi commodément qu'à la Havane ou au Brésil ? D. Connaissez-vous la nature des sucres expédiés des Indes

occidentales ?

tales ? R. Non ; je ne connais guère que celui de Demerara. D. Les marchandises chargées par votre navire, au départ, étaient-elles destinées aux propriétés qui devaient vous fournir des sucres ? R. Je n'avais pas à m'occuper de cela ; mes dépenses d'embarquement m'étaient remboursées pour moitié, et le navire était aussi plein qu'il pouvait l'être. D. Est-ce le planteur qui profile de la remise? R. Je n'en sais rien. J'avais alloué à Sandbach et C" 30p. 0/0, qu ils me retinrent sur mon fret ; le surplus 11e me regardait pas. Si nous avions pu charger des lierçons et des barils , j'aurais bénéficié ^e5 ,000 francs de plus sur le voyage. D. Que concluez-vous de celle réserve de 3o p. 0/0 faite sur la charte-partie ? II. Je ne sais qui eu a profité. O11 me paya 87 fr. 5o cent., au lieu de 125 francs. Je n'avais pas à m'inquiéter de la destination de la différence. D. Quelle a été la durée du voyage au Brésil ? R. Le navire ayant éprouvé un accident à Hambourg en fui, retardé; il resta dehors pendant un an, et je crois qu'il eut huit mois de route; cependant je n'en ai pas la certitude.

R. Non.

N° 122. INTERROGATOIRE DE M. JAMES AIKIN. D. Vous êtes courtier de navires à Liverpool, sous la raison Aikin et Hughes et en même temps armateur ?

D. Combien produisit ce dernier fret ? /{. De 7,500 francs à 10,000 francs autant que je puis me

R. Oui.

le rappeler.

D. N'y résidez-vous pas depuis déjà long-temps ?

D. Pouvez-vous dire si, dans le cas ou des approvisionnements débarqués à Kingston doivent être transportés plus loin, c'est 1 armateur qui se charge de les rendre à leur destination ?

R. Oui.

D. Quel est en ce moment le taux du fret payé aux bons navires anglais pour le transport du sucre, du rhum, etc., de Demerara, de la Jamaïque, de la Barbade, et des principales colonies des Indes occidentales jusqu'à Liverpool, Londres ou la Clyde ? R. Si le navire trouvait du fret au départ, le prix serait de 3 fr. 75 cent, à G francs suivant la destination. En général, lorsque nous avons un chargement assuré en retour, nous renonçons, soit en totalité, soit pour moitié, au profil du chargement au départ. J'ai réuni diverses chartes-parties faites depuis 1827, pour différentes îles, afin de montrer ce qui se passe ordinairement. La première concerne l'Arlequin, frété pour la Jamaïque et retour. Ce navire prit une cargaison pour Kingston, et s'engagea à relâcher dans deux ports au nord de l'île, à la condition d'être chargé pour revenir et sans indication précise de ces ports. A Montego-Bay le transport des marchandises n'est pas difficile, il se fait du quai dans la baie, mais les ports auxquels le navire toucha sont à l'est de Montego-Bay. L'engagement était fait moyennant 112 fr. 5o cent. le tonneau de retour; l'affréteur devait profiter de la moitié du fret chargé pour Kingston. D. Vous rappelez-vous si, par cette charte, le fret au départ se composait, de marchandises en général ou d'approvisionnements ? R. Il y avait une partie d'approvisionnements destinée à une propriété de l'affréteur. Nous prîmes en outre du fret.ordinaire dont il partagea le profit.

R. Dans la circonstance présente, le navire n'était tenu à aucun transport autre que celui de la traversée. Au surplus, nies relations avec la Jamaïque n'ont jamais été aussi importantes qu'avec Demerara et quelques-unes des îles du vent. D. Quel fut le résultat de ce voyage sous le rapport du bénéfice ou de la perte ? R. 11 fut très-avantageux; les propriétaires auraient été fort satisfaits d'entreprendre un nouveau voyage aux mêmes conditions. D. Combien le navire resta-1- i 1 de temps dehors ? R. Six mois environ. D. Dans la supposition où le navire n'aurait pas trouvé de fret à la Jamaïque pour le compte des affréteurs, la perle seraitelle retombée sur eux ? R. Oui. D. Un navire frété pour la Jamaïque y trouve-t-il toujours

du fret ? R. 11 arrive bien rarement qu'il en soit autrement lorsque l'affréteur a des relations dans l'île. D. N'est-ce pas un risque que court l'affréteur ? R. Oui. I). Selon vous, I affréteur doit-il courir ce risque sans quelque compensation, telle, par exemple, qu'un transport franc de marchandises au départ ? •.29.


448

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES.— PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

R. C'est à lui à faire son calcul ; de son côté l'armateur sait à quelles conditions il peut mettre en mer. D. Comme courtier de navires, avez-vous connaissance que, depuis plusieurs années, le taux moyen du fret des Indes occidentales en Angleterre ait été de A fr. 35 cent, le quintal. R. Oui. D. Dans quelles îles ce taux était-il ordinaire ? R. Dans presque tous les ports des Indes occidentales, depuis Demerara et la plus grande partie des îles du vent jusqu'à la Jamaïque. D. En est-il ainsi pour cette dernière colonie ? R. Oui. D. Pourrait-on se procurer à présent un certain nombre de navires à ces conditions P R. Je serais très-satisfait de recevoir des ordres à ce prix, et m'engagerais à procurer le transport. D. Vous êtes propriétaire d'un navire appelé la Zoé? R. Je n'en suis que copropriétaire. D. A quel prix l'avez-vous chargé en dernier lieu à De^ merara ? R. A raison de 3 fr. 45 cent, le quintal. Ce prix était celui qui revenait aux armateurs. L'affréteur avait chargé à G fr. a5 cent, ainsi que l'indiquent les connaissements.

MM. Mac-Juroy, Sandbach et comp , négociants de la colonie, e

affréteurs, d'autre part. « Les conditions d'affrètement ont été arrêtées comme suit : «Le capitaine de la Zoé recevra à son bord, chargera et arrimera convenablement les produits légaux ouïes sucres et le rhum qui lui seront livrés le long de son navire par les affréteurs, pourvu qu'ils n'excèdent pas la charge qu'il est susceptible de recevoir sous son pont, en outre de ses approvisionnements et de ses agrès, et réserve faite du logement ordinaire du capitaine et de l'équipage. " Il s'engage à laisser les connaissements des marchandises qu'il embarquera, lesquels spécifieront les personnes à qui la remise devra en être faite, et le payement du fret entre les mains de MM. Sandbach, Tinne et comp'", correspondants des affréteurs, ou a leur ordre. Le navire étant chargé et ayant reçu ses expéditions, le capitaine saisira la première occasion de mettre à la voile pour se rendre au port de Liverpool (sauf et excepté les événements résultant du feu du ciel, de la rencontre des ennemis du Roi, des risques de la navigation et tous autres dangers quelconques). A son arrivée, la cargaison sera immédiatement délivrée aux divers consignataires indiqués sur les connaissements. Par les motifs expliqués plus loin, ledit capitaine, au nom de ses armateurs, consent à ce que le fret de toutes les marchandises (pi il recevra selon les conditions portées sur les connaissements, soit payé à MM. Sandbach, Tinne et comp , de Liverpool, ou à e

D. Possédez-vous ces connaissements ? R. Oui,j' ai aussi la charte-partie et la note du fret qui indique une remise de i fr. 8o cent, sur 6 fr. 25 cent.

« CONNAISSEMENT.

«Embarqué en bon état de conditionnement par J. F. Bade, agent de la plantation Lagrange, sur le bon navire la Zoé, commandé par Th. Dick, en ce moment en charge à Demerara, à destinalion de Liverpool, quinze boucauts de sucre de la susdite plantation, marqués P G et numérotés comme en marge pour être rendus dans le même état (sauf les risques de mer et de navigation quelconques) à MM. Sandbach, Tinne et compie, ou à leurs fondés de pouvoir à Liverpool, moyennant, le payement de 6 fr. 25 cent, par quintal de sucre, aux conditions ordinaires de remise. En foi de quoi, le présent connaissement a été délivré en triple expédition, l'une desquelles étant acquittée rendra les autres nulles. — Fait à Demerara, le 16 avril 1831. »

leur représentant. De son côté, M. Rainy, au nom des affréteurs, s'engage à fournir au navire la Zoé un chargement de sucre, de rhum, ou de produits légaux de cette colonie, suffisant pour le remplir, cl à rendre ce chargement le long de ce bâtiment pour le 28 avril 1831. En considération des engagements pris plus haut par le capitaine, les affréteurs, ou leurs représentants à Liverpool, payeront, ou feront payer audit capitaine, ou à ses armateurs, un mois après la remise de la cargaison dans le port de Liverpool, 3 fr. Ao cent, par quintal net de sucre, et 35 francs par gallon de rhum. Les affréteurs s'engagent en outre, s'il arrive que le navire soit retenu au delà du 18 avril 1831, époque fixée pour compléter son chargement, à payer 2 25 francs par chaque jour de retard. Les parties s'engagent réciproquement pour elles , leurs héritiers 011 leurs exécuteurs, à remplir les conditions de la présenté charte. — F ait à Georges-Town ( Demerara), les jour et an ci-dessus. « Signé Th.

DICK

et G.

RAINY. »

Liverpool, le 13 juin 1831.

« AUTRE.

« Embarqué en bon état de condilionnement par A. Macras, à bord du bon navire la Zoé, commandé par Th. Dick, maintetenant en charge à Demerara, à destination de Liverpool, 5o boucauts de sucre moscouade marqués et numérotés comme en marge (W. O. n° 3i à 8o), pour être remis dans le même état (sauf les risques de mer et de navigation quelconques, le feu du ciel, l'incendie , la rencontre des ennemis du Roi, etc.) à M. John Rolton de Liverpool, ou à son représentant, contre le payement pour fret de 6 fr. 25 cent, par quintal entre les mains de MM. Sandbach, Tinne et comp , aux conditions ordinaires de remise et de prime. En foi de quoi, le présent connaissement a été délivré en quadruple expédition de la même date et teneur.

MM. Sandbach, Tinne et compagnie. Du aux armateurs de la Zoé. par C. Tavlor fils et compagnie : Fret sur 128 boucauts.) 3 tierçons.. > Sucre pesant net 1,099 quint. 7 0 18 1/2

idem. j

78 boucauts.

Idem...

1,129

28

3,128

2 5 A3'40" 10,754 55e

ie

L une desquelles étant acquittée rendra les autres nulles. Fait à Demerara, le i3 avril 183i. «Signé Th.

32 muids.. . j Rhum 128 poinçons.) 36

idem.

Idem

13,735 gallons. 3,095 16,830 à 35 cent

6,135 95

DICK.»

TOTAL

« CHAUTE-PARTIE. « La présente charte d'affrètement a été passée le a î mars 1831 entre Th. Dick, capitaine du navire la Zoé, de 263 tonneaux, maintenant en rivière de Demerara ; ledit agissant pour le compte de son armateur, d'une part; et M. G. Rainy, représentant

.... 16,890 50

D. L'expérience que vous avez du commerce des sucres avec les Indes occidentales et le Brésil vous met-elle à même de décider si le fret se tiendrait au môme taux sur ces deux points,en supposant que le commerce fût libre?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. - 2 ENQUÊTE. — 1832. e

449

R. J'aimerais mieux apporter des sucres de toutes les îles des Indes occidentales, en général, que du Brésil, si je profitais du

3 fr. 75 cent, et même 2 fr. 5o cent, par quintal. J'estime que cette différence équivaut à quelque chose de plus que l'intérêt des

fret au départ.

fonds empruntés.

A quelles conditions un navire pourrait-il être frété pour rapporter des sucres en profitant de ce bénéfice? R. A3 fr. 76 cent, pour venir de Demcrara, et H fr. 35 cent, D.

pour venir des îles. Est-il ordinaire aux Indes occidentales, lorsqu'on affrète un navire, de stipuler une remise en sus de l'avantage de bénéficier D.

du fret au départ ? R. Oui, souvent, lorsque les affréteurs s'engagent à payer le chargement en retour au cours de ces îles. A combien s'élèvent ces primes ? R. Quelques maisons portent, sur les connaissements 6 fr. 2 5 c. et d'autres 5 francs. Elles accordent ou 3o pour o/o ou 20 p 0/0, de manière a réduire le fret au même taux pour l'armateur. D.

D. Les primes pour Demerara, Berbice, la Barbade, la Trinité et la Jamaïque sont-elles les plus fortes? R. Le prix que l'on reçoit pour un navire à destination de Demcrara étant faible, la prime est plus forte; cependant, lorsque ce prix est indiqué exactement sur les connaissements de la Jamaïque , la prime serait moindre. D.

Quelles sont les primes les plus élevées dont vous ayez eu

connaissance ? R. Je n'ai que rarement traité pour du fret à condition de prime. Dans le cas de la Zoé, et dans d'autres circonstances, nous sommes convenus de charger en retour à 3 fr. 75 cent, et /| fr. 35 cent., moyennant que les connaissements exprimeraient les prix qu'il conviendrait aux armateurs d'y insérer. La remise faite sur le chargement de la Zoé, c'est-à-dire 2 fr. 80 cent, sur 6 fr. 2 5 cent, est la plus forte dont j'aie jamais eu connaissance"; D.

A Antigoa et dans quelques-unes des petites îles, le retard

n'est-il pas plus grand et le cabotage plus difficile que dans les îles plus importantes, et conséquemment la prime n'est-elle pas moins forte ? R.

Oui.

La proportion du fret que fournissent ces îles est-elle ou non supérieure à celle du fret que l'on peut trouver dans les D.

autres ? R.

Elle est très-inférieure.

D. Les navires de i5o à plus ou moins élevé?

200

D. R.

Cette différence n'est pas calculée dans les 6 pour 0/0? Non.

D. Comment cela se fait-il ? R. Les 6 pour 0/0 sont l'intérêt légal, et le fret, que les marchands exigent des planteurs engagés vis-à-vis d'eux, est de 6 fr. 25 cent., tandis qu'en réalité ils ne payent que 3 fr. 75 cent, ou deux cinquièmes en moins. D. A combien ces 2/5es équivalent-ils pour cent ? R. 2 fr. 5o cent, par quintal représentent plus de 6 pour 0/0 des sommes que l'on prête d'ordinaire aux planteurs. Le marchand qui a fait des avances a, en outre, une commission sur l'assurance, une autre sur la vente des produits, et d'autres avantages encore qui ne s'élèvent pas, au total, à moins de 20 pour 0/0. D. Que le planteur soit endetté ou non, ne faut-il pas toujours qu'il paye une certaine commission de vente et une commission de transit ? R. Oui; mais les planteurs qui n'ont pas d'engagements s'arrangent quelquefois pour économiser la commission du marchand. Plusieurs courtiers de Liverpool reçoivent directement des consignations de différentes parties des Indes occidentales, et n exigent que 1 pour 0/0; c'est donc une économie de 1 et -*• pour 0/0 pour les planteurs, sans parler de la commission de garantie. D. Pensez-vous qu'un planteur tout à fait libre d'engagements, et qui peut envoyer ses sucres où il lui plaît, éprouverait quelque difficulté à les expédier à raison de 3 fr. 75 cent, ou de 4 fr. 35 cent, par quintal? R. Je n'en vois aucune. Je m'engagerais moi-même à les transporter à ce prix. D. Le feriez-vous pour tous les ports de la Grande-Bretagne ? R. Oui, si j'étais armateur à Londres, je préférerais naturellement que mon navire chargeât pour ce port, mais comme j habite Liverpool, il m'est plus agréable qu'il revienne au lieu de ma résidence. D. Vous chargeriez-vous du transport des sucres de la Jamaïque à Londres à raison de k fr. 35 cent. ? R. Oui.

tonneaux s'affrètent-ils à un taux

R. Plus les navires sont petits, plus ils peuvent compter sur un bon prix et, par conséquent, moindre est la prime. D.

Vous avez résidé à Demerara pendant quelque temps ?

R.

Oui, il y a de cela environ 21 ans.

D.

Combien de temps y êtes-vous resté ?

A peu près un an, et, à trois fois différentes, j'y ai séjourné le même temps.

D. Vous serviriez-vous de navires de construction anglaise ? R. Oui. /). Avez-vous jamais fait celte spéculation ? R. Non. Dans l'exemple que j'ai cité, les affréteurs avaient pro fité du fret au départ; j'explique que j'entendrais avoir tous les bénéfices du chargement pour aller et venir: à celte condition, je m'engagerais à amener des sucres à Londres à 4 fr. 35 cent, le quintal.

R.

D.

Avez-vous quelquefois envoyé des navires aux Indes occi-

dentales sans y avoir de fret assuré ?

D. Vous connaissez parfaitement la manière de traiter les affaires dans cette colonie?

R. Souvent.

Je la connaissais à l'époque où je l'ai visitée ; je crois qu'il n'y a pas aujourd'hui une grande différence.

R. Non, pas toujours.

f). Avez-vous toujours réussi à vous en procurer?

R.

Avez-vous été à même d'évaluer l'intérêt annuel qu'il en coûte au planteur pour se procurer des fonds sur la garantie de D.

ses propriétés ? R. J'ai souvent fait ce calcul, et il m'a toujours semblé que l'intérêt de l'argent emprunté devait être de 20 pour 0/0 environ.

D. Quelle conséquence en résultait-il pour vous ? /!. Ne trouvant pas à charger aux Indes occidentales, j'avais la ressource de la Nouvelle-Orléans el des ports où s'embarque le coton; je pouvais, en outre, aller chercher des bois à Campêche, etc. Il est arrivé bien rarement qu'un navire ait manqué de fret en retour. Vous seriez toujours certain d'en trouver dans quelque partie du monde ? D.

D. Comment avez-vous établi votre calcul? Les planteurs payent d'abord, dans la colonie, 6 pour 0/0 d'intérêt. La plupart des maisons exigent d'eux 6 fr. 25 cent, de fret tandis qu'elles traitent avec les armateurs à raison de R.

R. Lorsqu il y a rareté de fret dans une partie des Indes occi-

dentales, cela peut causer un retard, mais il esl rare qu'en définitive on ne puisse s'en procurer. 29..


RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

450

re

£). A combien par quintal évaluez-vous le risque du retard ? R. Beaucoup des navires qai accordent une remise partent sans avoir stipulé le temps de leur séjour, en sorte que les affréteurs ont le droit de les retenir pendant un temps indéfini. D. Expédieriez-vous pour votre compte un navire aux colonies sans y avoir de rapports et pour faire ce qu'on appelle un voyage d'aventure ? R. Je ne voudrais pas le faire tant que le système actuel ne sera pas changé.

Vous ne feriez cette spéculation que si le système actuel ou les circonstances présentes venaient à changer? PL. Oui. On m'a proposé tout récemment un fret pour Kingston avec la chance de me procurer un chargement en retour, soit dans ce port, soit dans tout autre port de la Jamaïque. J'ai déjà dit ce que je ferais en pareil cas ; je dois ajouter que j'enverrais volontiers un navire a 1 aventure si j étais assuré, en ne trouvant pas de D.

charge a une destination, de m'en procurer sur ma roule en revenant. Et dans le cas où cette assurance vous manquerait P R. Je ne voudrais sans doute pas tenter une spéculation qui ne m offrirait qu'une chance de perte; mais, dans la supposition dont je parle, il ne serait guère probable que je fusse exposé à D.

perdre. D. Vous n'ignorez pas que les navires auxquels on garantit leur charge en retour reçoivent des marchandises gratis au départ ? R.

Les armateurs font souvent cet arrangement avec les mar-

chands. Vos réponses doivent-elles s'entendre comme ayant été faites dans la supposition d'un changement de système de commerce, et alors de quelle nature devrait être ce changement ? D.

R. J ai expliqué déjà que, dans certaines circonstances, je ne voudrais pas envoyer de navires à l'aventure sous le système actuel ; je le ferais pourtant, quoique sans compter sur un changement, si j'avais l'espoir que des planteurs ou d'autres personnes de ma connaissance fussent dans le cas de me procurer un chargement à mon passage. D. Quel est le changement qui pourrait vous assurer cet avantage ? R. Il faudrait que les planteurs fussent libres de profiter de la concurrence pour expédier leurs produits au meilleur marché

possible. Dans la supposition où les planteurs seraient parfaitement libres à cet égard, trouveriez-vous en cela un encouragement pour expédier un navire à l'aventure aux Indes occidentales, cl pour y prendre du fret à un aussi bas prix que vous l'avez dit P D.

R. Oui, ce serait pour moi un motif déterminant. D. Si, comme cela arrive souvent dans les Indes occidentales, le fret venait à manquer, et que votre navire ne trouvât pas un chargement complet, auriez-vous encore intérêt à prendre des marchandises à 3 fr. 76. cent, et à revenir en droiture sans

toucher dans aucun port d'Amérique ? R. Je ne refuserais que rarement 3 fr. 75 cent, à moins que le fret ne fût très-rare dans les ports d'où s'expédie le coton. D. Voire navire n'arrivant que vers la fin d'une récolle qui n aurait pas été abondante et ne pouvant se procurer un chargement complet, seriez-vous suffisamment indemnisé par une faible cargaison à 3 fr. 75. cent. ? R. Si je devais être retenu jusqu'après le 12 du mois d'août et nsquer une double assurance, je ne serais certainement plus indemnisé d'une manière suffisante. D. Etes-vous au courant du commerce des Indes occidentales ? n. Oui. D. Plusieurs des navires qui reviennent après une faible récolte ne partent-ils pas des colonies, après le 12 août ?

R. J'ai rarement appris que des navires fussent revenus avec un chargement très-faible.

Vous êtes-vous trouvé dans le cas d'envoyer des navires à

D.

l'aventure ? R. J'en ai envoyé, mais pas un grand nombre. D. En 1830, plus de 5o navires ne sont-ils pas revenus dans le mois d'août avec de faibles cargaisons P R. Je ne sais. Savez-vous quelle a été la récolte de la Trinité pendant les deux dernières années ? /?. Je connais très-peu cette île comme armateur ou comme courtier. Depuis deux ou trois ans j'ai expédié plusieurs bâtiments D.

pour cette destination. D. Avez-vous su qu'une grande partie des navires qu'on y a envoyés soient revenus peu chargés ? II. Non ; j'ai seulement su qu'il y avait rareté de fret et manque de produits, mais je n'ai pas appris que des bâtiments soient revenus sur lest ; ils avaient d'autres ports où se rendre.

Est-il arrivé qu'en pareil cas des affréteurs aient dû payer le fret manquant ? R. Il est de toute justice qu'un affréteur paye le navire qui D.

revient à vide. D.

Dans celle circonstance Je planteur ne court aucun ris-

que ? R. Non, c'est l'affréteur qui le supporte. D. Les planteurs des îles, vous le savez sans doute, expédient leurs sucres a trois époques différentes : au commencement, au milieu et a la fin de la récolte ; n'est-il pas nécessaire, en conséquence, dans leur propre intérêt autant que pour le bien de leurs propriétés, qu ils se précautionnent de navires pour ces époques ? R. Je le crois. S'ils comptaient toujours sur les navires expédiés à l'aventure, seraient-ils certains d'en avoir à leur disposition au moment du besoin et à un prix à leur convenance ? D.

R. Si un planteur voulait faire un arrangement avec moi, je tiendrais toujours un navire à ses ordres pour une époque précise. que trente boucauts I). Mais si ce planteur ne vous promettait à lui envoyer un déterminer vous pour assez de sucre, serait-ce navire ? R. Non ; je voudrais être assuré d'une cargaison complète. T). S il ne vous garantissait pas même ces trente boucauts à moins d une récolte favorable, ne serait-ce pas encore un motif de plus pour vous retenir P R. Sans doute. Lorsque j ai parlé de 3 fr. 75 cent, pour Demerara et de k fr. 35 c. pour les îles, j'ai entendu que je serais assuré d un chargement entier et que j'aurais le bénéfice du fret au départ. Quand même un planteur serait parfaitement libre d'engagement, s il ne vous garantissait pas ce chargement, vous ne pourriez lui offrir de prendre son fret à 3 fr. 75 cent. ? D.

R. Non ; mais si j'avais une maison de correspondance à Demerara, je m'engagerais à prendre depuis 3o jusqu'à 3oo boucauts à ce même prix de 3 fr. 75 cent. D. Celte maison courrait alors le risque du complément de la cargaison ? R. Oui, sans doute. D. Ne serait-ce pas un avantage pour le planteur de ne pas être sous le contrôle d'une maison de Demerara ? R. Il gagnerait 2 fr. 5o cent, par quintal, s'il pouvait contracter librement avec une maison étrangère au lieu d'être obligé de se consigner à un marchand qui est son créancier. I). Vous supposez donc qu'un planteur, libre d'engagements,


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

pourrait se procurer de Liverpool un navire qui viendrait charger ses produits pour l'Angleterre à raison de h fr. 35 cent, le quintal ? cette facilité. R. J'ai dit qu'un planteur de la Jamaïque trouverait Dans l'hypothèse où ce même planteur voudrait embarquer ses produits au port Sainte-Anne, situé au nord de l'île, lui expédieriez-vous votre navire sur ce point? D.

R. D. R.

Oui. Mais s'il ne vous garantissait que 100 boucauts à la fois ? Je ne me déterminerais pas pour une pareille quantité.

Dans quelle situation se trouverait donc un planteur, libre de disposer de ses produits, s'il ne pouvaiL expédier à la fois que 100 boucauts de sucre ? R. Si, par de longues relations, j'avais acquis la certitude, en allant charger les i oo boucauts, d'en trouver 1 oo autres à emD.

barquer et de pouvoir compléter ma cargaison, je n'hésiterais pas à courir ce risque sans avoir fait de charte-partie. La récolte se fait à différentes époques. A la Jamaïque, dans la partie nord, elle dure presque toute l'année. Vous savez que le taux des assurances varie dans le cours d'une année, et que les risques d'hiver cessent au 12 janvier? D.

Oui. En chargeant à

R. D.

L\

fr. 25 cent., pourriez - vous attendre un

certain temps afin d'épargner la prime d'hiver. R. Je ne voudrais pas prendre cet engagement pour une simple chance de cargaison ; mais, si le sucre d'une plantation m'était garanti, je le prendrais pour les époques où il serait prêt. D. Vous vous engageriez au prix de À fr. 35 cent., sans que le planteur s obligeât lui-même à vous donner un chargement

complet ? R. Je répète encore que, si, par expérience, je savais pouvoir compter sur le sucre qui me serait promis, je n'hésiterais pas à le faire. D. Vous vous chargeriez de transporter les sucres à Londres ou à Liverpool ? Oui, et encore sur la Clyde. Mettriez-vous pour condition de votre engagement, que le planteur avec qui vous auriez à traiter vous remettrait ses expéditions d'Angleterre pour la colonie ? R.

D.

Non, je courrais cette chance. D. Autoriseriez-vous un planteur à vous donner avis de venir chercher ses sucres, n'importe sur quel point de l'île, moyennant R.

4 fr. 35 cent., sans conditions de sa part ? R. Vis-à-vis d'un étranger, je ne voudrais pas rester dans l'incertitude au sujet de ses intentions; mais, connaissant la manière d'agir de quelqu'un, je m'engagerais à charger ses sucres, si, de son côté, il s'obligeait à me les livrer, et sans le lier par un contrat, pourvu , comme je l'ai dit, que l'expérience m'eût donné la certitude de pouvoir compléter une cargaison. Vous n ignorez pas que, pour être à même de transporter en Angleterre les sucres de plusieurs plantations réunies sur un point, il vous faudrait plus d'un navire? R. Je le sais. Je dois déclarer que je ne connais pas aussi bien la Jamaïque et les îles que Demerara; pourtant je chargerais à D.

Demerara pour 3 fr. 75 cent., et, dans quelques autres îles, pour 4 fr. 35 cent par quintal. D. Pensez-vous qu'en faisant un arrangement avec vous, un planteur voulut se soumettre à quelque condition ? R. Il faudrait qu'il souscrivît à la condition de me livrer ses

451

chargé régulièrement, j'expédierais mon navire sans exiger de lui aucun engagement. D. Compteriez-vous, de sa part, sur l'exécution d'une chartepartie ? R. Je demanderais seulement qu'il me livrât son sucre au prix de fret convenu, en attendant que la confiance fût établie entre nous. Jusqu'à ce moment, comme je m'engagerais à porter ses produits, il devrait être lui-même tenu de me les livrer. D. A ces conditions, fourniriez-vous un navire de la classe A et de construction anglaise ? R. Je l'aurais bien fourni pendant les années dernières, et je ne vois rien, dans les circonstances présentes, qui puisse m'empêcher de le fournir encore. D. A quelles conditions vous chargeriez-vous du transport des approvisionnements pour les colonies ? R. Je m'en chargerais volontiers à 25 francs le tonneau. D. N'est-il pas difficile de fixer le taux des exportations d'Angleterre pour le dehors, et n'est-ce pas pour cette raison qu'il varie tant ? R. Il existe un tarif d'après lequel je pourrais les prendre à 2 5 fr. D. A quel prix prendriez-vous le baril de harengs ? R.

A3 fr. 75 cent, environ.

D. Par quelle circonstance le navire la Zoè, dont vous avez parlé, se trouvait-il à Demerara ? R. Il y était venu à l'aventure. D. S en trouvait-il, a la même époque, beaucoup d'autres dans le port qui n'eussent pas de charte-partie ? Je ne crois pas qu'il s'en trouvât beaucoup. D. Les affréteurs de ce navire n'étaient-ils pas des négociants ? R. Leur principale affaire est d avancer, sur hypothèques, des sommes aux planteurs; leur magasin n'est pour eux qu'une occuR.

pation secondaire. D. N'ont-ils pas une maison à Demerara ? R. Oui, mais principalement pour leurs créances hypothécaires. D. Le navire était consigné, il nous semble, à MM. Sandbach et compagnie, R. Oui. D. I outes les personnes qui expédient des produits 11e sontelles pas, en général, dans la dépendance de celle maison, par suite d'avances de fonds reçues d'elle. R.

Je le crois.

/). E11 avez-vous la certitude ? Non pas d'une manière particulière, parce que Sandbach agissent comme inlermédiaires de tiers ; mais je compagnie et pense qu'il en esl ainsi. R.

D. Tous les connaissements, à l'exception de deux, étant adressés à Sandbach et compagnie, considérez-vous que les expéditeurs se soient trouvés dans l'obligation d'en agir ainsi, à cause d'engagements contractés antérieurement avec cette maison ? R. Oui. D. Possédez-vous quelque bâtiment naviguant dans l'Inde? R. J'en envoie plusieurs à Maurice. /). Quel esl aujourd'hui le fret de Calcutta ? R. De 125 à i5o francs le tonneau de marchandises pesantes. D. Quel était-il l'année dernière ? Il a varié ; niais, en général, il s est tenu a

R.

100

francs pour

les mêmes marchandises.

Oui. Mais, si sa récolte restait au-dessous de son estimation, il aurait donc à payer la différence en moins du poids qu'il aurait

/). A combien s'est-il élevé pendant quelques-unes des dernières années ? R. Il na pas été très-différent de celui de Maurice, que je connais mieux. /). A quelle cause attribuez-vous l'augmentation de 100 à

promis de livrer ? R. Sans doute ; mais si j'acquérais la certitude de revenir

1 25 francs dans le prix du fret ? R. Le taux de 100 francs esl le plus bas et laisse à peine de

sucres. D.

Faudrait-il qu'il s'engageât pour une certaine quantité?

R.

D.

29...


452

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

quoi défrayer les navires. Le frel ( lait tombé à ce prix par suite des nombreuses expéditions faites de l'Angleterre au dehors ; il s'est relevé lorsque les bâtiments se sont trouvés moins nombreux. D. Trouverait-on en ce moment beaucoup de navires disponibles en Angleterre? R. Je n'en ai jamais vu moins à Liverpool. D. Le nombre des navires n'est-il donc plus aussi grand qu'autrefois ? R. Je crois qu'il a été réduit et qu'il se réduit encore par suite des perles de navires du Nouveau-Brunswick. D. Ces navires sont-ils employés au commerce des Indes orientales ? R. Oui, à celui de Bombay. D. Les au Ires bâtiments construits en Angleterre ont-ils également diminué ? R. Je le crois; on 11 en a construit que bien peu de nouveaux. 1). Si un petit nombre de navires seulement se rendaient aux Indes occidentales pour charger à l'aventure, sans engagement, les armateurs continueraient-ils à prendre du frel à 3 fr. 76 cent, ou 4 fr. 35 cent., ou élèveraient-ils leurs prétentions? li. Il n'y a pas de doute qu'ils les élèveraient. D. Vous êtes d'avis que les planteurs, s'ils étaient libres d'engagements, auraient avantage à vendre leurs produits par 1 entremise de courtiers ? R. En le faisant, ils s'épargneraient la commission du marchand. I). Comment s'arrangeraient-ils dans ce cas pour se faire expédier leurs approvisionnements? II. Les courtiers qui auraient vendu leurs produits leur expédieraient les approvisionnements, comme quelques-uns le font déjà, et comme on en a journellement des exemples à Liverpool. 1). Les courtiers profiteraient alors seuls des relations avec les planteurs? R. Oui. D. Les marchands continueraient-ils à vous employer en qualité de courtiers si vous usurpiez ainsi leurs attributions? R. Quant à moi, je ne suis que courtier de navires ; mais, à Liverpool, les courtiers généraux qui agissent pour des planteurs n'en ont pas moins d'autres occupations en dehors de celle-là.

fortes quantités à la fois. Que conseilleriez-vous donc, dans l'intérêt commun, à un planteur qui récollerait 200 boucauts? R. En pareil cas, la chose la plus simple pour lui serait de s'adresser à un marchand de Kingston, qui lui ferait la même offre que moi, el demanderait que la livraison fût effectuée à sa réquisition ; encore faudrait-il que ce marchand trouvât d'autres planteurs qui lui remissent en même temps leurs sucres; car ce n'est qu'ainsi qu'il pourrait prendre de la charge à 4 fr. 35 cent le quinlal. D. De sorte que celte transaction, si avantageuse pour un planteur, ne pourrait s'exécuter qu'avec le concours de plusieurs autres. R. Cela dépendrait de sa production; si elle était suffisante pour charger un navire , il n'y aurait; plus de difficultés.

1). Un brick ordinaire ne peut-il pas porter de 3oo à 4oo tonneaux ? R. Oui. /). Combien chargerait-il de poinçons de rhum ? R. Un navire de 25o à 3oo tonneaux pourrait charger de 2Ôo à 3oo boucauts de sucre et 100 poinçons de rhum, ainsi que des balles el des sacs à.l'occasion. D. Mais si un planteur, par l'effet du climat ou par l'influence de la sécheresse, venait à ne récoller que 80 boucauts de sucre au lieu de 200, dans quelle situation ne vous trouveriez-vous pas? R. Je répèle encore que je ne voudrais expédier de navire qu'avec la certitude acquise par l'expérience de pouvoir compléter son chargement. Je pense qu'une maison de Kingston s'engagerait vis-a-vis de plusieurs planteurs à recevoir leurs produits à raison du prix déjà cité de 4 fr. 35 cent. D. Vous avez la persuasion que, si les planteurs étaient libres d'expédier leurs produits à leur gré, il se formerait bientôt dans les Indes occidentales des établissements qui s'en chargeraient pour l'Angleterre au taux de 3 fr. -j5 cent, el de 4 fr. 35 cent? R. Oui, à 3 fr. 7.5 cent, de Demerara et Berbice, el à h fr35 cent, des îles. D. Ne serait-ce pas un bénéfice pour le planteur d'avoir la facilité de remettre ses produits à un établissement de commerce pour en faire l'expédition ? /?. Il y aurait, je pense, réciprocité de bénéfice, en ce que le prix de 4 fr. 35 cent., qui serait suffisant pour le marchand, déterminerait le planteur à se lier d'engagement avec lui. 1). Y ous parlez d une maison qui s établirait pour faire ce genre

/). A quel prix par gallon vous engageriez-vous à transporter le rhum en Angleterre ? R. Si je recevais 4 fr. 35 cent, par quintal de sucre, je demanderais /|0 centimes par gallon de rhum.

transport.

D. Combien de navires vous engageriez-vous à envoyer à la Jamaïque dans le courant d'une année?

son commerce?

R. Autant qu'en auraient besoin les personnes qui auraient du fret à me remettre. D. Vous savez peut-être que, dans la partie Sud de la Jamaïque, une faible récolte se partage entre six navires ? R. Je répète que je suis peu au courant du commerce de la Jamaïque. I). En supposant que 200 boucauts de sucre ne pussent être livrés qu en six époques différentes, vous engageriez-vous à tenir six navires prêts à ces différentes époques pour charger les quantités disponibles? //. Non; a moins que je n'eusse plusieurs planteurs qui voulussent me donner du fret. Personne ne consentirait à expédier un navire pour charger 3o boucauts. D. Le planteur ou le propriétaire fait sa récolle dans un certain espace (le temps; il n aime pas a conserver trop de marchandises, de crainte du feu ou pour tout autre motif; d'un autre côté, à cause de l'assurance, il préfère ne pas embarquer de trop

de commerce ? /t. Je m'engagerais à fournir à celle maison les moyens de •

D. Quel serait, pour la maison en question, le bénéfice de R. Quant a moi, le prix de A fr. 35 cenl. serait plus qu'une moyenne ordinaire. La maison qui contracterait aurait l'avantage d'user des navires qui se consigneraient à elle, et trouverait des facilités pour leurs chargements venant de la métropole. Son commerce de commission ne pourrait que prendre de l'extension. I). Sur le prix de Ix fr. 35 cenl., pourriez-vous allouer un courtage à la maison de la Jamaïque ? R. Naturellement je chercherais à me l'épargner; mais il esl probable que la maison s'arrangerait pour s'en réserver un. 1). Quelle commission les maisons de ce genre devraient-elles recevoir pour se soutenir? Ri. Elles auraient bientôt des navires à elles pour faire directement leur commerce. I). I)e quoi se composeraient alors leurs profits ? II. Du bénéfice que leur procurerait le frel. I)■ Pouvez-vous expliquer les avantages dont elles jouiraient? II. fies marchands qui embrasseraient ce genre de commerce


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

se procureraient des navires au meilleur marché possible pour se réserver une commission , et bénéficieraient sur les navires qu'ils auraient affrétés ou sur ceux qui leur appartiendraient en propre. D. Vous supposez que les maisons qui s'établiraient devraient affréter des navires et se charger des risques ? R. Plusieurs navires font le voyage de Liverpool à la Jamaïque, et en rapportent des produits, sans avoir aucun engagement; ils n'obtiennent pas moins de /t fr. 35 cent, du quintal. D. Avec qui contractez-vous pour votre chargement ? R. Avec les planteurs ou les marchands, ou avec quiconque m'offre delà charge. D. Comment seraient indemnisés les marchands qui prendraient le soin de procurer du fret ? R. Par le contrat même. D. Les maisons qui contracteraient directement ne croiraientelles pas nécessaire de se couvrir de leurs risques par une élévation dans le prix du fret ou de toute autre manière? R. 11 est certain qu elles devraient s'arranger pour être indemnisées de façon ou d'autre.

453

D. Mais, la maison de Kingston réduisant le fret à ce taux, d'où lui proviendrait son bénéfice ? R. Je désire n'avoir pas été mal compris lorsque j'ai dit que je m'engagerais volontiers à charger à h fr. 35 cent, du quintal ; les planteurs étant libres d'embarquer leurs marchandises au mieux de leurs intérêts, les marchands auraient nécessairement la même faculté, et je suis persuadé qu'ils n'hésiteraient pas à faire des arrangements à ce taux dès à présent. D. Les planteurs devraient donc payer plus de k fr. 35 cent, ? R. Des tiers s'arrangeraient avec eux pour ce prix. D. Si la"concurrence du fret devenait libre, ne serait-il pas de votre intérêt d'établir une maison à la Jamaïque pour vous en procurer? R. Je pourrais peut-être m'y déterminer plus tard; toutefois je pense que les maisons du pays pourraient m'en dispenser. D. Les planteurs devenant tous libres de disposer de leurs produits, les armateurs auraient plus de chance et seraient plus disposés sans doute à entreprendre des voyages à l'aventure? R. Oui.

D. Quel profit pensez-vous que devrait se réserver une maison contractant directement ? R. Cette maison, soit qu'elle eut ou non un associé en Angleterre, tirerait ce profil ou de la commission , ou d'une réduction sur le prix de l'affrètement, ou encore d'un surcroît d'affaires.

D. Supposez-vous que la concurrence ferait baisser le taux du fret dans l'île ? R. Je crois qu'il tomberait, en effet, au-dessous du cours nominal de 6 fr. 2 5 cent. D. La question qui vous est faite s'applique au cours de

D. Lorsque vous avez dit que vous prendriez le fret de la Jamaïque à k fr. 35 cent., entendiez-vous que votre navire irait

h fr. 35 cent. R. A ce taux, je ne crois pas qu'il puisse y avoir de réduction.

cherchant du fret d'un port à l'autre ? R. Je ne voudrais certainement pas qu'il fît le tour de l'île; il ne visiterait que deux des ports ordinaires.

D. Il n'y a donc pas aujourd'hui assez de planteurs en état de profiter des navires qui viendraient chercher du fret pour décider les armateurs à en expédier ?

D. Comment la maison intermédiaire serait-elle indemnisée ? PI.

Par un bénéfice ou une commission.

D. Qui est-ce qui lui donnerait ce bénéfice ou cette commission ? R.

R. Non. A Et vous pensez que, si leur nombre était plus considérable, il viendrait à la colonie un plus grand nombre de navires ? R. Je n'en fais pas de doute.

Les /) fr. 35 cent, du fret y feraient face.

N° 123. INTERROGATOIRE DE M. JAMES BROWNELL BOOTHBY. 21 février 1832. D. N'êtes-vous pas armateur à Liverpool, et en relations de commerce avec le Brésil principalement ? R.

Oui.

D.

Vous avez résidé au Brésil ?

Oui, pendant dix ans, et je l'ai quitté il y a environ quatorze ans. R.

D. Avez-vous depuis entretenu des relations suivies et étendues avec ce pays ? R.

Oui.

I). La culture du sucre a-t-elle augmenté au Brésil, depuis vingt-quatre ans ? R. Oui, d'une manière très-considérable. D.

Possédez-vous quelques renseignements relatifs à cet ac-

croissement, à différentes époques? Je n en ai pas le relevé exact; mais , pendant ma résidence au Brésil, la récolte moyenne de tout le pays était évaluée à 5o,ooo ou 55,ooo caisses; en 1808, lorsque je partis pour la première fois, elle avait varié, mais la moyenne était encore de R.

55,ooo caisses. Combien pèse une caisse ? R. De 10 à i5 quintaux. Le poids diffère suivant les lieux : à Bahia, il ne dépasse pas 12 quintaux ; à Rio et à Fernambouc, D.

il est de i3 a i5 quintaux. La dimension des caisses est aussi très-variable. Lorsque je quittai le pays, en 1818, les récoltes, en général, avaient produit 70,000 caisses.

D. Celte récolte était-elle la moyenne de tout le pays ? R. Oui. D. A combien s'est élevée celle de 1830 ? R. Je ne pourrais le dire à ) ,000 ou 2,000 caisses près ; mais elle a été d'environ 95,000 caisses. Je crois que, l'année dernière , elle a dû être encore plus considérable, mais je n'en ai pas les relevés. D. Ce chiffre comprend-il Bahia, Fernambouc et Rio, qui sont les seules provinces où l'on fasse du sucre? R. Ou. D. Connaissez-vous l'augmentation de la production du sucre dans quelques-unes des possessions anglaises, y compris l'Inde, depuis la paix de 1815 ? R. Je ne pourrais garantir l'exactitude des renseignements que j'ai recueillis à ce sujet. En 1818, les importations de Demerara, Berbice et Surinam, pour l'Angleterre, ont été de 35,58o boucauts ; en 1831, les importations de Demerara et Berbice seulement, ont atteint le chiffre de 57,420 boucauts. D. Toute la récolte de Surinam se trouve-t-elle comprise dans la première de ces deux quantités ? R. Non, elle n en comprend qu'une partie que je ne puis préciser. D. Avez-vous des indications sur l'augmentation annuelle de Maurice ?


454

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. - PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

R. Tout ce que je puis dire, c'est que, depuis 1815 jusqu'à 1 époque actuelle, elle est estimée à 3o ou 35,000 tonneaux. D. A combien portez-vous l'augmentation dans les Etals-

occidentales, libre de charges, et une autre dans la même condition au Brésil ? R. Je ne sais rien du coût de la production aux Indes occiden-

Unis P

tales.

R. En 1818, les Étals-Unis ne produisaient pas de sucre ou a peine; à présenl ils en fabriquent environ 45,000 tonneaux.

D. Les planteurs brésiliens ont-ils généralement leurs propriétés libres d'engagements ? R. Je ne sache pas qu'aucune plantation du Brésil soit hypo-

D. Quelle est l'augmentation de l'Inde et de la Chine ? R. Je ne connais pas la production de ces pays ; mais j'estime que les exportations de sucre de l'Inde pour l'Europe, je veux dire pour toutes les contrées au delà du cap (Maurice exceptée)

théquée. D. Les propriétés dont vous avez parlé ne sont-elles pas arrivées sous votre gestion par suite d'une dette ? R. Oui, d'une dette simple.

sont de 15,000 tonneaux. Ce sont là toutes les augmentations que j'ai pu connaître , indépendamment de celle de Cuba. D. La grande augmentation de la production influe-t-elle, à

D. Les planteurs du Brésil résident-ils ordinairement sur leurs propriétés ? R. Toujours.

votre avis, sur le prix du sucre? R. Sans doute.

D. De celte manière, n'évitent-ils pas les frais d'agence, de direction, tous les frais enfin qui ne sont pas indispensables? R. On ne connaît pas d'agent au Brésil. Je n'ai jamais su qu'une plantation fût dirigée par une personne autre que le pro-

D. Quel effet produit-elle ? R. Elle réduit considérablement le prix. Les importalions ont excédé, depuis quelques années, la consommation de l'Europe ? D. Savez-vous ce que coûte la production du sucre au Brésil? R. Je ne suis pas planteur, mais, depuis un an, ma maison de Fernambouc a eu la surveillance de deux propriétés à sucre dont nous sommes créanciers. Mon associé m'a informé que, dans ces deux années, elles n'ont produit que pour leurs frais. Le prix actuel du sucre ne rémunère pas le planteur brésilien.

priétaire. D. Quel est le cours du fret du Brésil pour l'Europe? R. Il varie suivant la saison et suivant l'abondance des navires dans les ports. La moyenne est d'environ 75 francs pour le sucre U. Cette moyenne est-elle celle de plusieurs années ? R. Des trois ou quatre dernières.

D. Est-ce que les intérêts du planteur du Brésil souffrent de quelque cause particulière ? R. Oui, sous le rapport des fournitures de vêtements et de

D. Ce serait donc 3 fr. 75 cent, par quintal ? R. Oui. J'ai frété des navires pour apporter des sucres du Brésil à destination des ports d Europe, y compris Pétersbourg et Trieste, au taux le plus bas de 3 fr. 75 cent.

vivres nécessaires à ses plantations. D. D'où tire-t-il les fournitures d'habillement? R. Presque exclusivement de l'Angleterre.

D. Entendez-vous parler de bâtiments anglais de 1" classe employés à ce transport ? R. Oui, et pour les bâtiments de cette force, portant une cargaison au départ, au bénéfice des intéressés, j'ai reçu 5 francs du quintal, ou 100 francs du tonneau; c'est le plus bas prix auquel

D. Les arlicles de nos manufactures payent-ils au Brésil un droit d'importation ? R. Ils payent en général 15 p. 0/0 sur le tarif du pays, ce qui équivaut souvent à 20 ou 3o p. 0/0 du prix réel. Je citerai, par exemple, les toiles, sur lesquelles.le droit n'est guère au-dessous de 3o p. 0/0. D. D'où le Brésil se procure-t il le poisson et les autres approvisionnements en vivres ? R. Presque en totalité de nos possessions de Terre-Neuve et d'Halifax. Les Américains en apportent une petite partie. D. Existe-t-il un droit d'importation sur la morue de TerreNeuve ? R. Il est de i5 p. 0/0 du prix du tarif, ou de moins sur le prix d'achat à Terre-Neuve ?

20

p.

0/0

au

D. Combien fait-on payer de transport à la morue de TerreNeuve ? R. 5 fr. 60 cent., terme moyen pour Fernambouc, et quelquefois 5 francs par baril de 128 livres. Le prix varie de 5 francs à 6 fr. a5 cent, suivant les différentes provinces. Pour Rio-Janeiro, je crois que le fret serait de 5 fr. 60 cent, à 7 fr. 5o cent. J'ai affrété un navire pour transporter de la morue à Bahia, à Fernambouc, et j'ai su ainsi que tels étaient les prix ordinaires. D. T,e planteur brésilien paye-t-il un droit à l'exportation de ses produits ? R. Il paye sur les sucres plus de 10 p. 0/0 du prix de vente. On peut acheter cet article avant ou après l'acquit du droit. Il est d habitude que l'acheteur déduise Je droit sur le prix. Une partie du droit est appelée décime, parce qu'autrefois c'était en effet le dixième; aujourd'hui ce n'est plus guère que 5 p. 0/0; le reste se perçoit sur 1 arrobe, et le tout ensemble forme le droit d exportation, qui varie pourtant suivant le prix de vente. D. Quelle différence votre expérience vous a-t-elle fait reconnaître dans les hais de production entre une plantation des Indes

on affrète. '

D. Vous parlez d'un voyage du Brésil à un port d'Europe ? R. Oui. D. Se trouve-t-il une grande différence entre l'expédition pour l'Angleterre ou pour Pétersbourg et Trieste ? R. Les armateurs ont un avantage égal, parce qu'à Pétershourg ou a Trieste ils chargent pour revenir en Angleterre.

/). En admettant que le transport des produits des Indes occidentales fût aussi bien ouvert à la concurrence qu'il l'est au Brésil, pensez-vous que le prix du fret s'élevât au-dessus de 3 fr. 75 cent, le quintal ? R. Je n'en vois pas la raison; je dois dire, toutefois, que je ne connais pas le commerce des Indes occidentales ? D. Vous avez connaissance des fortes remises qui se font sur le prix du fret ? R. Aucunement. D. Si c'est une condition faite par le débiteur que le marchand seul profitera de la remise, c'est alors un arrangement particulier donl vous ne pouvez avoir connaissance? /{. Je n'en ai en effet aucune connaissance. /). Êtes-vous propriétaire de quelque navire ? /{. Oui. I). En cette qualité, quel prix croiriez-vous que dût recevoir un navire parti à l'aventure pour être convenablement indemnisé de son voyage ? R. .le ne puis parler par expérience que d'une seule circonstance : j'ai offert à un grand navire, pour rapporter un chargement de Bahia en Europe, 87 fr. 5o cent, par tonneau, à la condition de pouvoir le charger au départ sans payer de fret;


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES- — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

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l'armateur a préféré faire le voyage de Demerara à offres égales.

au marchand si les sucres eussent été vendus pour le compte d'un

D. Supposez-vous que des navires revenant de la mer Pacifique ou de l'Inde relâcheraient pour prendre du fret, si les planteurs avaient l'habitude de charger sur les bâtiments qu'ils trou-

tiers ?

vent à leur disposition ? R. Beaucoup de bâtiments relâchent au Brésil; ceux qui n'y trouvent pas de fret se rendent aux États-Unis ou aux colonies de l'Amérique du Nord : c'est la coutume ordinaire. Je ne connais cependant qu'une seule année où des navires venant de l'Inde aient fait cette relâche ; niais tous ceux qui reviennent de l'Amérique du Sud et du cap de Bonne-Espérance s'arrêtent au Brésil. Il y a deux ans, le fret de Bombay pour l'Europe ne valait que de 17 f. 5o cent, à 25 francs le tonneau; plusieurs bâtiments de Maurice, où le fret était également bas, vinrent au Brésil, où quelques-uns s'en procurèrent. D. Savez-vous la cause de cette diminution de fret à Bombay ? R. Elle résultait du manque de charge. D. N était-ce pas parce que la récolte avait manqué. R. Je ne puis lui assigner d'autre cause que la présence d'un nombre surabondant de navires. Les navires qui se rendent au continent espagnol viennentils quelquefois charger au Brésil en retour ? D.

R. Ne trouvant pas de cargaison pour revenir, ils pourraient obtenir du fret aux colonies des Indes occidentales; mais, en pareil cas, ils vont à présent aux États-Unis ou à Honduras, pour y prendre du bois de teinture. A quel prix assurerait-t-on aujourd'hui un chargement des Indes occidentales ou du Brésil? D.

J'ai demandé des informations à ce sujet ; voici celles qui m'ont été communiquées par MM. Taylor, Potter et compagnie, R.

courtiers d'assurances :

R. Oui. D. Quelle aurait été la commission du marchand et du courtier ? R. Le courtier reçoit 1/2 p. 0/0, et le marchand 2 1/2 p. 0/0, sans garantie. D. Quelle est la commission de Ducroire ? R. Elle est en proportion du terme accordé pour le payement. A Liverpool, on paye 1 p. 0/0 à 4 mois de terme. D. Cette commission de 2 1/2 p. 0/0 ne porterait donc que sur le prix net ? R. Oui, parce que les sucres du Brésil se vendent avant l'acquit des droits. J'ajoute que les dépenses d'importation à Londres par trois navires, frétés d'ailleurs aux mêmes conditions que pour Liverpool, ont été de 5 fr. 70 cent, à 6 fr. 55 cent, parce que les assurances se trouvaient plus élevées, à cause de la saison d'hiver. D. Est-ce que les frais à Londres ne comprennent pas la commission du marchand ? R. Non, seulement un courtage de 1 p. 0/0. D. La coutume à Liverpool est-elle de vendre les sucres des Indes occidentales avant ou après l'acquit des droits P R. Je crois que les raffineurs achètent tous en entrepôt, mais les épiciers traitent en général droit compris. D. Quel est 1 avantage pour l'acheteur de traiter en entrepôt ? R. Un raffineur qui a des fonds chez son banquier n'en tire que 2 1/2 à 3 p. 0/0, tandis qu'en acquittant les droits luimême il gagne les 5 p. 0/0 que le marchand fait ordinairement payer lorsqu'il les avance. D. Avez-vous des renseignements de fraîche date sur le commerce d'esclaves au Brésil ? R. J'ai reçu une lettre à ce sujet.

Liverpool, 14 février 1832. De Demerara De la Barbade De la Jamaïque Du Brésil Ducroire De la Trinité De Sainte-Lucie De Demerara De la Barbade De la Jamaïque

1 1 I 3

p. 0/0 p. 0/0 3/4 à 2 p. 0/0 à 3 1/2 p. 0/0

1 1/4 \ I 1 p. 0/0 I ] 1 3/4 à 2 p. 0/0

pour les navires parlant du 12 janvier au î" août. D.

Possédez-vous quelques comptes de ventes de sucres du

Brésil ?

1

R. Je puis vous indiquer les dépenses générales, qui sont : assurances, fret, déchargement, courtage. Je n'y comprends pas la commission du marchand, parce que les sucres nous appartenaient. Ces dépenses, relevées sur 8 chargements différents, se

D. Cette lettre a-t-elle été écrite en réponse à des informations demandées ? R. Oui, elle est de mon associé de Bahia et en date du vembre dernier ; en voici un passage :

29

no-

« Vous me demandez si le commerce d'esclaves se continue encore ? Je sais que quatre navires ont été envoyés à la traite. L un d eux est revenu sauf et a débarqué sa cargaison. La connaissance en étant venue au Gouvernement, des ordres énergiques ont été donnés pour réunir des preuves; mais il était trop tard. Les clameurs sont devenues telles, en général, surtout dans les classes inférieures, que défense expresse a été faite d'introduire à l'avenir aucun noir. Les trois navires non encore rentrés ont reçu avis de se diriger sur la Havane; l'un d'entre eux y a réalise une vente sans profil; les dernières nouvelles des deux autres annoncent qu'ils étaient partis de la côte d'Afrique: c'est tout ce que l'on sait d'eux jusqu'à présent. Je crois que les quatre tentatives que je vous cite sont les seules qui aient été faites et qu'elles ne se renouvelleront plus. »

sont élevées, savoir ; 4f

35 \ Sur 100 caisses, à 4 75 150 le quintal. 4 15 363 e

Je dois faire observer que le fret de ces envois se trouvait de 6 fr. 25 cent, à 12 fr. 5o cent, plus bas qu'il 11e l'aurait été par un navire loué à Liverpool; car il n'a été payé qu'à raison de 5G fr. 25 cent., tandis que je ne sais aucun affrètement courant pour amener des sucres de Bahia à Liverpool au-dessous de 62

fr. 5o cent., et de 75 francs pour les autres ports d'Europe.

Le détail que vous venez de donner comprend donc toutes les dépenses régulières, sauf la commission qui aurait été payée D.

D. Par quel motif les dépenses pour l'importation des sucres du Brésil sont elles plus considérables à Londres qu'à Liverpool ? R. A cause du prix plus élevé du fret et des assurances. D. Les droits de docks et les autres frais 11e sont-ils pas aussi plus considérables à Londres qu'à Liverpool ? R. Je crois que ces droits et ces frais sont, au contraire, moins forts dans cette ville qu'à Liverpool, où l'on paye fort cher pour faire transporter les marchandises dans les magasins. D. Vous avez dit que les dépenses que vous avez indiquées tout à l'heure sont au taux le plus bas ? R. Je 1 ai dit pour le fret, qui ne varie pas de plus de 3o à 60

centimes par quintal. J'ai affrété des navires pour apporter du


RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

456

re

sucre a Liverpool à raison de 6a fr. 5o c. el même de 56 fr. 25 c. D. De quelle manière s'expédient les sucres du Brésil ? R. Presque toujours en caisse et rarement en barils ou en sacs. D. Les caisses ne sont-elles pas exposées à souffrir beaucoup pendant la traversée ? R. Je les crois plus susceptibles d'avarie que les fûts. D. La note que vous avez donnée comprend-elle les frais de cerclage des caisses ? R. Oui. D. Selon votre opinion, le commerce d'esclaves aurait entièrement cessé au Brésil ? R. Oui, entièrement par l'effet de la loi. D. Vous pensez que cette spéculation ne se fait presque plus P R. Je ne possède à ce sujet d'autre information que celle que j'ai communiquée au comité. D Avez-vous connaissance du nombre des esclaves importés au Brésil en 1830. R. Non. Je ne pense pas qu'il ait été considérable. D. Le nombre de 4o,ooo, indiqué par les documents parlementaires, vous paraît-il exagéré? R. Oui ; je suis persuadé que, depuis la loi de mars 183o qui a aboli la traite pour le Brésil, on n'y a importé que très-peu d'esclaves. Les introductions faites en janvier, février et mars, qui ont été les trois derniers mois de ce commerce, ont pu être considérables; mais depuis la publication de la loi je ne crois pas qu'on ait débarqué plus de 4,ooo esclaves dans tout le pays, tandis qu'antérieurement les importations annuelles étaient de 4o,ooo à 5o,ooo. D. Connaissez-vous le dernier prix des esclaves au Brésil ? R. Non. D. Savez-vous combien on les payait avant l'abolition de la traite ? R. Je ne puis parler que de ce que j'ai su pendant ma résidence dans ce pays ; de 1815 à 1818, la valeur moyenne d'un esclave de choix, homme ou femme, était de 1,750 francs à 1,875 francs. J ai acheté moi-même quelques domestiques à ce prix. D. Ces prix étaient-ils ceux du marché ? R. Oui, pour des esclaves nouvellement importés. D. Dans le cours de vos relations, n'avez-vous pas appris que, depuis quelques années, le prix des esclaves a beaucoup baissé au Brésil ? R. Non ; je croirais, au contraire, que leur prix, en monnaie courante, a augmenté; ce qui a pu faire penser différemment c'est que le change est tombé de 7 fr. 5o cent, ou 10 francs à 3 fr.

20

cent.

D. Sur quoi fondez-vous votre opinion ? R. Je suis persuadé que la valeur des esclaves, en monnaie courante, a éprouvé une augmentation dans la proportion de la baisse du change sur l'Angleterre.

ranger comme ils le font aujourd'hui pour l'embarquement, 011 faudrait-il qu'ils correspondissent en Europe pour s'assurer des navires d'une manière plus régulière ? R. Je ne vois pas pourquoi, si les ports du Brésil étaient ouverts à toutes les nations, il pourrait y avoir diminution dans l'arrivage des navires, ou changement dans le prix du fret pour l'Europe. D. Comment un planteur des Indes occidentales, libre d'engagements, mais n'ayant pas assez de sucre pour charger un navire en entier, pourrait-il compter sur des moyens d'embarquement en temps utile, à moins d'avoir pris à cet effet des arrangements en Angleterre ? R. Mon navire irait aux Indes occidentales comme il va aujourd'hui au Brésil pour y chercher du fret. Dans ce pays, un bâtiment n'est pas chargé par un ou dix planteurs, par un ou dix marchands, mais par tous ceux qui veulent l'utiliser. Il en serait de même pour les Indes occidentales, si la navigation y devenait également libre. D. Vous savez qu en général les planteurs des Indes occidentales envoient leurs ordres en Angleterre pour les approvisionnements dont ils prévoient avoir besoin ? R. Je ne connais le commerce des Indes occidentales que par ouï-dire. D. Les planteurs du Brésil achètent-ils leurs approvisionnements dans les ports mêmes de leur pays ? R. Oui, tout ce qu'ils ne récoltent pas par eux-mêmes. D. Ils n envoient donc pas à Liverpool la note de leurs besoins ? R. Jamais, à ce que je sache. D. Comme il en est autrement dans les colonies anglaises, et que le transport de ces approvisionnements nécessite un certain nombre de navires, n'est-ce pas une raison de plus pour les planteurs de faire des arrangements pour le transport de leur récolte? R. Je ne le crois pas. D. Pourquoi ? R. Parce que l'armateur enverra toujours ses navires là où le fret est le plus avantageux. Si le prix en était aussi élevé aux Indes occidentales qu'au Brésil, la navigation s'y porterait comme dans ce dernier pays ou partout ailleurs. D. Si un planteur, s approvisionnant en Angleterre, trouvait en cela occasion de s assurer des moyens de transport pour l'époque 011 il a besoin d expédier ses produits, ne devrait-il pas faire un arrangement avec le navire qui lui apporte une cargaison? R. Non, a moins qu il n'y trouvât son avantage. D. Ne lui serait-il pas plus avantageux dans ce cas de conclure un arrangement que de rester dans l'incertitude ? R. Le taux du fret du Brésil pour l'Europe est certainement au-dessous du prix auquel je pourrais louer un navire ; je m'imagine qu'il en est de même aux Indes occidentales, et voici comment j explique cela : c'est qu'un bâtiment revenant de l'Amérique du Sud ou du cap de Bonne - Espérance, après un voyage avan-

blissez ?

tageux, serait plutôt à même de prendre du fret à bas prix à son retour, soit au Brésil, soit aux Indes occidentales, qu'un navire frété exprès pour ce voyage.

R. Je ne puis rien dire de certain à ce sujet. J'ai seulement exprimé ma conviction. D. Les sucres sont-ils consignés en Europe pour le compte du planteur, ou bien celui-ci s'arrange-t-il avec les marchands

I). Au Brésil, un marchand qui affrète un navire n'a-t il pas, en général, assez de produits prêts pour le charger ? R. Sans doute. Les produits que l'on expédie du Brésil par un navire affrété exprès n'appartiennent pas au même individu, ils

du Brésil même ?

peuvent provenir de 8 ou

R. Quelques-uns des plus riches planteurs consignent leurs produits en Europe pour y être vendus à leur compte ; mais la plus grande partie de la récolte se vend sur place.

D. Vous avez dit que, pendant votre séjour au Brésil, vous 11 aviez pas eu connaissance d'une seule plantation dirigée par un agent pour le compte du propriétaire ?

D. Vous 11e donnez aucune preuve des faits que vous éta-

D. S il était de la politique du Gouvernement brésilien de rendre habituelle aux planteurs la coutume de consigner leurs sucres en Europe pour leur propre compte, pourraient-ils s'ar-

10

plantations, ou plus encore.

R. Cela est vrai. D. Lorsque les propriétaires sont des mineurs, comment les plantations sont-elles gouvernées ?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

Dans ce cas elles sont dirigées par des personnes que l'on désigne, la veuve, quelque parent, ou l'exécuteur du propriétaire décédé ; rien n'est changé pour cela dans la position des R.

plantations. D. N y a-t-il pas au Brésil une personne appelée Père des orphelins, qui est légalement nommée par la cour de justice et chargée des propriétés appartenant à des mineurs ? R. Il y a, en effet, un juge appelé Juiz de Orfaôs, qui a sous sa surveillance les propriétés personnelles et, en général, toutes les propriétés des orphelins mineurs. D. Ses fonctions ne correspondent-elles pas à celles d'un curateur nommé par la cour de chancellerie en Angleterre ? R. Non, pas exactement. D. Pendant votre séjour au Brésil, avez-vous longtemps habité la campagne ? R. Je n ai pas été souvent dans l'intérieur; j'ai visité plusieurs plantations a sucre dans le voisinage de Bahia, mais par partie de plaisir et non par intérêt. D. Connaissez-vous les détails de la direction d'une plantation à sucre ? R. Pas autrement que par ce qu'il m'a été possible de remarquer dans mes excursions. D. Vous n'avez aucun moyen de juger du prix comparé de la production du sucre dans les Indes occidentales et au Brésil ? R. Non, pas autrement que par des suppositions. D. D'après ce que vous avez vu au Brésil, seriez-vous à même d'indiquer l'effectif du travail de quelque plantation, et combien de noirs sur cent elle peut utiliser à sa culture ? R. Aucunement. D. Ne savez-vous pas qu'il existe beaucoup d'esclaves mâles sur la plupart des plantations ? R. Je crois bien, d'après mes propres observations, qu'il y a plus d'hommes que de femmes, mais je ne saurais en indiquer la proportion. D. Savez-vous quelque chose de la mortalité des esclaves au Brésil ? R. Je n'ai aucun renseignement positif à ce sujet. D. N'avez-vous pas dit que les approvisionnements se liraient généralement d'Angleterre ?

457

l'immense quantité des esclaves que l'on a introduits au Brésil au commencement de 1830? R. Les articles d Angleterre ont peu fourni aux cargaisons destinées pour la côte d'Afrique et qui se composaient surtout de tabac el de spiritueux. Pendant les dernières années, les navires négriers avaient trouvé plus avantageux d'acheter nos articles à des navires anglais qu'à Bahia même, où ils avaient déjà payé un droit de i5 p.

0/0

et se vendaient plus cher.

D. Pensez-vous que nos exportations pour le Brésil, en 1831, aient égalé celles de 1830? R. Non, à un tiers près. Nous avons vu nous-mêmes cesser nos envois pour Bahia et Fernambouc depuis la révolution d'avril dernier; ils commencent seulement à reprendre. La plupart des marchands se sont trouvés dans le même cas que nous. D. Ne pensez-vous pas que la cessation du commerce des esclaves ail pu influer sur la réduction de nos exportations pendant l'année dernière ? R. Elle a eu sans doute quelque influence, mais nos articles n entraient pas pour plus de la 20° partie dans les cargaisons pour la côte d'Afrique. D. Ne s est-il pas fait une grande importation d'esclaves an Brésil dans les premiers mois de 183o ? R. Oui .jusqu'en mars. D. Vous dites, d'un autre côté, que ce pays a été dans un état d'agitation extrême pendant l'année dernière? R. Oui. D. Ces circonstances vous laissent-elles néanmoins l'opinion que le prix des esclaves au Brésil n'a pas subi une forte diminution ? R. J ignore quel a été leur prix dans ces derniers temps. D. Comment les Brésiliens achetaient-ils les noirs en 1839. R. Les navires négriers s'approvisionnaient, au départ, de tabac et de rhum produits par le pays et d'articles des manufactures anglaises, mais ceux-ci en petite quantité. D. Vous avez prétendu que les exportations des marchandises anglaises avaient diminué dans les derniers temps parce qu'il s'en vendait directement aux négriers sur la côte d'Afrique. Mais comment les Brésiliens ont-ils pu payer la quantité énorme de 1830? noirs qu'ils ont importés en 1829

J'ai voulu parler des objets d'habillement, à l'exception de quelques toiles d'Allemagne qui ont déjà même été remplacées en partie par celles de nos fabriques.

R. J ai déjà dit qu'ils chargeaient du rhum el du tabac ainsi que quelques articles fabriqués; ils en achetaient aussi d'autres sur la côte d'Afrique contre des espèces ou des traites. J'ai vu de ces traites qui avaient été tirées sur Londres pour payer ces achats.

D. Les exportations de nos manufactures pour le Brésil ontelles été importantes ?

D. Le Brésil était-il à même d'exporter assez de rhum et de tabac pour acheter les 5o,ooo noirs environ qui ont été impor-

R. Oui, très - importantes. D'après les documents parlementaires, les exportations en articles d'Angleterre et d'Irlande, en 1829, se sont élevées à 151,075,000 francs, valeur déclarée, celles des productions coloniales et étrangères à 2,495,000 francs, en tout 153,870,000 francs; les relevés de la douane indiquent, pour 1830, une somme de 1 14,15o,ooo francs pour l'Angleterre

tés?

R.

et l'Irlande, et de 1,907,850 francs pour les produits coloniaux et étrangers, ce qui fait un total de 116,057,85o francs. D. A quoi attribuez-vous la différence que l'on remarque entre ces deux années? /{. A l'état politique du pays; j'estime que les exportations de 1 année dernière n'auront pas dépassé 60 à -]b millions de francs a cause du peu de stabilité fies choses au Brésil.

R. La traite a pu se faire, comme je l'ai expliqué, au moyen de tabac, de rhum , d'articles de nos manufactures et de poudre à tirer que tous les pays d'Europe expédient au Brésil. D. Avez-vous la certitude que ces marchandises aient suffi pour payer le prix de tous les noirs ? R. Elles ont sufli pour en payer une grande partie; quant à la totalité je n'en ai pas la certitude. D. Le Brésil a- t-il rendu une loi d'après laquelle on puisse compter que le commerce d'esclaves y est entièrement aboli ? R. Je ne connais pas le texte de la loi; j'ignore également quels sont les règlements intérieurs à ce sujet.

était-elle destinée au

D. Ne prétendez-vous pas que les droits sur les importations d'approvisionnements au Brésil équivalent à 20 p. 0/0 ? R. Je ne puis l'affirmer à 1 ou 2 p. 0/0 près.

R. Oui, a 1 exception d'une faible partie exportée pendant la durée du commerce des esclaves.

D. Les revenus de ce pays sont-ils principalement fondés sur

D. La totalité des exportations de

1829

Brésil ?

D. N avez-vous pas appris qu'une grande partie des importations des manufactures anglaises aient servi à acheter, en 1829,

le choit à l'importation? R. Oui, en grande partie. D. Existe-t-il une taxe de capitation sur les esclaves du Brésil ?


458

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE. re

R. 11 n en existait pas pendant le séjour que j'y ai fait; mais pendant tout le temps que la traite a été autorisée le Gouvernement percevait un droit très-fort sur les noirs importés. D. Qu avez-vous entendu en disant que vous ne pouviez juger du coût de la production du sucre au Brésil que par supposition ? R. J'ai entendu que le prix du sucre brésilien sur les marchés d Europe n'est pas suffisant pour indemniser le planteur; j'en ai pour preuve les plan talions dont j'ai parlé et qui ne font que couvrir leurs dépenses. D. N'ont-elles pas couvert ces dépenses au cours actuel des sucres sur les marchés d'Europe P R. Oui, autant que je sache. D. Connaissez-vous la manière dont ces plantations sont conduites ? R. Le propriétaire en a la gestion sous l'inspection de trois curateurs qui disposent des produits et lui fournissent les choses dont il a besoin. D. Sont-elles dans une bonne position ? R. Elles sont comptées au nombre des belles plantations de ernambouc. F D, Quelle est leur population ? R. Je l'ignore. D. Sont-elles exploitées sur une grande ou sur une petite échelle ?

cent., y

80

D. Est-ce le prix auquel les exportations se sont faites au port d'embarquement ? R. J'ai cité les derniers cours. D. Vous prétendez qu'en vendant ainsi à Fernambouc le planteur ne retire aucun bénéfice? R. Il ne fait que payer les dépenses de la plantation. D. Les cours que vous avez cités sont-ils de beaucoup au-dessous de ceux des trois dernières années? R. Je crois qu'on peut les considérer comme la moyenne de 1 année dernière ; je n'ai jamais vu les prix aussi bas à Fernambouc; 1 année précédente ils s'étaient mieux soutenus. D. De combien ont-ils baissé depuis deux ou trois ans? R. Dans cet espace de temps la réduction sur les sucres du Brésil, tant au Brésil même qu'en Europe, a bien été de 12 fr. 5o cent, par quintal. D. Pourriez-vous citer une certaine série de prix? R. Je ne pourrais le faire qu'en consultant mes notes. Je base l'estimation que je donne sur ce que, en 1828 et 1829, nous avons exécuté des ordres à ko francs à bord, et que l'année dernière le prix à bord, y compris le fret, a été de 27 fr. 5o cent, à 28 fr. 75 cent.; la différence est donc réellement telle que je l'ai établie.

R. Je l'ignore également. D. La direction sous l'inspection des curateurs occasionnet-elle des frais extraordinaires? R. Non, les curateurs ne reçoivent rien. D. Ont-ils été nommés par une cour de justice? R. Je ne sais. Le propriétaire était un marchand qui avait contracté des dettes, et ne put les payer. On a dû alors nommer une curatelle pour faire la liquidation. D. Ainsi vous ignorez si les curateurs en question ont reçu leur mission de la justice? R. Je répète que je l'ignore. D. Quelle est la quantité de sucre que l'on obtient au Brésil par le travail des esclaves ? R. La totalité de ce que le pays produit. D. Savez-vous à combien s'élèvent les dépenses ordinaires par quintal ? R. Non. D. Combien se vendent les sucres à Fernambouc où vous dites que les producteurs rentrent dans leurs dépenses ? R. Le cours varie suivant les qualités qui sont au nombre de 8 ou 10. 650 reis l'arrobe. La 1re marquée BJ est évaluée parle Gouvernement à 700 La 2' BB à RB à 950 La 3' BR à 1,100 La 4 RF à 1,200 La 5' à 1,300 La 6' RP e

Le dernier cours indiquait une prime de 3oo reis sur les sucres blancs. En prenant la qualité moyenne, le cours se trouve être de ai fr. 25 cent, le quintal pour les six qualités de sucre blanc de Fernambouc, y compris le droit d'exportation. J'ai établi mon calcul sur la 3° qualité à g5o reis, avec mille reis en sus, pour valeur moyenne. L'évaluation du Gouvernement s'appelle fero. On cote le prix à tant au-dessus ou au-dessous du fero. Le dernier cours était à 3oo reis; on ajoute

l'évaluation moyenne le prix se trouve être de 12 fr. compris le droit d'exportation.

200

reis pour les droits

et autres frais. D. Quels sont les prix des sucres jaunes ? 7?. Il y a trois évaluations pour ce sucre; la plus basse est à 3oo, la seconde à 400 et la troisième à 5oo reis. En prenant

D. Les sucres du Brésil, dont vous parlez, sont-ils moscouades ou terrés ? R. Us sont Ions terrés. 1). N'expédie-t-on pas de moscouades du Brésil? R. Nous leur donnons ce nom. On terre le sucre dans de trèsgrandes jarres; la partie supérieure est de 1" qualité, le dessous est moscouade brune ou sucre de qualité inférieure; on sépare les deux parties, dont 1 une est appelée blanche cl l'autre brune; on les vend comme moscouades sur le marché ; c'est le Gouvernement qui les classe. Certaines propriétés produisent de plus beaux sucres que d'autres ; on les marque selon ce qu'ils sont. D. Le sucre 11e s expedie donc jamais à l'état de moscouade? R. Le sucre brun du Brésil esl inférieur à la généralité des moscouades des Indes occidentales; on le prépare d'une manière différente. D. Selon vous, aux prix du Brésil, les planteurs ne retirent aucun bénéfice? R. Je n'en ai jugé que par un cas particulier. D. Vous n avez aucune connaissance exacte relativement à la direction des propriétés au Brésil ? R. Non ; je n'ai pu faire que des observations partielles.

1). Sur quels renseignements avez-vous évalué la production du Brésil a 55,000 caisses de à 95,000 pour 1830?

12

à 1,5oo quintaux pour

1808,

et

R. Mes renseignements m'ont été fournis par mon associé, et je puis compter sur leur exactitude. Il esl facile de s'assurer des quantités expédiées du Brésil parce qu'elles sont marquées dans les magasins du Gouvernement, cl que les relevés en sont exactement faits. I). A quoi attribuez-vous l'augmentation qui a pu avoir lieu ? R. Elle a été beaucoup plus grande encore dans la culture du café et du coton ; la population a aussi considérablement augmenté depuis que j'ai quitlé le Brésil. Cependant il s'y trouve encore de grandes étendues de terres incultes. D. Dans quelle classe l'augmentation de population a-t-elle été le plus considérable? R. Je ne suis pas à même de répondre à celte question. D. Y a-t-il eu augmentation dans la populnlion esclave? R. Je n'ai pas d'indication à ce sujet; je crois pourtant que, depuis 6 ou 8 ans, il y a ou une augmentation considérable par l'ef-


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. - 1832. e

îet des importations, mais je ne connais pas le chiffre de la mortalité. D.

Attribuez-vous l'augmentation dans la production du sucre

au grand nombre d'esclaves importés ? R. Oui, sans doute. S'il s'opérait une hausse dans les prix, croyez-vous qu'on puisse augmenter encore cette culture au Brésil ? D.

Le seul moyen serait d'employer les machines dont on se sert fort peu, je veux parler des machines pour la fabrication du sucre, ainsi que la charrue que l'on ne connaît pas. On fait à la main tous les travaux qui, dans nos colonies, se font, je pense, à l'aide d'instruments. Je n'ai jamais vu une seule charrue au R.

Brésil. Supposez que, par une cause quelconque, on parvienne à faire un grand bénéfice sur les sucres, les Brésiliens pourraientils encore, à votre avis, se procurer des travailleurs par la traite ? D.

Non. Je regarde comme très-concluants les derniers renseignements que j'ai reçus à ce sujet; ils démontrent que, non-seulement le Gouvernement prend des mesures énergiques pour

459

D. Avez-vous quelques renseignements sur la production comparative des anciennes colonies anglaises de 1818 à 1831 ? R. Non;je n'en possède aucun. D. Savez-vous si, dans nos colonies, la production générale a augmenté ou diminué entre 1818 et 1831 ? R. Je 1 ignore. D. Veuillez indiquer le prix de vente des différentes qualités de sucre sur les marchés du continent, sur celui de Trieste, par exemple. Pouvez-vous nous faire connaître le prix des sucres de la Havane, du Brésil et des Indes occidentales? R. Je ne le pourrais faire que d'après les prix courants. D. Quel a été, à Trieste, le prix des sucres du Brésil, de la Havane et de la Jamaïque, il y a un an à pareille époque ? R. Voici le cours porté sur les prix courants du 3i mars 1831 : Havane....! Jaune ( Blanc

27'5°ci S2'50*] 48 75 à 54 00 I

R.

empêcher le commerce d'esclaves, mais que les classes inférieures le réprouvent fortement; en sorte qu'il serait très-dangereux de s'y livrer. Vous ne pensez pas que la tentation d'un bénéfice à réaliser puisse faire passer par-dessus ces obstacles pour continuer la D.

Brésil

! Moscouade. 14 35 à 22 15 | Blanc 29 80 à 36 70 Jamaïque... | Moscouade.. 25 30 ;\ 29 55

> l ]

net par quintal.

Ces prix sont encore à peu près les mêmes ; ils n'ont pas varié de 60 centimes par quintal. En portant le prix net, j'ai voulu dire déduction faite des déboursés à Trieste, sauf le fret et l'assurance. D. Connaissez-vous le cours actuel du sucre sur nos marchés ? R. Voici les prix cotés le 17 courant à Liverpool:

traite ? Il serait possible que l'appât du gain déterminât quelques personnes à essayer d'introduire des esclaves en fraude; mais, la population ne favorisant pas leur spéculation, le Gouvernement serait inévitablement informé, et une prompte répression ne R.

manquerait pas de s'ensuivre.

Havane Brésil

( ( ( (

Sucre blanc ordinaire et beau, de 26f 75e à 42f 50' de 22 50 à 31 25 Sucre brun et jaune de 16 25 il 23 75 Sucre brun et jaune de 23 75 à 32 50 Sucre blanc

Jamaïque. (Les prix ne sont pas donnés en détail.)

H D. Savez-vous quelque chose des dispositions faites par le Gouvernement pour déjouer, parla force ou autrement, les tentatives que l'on pourrait faire dans l'intention d'introduire des esclaves ?

Plantations anglaises. Moscouades.. de 51f 25° à 73f 75e d 55 00 à 67 50 j| droit compris. Maurice c de 68 75 à 77 50 compris le droit Indes orientales

Je ne connais qu'un édit, inséré il y a un mois dans les journaux anglais, et qui inflige des amendes très-fortes pour toute tentative d'introduction d'esclaves.

D. Pourriez-vous dire quels sont les sucres qui sont à peu près de qualité égale pour le raffineur ?

R.

D. Les Brésiliens se montrent-ils toujours très-soumis aux édits du Gouvernement, sans qu'il soit besoin d'employer des mesures do rigueur pour les faire exécuter? R. Le pays était aussi tranquille qu'il est possible, à l'époque où je l'habitais. Les lois recevaient une exécution aussi facile que dans toute autre contrée du monde.

D. Comment les dernières nouvelles que vous avez reçues représentent-elles la situation du pays ?

de 40 fr.

R. Le sucre jaune de la Havane équivaut presque au sucre blanc de Bahia. D. A quels sucres anglais compareriez-vous ces deux espèces ? R. Je ne saurais le dire. D. Quels sont les sucres qui pourraient se vendre sur les marchés étrangers, au même prix que les jaunes de la Havane, ou les blancs de Bahia? R. Celui de la Jamaïque dans la qualité propre au raffinage.

R. Je n'ai pas reçu de renseignements particuliers; la dernière révolution a semé le trouble dans les esprits; mais je ne sais rien de plus.

D. Les sucres des colonies anglaises et étrangères, qui se vendent à des prix égaux sur les marchés d'Europe, resteraientils au même prix sur les marchés d'Angleterre ?

Si le Gouvernement ne se montrait pas opposé au commerce des esclaves, croyez-vous que la répugnance du peuple suffirait pour le réprimer ?

R. Je ne voudrais pas me hasarder à donner une réponse sans consulter les prix courants. Les sucres anglais ne sont pas d'un grand débit sur les marchés étrangers, parce qu ils viennent d'a-

D.

R.

Je le crois.

D. Selon ce que vous avez dit, la quantité de sucre exportée de Surinam, de Demerara et de Berbice, en 1818, a été de 35,ooo boucauls; et en 1831, sans y comprendre Surinam, les exportations se sont élevées à R.

57,000

boucauls?

Ce sont les renseignements qui m'ont été fournis.

D. Vous ne savez pas quelle est la proportion de la récolle de Surinam entrée en 1818 en Hollande?

bord ici et ont à supporter un double fret et une double assurance ; cependant ceux de la Jamaïque sont très-recherchés par les raffineurs de Trieste. J'ai sous les yeux le prix courant de cette ville, du 5 janvier 1831 : Les Havane bruns et jaunes y sont | à 16 floportés à 14 et i4 | florins; les blancs de Bahia de rins; les moscouades de la Jamaïque de i3 à i3 ~ florins; Porto et Cuba blancs de 10 \ à 11 j florins; les Bahia bruns et jaunes de 9 j à 10 •; florins. Les sucres de Demerara 11e sont pas cotés.

Je sais seulement qu'il en est venu une partie dans ce

pays.

D. Les sucres anglais et étrangers, qui se vendent à un prix égal à Trieste, conservent-ils celte égalité de prix sur nos marchés ?

D. A quoi attribuez-vous l'augmentation qui s'est produite à Demerara de 1818 à 1831 ?

R. Non sans doute; les sucres des Indes occidentales ont, sur nos marchés, un cours beaucoup plus élevé qu'à l'extérieur.

R.

R. Je ne saurais en donner de motifs.

D. Pourriez-vous établir la différence qui s'opère dans les prix


460

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

sur nos marchés, pour des sucres anglais et étrangers se vendant au même taux sur les places d'Europe ? R. Il faudrait faire pour cela un calcul fort long. D. Les prix courants ne pourraient-ils pas vous fournir cette indication ? R. Oui, mais avec de longs calculs , ainsi que je viens de le dire. Les cours sont indéfinis pour les marchés étrangers. Les sucres de Bahia de iU ~ à 16 florins représenteraient 32 fr. 5o cent, par quintal anglais, produit net, au terme ordinaire de de A à G mois, déduction faite de toutes charges à Trieste, excepté l'escompte pour le comptant. Ce prix de 32 fr. 5o cent., toutes dépenses déduites, équivaudrait à Londres à 35 francs.

\ p.

du prix de vente. la même comD. Les sucres, anglais ne sont-ils pas soumis à mission et aux mêmes frais ? Je calcule ces dépenses à

7

0/0

R. Us y sont également soumis, Les sucres anglais et étrangers se trouvant soumis aux mêmes frais sur les marchés du dehors, croiriez-vous qu'il dût y avoir une différence en faveur des nôtres sur nos propres marchés ? D.

R. Sans doute. D. A combien évalueriez-vous cet avantage? /i. A 3 fr. 75 cent., parce que j estime à ce taux la prime directe dont jouissent nos sucres raffinés à l'exportation, par le bénéfice que donnent les mélasses qui entrent dans la consommation sans payer le droit. Ce bénéfice équivaut à environ 3 fr. 75 cent, suivant le cours des mélasses. D.

Considérez-vous cela comme une prime accordée à nos

sucres sur nos marchés ? R. Oui, selon le raisonnement que je fais. Les prix, à Trieste, comprennent-ils ou non le droit ? R. Trieste est un port libre; tous les frais, y compris la commission de garantie, sont de 7 -j p. 0/0. Les droits sur le sucre se D.

payent à son entrée dans les États d'Autriche. D. Savez-vous quelle est la différence dans le prix du transport des sucres du Brésil ou de Cuba en Europe, par navires américains et par navires anglais? R. Nous chargeons quelquefois sur des navires américains de première classe, et ils reçoivent pour les ports d'Europe le même fret que les nôtres; mais lorsque les ports anglais étaient ouverts sous l'empire du bill concernant le raffinage, les navires anglais avaient un avantage marqué sur ceux des Américains, en ce qu'ils pouvaient choisir entre les ports anglais et les ports étrangers , tandis que les Américains ne pouvaient débarquer leurs cargaisons que dans les ports étrangers. C'était pour nos navires un avantage de 12 fr. 5o cent, et plus par tonneau. D. Les Américains, en offrant des prix inférieurs, n'obtiennentils pas la préférence sur nos navires dans les ports du Brésil et de Cuba ? R. Les Américains, qui font le commerce de Trieste, transportent autant de sucres que nous pour le compte de sujets anglais; mais, pendant l'année dernière, nos bâtiments avaient pour le nord de l'Europe une préférence marquée par la raison que j'ai indiquée. D. Connaissez-vous le nombre déjeunes garçons et de jeunes filles compris ordinairement dans une cargaison d'esclaves ? R. Je ne le connais pas. D. Pourriez-vous évaluer les dépenses qu'ont à supporter les planteurs du Brésil pour l'entretien des esclaves âgés? R. Autant que j ai pu en juger, les esclaves du Brésil sont bien nourris et bien vêtus. Je suppose que, comme dans les autres colonies , les vieillards sont vêtus et nourris et reçoivent les soins nécessaires.

sucre produit par les esclaves dans les plus fertiles de nos colonies et au Brésil ? R. Je ne suis pas à même de prononcer à cet égard. D.

plantation à café du Brésil entre en rapport ? R. Trois ans. D. Après combien d'années est-elle dans son état le plus florissant ? JI. Au Brésil, on estime qu'un caféier est dans sa plus grande production à 6 ans. Pendant deux ans une plantation à café ne rapporte rien ; la troisième année elle commence à produire et prend de l'accroissement, jusqu'à la sixième. /). La coutume est-elle de vendre le café et le rhum au comptant 011 à terme? R. Je crois que les ventes se font d'ordinaire, sinon même toujours, au comptant. /). Pourriez-vous donner un motif qui expliquât pourquoi ces produits se vendent ainsi, lorsque les sucres se vendent à terme? R. Je n'en vois pas la raison. D. N'avez-vous pas deux établissements de commerce an Brésil? R. Oui. Ne savez-vous pas s'il s'introduit des esclaves dans la partie sud du Brésil; par exemple, à Rio-Janeiro ? R. (l'est sur un bruit de celle nature que j'ai écrit pour avoir des renseignements. J'ai donné connaissance au comité delà D.

réponse de mon correspondant. D.

Mais ce qu'il vous a dit se borne à ce qu'il a pu ap-

prendre ? R. Cela est vrai. 1). Quel a été le taux du fret du Brésil pour l'Europe pendant les trois dernières années? R. La moyenne pour les ports de Rio, Bahia et Fernambouc a été de 76 francs par tonneau de sucre. J'en ai expédié quelquefois pour l'Europe à 25 francs le tonneau, mais j'évalue la moyenne à 75 francs. Le colon pour Liverpool paye de 3 à 5 centimes la livre. D. Quel a pu être le taux le plus élevé du fret au Brésil, depuis la paix ? R. Je l'ai vu à i5o fr. D. Qu'est-ce qui règle le taux du fret au Brésil ? R. C'est la rareté ou l'abondance des navires. D. Le grand nombre de navires de tous les pavillons qui s'y rendent pour chercher du fret, ne tend-il pas à en diminuer le cours ? R. Suivant que ce nombre est plus ou moins considérable, le fret baisse ou s'élève. I). Vous avez parlé de quelques navires de Bombay qui étaient venus chercher du fret au Brésil, savez-vous s'ils ont eu de la perte ou du bénéfice dans leur voyage? R. Je ne me rappelle plus à quel prix ils chargèrent; le fret n'était alors qu'à 17 fr. 5o cent, à Bombay. D. En quelle année était-ce? R. En

1828

ou 182(j.

D. Le prix du fret a-t-il beaucoup augmenté à Bombay depuis cette époque? R. Oui; on y a affrété des navires pour transporter du colon, à raison de 112 fr. 5o cent.; à présent, m'a-t-on dit, on paye 175 francs. Lorsque le prix est descendu à 17 fr. 5o cent., c'est qu'il y avait plus de navires que de marchandises à charger. D. Vous affrétez souvent des navires ? R. D.

i). D après ce que vous connaissez de la culture au Brésil, pourriez-vous dire s'il y a quelque différence dans Ja qualité du

Combien estimez-vous qu'il faille de temps pour qu'une

Oui, très-souvent. Dans quel but?

R. Pour apporter en Angleterre les produits du Brésil. Je n'ai jamais affrété un navire à aussi bas prix que celui que j'ai expé-


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE.— 1832. e

461

dié en décembre dernier; il est obligé, par une charte partie, de se rendre à Bahia, à Masseio, à Paraïbo ou à Fernambouc pour charger des sucres; de revenir prendre des ordres à Falmouth, et

D. Quel serait, pour le commerce des Indes occidentales, le prix de fret qui pourrait vous laisser un bénéfice raisonnable ? R. Je n'ai jamais envoyé de navire aux Indes occidentales.

ensuite de continuer sa route pour les ports qui se trouvent entre le Havre et Hambourg, moyennant 81 fr. 2 5 cent, par tonneau.

D. A combien porteriez-vous un taux de fret convenable pour le Brésil ? iî. J'ai un navire affrété par contrat pour transporter une cargaison de sucre, du Brésil à la Clyde; il est parti sur lest pour

D. Vous affrétez sans doute dans l'intention de bénéficier sur vos opérations ? 7t. C'est lorsque nous avons besoin d'une dimension spéciale, appropriée à l'entreprise que nous suivons. Nous ne pourrions courir les chances du fret à l'aventure. En affrétant même à 8i fr. a5 cent., je puis trouver le cours du Brésil établi à 56 fr. 2 5 cent, et faire une mauvaise opération ; mais si, au lieu de cela, il est à 100

francs, j'ai fait une bonne affaire.

D. Vous courez le risque de ne pas prendre un chargement complet ? R. Oui. D. Lorsque vous affrétez un navire que vous ne pouvez charger en plein avec vos propres marchandises, demandez-vous du fret aux autres marchands? R. Le cours du fret est publié chaque semaine comme celui des produits ; aucun expéditeur ne voudrait payer au delà, et ne s'occuperait des conditions de ma charte partie. D. Ne pourriez-vous pas exiger un prix plus élevé? R. Il ne me serait pas possible d'exiger plus que le prix courant indiqué, sans agir frauduleusement à l'égard de la personne au nom de laquelle j'opérerais. D. Mais, dans la supposition où vous vous trouveriez obligé, pour compléter votre cargaison, de recevoir des marchandises d'un tiers étranger, vous croiriez-vous engagé vis-à-vis de lui par

les listes officielles des prix courants? R. Ce tiers ferait sans doute ses conditions, et ne voudrait pas me payer plus qu'on ne lui demanderait sur un autre bâtiment.

Supposant encore qu'il n'y eût que votre navire en charge dans le port, ne prendriez-vous pas autant de marchandises qu'il vous serait possible, sans vous occuper du cours? D.

R. Les prix courants indiquant le fret du jour, je ne pourrais pas m'attendre à recevoir davantage ; mais il se pourrait qu'il fût à 175 francs, et que j'eusse contracté de mon côté à 75 francs seu-

Fernambouc, et doit revenir avec son chargement à raison de 87 fr. 5o cent, par tonneau, à condition pourtant que le bill sur le sucre raffiné sera adopté, autrement le contrat deviendra nul. D. Vous considérez ce prix comme avantageux ? R. Je ne le trouve pas élevé; mais pourtant il laisse un bénéfice. D. Quelle déduction faites-vous pour la détérioration du bâtiment, les mécomptes, etc.? R. Je considère le commerce d'un armateur comme étant soumis aux mêmes vicissitudes que les autres. Le prix de 87 fr. 5o cent, est le plus bas prix que l'on puisse faire pour venir de Fernambouc, surtout pour un bâtiment allant sur lest; mais il serait plus avantageux de ne recevoir que 75 francs, si l'on bénéficiait d'un chargement au départ. D. En faisant une charte partie à raison de 75 francs par tonneau, vous chargeriez-vous gratuitement du transport d'une cargaison au départ ? R. Non ; et je ne le ferais pas à moins de neau.

100

francs par ton-

D. Quelle commission prenez-vous pour le chargement du navire au Brésil ? R. La commission est de 6 fr. 2 5 cent, pour tous les soins à prendre. D. Quelle commission exigez-vous en outre ? R. La commission d'achat et d'embarquement est de 5 p. 0/0, si 1 on traite en remises sur l'Angleterre ; mais, si l'on achète avec le produit de marchandises consignées à la maison du Brésil, elle n'est plus que de 2 à

3

p.

0/0.

D. Combien percevez-vous pour la vente des cargaisons venant d'Angleterre? R■ 5 p. 0/0 en général, c'est le terme moyen; quelques maisons prennent plus, d'autres moins.

lement.

I). La commission de garantie est-elle comprise dans ce prix ?

D. Quoique ayant contracté à ce taux, vous auriez sans doute le droit, eu cas de disette de navires, de demander un prix supérieur au cours ?

R.

R. Oui, sans doute. D. En conséquence, les listes de prix courants peuvent bien ne pas indiquer ce qui a été payé à une époque quelconque ? Depuis que j'entretiens des relations avec le Brésil, je n'ai jamais su qu'il y eût eu disette de navires, au point qu'il ne s'y en trouvât qu'un seul. Lorsque les navires sont rares le cours s'élève, et il baisse s'il y a abondance de moyens de transport. R.

N'en est-il pas du fret comme de toute autre chose; les demandes et les approvisionnements ne règlent-ils pas le cours ? D.

R.

Oui.

D. Vous dites qu'il existe un prix courant imprimé? R.

Oui.

D. Ne vous est-il pas loyalement permis, lorsque vous affrétez un navire, d'en tirer le plus grand parti possible? R. J aurais sans doute bénéfice à obtenir le prix le plus élevé possible; mais, si 1 on ne payait que 5o francs du tonneau au Brésil, je ne pourrais charger qu'à ce prix les marchandises des tiers, et ce serait une perte pour moi. J

D. N'êtes-vous pas vous-même propriétaire de navires? R. Oui.

Non.

D. Combien exige-t-on pour la garantie ? R. Depuis 1 jusqu'à 2 1/2 p. 0/0, selon les circonstances. I). Percevez-vous la commission de chargement sans aucun risque? R. Le marchand fournit au navire les fonds d'une partie de ses dépenses au Brésil; elles s'élèvent, suivant sa force, de 6,250 francs à n,a5o; en échange il reçoit des billets du capitaine sur l'armateur ; c'est donc un risque pour lui d'avancer ses fonds. D. Lorsque, comme commissionnaires, vous recevez des marchandises à la vente, et que vous faites des retours en produits du pays, combien vous alloue-t-on ? R. 5 p. 0/0 sur le prix brut de la vente des marchandises; 2 1/2 p. 0/0 sur les achats en retour, ou seulement 1 p. 0/0 si les retours sont en traites; mais toutefois avec la garantie de ces traites. Ce sont les conditions ordinaires ; elles ont été beaucoup réduites par la concurrence qui a eu lieu dans ces derniers temps. D. Avez-vous quelque intérêt dans des plantations du Brésil ? R. Seulement sur les propriétés dont mon associé est l'un des curateurs. D. Comment les produits des plantations du Brésil vous sontils consignés ? /(. Ordinairement en compte, comme produit delà vente de

3o


462

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

marchandises anglaises, ou bien on les expédie sur des ordres reçus de pays étrangers, ou encore ils sont consignes à d'autres ports pour y être vendus. D. Avez-vous coutume d avancer les fonds sur la promesse de consignations ? R. Non. Les planteurs dont nous sommes les correspondants sont généralement les plus riches. D. Ne fait-on jamais des demandes d'avance de fonds à des maisons d'Angleterre auxquelles on consigne des cargaisons ? R. Je n'en connais pas d'exemple. D. Connaissez-vous les dépenses à faire dans les Indes occidentales pour embarquer une cargaison ?

R. Je n'ai aucune connaissance personnelle de ces contrées. D. Vous avez dit que le prix net des sucres au Brésil était, terme moyen, de 12 fr. 70 cent, à 22 fr. 00 cent. Correspond-il à celui que l'on en obtiendrait sur les marchés d'Europe? R. Ces cotes sont celles de Fernambouc, à la date du 20 décembre dernier. A cette époque, le prix était réduit en monnaie et en poids anglais, au change de l\ fr. 65 cent. D. Ce prix correspond-il avec celui qu'on aurait pu obtenir, à la même époque, de consignations vendues en Angleterre? R. Le prix du sucre blanc de Fernambouc à Londres, à raison de 28 fr. 75 cent., laisserait 6 fr. 2 5 cent, pour fret, assurances et autres dépenses. Une spéculation de ce genre ne pourrait donner aucun bénéfice.

N

° 124.

INTERROGATOIRE DE M. W. IMRIE. D. Vous êtes courtier de navires à Liverpool, sous la raison W. Kerr et compagnie ? R. Oui. D. Votre maison a-t-elle eu occasion d'affréter beaucoup de navires pour les Indes occidentales et le Brésil ? R. Nous n avons jamais affrété beaucoup de bâtiments pour les Indes occidentales ; nous y avons seulement envoyé des navires à l'aventure; nous en avons plusieurs au Brésil. D. A quelles conditions pourriez-vous procurer un bon navire anglais pour amener des sucres de la Barbade, de Kingston à la Jamaïque, ou deDemerara? R. Depuis le 12 janvier jusqu'au 1" août, le fret le plus bas, en portant gratuitement une cargaison au départ, serait de à fr- 35 cent, à lx fr. 65 cent, pour la Barbade ou Kingston, suivant la force du bâtiment, et de h fr. 35 cent, pour Demerara. D. En supposant que le navire bénéficiât de la cargaison au départ, à quelles conditions rapporterait-il les sucres en retour? R. Cela pourrait faire une différence de 60 centimes par quintal , suivant 1 état du commerce aux points de destination dans les îles. Pour une cargaison de Liverpool à Demerara, la différence pourrait être de go centimes. D. A ces conditions le navire viendrait-il prendre des ordres à Falmouth pour décharger sa cargaison à Londres, à Liverpool ou à la Clyde ? R. Ce ne serait pas l'objet d'une difficulté, l'affréteur aurait le choix. «

D. Savez-vous s'il est ordinaire d'allouer une remise au marchand pour un voyage aux Indes occidentales ? R. On accorde sur la commission de chargement une remise que l'on pourrait appeler prime, et une autre sur le fret, d'après le prix courant des îles ; celle-ci varie selon la force du navire et le port pour lequel il est destiné. A la Barbade on allouerait de à 20 p. 0/0. Un navire de i5o tonneaux ne peut accorder que 10 p. 0/0, tandis qu'un de 3oo tonneaux peut accorder 20 p. 0/0 sur le retour, et se charger en outre, gratuitement, d'une cargaison au départ. 10

D. Quelle remise accorderait-on pour un voyage à la Jamaïque ? R. Cela dépendrait du "port où il faudrait prendre un chargement. L année dernière j'ai souscrit une charte partie pour OldHarbour et j ai accordé 20 p. 0/0. D. Avez-vous contracté d'autres engagements en vertu de chartes parties ? R. Nous avons encore exécuté une charte-partie pour la Barbade, en 1820; ce sont les seules que nous ayons souscrites pour les colonies que vous indiquez, attendu que les navires à l'aventure

y trouvaient du chargement. Plus tard, en 1829 , nous en avons de nouveau souscrit une pour Anligoa, moyennant L\ fr. o5 cent, du quintal, et à la condition que les affréteurs pourraient charger gratuitement, au départ, des marchandises à eux appartenant, sans avoir pourtant l'entière disposition du bâtiment. D. En supposant que le commerce avec les Indes occidentales fût parfaitement libre, à quel prix pensez-vous que l'on pourrait se procurer de bons navires pour rapporter des sucres en Angleterre ? R. Le prix ne serait pas le même partout, parce que dans quelques-unes des îles les dépenses sont moindres que dans d'autres. D. Pouvez-vous donner une idée générale de la réduction que cette considération pourrait faire accorder sur le fret? R. Il serait possible de la porter à 90 centimes par quintal,si l'armateur avait le profit de la cargaison au départ. D. A quel prix au-dessous du cours un planteur qui n'aurait pas d'engagement particulier avec un marchand pourrait-il traiter pour expédier ses sucres en Angleterre ? R. Je m'engagerais à lui faire une remise de 10 à 20 p. 0/0 sur le cours établi. Par exemple, sur le cours de la Barbade, qui, je crois, est de 5 fr. 60 cent., 20 p. 0/0 lui produiraient 1 fr. 75 cent. Si en outre j avais le bénéfice d une cargaison au départ, j'augmenterais cette remise de 60 à 90 centimes. 1). Entendez-vous par cours établi le prix que paye actuellement le planteur? R. Oui. D. D après votre expérience, est-il général (pie l'on accorde une prime au marchand ? R. Je puis dire que celle coutume est générale ; la prime varie de 1 o à 20 p. 0/0, suivant l'île pour laquelle le navire est destiné. Les frais do chargement cl la dimension du navire exercent aussi une influence sur sa quotité. D. Lorsque vous dites qu'à certains prix vous vous engageriez à charger dans les Indes occidenlales, mettez-vous pour condition que l'affréteur serait obligé de vous remettre les marchandises dans un certain délai? R. Ordinairement on ne spécifie pas de terme ; il faut que les navires prennent leur tour. I). Sur quoi basez-vous votre estimation pour calculer le prix du fret ? R- La coutume actuelle est de poser comme condition que le navire affrété chargera à son tour. Il se fait aujourd'hui très-peu d'affrètements à cause des hypothèques qui pèsent sur les plantations. Au surplus les risques du retard son! à notre charge.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE.— 1832. e

D. Ainsi, moyennant le prix de 4 fr. 35 cent, ou l\ fr. 65 cent., vous souscririez un engagement, sans y rien spécifier pour le retard ? R. Je le ferais avec des maisons d'une certaine importance ;

c'est d'ailleurs ce qui se fait presque journellement à Liverpool. D. Traiteriez-vous généralement ainsi, et la charte partie ne

contiendrait-elle jamais aucune réserve à ce sujet ? R. Il se pourrait que je prisse cette précaution dans quelques

occasions. Z). Quel temps jugez-vous raisonnablement nécessaire pour charger un navire P R. Soixante jours. D. Après l'expiration des soixante jours quels dommages ré-

clameriez-vous ? R. De i5 fr. 6o cent, a 18 fr. y5 cent, par tonneau, selon la

dimension du navire. A i5o tonneaux, il reviendrait peut-être à 100 francs par jour, ce qui serait le maximum ; peut-être n'irait-il qu'à 75 francs.

463

assuré d un chargement complet, un bâtiment court encore un grand risque relativement à l'époque où il pourra repartir. D. Faudrait-il qu'on lui assurât un chargement complet?

R. Sans doute. D. S'il n'en était pas ainsi partirait-il pour le même prix P

R. Non certainement. D. Avez-vous connaissance que des navires, faisant la navigation des Indes occidentales, aillent aux îles sous le vent, à raison de 5 francs et 5 fr. 60 cent., et reviennent souvent fort lard avec un tiers ou un quart de leur chargement? R. Je ne pense pas qu'il arrive souvent qu'un navire revienne de la Trinité avec aussi peu de charge. L'année dernière plusieurs sont revenus avec de faibles cargaisons, mais ils n'avaient pas été affrétés. Si un bâtiment va à l'aventure, il a la ressource de visiter d autres ports dans le cas où il ne réussirait pas sur un point. J'en pourrais citer un qui, ayant été expédié de Glascow pour le compte de son armateur, se rendit de la Trinité à la Nouvelle-Orléans où il prit des colons.

D. Si vous aviez l'assurance positive de ne pas être chargé

D. Les bâtiments qui font une navigation régulière et qui ne

dans les soixante jours, n'établiriez-vous pas la condition spéciale d'une indemnité de retard ?

peuvent trouver une charge complète exigent-ils, pour s'indemniser, un prix plus élevé que le cours ?

R. Sans doute.

R. Non. Ils reçoivent le prix établi.

D. Vous ne voudriez probablement pas envoyer un navire aux

D. Si un navire 11e trouvait pas de charge, ne devrait-il pas

prix indiqués plus haut sans avoir cette certitude ? R. Non, à moins que je n'eusse à traiter avec des maisons

très-importantes. D, Et pourvu quelles vous donnassent l'assurance de faire

voire chargement dans les soixante jours ? R. C est-à-dire en prenant tour avec leurs propres navires. D. Si au lieu de soixante jours il en fallait quatre-vingt-dix

pour charger un navire, l'armateur n'éprouverait-il pas un mécompte ? R. Le risque serait à sa charge s'il n'existait pas de stipulation ce sujet. J'ai vu des exemples semblables. à D. Faut-il induire, de ce que vous avez dit, que l'armateur

qui traite avec une forte maison a la confiance que son navire sera chargé sans une grande perte de temps ? R. C est suivant la saison. Un navire partant au commencement de l'année, avant la saison de îa récolte, doit s'attendre à un délai; mais en partant le premier il est chargé le premier, et c est ce qu il désire. Je crois qu il est d'usage, parmi les armateurs des Indes occidentales, de mettre pour condition que le navire partant en octobre, avec les approvisionnements à délivrer aux noirs pour les fêtes de Noël, sera chargé le premier s'il arrive avant tout autre. D. Un navire 11e devant partir que pour arriver vers la lin des chargements, et restant dans un port jusqu'après le 12 août,

alors qu il y a moins de certitude d'obtenir une cargaison suffisante, mettrait-il à la voile au même prix, sans une convention expresse ? R. On frète les navires pour aller charger, et souvent on ne spécifie pas qu ils devront être expédiés avant le 1 a août. Quoique

être payé de même par son affréteur? R. Oui; cela a lieu aussi bien pour le Brésil que pour les Indes occidentales. I). Dans le cas où un navire affrété ne trouverait pas à charger par l'effet d'une insurrection, d'un ouragan ou de tout autre événement de force majeure, le marchand serait-il, néanmoins, obligé de payer le fret convenu ? R. Cela ne fait pas de doute. D. Cela s appliquerait-il à toutes les parties du monde ? R, Oui. J ai eu connaissance d'un navire frété, aller et retour, pour le Brésil, et qui, n ayant pu trouver de charge, revint sur lest par Demerara ; 1 affréteur fut obligé de payer 4o,ooo francs. D. Connaissez - vous les dépenses de chargement dans les îles ? R. Très-peu et seulement pour en avoir vu le compte. D. Les navires qui parlent sans être affrétés n'attendent-ils pas souvent fort longtemps pour avoir une cargaison raisonnable, et 11e font-ils point parfois de mauvais voyages ? R. Cela peut résulter, en partie, de la dimension des bâtiments. Si le fret était offert aux Indes occidentales comme ailleurs, les navires qui portent les approvisionnements de Noël n attendraient par les sucres et pourraient se rendre dans les ports américains; d'autres revenant du continent espagnol prendraient ces sucres à leur passage; de sorte qu'on ne serait pas forcé de séjourner deux mois pendant la récolte. D. Avec le système actuel ne faut-il pas nécessairement at-

tendre ? R. Oui ; on ne peut faire autrement.


464

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES.— I PARTIE. re

N°125. INTERROGATOIRE DE M. W. HENERY. 23 février 1832.

D. N'êtes-vous pas un des principaux propriétaires de Ber-

D. A quelle époque êtes-vous devenu propriétaire ? R. Il y a environ 18 ans.

bice ? Jfi. Oui.

D. Les sucres n'étaient-ils pas alors à des prix différents de ceux d'aujourd'hui ? R. Cela est vrai.

D. De quelle étendue est votre propriété ? B. J'en ai trois, dont deux à sucre et une à café; leur population est d'environ g5o esclaves.

D. Etes-vous à même de faire connaîlre à la commission combien il vous en coûte pour envoyer vos sucres en Angleterre et les y vendre ?

D. Avez-vous fait quelque résidence dans la colonie ? R. J'y ai demeuré environ 20 ans. D. Vous connaissez par expérience la culture des productions

R. Oui.

des Indes occidentales ?

D. Avez-vous en votre possession quelque compte de vente

R. Oui.

récent?

D. Y a-t-il longtemps que vous n'avez visité la colonie P R. Environ 2 ans. D. Vous résidez à présent dans le voisinage de Liverpool ?

R. Oui; en voici un relatif à 5o boucauts provenant de mes propriétés, embarqués à Berbice pour Londres D. Les frais portés sur ce compte sont-ils les mêmes que ceux qu'on paye ordinairement ?

R. Oui.

R. Oui.

D. Vos produits ne sont-ils pas en grande partie expédiés pour

D. Nous y remarquons une dépense de 5 francs par quintal pour fret ? R. Oui ; mais j'ai reçu en échange des charbons de terre sans rien payer pour le transport. On amène sans frais à la colonie i5o muids de charbon pour xoo boucauts de sucre expédiés en

l'Angleterre? R. On y expédie le sucre et le café en totalité. D. Quelle est la quantité moyenne de sucre produite par vos propriétés ? R. L'une d'elles, mise en rapport pour la première fois l'année dernière, a rendu 100 boucauts de sucre ; nous évaluons leurs produits réunis à 1,200 boucauts par an.

Angleterre à raison de 5 francs le quintal. D. Quelle réduction supposez-vous que cela puisse faire sur le fret du sucre pour l'Angleterre ?

D. Combien récoltez-vous de café P R. De 3oo à âoo barils.

R. Environ 1 fr. 2 5 cent. D. Vous estimez donc à ce prix le fret que vous avez payé ?

D. Avez-vous encore quelque autre produit? R. Non, excepté la mélasse qui n'a pu être convertie en sucre.

R. Oui. D. N'est-ce pas celui que l'on paye ordinairement pour le transport des sucres de Berbice en Angleterre ?

D. Votre propriété est-elle parfaitement libre de tout engagement ? R. Oui. D. Croyez-vous cette position commune à la plus grande partie des propriétés de Demerara ? R. Je regrette d'avoir à dire que très-peu se trouvent dans le même cas. D. Les engagements contractés par les autres propriétés sontils récents ou anciens ? /?. Ceux des plantations à sucre ont, je crois, de 18 à 20 ans de date. 1

R. Oui. D. Nous remarquons un courtage d'un pour cent et une commission également d'un pour cent. Avez-vous quelque explication à donner concernant la commission ajoutée au courtage ? R. Oui; le courtage se prélève sur toutes les ventes, lorsque le planteur ne les fait pas directement. La commission est une remise que je fais à un correspondant connaissant mieux que moi les acheteurs de Liverpool où je n'ai pas résidé longtemps. D. Vous payez donc une commission d'un pour cent, pour la

Le témoin remet au président un compte de vente comme il suit :

de M. Henery. Compte de vente île 1<]< 50 boucauts de sucre, expédiés de Berbice à Londres pour compte Du 4 novembre 1831. Vendu par Coles et fils, A deux mois, 689 3 2 à 44/6

j534

]4

g

1053

17

11

480

10

9

FRAIS.

Du 15 octobre Du 15 décembre Du 4 novembre

Frais de port et entrée Fret sur 099 2 15 à 4/ Prime, débarquement, etc Droits et entrées Assurance contre l'incendie Remise d'échantillons

L;v

gt

8

3

5 6 8 g

'

I 7 j 5 0 18

Ports de lettres, timbre et réductions Intérêts sur les droits, le fret, etc Courtage sur liv. sterl. 134 14 8 i\ 1 pour 0/0 Commission, idem RESTE

23 12 139 18

g 15 15

nû à M. W. Henery

Sauf erreurs ou omissions. Liverpool, 16 janvier 1832.

Signé John

CROSTHWAITS

et C".

j q 8

j 3 0 JJ 0 ]]


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE.— 1832. e

garantie que l'expérience de votre correspondant lui permet de vous donner, quant à la solvabilité des acheteurs de Liverpool? fi. Exactement. D. Vous ne seriez donc pas obligé de payer celte commission d'un pour cent, si vous aviez résidé plus longtemps à Liverpool, cl si vous connaissiez mieux les acheteurs ? fi. Non. D. L' expédition de sucre semble avoir été faite pour Londres. Les frais perçus dans ce port sont-ils plus ou moins forts qu'à Liverpool ? R. Ils sont presque les mêmes : l'avantage que présente Londres, c'est que les sucres s'y vendent à 2 mois de terme tandis qu'à Liverpool le crédit est de 4 mois.

465

marché des Indes occidentales. Quelques maisons n'ont plus exigé que 5 francs. La maison Davidson, Barkly et Ci0 établit elle-même ce prix et se chargea du transport de toutes les marchandises aux condilions que je peux moi-même offrir aujourd'hui. D. Comme vous n'avez aucune dette sur vos propriétés, vous faites sans doute vos approvisionnements sans intermédiaire ? fi. Oui. D. Y trouvez-vous un avantage considérable? fi. Oui. En achetant au comptant, j'obtiens quelquefois 5 pour 100 de remise, d'autres fois 10 pour 100. Cette dernière remise est je crois la plus forte qui m'ait été faite; il s'agissait d'une expédition de machines.

D. La commission et le courtage portent sur le prix à terme, vendez-vous ordinairement vos sucres de cette manière ou au

D. Aviez-vous traité au comptant ou à trois mois? fi. La remise se fait sur les payements en argent. Sur quelques articles elle est de 5, et sur d'autres de 10 pour 100, ainsi

comptant ?

que je l'ai dit.

R. Nous les vendons toujours à terme. En pareil cas les*droits sont payés par le marchand, qui prélève une commission pour l'avance de ses fonds, c'est-à-dire des a/3 ou plus de la valeur nette du sucre. C'est comme une compensation du risque qu'il court; car, en cas de faillite de l'acheteur, il aurait encore à débourser les droits et le fret qui forment plus que moitié de l'im-

D. Ne vendez-vous pas votre sucre à Londres par l'entremise d un courtier à qui vous payez une commission de 1 pour 100 ?

portance de l'envoi. D. Avez-vous calculé à combien se sont élevés les frais de vos 5o boucauts de sucre P R. Oui. D. Vous étiez parfaitement libre d'envoyer ce chargement où il vous plairait, et de le vendre le plus avantageusement possible ? R. Oui. D. Quel avantage pensez-vous retirer de n'avoir aucun engagement sur vos propriétés ? R. Je n'en connais pas d'autre que la différence de commission que le marchand fait payer à un débiteur. Je me suis trouvé dans cette position pendant dix ou douze ans. Au lieu de 1 pour 100 que je paye comme propriétaire indépendant, on exigeait de moi 2 1/2 pour 100.

D. Le marchand no fait-il pas un bénéfice considérable par les remises sur le fret? R. Je ne crois pas que ce bénéfice dépasse celui que je pourrais faire moi-même. Dans l'espace de dix-huit mois, nous avons frété sept bâtiments, et je n'ai jamais pu obtenir un prix au-dessous de 4 schell. ( 5 francs ) pour l'Angleterre, en outre de l'avantage de faire porter gratuitement pour notre compte une cargaison d'allée. D. N'avez-vous pas dit que cet avantage équivalait à î fr. 2 5 c. par quintal ? .fi, Oui. D. Lorsque dernièrement vous avez frété sept navires, leur aviez-vous garanti un chargement complet? R. Sans doute. D. Vous couriez donc le risque de ne pouvoir les charger en totalité ? R. Oui. D. Savez-vous ce que signilie celte expression : Taux colonial du, fret ? R. Oui. 11 y a plusieurs années que l'on s'occupa, pour la dernière fois, du taux du fret, et qu'on le réduisit considérablement. Alors ce fret était onéreux, c'est-à-dire de 12 fr. 5o c. à i5 francs le quintal. 11 se tint une assemblée de planteurs dans laquelle ils décidèrent de ne plus payer que 6 fr. 25 c. le quintal pour le sucre el 7 fr. 5o c. pour le café. D. Ces mêmes prix existent-ils encore pour le sucre el le café ? fi. Non; et cela depuis la grande baisse de ces denrées sur le

fi. Oui. D. Moyennant cette commission, le courtier se charge-t-il de débarquer du sucre et d'en acquitter les droits? fi. Oui. D. Ainsi vous n'avez d'autre soin à prendre que de vous ménager un crédit chez vos banquiers? fi. Cela est vrai : j'ai seulement à leur fournir les connaissements de ce que j'expédie. D. Avez-vous calculé ce que peut valoir l'avantage de n'avoir aucun engagement sur votre propriété, 'soit à raison de tant pour cent, soit à raison de chaque boucaut de sucre? fi. Nous payons une commission de 5 pour 100 aux maichands sur le produit net; je considère qu'il y a un avantage de 3 pour 100 sur le fret pour l'Europe, c'est-à-dire que je M paye pas plus de 2 pour 100 du produit net, 1 pour 100 sur le produit brut, et les frais de 2 1/2 pour 100 sur ce même produit; conséquemment il y a un avantage d'un el demi pour cent sur le produit brut, ou, en d'autres termes, de 3 pour 100 en faveur du producteur. Le droit est plus qu'égal au produit net du sucre; c'est je crois deux tiers du produit brut, et le marchand prélève sur le tout une commission de 2 1/2 pour 100, ce qui équivaut à 6 pour 100 du produit net. D. N'avez-vous pas aussi un bénéfice à expédier vos approsionnements ? fi. Oui; en payant comptant, je jouis toujours d'une remise qui est de 5 p. 0/0 sur les machines à vapeur et sur les appareils de distillation, les chaudières et autres objets de même nature. D. Ne vous est-il pas encore avantageux de fréter des navires pour votre propre compte? fi. Oui. D. A combien évaluez-vous ce qui peut vous en revenir ? fi. Je ne vois pas qu'il y ait à présent aucun avantage; mais il en existait un quand le fret se payait 6 fr. 2 5 cent. C'est lorsque je fus débarrassé de tout engagement que la maison réduisit le fret de 6 fr. 2 5 cent, à 5 francs. Voici un compte de vente dans lequel il m'a été porté à 5 p. 0/0. Compte de vente de 127 boucauts 8 tierçons de sucre expédiés de Berbice par le navire l'Apollon, pour le compte de M. William Henery. Du 2 décembre 1829. Assurance de 3,685 liv. sterl., en évaluant le boucaut à 15 liv, sterl., et le tierçon ;V 10 liv. sterl., (j p. 0/0, police et commission com-

A REPORTER

J38 13

9

138 13

9

3o..


466

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE. 138 13

REPORT

0

Lorsque cette marchandise manquait, j'en donnais un prix trèsélevé, et chargeais en retour à un prix plus bas, en me réservant la différence que j'obtenais sur le fret.

Du 4 février 1830. A déduire pour escompte sur 1,700 liv. sterl.

48

9

0 4

9

Droits de douane sur 1,068 quintaux, 3 quarts et 12 livres , à 27 schillings par quintal, avec commission d'en2,659 14 trée

6

82

D. Preniez-vous à votre charge le risque du chargement? R. Oui, je m'engageais à charger le navire à raison de 3 schellings 6 d. ou h schellings par quintal; et, si la cargaison n'était pas complète, ce qu'il y avait à remplir restait à mon compte. J'achetais le chargement apporté moyennant un très-haut prix, car parfois on ne peut se procurer du charbon de terre dans le pays, et je prolilais des sucres que je pouvais embarquer en

Du 8.

Du 20 mars. Fret sur dito, i\ 5 schellings par quintal, avec 525 18 commission, débarquement, elc Droit de port sur dito. ii 8 deniers par quintal 65 12

retour à 5 schellings.

6 7 591 11

Intérêts sur tous les droits, depuis le 8 février, 73 jours Dito sur le fret et les dépenses de port depuis

D. Maintenant ce cours n'est-il pas de 5 francs? R. Oui, je pense que les seules propriétés de Berbice qui soient engagées l'ont réduit à ce taux.

5 29 5 2 15 24 19 124 16

Timbre des reçus Courtage, 1/2 p. 0/0 Commission, 2 1/2 p. 0/0

3,515

4 0 3 6

6

5

en faveur de M. William Henery... 1,477 13

5

TOTAL SOLDE NET

1

26 11 11 2 13

le 20 mars, 33 jours

D. Le taux du fret a-t-il beaucoup baissé depuis 1830? R. Il est tombé, je crois, de 1 franc 25 cent.; il était généralement de 6 fr. 2b cent. : c'était le cours établi.

D. Quand fut-il réduit à 5 francs? R. Immédiatement après mon retour en Angleterre, c'est-àdire en mai 1830. D. Quel est le taux actuel de l'assurance d'un voyage de Berbice ? R. L'assurance est à présent à un taux très-bas. J'en ai fait une de 100 boucauts de sucre que j'attendais de Berbice, à 20 schel-

4,992 19 10

lings, pour Liverpool; mais j'ai dû payer, il n'y a pa3 longtemps, 5o schellings par 100 livres, pour un navire venant à Londres.

Du 4 février 1830 :

D. Cette prime n'était-elle pas calculée d'après un risque présumé de guerre? R. Non. Le bâtiment avait, je crois, été construit au NouveauBrunswick, et, bien qu'il fût aussi beau que possible, on avait

Vendu A J. Travers et fils, 20 bouc, de sucre, à 51 sch. le quint.

746

5

Du 5. à 51 schel. le quint. do sucre, boucauls Aux mêmes, 20 schellings à A John Fleet, 20 dito, 52

756 761

6 11 1 0

Du 9. A Warner fils et C , 20 boucauts de sucre, à 51 schell..

702 11

ie

.

3

exigé une prime plus élevée. D. Le choix du marché n'est-il pas une chose à considérer lorsqu'il s'agit d'apprécier la condition d'un planteur libre d'en-

4

gagement? R. Oui. Le marché de Liverpool, malgré le désavantage de vendre à quatre mois de terme, me semble meilleur que celui de Londres; nos sucres s'y vendent mieux.

Du 10.

A Charles Sayer, 20 boucauts de sucre, à 51 schellings. .

762 16

3

Du 11. A J. Travers et fils, 27 boucauts de sucre,

4

7

182 14

4

D. A combien évaluez-vous la différence? R. Elle n'a rien de positif; il arrive parfois que les sucres se placent, au contraire, mieux à Londres qu'à Liverpool.

4.992 19 10

D. Supposez-vous que la lacilité de choisir le marché puisse valoir 6 den. par quintal ?

51 schell.. . 1,021

Et pour 8 tierçons, à 52 schellings

R. Oui, je le pense.

Sauf erreurs et omissions.

1). La quantité des arrivages n'exerce-t-elle pas une influence dominante sur les demandes ? R. Oui. A Liverpool, les approvisionnements sont réglés d'a-

Londres, 22 avril 1830. DAVIDSON, BARKLY

et Cie.

D. Le sucre indiqué dans cc complede vente provenait-il d'une propriété grevée d'hypothèques à l'époque du 22 avril 1830 ? R. Oui, elle était hypothéquée; c'est de cette même propriété

près une meilleure proportion qu'à Londres. D. Est-ce estimer trop haut l'avantage du choix du marché que de le porter à 3 livres par boucaut?

que proviennent les autres sucres.

R. Oui, je pense.

D. Ainsi, en avril 1830, votre plantation étant engagée, 011 vous prenait 5 schellings (6 fr. 25 cent.) de fret, 1/2 pour 0/0 de courtage, et une commission de 2 1/2 p. 0/0 ? R. Oui.

D. Avez-vous jamais fait ce calcul ? R. Oui; mais alors la différence était très-grande. D. Croyez-vous, en calculant l'intérêt de l'argent, l'avantage du fret, l'économie sur la commission elle choix du marché, que

1). Avez-vous raison de supposer que ce fret fût différent de celui que payaient d'autres personnes, et que ce fût la conséquence de l'engagement de votre propriété P R. Non, au contraire,"j'ai trouvé le marchand extrêmement juste dans toutes ses transactions avec moi.

l'on puisse porter à 17 1/2 p. 0/0 le bénéfice dont peut jouir une plantation sans engagement comparée à une antre ayant des hypothèques ? R. Ce serait peut-être porter l'évaluation trop haut; mais on peut aisément faire cc calcul. Voici la différence dont jouit le

D. Savez-vous si, sur les chartes parties convenues à 5 schellings,il est ordinairement fait au marchand une remise de 5 p. 0/0

marchand sur la commission de vente des sucres : dans le dernier envoi dont j'ai produit le compte, elle aurait été de /|5 liv. sterl.

pour escompte?

D. Il y a au moins un bénéfice d'un schelling par quintal sur au départ? fret le

R. Je ne puis dire en avoir connaissance comme d'une chose ordinaire; mais je sais l'avoir fait moi-même, .l'ai arrêté un navire à l'aventure, ayant apporté du charbon de terre à la vente.

I

U. Oui -, mais les seuls marchands avec lesquels j'ai eu des re-


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

467

lations ont réduit ce prix. Tous les marchands qui ne prennent que 4 schellings (5 francs) perdent naturellement l'avantage de 1 fr. 2 5 cent, par quintal.

tement libre d'engagements, y étant venu, je fus obligé de payer 100 liv. sterl. au capitaine pour obtenir de pouvoir mettre à bord un tiers de la cargaison au même prix de 5 schell. (6 fr. 25 c.).

D. Les frais relatifs aux ventes faites sur le montant de cette cargaison ne s'élèvent-ils pas à 6 schellings i denier (7 fr. 60 c.)

D. Les personnes qui ont frété des navires durant la plus grande partie de cette période doivent avoir payé ce prix? R. Oui; il y avait plusieurs commerçants libres. Le navire appelé Georgiana, qui commerçait ici, et, avant lui, le SimonCock, dont les armateurs ne possédaient aucune hypothèque sur les propriétés de la colonie, y sont venus depuis 1813 jusqu'à présent. C'est seulement en 1830 que la Georgiana a pris des sucres

p. 0/0 ? R. Je crois qu'ils sont plus considérables. Le calcul a été fait à la hâte, et ne comprenait que les droits et le fret; mais il y a d'autres frais qui n'entrent aucunement dans les bénéfices du marchand : je veux dire le courtage, l'assurance, les dépenses de port, etc., qui ne sont pas compris dans les 6 schellings 1 denier. D. Dans ce calcul on a fait figurer 5 francs pour fret, tandis que celui d'expédition était réduit à 3 fr. 75 cent. ? R, Cela est exact.

à 5 francs. Les principales consignations de ce produit ont été faites par un planteur d'ici, à Baring frères et compie, précédemment et jusqu'en 1830. Cette maison recevait 5 schell. ( 6 fr. 2 5 cent.). D. A ce taux ne retirait-on aucun avantage sur le fret ? R. Non, aucun.

D. Vous dites que le taux de l'intérêt, pour le planteur qui emprunte sur hypothèque, ne s'élève pas à 17 1/2 p. 0/0? R. J'ai dit que si un bâtiment charge des marchandises pour les Indes occidentales, sans exiger de fret, et prend un retour à 5 francs, le seul avantage qu'il a sur moi est la commission de 2 1/2 p. 0/0, ou , en d'autres termes, 5 p. 0/0 sur le produit net.

D. Quelle serait la différence pour les planteurs qui ne surveilleraient pas autant leurs affaires que ceux dont vous parlez, et à qui l'on demanderait d'ordinaire 6 fr. 2 5 cent, pour leurs sacres, plus le fret sur leurs approvisionnements? R. Cela s'explique naturellement et représenterait un bénéfice de î p. 0/0 sur le sucre envoyé au marché. D. De combien serait la différence p. 0/0, y compris la commission ? R. Elle s'élèverait, sur une récolte de 700 tonneaux de 16 quintaux chacun, à 56o liv. sterl. D. Avez-vous eu connaissance de semblables transactions ? R. Je ne parle que de ce qui peut se faire à présent et de ce que j'ai payé moi-même sur des sucres. Je connais intimement MM. Davidson, Barkly et C ; lors de la grande réduction qui eut lieu, je convins de payer 5 schellings en donnant hypothèque sur ma plantation : c'est la dernière vente qu'ils firent pour moi, et elle eut lieu un ou deux mois après, au moment où l'un de mes amis, planteur indépendant, leur fit sentir qu'il convenait de réduire le fret, ce à quoi ils consentirent généreusement, en se chargeant, en outre, de faire arriver tous les approvisionne-

D. Vous ignorez si l'on n'obtenait pas une remise? R. Je ne le crois pas; Baring frères et compie auraient, il me semble, accordé crédit pour cette remise. D. Si l'on n'avait pas accordé un crédit pour la même remise, n aurait-ce pas été profiter d'un avantage injuste? R. Ce serait mon avis à l'égard d'un navire commerçant librement , mais non s'il s'agissait d'une personne qui aurait affrété le bâtiment et serait convenue de 5 schell. D. Supposons le cas où un navire cherchant du fret aurait fait un engagement de prendre du sucre à 3 fr. 75 cent., et où les connaissements auraient été remplis à 5 fr. 60 cent. : la différence serait-elle revenue au marchand ? R. Je ne connais aucun exemple de celte nature. Le seul que nie rappelle est celui d'un marchand qui chargea à l\ schell. je 6 d., sur lesquels il me remit 6 d. D. Lorsque le navire arriva en Angleterre, on vous remit donc 6 d. par quintal ? R. Oui. D. Et vous obtîntes cet avantage parce que vous étiez libre

ie

ments à la colonie, sans exiger aucuns frais de transport. D. Vous avez cependant payé 6 fr. 25 cent, au mois d'avril 1830? R. Oui; c'est ce qui fait la différence de 56o liv. sterl. sur une récolte de 700 boucauts. Dans ce compte de vente, on ne me préleva que 1/2 p. 0/0 de courtage, et 2 1/2 p. 0/0 sur le produit brut. A présent, j'ai 1 p. 0/0 à payer au courtier à qui je remets mes intérêts. D. Comment évaluez-vous le prix d'un boucaut de sucre dont vous vous servez comme base pour reconnaître le tant p. 0/0? R. Je prends le produit net, en déduisant le droit de 24 schellings. D. Cela ferait donc 11,480 liv. slerl. sur lesquelles vous auriez payé en excédant 56o liv. sterl. pour fret? R. Oui. D. A quelle époque vous faisait-on payer 5 schell. (6 fr. 2 5c.)? R. Le prix de 5 schell. a été régulièrement payé durant les dixsept ou dix-huit dernières années pour les expéditions de nos colonies. Il y avait eu un arrangement conclu avec les planteurs. D. Prétendez-vous dire que, pendant cette période, les planteurs indépendants qui traitaient pour l'envoi de leurs produits pouvaient se procurer des navires à l\ liv. sterl.? R. Oui, sans doute; je crois me rappeler qu'en 181 ç) il y avait une telle rareté de navires dans la colonie, qu'un armateur parfai-

d'engagement ? R. On me l'accorda, en effet. D. Pendant tout le temps où vous restâtes engagé avec votre prêteur et où vos sucres s'expédiaient à 6 fr. 25 cent., pouvait-il élever ce fret sans vous donner aucun avis, malgré les circonstances politiques ou autres qui pouvaient naître? R. Non , sans doute; je 11e suppose même pas qu'il eût pu le faire: c'eût été un désavantage aussi bien pour le planteur que pour son créancier, et qui n'aurait pu résulter que d'une grande rareté de navires. Il serait arrivé que le planteur se serait vu forcé de garder ses produits. Je considère comme très-avantageux que le marchand soit obligé de nous fournir les moyens de transport dont nous avons besoin. D. Ainsi, en convenant avec le marchand de lui payer 5 schell., vous faisiez, en votre qualité de planteur, un arrangement particulier avec lui? R. Oui; et si, à l'époque, je n'avais pas été à même de conclure cet arrangement, je me serais trouvé ruiné. D. En le concluant vous n'aviez pas l'idée que vous vous soumettiez à une extorsion ? R. Non ; je croyais plutôt recevoir une faveur. Je devais 3o,ooo liv. sterl. et ma plantation aurait été perdue si l'on ne m'eût pas prêté d'argent. D. Vous avez résidé longtemps à Berbice ? R. Oui. D. Y résidiez-vous pendant que se faisait la traite des noirs ? R. Je n'y suis arrivé que l'année après l'abolition de la traite. D. Immédiatement après que le commerce des noirs eût cessé à Berbice, ne fîtes-vous aucune observation sur la disproportion des sexes parmi les esclaves des plantations? R Je remarquai, en effet, cette disproportion.

3o...


468

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

D. Quelle était-elle à cette époque ? R. Quand j'arrivai à Berbice, en 1806, j'estime qu'il y avait trois hommes pour deux femmes. Pendant les trois années avant l'abolition, il y avait eu principalement des importations d'hommes, attendu que les planteurs avaient besoin de travailleurs effectifs ; jusqu'à ce jour la population ne s'est pas balancée. D. Elle n'est donc jamais arrivée à une proportion naturelle? R. Non ; sur ma plantation, en particulier, et fort peu de temps après être devenu propriétaire dans les Indes occidenlaies, je sentis la nécessité d'égaliser les sexes. En conséquence, je ne négligeai aucune occasion d'acheter des femmes, et, jusqu'à présent, pour ne parler que de la population adulte, l'excédant en hommes est de 60 sur 4oo esclaves. J'ai égalisé la population créole, c'est-à-dire celle qui est née dans le pays, et je suis convaincu que partout où, dans cette colonie qui est très-saine, l'équilibre pourra être établi, l'accroissement de la population sera considérable. Sur une de mes propriétés, elle a augmenté de 3 p. 0/0, avec la même proportion entre les deux sexes, pendant i5 ans. D. Celte observation porte-t-elle sur l'état général de la population du pays ? R. Oui. D. Connaissez-vous quelque plantation où la proportion des hommes soit plus forte que de 3 à a ? R. Oui, sans doute ; j'en puis citer deux dans la partie la plus favorable de Berbice, sur la côte Corantine; une de ces propriétés était principalement peuplée d'hommes. Les laboureurs à la tâche, ordinairement appelés l'atelier à la tâche, comptent deux hommes pour une femme, parce que les hommes seuls sont employés de cette manière. D. De quelle époque est ce renseignement? R. Je ne puis préciser une date, mais je crois qu'il y a 17 ou 18 ans. D. Quel est le nom de la plantation ? R. Hampshire. D. Comment s'appelle le propriétaire? /î. William Cort; l'autre plantation s'appelle Allness, elle appartient à M. Munroe; toutes deux avaient un égal nombre d'esclaves, mais sur la plantation Allness les deux sexes étaient en nombre égal. D. Comment avez-vous su que la proportion était de 2 à 1 ? II. Par une conversation que j'eus avec le propriétaire : je connais particulièrement M. Cort. D. Avez-vous reconnu en employant des créoles qu'ils fussent plus intelligents que les Africains pour les travaux d'intérieur? /{. Sans doute. D. Vous avez trouvé une grande amélioration dans cette classe ? R. Oui, une très-grande. D. Et vous les avez jugés très-utiles.dans leurs travaux d'ouvriers ? R. Oui. D. Si, sur une plantation bien organisée, établie depuis quelque temps, l'on introduisait un certain nombre de nègres africains acclimatés, seraient-ils bientôt aussi capables que les autres pour les travaux des champs? R. Je ne le crois pas ; je n'ai pourtant eu aucune occasion d'en juger, car, lorsque j'arrivai dans les Indes occidentales, j'étais très-jeune, et je ne sache pas qu'aucune cargaison ait été introduite depuis mon séjour; toutefois, jusqu'à présent, je ne crois pas 1 Africain le plus robuste égal en rien à un nègre créole. 0. Quelle était autrefois la proportion des ateliers de travailleurs; était-elle de 4o, 5o ou 60 individus sur 100? R. En prenant la moyenne des plantations, je crois qu'elles n'ont, pas plus d'un tiers de travailleurs effectifs.

re

tions. Sur ma propriété, il en est tout différemment: j'ai plus dë g5o esclaves, de ce nombre il n'y en a pas plus de 6 qui soient invalides, mais il y a une grande quantité d'enfants. D. Avez-vous une grande quantité d'esclaves âgés et d'enfants ? R. Je crois qu'en général il y a sur les plantations un tiers de travailleurs effectifs, un tiers de gens âgés et un tiers d'enfants. /)■ Quelle était autrefois, dites-vous, la proportion des travailleurs effectifs ? R. Je pense que presque partout les travailleurs étaient effectifs, parce que le planteur n'achetait ni des gens âgés ni des enfants, mais bien des adultes. D. A celte époque première de l'établissement, comment avezvous pu arriver à cette, conclusion qu'il n'y avait dans un tel état de choses qu'un tiers de travailleurs effectifs, tandis qu'il n'existait que peu de gens âgés cl à peine quelques enfants ? R. Je ne parle que de 18 ans. Les importations d'Africains, durant les années précédentes, avaient rendu les choses bien différentes. Je 11e prétends pas qu'il y eût alors un tiers d'enfants, mais bien dans ces dernières années. D. Croyez-vous qu'il y eût autrefois un plus grand nombre de travailleurs effectifs pour les champs qu'à présent ? R. Sans doute. D. Vous croyez que dans les autres pays, tels que le Brésil, ou le commerce des esclaves a été continué jusqu'en 1830, le nombre des travailleurs effectifs doit être beaucoup plus grand qu'à Demerara ? R. Sans doute. Je citerai des contrées plus rapprochées que le Brésil. Au commencement de 1830, avant de quitter la colonie, j allai a Surinam, ou I on n avait pas jusqu'alors cessé d'importer des noirs, ou plutôt de les tirer de la colonie française de Cayenne, et, sur une plantation à sucre de la grandeur de la mienne, je vis que l'on pourrait compter presque le double des travailleurs que j'aurais pu employer à Berbice. D. Vous attribuez celle circonstance à une plus longue durée de l'importation des esclaves ? R. Sans doute, et à la facilité qu'on avait de se procurer des travailleurs effectifs. D. Croyez-vous qu'ils eussent plus de facilité que vous pour établir une grande plantation ? R. Certainement. D. Peut-on présumer qu'il y eût pour les autres le moyen de faire de plus grandes récoltes et d'expédier de plus fortes quantités de sucre ? R. Le sol est de même qualité à Surinam. Je ne sais rien du Brésil; cependant je crois que les terres y sont meilleures qu'à Demerara cl à Berbice. 1). En laissant de côté toutes les considérations relatives au sol, par rapport au travail seulement, vous jugez que la propriété de Surinam, citée par vous, a un avantage sur les plantations de même nature dans les contrées où le commerce des esclaves a cessé depuis 20 ans ? R. Je crois qu'elles font absolument autant de sucre, mais j'ignore si leurs débouchés sont meilleurs ou non. D. En vous bornant à envisager leurs ressources quant à l'efficacité du travail, croyez-vous que ces propriétés aient une plus grande puissance de production que les vôtres ? R. Infiniment plus grande et beaucoup moins coûteuse. f). En disant que vous prévoyez l'époque où s'augmentera la population de Berbice, vous fondez-vous sur ce que le nombre des femmes prend déjà do l'accroissement ?

D. Vous parlez d'une époque antérieure?

/î. Oui, et, pour compléter les observations que j'ai faites au sujet des plantations Hampshire et Allness, je dirai qu'on 1829,

R. Oui, et même de l'époque actuelle, sauf quelques excep-

lorsque je les visitai, le propriétaire n'avait pas augmenté la po-


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

469

pulation par l'achat d'un seul esclave. La perspective était tellement évidente, que, lorsque les sexes furent égalisés, ons' aperçut qu'il y avait une augmentation de 120 individus sur l'atelier primitif; peut-être même ce nombre était-il dépassé.

vendrait pas à un plus haut prix que celui qui est nouvellement

D. Vous dites que celte augmentation eut lieu sur une seule plantation de Berbice. A quelle époque était-ce ? R. Il y a environ i5 011 16 ans.

D. De quelle époque parlez-vous ? R. Du mois de mars 1800. D. Quel était à Surinam, dans ce temps-là, le prix des garçons et des tilles, et celui des esclaves adultes? R. Une personne m'acheta une moitié indivise de ma plantation à sucre, avec 400 esclaves, au prix d'évaluation de 72,000 liv. st., moyennant 36,000 liv. sterl. La plantation de Surinam, dont je

D. Sur quelle quantité d'individus cette augmentation se fit-

elle? R. Sur 1^5 pour chaque plantation, autant que je puis me ie rappeler.

D. Vous entendez que la population première était do 175, et qu'en 15 ou 16 ans elle s'augmenta de 120 ? R. Oui. D. S'assura-t-on également de la proportion des sexes ? R. Dans l'atelier effectif d'Allness il y avait peut-être un peu plus de femmes que d'hommes, mais, sur l'autre, on comptait deux tiers d'hommes contre un tiers de femmes.

D. Vous ne pensez pas sans doute que le nombre effectif des travailleurs, composant l'atelier d'une plantation, s'augmente aussitôt après qu'on a remarqué un accroissement de population ? R. Non pas avant 1 5 ou 16 ans ; il faut peut-être plus longtemps

encore. D. Si cette augmentation de l'effectif des ateliers n'a lieu qu'après quelques années, les dépenses du planteur ne s'augmentent-elles pas dans l'intervalle P R. Oui. I). Cependant le travail n'en devient pas plus considérable ? R. Il reste même au-dessous de ce qu'il était, parce que les

mères ont à s'occuper de leurs enfants. D. Connaissez-vous bien la colonie de Demerara ? R. Non, je ne la connais que pour l'avoir visitée. D. A combien évaluez-vous la production du sucre par esclave à Berbice ou à Demerara, c'est-à-dire combien chaque esclave

produit-il de tonneaux de sucre par an ? R. La population de ma plantation, la Providence, est de 4oo esclaves, et l'année dernière j'ai récolté 700 boucauts de sucre. D. Est-ce à peu près la production moyenne de cette propriété ? R. Oui. D. Elle représente 28 quintaux de sucre par esclave. Croyezvous que ce soit une moyenne avantageuse? R. Oui. D. La plantation est-elle sur un bon sol ? R. Oui, très-bon.

D. Durant la première époque que vous avez citée, lorsque le commerce des esclaves cessa, la mortalité était-elle grande parmi eux ? H. Beaucoup plus qu'à présent. D. Dans quelle proportion était-elle ? R. Je ne sais. D. Sur la plantation de Surinam, où vous avez dit que jusqu'en 1830 l'importation des esclaves avait continué, la mortalité a-t-elle été très-grande ? R. Oui, je le crois. D. N'en résulta-t-il pas une grande perte pour le planteur ? R. Oui, certainement; mais le prix des esclaves de Surinam

« était que d environ le quart de ce qu'ils valaient dans notre colonie. D. Ce prix était-il celui des esclaves nouvellement importés ? R. Ils coûtaient autrefois beaucoup moins cher. D, Voulez-vous dire qu'un esclave habitué au climat ne se

importé ? R. Oui, mais en prenant le plus haut prix, celui d'un esclave de Surinam était bien moindre que chez nous.

parle, ayant un même nombre d'esclaves et une usine en aussi bon état que la mienne, aurait pu être acquise à la même époque pour 2 5,000 liv. sterl., tout compris. D. Dans votre opinion, les esclaves donnent de la valeur à une propriété ? R. Incontestablement, une plantation sans esclaves n'a aucune valeur foncière. D. Cette mesure est-elle celle de la valeur respective des esclaves dans les deux colonies? R. Oui. D. Combien valaient les esclaves hors des plantations ?

R. De 3o à ko liv. sterl. D. Ce prix était-il celui d'un esclave adulte ?

R. Oui. A Berbice, dans le même temps, je payai 2 53 esclaves 110 liv. sterl., l'un dans l'autre, en prenant la totalité. D. Les esclaves de Berbice, que vous évaluez 110 liv. sterl., étaient sans doute des créoles, ou tout au moins habitués depuis longtemps au climat ? R. Ils avaient été achetés sur d'autres propriétés. D. Le prix de /|0 liv. sterl. était-il ce que valait à Surinam un esclave nouvellement importé ? R. Non; les meilleurs esclaves que l'on pouvait alors s'y procurer, habitués au climat, ne valaient que Z10 liv. sterl. D. Vous avez dit qu'à votre arrivée à Berbice les hommes

étaient dans la proportion de 3 à 2 à l'égard des femmes, et que vous vous en étiez assuré par l'observation ? II. J ai acquis cette conviction au moment où je devins acquéreur de ma propriété. Mon tuteur en possédait lui-même de trèsconsidérables dans la colonie, et pendant 4o ans il avait eu le tort de ne pas avoir un nombre proportionné de femmes. Ces propriétés une fois égalisées sous ce rapport se sont augmentées et ont plus que conservé leur proportion primitive d'Africains. Lorsque je devins moi-même propriétaire, j'agis ainsi; j'avais 3 hommes contre deux femmes, et ne négligeai rien à toutes les venles pour me procurer des femmes; cependant je n'ai pu encore égaliser le nombre des deux sexes. D. Vos observations vous ont-elles donné la cerlitude que la

proportion fût la même dans toute la colonie ? R. Je le crois,

D. Sur combien de propriétés avez-vous remarqué que telle fut la proportion ? R■ Sur à peu près toutes celles de la colonie. J'ai eu pendant 18 ans la fourniture de toutes ces propriétés comme marchand. I). Quels articles leur fournissiez-vous ? R. Des vêtements et diverses autres choses. D. Puisque vous avez pu faire des observations aussi précises sur le nombre des hommes et des femmes en 1818, comment se

fait-il que vous ne puissiez parler de la mortalité pendant la même période ? R. Je 11c puis en rendre compte que pour le temps où j'ai fait moi-même cette expérience. La mortalité porte principalement sur les enfants, a partir de leur naissance jusqu'au neuvième jour.


470

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

D. La question qui vous est faite ne concerne pas l'époque, actuelle, mais les temps antérieurs ? R. Je réponds en ce qui a rapport à la période à partir de 1808, pendant laquelle j'habitai la colonie. La mortalité portail sur les vieillards africains et sur les enfants; actuellement la mortalité pèse sur les enfants, qui ne peuvent arriver au neuvième jour; mais, d'après les relevés, ce sont les vieux noirs d'Afrique et les jeunes enfants, depuis leur neuvième jour jusqu'à 2 ans, qui donnent le plus grand nombre de morts. D. Entendez-vous dire qu'alors la mortalité n'était pas forte parmi les esclaves nouvellement importés ? R. De mon temps il ne se lit pas d'importations d'esclaves. D. La traite prit fin en 1807 et vos souvenirs ne remontent qu'il 1808? R. Oui; il y eut un arrivage à Berbice, lorsque j'y vins en janvier 1808, ce fut le premier que je vis jamais. Je suis sûr qu'il se trouvait cinq hommes contre une femme. D. Croyez-vous qu'il y ait eu fréquemment, parmi les esclaves qui n'habitaient la colonie que depuis un ou deux ans, une plus grande mortalité que parmi ceux qui y avaient pris naissance ? R. Je le croirais. D. Pouvez-vous (lire dans quelle proportion était cette mortalité ? R. Non, je ne le puis.

D. Vous entendez que dans les importations de noirs d'Afrique les hommes étaient plus âgés que les femmes ? R. Oui; on amenait, en général, des hommes robustes et des jeunes filles adultes. D. Vingt-quatre années s'étant écoulées depuis la cessation de la traite des noirs, ne doit-il pas nécessairement rester une plus grande proportion d'hommes que de femmes ? R. Sans doute. D. Le décroissement que l'on remarque aujourd'hui ne provient-il pas de cette circonstance? R. C'est la seule manière dont je puisse l'expliquer. D. Parmi les créoles, les sexes ne sont-ils pas compensés en nombre ? R. Oui , mais il y a des circonstances où il n'en est pas ainsi. J avais sur ma propriété trois femmes dont deux avaient sept fils et une autre sept filles. D. A quel âge un noir cesse-t-il d'être propre au travail? R. Cela dépend des infirmités qui peuvent l'affliger. Il y a des noirs qui sont encore très-bons travailleurs à 55 ans, mais cela dépend tout à fait de leur constitution. D. Croyez-vous que la vie moyenne d'un créole soit plus longue que celle d'un Africain ? R. Nous avons à peine eu le temps d'en juger. On peut considérer que la population n'a commencé à croître que depuis

D. Comment expliquez-vous l'excédant de décès des hommes sur les femmes, dans la colonie de Demerara?

l'abolition de la traite.

R. Cela provient de la raison que j'ai déjà dite, que l'importation des Africains se composait d'hommes, pour la plus grande partie, et que, dans l'ordre naturel, ils devaient mourir en ma-

môme? R. Oui.

jorité.

traitements qu'on leur fait subir? R. Aucunement.

D. Ne savez-vous pas que la proportion des esclaves africains, à Demerara, n'excède pas aujourd'hui le tiers de toute la population ? R. Je ne l'ignore pas, et, jusqu'à ce que ce tiers ait disparu, ne crois pas que la population augmente. je D. La proportion des Africains mâles est, relativement aux femmes, très-près de 5 a 3; le nombre des décès en hommes est aussi dans la raison de 5 à 3; mais, comme les hommes et les femmes de race africaine ne forment qu'un tiers de toute la population, l'excédant de la mortalité ne peut être attribué à la disproportion qui existe entre les importations des hommes et des femmes d'Afrique. De quelle manière concevez-vous donc l'excédant des décès des hommes sur les femmes? R. Je supposerais que c'est parce que, pour la plupart, les femmes ne sont pas adultes.

D. Le traitement des hommes et des femmes n'est-il pas le

D. Vous n'attribuez pas les décès des hommes aux mauvais

D. Il paraîtrait qu'il y a eu 773 décès d'hommes, de 3o à ko ans, et que ceux des femmes du même âge n'ont été que de 436; ils n'ont pas eu lieu, comme vous le supposez, parmi les Africains âgés, mais bien parmi des personnes dans la vigueur de l'âge. Comment expliquez-vous l'excédant des décès des hommes sur les femmes? R. Beaucoup de noirs ont été amenés des Antilles à Demerara. Je garantirais qu'un grand nombre des décès ont eu lieu par suite du changement de climat. 1). A quelle époque les importations des autres colonies pour Demerara se sont-elles faites? R. Je ne saurais en dire la date. Les plus grandes ont été faites par M. Moss, de Nouvelle-Providence (îles Bahamas), et par M. Cockrane Johnslone, de la Dominique. D. S est-il fait des importations semblables depuis douze ans?

D. Prenant les décès de tous les âges dans la colonie, ceux des hommes sont, relativement à ceux des femmes, comme 5 est à 3 ; mais,comme la proportion des esclaves africains est seulement du

R. Je ne sais.

tiers de toute la population en servitude, on ne peut expliquer l'excédant des décès en disant qu'ils ont eu lieu parmi les Afri-

R. Oui.

D. Etaient-elles autorisées par le parlement? D. La période à laquelle ces décès se rapportent est l'année

cains.

1829; ainsi les informations que vous avez à donner ne peuvent

R. Je ne saurais expliquer cette circonstance d'une autre manière. Je crois que les femmes ne forment encore qu'une génération fort jeune. D. La mortalité ne s'applique-t-elle pas à tous les âges et aux

pas les expliquer.

hommes comme aux femmes? R. C'est plus que je ne puis dire. D. N'est-il pas probable que parmi les Africains les hommes I sont plus âgés que les femmes ? R. Oui, sans doute, car les trafiquants n'amenaient que de très-jeunes femmes. J'ai eu des exemples de cette nature quand j arrivai aux Indes occidentales. Ma mère acheta deux jeunes filles et deux garçons venant d Afrique. La progéniture de ces deux filles est a présent de douze individus : deux des noirs de cette souche sont avec moi en Angleterre.

R. Il y a eu trois épidémies distinctes dans la colonie: vers 1819 , ce fut d'abord une fièvre inflammatoire, puis la grippe;

mais la troisième n'occasionna guère qu'une perte de travail. Les deux premières enlevèrent, à ma connaissance, /10 individus sur une seule propriété. 1). Ces maladies s'attaquèrent-elles aussi bien aux femmes qu'aux hommes ? R. Oui; mais, je le répète, dans le cours d'un mois, il y eut 4o décès sur une seule plantation. I). La propriété qui vous appartient, et sur laquelle vous avez dit que les naissances avaient excédé les décès, produit-elle du café ou du sucre ?


ENQUETES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

471

R. C'était une plantation à sucre seulement. Sur la plantation à café, qui m'appartient aussi, l'atelier se composait de très-vieux Africains. Je crois me rappeler qu'en 1818 il y avait 2 5 indi-

grande faveur, car souvent le charbon est fort cher. Nous en importons de Liverpool, à 12 fr. 5o cent, environ le tonneau, et j'ai vu, à Demerara, la même mesure se vendre 100 francs.

vidus tout à fait invalides.

D. Un planteur n'est-il pas quelquefois désappointé relativement à sa fourniture de charbon de terre ?

D. Voulez-vous dire que, sur votre plantation à sucre, les naissances équivalent aux décès ? R. Nous avons eu une augmentation de 3 p. 0/0 pendant les i5 dernières années.

R. Oui, et il arrive, par suite, qu'il lui faut faire de grandes dépenses pour abattre du bois. J'ai fait ce calcul : il en coule trois fois le prix pour se procurer du combustible sur la plantation

D. Voulez-vous expliquer au comité comment un planteur, sans engagement, peut s'entendre pour recevoir une fourniture régulière de charbon de terre, par des navires disposés à embarquer les sucres lorsqu'ils sont prêts?

lièrement son charbon de terre, en payant un fret convenu, et 6 fr. 25 cent, par quintal, pour l'expédition de ses sucres?

IL Il peut recevoir le charbon sans rien payer pour fret, en donnant une cargaison de retour. Je considère cela comme une

R. J'aimerais certainement mieux avoir le charbon à ces conditions que d'être exposé à l'acheter dans le pays.

même, tant le travail est difficile. D. Un planteur ne ferait-il pas aussi bien de faire venir régu-

N° 126. INTERROGATOIRE DE M. GEORGE-TIMOTHÉE SEALY. 23 février 1832.

D. Quelle connaissance avez-vous du Brésil ? R. y ai eu pendant 20 ans des relations à Bahia; c'est le seul point que je connaisse. D. Avez-vous visité l'intérieur du pays ? R. Oui, plusieurs fois, en allant voir des planteurs. D. Etes-vous au courant de la gestion des plantations au Brésil ? R. Non, je ne saurais dire cela. D. Avez-vous étudié l'aspect de la population ? R. Oui. D. A combien estimez-vous le coût d'un quintal de sucre au Brésil, et quelle est sa qualité? R. Je ne puis parler que de Bahia, et encore est-ce d'après des renseignements qui m'ont été fournis. Selon ce qui m'a été communiqué la semaine dernière, les cours les plus récents des sucres, à la date de décembre dernier, avaient été de 1,000 reis les bruts et 2,000 reis les blancs, c'est-à-dire, au change de 32, 10 à 11 schell. les bruts et 17 schell. 3 d. à 18 schell. les blancs. Ce ne sont pas des prix suffisants pour indemniser le planteur, ni pour lui payer l'intérêt de son capital. D. Pourquoi supposez-vous qu'il ne se trouve pas indemnisé? R.. Cela m'a été dit. D. Vos informations proviennent-elles de négociants ou de planteurs ? R. Elles m'ont été données par deux personnes ayant résidé à Bahia, et qui n'en sont parties qu'en mai dernier. D. Le planteur rentre donc seulement dans ses dépenses, sans rien retirer pour l'intérêt de son capital? R. Il peut payer ses dépenses courantes, mais il ne lui reste rien de plus. D. Combien y a-t-il de temps que vous étiez à Bahia ? R. J'y étais en 1828. D. A cette époque y introduisait-on beaucoup d'esclaves ? R. Beaucoup. D. Avez-vous remarqué que le nombre des hommes excédât considérablement celui des femmes? R. Oui. D. Avez-vous compris alors que cela se fit pour obtenir plus de travail utile? R. Je suppose que l'on se proposait ce but, mais je ne m'en suis pas euquis. D. Les femmes, en général, étaient-elles jeunes? /{. Oui, elles pouvaient avoir de \/\ à 16 ans.

D. De quel âge étaient les hommes ? R. Il y avait des jeunes gens, des enfants et des hommes faits. D. Dans quelle proportion supposez-vous que les hommes fussent aux femmes? R. Comme de 2 à 1, et peut-être même plus. D. Pendant vos courses dans l'intérieur du Brésil, vous avez sans doute visité quelques plantations? R. Oui, dans les environs de Bahia. D. Avez - vous remarqué qu'il y eût plus d'hommes que de femmes ? R. Oui. D. Dans quelle proportion étaient-ils ? II. D après ce que l'on me dit, il pouvait y avoir 6 hommes contre une femme, ou peut-être 5 seulement; je ne pourrais le préciser. D- Vous remarquâtes aux travaux des champs beaucoup d'hommes et peu de femmes ? R. Oui. D. Aussi, en général, vous avez pu savoir que la proportion des hommes, à l'égard des femmes, était à peu près de 5 à î ? R. Oui, c'était la plus ordinaire. D. Avez-vous visité quelques plantations qui fussent à peu prè dépourvues de femmes ? R. Non, toutes celles que j'ai vues en avaient, mais en moindre nombre que les hommes. Je ne crois pas qu'il y en eût aucune où la proportion 11e fût pas telle que je l'ai dit. D. De combien d'individus se compose ordinairement la population d'une plantation? R. Quelques-unes n'en ont pas plus de 3o, 4o, 100, et d'autres jusqu'à 400; mais ces dernières ne sont pas nombreuses. 11 est assez commun que les cultivateurs de cannes les fassent moudre sur une plantation voisine; en sorte que, par ce motif, ils n'entretiennent que peu d'esclaves. D. Les plantations à sucre sont-elles dans le voisinage de Bahia ? R. Elles sont situées au-dessus de la baie, à environ 3o ou !\o milles; il y en a de plus rapprochées de la ville. Tous les transports se font par eau : la baie est très-vaste. D. Vous avez vu, par vos relations avec Bahia, que la traite y a entièrement cessé? R. Oui.


472

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

D. Le Gouvernementa-t-il pris quelques mesures pour la supprimer ? R. Oui ; un acte fut rendu en novembre dernier, qui en faisait presque un crime. D. Existait-il un registre de capitation dans la colonie? R. Non, pas durant le séjour que j'y fis, et je ne suppose pas qu'on en ait établi depuis. D■ Pensez-vous que la traite puisse être entièrement anéantie ? R. Je le crois; car les mulâtres et les personnes de condition inférieure y sont très-opposés. D. Le taux actuel des prix n'a-t-il pas contribué à réprimer la traite? R. Je le croirais; car les prix, quoique doubles en monnaie courante, relativement à ce qu'ils étaient précédemment, sont à peu près les mêmes en livres sterling, à cause de la dépréciation du change. D. Combien paye-t-on un esclave en monnaie anglaise? R. Je crois qu en 1815 il valait de i5o à 160 mille reis, ce qui, au change de 6 schellings, représente de 5o à 55 liv. sterl. D. Comment les prix se sont-ils tenus depuis lors?

R. Ils ont toujours été plus élevés. D. N est-ce point par suite de la dépréciation de l'argent? R. Oui; il est en livres sterling aussi bas qu'il peut être, car i5omille reis de 1815 ou 4oo mille reis d'aujourd'hui ont à peu près la même valeur. D. Sauriez-vous à quel prix les esclaves se vendaient en 1831 ? R. Lorsque j étais au Brésil, en 1828, on me dit que les trafiquants doublaient en général leur capital, quand les navires arrivaient à bon port. D. En tenant compte du cours du change, le prix du sucre est-il aujourd'hui, à Bahia, à peu près le même qu'en 1828 ? R. Non, je croirais, eu égard au change, qu'il était beaucoup plus haut en 1828 qu'à présent; car le change était alors à 4 schellings; et, depuis, il est tombé à 2 schellings 6 pence ou 2 schellings 8 pence. D. En supposant qu'une augmentation se manifestât dans le prix du sucre,ne serait-ce pas un motif pour amener de nouveaux esclaves au Brésil ? R. Je ne le pense pas ; la crainte d'une condamnation empêcherait , il me semble, que l'on reprît ce commerce. D. Le Gouvernement a-t-il le pouvoir de faire exécuter ces lois ? R. Pendant mon séjour, on les observait exactement. D. Et comment en est-il aujourd'hui? R. Depuis quatre ans je n'habite plus le Brésil. D. Ce pays est-il bien peuplé ? R. Il ne l'était pas beaucoup; mais, d'après les dernières nouvelles, il se peuple davantage depuis que l'abdication de l'empereur a ramené la tranquillité. D. A l'époque où le pays élait sans population et le Gouvernement sans pouvoir, est-il présumable que l'on eût pu faire exécuter une loi pour supprimer la traite? R. Cette loi n'a été rendue qu'en novembre dernier, et alors, bien certainement, le Gouvernement était assez fort pour se faire obéir. I). Le sentiment général n'est-il pas contre la traite? R. Oui, absolument.

re

faut qu'il déduise le montant des droits du Gouvernement, soit un dixième, qui se perçoit sur le prix au moment de la vente, et que 1 acheteur paye en opérant l'embarquement. 11 y a encore d autres petits frais équivalant à 3 ou 5 p. 0/0, à raison de tant par arrobe de sucre blanc ou brut. D. Les revenus du Gouvernement brésilien ne proviennent-ils pas principalement des importations et des exportations? R. Oui; il n'y a pas d'autre taxe. D. N'en existe-t-il pas une sous le titre de capitation? R. Non; mais il y en avait une sur l'importation des esclaves ? D. Ne se perçoit-il pas un impôt direct sur les esclaves qui habitent la colonie? II. Non. L' on percevait 20 mille reis par tête à l'importation ; mais naturellement cette (axe a cessé avec la traite. D. De quelle manière les esclaves sont-ils vêtus ? R. Ils sont bien vêtus, et, en général, de drap bleu commun, d'Osnabruck, et de linge des fabriques allemandes et anglaises, mais principalement de ces dernières. D. Quels sont les droits que ces objets manufacturés payent à l'entrée ? R. Ils payent 15 p. 0/0 du prix d'évaluation. D. L'évaluation est-elle à peu près de la valeur réelle? R. Je crois que, sur les draps grossiers et autres articles semblables, on perçoit 20 au lieu de i5 p. 0/0. D. Ne se procure-t-on pas dans le pays le bois que nécessite l'exportation du sucre ? R. Oui; 1' on n'en reçoit pas de l'extérieur. D. Fournit-on du poisson aux esclaves ? R. Non, pas à Bahia; on leur donne du bœuf séché que l'on tire de Rio-Grande, l'une des provinces du Brésil; ce n'est que par hasard qu'ils reçoivent du poisson salé. D. D'où se tire le poisson ? R. De Terre-Neuve, d'Halifax et de la Nouvelle-Ecosse; il n'en arrive que fort peu de l'Amérique du Nord. D. Les principaux arrivages no proviennent-ils pas des colonies anglaises ? R. Oui. D. Quel est le droit sur le poisson? R. i5 p. 0/0.

I). Avez-vous été à même de savoir pendant combien d'années un esclave est propre au travail? R. Non; on voit beaucoup de vieux esclaves. J). Les planteurs du Brésil ne résident-ils pas sur leurs pro-

priétés ? R. Oui, tous. D. Il est donc rare qu'ils n'y résident pas ? R. Oui; ils y font un séjour de huit mois par an. D. Surveillent-ils eux-mêmes leurs plantations? R. Oui. D. On n'emploie donc pas à Bahia des agents tels que ceux dont on se sert dans les Indes occidentales ? R. Non; les planteurs ont leurs maisons à Bahia, qu'ils n'habitent que peu de temps. D. N'y-a-t-il aucun intermédiaire blanc entre les planteurs et

D. Ce sentiment ne provient-il pas de la crainte de voir s'accroître la population noire? R. Oui. Les mulâtres et les noirs sont, à ce sujet, d'une opi-

les esclaves ?

nion unanime.

I). La dépense d'un agent de race blanche serait sans doute au-dessus de ce que l'on paye à un mulâtre ou à un créole? R. Cela est naturel.

D. Le prix que vous avez cité pour le sucre rendu à bord ne comprend-il pas tous les Irais de droits? R. C'est le prix auquel le planteur vend son sucre; mais il

R. Très-rarement : on se sert plutôt d'un mulâtre ou d'un créole.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

473 N° 127.

INTERROGATOIRE DE M. LOVELL FOLLETT. 23 février 1832.

D. Quels sont vos rapports avec le Brésil ? R. Je suis négociant commissionnaire, résidant à Liverpool. D. Avec quelle partie de ce pays avez-vous le plus de relations ? R. Avec Bahia seulement. D. Y avez-vous fait une résidence ? R. Oui. D. A quelle époque ? R. De 1814 à 1828. D. Pendant votre séjour, avez-vous visité l'intérieur de la colonie? R. Oui, de temps en temps, à différentes époques. D. Y avez-vous vu plusieurs plantations ? R. Oui, quelques-unes. D. Y en a-t-il de considérables ? R. Oui, un petit nombre. D. L'exportation de sucre de Bahia et des autres points du Brésil s'est-elle beaucoup accrue depuis les seize dernières années? R. Celle de Bahia a doublé : je ne puis parler que de cet endroit. D. A quelle cause attribuez-vous l'augmentation qui a eu lieu? R- A l'importation des esclaves et à l'introduction des moulins à vapeur. D. Les prix n'ont-ils pas beaucoup baissé durant cette époque ? R- Oui. D. Malgré la grande baisse de prix, l'exportation a pourtant

augmenté? R- C'est la vérité. D. Etes-vous à même d'évaluer les frais d'une plantation par quintal de sucre ? R. Non, je n'ai aucune information précise à ce sujet. D. Les approvisionnements de sucre ont-ils abondé à Bahia pendant les deux dernières années ? lî. Oui. D. Trouvait-on autant de vendeurs que d'acheteurs? R. Oui, en général. D. Règne-t-il de grands embarras parmi les planteurs des environs de Bahia ? R. Je les crois pour la plupart endettés. D. Envers qui ? R. Envers leurs agents de Bahia, qui leur font des avances avant d'avoir vendu leurs sucres. D. Sont-ils endettés au delà de l'importance des fournitures dont ils ont besoin ? R. Non. D. De quelle nature sont les transactions qui se font entre les planteurs et les marchands de Bahia? R. Les marchands de cette ville leur envoient des approvisionnements, garantissent le payement des esclaves qu'ils achètent, et, en retour, reçoivent des sucres à la vente. D. Ces dettes résultent en partie de l'achat des approvisionnements et en partie de l'achat des esclaves pour établir les plantations ? /i Oui.

D. Votre maison a-t-elle fait des transactions avec les planteurs de l'intérieur ? R. Aucune. D. Connaissez-vous quelque autre maison qui en ait fait? R. Pas de maison anglaise, que je sache. D. Est-il à votre connaissance que des maisons portugaises aient fait de telles affaires ? R. Oui, j'en ai connu à Bahia même. D. Supposez-vous que les planteurs soient plus engagés avec leurs marchands qu'ils ne l'étaient, il y a 2 ou 3 trois ans ? R. Non. D. Cette circonstance n'était pas assez connue sans doute pour être venue jusqu'à vous ? R. Non. D. Les sucres sont-ils toujours vendus au prix courant sur la place de Bahia ou gardés en magasin ? R. Quelquefois on les garde, mais on les vend aussi au cours. D. Dans les importations d'esclaves au Brésil, avez-vous remarqué qu'il y eût une plus grande proportion d'hommes que de femmes ? R. Sans doute. D. En général les femmes étaient-elles jeunes ? R. Oui. D. Quelle différence établiriez-vous bien entre les hommes et les femmes ? R. Peut-être comme de 3 à 1, mais ce n'est qu'une supposition. D. Avez-vous entendu donner quelque raison qui explique, quant à 1 importation des esclaves, une aussi grande différence entre le sexe masculin et le sexe féminin ? R. C'était pour obtenir autant de travail que possible. D. Dans l'intérieur avez-vous remarqué la même disproportion entre les hommes et les femmes ? R. Elle est encore plus grande sur les plantations. D. Ainsi il s'y trouve plus d'hommes qu'à l'époque de l'importation ? R. Oui, beaucoup plus, je les évaluerais comme de 6 à 1 sur les plantations que j'ai visitées. 1). Ces plantations produisaient-elles du sucre ? R. Oui. ]). Etes-vous à même de donner, quant aux causes de cette disproportion , quelque autre raison que l'intérêt du planteur à obtenir une plus grande quantité de produits par l'application du travail ? R. Non. Quand j'exprimai ma surprise de la différence que je remarquais entre les sexes, les planteurs ne m alléguèrent que cette seule raison, parce qu'ils ne voient rien autre chose que leur propre intérêt. D. Dans quel état se trouverait une plantation, si la majorité de la population se composait d'un tiers de vieillards et d'un autre tiers d'individus trop jeunes pour .travailler ? il semble que, dans ce cas, il y aurait une grande différence de puissance de production entre une plantation ainsi placée et une autre dans la position où elles sont à présent au Brésil ? R. Je pense absolument ainsi. D. En supposant qu un planteur du Brésil eût une cargaison de sucre prête a être expédiée, combien aurait-il de droits à payer avant d'être sur du produit net qui devrait lui revenir?


474

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. - PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE. re

R. S'il s'agissait de Liverpool, je les estimerais à 6 fr. 25 cent, du quintal, sans cependant pouvoir en donner aucune preuve. D. Comprenez-vous dans ce prix le fret, l'assurance, les frais de port, la prime et toutes les dépenses du voyage? Il Oui. D. Plus la commission ? R. Oui, une commission de 2 1/2 p. 0/0. D. Et aussi l'emmagasinage et les dépenses dans le port? R. Oui, je crois que 6 fr. 25 cent, du quintal pourraient tout couvrir. D. Avez-vous acquis assez, d'expérience, comme négociant commissionnaire, pour donner voire avis avec une certaine con-

R. J'ai expédié une grande quantité de sucre de Bahia, et, depuis que je suis à Liverpool, j'en ai reçu quelques chargements qui me mettent à même de parler des frais en connaissance de cause. D. Dans votre calcul, à combien portez-vous le fret? R. Je crois qu'il était compté à 2 fr. 60 cent. D. Quel est le taux ordinaire de l'assurance ? R. 25 schellings (3i fr. 25 cent.) pour 100 liv. st. (2,500 fr.). D. Avez-vous entendu évaluer la différence entre le travail effectif des hommes et celui des femmes ? R. Non, mais je pense que le travail des femmes est toujours évalué au-dessous de celui des hommes, peut-être d'un quart.

fiance ?

N° 128». INTERROGATOIRE DE M. CHARLES STEWART PARKER. 27 février 1832.

D. Vous êtes associé de la maison Sandbach, Tinne et Compagnie , de Liverpool ? R. Oui. D. Avez-vous été aux Indes occidentales ? R. J'ai visité Demerara et quelques autres colonies en 1822 el 1823. D. Y avez-vous fait un séjour prolongé ? R. Peut-être de 10 mois en tout. D. Votre maison a-t-elle un intérêt dans les plantations ? R. Oui , nous sommes planteurs aussi bien que négociants. D. Avez-vous des créances hypothécaires dans les colonies ? R. Oui. D. Êtes-vous à même d'établir les frais portant sur les approvisionnements expédiés aux Indes occidentales pour la consommation des plantations ? R. Oui. D. Fait-on une remise sur les approvisionnements achetés ici ? R. Oui. Les marchandises sont envoyées au planteur moyennant payement à terme; la remise ou l'intérêt correspondant est reçu par Je négociant, s'il paye de suite, et le crédit varie suivant les articles; quelquefois on accepte son règlement à deux mois, après deux premiers mois expirés; d'autres fois on donne six ou neuf mois et même un an de terme, mais ce dernier cas est

D. La maison J. Leishman et Welch, grands manufacturiers d'objets en cuivre, vous est connue? R. Oui, nous l'employons. 1). Quelle remise ou quel crédit accorde-t-elle ? R. Je crois qu'elle fait 9 mois de crédit ou 7 1/2 p. 0/0. D. Hésiteriez vous à traiter avec elle si l'on vous justifiait qu'elle accorde 10 p. 0/0 et un règlement à 3 mois, ou 6 mois après 3 mois de délai ? R. Oui, sans doute, parce que je considère comme un acte coupable de prendre un escompte calculé au-dessus du taux de 10 p. 0/0 par an. D. Douteriez-vous qu'une maison aussi respectable remplît ses engagements, si elle promettait les conditions suivantes : appareils dislillatoires en cuivre de 90 gallons avec serpenteaux en étain pesant environ 7 quintaux, de 110 gallons pesant environ 8 quintaux et de i5o gallons pesant environ 11 quintaux, au même prix de 1 ir. 60 cent, la livre; chaudières (theaches) aussi en cuivre de 4o gallons pesant environ 3 quintaux 2 quarts, de Go gallons environ à quintaux, de 80 gallons environ h quintaux 2 quarts, de 100 gallons environ 5 quintaux, de 200 gallons environ 6 quintaux 2 quarts : au total 29 quintaux à 1 fr. 75 cent, la livre, 10 p. ojo descompte pour un règlement à 3 mois, ou

rare.

règlement a 6 mois après 3 mois de délai? R. Je sais que cette maison est des plus respectables.

D. Quelle est la remise accordée au négociant, indépendamment du crédit sur les approvisionnements qu'il expédie ?

D. A combien, par quintal, estimez-vous les frais prélevés sur les sucres expédiés de Demerara pour Liverpool ?

R. Je n'en sais aucune. D. Vous connaissez la maison W. Fosberg et compagnie, de Liverpool ? R. Oui, ils nous ont, à l'occasion, fourni quelques articles. D. Croyez-vous que les prix suivants seraient ceux auxquels ils pourraient approvisionner une maison des Indes occidentales : houes de 12 fr. 90 cent, à 25 francs la douzaine, escompte i5 p. 0/0; coutelas à cannes de 17 fr. 5o cent, à 22 fr. 5o cent, la douzaine, même escompte; hachettes de 14 fr. 65 cent, à 21 fr. 25 cent., escompte 10 p. 0/0; coutelas de nègres de 3 fr. 75 cent. à 7 fr. 50 cent., escompte 15 p. 0/0; rasoirs de nègres et ciseaux, canifs,couteaux de lableet fourchettes, outils de tonneliers et de charpentiers, clous et en général toute la quincaillerie aux plus bas prix, suivant la qualité, à 6 mois et 5 p. 0/0, ou avec plus forte remise, le payement ayant lieu au bout d'un mois en un règlement à 3o jours ?

R. Ils varient, en premier lieu, suivant le prix de vente du sucre; naturellement les commissions augmentent en raison de ce prix. Ces frais varient encore en conséquence de la dimension des colis, attendu que quelquefois on exige un prix par colis. 11 serait moins fort pour un colis de 17 à 18 quintaux que pour un autre de i3 à 14. Le taux de l'assurance est également sujet a variation, c est pourquoi il est difficile de faire une réponse précise, cependant j estimerais que l'on paye de 9 fr. 70 cent, à 10 Ir. 80 cent, ou 10 fr. 90 cent, par quintal. I). Veuillez détailler ces frais ? R. Il y a une commission de 2 1/2 p. 0/0 pour les ventes de produits à terme. I). Avez-vous pour habitude de vendre à long terme? H. Il est rare que nous ne vendions pas ainsi.

R. Depuis plusieurs années nous 11e travaillons plus avec ces messieurs, et nous achetons dans d'autres maisons. La seule

1). Vous n'ignorez pas que les forts épiciers eu gros et les raffineurs achètent d'ordinaire au comptant et acquittent eux-mêmes les droits ?

remise est celle que j ai citée, c'est-à-dire la différence entre le ternie et le comptant à 10 p. 0/0 par an.

R. Les épiciers agissent rarement ainsi ; je sais que les raffineurs ont cette coutume, mais nous leur vendons très-rarement.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2e ENQUÊTE. - 1832.

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D. Soil que vous vendiez à terme ou non, vous prélevez toujours la commission de vente à terme? R. Oui. D. Combien prélève-t on sur l'assurance ? R. 1/2 p. 0/0 de commission est la seule charge qui pèse sur

R. il fait un bon marché sous le rapport de la qualité du bâtiment, de sa construction, etc., attendu qu'il est d'une importance

elle. D. Quel est le taux de l'assurance ? R. Il diffère suivant les saisons et la classe des bâtiments qui reçoivent des produits. Dans l'été on paye environ 20 schellings

D. Le prix ordinaire du transport est toujours de 5 schellings par quintal de sucre amené en Angleterre, et le négociant ne s'arrange pas moins pour traiter le plus avantageusement qu'il

pour cent livres sterling, et dans l'hiver, c'est-à-dire du 12 août jusqu'au 12 janvier, il s'élève de 25 à 40 schellings pour cent livres sterling. D. Dans votre opinion, combien alloue-t-on pour le fret? R. 5 schellings. D. Ce prix est celui que vous exigez des planteurs ; mais, comme marchands, payez-vous le même ? R. II est difficile de préciser à combien il nous revient par nos propres navires. Si la question s'applique aux navires que nous affrétons, il est certain que nous ne payons pas 5 schellings. D. A quelles conditions pouvez-vous traiter d'un bâtiment pour apporter des produits des Indes occidentales? R. Les conditions ne sont pas toujours les mêmes. Dernièrerement il nous a été accordé une remise de 3o p. 0/0 en dehors (le ce que l'on considère comme taux courant du fret. D. Les prix que l'on établit ne sont-ils pas appelés prix coloniaux? il. Oui. D. Le planteur paye le prix colonial sur lequel le marchand a un bénéfice do 00 p. 0/0 ? R. Le bénéfice n'est certainement pas do 3o p. 0/0. D. Qui est-ce donc qui profite des 3o p. 0/0? R. Je dois, pour cire clair, entrer, à ce sujet, dans quelques détails. Dans le cas d'affrètement dont j'ai parlé, celui qui traite se charge de plusieurs risques, et le propriétaire du bâtiment profile de divers avantages qu'il n'aurait pas en agissant pour son propre compte. E11 général, l'affréteur doit une indemnité plus ou moins forte, selon qu'il diffère son départ au delà du nombre de jours déterminé dans la charte parlie. Il traite avec les propriétaires moins avantageusement qu'avec les planteurs, ses correspondants : outre l'avance sans intérêt qui doit être faite au propriétaire sur le montant du fret, suivant l'usage du commerce, le règlement définitif entre lui et l'affréteur est une affaire d'argent comptant, tandis qu'entre ce dernier et le planteur, c'est un crédit qui souvent devient une mauvaise créance. Lorsqu'un bâtiment part d'Angleterre pour la colonie, les déboursés sont avancés par le représentant de l'affréteur, sans intérêt ni commission , et l'armateur se trouve exempt de la commission qu'il aurait à supporter, s'il entreprenait un voyage à l'aventure. Il est absolument nécessaire d'exiger de 5 à 10 p. 0/0, afin de pouvoir supporter les grands frais qu'il en coûte pour entretenir un établissement commercial dans les colonies. S'il arrive que le bâtiment ne parte pas dans le délai convenu par la charte partie, l'affréteur est tenu de payer quelquefois jusqu'à 176 francs par jour, selon le tonnage ; il court aussi le risque de ne pas compléter son chargement, ce qui est, pour lui, une perle sérieuse. D. Le négociant ne fait-il pas toujours le marché le plus avantageux pour lui, soil en affrétant un bâtiment en Angleterre, soit en se servant d'un bâtiment venu dans les Indes occidentales pour chercher du fret, mais toujours en faisant payer 5 schellings par quintal à l'affréteur? R. Pour répondre à cette question, je dois dire que le négociant ne cherche pas toujours à faire le meilleur marché possible. Il veille aux intérêts de son correspondant en choisissant un bon navire, et ne voudrait pas en affréter un moins bon qui lui serait offert à des conditions moins élevées. D. E11 ayant soin de choisir un bâtiment solide, ne fait-il pas un arrangement avantageux avec l'armateur?

particulière pour le sucre qu'il arrive promptement et en bon état au marché. L'intérêt du planteur est pour lui une considération importante en traitant.

peut avec l'armateur ? R. Il est naturel que l'affréteur cherche à traiter au mieux de ses intérêts en choisissant un navire. D. Connaissez-vous les conditions des engagements hypothécaires que souscrivent les propriétaires des Indes occidentales? R. Oui. D. N'est-il pas d'habitude que le marchand soit chargé du transport des sucres au prix colonial, qu'il en fasse la consignation à la maison d'Angleterre, et qu'il ail la fourniture des approvisionnements ? R. Il est, en effet, ordinaire que le planteur s'oblige à expédier ses sucres el les autres produits de sa plantation à son prêteur, à l'exception du rhum el de la mélasse, dont il est libre de disposer sur les lieux. En pareil cas, le sucre est toujours consigné à la maison d'Angleterre; quant à ses approvisionnements, le planteur a le choix de les acheter dans la colonie; mais, s'il les fait venir d'Europe, c'est par l'intermédiaire de son créancier. D. Le taux légal de l'intérêt, dans les Indes occidentales, n'est-il pas de G p. 0/0? R. C'est celui de Demerara. D. Ce sont donc les avantages précités qui déterminent les négociants à prêter leurs fonds ? R. Oui, sans doute. D. Si 011 les leur retirait, croyez-vous qu'ils continueraient à laisser leurs fonds engagés? R. Non, certainement. D. Avez-vous calculé combien p. 0/0 de l'argent prêté peuvent produire ces avantages, en y joignant l'intérêt des fonds ? R. Non. 11 est assez difficile de répondre à celte question; car les avances faites ne sont pas toujours les mêmes. Il arrive que le bénéfice p. 0/0 est plus ou moins fort, selon ce que produit une plantation, et en raison de la somme prêtée. D. L'un des plus grands profils doit être la remise que l'on obtient sur les navires que l'on affrète? R. Oui, quand nous affrétons ; mais cela nous arrive rarement, et seulement lorsqu'un de nos propres bâtiments éprouve une avarie. Nous avons été obligés de prendre ce parti dernièrement, à cause de la perte de notre navire le Boode. D. Quand vous expédiez un de vos propres navires, vous faites sans doute payer 5 schellings du quintal pour les sucres que vous rapportez ? R. Oui, lorsque le planteur est engagé vis-à-vis de nous. D. 11 vous arrive probablement de louer des bâtiments venus aux Indes occidentales pour chercher du fret? R. Nous l'avons fait quelquefois. D. Celle lettre ne provient-elle pas de votre maison de Demerara ? R. Oui ; elle porte la signature d'une personne qui y était employée. « Demerara, 30 octobre 1830.

« A MM. M'Invoy, Sandbach et C". # Ne voyant pas la possibilité d obtenir, à fret, aucune portion de chargement pour le navire John et Mary, sous mon commandement, au delà des produits qui peuvent être chargés en retour de sa cargaison d Europe, je m'engage, par la présente, pour mon navire et ses armateurs, à recevoir, à raison de 3 schellings du


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

quintal de sucre, et de 3 den. sterl. du gallon impérial de rhum, toutes les quantités de ces deux articles que vous serez à même de me fournir ou de me faire avoir en sus de ce que j'aurai à porter en retour pour le compte des armateurs. Je m'engage, en outre, dans le cas où les connaissements des marchandises que je recevrais par votre entremise, soit à votre nom, soit pour des tiers, auraient été remplis à des conditions plus onéreuses que celles qui sont spécifiées plus haut, à faire la remise de la différence à votre maison de Liverpool. Enfin je m'oblige encore, pour les armateurs du John et Mary, à vous bonifier tout excédant de prime d'assurance qui serait demandé en plus de ce que vous avez payé sur la cargaison de l'Hector, dernièrement chargé par

nos bâtiments, nous nous sommes trouvés à court; cependant le tonnage a encore été de 1,600 à 2,100 tonneaux. D. C'est seulement par hasard que vous frétez des navires? R. Oui, c'est lorsque nous en avons perdu un, ou bien lorsqu'il arrive quelque accident. D. Que croyez-vous être le plus avantageux à un négociant d'affréter ou de construire un navire ? R. A mon avis, il aurait meilleur marché de l'affréter; mais nous envisageons l'intérêt du planteur, el il vaut mieux pour lui qu'il embarque ses produits sur des bâtiments employés régulièrement au commerce des colonies et construits exprès. D. Pour quelles raisons ?

vous. « J'ai l'honneur, etc. « JOHN THOMPSON.

c Accepté pour M'Invoy, Sandbach et C". « P.

M. WATSON »

D. En pareil cas, il ne pouvait y avoir ni relard ni aucun risque à courir pour votre maison. Le navire devait prendre tout ce que vous aviez à lui remettre sans aucune obligation de votre part quant à la quantité de marchandises ? R. Je ne me rappelle pas parfaitement toutes les circonstances. Le navire, je crois, n'était pas fort, et probablement qu'à cette époque nous avions beaucoup de marchandises sur nos propriétés, et que le capitaine comptait sur une prompte expédition. D. Votre maison envoie-t-elle d'ici aux planteurs des poinçons pour le rhum ? R. Oui. D. Quel est le prix de ces poinçons ? R. Je ne me le rappelle pas exactement; c'est, il me semble, 22 fr. 5o cent. D. Fait-on une remise sur celte fourniture ? R. Oui. D. Quels sont, en général, le crédit et l'escompte du commerce ? R. L escompte est de 5 p. o/o pour le comptant, autant que je me le rappelle. D. Savez-vous le prix des poinçons vendus à terme ? R. Ces détails ne sont pas bien présents à ma mémoire; mais, si je ne me trompe, le prix est de 22 fr. 5o cent, et 5 p. 0/0 d'escompte au comptant, ou à G mois de terme. D. En parlant du marché le plus avantageux que l'on puisse faire pour allréler un navire, vous prenez en considération la rapidité qu'il est à même de déployer dans son voyage ? R. Sans doute. I). Cette considération est, a vos yeux, d'une grande importance pour le planteur? R. Oui, cl je vais citer, a 1 appui de mon opinion, un fait arrivé récemment. Un de nos correspondants nous envoya, en octobre dernier, 18 boucauts de sucre par l'Enmore, navire de 1" classe, et 18 autres boucauts par notre propre navire Parker. L'Enmore cul un passage de ^9 jours, el le Parker de 32. Notre correspondant nous avait envoyé le poids de chaque boucaut en sortant de la plantation, et, en comparant ce poids à celui qui existait lors de l'arrivée, le Parker avait perdu 4o6 livres, et l'Enmore 1,335 livres, c'est-à-dire en plus 929 livres, ou près de 3 p. 0/0 du poids total, ce qui, au taux moyen du prix de vente, équivalait à 60 centimes par quintal. Le chargement de l'Enmore était d ailleurs supérieur à celui du Parker. I). L avantage de la marche d'un navire est-il en faveur du planteur? R. Oui. I). De quel tonnage étaient les navires employés par vous au commerce ? R. Il a varié. En ce moment, et à cause de la perte d'un de

R. D'abord sous le rapport de la régularité pour l'arrivée et . 1 expédition des bâtiments. Dans le premier cas, ils apportent les approvisionnements, les vêtements des noirs, le charbon de terre, etc., en temps convenable. Dans notre colonie, qui est d une étendue considérable, plusieurs des plantations sont situées à une très-grande distance du port où chargent les navires, et, conséquemment, il est très-important que les voyages pour le transport des produits jusqu'à bord soient aussi réduits que possible. Lorsqu'un planteur charge sur des navires à l'aventure, il envoie une partie de sucre, ensuite il fait prendre du charbon de terre, qu'il paye souvent à des prix extravagants s'il n'en est pas régulièrement approvisionné. Il est ainsi obligé de faire faire deux voyages, tandis que, par le commerce ordinaire, en retour du sucre qu'il envoie, il reçoit du charbon ou d'autres articles, et n'a qu'un trajet à parcourir. Un autre avantage des bâtiments réguliers sur ceux qui vont à l'aventure, c'est qu'ils leur sont supérieurs, ayant été construits exprès pour celte navigation. Rien n'a été épargné dans leur gréement, et, en général, ils font la traversée beaucoup plus vile. Les capitaines et les maîtres d'équipage , élevés pour ce genre de commerce, s'en occupent exclusivement, et savent très-bien comment arrimer les sucres, tandis que, dans les bâtiments à l'aventure, qui n'ont pas été disposés pour le transport de cet article, on est souvent obligé de faire placer de force les caisses au moyen d'écrous, au grand préjudice de ce qu'elles contiennent, et, par conséquent, du planteur. Le fait que j'ai cité relativement au chargement du Parker el de l'Enmore est la preuve de l'avantage que procurent les bons voiliers pour cc commerce. Comme les bénéfices produits par les bâtiments a 1 aventure sont très-minimes, on les laisse souvent pendant plusieurs années sans réparations : il en résulte que, soit parce qu'ils font eau, soit par toute autre cause, ils débarquent des sucres en partie mauvais ou avariés, et que l'expéditeur s'expose a une perle sans pouvoir, comme cela arrive, soutenir ses réclamations contre les propriétaires du bâtiment. Les navires à l'aventure sont fréquemment retenus plusieurs mois de suite dans la rivière de Demarara, et, pendant ce temps, les sucres deviennent humides. Le planteur souffre à la fois de cette humidité et de la perle que lui occasionne l'arrivée tardive de ses productions sur le marché. Afin de faciliter l'expédition de3 bâtiments réguliers, leurs équipages sont, en général, beaucoup plus nombreux que ceux des autres. Par exemple, le Madras, de 331 tonneaux, frété par nous, avait un équipage de 18 hommes; dans nos propres bâtiments, qui jaugent de 38o à 45o tonneaux, il y a de 3o à 35 hommes, ce qui est une proportion très-forte, parce qu'il n'est pas d'habitude d'augmenter l'équipage en proportion du tonnage. Les armateurs de navires réguliers font souvent des frais extraordinaires pour activer leur expédition. S'agit-il de remorquage à l'entrée ou à la sortie du port de Liverpool, il arrive que l'on dépense de 1 o à 20 guinées pour louer un ou deux steamers, lorsqu'il importe de dépêcher un bâtiment chargé d'approvisionnements, ou de le faire entrer afin de profiter du bénéfice du marché. D. Tous les frais ne sont ils pas compris dans les 6 fr. 25 cent. payés par le planteur?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832.

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e

il Oui, on n'exige jamais rien c!e plus. Les expéditeurs par navires réguliers jouissenl, de divers avantages, sous le rapport de l'assurance, qui se fait généralement à une prime plus basse, surtout pour les risques d'échouement et d'incendie dans le port

compte. Il préféra le crédit comme arrangement entre nous; en conséquence, nous profitâmes des 5 p. 0/0 pour le comptant. D. Connaissez-vous la maison Th. Wilson et compie? R. Oui, mais je 11e pense pas que nous ayons jamais fait d'af-

de la colonie. Le négociant ouvre une police générale d'assurance sur la cargaison de son bâtiment, de manière à comprendre tous les produits embarqués par les planteurs, tandis que, par les navires à l'aventure, l'expéditeur doit prendre ses mesures d'avance et écrire en Angleterre, pour l'assurance de ce qu'il se propose d'envoyer. Il s'expose ainsi, d'un côté, au risque de n'être pas

faires avec elle.

assuré en totalité, et, de l'autre, aux frais et à la peine que cou-

telles offres? R. J'aurais déclaré à MM. Wilson et compie ne" pouvoir, en conscience, accepter leurs remises. D. N'auriez-vous pas voulu les accepter dans l'intérêt des plan-

lent le recouvrement de la prime, et encore à la perte du timbre et delà commission. Nous avons à recevoir, cette semaine, la valeur de 10 boucauts de sucre, perdus clans l'embarcation d'un de nos amis, pendan t le trajet de la plantation à notre navire le Sandbach. Si le planteur eût mis ses sucres abord d'un bâtiment à l'aventure, il aurait probablement été exposé à perdre ces 10 boucauts, attendu que son chargement se trouvait plus fort qu'il ne s'était attendu à le faire, et, n'ayant pas été couvert par une police générale, il lui aurait fallu donner des ordres pour son assurance. D. Prenez-vous ces risques sur vous, en affrétant un navire,

aussi bien que lorsque vous en expédiez quelqu'un à votre compte ? lî. Oui, lorsque nous affrétons pour la colonie ou en retour. D. Avez-vous quelque moyen de comparer les dépenses d'un navire affrété à celles d'un autre navire vous appartenant? Jï. J'ai reçu ce matin une lettre dont dont voici un extrait : «Le Madras avait été construit à Maryport. Les meilleurs navires construits à Mary port coûtent Zja 5 francs du tonneau, doublés et prêts à mettre en mer, avec un gréement et des rechanges, ainsi que deux jeux complets de voiles. J'en ai en ce moment un de 2 5à tonneaux, prêt à être lancé : c'est un magnifique bâtiment, avec une poupe neuve et une chambre décorée, boisée en acajou; mon intention est de le vendre à raison de 425 francs le tonneau. Le Stirlingshire, qui est maintenant dans le bassin du Prince, sera vendu 376 francs, sans doublure en cuivre et tel qu'il est. Notre bâtiment le Sandbach, de 436 tonneaux, a coûté, mis en mer, 25o,ooo francs, c'est-à-dire plus de 55o francs le tonneau. Le M'Invoy coûte environ le même prix. Le Parker, quia été le dernier construit, est revenu, mis en mer, à 5i8 fr. 75 cent. » D. La différence consiste dans la supériorité des matériaux de construction, et non clans la différence du tonnage? 11. Il y a bien une différence sous ce dernier rapport, mais il y en a une bien plus grande quant à l'excellence de la construction et des matériaux. D. Considérez-vous que les avantages stipulés par vous, dans vos arrangements avec les planteurs, ne fassent que compenser ce que vous leur offrez de supérieur dans vos navires, et couvrir les risques que vous courez dans vos transactions avec les Indes occidentales?

n.

Oui. D. Allouez-vous aux planteurs, pour le comptant, le même escompte que vous recevez vous-même en achetant leurs approvisionnements ? R. Nous accordons du crédit aux planteurs quand ils sont endettés, et les marchands qui payent comptant obtiennent une remise; dans le cas contraire, il leur est aussi donné du temps. D. Le planteur qui pourrait payer comptant jouirait-il, sous ce rapport, des mêmes avantages que le négociant? R. Sans doute, et, pour preuve, je puis citer l'exemple d'un planteur établi dans un des comtés d'Angleterre; il était, sans engagements vis à-vis de nous, et nous avait donné ses ordres pour une machine à vapeur et un moulin. Quand le tout fut prêt à embarquer, nous l'en informâmes en lui disant que les conditions du fabricant étaient : six mois de ternie ou 5 p. 0/0 d'es-

D. En supposant que vous eussiez entretenu des relations avec cette maison, qu'elle vous eût offert des marchandises aux conditions de trois mois, avec règlement en un billet sur Liverpool, à six mois, moins 5 p. 0/0 d'escompte et une remise sur tous les articles variant de 12 1/2 à 35 p. 0/0, eussiez-vous accepté de

teurs? R. J'aurais invité MM. Wilson et compie à envoyer leurs factures conformes au tarif que j'ai cité; puis j'aurais expédié les articles, en accordant le crédit ordinaire que font les fournisseurs du même genre ? D. Les planteurs ne vous payent-ils pas 10 p. 0/0 pour leurs approvisionnements ? R. L'intérêt qu'ils ont payer aujourd'hui n'est que de 6 p. 0/0. D. Auraient-ils donc à joindre à cet intérêt 10 p. 0/0 sur le montant de leurs fournitures? R. Non; les planteurs chargés d'hypothèques ne font jamais qu user de leur crédit. N'ayant pas d'argent, ils ne peuvent se faire accorder de remise. Ils obtiennent le crédit; nous, nous obtenons le bénéfice de l'escompte en payant comptant, et c'est seulement lorsque le crédit est expiré que nous commençons à faire payer l'intérêt aux planteurs. D. Votre maison est-elle établie depuis longtemps? R. Depuis plus de trente ans. /). Dans le courant de votre carrière commerciale, avez-vous jamais obtenu une remise de 35 p. 0/0 sur le prix des marchandises, et fait payer, à vos correspondants, le prix total? R. Jamais. D. Savez-vous si quelque autre marchand a pu faire une telle transaction ? R. Je n'en ai rien su. D. Une telle conduite ne serait-elle pas blâmable? R. Elle serait d'une grande indélicatesse. D. Vos conventions avec les débiteurs qui vous ont consenti des hypothèques, contiennent-elles quelque chose relativement à l'époque de votre remboursement? R. Oui, toujours. D. Cette époque est-elle généralement observée? R. Je regrette de dire qu'il en est rarement ainsi. D. En pareil cas, faites-vous exproprier vos débiteurs?

R. Je ne me rappelle pas que nous l'ayons jamais fait. D. Etes-vous souvent en avance au delà de vos conventions? R. Oui, et pour des sommes considérables.

D. N'est-ce pas l'inconvénient qu'il y a à prêter des fonds dans les Indes occidentales? R. Oui ; le bénéfice des commissions diminue en proportion des avances qu'il faut faire. D. Ainsi, dans plusieurs circonstances, vous avez fait des avances au delà de ce dont vous étiez convenu par contrat? R. Quelquefois de près du double. D. Qu'est-ce qu'on appelle le taux colonial du fret? R. C'est, je crois, le résultat d'une convention faite entre les colons de Demerara; cependant je n'en ai aucune certitude. D. Quel est aujourd'hui le taux du fret de Demerara ? R. Il est de fi fr. 20 cent, pour les planteurs obérés. ]). Le taux colonial est ainsi fixé à 6 fr. 2,5 cent. ? R. Oui. 3I


478

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE. re

D. Si des maisons respectables changeaient le taux du fret, ne serait-ce pas bientôt une règle générale pour toutes les autres? R. Je le crois, si la réduction était faite par une certaine quan-

jours convint-on pour compléter le chargement et le rendre à

tité de personnes.

ment peu, car d'ordinaire on en donne 4o, 5o et jusqu'à 60.

D. Lorsqu'un négociant fait une convention avec son correspondant pour le fret, au taux de la colonie, s'il arrivait, par

charger dans ce délai ou de payer un retard pour n'avoir pas pu

quelque événement, que le cours général s'élevât, pourrait-il changer tout à coup son prix avant de s'être mis d'accord avec le planteur? R. Non, sans doute.

Liverpool ? R. On n'accorda que 28 jours pour charger, et c'est extrême-

D. Votre maison de Demerara prit-elle la responsabilité de compléter la cargaison ? R. Oui, et elle n'avait pour garantie que son influence, ses relations étendues, et, par suite, la facilité d'avoir des marchandises, car les 22 5 francs par jour de retard étaient un prix ex-

D. Voulez-vous dire qu'en temps de guerre, ou par toute autre cause qui produirait une élévation dans le taux du fret, le contrat

traordinairement lourd et le délai bien rapproché.

consenti par le marchand l'empêcherait de hausser son prix? R. Je ne pense pas que nous puissions changer les prix sans en avoir bien prévenu nos correspondants.

devait-on payer le fret ?

D. Vous avez dil que les bâtiments faisant le commerce régulier des colonies étaient supérieurs aux autres, et aussi qu'ayant

reçu ?

des équipages plus nombreux leurs dépenses de navigation étaient

D. Le correspondant qui, dans cette circonstance, avait à vous payer 6 fr. 25 cent, jouissait-il de l'avantage de recevoir du

plus fortes ? R. Oui. D. Le planteur, peut-il à sa convenance, en raison de ce qu'il prolite de navires réguliers, expédier ses produits suivant l'état de sa récolte ? R. Oui. D. S'il ne pouvait compter que sur des navires à l'aventure, aurait-il la même facilité ? R. Non, certainement. D. N'est-ce pas un motif déterminant pour l'engager à supporter parfois une légère augmentation de prix, plutôt que de s'en lier à des navires à l'aventure? R. Je le crois, et, à l'appui de ma manière de voir, j'ai à dire que, depuis bien des années, quelques-uns de nos correspondants, n'ayant aucun engagement, n'ont jamais cessé de nous donner leurs chargements aux conditions citées. D. N'est-ce pas parce qu'ils y trouvent une plus grande facilité, et en raison de ce que le voyage s'accomplit plus rapidement? R. Oui, et c'est, selon moi, la plus grande preuve de l'intérêt que l'on attache à la régularité et à la prompte expédition des navires. D. Les planteurs sont ainsi à même de faire leurs expéditions au moment qui leur est le plus favorable? R. Oui, et aussi de recevoir leurs approvisionnements aux époques où ils en ont le plus besoin. D. Un planteur des Indes occidentales, sans dettes, pourraitil faire avantageusement des arrangements pour profiter des navires qui se présentent occasionnellement, plutôt qu'un autre planteur de la colonie en général ? R. Je ne le pense pas, à moins que ce ne soit par un bon marché qui n'est souvent que nominal. D. Le navire la Zoé ne fut-il pas frété par une maison de Demerara de votre connaissance ? R. Oui. D. Les transactions de votre maison de Demerara sont-elles, sous quelque rapport, indépendantes de la maison de Liverpool ? R. Aucunement. D. On a prétendu que ce bâtiment avait été chargé de sucre au prix de 3 fr. /|o cent. ? R. Cela est vrai. D. Avait-on rempli les connaissements à raison de 6 fr. 9.5 cent. ? R. Je crois que oui, pour la plupart. Il me semble aussi que la cargaison provenait, en grande partie, do nos propriétés. D. Lorsque le navire fut loué à Demerara, de combien de

]). Combien de temps après l'arrivée du navire à Liverpool R. Un mois après que le déchargement aurait été effectué. D. Quel crédit accordiez-vous à votre correspondant sur le fret R. 3 mois, à dater de l'arrivée.

charbon par un autre transport sans avoir de fret à payer? R. Oui. D. Comment ce charbon fut-il envoyé ? R. En muids et par nos propres navires. D. En prenant la Zoë, fîtes-vous dans cette circonstance une opération commerciale, en profitant de votre influence dans l'île pour réaliser un bénéfice qui eût échappé à une maison moins répandue ? R. Sans doute. D. Pensez-vous que la Zoé , chargeant à 3 fr. l\o cent., aurait pu continuer a commercer dans les Indes occidentales aux mômes conditions sans éprouver de perte ? R. Dès que son propriétaire eut reçu du capitaine copie de la charte, il vint se plaindre à nous du taux ruineux auquel on avait traité pour lui. D. Ce navire fait-il régulièrement les voyages de Demerara? R. Non, il n'y venait qu'accidentellement, et principalement avec un lest de sable. 1). N'ayant pas de relations établies, il fallait donc qu'il acceptât le fret à des conditions qu'un autre navire, naviguant régulièrement dans ces parages, n'aurait pas voulu accepter? R. Certainement. D. Lorsqu on expédie des approvisionnements aux Indes occidentales, si l'on accorde une forte remise au négociant, ne faut-il pas que le fournisseur augmente ses prix? R. Cela aurait lieu, si l'on agissait ainsi. Je tiens de M. Sandbach qu'une fois on lui offrit de lui faire la remise qu'il voudrait, pourvu qu'il fit connaître à temps le taux auquel il la demandait. En pareil cas le fournisseur aurait expédié les articles à un prix fictif pour couvrir la remise. Je n'ai pas besoin d'ajouter que M. Sandbach refusa de traiter avec une personne disposée à agir ainsi. D. Les planteurs ont-ils l'habitude d'examiner les approvisionnements qu'ils reçoivent, et, s'ils découvraient une différence de prix entre leurs factures et celles de leurs voisins, ne serait-ce pas un reproche grave à faire à la maison qui aurait sanctionné un tel acte? R. C'est ma pensée. 1). Une semblable opération pourrait-elle se faire sans être connue? R. Je ne le crois pas. D. Profitez-vous de quelque autre remise que de la différence entre les prix au comptant ou à terme ? R. Nous gagnons quelquefois un mois ou deux d'intérêt lorsque nous envoyons des marchandises en janvier, février ou mars, et


ENQUETES PARLEMENTAIRES. - 2 ENQUÊTE. — 1832.

479

e

que nos correspondants ne demandent pas à régler leurs comptes avant la moitié de l'année. D. Connaît-on deux prix différents pour les approvisionnements ? R. Non pas dans notre genre de commerce. D. Savez-vous personnellement ou avez-vous entendu dire que de tels prix aient été exigés par quelque maison respectable de

90

liv. sterl. : combien, dans ce cas, feriez-vous payer cet article

à un planteur ? R. Je le débiterais de 100 liv. sterl. payables à 12 mois. D. L'intérêt de 90 liv. sterl. étant de 5 liv. sterl. 8 schell., pour ne lui réclamer que 6 p. 0/0 d'intérêt sur vos avances, vous ne devriez lui faire payer que g5 liv. sterl. 8 schell., au lieu de

bien, se rattache au prix et aux frais élevés dont il a été parlé

liv. sterl. ? R. Sans doute, mais je n'ai jamais fait la convention de fournir des fonds indépendamment de mes avances, moyennant un simple

dans les précédentes questions.

intérêt. Il pourrait arriver que je n'eusse pas moi-même l'avan-

R. Je n'ai entendu parler qu'une fois de frais plus élevés que ceux que nous prélevons nous-mêmes,

tage dont j'ai parlé.

Liverpool ou d'une autre place ? Celte question, comprenez-le

D. Quelques manufacturiers, à ce qu'il semble, offrent aux négociants une forte remise en portant eux-mêmes un prix plus élevé sur leurs factures. Les négociants portent-ils en compte le prix réel ou le prix nominal, ou tous les deux; en pareil cas, ces prix sont-ils connus des intéressés? R. J'ai entendu quelques rumeurs dans ce sens lors de la circonstance que j'ai relatée. D. Croyez-vous que cela se fasse ainsi ? R. Je pense que cela a eu lieu quelquefois. D. Voulez-vous dire que, durant tout le temps que vous avez commercé à Liverpool, vous n'avez entendu parler d'aucune affaire semblable ? R. Je crois devoir, par des motifs de délicatesse, me dispenser de répondre. D. Dans vos expéditions faites par le Madras ou la Zoé, le fret des marchandises au départ était-il gratuit pour le planteur ? il. Le charbon partait franco. Lorsque les planteurs n'en demandent pas on le remplace par d'autres articles. D. A combien estimez-vous l'importance du fret dont on fait remise au planteur?

100

D. Le propriétaire d'un navire à l'aventure n'est-il pas responsable du dommage qu'une cargaison peut avoir éprouvée par suite de négligence? R. Je dirai à celle occasion que, dans le cas de la Zoé, dont le chargement était fort endommagé, nous fîmes une réclamation dont la plus grande partie nous fut disputée. On en vint à un arbitrage, et le jugement nous réduisit d'une somme considérable, qui diminua d'autant le bénéfice de la charte partie, et que nous n'avons pas réclamée au planteur. D. En général donc le dommage causé par défaut de soins peut donner lieu à un procès ou bien à un arbitrage, si l'on n'en obtient pas l'équivalent de gré à gré ? R. Oui. D. Vos propres navires ne sont-ils pas construits de telle manière qu'ils peuvent contenir, relativement à leur tonnage, une cargaison plus forte que d'autres ? R. Nous les faisons construire plutôt pour la marche que pour les charger beaucoup ; mais on a soin de calculer leurs dimensions de manière à pouvoir arrimer convenablement les boucauts de sucre. D. Lorsque vous faites un bon marché pour le fret, comme par exemple dans le cas de la Zoé, informez-vous vos correspondants de ce que vous avez gagné par la différence de 3 fr.

R. Je l'évaluerais à 60 ou 70 centimes par quintal en réduction sur le fret de ses sucres. Il reviendrait donc au même que nous prissions ces sucres à 5 fr. 60 cent., sans envoyer de charbon, au lieu de 6 fr. 2b cent.

4o cent, à 6 fr. a5 cent? R. Je suppose qu'ils ne l'ignorent pas.— J'ai d'ailleurs expliqué que celle différence n'est pas tout profit.

D. Ne pensez -vous pas que la plus grande partie des embarras des planteurs proviennent de ce que, n'ayant pas de capitaux, ils

de vos transactions ?

ne peuvent se soutenir qu'au moyen d'emprunts? R. Oui, certainement. I). Ne serait-ce pas pour eux un immense avantage d'avoir une avance de fonds pour faire eux-mêmes leurs propres arrangements ? R. Sans doute ils en retireraient un bénéfice. D. Ne trouveraient-ils pas un soulagement réel si le Gouvernement de la métropole consentait à leur faire des avances de cette nature ? R. Cette mesure serait très-efficace, d'autant plus qu'elle rétablirait la confiance qui n'a jamais été aussi faible qu'aujourd'hui. D. Le manque de confiance qu'on leur témoigne est sans doute une des principales difficultés qui pèsent sur les planteurs ? R. Oui, c'est une des plus grandes. D. Veuillez expliquer plus en délail la transaction dans laquelle, avez-vous dit, on accorde à 6 mois 5 p. 0/0 d'escompte; à g mois p. 0/0 et à 12 mois 10 p. 0/0. Cela signifie-t-il que, si vous achetiez des marchandises pour lesquelles on donne ordinairement 12 mois de terme, on vous ferait une remise de 10 p. 0/0 pour 7 1/2

le payement comptant ? R. Oui. D. Ainsi, par exemple, pour un article de 100 liv. sterl. à 12 mois de terme, vous n'auriez à débourser, au comptant, que

/). Avez-vous l'habitude de leur faire connaître les bénéfices R. A mon avis, on n'ignore rien à ce sujet dans la colonie. D. Ce n'est pas par vous qu'ils sont instruits ? R. Non pas directement, mais il n'y a pas à douler qu'ils en aient connaissance. Ils savent que nous ne payerions pas un prixplus élevé à des navires de passage, sans la condition d'un retour en charbons. D. Votre coutume est-elle de faire peser un fret sur les charbons que vous expédiez ? R. Cela n'arrive pas toujours, cependant nous l'avons fait. D. Quelle est l'habitude la plus commune ? R. C'est de ne pas exiger un fret sur le charbon. D. Faisiez-vous payer ce fret à la maison qui avait envoyé ses sucres par la Zoé? R. Non. D. Quel est le nom de ce planteur ? R. Ils étaient plusieurs. D. Tous recevaient-ils de vous leur charbon sans frais de transport ? R. Oui, nous le leur rendions franco. D. Il nous a été dit que si un marchand des Indes occidentales vend des sucres importés à un épicier, et a besoin d'argent pour leur prix et les droits d'entrée, il peut remettre un mandat a la banque, qui 1 escompte a t\ p. 0/0; de sorte qu'il profite de 1 p. 0/0, qu autrement il aurait déduit au planteur. Comment expliquez-vous celte opération ? R. Dans mou opinion, le planteur n'a rien à voir à cela. Si le

3i.


480

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES.- PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

marchand a du crédit à la banque, elle lui prend son papier à k p. o/o; mais, dans le cas contraire, elle ne le lui prendrait à

R. On stipule presque toujours un délai. Nous affrétons si peu de navires que je ne me rappelle pas avoir eu deux fois des

aucune condition.

rapports de ce genre avec la même personne.

D. La même personne a déclaré qu'en expédiant des marchandises pour l'approvisionnement des plantations, 1/2 p. 0/0 est une commission suffisante pour la peine à prendre, mais que le montant de l'envoi est porté de suite au débit du planteur, tandis que les fournisseurs de vêlements, les manufacturiers et autres marchands de divers articles ne remettent leurs factures qu'au bout d'un an, au moins, en sorte que l'expéditeur profite de

D. Quel est le nombre ordinaire de jours accordés? R. De ko à 5o. D. Est-ce le nombre ordinaire des jours de délai pour la colonie ? R. Oui. D. Combien en accorde-t-on pour le déchargement d'une car-

toute cette année d'intérêts. Comment expliquez-vous cela P

gaison ?

il. Le vendeur envoie souvent son compte avant que le bâtiment chargé de marchandises ne mette à la voile, et souvent

R. Je ne sache pas que, dans nos chartes parties, il y ait jamais eu de stipulations concernant le déchargement.

même se trouve payé précédemment à son départ. L'expédition se fait de la manière que j'ai dite. Je ne connais pas de transac-

D. Est-il loyal, dans le commerce des Indes occidentales, que les négociants achètent des articles à un haut prix, de manière à se procurer une remise plus forte que celle dont il a été parlé,

tion semblable à celle dont il a été parlé. D. Quel est le crédit que le marchand d'habillements accorde

c'est-à-dire au plus 10 p. 0/0? R. Non , sans doute, cela ne serait pas loyal.

d'ordinaire ? R. 5 p. 0/0 ou 6 mois de crédit. D. Le négociant ne tire-t-il en effet aucun bénéfice d'une

I). Vous avez dit avoir entendu parler d'une circonstance dans laquelle il était question d'une remise plus forte ; ce fait a-t-il été vérifié ?

telle transaction ? fi. Non, excepté celui de l'emploi de son capital, lorsqu'il en

R. Oui, je le crois. D. Le résultat de l'information procura-t-il au planteur une

a un. D. A quelle époque le prix du fret fut-il fixé à 6 fr. 25 cent. ?

réduction d'escompte ?

R. J'ai entendu dire que c'était en 1819; mais je n'en ai pas

R. J'ai entendu seulement raconter cette circonstance ; 011 m'a dit, en outre , que, par suite d'un arrangement, une restitu-

la certitude.

tion avait été faite. D. Est-il à votre connaissance que ce taux ait jamais été plus élevé ? R. Cela n'est pas arrivé depuis que je suis dans les affaires; mais, durant la guerre, il a monté plus haut. D. Est-il ordinaire, en affrétant des navires pour Demerara, de stipuler le nombre de jours pour le chargement, ou bien convient-on que, s'il est effectué avant le 1" août, il ne sera rien prélevé pour le retard ? R. Je ne sais ce qui se passe dans les îles ; mais , à Demerara, on stipule souvent le temps du séjour.

D. C'est, selon vous, une chose inaccoutumée? R. Je l'espère ainsi. D. Quelle était à ce sujet l'opinion des négociants respectables de Liverpool ? R. Je crois que la circonstance en question n'a été connue que de fort peu d'entre eux, et, par cette raison, je n'ai pas eu occasion de savoir ce qu'on en pouvait penser. D. Quelle était votre opinion lorsque ce bruit circula ? R. J ai déjà dit que cette pratique ne me paraissait pas loyale.

]). Cette stipulation se fait-elle fréquemment?

D. Qu'en pensaient vos associés?

R. Oui, le plus ordinairement.

R. Ils partageaient tout à fait ma manière de voir.

D. Les maisons qui sont dans l'habitude de vous fournir des navires à l'affrètement stipulent-elles en général des jours de délai,

/). Les achats d approvisionnements faits par les négociants de la métropole se font-ils exclusivement par leur crédit et non

ou cela n'arrive-t-il qu'avec les armateurs qui ne vous en four-

par celui des planteurs?

nissent qu'accidentellement ?

fi. Ils 11e S'e font que par le seul crédit des négociants.

N° 129. INTERROGATOIRE DE M. EVANSON ALCHORNE. ï~1 lévrier 1832. IJ. Avez-vous habité longtemps le Brésil? R. Près de 5 ans. D. En quelle qualité? fi. Comme négociant dans les premiers temps. D. Dans quelle partie du Brésil? fi. A Bahia. D. Avez-vous eu beaucoup de rapports avec l'intérieur? fi. Oui, des rapports assez multipliés et assez fréquents. V. Connaissez vous la méthode de culture et les dépenses qu'elle occasionne ?

fi. Seulement comme amateur, mais non pas parfaitement, ■l'ai visité à diverses fois l'intérieur du pays. D. Avez-vous pris note des frais de culture du sucre? fi. Voici un calcul qui, selon moi, établit assez exactement les dépenses d'une plantation. D. Sur quoi

reposent les renseignements que vous four-

nissez ? fi. Sur l'observation et sur des notes que je possède. D. Vous avez pris pour exemple une plantation de 200 esclaves, évalués, terme moyen , à 400 mille reis ? fi. Oui.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES

2 ENQUÊTE.— 1832. e

REPORT

Aperçu de la valeur d'une plantation à sucre en bon état, et peuplée

sommes ci-dessus payées en monnaie de cuivre, à 30 p. 0/0

de 200 esclaves. reis

200 esclaves au prix chacun de 400 reis... 80,000 000 30 9,000 000 300 bœufs 30 6,000 000 200 chevaux Valeur des différents bâtiments pour le moulin, les chaudières, le séchoir, les magasins et

liv.sterl.

1,125 750

30,000 000 20,000 000

3,750 2,500

compris les claies, portes, séparations, etc. Maison d'habitation, chapelle, logements des noirs et des gens libres Charrettes, harnais, grandes et petites barques, matériel des ateliers de charpentier, de serrurerie, d'armes, de munitions et de pesage

5,000 000

625

15,000 000

1,875

23,270 000

2,908 17

»

3,990 000

498 15

n

000

163 17

6

000

375

u

n

37 10

n

Commission de l'agent sur la vente de 300 caisses de sucre montant à 29,700 000 Commission sur les payements 14,000 000

10,000

les ustensiles, etc Terres plantées de cannes Autres terrains en pâturages, bois, etc., y

481

3 p. 0/0 sur reis 43,700 000 1,311 Habitation et dépenses personnelles du planteur 3,000 Agio sur 1,000 000 reis, proportion de la précédente somme payée en monnaie de cuivre, à 30 p. 0/0 300 Intérêt légal, à 6 p. 0/0, sur le capital em10,200 ployé, montant à 170,000 reis

000 000

42,071 000 5,000 000

625

170,000 000

21,250

1,275

//

a

5,258 17

6

PRODUIT. reis.

liv. sterl.

Vente de 150 caisses sucre blanc terré, au poids moyeu de 55 arrobes de 32 reis, Note des sommes payées en monnaie courante de cuivre, et comprises dans le compte général. reis.

Entretipn et habillement des esclaves. Dépenses des bœufs des chevaux Portion des frais pour caisses et clous Bois brûler, huile, peinture, briques, etc Moitié d'évaluation pour détérioration des barques, instruments de cuivre, etc Salaire du surveillant, etc Pour réparation du moulin Frais de médecin et médicaments • de quai et de magasinage

4,000 000 3,000 000

18,150 000 soit 8,250 arrobes à 2,200 reis Vente de 150 caisses de sucre moscouadc, du même poids, soit 8,250 arrobes à 11,550 000 1,400 reis Vente de 200 pipes de mélasses, à 14,000 2,800 000 reis

2,268 15

»

1,443 15

n

//

«

32,500 000

4,062 10

u

1,196

7

6

5,258 17

6

1,400 000 1,500 000 1,000 000 Perte à la fin de l'année

9,571 000

350

500 000 800 000 200 000 300 000

42,071 000

Les calculs donnés plus haut ont élé faits au change de

600 000

3o pence par 1,000 reis. 13,300 000

Trois arrobes 1/2, poids du Brésil, équivalent à un quintal pesant d Angleterre; conséquemmentles prix ci-dessus de 2,200 reis et de 1 ,400 reis l'arrobe sont les mêmes que

Note des dépenses et du produit d'une plantation à sucre en bon

2^' 10° par quintal pour le sucre blanc, pour le sucre moscouade. idem et 15 3o

état, située à Bahia. f liv. sterl.

reis.

Entretien et habillement de 200 esclaves a 26 reis chacun par an

5,200 000

Remplacement des esclaves, calculé à 6 p. 0/0 de perte, c'est-à-dire pour le prix 4,800 000 de 12 esclaves à 400 reis 3,000 000 Prix de 100 bœufs à 30 reis —— de 40 chevaux à 35 1,400 000 Planches pour les caisses à sucre, clous et 2,000 000 crampons en fer Combustible, huile, peinture, briques, tuiles et salaire des gens libres, tels que 1,000 000 maçons, charpentiers, etc Évaluation de la détérioration des barques, cuivres, chaudières et matériel de la su1,000 000 crerie

650

n

/). Dans quelle intention êtes-vous allé au Brésil ? /{. J'y suis allé pour voir quelques riches planteurs de nies

n

amis, .l'ai séjourné chez eux pendant deux mois de suite. /). Vos amis sont-ils Brésiliens ? R. Oui, de la province de Bahia.

600 375 175

«

u

n n

ii ii

250

ii

n

D. Vous êtes-vous occupé vous-même dos informations que vous avez recueillies ?

D. Vous ont-elles été fournies par les propriétaires ? 125

u

n

125

h

n

100 25

n n

n n

37 17

n

800 000 200 000

Pour soins du médecin et médicaments... Dixième sur 29,700 000, reis montant de

300 000

la vente de 300 caisses de sucre Frais de quai et de magasin à 2,000 reis par caisse Agio sur 13,300 000 reis, proporlion des

2,970 000

371

u

ii

600 000

75

n

2,908 17

u

REPORTER

R. Non ; mais j'ai su le prix des chevaux et des bœufs en voyant faire des achats. Celui des esclaves est général pour la colonie. D. Avez-vous fait vos calculs au Brésil même, et ont-ils élé

Salaire du surveillant, des commis, etc... Pour réparations du moulin

A

R. Oui; mais par pure curiosité.

soumis à quelques planteurs pour en vérifier l'exactitude? R. Je n'ai jamais rien écrit au Brésil, et c'est d'après le désir de lord Sandon que j'ai réuni mes notes. Peut-être même ne sontelles pas exactes, car je ne suis pas planteur; cependant on peut, je crois, s'en rapporter au résultat qu'elles donnent.

23,270 000

D. Il doit arriver qu'une personne qui ne se livre pas à la culture du sucre, et qui ne soumet pas à des hommes experts les renseignements qu'elle recueille, tombe dans quelques erreursP R. S il s en trouve quelqu'une qu'on veuille me signaler, je produirai les matériaux dont je me suis servi.

' Le reis vaut environ deux tiers de centime

31..


482

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

D. Vos calculs ne s'appliquent pas à une plantation à vous connue, et ne peuvent être considérés que comme résultat de vos observations ? R. Cela est vrai. D. Vous avez compris dans votre compte l'intérêt des capitaux employés et toutes les dépesnes supposées de l'année ? R. Oui. D. En admettant l'intérêt des capitaux, vous trouvez qu'il y a une perte à peu près égale à la somme qu'il représente? R. Oui. D. Avez-vous jamais dirigé une plantation ? R. Non. D. Ainsi vous n'avez pu faire que des évaluations approximatives ? R. J'en conviens. D. Quelles ont été vos occupations au Brésil ? R. Je me suis d'abord occupé de commerce avec le consul portugais, et ensuile de la liquidation de notre société. D. Pouvez-vous, avec connaissance de cause, indiquer quels sont les articles exacts de voire relevé ? R. Je ne puis que garantir le résultat général. D. Ces articles n'ont pas été copiés sur les livres de quelque plantation existante? R. Non. D. Vous avez beaucoup voyagé clans l'intérieur du Brésil ? R. J'y ai fait plusieurs excursions. D. Avez-vous remarqué avec soin le mode de culture ?

R. Je la fixerais volontiers de 6 à 1 sur une plantation bien conduite. D. Pourquoi cette grande différence? R. C'est parce qu'autrefois les planteurs considéraient la faculté qu'ont les hommes de supporter le travail mieux que les femmes. Dans les derniers temps, au moment où la traite allait cesser, ils ont augmenté le nombre des femmes, parce qu'ils ont senti qu'ils ne devaient compter à l'avenir que sur leurs propres ressources. D. A-t-on en effet au Brésil l'opinion que le travail d'un homme est plus productif que celui d'une femme? R. Oui. D. A combien estime-t-on la quantité de sucre qu'un noir peut produire au Brésil ? R. Elle varie beaucoup selon la manière dont les propriétés sont dirigées : à présent les plantations bien conduites ne réalisent pas plus d'une caisse et demie de sucre par chaque noir. D. Cette quantité est-elle aussi bien de sucre inférieur que de 1" qualité? /{. Ce peut être la moyenne sur les deux qualités par portion égale. D. Que peut contenir une caisse ? R. De 5o à 55 arrobes de 3 et 1/2 au quintal. Une arrobe est égale à 32 reis portugaises; j'ai fait mon calcul à raison de 5o arrobes, ce qui revient à 1,500 pesant environ. D. A combien de propriétés la moyenne que vous donnez peutelle s'appliquer? R. Jenecrois pas que la moitié d'entre elles la présentent aussi favorable. D. Sur quel nombre de plantations avez - vous basé celte

R. Je le crois.

moyenne ?

D. Quand êtes-vous parti pour revenir en Europe? R. Au mois d'avril dernier.

R. Sur 3o, peut-être; quelques-unes, il est vrai, ne la donneraient pas ; mais, sur les autres, on recueille jusqu'à une caisse

D. S'est-il fait récemment des importations d'esclaves au

et demie de a3 quintaux.

Brésil ? R. Il me semble que les dernières datent de deux ou trois mois après l'expiration de la licence. D. A quelle époque a cessé la licence ? R. Si je ne me trompe, c'est à la lin de 1830. Z). Avez-vous été témoin de plusieurs arrivages de noirs à la fin de 1830 ? R. Oui, d'un certain nombre à Bahia. D. N'y en a-t-il pas eu beaucoup aussi à Bio ? R. Je ne saurais le dire. D. Pourriez-vousdire quel était le prix d'un esclave? R. C'était d'ordinaire environ 4oo mille reis, c'est-à-dire, d'après le cours actuel, de 1,250 à 1,275 francs. D. Combien valaient-ils à votre départ ? R. A peu près autant. Le prix a varié en reis, mais la différence du change le laisse presque le même en livres sterling. D. Vous a-t-il paru que, dans les importations, les femmes fussent en moindre proportion que les hommes? R. Oui; mais pendant les derniers mois il a été introduit Beaucoup plus de femmes qu'auparavant. D. Les femmes étaient-elles plus jeunes que les bommes? R. Elles devaient être à peu près du même âge.

1). Antérieurement, et lorsque la traite se faisait chaque jour, les bommes n'étaient-ils pas en général d'un âge fait, et les femmes très-jeunes ? R. Je n ai pas fait cette remarque quant aux femmes; mais je sais qu 011 amenait beaucoup plus d'hommes faits. D. Avez-vous fait attention a la proportion entre les bommes et les femmes sur les plantations que vous avez visitées dans l'intérieur? R. Sur quelques-unes les bommes étaient en majorité. 0. Pourriez-vous déterminer cette proportion?

D. Ce résultat est-t-il celui qu'on obtient dans les terres nouvelles ? R. Non, il ne s'agit ici que d'anciennes propriétés. D. Les anciennes plantations sont-elles mieux gouvernées que les autres? R. Toutes celles qui se trouvent dans le voisinage des commun icalions par eau ont été plantées depuis déjà plusieurs années. Je n'en ai visité aucune qui soit siluée très-avant dans l'intérieur. ]). Sans doute que la majeure partie des planlations bien dirigées sont entre les mains de gens riches cl expérimentés? II. Je leur accorde 1 expérience, mais je ne voudrais pas garantir qu'ils eussent d'autre fortune que leurs plantations. D. Quel produit donnent communément les propriétés qui rendent le moins? R. Cela est. fort incertain ; j'en connais quelques-unes qui ne produisent pas plus d'une demi-caisse par noir, d'autres une seule caisse. /). Quelle est la production moyenne dans le district de Bahia? R. Je 1 ignore. La récolte entière de Bahia, en sucre, pour une année, est d'environ 65,000 caisses. /). L'infériorité de la production de certaines propriétés ne provient-elle pas d'une mauvaise direction? R. C'est, à mon avis, la meilleure raison qu'on puisse en donner. I). La généralité des plantations qui ont la puissance de travail que vous dites ne sont-elles pas en état de produire une caisse et demie par noir? R. Je crois qu'elles peuvent fournir celte quantité. I). Si la population du pays venait à se modifier, qu'il ne restât plus qu'un tiers de travailleurs effectifs sur 100 individus, et que le surplus se composât de vieillards ou d'enfants, la production des propriétés resterait-elle néanmoins la même? /!. Non, certainement.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE.— 1832. e

483

D. Leurs dépenses ne s'accroîtraient-elles pas de l'obligation d'entretenir les vieillards et les enfants?

D. Ne serait-elle pas imputable à la mauvaise qualité du sol?

R. Si la population ne variait pas, les dépenses resteraient les mêmes, seulement le produit du travail serait réduit de beau-

D. En conséquence de 1 abolition de la traite, les planteurs ont-ds fait des achats considérables de femmes pour entretenir

coup.

leur population ?

D. On prend soin, au Brésil, des vieillards et des enfants, n'est-il pas vrai?

R. Non, je ne le crois pas.

R. Les plus judicieux et les plus prudents ont agi ainsi. D. Sur les plantations bien gouvernées, les enfants et les vieillards reçoivent-ils autantqu'il est nécessaire les soins du médecin?

R. Oui. D. Dans quelle proportion estimez-vous que soient les vieillards et les enfants sur les plantations bien dirigées ?

R. Oui, en général.

R. Ces plantations ont fait des achats presque entièrement composés de jeunes esclaves. Je ne saurais fixer cette proportion, toutefois elle est certainement, quant à l'âge, au-dessous de ce

R. 11 y en a plusieurs dans toutes les principales villes ou bourgs

qu'elle était ces dernières années. D. Élèveriez-vous à 6o ou 70 p. 0/0 le nombre des travailleurs effectifs de la population esclave de Bahia ? R. Peut-être à 70 p. 0/0; cependant je n'ai à ce sujet aucune donnée. D. Sous un point de vue plus vaste, et en comprenant dans le nombre des plantations celles où il y a insuffisance de bras, pourriez-vous déterminer une moyenne ? R. Elle serait, sans doute, au-dessous de la précédente, mais je ne saurais dire de combien. D. Avez-vous visité quelque plantation où le nombre des travailleurs soit au-dessous de 5o p. 0/0?

D. Y a-t-il assez de médecins pour traiter les esclaves? des districts. D. Lorsque vous parlez d'une plantation de 200 esclaves, s'agit-il de la population entière ou seulement des travailleurs effectifs? R. 11 s'agit d'esclaves effectifs. D. Si, au lieu d'esclaves effectifs, vous preniez la population entière, la quantité de sucre obtenue par tète serait considérablement diminuée? R. Certainement. D. Le nombre 70, que vous avez cité, indique-t-illes esclaves effectifs ou toute la population ? R. J'ai calculé sur un nombre de 100 individus; et, sur un total de 260, appartenant à la même plantation, on compte 3o vieillards ne pouvant rien faire ou presque rien.

R. Je ne pourrais en citer aucune.

D. N'avez-vous pas reçu dernièrement l'information des mesures prises par la Régence du Brésil, pour faire cesser tout com-

D. Le produit d'une caisse et demie par travailleur effectif

merce de noirs ?

n'est pas le terme moyen de toutes les plantations ? R. Non. D. Sur celles qui sont le moins bien dirigées, d'où provient la diminution de production?

R. J'ai lu cela dans les journaux de Rio-Janeiro, à la date du 2/1 décembre 1831 ; voici en quels termes : « La Régence a publié un décret qui déclaré libres tous les esclaves qui, à l'avenir, seront importés d'Afrique. Les personnes qui asserviraient des individus libres seront passibles des peines contenues dans le

R- Du manque de soins de la part des propriétaires, et quelquefois d'embarras d'argent.

article de la loi criminelle, et celles qui introduiraient des noirs, à une amende de 200 dollars par tête; le Gouvernement

D. Ne résulte-t-elle pas de ce que la force des noirs est; moins

fera ensuite reconduire ces noirs en Afrique. Sera considéré comme ayant importé des esclaves quiconque aura pris une part

grande ?

e

179

d intérêt à ce commerce. »

R. Cela peut être lorsqu'ils sont mal nourris.

N° 130. INTERROGATOIRE DE M. FRÉDÉRIC-JOHN STAHLSCHMIDT. ï8 février 183 2. D. Quelle position avez-vous occupée? r. y ai été géreur à Dcmerara. D. En quelle année êtes-vous passé dans cette colonie? R. En 1818, et j'en suis revenu en janvier 1832. D. Sur quelle propriété étiez-vous géreur ? R. Sur celle de Mary ville, dans l'île de Leguan-Essequibo. D. Quelle était l'importance de sa population ? R. J'y trouvai 192 esclaves en arrivant, et, au 20 octobre 1831, il n' y en avait plus que 182. D. De combien était la production moyenne en sucre? R. En 1829 elle fut de 32 1 boucauts, et en 183o de 362. D. Peut-onconsidérer 3aoboucauts comme une belle moyenne? R. Oui. D. Cette quantité ne représente-t-elle pas à peu près 26 quintaux de sucre par esclave? R. Je le croirais; toutefois, je dois dire que nous ne pesons jamais le sucre. D. Le boucaut n'est-il pas de 16 quintaux ? R. Ce doit être environ son poids.

D. Le sol de la plantation était-il bon ? R. Les terres en étaient excellentes, et presque des meilleures de la colonie. D. Reste-t-il dans la colonie de Dcmerara beaucoup de terres fertiles encore incultes ? R. Oui, de vastes étendues. D. En sorte que, s'il y avait augmentation dans le nombre des travailleurs, les produits en sucre pourraient être bien plus abondants? R. Oui. D. La culture du sucre pourrait-elle être portée au double ou au triple de ce qu'elle est aujourd'hui ? R. Elle pourrait être au moins doublée. D. En l'étendant jusqu'aux terres un peu moins fertiles, 011 arriverait probablement encore à une plus grande production ? R. Sans doute. D. Les plantations de Demerara sont-elles depuis assez longtemps en culture pour que les terres s'en trouvent jusqu'à un certain point épuisées ? R. 11 y en a quelques-unes dans cette position et d'autres qui ont déjà été abandonnées.

3 1...


484

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE. re

D. A quels moyens a-t-on recours pour rendre de la vigueur

R. De 6 heures du matin à 6 heures du soir, avec 2 heure» de repos dans le jour.

aux terres épuisées ? R. A l'inondation.

D. Ne serait-il pas à craindre, si le travail à la tâche devenait général, qu'en le leur voyant finir à 3 heures, on ne s'arrangeât

D. Combien de temps les laisse-t-on submergées? R. Pendant deux et quelquefois trois ans.

pour qu'ils ne pussent l'achever qu'à 6 heures?

D. Les terres produisent-elles longtemps après avoir été inon-

R. Cela pourrait arriver.

dées?

D. Etes-vous certain que le travail imposé aux esclaves soit,

R. Pendant peut-être 20 ou 3o ans, en leur fournissant de

relativement à leurs forces, tout ce qu'ils peuvent faire?

l'engrais de temps en temps.

R. Oui.

D. Toutes les plantations sont-elles susceptibles d'être inon-

D. Croyez-vous que, si vous exigiez d'eux plus de travail,ilserait possible de les conserver en santé et dans une bonne con-

dées ? R. Presque toutes.

dition ?

D. Le café croît-il sur les terres de même qualité, c'est-à-dire sur les terres basses et susceptibles d'être inondées au besoin?

R. Non. I). Ainsi

R. Oui.

vous êtes d'avis qu'ils ne peuvent faire davan-

tage ?

D. Y a-t-il un grand nombre des plantations à sucre d'aujourd'hui qui aient été autrefois cultivées en coton ou en café?

R. Oui, et, d'ailleurs, il leur reste un peu de temps à employer pour eux-mêmes.

R. Oui, la plupart.

D. Les esclaves employés à la tâche sont-ils plus gais et plus

D. A quel prix se vendait dans ces derniers temps un esclave Demerara ? à R. On a fait une vente récente sur la plantation Orange-Nassau, à l'est de Demerara, au prix de 760 guilders.

heureux que ceux qui travaillent à la journée? R. Beaucoup plus; j'ai toujours remarqué ce résultat, nonseulement sur la propriété que je dirigeais, mais sur celles où l'on avait adopté ce système.

D. A combien est à présent le change entre l'Angleterre et Demerara ?

D. Voyez-vous pour quelle raison on ne l'appliquerait pas dans les Indes occidentales, partout où les esclaves sont utilisés pour

R. Il était, lorsque j'ai quitté la colonie, do 16 guilders 10 stivers pour une livre sterling.

la culture ? R. Non , je ne le conçois pas.

D. Vous rappelez - vous quelles ont été les variations du prix

D. Êtes-vous d'avis que l'on ait obtenu, par la tâche, tout le travail dont les esclaves étaient capables, ou que, d'après la modification des lois de la colonie, leur travail ait diminué partout

des esclaves? R. En 1822 et 1823 il y eut une grande commotion dans les colonies à esclaves ; on paya alors depuis 3,5oo jusqu'à 4,000 guil-

où l'on a adopté ce système?

ders ceux de première qualité.

R. Non, tout au contraire; nous obtenons d'ordinaire plus de travail par la tâche qu'à la journée.

D. Quelle fut la cause de cette élévation de prix? R. Ce fut une spéculation d'un certain capitaine Craig. D. Do quelle nature était cette spéculation?

D. Dans le système à la lâche, les esclaves qui commencent à 6 heures et demie le malin et finissent à 3 heures, se reposent-

R. Il voulait acheter un certain nombre de propriétés. D. Sur la plantation que vous dirigiez, comment disposiezvous le travail de votre monde ; se faisait-il à la tâche ou à la

ils deux heures pendant cet intervalle? R. Non, ils ne se reposent qu'après avoir fini. D. Ont-ils le choix d'agir ainsi?

journée?

R. Oui, parfaitement.

R. A la tâche.

D. Le travail à la tâche ne peut probablement s'appliquer qu'à la culture des champs ?

D. Quelle était la tâche imposée à chaque esclave? R. Pour sarcler et répandre le fumier, go rods ; pour relever les terres en talus, 36 rods; les tranchées se font, à 2 et 3 pieds, mais, pour faire une nouvelle tranchée de 2 pieds de large, on

R. Oui, pour la plus grande partie, cependant on l'étend également à la fabrication. D. Avec ce système peut-on employer les esclaves à toute es-

peut en général fixer 20 rods. D. Vous faisiez sans doute quelque différence suivant le degré

pèce d'occupation dans les champs?

de force et l'état des noirs ?

R. Oui.

R. Oui, ce dont je parle ne concerne que les esclaves effectifs. D. Pour la tâche, à quelle heure commençaient et à quelle

D. Y sont-ils occupés très-efficacement ? R. Pas en général.

heure finissaient les travaux? R. Souvent ils ne commençaient pas avant 6 heures et demie ou 7 heures, et avaient toujours fini de 3 heures à 3 heures et demie. D. Quelles sont les heures du travail à la journée ?

I). Applique-t-on la tâche à quelque partie delà fabrication? R. Oui. Quand le combustible est bon, on peut assigner une certaine quantité de sucre à fabriquer par jour, et ensuite l'esclave devient maître de son temps.

N° 131. INTERROGATOIRE DE M. ALEXANDER MANSON. ■x mars D. N êtes-vous pas marchand à Liverpool ? R. Je possède un établissement à Rio, mais je suis maintenant fixé à Liverpool. D. Avez-vous été au Brésil? R. Oui. I). Quand en êtes-vous revenu ?

1

832.

R. En août 1830. Je n'ai jamais été ailleurs qu'à Rio-Janeiro, où j'ai résidé dix-sept ou dix-huit ans. Mon témoignage se bornera à cette capitainerie et aux capitaineries voisines. D. Durant votre séjour, faisait-on le commerce de la traite? R■ Oui, et avec une certaine extension, jusqu'au mois de mars 1830.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

D. Les dernières importations ont-elles été plus considérables qu'autrefois? R. Oui, pendant les dix-huit mois qui ont précédé l'interdiction. D. A quelle cause attribuez-vous cette augmentation ? Il- A la crainte qu'avaient les spéculateurs et les propriétaires de lerres de voir augmenter le prix des esclaves. D. Avez-vous remarqué qu'il y eût dans ces importations plus d'hommes que de femmes ? R. Je crois qu'à Rio-Janeiro, point principal de la traite, il y avait trois hommes contre une femme. J'ai vu débarquer des chargements qui traversaient les plus notables quartiers de la

485

R. Je ne le crois pas; il s en fait encore un petit commerce clandestin. D. Sur quoi fondez-vous cette opinion? R. Sur des rapports notoires, et en voyant vendre, sous mes yeux, dans des magasins anglais, des articles qui ne peuvent servir qu'à cette spéculation. On ne s'informe pas de la destination de ces achats, et les bâtiments partent sous prétexte d'aller commercer en dents d'éléphants, huile de palme, cire et autres marchandises. D. De quelle époque parlez-vous? R. D'une date de dix-huit mois. D. Avez-vous moyen de conjecturer, d'après ce qui s'expédie

ville, et c'est ainsi que j'ai été à même de faire mes observations. Il y avait toujours au moins 65 hommes pour 35

d'Angleterre, si l'on a l'intention de reprendre la traite pour

femmes. les hommes ?

R. Il y a environ un an, je me trouvais dans un district manufacturier, des marchandises étaient sur le point d'être expédiées pour Bio, ce dont j'exprimai ma surprise. Ces marchandises

R. Non pas en général; on évitait d'importer des esclaves audessus de 3o ans : ils étaient choisis de 6 à 3o, mais plutôt

ne pouvaient servir qu'à la traite; on me dit qu'elles étaient adressées à diverses maisons de Rio, pour être expédiées à la

entre 6 et 20 que de 20 à 3o.

côte d'Afrique. Ma propre maison a elle-même vendu depuis lors des articles qui étaient restés en magasin après l'abolition

D. Vous paraissait-il que les femmes fassent plus jeunes que

D. Supposeriez-vous, d'après les nombreuses et récentes importations d'esclaves au Brésil, que la production du sucre y doive prendre de l'accroissement ? R. Je ne pense pas que ces importations aient de l'influence sur le sucre, mais bien plutôt sur le café. Le sucre est un article très-embarrassant. Cette denrée se met dans des caisses non

Rio-Janeiro ?

de la traite : c'est parce que je n'avais pu en obtenir ce que je désirais que je les avais gardés. D. Ainsi, selon vous, ces ventes doivent être faites dans le but de continuer la traite? R. Je le croirais.

inoins gênantes et n'est pas aussi portative que le café, qu'on peut

D. Conservez-vous quelque doute à ce sujet?

apporter au marché d'une grande distance, par petits ballots, et à

R. Aucun.

dos de mulet. Il faut au contraire que les plantations à sucre soient voisines de la mer; et pour transporter les produits à Rio-Janeiro , qui est le marché principal, on est obligé d'employer des

D. Se fait-il encore ici des achats d'objets manufacturés à la destination de Rio, avec l'intention d'exploiter la traite? R. Je n'ai pas été récemment dans les districts manufactu-

bâtiments côtiers. Quand on cultive au loin dans l'intérieur, la

riers. Les troubles ont été si grands à Rio, depuis l'abdication, qu'il n'aurait pas été prudent d'y rien envoyer.

difficulté de faire parvenir les produits jusqu'au port d'embarquement rendrait plutôt l'exploitation onéreuse que profitable. D. Si les prix du sucre devenaient plus avantageux qu'ils ne le sont, un surcroît de travailleurs ne donnerait-il pas la facilité d'étendre la culture du sucre ? R■ Non, tant que le café procurera un profit plus grand ; et c'est ce qui a eu lieu depuis plusieurs années. D. Mais, en admettant une baisse dans le cours du café et une hausse clans celui du sucre, vous pensez sans doute que l'attention se porterait sur ce dernier produit ? R. Oui, car alors on transporterait les sucres d'une grande distance en sacs. D. Le commerce des noirs a-t-il cessé au Brésil ? R. Oui, légalement, depuis 1830, et rien n'engage plus à le continuer. On importait une si grande quantité d'esclaves, que vers la fin il était difficile de les placer. Les marchands, les amenant à grands frais, avaient besoin de les vendre encore plus cher, et, ne pouvant trouver d'argent comptant, se décidaient par le conseil d'agents intermédiaires à faire aux planteurs des crédits de deux, quatre et six ans. Ces crédits étaient les plus longs qu'ils fissent, et ordinairement ils n'étaient que de la moitié de ce temps. D. Quels étaient les prix demandés? R. Ils avaient beaucoup baissé en dernier lieu, bien que le commerce tirât à sa lin. D. C'est donc parce que, pour effectuer les ventes, il fallait de longs crédits, que l'on adopta celte manière de traiter? R. Oui. D. Veuillez citer le prix courant du pays? R. Vers la fin des importations, il était de 600,000 reis : le change pouvait être à a fr. 45 c. ou 2 shell. les 1,000 reis; c'était donc 60 liv. sterl. pour un esclave adulte et en bonne santé. D. Pensez-vous que l'interdiction légale du commerce des esclaves au Brésil en ait amené la cessation réelle?

D. D'après l'état du pays croyez-vous que les dispositions légales prises au Brésil soient suffisantes pour empêcher qu'un commerce illicite, pourvu qu'il offre un attrait assez grand, 11e prenne de l'extension? R^ Les lois sont assez mal exécutées au Brésil, et la fraude se fait sur une grande échelle. Je suis certain qu'on peut introduire des esclaves avec beaucoup de facilité. D. Savez-vous s'il y a sur les plantations une proportion plus grande d'hommes que de femmes ? R. J'ai constamment remarqué, sur les propriétés que j'ai visitées, une grande majorité d'hommes. I). Quelle peut-être la cause de cette disproportion? R. C'est peut-être parce que le travail des hommes profite davantage aux plantations. D. Avez-vous quelqu'information relativement a la quantité de produits récollés sur les plantations du Brésil, en proportion de la population ? R. Non. D. Vous n'avez pu apprendre cela comme planteur? R. Aucunement; je n'ai été sur les plantations que pour les visiter. D. Connaissez-vous les règlements du travail ? R. Chaque propriétaire agit, sous ce rapport, selon ses propres idées. Quelques-uns n'accordent de congés à leurs noirs que les jours de fête, les jours consacrés aux saints, comme les fêles de Saint-Jean l'évangéliste, Saint-Pierre, Saint-Mathieu, etc. D'autres, indépendamment de ces fêles, leur donnent encore des demi-fêtes, c'est-à-dire celles des saints inférieurs que n'observe pas strictement l'église de Rome. D. Les lois du pays interviennent-elles entre les maîtres et les esclaves pour l'exéculion du travail? R. Je ne crois pas qu'il existe de lois à ce sujet.


486

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE. re

D. Le traitement dont les maîtres usent envers leurs esclaves est-il plus humain au Brésil que dans les autres contrées? R. Il varie beaucoup ; mais on use réellement d'une grande sévérité pour les noirs. Je ne sais rien de la manière dont on les gouverne aux Indes occidentales; au Brésil, rien n'empêche qu'on n'agisse, sur les plantations, avec tout l'arbitraire possible; il y a une loi (et c'est une preuve de la manière dont elles s'exécutent toutes) d'après laquelle un maître, en ville, ne peut châtier cruellement son esclave, et doit l'envoyer devant un tribunal pour être puni d'une manière légale; cependant cette loi est si peu observée, que chaque jour les noirs sont flagellés à l'excès par divers propriétaires. D. Vous avez dit que, pendant la dernière année, 011 vous avait fait la demande d'articles de votre magasin qui ne pou-

D. V ous formez-vous cette opinion d'après l'impuissance des lois du Brésil et la disposition morale du pays? R. Précisément; il est facile de faire ce trafic sans avoir à redouter une trop sévère surveillance. D. Depuis le changement de Gouvernement de Rio et les troubles qui l'ont suivi, la traite y a-t-elle été faite? R. Je n'ai pas été dans ce pays depuis lors, et les lettres que je reçois ne disent rien à ce sujet. D. Le peuple se montre-t-il opposé à la traite depuis le changement de Gouvernement? R. Je n'ai pas eu la possibilité de l'apprendre. D. Pourriez-vous affirmer que la nation brésilienne ne soit pas disposée à continuer le commerce de la traite?

R. Ces articles, en effet, n'étaient propres qu'à ce commerce.

R. Elle y était au contraire disposée avant mon départ, et je ne pense pas que le changement de Gouvernement ait opéré aucun changement à ce sujet, parce que les Brésiliens sont per-

D. A quelle date se rapporte celte demande?

suadés que l'abolition de la traite ruinerait le pays.

vaient être destinés qu'au commerce de la traite?

jR. 11 m avait été fait une offre au mois de mars; mais, n'ayant pu tomber d'accord sur les prix, mon agent n'en effectua la vente qu'un an après.

D. Par qui avez-vous entendu dire cela? R. Par les planteurs et par d'autres personnes intéressées à conserver leurs plantations en bon état de culture. D. A quelle époque préparait-on les expéditions pour la côte

D. Ce fut l'année qui suivit l'abolition légale de la traite? R. Oui. D. Vous semble-t-il que, si toutes les marchandises aujourd'hui disponibles se trouvaient à Rio, on eût l'occasion de les vendre?

d'Afrique, dont vous avez parlé? R. Il me semble que c'était tout à fait vers la fin de l'année dernière, il y a un an. D. Quand le changement de Gouvernement a-t-il eu lieu? R. Le 7 août 1831.

R. Oui, en partie. D. Mais, si les esclaves augmentaient de prix, la demande de ces marchandises ne deviendrait-elle pas plus considérable? R. Cela serait possible.

D. En sorte que les expéditions étaient prêtes avant qu'il eût été possible aux manufacturiers de connaître l'effet que produirait le changement de Gouvernement? R. Oui.

N° 132. SUITE DU PREMIER INTERROGATOIRE DE M. KEITH DOUGLAS1. D. Comment la politique commerciale de l'Angleterre pèset-elle sur les colons de maniéré a les empêcher de lutter avec

pas fournis avec une stricte économie pour eux, si l'on s'en rapporte aux documents qui en font mention. Ils ne peuvent pas,

avantage contre les producteurs étrangers ?

d'après l'ancien système , vendre leurs productions sur les lieux mômes ; il faut qu ils les envoient en Angleterre, ce qui leur occasionne des dépenses inévitables, puisque, obligés qu'ils sont

R. Ainsi que je l'ai dit précédemment, la politique de ce pays, aussi bien que de tous ceux qui possèdent des colonies, est de les tenir dans la dépendance du commerce régulier de la métropole, à ce point que les propriétaires ne peuvent aucunement diriger leurs propres intérêts. Tous les actes du Parlement, depuis le temps de Charles II, ont été rendus dans ce sens. L'acte 12 , chapitre xviii, ordonne que les productions des colonies, sans exception , soient exportées par des navires anglais à destination e

de l'Angleterre et dans le seul intérêt de sa navigation. Le chapitre vu de l'acte i5° du même règne est aussi conçu dans ce sens. D'après l'acte 25°, les productions coloniales, à moins qu'elles ne soient expédiées spécialement pour l'Angleterre, sont sujettes à certains droits d'entrée lorsqu'elles y sont reçues. Si l'on examine bien le système commercial de la Grande-Bretagne, on voit qu'il n'a pour objet que de lui assurer un commerce régulier, et de donner de l'emploi à sa marine. Divers actes du Parlement, rédigés dans l'esprit qui préside à l'administration de nos colonies, autorisent à exiger un intérêt excessif pour l'argent prêté sur la garantie des immeubles qui y sont situés. Il est résulté de ce système, pour la vente de nos produits sur le continent, une conséquence qui a été vivement sentie : c'est que les colonies étrangères sont beaucoup plus libres que les nôtres de se procurer leurs approvisionnements et de vendre à tous les acheteurs. Nos planteurs, calculant pour chaque année ce qui peut être nécessaire à leur monde, envoient la liste île peutêtre cent articles dont ils jugent avoir besoin, cl qui ne leur sont 1

Voir ri-dessus, page 376 et lit note

de ne commercer qu'avec la mère patrie, ils doivent d'abord avoir vendu leurs marchandises pour pouvoir obtenir, en échangé, les articles qu'ils ont demandés. Ce que je dis n'est pas dans 1 intention de faire modifier le système suivi, car je conçois que le pays qui possède des colonies en profile pour se créer un commerce régulier et donner de l'emploi à ses marins. Toutefois il est évident que. dans une situation pareille, les colons ont des dépenses forcées à supporter. D. Depuis l'époque où l'on a établi les dépenses ainsi imposées aux colons, rien n'a-t-il pu changer les calculs faits? R. Je crois qu'au total ces calculs sont assez justes. D. N' a-t-on rien changé au système de navigation coloniale depuis l'époque dont vous parlez? R. Je crois que, relativement au commerce entre les EtatsUnis et nos îles, il a été fait quelques réductions de droits sur des articles peu importants, mais aucun changement important n'a eu lieu. D. Les relations directes avec l'Europe, maintenant permises aux colons, leur ont-elles été avantageuses? R. Je ne le pense pas. L'article 16 de l'acte 6° de Georges IV avait fait concevoir l'idée que les colonies des Indes occidentales se trouvaient dans une position tout à fait nouvelle, sous le rapport de l'importation plus libre des choses nécessaires à leurs


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832.

487

e

besoins cl de l'exportation dégagée de toute entrave ; mais, en réalité, les modifications introduites, ayant été soumises à un sys-

çant avec elles, ne s'établirait-il pas des relations plus directes? R. Si le Gouvernement venait à changer tout le système colo-

tème de réciprocité et à des droits déterminés, n'ont pas complètement changé l'état antérieur des choses.

nial, je ne saurais dire ce qui alors aurait lieu; mais des modifications partielles, comme il en a été fait jusqu'à présent, ne sont

D. En quoi un système de réciprocité peut-il se rattacher à la

d'aucun avantage pour les colons, bien que l'on ait prétendu le

question ? R. Nos relations avec les nations étrangères n'en favorisaient

contraire. On nie qu'ils souffrent de ce qui a été conservé de l'ancien système, et l'on s'autorise de cet argument pour refuser de

que quelques-unes : les villes anséatiques, par exemple, tentèrent d'établir un commerce avec nous dans les Indes occidentales;

soulager les maux qui sont inhérents à la politique coloniale,

mais, ne pouvant y porter que leurs propres produits, et ces produits étant nuls, elles renoncèrent à ces rapports après une ou

D. En supposant que cela fût permis, les Indes occidentales

deux tentatives infructueuses. Le taux des droits auquel il est permis à nos colonies d'entretenir un commerce avec l'Europe est, d'ailleurs, une raison suffisante pour y mettre obstacle. D. Si les lois sur la navigation étaient modifiées de manière à ce qu'elles permissent d'introduire, dans les colonies des Indes

n'importe dans quel pays on l'adopte.

pourraient-elles s'approvisionner d'objets manufacturés à meilleur compte ailleurs qu'en Angleterre? R. Je ne le crois pas ; mais le commerce de nos colonies se fait d'une manière réglée qui ôte aux planteurs l'avantage de la concurrence qui existe entre les sujets anglais pour la fourniture de leurs approvisionnements.

occidentales, des productions autres que celles des pays commer-

N° 133. NOUVEL INTERROGATOIRE DE M. W. ROBERT KEITH DOUGLAS. 3 février 1842. D. Quel tort a pu causer le taux du fret pour l'Europe pendant les années dernières ? R. Celui qu'ont éprouvé les colons des Indes occidentales durant cette période a été expliqué dans les documents fournis au bureau du commerce; il ne résulte pas de ce qu'ils sont obligés de

le commerce maritime se fait le plus ordinairement comme je viens de l'expliquer. D. Votre opinion n'est-elle pas que les lois qui contraignenl les colons à s'approvisionner dans la métropole, et à y expédier

est soumis à des règlements qui n'existent pas pour le commerce

exclusivement leurs produits , ont assujetti leurs propriétés à des obligations dont elles ne peuvent s'affranchir, bien qu'il eût été possible de lever plusieurs des restrictions imposées lors de la

libre, d'où il suit qu'un nombre limité de bâtiments s'y rendent

création du système ?

seulement pour charger les produits, dont la quantité est ordinairement connue à l'avance. Ceux de nos navires qui vont à

R. C'est ce qui existe en effet; cependant, pour mon propre compte, j'ai toujours recherché, pour leur confier mes expéditions, les maisons les plus respectables, parce que les marchan-

se servir de navires anglais, mais de ce que le commerce colonial

Cuba et au Brésil y rencontrent la concurrence, et c'est le grand nombre de ces navires fournis par notre marine qui a produit, dans le taux du fret des marchandises do ces contrées pour l'Europe, même par nos propres bâtiments, la baisse que l'on remarque en le comparant à celui qui se paye dans nos colonies. Cette baisse du fret pour venir de l'Inde a dû enlever tout profit aux armateurs, et l'un des objets que l'on avait en vue, lorsqu'on «assujetti le commerce colonial à de certaines règles, a été obtenu, c'est-à-dire que, depuis plusieurs années, la marine, qui s'en occupe, a trouvé un emploi plus certain, au prix, il est vrai, d'une augmentation de dépense pour les expéditeurs. D. Le commerce colonial a-t-il été réglé par des lois ? R. Il l'a été conformément au système qui force les colonies à faire leurs approvisionnements en Angleterre et à remettre toutes leurs exportations à des navires anglais. Les armateurs qui ont contracté des engagements pour le transport des produits coloniaux savent le nombre de navires qu'ils ont à envoyer, c'est pourquoi l'on ne rencontre pas dans les colonies des Indes occidentales autant de bâtiments expédiés à l'aventure qu'on peut en voir dans les ports où le commerce est plus libre. D. Comment le planteur des Indes occidentales s'assure-t-il un bâtiment pour l'envoi de ses produits en Europe ? R. Quant à ce qui me concerne particulièrement, je dirai que les armateurs s'informent, chaque année, de l'importance probable de la récolte. Assurés par avance d'obtenir nos chargements, ils envoient leurs bâtiments avec confiance, et le taux du fret nous est connu avant qu'ils mettent à la voile pour la colonie. D. Les planteurs ne cherchent-ils pas à connaître sur la place les bâtiments qui chargent au plus bas prix ? R. On le ferait si cela était nécessaire; mais, d'après la nature des engagements pris depuis rétablissement du système colonial,

dises sont mieux soignées à bord de leurs navires, ce qui n'est pas moins important que le départ à époque fixe, et la certitude que le voyage s accomplira rapidement, car les expéditions que nous faisons sont attendues et tout retard serait préjudiciable. D. Sous le rapport général, plutôt que sous celui des intérêts particuliers, le système adopté n'a-t-il pas donné lieu à certains engagements et créé des charges pour les propriétés ? R. Ce système a donné lieu à des transactions de toute nature; en lisant les divers actes du Parlement qui ont réglé le commerce colonial, on 11e peut manquer d'apprécier la politique de la mère patrie et les motifs qui ont dicté ces actes. D. Existe-t-il quelque différence à l'égard des colonies nouvellement acquises par la Grande-Bretagne ? R. Je ne le crois pas. L'ancien système colonial existe pour Demerara aussi bien que pour les plus vieilles colonies. Il m'a été dit que beaucoup de personnes entreprenantes, tentées par l'excessive fertilité du sol de ce pays, s'y étaient rendues vers l'année 1800, secondées par le crédit qui leur avait été accordé en Angleterre, et que les anciens règlements leur étaient devenus applicables. Je ne sais ce qui a eu lieu pour Maurice, dont la possession est plus récente; toutefois je soupçonne que des engagements de même nature ont dû être contractés avec une certaine extension. D. Les marchands ou les planteurs ont-ils quelquefois essayé d'acheter sur les marches des îles des articles de production anglaise nécessaires aux plantations ? R. 11 faut remarquer, quant auxmarchés des colonies, qu'il 11e peut guère s en établir, surtout dans les petites îles, à cause des engagements contractés en Angleterre ; c'est l'Angleterre qui fournit les approvisionnements, et qui fait que l'on n'a pas besoin, pour


488

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE. re

fournir les articles nécessaires, d'acheter les produits des récoltes. D. Tous les acheteurs ont donc des engagements ? H. Oui. Quelqu'un entrant en jouissance d'une propriété franche de dettes ne peut même suivre, pour son administration, d autres règles que Celles qui sont généralement en usage. Z). Quel est le dommage dont les colonies des Indes occidentales ont à souffrir relativement aux approvisionnements venant des Etats-Unis d'Amérique et des autres contrées transatlantiques? 7Î. Malgré les actes qui ont réglé le commerce avec les colonies, depuis le rétablissement des relations entre les États-Unis et l'Angleterre, les droits imposés ont, pour ainsi dire, rendu le commerce nul. Avant la rupture, les articles américains entraient en franchise de droits ; ils s'échangeaient pour du rhum et des mélasses, qui servaient à payer tout ce qui était introduit de par delà I Atlantique. Lorsque les relations eurent cessé, ces échanges furent suspendus, on les permit de nouveau depuis l'acte de mais moyennant les droits pesants mentionnés dans les documents soumis au bureau du commerce. L'effet des droits en question a été d'empêcher nos planteurs de retirer aucun 1826,

bénéfice de leurs rapports, soit avec les États-Unis, soit avec les colonies anglaises de l'Amérique du Nord. L'Amérique du Nord pouvant soutenir la concurrence avec les États-Unis, il s'ensuit que les profits se trouvent extrêmement réduits, en même temps que les espèces pour payer les achats sont fort rares. Les colons ont encore d'autres charges; les mêmes règlements, qui ont établi des entraves si préjudiciables à leurs intérêts, les obligent à pourvoir aux frais des établissements de douane. Cette branche de

D. Ces renseignements sur l'état du commerce sont-ils appuyés sur quelques documents ? B. Ce sont des faits que je crois de notoriété publique. D. Avez-vous souvenir de la taxe payée par les colons des Indes occidentales par quintal de sucre et par gallon de rhum, d après les restrictions imposées au commerce colonial. B. Oui. D. Depuis l'époque où ces renseignements ont été soumis à la commission, y a-t-il eu quelque variation dans le prix du fret ou le prix des articles dont il a été question ? B. Je me suis assuré, dans une conversation que j'ai eue hier avec trois personnes possédant de grands intérêts dans le commerce des colonies, qu'il ne s'est opéré aucune modification assez importante pour rien changer aux calculs établis. D. L état de malade dont souffrent les colonies a-t-il fait naître dans les planteurs des sentiments d'inquiétude et empêché leurs efforts pour combattre les difficultés dont ils sont environnés? B. J ai su par des personnes qui ont des propriétés dans les colonies, que ces sentiments d'inquiétude s'y sont beaucoup propagés depuis quelques années. Leur avis est que la réouverture partielle du commerce en 1826 n'a eu lieu que pour s'en faire un argument, et pouvoir affirmer que les colonies jouissent de toutes les facilités possibles pour la liberté des transactions, (.e qui a été publié a ce sujet n'a pu que tromper la nation sur la véritable position des choses. Depuis quelque années déjà, on

(75,340 liv. sterl.); les dépenses des établissements, d'un autre côté, ont été de 1,700,700 francs (68,028 liv. slerl.)

demande 1 établissement d'un système anticolonial et la liberté du commerce. Le zèle des avocats de ces mesures a été porté à un tel point, qu il a beaucoup ajouté à l'inquiétude des colons,en leur faisant concevoir I idée qu'on ne les traite pas avec la con-

D. De quelle date est ce relevé. B. De l'année 1828. L'interruption des relations avec les ÉtatsUnis ayant duré longtemps, les Américains se sont accoutumés

sidération convenable: de pareils sentiments ont nécessairement affaibli leur énergie. La dernière administration ne s'est presque point occupé de Cette question, et je ne suppose pas que le chan-

à s'approvisionner de rhum et de mélasse ailleurs que dans nos colonies, et les négociants qui font encore le commerce avec nous, 11 ayant pas les mêmes facilités pour les échanges, ne nous

gement de gouvernement ait contribué h diminuer les craintes des propriétaires, auxquels on n'a fourni aucun motif de penser

revenu s'est montée, dans les Indes occidentales, à 1,883,500 fr.

achètent, à présent, qu'une très-faible quantité de rhum et de mélasse. D'après un renseignement que je crois exact, il serait arrivé l'année dernière en Angleterre 8,610 poinçons de rhum de plus que ce que l'on y recevait précédemment, en conséquence de la diminution des exportations pour les contrées transatlantiques. I). Ainsi les planteurs ont perdu l'avantage du commerce d'échange avec les colonies de l'Amérique du Nord, et n'ont pas beaucoup gagné dans leurs relations avec les États-Unis? B. Tel est en effet l'état des choses. /). Pensez-vous qu'il continue ainsi,? /?. Cela est probable si les mêmes causes continuent à agir.

que leur sécurité soit augmentée. D. La fâcheuse position des colonies a-t-elle provoqué quelque manifestation publique des sentiments des colons? li. Dans presque toutes les îles il y a eu des réunions publiques. Je ne crois pas que le Roi ait de sujets plus loyaux que les colons; cependant 1 état de malaise dans lequel ils sont depuis longtemps a été cause que, dans ces réunions, des expressions onl été employées el des résolutions adoptées qui tendraient à faire penser que leur sympathie pour la métropole n'est plus à beaucoup près la même. D. Quel serait le remède que vous conseilleriez d'abord pour soulager la délresse des planteurs ? B. Attendu les entraves qui les onl empêchés de lulter, par le travail, avec les aulrcs colonies à esclaves, et comme ils ont un

/). En admettant que la presque totalité du rhum et des mélasses passent en Angleterre, faute de débouchés sur les marchés de l'Amérique, quelles sont, pour la vente de ces produits, les

excédant de production qui doit trouver un débouché sur le continent, en concurrence avec les sucres des pays placés dans d'autres

facilités qui peuvent compenser la perte de ces marchés? B. Le rhum cl les mélasses importés en raison des circons-

circonstances, il me semble que le premier remède à employer, et en même temps le plus urgent, serait de leur accorder une aug-

tances sont sujets à des droits qui en empêchent la consommalion. En ce qui concerne le rhum, on a porté ce droit à î fr. 85 cent, pour l'Angleterre, cl à 7 francs pour l'Ecosse et l'Irlande.

mentation de remise siffles exportations pour le continent, afin de les mettre à même de lutter avec un avantage égal à celui dont

En Ecosse l'usage en a entièrement cessé; aujourd'hui on en exporte davantage de cette contrée qu'on n'y en importe, car la petite quantité introduite en sort mêlée à du wiskey, pour rentrer en Angleterre ou être exportée ailleurs comme rhum véritable; on obtient un bénéfice par le remboursement de droits qui porte sur la quantité ainsi augmentée. Un poinçon de rhum des îles sous le vent ne rend guère aujourd'hui que 87 fr. 5o cent. Le fût seul a coule environ 3i fr. 25 cent., en sorte qu'il ne reste au planteur «pie 56 h'. 25 cent, pour les dépenses de distillation de 110 gallons, contenance du poinçon

'

jouissent les producteurs des autres pays. /). Possédez-vous quelque donnée pour estimer à combien il serait nécessaire de porter cette remise? B. Une remise de 6 fr. 85 cent, serait, je pense', un grand soulagement pour les colons; elle faciliterait extrêmement les exportations de l'Angleterre même, et réduirait pour l'avenir, selon toute probabilité, les importations étrangères sur le continent; les quantités qui nous resteraient se trouveraient alors en rapport avec nos besoins. If Supposez-vous que les prix sur nos marchés intérieurs se


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 2 ENQUÊTE. — 1832. e

489

maintiendraient au niveau des prix sur les marchés étrangers, sauf la remise à la réexportation ?

D. Avez-vous calculé quelle serait l'économie à faire par le planteur si le droit était réduit de 11 fr. 2 5 cent. ?

R. Si la remise en question produisait l'écoulement d'une quantité suffisante pour réduire les approvisionnements à nos besoins, il serait naturel qu'une augmentation de prix eût lieu

R. Le soulagement qu'il éprouverait, calculé de cette manière, serait fort peu de chose. Suivant moi la coutume de faire porter la commission sur le droit est un objet de convention entre le

sur nos marchés.

producteur et son consignataire : c'est le système colonial qui a fait contracter la coutume de prélever la commission sur le montant brut de la vente ; le marchand a dû se laisser tenter à faire

D. Cette augmentation dépasserait-elle le montant de la remise ? R. Cela pourrait arriver si les exportations étaient assez considérables pour réduire suffisamment les approvisionnements.

l'avance du droit, dans la vue d'augmenter son bénéfice; mais, si ce droit était réduit ou même tout à fait supprimé, il ne serait pas fondé à se plaindre qu'il en éprouve un dommage. Il me

1). Comment envisagez-vous l'effet d'une réduction de droit ?

semble que, dans bien des circonstances, après l'établissement

R. Comme question générale de commerce, le droit sur le

assuré des colonies, il eût été aussi avantageux pour les planteurs et pour les marchands que l'on n'eût pas continué à vendre à terme, car alors la tentation qui excita les derniers à avancer

sucre me semble excessif; il est de plus de 100 p. o/o de sa valeur. En frappant cet article, dont l'utilité est extrême pour les échanges, il en réduit arbitrairement la consommation. L'expérience nous a prouvé, surtout depuis la paix, que, malgré une augmentation d'un tiers dans les approvisionnements d'Europe, le peu d'élévation des prix a procuré la vente de cette augmentation. La même cause a depuis 2 ou 3 ans activé d'une manière sensible la consommation de la Grande-Bretagne, et, malgré l'état de souffrance du pays sous le rapport du travail, le bas prix a encore accru la consommation pendant l'année dernière.'Une réduction de droit ne serait pas précisément d'un secours aussi immédiat pour le planteur, mais pourtant je l'envisage comme le moyen le plus sûr de lui procurer un soulagement durable, surtout si l'on pouvait anéantir entièrement le commerce des esclaves. D. Pour atteindre ce but, la réduction de droit ne devraitelle pas être forte ? R. Je crois qu'en la portant à 11 IV. ib cent., ce serait un soulagement important et durable accorde au planteur, qui se trouverait à même de vendre avec un bénéfice raisonnable, c'està-dire enverrait au prix actuel. Mais, avec le droit tel qu'il existe, il ne peut ni vendre ni même produire l'article au prix où il se vend. D. Supposez-vous que l'augmentation de la consommation en sucre aiderait à augmenter la consommation des autres articles, et, de cette manière, servirait à accroître les profits des colons et les revenus publics ? Iî. Il est évident que, la consommation du sucre s'augmentant, le commerce général du pays prendrait en même temps de l'extension, en ce sens qu'il profiterait de la facilité d'échanger cet article contre des produits étrangers qui n'ont pas à présent de débouché. Je prévois qu'après un certain temps nous absorberions chez nous tout le sucre que produisent aujourd'hui les colonies, et que nous aurions à régulariser le mode d'introduction des sucres étrangers, qui viendraient donner plus d'activité

leurs fonds n'eût pas été aussi forte. Les avances de sommes considérables ont eu un résultat fâcheux. Sous beaucoup de rapports, le planteur est seulement nominal; il a un compte sur les livres du marchand, on lui fait des avances; il ne s'occupe aucunement de contrôler la direction de sa propriété, et ne peut même surveiller la personne qu'il charge de gérer pour lui, d'où sont résultés souvent de graves abus. Ce serait une grande aîné-» lioration à la position des Indes occidentales, si l'on parvenait à mettre fin à ces avances : les propriétés ne seraient plus, pour ainsi dire, à la disposition des marchands à même de faire de fortes avances, et les planteurs les surveilleraient, j imagine, avec plus d'attention qu'aujourd'hui. D. Connaissez-vous la coutume des marchands relativement à leur commission ? R. Je crois qu'en général ils prélèvent 21/2 p. 0/0 sur les ventes. D. N'est-il pas d'habitude que, s'il a payé les droits, le marchand fasse porter sa commission sur le prix brut, et seulement sur le prix net s'il n'en a pas fait l'avance; d'un autre côté, le marchand n'acquitte-t-il pas toujours les droits sur le sucre? R. Pour toutes les colonies à sucre, c'est, à ce que j'ai entendu dire, une habitude consacrée; cependant il serait facile de ne vendre qu a la condition que l'acheteur aurait à payer luimême les droits, lorsqu'il lui conviendrait de prendre livraison. D. Ne serait-ce pas opérer dans le commerce des sucres une révolution peu agréable à l'acheteur auquel le marchand accorde aujourd'hui un crédit de deux mois ? R. Ce serait, sans doute, un changement complet; mais, en ce qui louche la position du planteur des Indes occidentales, et outre le tort que lui cause l'élévation des droits, je considère que c'est pour lui une charge additionnelle, indépendamment du risque qu'il court de perdre à la fois le prix de son sucre et les droits, par suite du crédit de deux mois que l'on donne pour les ventes à prix brut.

encore à notre commerce.

D. Vous tendez à établir qu'en proportion de la réduction du droit, le planteur aurait une économie de 2 1/2 p. 0/0 sur cette

D. De quels moyens entendez-vous parler pour régler les importations étrangères de sucre, si l'on arrivait à consommer dans

réduction ?

le pays la totalité de la production de nos colonies? H. Dans ce cas, il faudrait, en ne perdant pas de vue les restrictions imposées à notre système colonial, admettre les sucres étrangers moyennant un droit qui les protégeât contre ce système, et ensuite déterminer la remise à l'exportation. Toutefois, a moins d'une forte réduction préalable du droit, je ne vois pas qu'il y ait utilité à s'occuper d'aucun plan à cet égard.

R. Il ferait, en effet,cette économie; mais on pourrait encore introduire la coutume de vendre au comptant. Tous les sucres étrangers qui ne peuvent entrer dans la consommation du pays se vendent de cette manière. D. La raison de la distinction qui existe entre la commission de vente des sucres étrangers et des sucres anglais résulte donc de ce que, dans le dernier cas, le marchand acquitte les droits, tandis qu'il ne les acquitte pas dans l'autre ?

D. La réduction de droit ne diminuerait-elle pas d'une autre manière les dépenses du planteur, car il paye à présent une com-

R. La coutume du commerce est d'avancer les droits sur les sucres anglais ; mais, si on la changeait, ce serait alors l'acheteur

mission sur le droit même au moment de la vente ?

qui aurait à les payer.

R. Les prix de vente comprennent, il est vrai, le droit qui en forme la plus grande partie, en sorte que le consignataire qui traite pour le planteur gagne largement, aux dépens de celui-ci, la moitié de sa commission portant sur le droit.

D. N est-ce pas la coutume, pour tous les articles en général, de faire porter la commission sur le prix à terme, lorsque le marchand acquitte les droits, et seulement sur le prix comptant, si c'est l'acheteur qui doit les payer?


490 RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÉCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE. R. Je crois, en effet, que c'est la coutume générale; mais la

D. Pensez-vous que si ces acheteurs se trouvaient obligés d'ac-

seule question importante que j'envisage ici est celle de savoir,

quitter les droit sur les sucres, ils pussent en donner le même

comme fréquemment le droit forme la plus grande partie du

prix qu'aujourd'hui ?

prix, si, en réalité, le planteur éprouve ou non un dommage par suite de l'élévation des droits qui augmente ses charges,

R. Cela dépendrait surtout du taux de l'intérêt de l'argent. Beaucoup de personnes jouissant d'un crédit excellent ne de-

outre le risque auquel il est exposé en avançant des sommes con-

mandent pas mieux que de faire les opérations qui peuvent of-

sidérables pour les acquitter.

frir un bénéfice. Si les acheteurs de sucre obtenaient un bon

D. Le marchand ne pouvant prélever la commission que sur le prix comptant, son bénéfice ne serait-il pas diminué d'environ moitié?

intérêt pour l'avance des droits, ce serait probablement la seule règle qui gouvernerait la différence de prix. D. La facilité qu'ont les acheteurs de ne payer le prix des

R. Cela ne fait aucun doute.

sucres et le montant des droits qu'au bout d'un certain temps,

D. Tous les marchands liés d'affaires avec les colonies sont-

ne cesserait-elle pas pour eux s'ils étaient obligés de débourser immédiatement la moitié du montant de leurs achats?

ils disposés à risquer ou à avancer des capitaux par l'appât du bénéfice à recueillir? R. Si les motifs qui les déterminent à faire des avances diminuaient d'importance, les planteurs ne trouveraient certainement pas les facilités qui leur sont offertes aujourd'hui; mais il est

R. Sans doute les transactions ne seraient plus les mêmes; cependant je ne pense pas que les capitaux puissent venir à manquer pour continuer le commerce sur le nouveau pied qui serait adopté.

douteux, selon moi, que ces facilités soient pour eux un avantage.

D. Ne savez-vous pas que les acheteurs de sucres sont à même

D. En supposant que de nouveaux arrangements fissent ré-

d'en recevoir la valeur en billets avant même l'époque où ils sont obligés de payer ?

duire de moitié la commission des consignalaires, n'arriverait il pas que ceux-ci arrêteraient les comptes ouverts sur leurs livres, et ajouteraient à la difficulté de position des planteurs? R. L'appât qui engage les marchands à prêter n'étant plus le

R. Non; mais si cela est, on n'en peut que mieux apprécier une opération qui expose les planteurs à perdre quelquefois jusqu'à l'avance des droits d'entrée. D. L'obligation où se trouverait l'acheteur de payer moitié

même, on ne pourrait, dans l'état actuel des propriétés aux Indes occidentales, compter sur des fonds: aujourd'hui même per-

comptant ne serait-elle pas susceptible de gêner le commerce

sonne ne pense qu'il y ait sécurité à faire des avances.

des sucres ?

D. Les marchands ayant prêté à la condition qu'ils prélèveraient leur commission sur le prix brut et non sur le prix net, agirait-on loyalement en réduisant celte commission de moitié? R. Je crois bien que c'est dans la confiante de pouvoir opérer

R. Je crois effectivement qu'il y aurait un changement total dans la manière de traiter les affaires de ce genre. 7). Ne pourrait-on appliquer le rhum à quelques usages, en le rectifiant avant l'acquit des droits, si le Gouvernement auto-

les ventes comme par le passé, et prélever la commission sur le

risait celte mesure ?

prix brut, que les marchands se sont montrés faciles. Toutefois je ferai observer que ce sont les règlements fiscaux établis par le

R. J'ai entendu dire que, si des facilités étaient données pour la rectification du rhum, on pourrait en obtenir un esprit sem-

Gouvernement qui ont soumis les planteurs aux charges cl aux risques dont j'ai parlé.

blable à l'eau-de-vie, susceptible d'être vendu en concurrence avec l'eau-de-vie de France. Je n'ai pas, au reste, de connais-

D. Par quelle classe de gens les sucres sont-ils achetés? R. Je suppose qu'elle se compose d'épiciers et de raffineurs.

sances assez particulières sur cet objet pour émettre ma propre opinion.


TROISIÈME ENQUÊTE. — 1832. ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DANS LES INDES OCCIDENTALES.

N° 134. RAPPORT DE LA COMMISSION. 11 août 1832.

La commission, réunie pour délibérer sur l'accomplissement de la mission qui lui a été confiée, a remarqué que le rapport lui

proche de la clôture de la session fit sentir l'impossibilité d'en recueillir un plus grand nombre. La commission, ne voulant pas

impose l'obligation expresse de se conformer aux résolutions prises

laisser son œuvre inachevée, se décida à recueillir les témoignages

par la Chambre des communes, le 15 mai 1823.

qui appuyaient l'opinion contraire. Le temps lui manqua de même pour les réunir tous, et elle s'est vue contrainte de terminer brus-

A cette époque, la Chambre avait envisagé la possibilité d'une amélioration progressive dans le caractère de la population noire, comme moyen de la préparer à participer aux droits civils et autres avantages dont jouissent les sujets de Sa Majesté.

quement. son travail. A quelques exceptions près, l'enquête n'a porté que sur ce qui

Elle avait, en outre, exprimé le désir que la mesure pût être

concerne l'île de la Jamaïque. Quant à la grande question des intérêts privés, la commission n'a pu l'examiner.

exécutée à une époque rapprochée, sans compromettre toutefois, par trop de précipitation, ni le bien-être des esclaves, ni la sû-

Quelques questions incidentes ayant été soulevées dans le cours de l'enquête, des témoins appelés à déposer ont exprimé des

reté des colonies, ni les intérêts privés.

opinions, et se sont servis d'expressions qui peuvent sembler injurieuses pour le caractère de personnes occupant de hautes

Parmi les difficultés et les complications de tout genre que présente cette question, la commission a cru devoir restreindre son enquête à quelques points seulement, et examiner d'abord les deux principaux objets du rapport, reproduits dans les proposi-

fonctions dans les colonies. Ne voulant rien changer aux témoignages, la commission n'a pas pensé, non plus, qu'elle dût supprimer ceux qui concernent

tions suivantes :

la conduite des fonctionnaires publics. Elle rappelle seulement que les personnes qui y sont accusées n'ont eu aucune occasion

1° Les esclaves émancipés seraient-ils en état de pourvoir euxmêmes à leur entretien ? se montreraient-ils industrieux et disposés à se procurer, par le travail, des moyens d'existence?

de les réfuter et par conséquent de se justifier, et qu'on ne doit accueillir qu'avec réserve les imputations qu'ils contiennent.

Serait-il plus dangereux, pour la tranquillité des colonies,

Pour ne pas perdre le fruit des travaux auxquels elle s'est livrée , la commission soumet à la Chambre celte enquête, tout

de retarder l'émancipation des esclaves, que de les émanciper immédiatement?

incomplète qu'elle soit restée, parce qu'elle renferme encore un

Une partie seulement des témoignages qui concluaient à l'affirmative sur ces propositions avaient été entendus, lorsque l'ap-

choses qui réclame de la part du Gouvernement l'attention la plus sérieuse et de promptes résolutions.

grand nombre de renseignements importants, et révèle un état de

Lord

JOHN

RUSSEL

, président.

N° 135. INTERROGATOIRE DE M. W. TAYLOR. 6 juin 1832. D. Pendant combien d'années avez-vous habité la Jamaïque ? fî. Pendant i3 ans.

situées, l'une dans la paroisse de Saint-André, l'autre dans la paroisse de Vère, et la troisième dans la paroisse de Clarendon ;

D. En quelle qualité y résidiez-vous ?

c'est sur celte dernière que je résidais.

R. Pendant 7 ans je me suis occupé de commerce, et, pendant deux autres années environ, j'ai dirigé plusieurs plantations. J'arrivai dans l'île en 1816, et c'est de 1829 à 1831 que j'eus

D. Ces propriétés étaient-elles voisines ? R- Non, elles étaient à une dislance de 3o à 4o milles l'une de l'autre.

trois plantations à diriger.

D. A qui appartiennent ces plantations ?

D. Dans quelle partie de la colonie était le siège de vos opérations commerciales ?

R. A M. Wildman de Chillam-Castle.

R. A Kingston. D. Avez-vous toujours habité cette ville ? R. Non. D. Après avoir cessé les affaires, quelles plantations avez-vous

eues à diriger ? R. Les plantations dont je pris la direction en 1829, étaient

1). Combien possédaient-elles d'esclaves? en totalité. Lorsque j'en pris la direction, les esclaves

R. 700

étaient presque également répartis sur les trois plantations; mais, quelques mois après, j'en retirai 100 de la paroisse de SaintAndré ou il n en resta plus que 1 ^o, et chacune des deux autres plantations en eut 2 5o. principalement cultivées D. Ces propriétés 11 étaient-elles pas en cannes ?


492 RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE. R. Oui. On y élevait aussi des bestiaux, mais ce n'en était pas moins des plantations à sucre. Celle de Saint-André devait être convertie en un parc à bestiaux; on y réduisait peu à peu la culture de la canne. D. Durant votre gestion, eûtes-vous de fréquentes occasions d'étudier le caractère des noirs? R. Oui. D. Veuillez dire comment les esclaves de ces plantations étaient entretenus, en d'aulres termes, quelles allocations de vivres leur étaient accordées, ou s'ils se nourrissaient seulement des provisions recueillies par eux-mêmes sur leurs propres terrains. R. Dans la paroisse de Saint-André, les esclaves se nourrissaient du produit de leur propre culture; on leur accordait pourtant du poisson salé, mais c'était, autant que je me le rappelle, tout ce qu ils recevaient du propriétaire. Ceux qui étaient primi-

l'on peut expliquer cette circonstance par l'éloignement où ils sont des districts qui cultivent le sucre. D. Les noirs consomment-ils les provisions qu'ils récoltent, ou les portent-ils au marché ? R. Ils font l'un et l'autre. D. N'arrive-t-il pas souvent qu'ils récoltent beaucoup plus de provisions qu'il n'en peuvent consommer, et qu'ils les portent au marché pour les vendre ? Je le crois, mais il serait difficile de savoir exactement ce qu'ils font. Je les ai vus porter au marché de fortes quantités de R

légumes qui, sans doute, provenaient de leurs terrains; cependant je ne saurais dire dans quelle proportion ces quantités se trouvaient, relativement à ce qu'ils consomment eux-mêmes. D. Quelle était la ration de poisson par esclave ? R. Je ne me le rappelle pas exactement, parce que je n'ai

tivement sur la paroisse de Clarendon vivaient de même, c'est-àdire de leur récolte et de leur poisson salé ; mais les 1 oo noirs que

jamais été ni teneur de livres ni intendant ; ce sont ces employés qui font les distributions. Je n'avais, moi, dans ce genre, qu'à

je leur adjoignis reçurent d'abord une cerlaine somme, ensuite des provisions, en attendant que les portions de terre qu'on leur

donner une nouvelle quantité d'articles d'approvisionnements, lorsque la demande m'en était faite, pourvu qu'on ne m'en demandât pas plus qu'il n'était fixé pour la fourniture annuelle.

destinait lussent en état de produire. Avant que je quittasse ma gestion, on avait déjà cessé de leur faire ces distributions. A Vère, les noirs étaient principalement nourris de distributions de blé provenant des magasins, et surtout de maïs; ils avaient, en outre, des terrains à provisions, mais si peu fertiles, qu'il avait fallu planter en maïs, pour leur usage, de grandes étendues de terrains. D. Vous avez dit que sur la planlation de la paroisse de SaintAndré, les noirs ne subsistaient que de leurs propres récoltes, sauf une ralion de poisson ? R. Oui; à Clarendon on cultive aussi des champs de maïs, dont on emmagasine la récolte, mais on n'en fait pas de distribution régulière; les noirs n'en reçoivent que comme gratification pour cause de bonne conduite. Dans la paroisse de SaintAndré, 011 ne leur en accorde pas non plus régulièrement. D. Quelles sont les provisions que récollent les noirs ? R. Le cocoa1,les ignames et les bananes; ils cultivent bien encore des patates et d'autres légumes, mais ie cocoa et les ignames forment, dans les districts montagneux, la principale nourriture des esclaves. D. Qu'est-ce que le cocoa ?

R. Oui. D. A combien estimez-vous, par tête, la valeur des vêtements distribués ? R. Je ne pourrais pas faire cette estimation. D. Savez-vous combien de jours, dans le courant d'une année, étaient alloués aux noirs pour la culture de leurs plantations ? R. Je crois que la loi leur accorde 26 samedis, et trois jours Noël ; dans quelques districts ils ont de plus le jour de Pâques. à D. Leurs samedis sont-ils consécutifs ou alternés ? R. On les alterne. D. Sont-ils choisis à la volonté du maître ? R. Oui, il n'est pas nécessaire que le jour de repos soit un samedi; ce peut être aussi bien un mercredi; quelques planteurs préfèrent donner le mardi. D. C'est donc la loi qui a fixé le nombre des jours de repos pour les noirs ? R. Oui.

R. C'est une grosse racine bulbeuse.

D. Cette loi est-elle ancienne ? R. La plus ancienne que je connaisse date de 1816.

D. Existe-t-il quelque prohibition qui empêche les noirs de

U. N est-elle pas la reproduction d'une autre loi antérieure ?

cultiver certains articles ? R. Je ne me rappelle pas qu'il en existe aucune. D. Sont-ils libres de cultiver la canne? R. Je ne sache pas qu'on leur ail jamais interdit cette culture; mais je ne crois pas qu'ils s'en occupent, excepté dans la paroisse de Manchester, où j'ai vu de petits moulins à sucre dans les jardins des esclaves. D. Les lois de la Jamaïque ne s'opposent-elles pas à ce que les esclaves cultivent la canne pour leur compte ? R. La loi ne contient aucune défense à ce sujet; toutefois elle prononce des peines contre les noirs que l'on trouve en possession de sucre. J'ai vu des exemples de condamnations prononcées en pareil cas par les tribunaux des paroisses. Il n'existe, à ma connaissance, aucune restriction qui empêche les esclaves de cultiver tout ce qui peut leur plaire, sans en excepter la canne, parce que sans doute les législateurs n'ont pas présumé qu'ils dussent jamais s'en occuper; il leur est seulement interdit d'avoir chez eux du sirop de sucre. D. Vous avez vu néanmoins des terrains de nègres cultivés en cannes ? R. Oui; mais dans la paroisse de Manchester seulement, et 1

1). Distribuait-on annuellement des vêlements aux noirs ?

R. Je n'ai aucune connaissance de celles qui ont pu exister précédemment. I). Les nègres des plantations que vous dirigiez avaient-ils reçu quelque éducation ? R. Les enfants en avaient reçu ou étaient au moment d'en recevoir, mais les adultes en étaient tout à fait dépourvus. D. Etait-ce M. Wildman qui ordonnait qu'on les instruisît ? R. Oui. D. M. Wildman ne se rendit-il pas lui-même une fois ou deux dans l'île ? /?. Deux fois. Avant qu'il eût visité les plantations, on ne donnait aucune instruction aux noirs ; mais 011 avait déjà commencé à s'en occuper lorsque je fus chargé de représenter M. Wildman. D. Avez-vous une opinion formée au sujet de la capacité que peuvent avoir les noirs pour acquérir l'instruction ? R. Je crois qu'ils sonl comme tous les autres hommes ; il y en a d'intelligents cl de stupides. J). Avez-vous remarqué quelque infériorité dans leur aptitude à s'instruire, comparativement à celle des autres hommes ?

Le cocoa n'est autre chose que la tayove, ou chou-caraïbe, que les nègres appellent également coco-chou.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUETE. — 1832. e

Pi. Non, pas en général. J'en ai vu qui élaienl extrêmement intelligente et d'autres extrêmement bornés. D. Vous les mettriez donc au niveau des autres races, quant aux capacités intellectuelles ? ii. Oui, eu égard à leur condition; car je ne prétends pas qu'ils soient aussi faciles à instruire que les paysans d'Écosse, par exemple ; mais, en tenant compte des circonstances clans lesquelles ils ont vécu, je ne leur croirais pas moins de capacités. Malgré le désavantage de ces circonstances, j'ai vu, parmi les noirs, beaucoup d'exemples d'une merveilleuse aptitude à recevoir l'instruction. D. Il n'existe donc, chez les noirs, aucune incapacité naturelle qui puisse les empêcher de recevoir de l'instruction ? II. Aucune. D. Avez-vous remarqué qu'il fussent incapables de conserver l'instruction qu'ils ont reçue ? il. J'ai été, au contraire, particulièrement frappé de la grande mémoire des nègres ; ils ressemblent en cela à tous les individus illettrés qui ont, il me semble, une grande facilité à retenir les choses. J'ai surtout remarqué la manière précise dont les travailleurs peuvent rendre compte d'une besogne faite depuis long, temps, et avec quels détails minutieux ils savent raconter les événements passés. D. La question précédente se rapporte aux enfants, et à ce que vous avez pu observer de leurs facultés pour retenir ce qu'on leur avait enseigné. R. Ils le retenaient parfaitement. D. Vous avez dit que sur l'une des propriétés dont il s'agit vous aviez, pendant un certain temps, donné de l'argent aux noirs au lieu de vivres; pourquoi avez-vous discontinué ? R. D'abord je pensai faire une économie pour le propriétaire en achetant des approvisionnements en gros à Kingston, tandis que les noirs étaient obligés d'acheter des provisions en détail dans le voisinage. Je ne voyais non plus aucun tort à leur faire, ■en réunissant ce qui leur revenait partiellement pour leur procurer en gros de la farine et du riz; on obtient en effet, en gros, pour i,2 5o francs, une quantité beaucoup plus considérable que si on divise les achats par sommes de 60 cent, ou 1 fr. 2 5 cent. Je craignais aussi qu'entraînés par la tentation , les noirs n'employassent leur argent tout autrement qu'à se procurer une nourriture saine; c'était pour moi une considération importante, attendu qu'ils venaient d'être transportés d'une paroisse sèche et salubre sur une autre qui est humide et montagneuse. Des planteurs expérimentés m'avaient dit que le changement de climat pourrait leur devenir fatal, et j'avais des craintes sérieuses a cet égard. Le meilleur moyen pour les garantir de la dyssenterie qui les menaçait était de leur donner une nourriture saine. Je voulais donc, d'un côté, conserver leur santé en les empêchant de dépenser leur argent en provisions de mauvaise qualité, et, de l'autre, assurer une économie au propriétaire. D. Les noirs se montraient-ils donc imprévoyants dans l'emploi de leur argent, et ce motif fut-il l'un de ceux qui vous déterminèrent ? R. Je viens, autant qu'il m'a été possible, d'exposer les raisons de ma conduite. D. En général étaient-ils ou non imprévoyants dans l'emploi de leur argent ? R. Je ne saurais le dire, parce que je ne résidais pas sur cette plantation ? D. Vous avait-on rapporté qu'ils s'enivrassent fréquemment ? R. Non. D. Vous aviez la crainte qu'ils se procurassent du rhum. Estce donc, parmi les noirs, un goût bien prononcé que celui du rhum ? R. Oui.

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I). Les blancs eux-mêmes, soldats 011 autres, qui passent aux colonies , n'ont-ils pas un grand penchant pour cette liqueur ? R. Oui, et c'est à ce penchant qu'est attribuée la grande mortalité qui les frappe. D. Pensez-vous que les nègres soient plus passionnés pour le rhum que les soldats ? Toutes les classes inférieures n'en boiventelles pas avec plaisir quand elles peuvent s'en procurer ? R. Sans doute. Les noirs sont comme nos paysans, il s'en trouve qui ont des dispositions mauvaises; mais, s'il s'agissait d'établir une comparaison entre eux et les paysans écossais, relativement au penchant à l'ivrognerie, je dirais qu'il est plus fort chez ces derniers. On rencontre, sur les plantations, des esclaves qui ne boivent jamais de rhum et d'autres qui sont d'incorrigibles ivrognes. D. Généralement parlant, sont-ils aussi prévoyants que nos paysans d'Écosse dans l'emploi de leur argent? R. Je ne pourrais prononcer en général à ce sujet ; les un# sont tout aussi prévoyants, d'autres ne le sont en aucune façon. Y). Quant à la période pendant laquelle vous fîtes distribuer de l'argent aux esclaves, êtes-vous à même de dire s'ils en ont fait un emploi plus irréfléchi que ne l'auraient fait nos classes laborieuses d'Écosse dont les mœurs vous sont connues ? R. Je crois bien qu'ils achetaient des vivres ; au surplus on ne les paya que très-peu de temps en argent. D. Connaissez-vous la classe appelée dans les colonies gens libres de couleur P R. Oui. D. Est-elle nombreuse? R. Je le pense. D. Ne se trouve-t-il pas dans cette classe des esclaves émancipés ? R. Il y a, dans le nombre, des mulâtres et des quarterons émancipés; mais ce sont, pour la plupart, des gens de couleur nés libres. Beaucoup d'entre eux sont fds d'individus émancipés, tels que teneurs de livres, etc. Cette classe s'est surtout augmentée parles naissances d'enfants libres. D. Dans quelle proportion estimez-vous que soient les noirs affranchis sur la totalité de la population esclave? R. Je ne saurais le préciser ; je sais seulement qu'ils sont nombreux et que leur nombre s'accroît tous les jours. D. Comment se soutiennent les noirs libres ? R. De différentes manières. Dans la paroisse où je résidais, la famille Wildman possédait autrefois une plantation à sucre et à café dont les esclaves avaient été transportés ailleurs; à l'époque de mon séjour, celle plantation se trouvait divisée entre un certain nombre d'affranchis, qui, ne pouvant s'occuper en ville, où les diverses professions ne laissent aucune place, s'étaient retirés dans ce district où ils vivaient sur de petites portions de terrains. Ils possédaient depuis une jusqu'à trois acres, dont ils s'étaient engagés à payer le loyer à raison de 37 fr. 5o cent, par an. La plupart occupaient trois acres de terrain et une case. M. Wildman, pour se dispenser du soin de percevoir les loyers, avait fait une location générale à un blanc qui cultivait une partie des terres pour son compte en prenant à gages des noirs libres, et qui sous-louait le reste. C'est le seul exemple que je puisse citer d'une réunion de gens libres; ceux-ci s'élevaient au moins à 3oo personnes, y compris les femmes et les enfants. /). Que cultivaient-ils plus particulièrement? R. Des provisions, du blé et des ignames. Le district est montagneux, bien arrosé et d un sol riche. On voyait aussi quelques planls de café et d'arrow-root. D. Cultivaient-ils la canne ? R. Je n en ai pas vu dans leurs champs. D■ Celle culture se faisait-elle sur quelque autre point du district ?

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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

R. Non. On aurait cependant très-bien pu y cultiver la canne, qui croît presque clans tous les terrains. I). Les individus réunis comme vous venez de le dire se conduisaient-ils d'une manière aussi paisible et aussi régulière que les habitants des autres districts ? R. Je ne sais rien personnellement de leur conduite; quelquesuns étaient rangés et d'autres très-déréglés dans leurs habitudes. Le district, fort éloigné des autres, servait de refuge aux mauvais sujets; les esclaves fugitifs venaient s'y cacher, et je crois, moralement et religieusement parlant, que l'état de celle petite société était fort mauvais, la plupart de ses membres n'ayant ni éducation ni principes. D. N'y avait-il sur les lieux personne qui pût leur donner l'instruction religieuse ? R. Non, d abord; mais plus tard la société des missionnaires de 1 Église d Angleterre ouvrit une école qui fut soutenue par une partie des colons, et dont les autres propriétaires ne voulurent pas entendre parler. D. N'était-ce pas le devoir du ministre de la paroisse de leur procurer l'instruction religieuse? R. Oui; mais il demeurait à 16 milles de là. D. A quel autre genre d'occupation avez-vous vu les noirs libres se livrer? R. Ils élaient porteurs ou s'employaient sur le quai pour ma. nœuvrer les grues et faire d'autres ouvrages. J'en ai eu moimême pour domestiques. L'un d'eux avait été mon esclave pendant dix; ans je l'affranchis, et il n'en resta pas moins avec moi. J'en ai connu qui exerçaient des professions sur les propriétés, et d'autres qui servaient à bord des navires côtiers comme matelots ou qui y avaient le soin des approvisionnements. D. Excepté la culture de la canne, connaîtriez-vous un genre de travail qui répugnât à un noir libre, si on le lui payait convenablement? R. J'en ai vu un grand nombre qui se montraient forl industrieux et saisissaient volontiers toutes les occasions de s'occuper; mais aussi j'en ai vu qui ne voulaient absolument rien faire. 11 en arrive de même dans toutes les sociétés.

D. Est-ce le seul exemple que vous ayez à citer d'un nègre employé à la culture delà canne ou à la fabrication du sucre? R. S'il s'agit de noirs libres travaillant dans les champs avec les esclaves, je dirai que je n'en ai jamais vu aucun. D. N'en avez-vous jamais vu qui fussent employés dans l'usine à la fabrication ? R. Non. J'ai seulement su que des esclaves, pendant leurs heures de liberté, travaillaient sur les plantations moyennant un salaire. Peu de temps après que M. Wildman m'eut confié le soin de ses propriétés, il se présenta une circonstance qui me frappa singulièrement. Il s'agissait de faire une séparation entre la plantation Pépine et les terres appartenant au duc de Buckingham, c'est-à-dire un fossé profond de trois ou quatre pieds, et une sorte de boulevard. On est dans l'habitude de faire exécuter ce genre de travail à la tâche, à raison d'un certain nombre de pieds par jour. Les hommes qui en étaient chargés vinrent se plaindre à moi de ce que l'inspecteur leur avait donné une tâche qu'ils ne pouvaient remplir pendant les heures de travail. D'un autre côté, celui-ci m'assurait que les noirs cherchaient à me tromper et que la paresse seule les avait fait agir. J'étais fort embarrassé, parce que j'avais bonne opinion d'un ou deux des esclaves qui m'avaient fait leurs plaintes. Je savais aussi que l'inspecteur s'appliquait à obtenir le plus de travail possible, et que les noirs n'en font que le moins qu'ils peuvent. J'adoptai donc le moyen suivant pour m'assurer de la vérité : j'engageai les travailleurs à reprendre leur besogne le lendemain malin, en promettant que ceux qui auraient Uni dans un certain temps, et qui ensuite voudraient prendre la houe et aller aider la grande bande dans les champs, recevraient une indemnité pour leurs heures extra. Il en résulta que le travail représenté comme impossible fut fait entre 5 heures du matin et 1 heure 1/2, et que les récalcitrants de la veille s'occupèrent ensuite pendant quatre heures dans la plaine. D. Etes - vous d'avis que les noirs ne travaillent, soit aux champs, soit à la fabrication, que par la crainte du fouet? R. Cette crainte est, en effet, leur stimulant ; cependant il y a des exceptions. Je n'entends pas dire que l'emploi du fouet soit continuel sur toutes les propriétés de l'île, mais seulement qu'il est nécessaire pour obliger les noirs à travailler. J'ai fait moimême l'expérience que, quand on supprime ce moyen de coercition, la discipline se relâche; les esclaves sont des machines qu'il faut savoir mettre en mouvement. 1). Appliquez-vous cette observation à toutes les espèces de

D. Avcz-vous jamais vu un homme de couleur ou un noir libres, travailler sur une plantation, soit à la culture de la canne, soit à la fabrication du sucre? R. Je n'en pourrais citer qu'un seul exemple. Lorsque M. Wildman vint pour la première fois à la Jamaïque, il trouva, sur l'une de ses plantations, un esclave exerçant l'état de chartravaux? pentier, qu'il reconnut bientôt pour être né à Londres. Compre/(. Bien qu il n y ait pas un commandeur armé d'un fouet à nant qu'il n'avait pas le droit de le tenir dans l'esclavage, il la suite des charpentiers et des tonneliers, ils savent bien que, l'affranchit en dépit des protestations de ses amis ; et, pour l'ins'ils 11e vont pas à leur atelier, ils seront battus. lui lui, il pour travaillé avait trente années qu'il des demniser I). Vous pensez donc que, pour déterminer les noirs à traraison l'engagea à accorda le droit de résider sur sa propriété, et vailler comme ils le font, il faut ou les payer ou leur faire rede 3 fr. 10 cent, par jour pour continuera travailler do son étal. douter les châtiments corporels? Lorsque je pris la direction de ses plantations, il me lit connaître R. Oui. Je savais que, sur une plantation voisine de celle où cette circonstance, en m'indiquant l'endroit du registre de la je demeurais, on ne s'était pas servi du fouet depuis plusieurs homme, ; plantation où était mentionné le privilège accordé à cet mois, et que néanmoins les noirs travaillaient très-activement; il qu'il me signala en môme temps comme un ivrogne et tapageur. estvrai que le commandeur emportait son fouet dans les champs. Je 1 ui demandai pourquoi il le gardait, et sa réponse fut qu'ayant C'était l'usage fréquent de cet instrument qui avait fini par le obligé croyait gratuitement de services, il se longtemps joui ses rendre inutile. Lorsqu'il fut nommé à la direction de cette de lui payer ses journées, soit qu'il travaillât ou non. Plus tard plantation, l'intendant avait trouvé les noirs disposés à lui tenir je pensai que c'était faire tort à cet homme lui-même que de lui tête, et dut recourir au fouet, qui fut appliqué sans ménagement. permettre de vivre ainsi, et je le prévins que toutes les fois qu'il Il était cependant humain, mais il n'avait que ce seul moyen s enivrerait sa paye lui serait retenue; il en devint graduelled'établir son autorité, cl il lui réussit. ment plus rangé et put faire des é conomies. Quelquefois il lui I D. L' occupation des noirs travaillant dans les champs de prenait une envie de boire; mais ensuite il restait des semaines cannes n'est-elle pas considérée, à la Jamaïque , comme la plus et des mois entiers assidu au travail. On lui retenait sa paye lors dégradante de toutes ? môme qu après avoir travaillé pendant une demi-journée il emR. Ce qu'il y a de plus dégradant pour eux, c'est de travailler ployait le reste a s enivrer. Ce système suivi avec rigueur eut un à la chaîne dans la maison de détention, ou do nettoyer les rues plein succès; je crois que cet homme est devenu depuis cuiseur à la fabrication du sucre.

de Kingston. D. Cela se conçoit; mais, pour les esclaves qui n'ont pas mé-


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ritédêtre punis, l'occupation des nègres de jardin n'est-elle pas la dernière ? R. Oui, et l'on considère l'envoi au jardin comme une dégradation et comme un châtiment pour un domestique de maison. D. Est-ce le châtiment auquel on a reconrs ordinairement ? R. Oui. Beaucoup de personnes l'infligent de préférence à l'application du fouet. D. La punition serait-elle la même, s'il s'agissait d'une caféière ? R. J'ai eu très-peu à m'occuper d'habitations caféières. D. Etablissez-vous une distinction entre les travaux d'une plantation à sucre ou ceux d'une plantation à café, comme châtiment ? R. S'il s'agit de décider lequel est le plus dégradant, de Gulliver la canne ou le café, je dirai qu'il n'y a pas de différence à faire; les noirs ne jugent du travail que par la peine qu'il leur donne ; la culture de la canne exige un plus grand déploiement de forces physiques. D. La culture de la canne est-elle donc une chose très-pénible pour les noirs P R. Le creusement des trous à cannes est excessivement pénible; le sarclage et le nettoyage des cannes sont beaucoup plus faciles dans certaines localités ; cependant, sur les hauteurs de Clarendon, par exemple, c'est un travail très-rude. 0. Pouvez-vous comparer ces travaux avec quelque chose de semblable en Angleterre ou en Ecosse? R. Le labourage à la bêcbe se rapproche beaucoup de la préparation des trous à cannes ; mais la comparaison ne peut se faire, parce qu'il n'y a aucun rapport entre la boue et la bêche. D. Lequel, selon vous, a plus de travail à faire dans le courant d'une journée, ou du nègre qui cultive la canne, ou du paysan écossais occupé d'un travail quelconque d'agriculture ? R- Si la question se rapporte à la quantité de travail, je crois que c'est le paysan écossais qui en fait le plus. D. Lequel des deux a le plus de peine ? R■ Je croirais qu'il y a plus de peine à prendre pour façonner (les trous à cannes, que pour arracher des pommes de terre, couper du blé ou suivre la charrue. D. En laissant de côté la question de liberté et n'envisageant que la somme de travail faite par deux hommes, l'un placé à la Jamaïque, l'autre en Ecosse, lequel des deux doit fatiguer le plus? R. Si l'Ecossais a dû bêcher un terrain, et que l'esclave n'ait" eu qu'à nettoyer de jeunes plants, il est certain que le premier aura eu le travail le plus dur ; ce sera le contraire, si l'Écossais n'a eu qu'à récolter ou à semer, pendant que l'esclave aura creusé des trous à cannes. D. En prenant la moyenne du travail de ces deux hommes, d'un bout de l'année à l'autre , lequel aura eu le plus de fatigue pendant cette période ? R. Ce sera incontestablement le noir, qui doit travailler de nuit à l'époque de la récolle, el qui, durant quatre mois, n'a que six heures de repos par vingt-quatre heures, tandis que l'Écossais a son repos régulier toute l'année. D. Combien le creusement des trous à cannes prend-il de temps ? R. A Clarendon, cette opération doit commencer au milieu d'août; le point important, c'est que le plantage soit terminé au 1" décembre ; en sorte que le creusement est la principale occupation depuis le premier août jusqu'au 1" décembre. Dès qu'on a fini de planter, on commence la récolte, ce qui arrive environ trois semaines avant Noël; puis on recommence à creuser des trous en mars el avril, pour ajouter à la plantation d'automne. Dans la paroisse de Clarendon, c'est surtout dans les mois d'août, septembre, octobre et novembre que l'on creuse les trous ; on commence ensuite la récolte, qui est très-longue, parce que les

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rejetons fournissent peu dans les parties montagneuses, et qu'on est obligé d'y multiplier les plants. A 10 milles plus loin, vers la paroisse de Vère, les champs sont moins étendus, le sol y est d'une grande fertilité, et les plants s'y conservent long-temps ; il suffit, dans cette localité, d'en faire chaque année 10 ou 15 arpents de nouveaux. Après un certain nombre d'années, la canne se trouvant presque épuisée, il faut replanter entièrement. Dans Saint-André, il y a également des champs très-étendus, et les rejetons se conservent aussi. En général, il n'y a pas deux paroisses où les conditions de culture soient les mêmes. D. Nous vous avons demandé de comparer la somme cle travail entre le paysan écossais et le noir, en ayant égard au climat, au genre d'ouvrage et au temps employé. Lequel, selon vous, doit être le plus fatigué à la fin de la journée, bieu entendu qu'il faut tenir compte aussi de la force relative et de la constitution des individus ? R. Le noir travaille plus longtemps, mais le paysan d'Ecosse fait plus vite sa besogne. D. Mais lequel des deux doit se trouver le plus fatigué à la lin du jour? R. Cela doit dépendre nécessairement de la saison. Dans le mois de janvier, le noir est tout à fait épuisé par ses occupations aux champs et par le manque de repos. Dans le mois de juin, lorsque la récolte est terminée el qu'il n'a plus qu'à sarcler les pâturages, il n éprouve pas une grande fatigue. Vient ensuile le temps de planter, et il s'épuise de nouveau. Le géreur est quelquefois obligé d' accorder aux esclaves une semaine de repos, en suspendant; le creusement des trous. En résumé, la quantité de travail dépend de la saison. D. Lorsqu'on leur donne une semaine de repos, comment les noirs l'emploient-ils? R. A nettoyer les pâturages et à d'autres travaux faciles. D. Vous prétendez que les esclaves travaillent par crainte du châtiment. Si le fouet était défendu, qu'on les rendît libres et qu'on leur offrît des salaires, croyez-vous qu'ils ne travailleraient pas avec activité pour gagner beaucoup ? R. Cette question est tellement compliquée, que je ne puis y répondre sans la diviser. D. Avez-vous quelque motif de croire que le noir émancipé qui travaille aujourd'hui comme menuisier, matelot ou porteur sur les quais, ne voudrait pas travailler sur une plantation à sucre moyennant un salaire? R. Si vous placez un noir entre le travail et la faim, il n'y a pas à douter qu'il préférera le travail. Si, dans l'état actuel des choses, vous disiez à l'un des esclaves des plantations : Tu conserveras ton champ et ta case, el je t'offre un salaire pour travailler chez moi, il vous répondrait : Je ne travaillerai pao pour vous, parce que, en cultivant mon champ, je puis gagner plus que vous ne m'offrez. Mais, si on lui retranchait son terrain, el que, en lui laissant seulement son logement, on lui fit comprendre qu'il n'a d'autre alternative que de travailler ou de souffrir de la faim, je suis sûr qu'il n'hésiterait plus. D. Un esclave émancipé et libre de s occuper a son gré éprouverait-il de la répugnance à travailler dans les champs pour un salaire, comme il travaille sur les quais ? R. Lorsque j'avais sous mes ordres 700 noirs, partagés en un certain nombre de familles, j'aurais pu vous dire: Voici un homme qui a de nombreux enfants, placez-le dans la situation dont vous parlez, el non-seulement il travaillera, mais son influence sur sa famille la décidera à l'imiter. Mais il m'aurait aussi été facile de vous indiquer un autre homme qui aurait mieux aimé voler sur les routes, que de s'utiliser honnêtement. La disposition au travail n'est pas la même chez tous les noirs. D. Supposez qu il eut convenu à M. Wildman de se remettre en possession de la propriété qu'il a louée, et qu'il eût signifié aux noirs qui 1 habitent d avoir à quiller leurs cases ou à tra-

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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

vailler, moyennant un salaire, à remettre la terre en culture de cannes, pensez-vous que la crainte d'être expulsés et l'appât du salaire auraient déterminé les noirs à accepter les offres de M. Wildman ? R. Je ne le crois pas. Les individus qui occupent celte propriété sont libres; et, plutôt que de se soumettre au travail pénible de la culture de la canne, ils se seraient retirés pour chercher un autre emplacement. Peut-être, au reste, eût-il été possible de les décider par des offres séduisantes; mais, s'ils avaient pu gagner davantage en affermant ailleurs une acre ou deux de terre, ils n'auraient pas hésité à prendre ce dernier parti, comme leur étant le plus profitable. D. Vous pensez donc qu'en cas d'émancipation les noirs auraient le bons sens de choisir l'occupation qui, en leur donnant le moins de peine, leur rapporterait davantage ? R. En les plaçant dans une situation où la crainte du besoin agisse sur eux, et où le bénéfice du travail soit passable, il n'y a pas à douter qu'ils ne préfèrent travailler. D. Le nègre émancipé qui n'aurait plus ni terrain à provisions ni habitation, et dont l'existence dépendrait de son industrie, consentirait-il, en général, à s'employer pour un salaire ? R. Cet essai n'ayant jamais été fait en grand , je ne puis rien affirmer; mais, à en juger par les observations que j'ai pu faire sur lés esclaves que j'ai dirigés, je crois que oui. Mon opinion se fonde sur la connaissance que j'ai eue d'un certain nombre de noirs émancipés, et sur celle, plus parfaite, des esclaves placés sous mes ordres, parmi lesquels, au surplus, les bons étaient en majorité. Je les ai vus remplir leurs obligations sociales et respecter le lien du mariage ; à Vère surtout, ils se montraient paisibles et industrieux. J'ai conclu de ce que j'ai remarqué, que, si on les plaçait dans la position des paysans de la Grande-Bretagne, ils agiraient exactement comme eux. D. Les noirs ne se montraient-ils pas très-actifs pour la culture de leurs terres à provisions ? R. Oui ; ils travaillaient aussi les uns pour les autres, principalement dans les montagnes de Port-Royal. Us recevaient, pour prix de leur journée, 1 schell. 8 pence et le déjeuner. Les esclaves de M. Wildman devaient à sa bonté la jouissance du samedi de chaque semaine, ce qui leur avait été accordé pour leur permettre d'assister au service divin le dimanche. Comme M. Wildman possède un vaste jardin qu'il ne voulait pas faire entretenir aux dépens du travail des champs, j'offrais souvent aux noirs de s'y occuper ; quelques-uns acceptaient, moyennant a sch. 11 pence par jour et le déjeuner. D. En général, lorsque vous offriez à un noir de lui payer son travail, se montrait-il disposé à accepter ? R. Oui. Lorsque les noirs placés sous mes ordres étaient occupés à la tâche, je leur offrais souvent un travail extra après la fin de leur journée. J'en ai vu creuser 120 trous à la lâche, et faire ensuite un travail extra qui leur était payé. Quelquefois ils creusaient 1/10 trous; un jour même ils en firent 1G0; mais le commandeur m'engagea à leur interdire un travail aussi excessif. D. Le comité doit-il comprendre que le creusement de 120 trous est la tâche ordinaire d'un homme, et que, moyennant un salaire, il en fait jusqu'à 160? R. Lorsqu'une pièce de terre doit être creusée en trou3, si elle na pas été labourée, la tâche d'un homme est de 90 trous par jour. Dans la circonstance dont je parle, j'étais pressé de terminer le plant, et, en même temps, je tlésirais expérimenter ce que les esclaves pourraient faire en les payant. Je dis donc au commandeur que, si, après avoir creusé leurs 120 trous, ils voulaient continuer, je les payerais à raison de 3 schell. l\ p. par jour pour ce qu ils feraient en plus. Le premier jour, ils creusèrent 160 trous; mais le commandeur m ayant lait observer que ce travail était excessif, ils n en creusèrent plus que 1 40 les jours suivants. A la lin de la semaine, chaque esclave se trouva avoir fait une jour-

née entière en sus de sa tâche ordinaire, et reçut le prix convenu de 3 schell. l\ pence. D. Si les esclaves travaillaient à la journée , et non à la tâche, ne leur donneriez-vous que 120 trous à faire ? R. En leur indiquant 120 trous pour le travail d'une journée, ils le finiraient juste pour le soleil couchant ; mais , si on leur dit que, les 120 trous achevés, ils seront libres de s'en aller, ils emploient leur temps, sans se réserver même celui du déjeuner ni du dîner, et, en commençant à 5 heures du matin, ils ont ordinairement fini avant 3 heures. D. Le travail ne se règle-t-il pas quelquefois à la pièce, et d'autres fois suivant le nombre d'heures ? R. Oui. Tantôt d'une façon, tantôt de l'autre. D. Quand les esclaves travaillent à l'heure, ne font-ils que 120 trous dans un jour P R. C'est ordinairement le nombre qu'on leur demande, parce qu'on sait qu ils peuvent le faire. Celui qui n'aurait pas fini serait battu, à moins qu'il ne prouvât que la terre contenait du gravier. Mais, lorsqu'ils savent qu'ils pourront s'en aller après avoir terminé, ils ne sont jamais en retard. D. Les trous à cannes se creusent-ils toujours à la tâche ? R. Non. Quelquefois ce serait pour les noirs un travail peu avantageux, parce que l'un d'eux peut avoir une veine de terre dure, et un autre une veine de terre légère; de sorte que celui-ci aurait moins de peine, tandis que le premier fatiguerait beaucoup. En pareil cas, l'intendant prévient qu'il n'y aura pas de tâche. D. La même somme de travail est-elle requise de tous les individus d'une même bande ? R. Oui, de tous ceux de la première bande. D. Ne travaillent-ils pas tous sur une même ligne ? R. Oui, pour la plupart. D. Comment se maintiennent-ils en ligne lorsque le sol vient à présenter un obstacle? R. Si le commandeur, qui doit toujours surveiller les travailleurs , s'aperçoit que l'un d'eux va entrer sur une partie difficile, il lui adjoint un autre homme et raccourcit la ligne. D. Exige-t-on de tous les esclaves le même nombre de trous pour une journée de travail ? R. Oui, lorsque le terrain est égal partout. D. N'a-t -on aucune considération pour la force corporelle ? R. On regarde tous les noirs comme étant généralement d'égale force. Celui qui se trouve ne pouvoir continuer se repose pendant un jour. D. Les femmes sont-elles traitées de même que les hommes ? R. Sans pouvoir rien affirmer, je crois pourtant que les femmes sont obligées de faire la même besogne que les hommes, surtout si le terrain est le même partout. D. Lorsqu'il vous est arrivé d'obtenir des noirs 160 trous dans une journée , vous avez jugé la lâche trop forte ; mais, sous l'ancien système du fouet, auriez-vous exigé d'eux qu'ils la continuassent ? R. On n'aurait pu y parvenir qu'en les frappant sans pitié, et encore n'est-il pas certain qu'on l'eût obtenu. Ils n'auraient peut-être pas eu la force d'achever la même tâche le lendemain. D. 11 est donc vrai de dire que le seul moyen d'obtenir des esclaves autant de travail qu'ils peuvent en faire, serait de leur allouer un salaire ? /{. Sans doute. J'ai fait l'expérience qu'en leur assignant une tâche et en leur payant les heures en plus, j'obtenais d'eux beaucoup plus de travail, et qu'ils Je faisaient de bon cœur. D. Quel est le plus grand nombre d'esclaves que vous ayez occupés en les payant ? IL Je les avais demandés pour établir une séparation entre


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. — 1832. e

I une des plantations de M. Wildman et les terres du duc de Buckingam. Il y en eut d'abord un, puis deux , mais je ne pense pas que leur nombre se soit élevé à vingt. D. Avez-vous eu souvent occasion d'employer les esclaves de cette manière ? R. Outre la circonstance dont je viens de parler, je les occupai quelquefois à creuser des trous et aux travaux du jardin. D. Pensez-vous que, si vous eussiez désiré, dans d'autres circonstances , en employer ainsi un plus grand nombre , il vous eût été possible de le faire ? R. Oui, si c'eût été un avantage pour eux, et s'ils avaient été convaincus que c'était le genre de travail dont ils pussent tirer le plus de profit. D. Ne leur avez-vous jamais fait inutilement de telles offres ? ii. J ai toujours trouvé les noirs disposés, en général, à travailler pour un salaire dans leurs heures libres. D. Entendez-vous parler d'autres esclaves que de ceux de M, Wildman ? R. Non. D. Puisque ce mode de travail avait été reconnu le plus avantageux, pourquoi ne l'adoptiez-vous pas ordinairement ? R. On préfère occuper les noirs à la tâche. D. Lorsqu'il s'agit du creusement des trous à cannes, ne seraitil pas dans l'intérêt du planteur de donner à son atelier du travail extra, suivant la méthode que vous venez d'exposer ? R. Ce travail deviendrait trop coûteux. Les dépenses indispensables pour la direction d'une plantation sont telles aujourd'hui, qu'un syslème mixte d'esclavage et de liberté ne pourrait pas être suivi. Un pîanlcur ne serait pas à même d'entretenir ses esclaves en les faisant travailler la moitié du jour comme des hommes libres. Quant à moi, j'avais voulu tenter une expérience ; mais, ainsi que je l'ai dit, le travail à îa tache est celui que l'on préfère. Les planteurs reconnaissent que c'est le mode le plus expéditif, et beaucoup d'intendants n'en suivent pas d'autre. D. Si vous étiez planteur dans les Indes occidentales, l'expérience que vous avez des disposilions des noirs à travailler pour un salaire ne vous porterait-elle pas à renoncer au système d'esclavage et à émanciper vos noirs ? II. J'ai offert d'acheter les propriétés de M. Wildman dans cette intention. J'avais proposé à plusieurs personnes de s'adjoindre à moi pour faire cette aquisition, créer des écoles et adopter le système de travail libre. Pour effectuer ce projet, j'aurais employé tout ce que je possède, c'est donc une preuve évidente que j'avais ]a confiance de réussir. D. Votre connaissance du caractère des noirs ne vous fait-elle pas penser qu'il vaudrait mieux les faire travailler pour un salaire que de les maintenir dans l'esclavage et de n'obtenir d'eux que des services arrachés par le fouet ? R. Gela dépend des circonstances; si la liberté existait sur une plantation et l'esclavage sur une autre, un système ainsi morcelé ne pourrait pas réussir. D. N'était-ce pas pourtant celui que vous vouliez suivre en proposant l'achat dont vous venez de parler? R. J'avais été déterminé à faire celte offre, dont j'espérais une bonne réussile, par la considération de mon influence personnelle sur les noirs des propriétés de M.Wildman. En changeant l'état des choses, si l'on faisait entendre aux esclaves qu'ils recevront le juste salaire de leurs peines, le plus grand nombre se montreraient disposés à travailler et ce système réussirait, pourvu qu'il fût convenablement appuyé; mais, s'il n'était que partiellement appliqué, il n'en serait pas de même. D. Êtes-vous d'avis qu'une émancipation générale, effectuée avec les précautions convenables, aurait pour effet de placer les noirs dans une condilion telle qu'ils pourraient pourvoir euxmêmes a leurs besoins en louant leurs services.

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R. Si 1 on proclamait al instant même la liberté dans Spanish Town, je ne mets pas en doute que la confusion et l'anarchie ne fussent la conséquence de cette résolution. Mais si l'on agissait avec précaution, si l'on prenait des mesures restrictives, si l'on faisait comprendre aux esclaves que la liberté ne les dispensera pas du travail, que telle est la volonté du Roi ; si on leur ôtait l'idée que les intentions du propriétaire sont en opposition avec celles du Roi; et si les propriétaires se montraient sincèrement disposés à seconder le Gouvernement, je suis convaincu qu'alors la liberté pourrait, sans danger, être accordée aux noirs, et produirait un grand bien. Toutefois il serait nécessaire de distinguer entre la liberté illimitée, et une liberté modifiée par des restrictions convenables et par des lois plus efficaces que celles qui existent aujourd'hui. D. Avez-vous quelquefois arrêté votre pensée sur la question de l'émancipation ? R. Oui, souvent. 1). Quelles mesures de reslriclion penseriez-vous que l'on dut adopter si l'émancipation était décidée. !i. Il serait difficile de les indiquer toutes en détail; je vais essayer seulement d'expliquer celles qui se sont présentées à mon esprit. Avant tout je dois dire comment aujourd'hui l'ordre se maintient à la Jamaïque, La police des districts de la campagne se compose de l'intendant, des teneurs de livres sous ses ordres, et des commandeurs. L'agent du propriétaire et l'intendant représentent un juge de paix dont les commandeurs sont les constables ; chaque plantation a ses instruments de punition et sa prison. Lorsqu'un délit est commis, c'est le géreur qui donne l'ordre de saisir le coupable. En changeant le système actuel il faudrait aussi changer l'organisation de cetle police, établir un magistrat salarié et des constables réguliers. Voilà ce qu'il me semblerait convenable de faire ; mais il est difficile de se prononcer d'une manière positive lorsqu'on ne peut juger que par présomption. D. Que penseriez-vous du moyen de diviser le pays en districts et d établir partout une police à l'instar d'une milice locale ? R. J'ai loujours eu l'idée que diviser l'île en petits districts, et nommer un magistrats salarié pour chaque district, serait un très-bon moyen d'assurer le maintien de l'ordre; il faudrait toutefois que les magistrats connussent les lois et fussent des hommes instruits. D. En combien de petits districts l'île pourrait-elle être divisée ? R. Je ne saurais le dire précisément. D. Avez-vous calculé ce que cette mesure pourrait coûter ? R. Ce calcul serait très-difficile à faire el exigerait beaucoup de recherches. /). Avez-vous pris en considération la distance à laquelle les plantations sont placées les unes des autres et l'étendue des terres incultes qui les séparent? R. J'ai médité ce projet sous toutes les faces, el je ne me dissimule pas les obslacles que son exécution rencontrerait. D. Vous éprouveriez de la peine a diviser la paroisse de SaintAndré: n'en serait-il pas de même pour toute l'île? R. Je crois que la principale difficulté consisterait dans la dépense à faire. D. N'avez-vous pas dil que, si M. Wildman avait essayé de remettre en plantation a sucre la propriété qu il a donnée à loyer, les noirs qui y résident auraient mieux aimé se retirer que de travailler pour un salaire ? R. Les noirs industrieux se seraient décidés à accepter la proposition par l'appât du profit qu'elle leur aurait offert; mais je ne crois pas que ceux qui étaient moins bien disposés eussent voulu se soumettre à travailler régulièrement à la culture de la canne.

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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. - PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

Au surplus il ne se serait agi que du plus ou du moins d'argent, l'ayez un homme, et vous en obtiendrez ce que vous désirez. D. Nous avons compris que si l'on avait proposé à ces noirs de travailler sur une plantation à sucre, ils auraient préféré se retirer et chercher d'aufres terrains ? 11. C'est, je crois, ce qu'ils auraient fait, à moins qu'on ne leur eût offert pour leurs services un prix qui les eût déterminés, D. Comment auraient-ils pu se procurer d'autres terrains ? Vi. Tout près de cet endroit est un district appelé Above-Rocks, où il se trouve de grands établissement de noirs libres qui ont achelé des parties de terres dans les montagnes. D. De qui les ont-ils acquises ? R. Je ne sais. D. Entre les mains de qui sont ces propriétés ? [{. Je I ignore également. Il existe d'autres terres qui auraient pu être occupées comme le sont celles de M. Wildman. D. Il y a donc de vastes étendues de terres inoccupées que ces noirs libres auraient pu se faire concéder pour s'y établir? R. Je crois qu'en effet il y en a beaucoup dans le district que j'ai cité; il n'est pas difficile de s'en procurer de petites portions. Je n'ai jamais visité ce district, mais je suis porté à croire que les choses y sont telles que je le dis, car les noirs qui y résident apportent au marché de Kingston des quantités considérables de provisions. J'ai toujours entendu dire qu'ils cultivaient les terres qu'ils avait achetées, mais je ne connais pas leur position. Dans toute la colonie on rencontre de ces établissements; j'ignore à quelles conditions les noirs s'en procurent les terrains. I). Si un noir émancipé, assez industrieux, et qui ne chercherait pas à gagner plus que sa subsistance, ne voulait pas travailler aux plantations à sucre, quelles ressources aurait-il pour vivre P II. En ville, il pourrait s'employer sur les quais, ou comme domestique sur les plantations. Les noirs libres établissent des relations avec des femmes esclaves, et occupent la portion des ferres de la propriété qui est allouée à leur femme. D. Supposez-vous qu'il se trouverait un grand nombre d'hommes assez dépourvus d activité pour ne pas vouloir entreprendre un travail pénible ? /{. Oui, tous ne sont pas également laborieux, et il y aurait toujours parmi eux une grande disposition à rechercher la besogne la plus facile. Chez quelques-uns l'amour du repos l'emporterait sur celui du gain. Cela dépendrait du caractère des individus. D. Savez-vous quelle étendue de terre les noirs pourraient se procurer dans d'autres districts que celui d'Above-Rocks si, une émancipation générale ayant lieu, les propriétaires refusaient de laisser à leurs esclaves les terrains à provisions qu'ils auraient possédés jusque-là. R. Toutes les plantations ont des terrains qu'elles n'occupent pas. 11 se trouve d'ailleurs beaucoup de terres en friche qui n'ont pas encore été concédées. D. Si les esclaves devenaient libres auraient-ils le droit d'occuper les terres dépendantes des plantations sans le consentement des propriétaires ? Il Non , sans doute. /). Se trouve-t-il des terrains sur lesquels il leur serait libre de s établir sans avoir rien à payer à personne? IL Je ne le crois pas, à moins qu'ils ne s'en emparassent par force. Les terres en friche appartiennent à la Couronne ou à des particuliers. D. Savez-vous quelle quantité de terres à concéder possède encore la Couronne ? II. Non. I). Combien faudrait-il d acres de terre de moyenne qualité

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pour qu un noir pût y trouver les moyens de soutenir sa femme et deux enfants ? R. Il ne m'est pas possible de répondre à celte question. D. Cinq acres de bonne terre seraient-elles suffisantes? Jl. Je crois qu'il ne lui en faudrait pas tant. I). Lui suffirait-il de trois acres ? II. Cela dépendrait de la qualité. Trois acres des terres riches de Manchester ou de Sainte-Elisabeth pourraient lui suffire, tandis qu il n'aurait pas assez de la même quantité dans une localité stérile. I). Le nègre qui aurait assez de terres pour vivre dans l'aisance serait-il encore disposé à louer ses services pour satisfaire des besoins artificiels ? R. Je crois que s il possédait trois acres de terre il ne travaillerait pas hors de chez lui. J'exprime cette opinion parce que les noirs libres de la propriété de M. Wildman avaient chacun trois acres de terre. D. Cette quantité leur suffisait-elle pour vivre dans l'aisance? R. Je ne puis que le supposer, car je n'ai jamais visité leurs habitations. J en ai connu un qui tenait à location deux acres de terre moyennant 3 liv. sterl. par an. 11 était marié ; mais sa femme était esclave, el il fallait en outre qu'il payât à son maître 18 liv. sterl. chaque année pour qu'elle pût vivre avec lui. Cependant il parvenait à subvenir à ses besoins, et en partie à ceux de sa femme et de deux enfants. U avait en outre à remplir les obligations de la milice. D. Vous n avez pas dit si, dans votre opinion, un noir qui posséderait assez de terrain pour vivre travaillerait en outre pour satisfaire des besoins artificiels? II. Je n'avais pas bien compris la question. D. Si nous entendons par besoins artificiels ceux qui sont en dehors des nécessités de la vie, croyez-vous que le désir de se procurer des choses de luxe décidât le noir à faire un travail extra. En d autres termes, se contente-t-il ordinairement de ce qui lui est strictement nécessaire ? R. A en juger par la disposition intérieure de leurs habitations, par leur ameublement, leurs vêlements, etc., je croirais qu'en général les noirs aiment tout ce qui peut ajouter à leur bienêtre; il en est cependant qui vivent dans la pauvreté et la misère. I). Les esclaves portent-ils des souliers ? R. Oui, le dimanche; ils seraient honteux de n'en pas avoir pour aller à l'église. I). En portent-ils comme objet de luxe? H. Ils en portent pour imiter les blancs. Le dimanche, dansla paroisse de Vère, j'ai vu la plus grande partie des hommes vêtus en habits de drap, el ayant des souliers aux pieds. I). Étaient-ce des nègres travaillant aux champs ? R. Oui. I). Si vous les eussiez rencontrés sur la route, ne les auriezvous pas vus porter leurs souliers à la main ? R. Sans do nie. I). Avez-vous remarque la même chose en Ecosse? Jl. Oui, j'ai vu les femmes en agir ainsi. I). Un nègre qui aurait une grande distance à parcourir préférerait-il mettre des souliers pour sa commodité ? R. Je ne le pense pas. D. Comment se procurent-ils leurs objets d'ameublement, tels que les chaises, les tables, etc. ? R. Par leurs économies. U. Il faut donc qu'ils travaillent pour se procurer ces objets de luxe? II. Il y en a, en effet, qui le font. /). N'en voit-on pas qui cherchent à gagner de l'argent, soit


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pour acheter leur liberté, soit pour se procurer des choses qui ne leur sont pas d une nécessité absolue ? R. Il est à ma connaissance que beaucoup des esclaves des plantations que je dirigeais avaient chez eux des meubles d'acajou, des carafes en cristal, du vin, des lits avec leurs fournitures, et même des gravures. Ils s'étaient procuré tout cela par leur travail. D. Etait-ce en travaillant sur les petites portions de terrains qu'ils occupaient ? R. L'habillement des noirs de la paroisse de Vère est tout à fait différent de celui des noirs de la paroisse de Saint-André. J'ai toujours été frappé du luxe de leurs vêtements lorsqu'ils vont à l'église. Les femmes étaient vêtues de mousseline et de bonnets de dentelle, les hommes portaient des pantalons, et, la plupart, des habits de drap. A Vère, on aurait pensé qu'ils possédaient des terres à eux. A Saint-André, au contraire, ils étaient mal vêtus. Un soir, j'en fis la remarque à l'un des noirs les plus considérés de la plantation. Vère, me répondit-il, est un pays à maïs où les esclaves élèvent un grand nombre de volailles. Il vient des brocanteurs de Kingston qui les leur achètent pour approvisionner les navires. On fait aux esclaves une distribution de maïs par semaine, et, comme dans les bonnes saisons ils peuvent se nourrir de leurs provisions, ils employent ce blé à élever de nombreuses volailles. D. La paroisse de Vère n'est-elle pas exclusivement cultivée en sucre ? R. Oui. D. Auriez-vous eu connaissance d'acquisitions de terrains faites par des esclaves dans d'autres parties de l'île? R. Je ne suis guère en état de parler des parties de l'île, autres que celles qui me sont connues. Dans les montagnes de Clarendon, à en juger par l'apparence, les esclaves sont plus pauvres que ceux de Vère; la seule raison que j'en puisse donner, c'est que Clarendon est un district dont l'accès est très-difficile. Il est à 16 milles de la côte et à 3o milles de SpanishTown ; il ne s'y trouve pas de marché. Les esclaves ont bien suffisamment de quoi vivre; mais ils ne peuvent vendre le surplus de leurs provisions. D, En sorte que leur pauvreté relative ne provient pas de la difficulté de se procurer les moyens de gagner de l'argent, mais de l'impossibilité où les met leur éloignement de vendre leurs produits au marché ? R. Oui; et la nature des productions qu'ils récoltent y est aussi pour quelque chose. A Clarendon, ils cultivent principalement le cacao; dans les montagnes, ils ont des provisions en abondance; mais elles ne peuvent être employées au même usage que le blé de Vère. Lors même que cela se pourrait, ils n'auraient pas le même débouché. D. Quelle est la condition des noirs dans Saint-André? R. Elle est meilleure que dans Clarendon, mais cependant pas aussi bonne qu'à Vère, où le sol est plus fertile et la localité plus avantageusement située. D. La commission doit-elle comprendre que, dans aucune do ces paroisses, les nègres ne manquent ni d'une bonne nourriture ni de vêtements, et que seulement ils n'ont pas les mêmes facilités pour faire de l'argent au marché? R. Je suis fermement convaincu que, sur toutes les plantations de l'île, les vêtements prescrits sont régulièrement distribués aux noirs ; s'il y a des exceptions, elles ne sont que très-peu nombreuses. D'un autre côté, leurs terrains leur fournissent des provisions en abondance. D. Les noirs des plantations ont-ils, en général, des moyens de faire des économies autrement qu'en cultivant leurs terrains, en élevant de la volaille, etc. ? R. Je ne le crois pas; pourtant il y a des cas particuliers. Un tonnelier esclave gagne de l'argent en «'occupant, dans ses heures

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de liberté, à faire des seaux et autres choses semblables; un charpentier peut travailler a construire une maison pour un autre noir ; un maçon peut aussi s'occuper dans le même genre. D. N'avez-vous pas su que quelquefois des propriétaires permettaient à des esclaves de laisser paître sur leurs propriétés des bestiaux, que ces esclaves vendaient pour leur propre compte? R. Oui; et c'est là encore une source de profit. D. La civilisation est-elle avancée à ce point parmi les noirs, qu'un maçon puisse gagner davantage à travailler de son état pendant ses heures de liberté, qu'à la culture de son terrain, et qu'il soit à même de payer quelqu'un pour en prendre soin? R. Je crois que cela est arrivé, et que, s'il pouvait gagner 3 schell. k den., et se procurer deux hommes pour le même prix, le maçon n'hésiterait pas à faire faire sa culture. D. Un esclave artisan, tonnelier, charpentier ou maçon, peutil , pendant son temps libre, confectionner des objets pour les vendre ? R. Je crois que si l'on offrait à un artisan un travail à faire pendant son temps libre , moyennant un bon prix, il serait toujours prêt à accepter. Je dois dire que toutes mes réponses sur ce sujet ne sont basées que sur des souvenirs. D. Pensez-vous que l'on puisse imposer aux noirs, pour l'occupation de leurs cases, soit une certaine quantité de travail, soit une certaine somme en argent; qui en représente le loyer? R. Je ne puis pas répondre moi-même à cette question ; mais je citerai ce que me dit un jour un esclave estimable avec qui je causais de la liberté dont les noirs avaient conçu l'espoir. Je lui demandais si, dans le cas où on leur accorderait cette liberté ils ne seraient pas heureux de travailler pour un salaire, sans conserver leurs terrains à provisions : «Après quelque temps, me dit-il, nous pourrions en effet nous trouver heureux de cette manière; mais, pour commencer, il vaudrait mieux nous laisser nos champs BMWcases, que de nous offrir un salaire. » Je compris qu'il vovoulait dire que d'abord la jouissance de leurs terrains leur tiendrait lieu du salaire que plus tard ils seraient disposés à ac

D. Ne croyez-à attachés ;i leur propriété ?

11 ce

moment les noirs sont trèset les considèrent ours terrains, comme

R. Oui, je le crois. D. II serait donc difficile de leur imposer de nouvelles conditions à cet égard ? R. On ne pourrait, à mon avis, opérer un changement soudain dans l'état des choses. D. Ne pensez-vous pas qu'il serait possible de convertir le lover en un certain nombre de jours de travail, suivant l'expérience tentée par M. Sleek ? R. Je 11e saurais affirmer si cela serait praticable. D. Le salaire d'un noir ne s'élèverait - i ! pas, en général, au dessus du loyer qu'il aurait à payer ? R. S'il recevait un salaire raisonnable , et s il était occupé toute l'année, il serait sans doute en état de payer son loyer. D. Est-ce aujourd'hui une obligation légale pour le planteur d'entretenir un esclave malade ou Agé ? R. Oui. /). Les esclaves de la Jamaïque sont-ils généralement désireux d'obtenir leur liberté ? R. Sans pouvoir répondre à ce sujet d'une manière précise, je crois pourtant qu'ils en éprouvent un vif désir. Avant que je quittasse la Jamaïque, ce désir se-manifesta de la manière suivante dans le district de Saint-André ; en 1830, un bill fut proposé a 1 assemblée pour accorder clos privilèges aux gens libres de la colonie;les esclaves, au moins ceux de Saint-André, s'imagineront que ce bill comprendrait aussi leur émancipation. Je n eus connaissance de ce fait que deux ou trois mois après 1830,

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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

lorsqu'on me dit que, clans le village de Pepisse, ils s'entretenaient de leur liberté prochaine. Ils pensaient que le Roi avait ordonné qu'on la leur accordât, mais que l'assemblée s'y opposait. Toutes les informations que je pris me donnèrent la certitude que tous les esclaves de ce district souhaitaient leur liberté et espéraient la recevoir bientôt. Un noir du district de Vère me dit que tous s'attendaient à voir augmenter leurs jours libres ; qu'ils ne comptaient pas sur leur affranchissement, mais seulement sur tous leurs samedis, ou sur quelque autre privilège de peu d'importance. IJn esclave de Clarendon, que j'interrogeai également, m'assura que de ce côté on n'avait nullement songé à la liberté.

D. Tous les noirs, domestiques ou travaillant aux champs, ont-ils un égal désir de la liberté ? R. Je ne le crois pas. D. Beaucoup des esclaves ne pensent-ils pas que l'émancipation les placerait dans une condition pire que celle où ils sont à présent, et qui oblige leurs maîtres à les soutenir dans leurs maladies ou dans leur vieillesse ? R. Il en est qui pensent ainsi. J'ai vu un grand nombre d'esclaves fort indifférents quant à leur liberté, mais cela n'est pas général. Un commandeur, qui jouissait d'une foule d'avantages et de la facilité d'acquérir quelque propriété, disait que si on voulait le jeter libre sur une savane, il sacrifierait volontiers sa position actuelle.

N° 136. -

NOUVEL INTERROGATOIRE DE M. W. TAYLOR. L). Avez-vous quelque chose à ajouter à vos précédentes dépositions ? /î. La commission m'a demandé si les noirs que j'avais employés à un travail volontaire s'étaient trouvés au nombre de 20, j'ai répondu que non; mais, en rappelant mes souvenirs, je puis dire qu'ils ont dépassé ce nombre ; ma réponse ne se rapportait qu'à une seule circonstance. Dans une autre occasion, j'en employai 3o à faire des trous à cannes pendant les heures extra. D. Par travail volontaire, vous entendez sans doute celui qui se fait en dehors de la journée ? R. Oui; tous les hommes que j'employais ainsi étaient esclaves, une partie appartenaient à M. Wildman, les autres étaient des noirs loués pour les aider : tous avaient la même lâche à remplir, et, autant que je me souviens, ils faisaient des heures extra après l'avoir terminée. /). A qui appartenaient les noirs que vous aviez loués ? R. Ils étaient de la plantation Mattox, sur la paroisse SaintAndré. On m'a aussi demandé si un noir ayant une longue course à faire marcherait de préférence avec des souliers ; j'ai dit que je ne le croyais pas, cl peut-être aura-t-on conclu de là qu'il préférerait marcher pieds nus , mais je dois ajouter que, pour remplacer les souliers, il mettrait des sandales. Certes il 11e marcherait pas pieds nus. I). Les domestiques témoignent-ils un aussi grand désir de liberté que les noirs qui travaillent aux champs ? R. Dans presque toutes les occasions où le désir de liberté s'est manifesté, on a remarqué que c'était surtout parmi les domestiques; c'est dans celte classe que les affranchissements sont le plus nombreux, c'est d'elle aussi que l'on reçoit le plus grand nombre de demandes d'affranchissement. Je ne puis dire pourtant si ce fait résulte de ce qu'ils supportent l'esclavage plus impatiemment que les autres noirs; ils ont plus de facilités pour se faire affranchir et en profitent. Dans l'état actuel du pays, toutes les opinions que l'on peut émettre sont sujettes à exception. I). Croyez-vous que l'indifférence pour la liberté soit une exception à la règle générale? R. Je crois que les esclaves de toutes les classes aspirent à devenir libres. /J. Quelles sont les classes dans lesquelles les exceptions se manifestent? R. L'esclave âgé, qui a survécu à tous les siens et qui dépend d'un maître humain et riche, ferait une exception. Le premier commandeur d'une plantation, dont les gages elles allocations sont convenables, ne voudrait pas de la liberté s'il lui fallait quitter son poste, mais il l'accepterait volontiers si rien n'était d'ailleurs changé dans sa position. Un nègre aima-t-il sa liberté, s'il se voyait, en perspective, chassé de sa case el jeté errant sur la terre, renoncerait à l'accepter,

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D. La commission doit-elle conclure de là que, pris en masse, les esclaves désirent la liberté, mais que particulièrement il y a des exceptions ? R. C'est ce que je pense moi-même. D. Avez-vous connu un grand nombre de nègres qui eussent refusé de changer leur condition d'esclaves contre celle d'hommes libres ? R. Je n'ai pas connu de réunion de nègres dans ce cas. D. Avez-vous connu au moins un certain nombre d'individus qui n'eussent, pas voulu accepter la liberté? R. Je n ai jamais su que l'on ait offert à un certain nombre d'esclaves de les rendre libres el qu'ils aient refusé. D. Vous avez eu peut-être des exemples d'individus isolés à qui la liberté ne faisait pas envie ? R. Je ne me rappelle aucun exemple de ce genre; j'ai vu souvent, au contraire, des noirs demander leur affranchissement. D. Les esclaves de M. Wildman jouissaient-ils de privilèges qui les distinguassent des autres ? R. Oui. D. Quels étaient-ils? R. En sus des 26 journées de samedi que la loi accorde, ils avaient la libre disposition de tous les samedis de l'année, excepté pendant la récolte, où ils ne disposaient que de deux samedis sur trois ; outre cela, ils ne travaillaient jamais de nuit. Le but de M. Wildman était de leur procurer un repos et un sommeil suffisants, el de leur garantir le dimanche parfaitement libre. I). Jouissaient-ils encore de quelques autres avantages? R. Oui, sous le rapport de l'éducation des enfants. On exemptait aussi les femmes du fouet. Son intention était bien encore d en exempter les hommes, mais, malgré lui et malgré moimême, il fallait y avoir recours. D. Pourquoi dites-vous malgré vous-même ? R. Parce qu'il est impossible à un intendant de gouverner une plantation sans ce moyen. Dans une seule circonstance il fut appliqué contrairement à ma défense. I). Vous jugez donc qu'on ne peut conduire une plantation sans l'aide du fouet ? R. Je ne dis pas qu'il soit indispensable de l'employer constamment, mais il faut s'en servir de temps en temps comme d'un stimulant pour le travail. D. Il faut donc un stimulant pour exciter les noirs au travail, et le fouet est le seul qu'on emploie ? R. C'est le seul dont 011 fasse usage, parce qu'il n'en est guère d'autre que la situation des choses à la Jamaïque puisse permettre. D. En vous chargeant delà direction des propriétés de M. Wildman, convîntes vous avec lui de la ligne de conduite que vous suivriez?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. — 1832. e

R. Nous convînmes de nos faits : j'avais compris que les propriétés seraient gérées avec humanité, autrement je n'aurais pas voulu m'en charger. M. Wildman, de son côté, n'aurait pas voulu de mes services si je n'avais pas adopté ses principes de modération. D. Fut-il convenu entre vous que, si l'intérêt du propriétaire et le bonheur des esclaves arrivaient à ne pouvoir marcher d'accord, l'intérêt du premier serait sacrifié ? R. C'est là le principe que j'avais adopté, et je ne m'en suis jamais départi. L'intérêt de l'argent devait nécessairement passer après le bien-être des esclaves. D. A la fin de votre direction, vous retirâtes-vous satisfait de l'effet du système que vous aviez suivi ? R. Non ; j'avais senti qu'il était impossible de réussir en suivant ce principe. D. Pourquoi cela ? R. Parce qu'il n'y avait plus de stimulant possible dès que je ne voulais pas me servir de celui qu'il eût été nécessaire d'employer. J'écrivis à ce sujet à M. Wildman, en octobre 1830. J'avais été trompé dans mon espoir, el je m'étais aperçu que la sévérité seule pouvait réussir ; mes voisins avaient obtenu plus de succès que moi parce qu'ils avaient suivi un système opposé au mien. D. Voulez-vous bien citer un passage de votre lettre à M. Wildman ? R. En voici un : « Un coup d'oeil jeté sur les deux mois qui viennent de s'écouler me confirme dans l'opinion que vos propriétés ne peuvent être dirigées à votre avantage en combinant un système de religion et d'humanité avec l'esclavage, parce qu'il nous prive du mobile qui excite au travail sur les propriétés voisines, c'est-à-dire la crainte du fouet, à laquelle on ne peut substituer le stimulant qui rend le laboureur anglais industrieux, c'est-à-dire la crainte du besoin. La loi de la Jamaïque oblige, en effet, le maître à nourrir, habiller et loger son esclave, quelle que soit sa conduite. Elle lui permet, il est vrai, de le battre et de l'emprisonner, mais les principes que nous avons adoptés s'y opposaient. Nous avons abandonné le premier moyen; quant au second , il est horrible que l'on soit obligé d'y avoir recours pour obtenir l'obéissance ; il en résulte que la discipline est tout à fait relâchée. Vos esclaves sont en général paisibles et bien conduits : je dois ajouter pourtant que nous obtenons moins de travail par la douceur que nos voisins par la sévérité. Après de mûres considérations , je suis arrivé à conclure que le seul remède efficace auquel on puisse recourir serait l'émancipation. Nous sommes dans une position telle, qu'il nous faut absolument ou proclamer la liberté des noirs, ou revenir à l'emploi de la force brutale, ce qui semble aussi impossible qu'inhumain : dans la situation intermédiaire où nous nous trouvons, le stimulant nous manque. En Angleterre, on renvoie un cultivateur qui ne veut pas travailler, à la Jamaïque on le fouette; je ne puis le renvoyer, et, d'un autre côté, je ne puis me résoudre à le faire battre. » D. Vous êtes donc convaincu qu il faut, ou abolir l'esclavage ou continuer le système de violence qui prédomine encore aujourd'hui ? R. Je le crois. Il faut opter pour l'un ou l'autre parti. Le noir doit être excité au travail ou par la crainte du fouet ou par celle du besoin. A la Jamaïque, oû il est entretenu, qu'il travaille ou non, le fouet seul peut vaincre sa paresse. Si les lois du pays ne s y fussent opposées, j'aurais essayé de la crainte du besoin ; mais, a moins de commettre un parjure, je n'aurais pu employer cette ressource, puisque, tous les trois mois, on est obligé d'affirmer que les esclaves ont reçu les allocations prescrites. D. Ne pensez-vous pas qu'un système de travail libre aurait pu remplacer avantageusement le système d'esclavage modifié qui ne vous avait pas réussi ? R. J avais cru pouvoir réussir el cet espoir m'avait été inspiré par 1 intérêt que j avais conçu pour les noirs placés sous ma

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direction. Je savais bien qu'il y avait d'immenses difficultés à vaincre, mais j'espérais les surmonter; d'ailleurs, je me trouvais tellement fatigué de ma position et j'étais si impatient de tenter l'expérience, que je proposai à M. Wildman de lui acheter ses trois plantations, dans l'intention d'en affranchir les noirs poulies employer comme travailleurs libres, avec la pensée que les autorités locales m'aideraient à maintenir l'ordre parmi eux. D. Il fallait que vous fussiez bien certain du succès et que vous eussiez une grande confiance dans votre influence sur les noirs, pour risquer ainsi toute votre fortune? R. Si ma proposition n'eut pas de suite, ce ne fut point par mon fait. D. Supposez-vous qu'une émancipation générale ferait disparaître toutes les difficultés? R. Je pense que les difficultés seraient beaucoup moindres,si toute la population était affranchie, el si le Gouvernement, prenait des mesures convenables pour maintenir l'ordre dans le pays. D. N'auriez-vous pas eu la crainte que les noirs des propriétés que vous vouliez acheter ne devinssent moins assidus et. ne finissent par vous quitter? R. Non. D. Quel motif vous porte à penser ainsi ? R. Parce que je ne reconnais pas dans les noirs de disposition au vagabondage; il n'y en a que très-peu de fugitifs. Durant tout le temps de ma gestion, je n'en ai jamais vu abandonner les plantations. Un noir qui possède une case et un terrain ne les abandonne pas si on ne le traite pas mal ; mais celui qu'aucun lien ne retient et qui refuse le travail, déserte pour le moindre mauvais traitement. En général, autant que je sache, le nombre des fugitifs est très-faible. Certains noirs, qui ont leurs femmes et leurs enfants, supporteraient longtemps les traitements les plus cruels avant d abandonner leurs familles, leurs cases et leurs champs. D. Avez-vous eu quelques exemples de nègres qui aient supporté des traitements cruels avant de se décider à se sauver dans les bois ? R. Il n y a qu un très-petit nombre de nègres qui se réfugient dans les bois. Je me rappelle que 25 hommes d'une plantation désertèrent un jour au moment du plant des cannes, dans l'intention de causer la ruine du géreur qui les avait traités d'une manière atroce. Ils profitèrent d'une occasion et se retirèrent dans les bois voisins à l'époque où leurs services étaient le plus indipensables. Le propriétaire étant venu à la plantation sur ces entrefaites, ils rentrèrent immédiatement. L'intendant fut remplacé, et, depuis, aucun d'entre euxn'a songé à déserter de nouveau. D. Pensez-vous que les noirs aient autant d'attachement que les cultivateurs anglais pour leurs demeures, el qu'ils auraient un égal chagrin de les quitter ? /{. Il est difficile de dire si les liens qui les retiennent sont les mêmes, parce que la condition des cultivateurs anglais diffère essentiellement de la leur. Si vous achetez une bande de noirs , vous éprouvez la plus grande difficulté à les emmener; très-souvent on est obligé de recourir à l'autorité qui en envoie un ou deux à la maison de correction pour effrayer les autres. Rien ne répugne davantage à un planteur que d'être obligé de changer ses noirs de résidence. Je me souviens que l'on vendit un jour, par bandes séparées, les noirs d'une plantation dont on voulait abandonner la culture. On eut les plus grandes peines à faire partir l'une de ces bandes; on parvint cependant à la conduire à a5 milles de distance. Environ huit mois après, le nouveau propriétaire mourut; comme il n'avait pas payé son acquisition il fallut ramener les nègres a leur ancienne résidence, et l'on eut autant de mal a les décider a y retourner qu'on en avait eu à les en éloigner la première fois.


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

/). Combien de temps, par semaine, alloue-t-on, en général, aux esclaves do la Jamaïque ? R. La loi leur accorde 26 jours par an, sans compter le» dimanches et les jours de fête. D. Quelle est, suivant la loi, la durée d'une journée de travail ? R. Je ne me le rappelle pas précisément. La durée du travail se règle sur celle de la journée. D. La journée ne dure-t-elle pas depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher? R. Elle commence avant le lever du soleil. D. Faut-il entendre que les noirs de la Jamaïque n'ont que la moitié du samedi et le dimanche entier pour pourvoir à leur subsistance et à celle de leur famille ? R. C'est ce que leur accorde la loi. Beaucoup de noirs emploient leur dimanche à cultiver leur terrain ou à se rendre au marché. Outre les 26 samedis, ils ont encore le temps réservé pour leur dîner et une demi-heure pour déjeuner; mais ils emploient cette demi-heure à se reposer. D. Ils travaillent donc pendant l'heure du dîner ? R. Oui, la plupart. D. A quelle occupation? R. A la culture de leurs terrains. D. Alors ce travail est pour leur propre compte? R. Oui. D. Le temps qu'ils se réservent ainsi et celui qui leur appartient légalement suffisent-ils pour pourvoir aux besoins de leurs familles ? R. Je ne puis apprécier le temps qui leur est nécessaire. D. Supposez-vous que, si les esclaves consacraient leur dimanche entier au repos, ils auraient encore assez de loisir pour s'occuper de leur culture, de manière à pourvoir à leurs besoins et à ceux de leurs familles ? R. Non, sans doute. Je me suis formé cette opinion parce que je sais que les noirs ne se rendaient pas à l'église le dimanche qui suivait le samedi dont ils n'avaient pas la disposition. D. La somme de travail que les noirs doivent à leurs maîtres est-elle au-dessous de ce qu'ils sont capables défaire, indépendamment de leurs travaux particuliers? R. Je crois que si les esclaves employaient pour leur propre compte tout le temps qu'ils doivent consacrer, dans une année, au service des planteurs, ils feraient plus de besogne. A l'exception du creusement des trous à cannes, il n'y a pas de travaux très-pénibles. Beaucoup d'intendants opposent, comme la plus grande objection à la liberté des esclaves, la crainte de ne pouvoir plus obtenir d'eux qu'ils creusent les trous, à moins de leur payer un prix exorbitant. D. Vous prétendez qu'il y a une différence entre la somme de travail que les noirs font pour leurs maîtres et celle qu'ils feraient pour leur propre compte ? R. Je le crois. D. Lorsqu'ils travaillent pour les plantations, ne sont-ils pas, en général, disposés àfaire le moins possible, et seulement assez pour éviter d'être battus ? /î- Oui; excepté lorsqu'on les emploie à la tâche; ce sont alors des gens tout différents. D- Lorsqu'ils travaillaient pour leur compte, remarquiez-vous en eux de la paresse ? R. Je n'ai pas pu remarquer cela parce que je n'ai jamais surveillé de très-près les nègres à l'ouvrage; mais, d'après leur disposition a s occuper pour leur propre compte lorsqu'ils en ont le temps, je serais disposé à croire qu'ils montrent, dans ce cas, une plus grande activité. IJn noir soulèvera, pour lui-même, un poids qu autrement il ne soulèverait pas à moins qu'on n'employât le fouet. Ions les dimanches, on en rencontre, sur la route

do Kingston, qui portent des charges de bois sous lesquelles on les voit fléchir ; mais ils sont soutenus par l'espoir d'en tirer un prix élevé. D. Ce travail est pour leur propre compte? R. Oui. D. N'avez-vous pas remarqué que, lorsqu'ils s'occupent pour eux-mêmes, après leur travail de la journée, ils ne quittent la besogne que fort lard? R. Je r ai en effet remarqué. Lorsque les champs sont éloignés, on permet aux noirs de travailler sans désemparer jusqu'à quatre heures, excepté pourtant pendant le temps du déjeuner. Ils gagnent ainsi une heure,et ont une longue après-midi à leur disposition. En pareil cas, j'en ai vu beaucoup travailler fort tard sur leurs propres terrains. D. Peut - on dire que des gens qui, travaillant 5 jours et demi par semaine pour leurs maîtres, entretiennent cependant leurs familles et s'occupent en outre pour se procurer quelque bien-être, appartiennent à une race indolente et incapable d'agir parles mêmes motifs qui, en général, stimulent l'industrie de la race européenne ? R. Je no dis pas qu'ils soient incapables d'être mus par ces motifs, parce que mon expérience m'a prouvé le contraire. Je suis pourtant forcé de convenir que les noirs, de même que tous les naturels des pays chauds, sont enclins à l'indolence ; mais on parviendrait aisément à la leur fair e surmonter en leur offrant la perspective d'un profit. D. Avez-vous jamais rencontré un paysan écossais, quelque intelligent cl instruit qu'il fût, qui se montrât disposé à se donner beaucoup de peine sans espoir d'un dédommagement? R. Jamais. D. Vous pensez donc que le même motif qui agit sur nos paysans actifs et éclairés pourrait également agir sur les noirs, c'est-à-dire que, pour un avantage personnel, ils se montreraient disposés à travailler? R. Oui ; l'espoir d'un bénéfice immédiat à réaliser serait pour eux un motif très-déterminant. Je puis, à cette occasion, citer un exemple : lorsque j'employais des hommes aux travaux du jardin, moyennant un salaire, celui qui me demandait le plus souvent de la besogne était, sans contredit, le plus paresseux de tous les esclaves de la plantation. Ceux qui étaient connus pour leur application ne montraient, au contraire, aucun empressement a en obtenir; j en découvris la raison : c'est que ceux-ci avaient de grands terrains bien cultivés, tandis que l'autre, ayant négligé le sien, n avait rien qui l'excitât à s'en occuper, parce qu il n aurait pu en tirer qu'un bénéfice éloigné. Avant que je 1 occupasse, il avait l'habitude de cueillir de temps en temps des fruits chez ses voisins, ou de faire une bille de bois, qu'il portait au marché de Kingston, pour en tirer un peu d'argent. Quand il travaillait au jardin, il ne quittait pas avant 4 heures, recevait alors ses 2 schell. 11 den., et se rendait à la ville pour y acheter ce qu'il pouvait désirer. Les autres, comme je l'ai dit, préféraient s'occuper à leur culture. D. Ainsi vous reconnaissez aux noirs l'intelligence de distinguer le travail qui peut leur être plus profitable ? /{. Oui. I). Ce ne sont donc pas des êtres aussi bruts qu'on les représente quelquefois. R. Je crois, au contraire, qu'on n'a pas bien apprécié le caractère de3 noirs. Avant d'avoir à diriger des plantations, j'étais resté moi-même dix ans à la Jamaïque, sans connaître aucunement les esclaves employés à la culture. J'ai souvent remarque que l'on se fait une très-fausse idée de l'état de civilisation des noirs. D. Les esclaves que vous occupiez au jardin travaillaient-ils autant que lorsque vous leur donniez à creuser des trous à cannes, à la tâche ?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE — 1832. e

R. Ils étaient obligés de se montrer actifs, parce que autrement je les renvoyais. Le nègre paresseux dont j'ai parlé nécessitait une surveillance continuelle. D. En sorte que la crainte d'être renvoyés agissait sur eux autant que la crainte du fouet dans les champs ? il. Elle les rendait assidus. D. Quel était l'ouvrage le plus fatigant, ou du travail du jardin, ou du creusement des trous à cannes? II. C'était incontestablement le creusement des trous. D. Quelle est la moyenne des heures de la journée pendant lesquelles les esclaves travaillent pour leurs maîtres ? R. C'est selon les paroisses. J'ai connu des planteurs qui voulaient que leurs noirs fussent dans les champs avant le jour ; d'autres étaient fort satisfaits lorsqu'ils y arrivaient au soleil levant; cela dépendait beaucoup de la volonté des géreurs. Je n'ai, au surplus, jamais fait de calcul à ce sujet. D. Les femmes sont-elles occupées pendant le même nombre d'heures que les hommes ? R. Oui, excepté celles qui ont des enfans à nourrir. 0. Font-elles les mêmes travaux ? R. Oui, à peu près. 11 en est pourtant qu'elles ne peuvent suivre, comme l'élève des bestiaux. Pendant la récolte on les dispense du travail de nuit. D. Leur fait-on creuser des trous à cannes en bandes avec les hommes, et en exige-t-on le même nombre ? R. Oui. D. Savez-vous s'il y a accroissement ou diminution dans la population de la Jamaïque ? iî. 11 y a diminution. D. Est-ce principalement sur les plantations à sucre que celte diminution se manifeste ? R. J'ai toujours entendu attribuer la diminution de population de la Jamaïque à la culture du sucre.

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de leurs mères, par suite des coups de fouet qu'on applique à celles-ci. Voici un fait dont j'ai eu connaissance : un géreur avait ordonné de punir une femme ; il n'avait voulu parler que de la prison; mais celte femme, ayant compris qu'il s'agissait du fouet, la peur qu'elle en éprouva lui occasionna une fausse couche. D. Avez-vous eu une connaissance personnelle de celte circonstance, ou bien vous a-t-elle seulement été rapportée ? 11. Je n'en ai pas été témoin oculaire, mais je crois à la vérité du récit qui m'en a été fait. Les renseignements que j'ai pris de tous côtés m'ont donné la conviction que celte cause, si elle ne tend pas à diminuer la population, tend au moins à empêcher qu'elle ne s'accroisse. D. Attribuez-vous, jusqu'à un certain point, le décroissement de la population parmi les noirs, à la rigueur du travail imposé aux femmes ? R. Oui, si l'on veut parler des travaux de nui f et du creusement des trous à cannes. /). C'est donc à ces deux genres de travaux exigés des femmes que vous attribuez, en grande partie, la dépopulation ? R. Oui. D. Croyez-vous qu'un esclave qui travaille la plus grande partie de la semaine pour son maître, et ensuite pour s'entretenir et se procurer quelque bien-être, serait incapable de se créer une existence heureuse, si tout son temps lui appartenait? il. Je ne le crois pas. /). Croyez-vous qu'il n'en aurait pas la bonne volonté ? il. Je ne le crois pas davantage. D. Ainsi vous êtes persuadé qu'il saurait se faire une existence heureuse ? R. Oui. Placez-le entre la crainle du besoin et l'espoir d'un avantage prochain, vous serez sûr d'éveiller son industrie.

D. La réduction de la population ne résulterait-elle pas de la nature pénible du travail exigé des femmes ?

i). Croyez-vous qu il soit autant qu'un cultivateur d'Europe susceptible d être dirigé par la crainte du besoin et l'espérance d'un bénéfice ? ii. 11 ne serait pas juste d'établir une comparaison entre le nègre esclave et un paysan libre d'Écosse; pourtant, en faisant la part de la condition de chacun d'eux, je crois que, sous le

R- Oui ; surtout des travaux de nuit qu'on leur fait,faire et du creusement des trous à cannes. D. Connaissez-vous le mouvement de la population parmi les noirs libres et parmi les gens de couleur? R. J'ai su qu'elle augmentait beaucoup ; il y a aussi une aug-

rapport dont vous parlez, l'esclave ne s'éloignerait pas beaucoup du paysan d'Europe. J'ai fait tout ce qui a dépendu de moi pour établir le travail libre, et je dois dire que je n'ai jamais échoué, lorsqu'il m'a élé possible d'offrir aux esclaves l'appât d'un bénéfice en argent.

mentation sensible parmi les noirs marrons.

1). Vous penseriez donc que, dans l'état de liberté, les noirs travailleraient pour un salaire ?

D. La nature du travail influe-t-elle matériellement sur la population ? R. Oui.

D. Comment ceux-ci font-ils pour vivre ? R. Ils vivent de leur propre industrie. D. Le travail des noirs libres et des gens de couleur est-il aussi continu et aussi fatigant que celui des esclaves dans les champs ? R. Je ne crois pas qu'il soit aussi continu ; mais il est assez difficile de connaître particulièrement les habitudes des gens libres, auxquels on permet rarement de s'établir sur les plantalions. On considère comme un mal pour une plantation d'être clans le voisinage d'un village libre; de sorte que l'on peut vivre, à la Jamaïque, au milieu des esclaves, sans connaître rien de la condition des autres travailleurs. J'ai moi-même vécu dans la paroisse de Vère, à un mille du district de Portland, qui est rempli d'individus libres, sans presque rien savoir de ce qu'ils font. D. Comment expliquez-vous le fait de l'accroissement de la population parmi les noirs libres et les gens de couleur, et de sa diminution parmi les esclaves ? R. Je l'explique de diverses manières : je l'attribue, en partie, au creusement des trous à cannes et aux travaux de nuit. Je crois quelle a aussi pour cause la destruction des enfants dans le sein

R. Si en tenant compte de l'influence du climat, on les supposait dans la condition des cultivateurs anglais, ayant d'un côté la crainte du besoin, et de l'autre la perspective d'un bénéfice immédiat, il n'y a pas à douter qu'ils ne travaillassent. T). Les nègres que l'on émancipe deviennent-ils d'ordinaire vagabonds ; errent-ils dans le pays sans domicile fixe ? il. Un grand nombre des affranchis parcourent le pays comme colporteurs; c'est un métier qu'ils aiment beaucoup. Il ne faut pas perdre de vue que, sous un rapport, l'intérieur de la Jamaïque diffère essentiellement de l'intérieur de l'Angleterre, où l'on ne peut pas faire un mille sans rencontrer une boutique. 11 n'en est pas de même à la Jamaïque; ce sont ces colporteurs qui fournissent aux besoins des esclaves, surtout dans les localités éloignées des villes, et ce commerce leur est profitable. Quant au vagabondage, il ne peut pas exister comme en Europe, je ne sais pas, en effet, où les noirs pourraient aller. Les employés charges du soin des plantations veillent à ce que les étrangers n y reçoivent pas asile. On voit bien des paresseux errer d'une propriété a 1 autre, mais ils sont surveillés de près.


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

D. Ces individus errants sont-ils dos noirs libres on des Européens ? Pi. Ce sont en grande parlie des Européens. D. Êtes-vous d'avis que les noirs une fois émancipés seraient portés à quitter leurs demeures et les champs qu'ils cultivaient, et refuseraient de travailler pour un salaire à moins que ce ne fût pour améliorer leur position ? /î. lisseraient, je pense, disposés à aller partout où l'on voudrait pour être plus heureux, et en cela ils ressemblent aux autres hommes ; mais je ne crois pas , si c'est cela que l'on entend, qu'ils quitteraient leur résidence dans le seul but d'aller s'établir ailleurs; ils tiendraient à leurs villages, à leurs cases, à leurs champs et à leurs familles. D. Les gens libres de couleur ont-ils, que vous sachiez, une disposition à courir le pays , sans avoir pour motif de se procurer une position meilleure? 11. Une particularité qui m'a surtout frappé dans les colonies à esclaves, c'est l'ignorance dans laquelle vit chacune des classes sur ce qui concerne les autres. La distinction entre les noirs et les mulâtres, entre les hommes libres et les esclaves, a élevé des barrières entre tous ceux qui appartiennent à ces diverses catégories. Si vous adressiez la question que vous venez de me faire à des individus de trois ou quatre classes, je doute qu'il s'en trouvât deux qui vous fissent la même réponse, parce qu'ils n'auraient pas été placés dans des circonstances semblables. D. Voire opinion est-elle que les esclaves désirent la liberté dans l'espoir que ce serait pour eux une exemption du travail ? U. Je ne pense pas qu'ils comptent à ce sujet sur une exemption totale, parce que j'ai vu des affranchis travailler pour leur entretien, cl que les esclaves eux-mêmes ont ces exemples sous les yeux. Quand on permet à un esclave âgé de se reposer, il se repose en effet en ce qui regarde le service du maître, mais il ne cesse par pour cela de s'occuper pour son compte. A Salt-Savannah, un vieux nègre à qui on avait accordé le repos, était devenu pour ses propres intérêts le plus actif des travailleurs. D. Qu'entendez-vous par se reposer ? /'• J'entends l'exemption de travail pour le compte du maître. D. Existe-t-il, en ce moment, quelque symptôme de perturbation parmi la population esclave de la Jamaïque? II. La perturbation elle-même existe déjà. D. Est-il à craindre qu'elle ne s'augmente, et aurait-on à redouter une révolte si l'esclavage n'était pas aboli ? 11. Je ne puis répondre positivement à celte question; cependant je dirai, pour prouver qu'il esl possible d'ignorer ce qui se passe même â sa porte, que jusqu'en mai 1831, époque où je quittai la colonie, je ne pensais pas qu'il y eût la plus légère tendance à l'insurrection. Si, avant la nouvelle qui nous est parvenue, on m'avait demandé ce que l'on pourrait avoir à craindre sous ce rapport, j'aurais rejeté cette idée bien loin; et si j'avais dû me prononcer sur la parlie de l'île où, selon toute probabilité, un mouvement était le plus probable, j'aurais désigné le districl de Saint-Jacques, sauf pourtant ceux des environs de Kingston el de Spanish-Town. Ce qui s'est passé à la Jamaïque a totale-

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qui seront tentées seront mieux organisées. Je ne comprends pas comment on peut compter sur la tranquillité d'hommes qui lisent les journaux anglais et tout ce qui se publie sur la question d'affranchissement. Vous avez vu les effets de l'instruction en Angleterre, pourquoi ne seraient-ils pas les mêmes à la Jamaïque? La grande erreur que l'on me semble avoir commise, c'est de s'imaginer que les noirs sonl, en 1830, ce qu'ils étaient en 1810. La législation est d'un demi-siècle en arrière à leur égard. /). Si on lui accordait la liberté, la population noire, à votre avis, se montrerait-elle turbulente ou paisible ? 11. .) ai déjà dit que cela dépendrait des mesures qui seraient prises. Si vous mettez les noirs dans une position à subir l'influence des causes qui nous font tous travailler, ils travailleront. /). Avez-vous rempli les fonctions de magistrat de police à la Jamaïque ? II. Oui, il y plusieurs années. D. Vous avez dil précédemment que les esclaves cultivaient assez de provisions pour se nourrir; que, de temps en temps,et dans certaines circonstances, ils pouvaient même se procurer des choses de luxe. Dans une condition pareille, ne croyez-vous pas que l'esclavage soit pour eux préférable à la liberté, et comment. justifieriez-vousl'opinion contraire? II. Je crois fermement que l'esclavage serait pour les noirs, sous certains rapports, préférable à la liberté, el qu'un grand nombre d'entre eux partagent cet avis. Mais, malgré tous les avantages dont ils peuvent jouir, l'esclavage est accompagné de tant de maux, qu'aucun homme ne voudrait rester dans leur situation s il avait la possibilité d en sortir. Je prends pour exemple un nègre de Vère, qui est, peut-être, de tous ceux de l'île, celui qui jouit du sort le plus heureux; la somme de son bien-être fût-elle doublée , je ne voudrais pas encore accepter sa position; lui-même, j en suis sur, y renonçerait volontiers, s'il ne craignait d'être tout à coup sans ressources. Il possède, il est vrai quelques avantages, mais il s'y joint des inconvénients qui les compensent et au delà. Pour mon compte j'aimerais mieux être le plus pauvre laboureur d'Angleterre que l'esclave le plus riche de la Jamaïque, fût- il même sous les ordres du maître le plus doux. Un esclave ne peut pas dire que son dimanche lui appartient; il est exposé à voir sa femme indécemment dépouillée et fouettéedevant. tout un atelier; sa fille adulte peut subir le même traitement sans qu'il ait aucun moyen de l'empêcher, et cela se répète souvent. Je conçois donc qti un homme doué de quelque sensibilité refuse à de telles conditions l'abondance elle bien-être. 1). Vous avez résidé pendant i3 ans à la Jamaïque, et pendant les 10 premières années à Kingston, dans la maison Simpsons et compagnie ? II. Je suis arrivé pour la première fois à la Jamaïque en 1816 et je l'ai quittée en 1831. 1). Vous avez été chargé de la direction de propriétés depuis février 1829 jusqu'en février 1831? 11. Oui, j en ai fait pendant ces deux années mon occupation exclusive.

ment, contredit mes prévisions, et m'a convaincu que, bien que vivant au milieu des noirs, je ne savais rien de ce qui se passait. C est, je crois, un des caractères distinctifs de celle colonie , (pie 1 on ignore ce que pensent et ce (pie projettent (les centaines d individus dont est proche voisin. Je savais bien que l'esclavage avait pour effet d'isoler les deux classes d'habitants ; mais, avant cl avoir eu connaissance des événements, je ne me serais pas douté que cel isolement fût aussi réel. Je crois que les exécutions militaires el les sévices qui les ont accompagnées, ont, quant

I). Avicz-vous sous votre direction quelques plantations autres que celles de M. Wildman, dont la population était de 700

à présent, calmé 1 esprit d'insubordination; mais, d'après de nombreux renseignements que rien ne contredit, je crains que la terreur une lois dissipée, les troubles ne recommencent. Celle fois, on ne pourra pas les calmer, parce que les entreprises

II. Très-rarement. D. Combien de fois pendant le cours d'une année pu visiter quelqu'une de ces plantations ?

noirs ? R. Non, pas après 1829. Précédemment j'avais un sur d'autres plantations.

libre

accès

D. N' en étiez-vous pas l'agent? 11. J'étais en effet l'agent de quelques-unes. D. Y avez-vous fait quelques visites? avez-vous

Il J'ai visité trois ou quatre fois dans une année une planta-


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. —1832. e

tion assez éloignée , appelée Hermitage-Saint-George, où le propriétaire n'aimait pas à se rendre. D. Avant cette époque vous n'alliez pas souvent sur les plantations ? il. Non, je n'y étais pas obligé. D. Combien la plantation dont vous parlez possédait-elle de noirs ? R. Environ 160. D. Ainsi vos principaux rapports avec les plantations se sont bornés à l'Hermitage jusqu'au moment où, en 1829, vous avez eu à diriger les propriétés de M. Wildman ? il. Oui. D. N'y a-t-il pas plus de 3oo,ooo noirs à la Jamaïque P R. Je le crois. D. Combien de plantations à esclaves avez-vous connues, outre celles que vous avez citées ? R. Je n'en ai pas connu particulièrement d'autres que l'Hermitage. D. Vous avez fait à M. Wildman l'offre de lui acheter ses propriétés pour y faire un essai d'émancipation ? R. Oui; mais les personnes que je voulais m'adjoindre se sont retirées. D. L'opinion que vous auriez pu concevoir des noirs de quelque autre plantation de l'île vous aurait-elle porté à faire la même proposition à une autre personne ? R. Non. D. Vous aviez donc été engagé à la faire à M. Widman, par la connaissance personnelle que vous aviez de ses esclaves et par 1 influence que vous exerciez sur eux ? R. Oui ; mais l'opinion que j'avais de ces esclaves, je l'avais aussi du caractère de tous les noirs en général, D. Comment, n'ayant pu étudier le caractère des noirs que sur trois plantations, pouvez-vous porter sur eux un jugement général ? il- Parce que, à mon avis, une personne chargée de la direction de îoo esclaves, et qui s'applique à étudier leur caractère et leurs mœurs, peut en juger infiniment mieux qu'une personne qui en aurait sous ses ordres 5,000, avec lesquels elle n'aurait pas de relations immédiates. C'est ce qui arrive lorsqu'on donne ses soins à 3o plantations en même temps. D. Vous pensez qu'un agent chargé de 3o plantations ne pourrait connaître le caractère particulier des esclaves de ces propriétés? il. Je veux dire que le géreur d'une plantation de 300 esclaves, obligé de s'occuper d'eux constamment, arrivera à une connaissance plus exacte du caractère des noirs en général, que l'agent qui ne fait que passer d'une plantation à une autre. D. Entendez-vous par-là que les agents des plantations n'ont pas l'habitude de visiter souvent les propriétés pour s'assurer de )état des choses, et que, lorsqu'ils les visitent, ils ne font pas venir les noirs en leur présence ? /{. Je ne mets pas en doute que les agents ne fassent ce que vous venez de dire, mais je maintiens qu'un directeur a beaucoup plus d'occasions de se former une idée juste du caractère des esclaves. D. Ainsi vous pensez que les agents qui ont un nombre considérable de propriétés sous leur surveillance 11e peuvent pas bien juger les noirs ? R. Oui, pour la plupart. D. Vous n'avez jamais rempli, sur une plantation, les fonctions d'intendant ou de teneur de livres? R. Non. D. Ne savez-vous pas que beaucoup d'agents de plantations •ont passé par ces fonctions?

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R. Je le sais. D. Ne savez-vous pas également que lorsqu'un agent visite une plantation, il appelle en sa présence tous les esclaves pour leur donner occasion de lui faire les plaintes qu'ils peuvent avoir à porter, et qu'il s'entretient particulièrement avec eux du sujet de leurs griefs ? iî. Je crois bien que, s'il arrive pendant les heures de repos ou dans la soirée, les esclaves ont accès près de lui, mais je ne sais s'il se rend dans les champs pour les interroger, ou s'il leur est permis de quitter le travail pour venir lui porter leurs plaintes. D. Avez-vous quelquefois accompagné un agent dans sa visite ? R. Oui, j'en ai accompagné un dans une tournée au nord de l'île. D. A quelle époque ? R. C'était en 1816. D. Dans cette tournée, avez-vous eu occasion de remarquer si les noirs avaient la facilité de s'approcher de l'agent ? R. Non. Lorsqu'il couchait sur une plantation, il leur était libre de venir le trouver, soit pour se plaindre, soit seulement pour le voir; mais, lorsqu'il arrivait à dix heures et repartait à midi, ils ne pouvaient lui parler comme ils l'auraient fait s'il était arrivé à midi et reparti à deux heures. D. Son arrivée coïncidait-elle d'ordinaire avec les heures où les esclaves pouvaient l'aborder ? R. Il n'évitait jamais l'occasion de les voir. D. L'agent voyait-il l'intendant ? R. Toujours, quand l'intendant n'était pas absent. C'était la première personne avec laquelle il s'entretînt en arrivant, et la dernière ù laquelle il parlât, au moment de son départ. D. Lorsque les esclaves portaient quelques plaintes, était-ce en présence de l'intendant? il. Quelquefois. L'agent dont je parle était fort doux; il écoutait d'abord la plainte, mais s'abstenait de prononcer, et répondait au noir qu'il le confronterait. D. Avez-vous vu quelquefois un noir émancipé travailler dans les champs de cannes avec les esclaves ? R. Non. Je ne crois même pas qu'on puisse en citer un exemple. D. Vous n'avez pas su non plus qu'un esclave émancipé se soit jamais offert à un planteur pour travailler dans les champs ? il. Non. D. Ainsi, vous n'avez jamais vu un esclave affranchi travailler dans les champs ? R. Ni dans les champs de cannes, ni à faire des trous pour planter. D. Appliquez-vous celte réponse à toute espèce de travail des champs relatif à la production du sucre ? il. Oui. D. Vous avez peut-être connu des esclaves affranchis employés à la fabrication du sucre dans les bâtiments intérieurs ? R. J'ai entendu parler de quarterons et de mulâtres qui, pendant la récolte, avaient travaillé plusieurs semaines dans l'usine; mais je n'ai jamais appris qu'un noir affranchi se fût offert pour faire ce travail moyennant un salaire. D. Avez-vous vu sur d'autres plantations un exemple semblable à celui que vous avez cité, de travailleurs loués pour aider les esclaves ? il. Je ne connais aucune plantation où les travailleurs loués aient été en aussi grand nombre. D. Est-il à votre connaissance qu'il y en ait eu, bien qu'en nombre moindre ? R. J ai des raisons de croire que souvent on achète les journées libres d un noir, soit pour de l'argent, soit pour des provisions. D. Êtes-vous certain que cela se fasse ?


506

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE. re

R. J ai vu, sur les propriétés de M. Wildman, un esclave recevoir des provisions pour payement d'une partie du temps qui lui appartenait.

D. Vous ignorez, en conséquence, quelles sont les provisions nécessaires aux esclaves, et quel est le travail que leur culture exige ?

D. A quelle espèce de travail des champs s'occupaient les noirs libres, locataires de M. Wildman? R. En voyageant achevai dans le district, j'ai cru voir qu'ils s occupaient de cultiver des provisions, et je pense que leur temps était partagé entre cette occupation et le transport de leur récolte

R. Je sais bien ce que plantent les noirs ; mais, quant au temps précis où ils commencent leur culture, et aux détails qui la concernent, je n'en sais absolument rien.

au marché, éloigné de 16 milles. D. Louaient-ils leurs services sur quelques plantations? R. Le locataire principal employait parfois, moyennant salaire, quelques-uns d'entre eux, qui étaient des réfugiés américains, à la culture de ses provisions; mais aucun ne travaillait pour les plantations voisines. D. Combien faut-il de temps à un esclave pour mettre son terrain a provisions en état de produire ce qui lui est nécessaire ? R. Je ne saurais le dire. D. Quel est le travail nécessaire pour mettre le sol en état de recevoir les racines qu'il veut y planter ? R. Je l'ignore aussi. D. Ne savez-vous pas que quelques-unes des provisions que les noirs consomment le plus n'exigent qu'un léger labourage à la houe tous les trois ou quatre mois ? R. J'ai déjà répondu que je n'avais aucune connaissance à ce sujet.

D. Savez-vous combien de temps il faut, dans le courant d'une année, pour pouvoir récolter quelque espèce de vivres? R. Je ne pourrais préciser le nombre d'heures nécessaires pour obtenir de la terre les végétaux destinés à la nourriture d'un homme pendant un an. D. Vous n'ignorez peut-être pas que les principales provisions servant à la nourriture des noirs n'exigent d'autre travail que celui dont il a été parlé, c'est-à-dire de remuer légèrement la terre autour des plants, et que la production se continue pendant trois ou quatre ans sans autre préparation ? R. Si j'en juge par le temps que passent les esclaves sur leurs terrains particuliers, je crois que la question réduit trop le travail qui leur est nécessaire pour cultiver leurs vivres. D. Outre leurs terrains à provisions, les esclaves n'ont-ils pas des jardins attenant à leurs habitations ? R. Oui. D. Pourriez-vous désigner le genre de provisions qu'ils récoltent dans l'un et l'autre de ces terrains ? R. Ils récoltent dans tous deux la patate douce.

N° 137. SUITE DE L'INTERROGATOIRE DE M. W. TAYLOR. 11 juin 1832. D. Veuillez désigner les provisions que le noir récolte dans son terrain à provisions particulièrement? R. Ce sont les patates douces, le blé, le cacao, l'igname, la banane , la cassave : je cite de mémoire. Le genre de culture dépend beaucoup du sol et de la situation. D. Les jardins des noirs ne sont-ils pas aussi rapprochés que possible de leurs cases? R. Oui, afin qu'ils puissent s'y rendre dans les intervalles du travail. D. Qu' entend-on par terrain à provisions? R. C'est un champ plus grand que le jardin , et généralement plus éloigné du village. D. De quelle étendue est la petite portion de terrain attachée à chaque habitation ? R. Je ne sais. D. Le noir ne cultive-t-il pas, dans son jardin, les légumes les plus simples ? R. 11 ne fait pas de distinction. D. N'est-ce pas l'endroit où de préférence il cultive les ignames et le cacao ? R. Oui, lorsque les ignames y peuvent croître. D. Son e'table à porcs n'est-elle pas au bout de son jardin ? R. Cette étable ainsi que le poulailler sont dans une petite cour qui environne la case. „ D. Quelle est, à peu près, la contenance du champ à provisions accordé aux noirs sur les plantations ? R. Je ne saurais le dire exactement. D. Pouvez-vous indiquer approximativement le nombre d'acres qu'il contient? R. Tout ce que je puis dire, c'est que ces champs sont d'une étendue suffisante pour les besoins des esclaves.

D. Est-elle suffisante aussi pour leur permettre de récolter une certaine quantité de provisions destinées au marché? R. Oui. D. Ne pouvez-vous pas dire quelle est, sur une plantation en particulier, la quantité de terrain accordée aux noirs? R. 11 me serait impossible de la fixer, parce que ces terrains sont ordinairement dans des parties éloignées et montueuses; on ne peut juger de leur étendue que par le coup d'œil. I). N avez-vous jamais eu occasion de savoir le nombre d'acres alloué aux noirs dans un endroit quelconque. R. Je n'ai que des souvenirs confus à cet égard. D. Ne savez-vous pas que, sur les plantations, un espace est réservé pour fournir des champs à provisions aux noirs ? R. Oui, c'est un point important dans la gestion d'une propriété. D. Le propriétaire fixe-t-il des limites aux champs de ses noirs, sur le terrain qui leur est en général réservé ? R. Quelquefois. D. En est-il toujours ainsi ? R. Cela dépend de la position de ce terrain. S'il se trouvait dans le voisinage d'un bon pâturage, il ne serait pas permis aux noirs de s approprier ce pâturage, à moins qu'ils n'en obtinssent la permission en jusliliant que les terrains qui leur sont assignés sont insuffisants. 11 en serait de même pour une terre à blé ou à cannes; autrement les noirs étendraient beaucoup trop leurs cultures. D. Les champs à provisions sont-ils généralement à quelque distance des parties cultivées de la plantation ? R. Très-souvent; cependant cela n'est pas invariable. D. Si un champ de pâture a été établi, on ne le considère sans doute pas comme faisant partie des terres affectées aux noirs ? /f. Non certainement. D- Lorsque, parmi les terres destinées aux nègres, il

ne

se


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. — 1832. e

trouve pas de pâturages, el que le propriétaire n'en a mis aucune portion en culture, ne les leur abandonne-t-on pas sans fixer les limites dans lesquelles ils doivent se renfermer? R. Oui. Dans les districts où l'on n'a pas besoin de ces terres, on permet aux noirs de se choisir un champ, et on les laisse à cet égard s'entendre entre eux. D. Ce n'est donc pas la limite de leurs champs qui pourrait les empêcher de cultiver une surabondance de provisions, mais seulement le temps qu'ils peuvent consacrer à cette culture? R. Dans quelques localités, les champs des esclaves ne sont pas limités. D. Cultivent-ils leurs provisions dans leurs heures libres, ou prennent-ils pour cela sur le temps qu'ils doivent à leurs maîtres ? R. Ils ne s'en occupent que pendant le temps qui leur appartient. D. A quelle époque plante-t-on l'igname, et quand la récolte s'en fait-elle ? R. J'ai déjà fait observer que je ne suis pas à même de répondre aux questions à ce sujet. D, Vous ignorez donc que l'igname se plante en mai et qu'on la récolte au bout de six mois ? il. Je ne crois pas que la récolte soit aussi prompte; je m'en rapporte, au surplus , aux personnes mieux instruites que moi. D. Connaissez-vous la culture du cacao ? R. J'ai entendu dire que, de même que l'igname, on le met en terre pendant les pluies d'avril et de mai, et que ces deux plantes ne sont en pleine production qu'un an après. D. Entre l'époque où l'on plante l'igname et le moment de sa récolte, y a-t-il autre chose à faire que de la sarcler? R. 11 faut, je crois, sarcler souvent, et ensuite butter les plants. Sous les tropiques, les herbes croissent si rapidement, qu'en i5 jours, après une petite pluie, les plants seraient étouffés si l'on n'en prenait soin. D. Vous estimez donc que c'est un long travail que celui qu'exige la destruction des mauvaises herbes? R. C'est un long travail pour les jardins, à ce que je sais. D. Combien faudrait-il y consacrer d'heures dans une quinzaine ? R. J'avais un jardin de deux acres qui occupait continuellement trois hommes. Pendant les temps secs ils avaient peu de travail; mais pendant les pluies , ou seulement après des ondées accidentelles, ils étaient exclusivement occupés à arracher les mauvaises herbes pour entretenir le jardin en bon état. D. Voulez-vous dire que les herbes qui sont nuisibles dans un jardin le sont également dans les champs à provisions des noirs, et qu'il y a la même nécessité de les arracher dans un cas que dans l'autre ? R■ Pas au même degré. 0. Ne pourriez-vous dire quel temps il faudrait consacrer dans l'espace d'un mois pour arracher, d'un champ à provisions, les mauvaises herbes nuisibles aux ignames et au cacao ? R. Cela dépendrait du terrain. I). En faisant ce calcul pour un terrain d'une étendue ordinaire ? R. Je ne saurais rien dire de précis. D. Le bananier exige-t-il d'autres soins que d'arracher les feuilles mortes ? R. Le bananier, comparé à la plante qui donne le cacao, est lin arbre, puisque l'on peut se promener à l'ombre de son feuillage. D. Vous êtes d'avis que tout le temps accordé aux noirs leur est nécessaire pour la culture des provisions qui servent à les nourrir ? R. Oui. D. Comment se fait-il donc qu'ils trouvent moyen de cultiver d'autres provisions pour le marché ? R. J ai déjà dit que j'ignorais quelle est la quantité de provi-

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sions que le noir consomme, et celle dont il dispose. Ce que je prétends, c'est qu'il ne doit qu'à ses soins la récolte qu'il tire de son champ. D. N'avez-vous pas affirmé que tout le temps alloué aux esclaves était consacré à celte culture? R. Oui, en général. Ils font cent autres choses , mais c'est la plus importante de leurs occupations. Je pourrais vous citer une douzaine ou une vingtaine de noirs qui ne donnaient presque jamais de soins à leurs terrains, parce qu'ils trouvaient à employer plus utilement leur temps. Un artisan qui pourrait s'occuper avantageusement de son métier payerait d'autres noirs pour faire sa culture. I). La question est relative aux noirs des plantations qui cultivent leurs champs eux-mêmes. R. D'ordinaire les noirs emploient leur temps libre aux soins de leur culture. J'ai dit que souvent ce temps ne leur suffisait pas, parce qu'on me l'a dit, et non parce que je prétends connaître les soins qu'exigent les provisions. J'avais remarqué, un dimanche, que beaucoup de noirs d'une plantation qui m'était étrangère manquaient à l'église; je sus plus lard d'eux-mêmes qu'ils n'avaient pu s'y rendre parce qu'ils avaient eu à s'occuper des travaux de leurs champs. D. De quelle plantation voulez-vous parler? Il J' ai fait la même observation sur plusieurs. /). Vous en rappelez-vous particulièrement quelqu'une? R. Non, pas à l'instant même. Au surplus, s'il m'en revenait en mémoire, je n'en citerais pas les noms. J'ai seulement voulu établir un fait : c'est que des esclaves m'ont dit ne pouvoir aller à l'office du dimanche, parce qu'ils avaient besoin de travailler à leurs champs. D. Cette observation vous a-t-elle été faite souvent parles nègres? R. En visitant moi-même les églises et les écoles du dimanche dans diverses parties de l'île, en entendant les ministres et les missionnaires se plaindre de l'absence des noirs retenus par leurs travaux, j'ai conclu qu'on ne leur laissait pas assez de temps pour la culture de leurs provisions. D. Dans quelles paroisses étaient situées les écoles que vous visitiez. Etait-ce aux mêmes lieux où les plaintes dont vous parlez vous étaient faites ? R. Dans Sainte-Elisabeth, Manchester, Vère, Saint-André et à Kingston. D. Vère et Saint-André sont deux paroisses dans lesquelles M. Wildman a des plantations, el Saint-André touche à Kingston, n'est-il pas vrai ? R. Oui. D. Habitiez-vous d'ordinaire dans Sainte-Elisabeth et dans Manchester ? R. J'y allais fréquemment. D. N'était-ce pas en 1829? R. J'ai été fort souvent dans ces deux paroisses en je n'y avais pas mon domicile.

1828,

mais

D. Quel est le séjour le plus long que vous ayez fait dans Manchester? R. Il a été de six semaines. 1). Combien y êtes-vous allé de fois dans le cours d'une année ? R. Je ne saurais me le rappeler. D. Y demeuriez-vous chaque fois pendant six semaines ? R. Je ne me le rappelle pas non plus. D. Ne pouvez-vous vous rappeler si vous étiez souvent absent durant six semaines, lors de vos courses à Sainte-Elisabeth et dans Manchester ? R. Je ne crois pas que mes absences fussent aussi longues. 1). Une grande partie des provisions cultivées par les noirs, et


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qui sont apportées au marché de Kingston, ne proviennent-elles pas des paroisses voisines ? R. Oui. D. Quels sont les individus qui les fournissent? 7Î. Les cultivateurs libres. D. Le savez-vous par la connaissance personnelle que vous avez des cultivateurs libres, possédant des champs à provisions, ou n'est-ce seulement qu'une opinion que vous vous êtes formée ? R. C'est une opinion fondée sur les connaissances que je possède. D. Cependant une partie de ces provisions est fournie par les esclaves des plantations environnantes ? R. Oui. D. Savez-vous aussi d'où proviennent les approvisionnements de Spanish-Town et des autres marchés du nord de l'île ? R. Je pense qu'ils proviennent des mêmes sources. D. Avez-vous su que des esclaves aient gagné des sommes importantes en vendant l'excédant de leurs provisions ? R. Je me rappelle l'avoir entendu dire. D. La vente des provisions dont les nègres peuvent disposer les met-elle à même d'acheter des porcs et de la volaille ? R. Je crois que cela arrive quelquefois. D. Les nègres n'ont-ils pas tous des porcs? R. Us en ont presque tous. D. Achètent-ils d'autres objets avec le produit de leurs provisions ? R. Je le pense. D. Quels sont les moyens par lesquels les noirs se procurent les objets de luxe et de bien-être qu'on trouve dans leurs demeures ? R. J' ai remarqué que les artisans sont ceux qui jouissent de la plus grande aisance. En traversant un village , on ne peut manquer de reconnaître leurs cases à leur aspect extérieur. D. Vous entendez parler des gens qui s'occupent d'arts mécaniques ? R. Oui, des maçons, des charpentiers et des chaudronniers. D. Les noirs qui cultivent les champs ne font-ils pas aussi des

re

man , avant de prendre la direction de ces dernières ? 7î. Avant cette époque je parcourais souvent le pays avec plusieurs de mes parents qui ont de nombreuses plantations; j'accompagnais aussi le chef de ma maison de commerce, et j'avais autant que lui l'occasion d'étudier les noirs. J'ai été souvent encore sur une propriété à 16 milles de Kingston, et sur une autre à 3 milles de cette ville; mais c'est principalement pendant que je dirigeais les plantations de M. Wildman que j'ai eu la facilité d'apprécier la population noire. D. Vos connaissances relativement à la condition particulière 011 locale des esclaves s'étendaient-elles à d'autres plantations qu'à celles de votre oncle et de M. Wildman ? R. Je ne puis dire que je possédasse ces connaissances au même degré que M. Cunningham, qui s'occupait beaucoup de ses plantations.Bien que constamment avec lui, j'étais trop jeune alors pour être capable de faire des observations utiles. I). La connaissance que l'on acquiert du caractère des noirs par 1 étude de ceux que l'on dirige soi-même, suffit-elle pour que Ion puisse juger de la condition particulière de ceux qui sont placés sur d'autres plantations ? Ii. 11 est certain qu'on ne pourrait parler de ces derniers avec aulant de détails. D. Si vous connaissiez la position des paysans du Nord de l'Angleterre, présumeriez-vous pouvoir juger par celte connaissance de l'état des autres paysans de la Grande-Bretagne, sous le rapport du bien-être physique et des moyens de subsistance ? R. Non, si je no connaissais qu'une seule partie du pays. D. La même observation ne serait-elle pas applicable aux noirs? Connaissant, par exemple, la condition particulière de ceux de la paroisse de Saint-André, croiriez-vous par celle raison pouvoir apprécier celle des esclaves de la plantation de M. WatsonTaylor dans Saint-Thomas-de-l'Est ? R. Je connaîtrais la condition des uns avec détail et celle des autres en général seulement. D. Connaissiez-vous la situation des noirs de la plantation Holland dans Saint-Thomas-de-l'Est ? R. Oui, mais d'une manière générale.

acquisitions avec le produit de leur travail? R. Je crois bien que oui; mais, d'après ce que je sais personnellement, la richesse, si on peut lui donner ce nom, est sur-

D. Ces noirs ne possèdent-ils pas une quantité considérable de bestiaux ? R. J ai seulement entendu dire qu'ils récoltaient beaucoup de

tout entre les mains des artisans.

provisions.

/). N'est-ce pas principalement avec les noirs placés sous votre direction que vous avez eu les communications les plus

0. Vous a-t-on rapporté qu'un petit bâtiment venait charger leurs provisions ?

fréquentes ? R. Oui; cependant j'ai eu occasion de connaître ce qui se passait dans d'autres villages. D. N'avez-vous pas été à même de faire des observations sur condition la des noirs de Saint-Thomas-de-l'Est ? R. Pendant plusieurs mois de suite j'ai accompagné dans ses tournées un de mes oncles, agent de plusieurs propriétés. Plus lard, lorsque j'allais le voir, j'avais à traverser l'île presque dans toute son étendue, et je passais par un district extrêmement populeux. D. N'était-ce pas avant 1829 ? /}. Ou i ; je faisais cette visite tous les ans. /). N'aviez-vous pas encore eu occasion de voir d'autres propriétés avant le mois d'avril 1829? 'î- Oui; mais il faut distinguer entre visiter une plantation et rendre visite au propriétaire. J'ai visité avec mon oncle des centaines de plantations, ou qui lui appartenaient ou dont il était agent. J ai aussi, visité les plantations de M. Wildman lorsque | étais clans la maison Simpson et compagnie. I). Aviez-vous eu occasion de connaître la condition des noirs sur d'autres plantations que celles de votre oncle et de M. Wild-

R. Oui. D. Connaissez-vous dans quelque autre partie de l'île des noirs dans une situation semblable ? 11. Aux environs de la plantation de M. Walson-Taylor les esclaves sont presque tous fort heureux. J'ai parcouru le district en tous sens, et c'est l'impression que m'a laissée tout ce que j'ai vu et recueilli de la bouche des habitants. I). N y a-t-il pas d'autres paroisses de l'île où les esclaves soient aussi heureux qu'ils le sont dans ce district? R. Je ne crois pas qu'il y ait une seule paroisse où les esclaves n'aient pas des vivres en suffisance. I). N y a-t-il pas partout une surabondance de provisions dont les noirs peuvent disposer, et dont ils recueillent un bénéfice considérable ? /{. Je crois qu il en est ainsi en général. I). Est-ce l'opinion que vous vous faites de la position des noirs dans toute la colonie ?

II. Les marchés sont principalement approvisionnés par eux; en échange de ce qu'ils y portent, ils achètent divers articles, entre autres du poisson mariné et des vivres.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE.— 1832. e

D. Savez-vous quelles sont d'ordinaire les allocations que reçoivent les esclaves en poisson mariné, en sucre, etc. R. On leur donne du poisson salé à Noël et du poisson mariné une fois tous les quinze jours, à ce que je crois. D. Combien reçoivent-ils de poisson chaque quinzaine ? R. Je ne le sais pas exactement. D. A quelle heure, le malin, les noirs sont-ils ordinairement au travail des champs ? R. Dans certaines paroisses ils partent avant le soleil levé, et dans d'autres un peu plus lard. D. Pouvez-vous indiquer l'heure la plus générale ? R. En été, dans le mois de juin , ils partenl le plus tôt au point du jour, vers cinq heures, et reviennent à cinq heures du soir. D. Le point du jour est-il à cinq heures dans l'été ? R. Oui, el quelquefois plus tôt. D. Celle heure est-elle celle où ils quittent leurs cases ou bien celle où ils doivent arriver sur le lieu des travaux ? R. On fait retentir le fouet entre quatre et cinq heures, c'est alors qu'ils quittent leurs lits. J'ai souvent entendu ce signal avant le jour. Ils partent en général lorsqu'ils voient assez clair pour marcher. D. Sur certaines plantations, on donne le signal par le fouet; n'en est-il pas d'autres où on le donne par le son de la trompe ? il. Non, jamais. On n'oserait pas faire entendre le son delà trompe à cinq heures du malin, ce serait le signal de l'incendie. Il ne relenlit qu'à minuit et demi et à deux heures. Sur une plantation que j'ai connue on se servait de la trompe, mais

R. Cela dépend de la situation de la plantation. D. Vous avez représenté le creusement des trous à cannes comme le travail le plus pénible d'une plantation, mais on ne prépare de cette façon qu'une partie de la récolte suivante ? R. Cela est vrai. D. N'y a-t-il pas même des plantations qui font leur récolte entière par rejetons ? R. Oui, dans quelques districts. D. Veuillez expliquer ce que c'est qu'un rejeton? R. C'est la nouvelle pousse de la canne après qu'elle a été coupée. D. Les rejetons se reproduisent-ils pendant plusieurs années, sans qu'il soit nécessaire de faire de nouveaux plants ? R. Oui, surtout dans quelques districts. D. Pendant combien d'années peuvent-ils repousser ? R. Cela dépend tout à fait de la fertilité du sol. D. Lorsque le sol est assez fertile pour rendre inutile de nouveaux plants, on n'a plus alors de trous à faire creuser ? R. Sans doute. D. N'y a-t-il pas des plantations où il faut absolument planter tous les ans ? R. Non. D. Ainsi les plants ne se font que partiellement ? R. Oui. D. Et en plus ou moins grande quantité, suivant la fertilité du sol?

jamais à cinq heures, excepté pour annoncer un feu. Ce serait mettre toute la population environnante en émoi.

R. Oui.

D. Dans les autres saisons de l'année,.à quelle heure les es-

à cannes ?

claves vont-ils au travail? R. Cela dépend du lever du soleil. D. Combien ont-ils de temps pour déjeuner ? R. Une demi-heure. D. El pour dîner ? R. Une heure et demie, de midi et demi à deux heures. D. N'est-ce pas à ce moment que les nègres dînent en effet ? R. Non, ils font leur principal repas le soir. D. Les deux principaux repas sont donc le matin à déjeuner et le soir à souper ? R. Je le crois. D. A quel moment les mères se rendent-elles au travail ? R. Il n'y a pas deux plantalions dans un district où l'heure soit la même. Elles y vont à six heures et demie, à sept ou huit Heures, ou même beaucoup plus tard. Il en est qui n'y vont pas du tout. D. N y a-t-il pas parmi les esclaves des cuisinières chargées de préparer la nourriture de tous ? R. Oui. D. Vous avez dit qu'à la fin de la journée les noirs rentraient épuisés de fatigue. N'en avez-vous jamais enlendu revenir du travail en chantant ? R. Oui, souvent. D. Après avoir soupé, lorsqu'ils rentrent du travail, les noirs se couchent-ils de bonne heure ?

509

D. Ont-ils loin à aller pour se rendre à leurs travaux?

D. C'est dans la même proportion que l'on a besoin de trous R. Exactement. D. La commission se formerait donc une fausse idée si elle supposait que le creusement des trous à cannes fût un travail indispensable pour toutes les plantalions, et qu'on ne pût s'en dispenser pour faire une récolte de sucre ? R. Ce travail est indispensable sur quelques propriétés. A Clarendon, par exemple, sur une plantation de i5o acres, 5o seront en nouveaux planls, 5o en premiers rejetons et 5o en seconds rejetons. C'est ainsi que sont toujours disposées les propriétés le mieux dirigées. A Vère, au contraire , après une succession de saisons favorables, on ne plante que très-peu. Les champs en culture de la plantation de M. Wildman avaient 3oo acres d'étendue. Les saisons ayant été favorables pendant plusieurs années, on ne planla que i5 acres par an. Je connais une autre plantation, appelée Greenwich, dont la fertilité est exlrême, et qui passa une année sans faire aucun nouveau plant. La commission ne doit pas s'imaginer pour cela que, dans aucune des parties de la colonie que je connaisse, 011 puisse se dispenser entièrement de renouveler les plants, et par conséquent de faire des trous à cannes. Si l'on ne comptait que sur les rejetons pour la récolle, elle diminuerait d'une manière sensible. Dans les paroisses fertiles, le creusement des trous est un travail peu important; on n a a planter chaque année qu'une faible portion des terres, excepté après de grandes sécheresses, parce que celte température détruit les cannes, et qu'il faut alors les remplacer. D. Ainsi certaines propriétés exigent plus de plants que d'autres ; mais aucune n'exige qu'on les renouvelle en entier tous les ans, et sur quelques-unes ce travail est fort peu de chose ?

R. Us ne se couchent pas de bonne heure, bien qu'ils se lèvent matin. D. Puisqu ils ne font pas un long repas à l'heure du dîner, quel emploi les noirs font-ils du temps qu'on leur accorde ?

tion Pepisse appartenant à M. Wildman?

R. Les femmes s occupent des soins de leurs ménages, et les hommes de leurs jardins.

R. Avant que les noirs en fussent retirés, on y cultivait en cannes 160 acres, dont ho étaient replantées.

R. Cela est ainsi. D. Quelle était la proportion des planls à faire dans la planta-

33


510

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I PARTIE.

D. Sur la plantation de Clarendon, combien les noirs employaient-ils de temps au creusement des trous? R. Ils auraient dû commencer au i5 août, et, en les occupant principalement de ce travail, il aurait pu être terminé du 1" au i5 novembre. D. Quel était le nombre de noirs employés ? R. Quarante de la première classe, à ce que je suppose; il y avait en tout 2 5o esclaves. D. Combien d'acres mettait-on en nouveaux plants à Clarendon ? R. Une année, j'ai replanté 5 acres. D. Sur quelle étendue de terrain en culture? R. On devait étendre la propriété de Clarendon, tandis qu'au conlraire celle de Saint-André devait être réduite. On avait projeté de faire trois classes de cannes; mais je crois que, pour obtenir un plus grand bénéfice, il aurait fallu replanter 45 acres par an. D. Etait-ce pour mettre à exécution le nouveau système que cette quantité eût été nécessaire ? R. Non ; elle l'eût été sans cela. Sur une propriété parfaitement dirigée, appelée Oaks, on replantait chaque année 5o acres. D. Sur les autres plantations fait-on chaque année des plants aussi considérables ? R. Je crois qu'il en est généralement ainsi dans le district. D. Le sol de Clarendon est-il fertile? R. Il produit beaucoup par les plants, mais pas autant par les rejetons. D. Dans les autres paroisses, où les rejetons produisent, il ne faut sans doute qu'une moindre quantité de plants? R. Cela est vrai. D. Entendez-vous que du i5 août jusqu'en novembre, les esclaves sont constamment occupés à faire des plants nouveaux? R. Non ; mais c'est le principal travail. On suspend d'ordinaire le creusement des trous, et on le remplace par un travail plus facile, tel, par exemple, que l'enlèvement des broussailles; cependant on fait marcher celte opération aussi vite que le permet la force des esclaves. Nous no l'interrompions que pour donner du soulagement aux travailleurs, ou lorsqu'une autre besogne l'exigeait. D. Tout le temps entre le i5 août et le commencement de novembre n'était donc pas réellement employé au creusement des trous à cannes ? R. Il n'était pas en effet employé sans inlerruplion. D. Quelle est la moyenne du temps nécessaire pour mettre en état une certaine étendue de terre destinée à la culture de la canne ? R. Autant que je me le rappelle, quelques intendants ont calculé que /jo esclaves pourraient creuser une acre en un jour ; d'autres n'ont porté ce nombre qu'à 3o, mais dans une terre facile. D. Veuillez indiquer d'une manière générale les autres travaux qui se rattachent à la culture de la canne, indépendamment du creusement des trous? R■ Je considère comme un travail pénible le creusement des trous de cannes. Lorsque la canne sort de terre, il faut nettoyer le champ; c'est là une occupation facile et dont les enfants peuvent s'acquitter. A mesure que la plante croît, il faut la façonner. On abat les berges; les cannes sont disposées en rangs; on amène la terre au pied, et quelquefois on le couvre d'engrais ; ce travail n exige que de l'intelligence et de la propreté. Quand les jeunes plants ont grandi, il faut faire un nouveau nettoyage, qui n'a rien de difficile, mais que pourtant les enfants ne peuvent plus faire. Dans quelques localités, deux ou trois mois avant la coupe des cannes, on les effeuille. Dans les sols humides, on enlève les feuilles inférieures, qui sont devenues sèches, afin de laisser au soleil toute son action pour la maturité des plants; à Vèrc cette

re

opération n'a pas toujours lieu, parce que le sol est chaud, et que le soleil nuirait aux cannes. Il faut beaucoup de temps pour enlever les feuilles sèches ; mais celte besogne n'est pas fatigante. Quand la maturité est arrivée, on coupe les cannes. Le plant des cannes et leur coupe sont les deux choses les plus pénibles à faire, tout le reste est beaucoup moins difficile. D. La charrue est-elle employée sur quelques plantations (le Jamaïque pour suppléer au creusement des trous à cannes? la R. Oui. J'en ai moi-môme fait un grand usage. D. N'y a-t-il pas des parties montagneuses où il serait impossible de s'en servir? R. Oui. D. Après avoir été remuée par la charrue, n'arrive-t-il pas que parfois la terre se gerce ? R. Non. Je crois qu'on emploierait volontiers la charrue partout où cela serait possible. D. N emploie-t-on pas, sur quelques plantations, des nègres loués pour planter les cannes? R. Oui. D. Ne se trouve-t-il pas des propriétaires qui, possédant beaucoup de noirs, les louent spécialement pour creuser des trous à cannes ? R. Oui. D. Et, sur quelques plantations, n'emploie-t-on pas en partie ces esclaves pour faire les plants ? R. Oui. D. Les esclaves loués pour faire des trous à cannes sur les plantations ne sont-ils pas soumis à un travail plus fort que les esclaves de ces propriétés ? R. S'ils sont charges particulièrement de cette opération, sans doute leur tâche est plus rude; mais, le plus ordinairement, on les loue pour seconder les autres noirs, et ils sont confondus avec eux. D. Pour diminuer ce qu il y a de pénible dans le creusement des trous a cannes, n abrege-t-on jamais la durée de la journée? R. On cherche a abréger ce genre de travail sur toutes les propriétés ; mais ceux qui en sont chargés n'en font pas moins leur journée complète. D. Lorsque les cannes sont coupées, et prêtes à être manufacturées , comment distribue-t-on la population des plantations pour les travaux de la fabrication ? II. Du moment où commence la récolte, l'usine se met en activité. Un certain nombre d esclaves est chargé de couper les cannes , d'autres sont chargés de les voilurer, d'autres les transportent de i endroit ou elles ont été déchargées jusqu'au moulin, d autres encore entretiennent le moulin; il en est qui reçoivent les débris de cannes, dont le jus a été exprimé, elles mettent en tas. Pour tout cela il y a un surveillant. Viennent ensuite les hommes chargés de fournir le combustible aux fourneaux; un autre est chargé de la conduite du feu; plusieurs dirigent la cuisson; enfin il y a ceux qui mettent le sucre dans les tonneaux, et tout est terminé. D. Comment se répartissent entre les esclaves les heures de veille pour les travaux de nuit? R. Sur la plantation que je dirigeais, il n'y avait pas de travail de nuit; on ne l'organisa qu'une seule fois, quelques semaines avant mon départ, parce que les noirs l'avaient demandé euxmêmes pour en finir plus vite. Je n'ai pas bien compris les arrangements qui furent laits; tout ce que je sais, c'est que le travail était de dix-huit heures sur vingt-quatre. D. C'étaient les noirs eux-mêmes qui avaient sollicité celte mesure ? /î- Comme ils se trouvaient tous alors dans un certain état de gêne, ils s'entendirent pour en sortir, et adoptèrent le parti qui leur parut le plus simple.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. — 1832. e

Û. Combien cela dura-t-il ? Il, Ils travaillaient ainsi cinq jours par semaine. D. Pendant combien de semaines? R. Je ne sais. Sur quelques plantations, les travaux de nuit se continuent sans interruption pendant un mois ou deux. D. Ne savez-vous pas que sur certaines plantations on ne peut faire veiller un noir plus d'une fois par semaine ?

511

oblige, avec une population moyenne, de faire veiller les mêmes individus plus d'une fois ou deux par semaine ? R. Deux au moins et souvent plus. D. Pourquoi supposez-vous qu'ils seraient employés plus de deux fois ? R. Je le suppose d'après le nombre d'hommes nécessaire ?

R. Je 1' ignore de même; ce sont des choses auxquelles un géreur pourrait répondre mieux que moi.

D. Quel est le nombre d'individus constamment occupés à la cuisson, et quel est leur genre d'occupation ? R. 1 femme pour les chaudières ; 3 et quelquefois 4 cuiseurs ; 1 homme pour fournir le combustible; 2 femmes au moulin; 3 personnes pour l'entretenir de cannes qu'elles transportent de la cour; 2 ou 3 autres pour enlever les débris des cannes pas-

D. Pendant combien de jours consécutifs avez-vous entendu dire qu'un esclave travaillât de nuit dans une semaine? R. Pendant les cinq premiers jours de la semaine.

sées au moulin, et le contre-maître du moulin. Je crois que ce nombre suffirait strictement pendant la nuit, mais durant le jour il serait naturellement plus considérable.

D. Connaissant le nombre d'esclaves nécessaire pour suivre un travail de nuit, ne pourrait-on pas les distribuer de manière à ce qu une partie seulement fût employée dans le courant d'une

D. Les esclaves que l'on emploie à l'usine dans la journée ne sont-ils pas remplacés la nuit ? R. Sur quelques propriétés on les relève à minuit, sur d'autres ils commencent à travailler à huit ou neuf heures et continuent

Pi. Je l'ignore. D. Et même qu'il ne peut être retenu que six heures dans une nuit?

semaine, et à ce qu'ils eussent plus de deux jours de repos? R. On pourrait s'arranger de manière à rendre le travail aussi facile que possible. Sur les plantations qui ont de 4 à 5oo esclaves,

toute la nuit, mais cela n'est pas ordinaire: la coutume générale est de remplacer les hommes à minuit. D. Ceux qui travaillent depuis huit heures jusqu'au point du jour reprennent-ils le lendemain matin les travaux des champs ? R. Je le crois, d'après ce qui m'a été dit; mais je n'ai jamais pu le voir de mes yeux et ne pourrais certifier le fait.

chaque individu ne veillerait pas plus de deux fois par semaine; sur d'autres, où il n'y aurait que deux divisions à faire, la peine serait plus grande, et quelquefois elle est excessive. On m'a dit qu'à Savannah, les choses avaient été organisées de la

D. Lorsque les noirs passent la nuit au travail 11e sont-ils pas surveillés par des teneurs de livres blancs ?

manière suivante: un certain nombre d'esclaves se mettaient à la besogne à cinq heures du matin, et restaient dans la plaine jusqu'au son de la trompe; ils finissaient alors leur journée comme à l'ordinaire, et, au lieu de rentrer chez eux, ils étaient retenus

R. Oui. D. Y a-t-il plusieurs surveillants à la fois ? R. Lorsque la plantation est peu considérable, il n'y en a qu'un seul à tour de rôle.

dans l'usine jusqu'à minuit, de sorte qu'ils restaient en effet dixhuit heures au travail. J'ignore comment le remplacement se faisait. Il arrive presque toujours qu'à la fin delà semaine tous les

D. Ce teneur de livres reste-t-il debout la nuit entière ? R. Oui. D. Les récoltes ne commencent-elles pas à Noël ? R. Dans quelques paroisses elles commencent plus tôt et dans

noirs de la grande bande ont travaillé ce même nombre d'heures, c'est-à-dire dix-huit sur vingt-quatre. D. Mais pendant cinq jours seulement?

d'autres plus lard.

R Plus que cela sur certaines plantations. I). Un esclave serait donc retenu au travail 18 heures sur 24 pendant cinq jours de la semaine ? R. Oui.

/). A quelle époque se terminent-elles en général ? h. Dans toute l'île, excepté à Sainte-Marie et Portland, où la récolte se fait toute l'année, elles commencent dans la dernière

D, En est-il de même pour tous les esclaves ou seulement pour un certain nombre choisi ?

semaine d'octobre et finissent dans la première semaine de juillet; toutefois ce terme est le plus long. Dans Saint-Jacques on

classe sont toutes deux occupées de celte

commence la fabrication du sucre en novembre, et, d'ordinaire, elle est terminée en mai ; dans Trelawney on commence vers fé-

R. La 1™ et la manière.

2'

vrier, et l'on continue jusqu'en juillet.

D. Ces deux classes sont-elles nécessaires en même temps aux opérations de l'usine? dans le cas contraire, le même individu devrait-il, sur une plantation de moyenne importance, passer la nuit plus de deux fois par semaine ?

D. Les travaux de l'usine se combinent-ils toujours avec le creusement des trous ? R. Non; pendant la récolte les esclaves de la plantation ne font jamais ce travail; on y emploie d'autres nègres loués.

R. Pendant le jour, un certain nombre de noirs sont occupés au moulin cl à la sucrerie; on les dispense de temps en temps du travail de nuit et 011 les remplace par des hommes de la 1re et

D. N'est-il pas très-important d'achever la récolte avant la saison des pluies ? R. Oui. D. Les pluies ne commencent-elles pas en mai, et nest-ce pas à celte époque que les trous à cannes doivent être creusés ?

delà 2 classe, ou par des artisans. 0

D. Les travaux qui exigent la présence des noirs pendant la nuit sont-ils tels que le même soit obligé de voilier plus de deux fois par semaine ?

R- Cela est vrai pour quelques paroisses. Je n ai pas prétendu dire que le temps dont j'ai parlé fût constamment occupé par la récolle. En la commençant à la lin de novembre on fait du sucre jusqu'à Noël; alors on s'occupe d'autres travaux et l'on reprend

R. Le travail exige la présence continuelle des noirs;' mais quant au repos qu'on peut leur donner, cela dépend de la force des ateliers. Sur les plantations où il y a peu de noirs, leur tour revient plus fréquemment que sur celles qui en ont un plus

ensuite la fabrication ; mais, de novembre à mai, il n'y a que de courtes interruptions.

grand nombre. D. Faut-il entendre que les noirs travaillent à leur tour pendant la nuit, et que les mêmes ne sont pas constamment debout. R. Sans doute. D. Vous savez le nombre d'esclaves indispensable aux opérations de la sucrerie. En les distribuant convenablement serait-on

1

D. Lorsque, pendant la récolte, les esclaves sont employés dans l'usine, n'ont-ils pas dans le jour des occupations moins pénibles ? R. La fabrication est combinée de telle sorte, que l'on puisse en même temps couper les cannes et les apporter au moulin. I). Quel est le genre de travail des noirs pendant la nuit ?

33;


512

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

R. 1] consiste à charrier les cannes, à entretenir le moulin, à enlever les débris broyés et à faire cuire le vesou. D. Vous attribuez le décroissement de 3a population à l'excès du travail, surlout à ce qu'ont de pénible pour les noirs et le creusement des Irons et les occupations de nuit. Avez-vous été à même de consulter les relevés de plantations différentes, à l'effet de vous assurer de l'influence du travail sur celles où il n'y a que peu de trous à creuser comparées à d'autres où il faut en creuser beaucoup ? II. Je n'ai jamais fait celte recherche. D. Lorsque l'on abandonne la culture de la canne sur une plantation, on compte, avez-vous dit, sur un accroissement de population. Avez-vous eu occasion de vérifier si, réellement, la population augmente? R. J'ai parlé de cela comme l'ayant entendu dire, et d'après l'opinion générale que les noirs multiplient beaucoup plus sur les plantations à café etsur tes parcs à bestiaux que sur les plantalions à sucre. Dans la paroisse de Vère, où l'on n'a presque pas de trous à creuser, les esclaves augmentent rapidement en nombre; il yen a plus que n'en demandent les travaux à exécuter sur les propriétés. D. N'avez-vous jamais recherché si quelque autre cause n'influerait pas sur la population, par exemple la proportion des Africains relativement aux créoles ? R. J'ai souvent entendu citer celte cause, mais je n'ai jamais pu vérifier jusqu'à quel point elle est réelle. D. La population ne diminue-t-elle pas plus rapidement sur les plantations où les Africains dominent que sur celles où les créoles sont en majorité? R. Je ne sais si le fait est exact, je n'en ai même pas entendu parler. D. Vous devez savoir que les noirs importés dans l'île, jusqu'à l'abolition de la traite, en 1808, étaient. tous adultes? R. Oui, c'est ce que l'on rapporte. D. Par ce motif, les plantations qui ne se recrutaient que par l'importation des noirs ne doivent-elles pas avoir aujourd'hui une population déjà vieille ? R. Vieille n'est pas exactement le mot. I). De quel âge étaient les esclaves imporlés ? R. Je n'ai vu qu'une seule fois un navire négrier ; il était principalement chargé d'enfants. D'après ce que j'ai élé à même d'apprendre et de remarquer, les noirs devaient être, pour la plupart, de l'âge de 18 à 19 ans. D. Vous ne devez pas ignorer que le plus grand nombre des noirs importés pouvaient être d'une utilité immédiate; c'est pourquoi ils devaient au moins avoir de 18 à 20 ans. /?. Cela peut êlre. D. Le nombre des hommes imporlés n'excédait il pas celui des femmes ? R. C'est une recherche dont je 11e me suis jamais occupé. I). Pensez-vous que la diminution de la population soit imputable à la fatigue des travaux relatifs à la culture dti sucre? R. Oui, et je me suis formé celle opinion d'après un fait reconnu généralement à la Jamaïque, c'est que les esclaves augmentent sur les plantations à café el sur les parcs à bestiaux, tan dis qu ils diminuent dans les districts où I on cullive la canne. I). Vous avez dit que, sur certaines plantations, le sol est tellement léger que le creusement des trous n'a rien de pénible. Sur ces plantations la mortalité n'est-elle pas moindre que sur celles ou la durelé du terrain rend le travail plus difficile ? [{. Je 11e sais si cela est, mais cela doit être d'après le principe que j ai exprimé. Sans avoir jamais vu les relevés de Vère, j'ai la certitude que les noirs y augmentent plus rapidement que sur Sainte-Marie el Clarendon.

1). Selon vous c'est le creusement des trous à cannes qui est nuisible à la durée de la vie, et non le travail de l'usine ? R. Oui, il est très-fatigant et doit avoir une fâcheuse influence sur la constitution des femmes. C'est au creusement des trous et au travail de nuit que j'atlribue la réduction de la population. D. Les maladies et la mortalité sont-elles plus fréquentes à une époque de l'année qu'à une autre ? R. Oui ; il y a une certaine époque où toutes les classes sont exposées aux maladies, c'est depuis la fin de septembre jusqu'à Noël. D. Est-ce à celte époque que l'on creuse les trous à cannes ? R. Oui ; mais je ne crois pas que ce soit ce travail qui produise les maladies; elles proviennent d'une cause atmosphérique. 1). A l'époque dont vous parlez, la classe des noirs est-elle affectée autant que les autres ? R. Non , pas autant. D. Êtes-vous positivement sûr que la mortalité soit moins grande sur les plantations à café et sur les parcs à bestiaux que sur les plantations à sucre ? R. C est une opinion qui m'est commune avec presque toutes les personnes de la Jamaïque qui me sont connues, mais je n'ai jamais fait de recherches à ce sujet. 1). Les causes que vous avez assignées à la dépopulation agissent-elles sur les hommes et sur les femmes indistinctement? R. Sur les femmes surtout. D. Vous avez dit que sur la plantation de M. Wildman, les femmes élaient exemptées du fouet; cette circonstance a-t-elle fait augmenter la population? 7?. La progression n a pas élé rapide. Mais, à l'époque de mon départ, une de ses plantations promettait une très-grande augmentation, que l'on attribuait à la multiplicité des mariages el au bon traitement des esclaves. D. Les femmes des plantations de M. Wildman étaient-elles employées à creuser des trous à cannes, el leur faisait-on faire des travaux de nuit ? R. On les exemptait des travaux de nuit, excepté dans le court espace de temps dont j'ai parlé. D. Cependant on exigeai! d'elles qu'elles creusassent des trous à cannes ? R. Oui. 1). L'exemption du fouet el des travaux de nuit, n'a-t-ellepas eu pour résultat d'augmenter la population d'une manière sensible ? R. Celle augmentation no s'était pas manifestée à l'époque où je cessai de diriger les plantations de M. Wildman. I). Avait-on éprouvé une réduction de population sur les propriétés de M. Wildman , avant votre arrivée ? /{. Sur l'une de ses plantations la réduction avait été considérable. I). Cetle réduction diminua-t-elle pendant votre gestion ? II. Je le crois, mais je ne suis pas resté assez longtemps pour que le résultat fût encore bien sensible. I). Avez-vous jamais été frappé de la grande mortalité qui a lieu parmi les enfants, à la Jamaïque ? ' /i. Oui; la coqueluche en enlève un grand nombre. /). La mortalité n'est-elle pas aussi très-forte avant l'âge de G ans ? R. Je ne m'en suis jamais aperçu ? D. Est-elle plus grande parmi les cnfanls des esclaves que parmi ceux des noirs libres ? /(. Je la crois égale dans toutes les classes. I). Les cnfanls des nègres marrons sont-ils aussi sujets a la coqueluche ? If Oui, ainsi que les enfants blancs et Ions les autres; el,


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. — 1832. e

sans en cire bien sur, il nie semble que celle maladie, jointe à la rougeole, produit une aussi grande mortalité dans la classe blanche que parmi les noirs. D. Ne pourrait-on pas arriver à fabriquer le sucre en se dispensant de creuser des trous à cannes, et de faire faire aux esclaves des travaux de nuit ? R. Il ne serait pas plus facile de se dispenser de faire creuser des trous à cannes, que de semer le blé. On peut quelquefois employer la charrue, mais pas partout. D. Le décroissement de la population et l'état maladif sont-ils inséparables de la culture du sucre, n'importe quel mode on adopte ? R. On pourrait se dispenser du travail de nuit, mais avec une grande perte pour le planteur. Le bénéfice ne serait pas le même à lu fin de l'année ; il y aurait nécessairement réduction dans le produit. Ou ne fait de travail de nuil ni à la Barbade, ni à Antigoa, ni, à ce que je crois, dans aucune autre des îles du vent. 0. L'emploi des machines à vapeur ne dispense-t-il pas du travail de nuit ? 21. Non. D. Ne pourrait-on pas le supprimer par quelque règlement par-

513

ment de leur grossesse, et lorsqu'elles l'ignorent elles-mêmes, elles soient par hasard punies du fouet: autrement on ne les battrait que dans des circonstances extraordinaires, et on n'exigerait pas d'elles qu'elles creusassent des trous à cannes. D. La surcharge de travail, en tant qu'agissant pour réduire la population , n'a-t-elle d'effet (pie sur les femmes et non sur les hommes ? R. Je le croirais, et je suis d'avis que si les femmes étaient tout à fait dispensées du travail de nuit et du creusement des trous à cannes, la population s'en ressentirait. D. Attribuez-vous le décroissement de la population exclusivement à l'excès de travail ? R. Non ; mais c'est une des causes. D. N'avez-vous pas prétendu qu'aussi longtemps que l'esclavage continuerait, le fouet serait indispensable au maintien de la discipline et de l'ordre, et n'entendez-vous pas qu'il est nécessaire pour faire exécuter un travail aussi pénible que le creusement des trous ? R. Oui; et même pour faire exécuter tous ceux que les noirs pourraient refuser de faire. D. Lorsqu'un atelier est bien discipliné, emploie-t-on souvent le fouet dans les champs ?

ticulier, ou bien est-il absolument indispensable pour la fabrication du sucre ?

R. Quelquefois 011 est des semaines et des mois entiers sans en faire usage. Je nie rappelle entre autres une plantation où l'on ne s en était pas servi pendant deux ans. Une fois l'autorité d'un

R. Malgré les difficultés que l'on rencontrerait à le supprimer, cela n'est cependant pas impossible, puisque sur plusieurs plantations de la Jamaïque on ne l'exige pas des esclaves.

intendant établi, s'il est humain et expérimenté , Iè fouet lui devient inutile.

D. Pourrait-on se dispenser du creusement des trous ? R. Il faut que les trous à cannes se fassent d'une manière ou d'une autre. Tout ce que l'on pourrait faire serait de supprimer le travail de nuit. D. Mais vous dites que ce serait une perle pour le planteur ?

D. Tous les commandeurs, qui sont en général des noirs, ne sont-ils pas armés d'un fouet ? R. Oui. D. Ont-ils la faculté de s'en servir sans l'autorisation de l'intendant ? li. Jusqu'à un certain point.

R. Quelques personnes disent que non. Sur la plantation Blue-Mountain, appartenant à sir Henry Fitzherbert, on avait

D. Néanmoins vous avez connu des exemples où, pendant deux ans, on n'en a fait aucun usage ?

supprimé le travail de nuit; le produit fut moins considérable, il est vrai, niais le sucre obtenu se trouva de meilleure qualité. Les planteurs voisins prétendirent que le système était mauvais et que le géreur en reconnaîtrait le vice l'année suivante ;

R. Je ne puis direque le commandeur n'administrait pas quelque correction partielle, mais pendant ces deux ans il n'y avait pas eu de châtiment régulièrement ordonné par l'intendant.

mais il mourut avant d'avoir pu renouveler celte épreuve. D. Ne supposez-vous pas qu'il soit possible de trouver un mode de culture qui n'ait pas l'inconvénient; de réduire la population ? R. On n'obtiendrait plus les mêmes quantités; le géreur de sir Henry Fitzherbert, avait obtenu moins de produit. En supprimant le travail de nuit, il avait nécessairement réduit celui de l'année, et la conséquence devait être une diminution de produit et par suite de bénéfice. Il prétendait récupérer celte perte par une supériorité dans la qualité du sucre ; je ne sais si sa prétention était fondée. D. Un règlement qui interdirait de surcharger de travail les femmes enceintes, et de les punir du fouet, 11e suffirait-il pas pour arrêter la réduction de la population ? R. Le sens de cette question me ferait supposer que je n'ai pas été clairement compris. Je n'ai jamais donné à entendre que 1011 forçât une femme enceinte à travailler au creusement des trous à cannes, ni qu'on lui appliquât le fouet. O11 l'occupe ordinairement à des choses faciles; quelquefois même 011 ne lui impose que l'obligation de prendre de l'exercice. Dans le but important d'augmenter la population , on prend le plus grand soin des négresses qui sont dans cet état. Il se peut qu'au commence-

D. Comment son autorité s'était-elle établie? R. Probablement par l'usage du fouet. Dans le commencement de leurs fonctions les intendants rencontrent souvent de la résistance; ils montrent alors de la sévérité, et quand les noirs reconnaissent la volonté formelle de se faire obéir, ils ne résistent plus. D. Le fouet, comme moyen coercitif, est-il appliqué à la volonté du commandeur, ou bien celui-ci doit-il s'adresser au géreur pour en obtenir l'ordre d'infliger un certain nombre de coups P R. La plupart du temps un appel est fait par le commandeur au géreur; mais, dans certains cas, il peut agir de sa propre autorité. D. De quelle étendue sont ses pouvoirs à cet égard? R. Il peut appliquer six coups le matin à chaque travailleur arrivant trop lard. En visitant une plantation à café, j'ai vu, en l'absence de tout blanc, le commandeur se servir de son fouet. Une autre fois, voyageant avec un officier européen, il me pria d'intervenir pour empêcher de battre deux vieilles femmes; mais le commandeur m'ayant fait observer qu'il ne pouvait se dispenser d agir comme il le faisait, et que sa conduite n avait rien d'illégal, je dus le laisser continuer.

33..


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE. N° 138. NOUVEL INTERROGATOIRE DE M. W. TAYLOR. 12 juin 1832.

D. M. Wildman s'était-il occupé lui-même de la direction de ses propriétés avant de vous en charger ? R. Oui, pendant deux ans. D. Habitait-il l'île ? R. Il occupait un emploi à la douane de Kingston , et visitait parfois ses plantations. D. Avant votre direction avait-il déjà adopté la marche que vous avez suivie relativement au travail des nuits ? R. Oui. D. Pendant combien de temps, avant que vous quittassiez les propriétés de M. Wildman, celte coutume avait-elle été suivie ? R. Durant tout le temps de son séjour et du mien. D. A la fin de ces quatre années, remarquait-on une augmentation ou une diminution dans la population ?

récolte , c'est la quantité de jus qu'ils absorbent, parce qu'ils oni l'habitude de mâcher constamment 4es cannes ? D. Sur quelle plantation avez-vous plus particulièrement remarqué, sur la figure des noirs, les signes de fatigue dont vous parlez ? R. J ai rapporté que, peu de temps avant mon départ de l'île, on avait introduit la coutume du travail de nuit sur les propriétés de M. Wildman. J'habitais l'une d'elles, et tous les matins, en me promenant, je distinguais à leur contenance, les esclaves qui avaient travaillé de nuit. D. Votre observation s applique, en conséquence, aux esclaves de M. Wildman ? R. Oui.

R. Je crois avoir remarqué une légère augmentation. Il se pourrait cependant qu'il se fût opéré une réduction, mais dans ce cas elle devait être insignifiante.

/). Vous avez ditque 1 on pouvait attribuer à l'emploi du fouet, dans les moments où les négresses pouvaient se trouver enceintes sans le savoir elles-mêmes , de nombreux accidents funestes à la population ; mais n avez-vous jamais entendu dire qu'elles eussent I habitude de faire usage d une préparation d'herbes pour se faire

D. Dans la lettre que vous écrivîtes à M. Wildman avant votre départ, vous parliez de plantations voisines plus avancées dans la culture; cela provenait il de ce que les plantations de M. Wild-

avorter, dans le but de conserver leur empire sur les hommes avec lesquels elles entretiennent des relations ? II. Non; j ai pu en entendre parler, mais non pas comme d'une

man étaient moins productives que d'autres P

chose ordinaire.

R. Oui. D. Quelle différence a produite, dans le rapport des plantations de M. Wildman , l'adoption du système dont vous parliez ?

I). Connaissez-vous sir Michael clare, et avez-vous eu quelque conversation avec lui à ce sujet? R. Je Je connais, mais jamais je ne lui ai parlé.

priété ?

D. Connaissez-vous les habitudes des nègres marrons? R. Jusqu'à un certain point, pour avoir visité leurs villages et leurs maisons. D. Quel établissement de noirs marrons vous est le mieux

R. Oui; mais il faut l'attribuer à la nécessité où l'on fui de réparer les bâtiments.

connu ? R. C'est, je crois, Accompong.

D. Lorsqu'il y avait à creuser des trous à cannes, employaiton à ce travail des noirs de M. Wildman ou des esclaves loués?

D. Les noirs marrons ont -ils l'habitude de louer leurs services aux plantations ? R. 11 n'est pas à ma connaissance qu'il l'aient jamais fait.

R. Je ne saurais le dire exactement, mais elle était très-importante. D. En résultait-il une augmentation de dépense pour la pro-

R. Les noirs de la plantation faisaient eux-mêmes ce travail pendant la direction du propriétaire; ensuite je les fis aider pour moitié au moins. D. Ainsi vous vous serviez d'un nombre au moins égal d'esclaves loués P R. Oui, sur les plantations de Saint-André et de Clarendon ; mais il n'y en eut pas besoin sur celles de Vère. D. Vous avez dit qu'au mois de janvier les esclaves se trouvaient tout à fait épuisés P R. J'ai indiqué janvier, comme le mois qui partage la récolte en deux parties; j'aurais tout aussi bien pu vous dire un mois plus tôt ou plus tard. D. Ainsi, vous êtes persuadé que durant Je temps de la récolte les noirs sont fatigués à l'excès? R- Je crois qu'ils sont plus fatigués qu'à aucune autre époque. D. Ne remarque-t-on pas ordinairement que, pendant et après la récolte, les noirs paraissent jouir d'une meilleure santé qu'à toute autre époque de l'année ? R. Je l ai entendu dire souvent. I). Avez-vous quelquefois fait vous-même cette remarque ? R. J ai en effet remarqué qu'ils étaient plus gras et avaient meilleure mine; mais, en traversant une plantation, il m'était facile de distinguer, à la fatigue peinte sur leur visage, quels étaient les noirs qui avaient passe la nuit. Ce qui les rend gras durant la

I). Quelle est la manière de vivre des noirs marrons ? Il Ils vivent principalement de la chasse et de la pêche. La législature leur a assigné de vastes districts qui leur sont garantis par des actes de l'assemblée. Dans leurs deux établissements de Charles-1 ovvn et de Moore-Town, ils s'occupent en grand de la culture de l'arrow-root. Ils élèvent aussi des bestiaux, mais en petit nombre. I). Parlez-vous du travail manuel fait par les noirs marrons eux-mêmes, ou par les esclaves qu'ils possèdent ? R. Ils cultivent de leurs propres mains des provisions et de l'arrow-root. D. N'ont-ils pas un nombre considérable d'esclaves ? R. Il s en ont; mais ils sont eux-mêmes beaucoup plus nombreux que leurs esclaves. I). N'avez-vous jamais vu les relevés qui les concernent ? R. Je les ai vus. A Moore-Town , ils sont boo et peuvent avoir 70 esclaves. D. C'est dans leurs établissements qu'ils cultivent l'arrow-root et les provisions ? /i. Oui ; il y a aussi des artisans parmi eux. I). Le savez-vous personnellement? /{. Je Je sais pour avoir eu des payements à leur faire. D. Quels sont ces artisans? H. Des charpentiers.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. — 1832. e

D. Ces artisans sont-ils des noirs marrons ou des esclaves ? Il Ce sont des noirs marrons. D. Parlez-vous de ceux de Moore-Town ? R. Je parle de ceux d'Accompong et de Charles-Town. D. Combien y a-t-il d'artisans parmi eux ? R. Je ne sais; mais le nombre n'en est pas grand. D. N aiment-ils pas le déplacement? R. Non. D. N aiment-ils pas à parcourir les forêts, à chasser le sanglier' et à se livrer à la pêche ? R. Oui; mais ils ont encore d'autres occupations. Je viens de dire que j avais eu des payements à leur faire pour des travaux mécaniques : ce fut à l'occasion des écoles que la Société des missionnaires voulut faire élever dans leurs établissements , et auxquelles Iravaillèrent des noirs marrons que je payai pour son compte. Cela se passait en 1829. D. Ne construisit-on pas une chapelle dans un des établissements des noirs marrons en 1825? R. Je ne le crois pas. D. Pensez-vous que les noirs marrons aient fait quelques pas clans la civilisation ? II. Je ne puis guère parler que de l'établissement d'Accompong, que je connais mieux que les autres. Jusqu'en 1828, les habitants d'Accompong étaient, sous le rapport moral et civil, trèspeu avancés; mais, à cette époque, une circonstance changea rapidement l'état deschoses ; depuis, ils ont continué à s'améliorer. D. De quelle circonstance voulez-vous parler ? R. De l'établissement des écoles, dont ils profitèrent avec empressement. Précédemment, ils étaient presque dans la barbarie; mais, lorsque la Société des missionnaires leur eut procuré les moyens de s'instruire, on ne larda pas à remarquer en eux un changement très-sensible. D. Vous avez dit qu'il était beaucoup plus facile aux domestiques qu'aux autres esclaves d'obtenir leur affranchissement; comment entendez-vous cela? R. A la Jamaïque, les domestiques ont, plus que les autres noirs, lu facilité de se faire des protecteurs dans les hautes classes. J'ai vu souvent des esclaves domestiques s'adresser aux amis de leurs maîtres pour leur demander de préparer les voies, afin qu'ils pussent obtenir plus vile leur liberté; et beaucoup de personnes s'entremettent volontiers pour seconder de telles intentions. Il arrive assez fréquemment que des maîtres, quittant la colonie, affranchissent; ceux qui les servaient; il n'est pas rare non plus qu'en mourant on accorde la liberté à des domestiques, tandis que parmi les noirs occupés à la culture cela arrive beaucoup moins souvent. Je n'en ai vu affranchir qu'un bien petit nombre. D. Lorsque vous avez parlé de la disposition des esclaves à travailler moyennant salaire, était-ce d'après ce que vous avez observé, relativement au caractère général des noirs, ou seulement d'après l'opinion que vous avez pu vous en former par l'étude du caractère particulier des esclaves de M. Wildman ? R. C'est d'après mes observations tant générales que particulières. D. A quelle époque avez-vous été en situation de faire une élude approfondie du caractère des noirs ? R. En 1828, je me trouvais dans la campagne au milieu de propriétaires d'esclaves, de planteurs, de géreurs, etc. En 1829, 1830 et pendant la moitié de l'année 1831, je fus sans cesse en contact avec 700 esclaves. Je parcourais le pays dans un rayon de 120 milles, et j'étais en relations continuelles avec les planteurs ou intendants de diverses propriétés. I). La tournée que vous aviez à faire était de Saint-André à

515

[ viron tous les deux mois. Je faisais en outre, dans diverses parties de l'île, des voyages pendant lesquels j'avais occasion de voir les noirs et de pénétrer dans leur intérieur, autant que peut le faire quelqu'un qui est étranger à une propriété. D. Croyez-vous avoir une expérience suffisante pour vous mettre à même de vous prononcer sur le caractère général de la population noire ? R. Je me crois aussi capable que qui que ce soit de donner une opinion à ce sujet. Cependant je fais une grande différence entre l'expérience que je possédais avant de prendre la direction des propriétés de M. Wildman, et celle que j'ai eu occasion d'acquérir depuis, par une observation attentive des mœurs etdes habitudes de ses noirs et de ceux de diverses autres propriétés. D. Les noirs, en général, ne répugnent-ils pas à laisser visiter leurs demeures et leurs champs par des étrangers ? R. Oui, à moins qu'ils ne connaissent les personnes et le motif qui les guide. D. Malgré toute la confiance qui peut exister entre le maître et 1 esclave, celui-ci n'est-il pas contrarié de rencontrer son maître autour de sa demeure ? R. Il n'en est pas ainsi lorsque les noirs ont de l'affection pour leurs maîtres. D. Vous êtes convaincu, par l'expérience que vous avez, que les noirs travailleraient volontiers moyennant salaire? R. Je le crois, pourvu cependant qu'ils fussent déterminés par les mêmes motifs qui engagent les autres hommes à travailler. I). Pourriez-vous citer des exemples de noirs ayant volontairement travaillé pour un salaire, dire si ces exemples se sont répétés souvent, et en quel nombre étaient les travailleurs? R. Je pourrais citer beaucoup d'exemples de travaux exécutés à ces conditions par un individu; mais seulement quelques-uns dans lesquels les travailleurs fussent nombreux. Dans l'état particulier de la société, on n'aurait pas de fréquentes occasions de savoir quelles seraient, à cet égard, les dispositions d'une certaine réunion d'esclaves; toutefois, à eu juger par la multiplicité des cas particuliers, on pourrait conclure, qu'un certain nombre de noirs travailleraient aussi volontiers que le font isolément les individus, s'ils y étaient excités par les mêmes motifs. D. Dans quelle proportion les esclaves des propriétés de M. Wildman ont-ils été employés de cette manière ? R. J' ai déjà dit que, dans une circonstance, j'avais employé 3o hommes, moitié appartenant à M. Wildman et moitié à M. Maddox. I). Cet exemple s'est-il reproduit une seconde fois durant votre gestion ? R. J'ai cité aussi les travaux pour l'établissement d'un fossé de séparation, mais on n'employa que quelques noirs de la plan talion. J'ai encore parlé du travail du jardin. Au surplus, dans toutes les expériences de travail libre qu'il m'a été possible de tenter, j'ai toujours eu autant de travailleurs volontaires que le système établi le permettait. D. Ces exemples sont-ils les seuls que vous ayez à citer? R. 11 peut y en avoir d'autres que je ne me rappelle pas. D. Veuillez essayer de rappeler vos souvenirs ? R. J'ai souvent eu besoin du travail d'un homme, et proposé à un esclave de le faire pendant l'une des journées qui lui appartenaient. Ainsi, un des noirs savait manier la charrue, et quelquefois il était important qu'il terminât une besogne commencée ; lorsqu'arrivait le samedi, journée qui lui appartenait, le géreur lui proposait de la lui acheter, soit en échange d'une autre journée, soit en argent, en sucre ou en blé, et l'échange avait lieu. Un autre esclave, qui était distillateur, recevait de pré-

Vère et de Vère à Clarendon ? R, Oui; et ensuite je revenais à Saint-André. Je la faisais enférence de l'argent. on dit colonies, sauvage; cochon dans les cochon marron. littéralement Wild-hog, '

33...


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. —I PARTIE.

D. Les exemples que vous avez rapportés sont particuliers aux plantations de M. Wildman ?

re

étrangères ?

former une opinion en comparant le nombre des écoles qui existent actuellement et de celles qui existaient en 1816. L'instruction leur est donnée aux écoles du dimanche, car on ne leur apprend pas à lire sur les plantations. Je ne me rappelle pas si, en 1816, il y avait une seule école du dimanche dans l'île; en

R. Je puis citer ce que me rapportait un intendant de PortRoyal-Mountain : c'est qu'en général les noirs travaillent les uns pour les autres moyennant un prix dont ils conviennent.

1831, il s'en trouvait comparativement un nombre immense. Les dimanches, beaucoup d'esclaves, la plupart adultes, s'y rendent pour apprendre à lire; comme les mêmes ne peuvent pas y venir

D. Comment les noirs se payent-ils réciproquement? jR. Dans le cas dont il s'agit, le payement devait se faire en argent; il avait été convenu à raison de 1 fr. 20 cent.

chaque dimanche, ils sont remplacés par d'autres; en sorte qu'il y a de grands progrès à la fin d'une année : leur désir de s'instruire est extrême. Les esclaves qui ont appris une leçon aux écoles la répètent sur les plantations ; ils font tous ainsi des progrès plus rapides.

R. Oui. D. Pouvez-vous en citer d'autres pris sur des plantations

D. Les noirs, avez-vous dit, n'aiment pas à changer de résidence; savez-vous si, avant de leur faire quitter une plantation, on a soin de leur disposer des habitations et de leur préparer des champs à cultiver, là où ils doivent être transportés ? R. Quelquefois. En général, les propriétaires s'appliquent à leur rendre le changement agréable. D. Cependant, malgré cela, ils ne quittent qu'avec regret les lieux auxquels ils sont accoutumés? R. Oui; ils n'aiment pas non plus à changer de maître. Le déplacement que j'eus à faire moi-même devait leur être moins pénible, puisqu'ils n'avaient pas à changer de maître ; cependant il ne s'opéra pas sans difficultés , bien qu'on leur eût préparé

D. Les noirs ont-ils, en général, l'habitude de lire ? R. Non, pas en général, mais beaucoup plus qu'ils ne l'avaient autrefois. D. Sur la plupart des plantations ne se trouve-t-il pas des esclaves qui sachent lire ? R. Non ; et cependant il y en a de jour en jour davantage, surtout dans les districts voisins des villes où l'enseignement est régulier le dimanche.

des cases, qu'on eût disposé leurs champs et qu'on leur allouât d'abondantes provisions. Il fallut, pour les décider, user de beaucoup d'adresse et de soins. C'est un devoir que les géreurs

I). Les écoles du dimanche n'ont-elles pas été instituées principalement pour les enfants ? R. Je ne le crois pas; à Kingston cela peut être, mais non dans la campagne. Dans les écoles que j'ai visitées, il m'a semblé que les adultes étaient en majorité, bien qu'il y eût aussi beau-

n'aiment pas à remplir.

coup d'enfants.

D. Dans les demandes nombreuses faites par des esclaves pour obtenir leur liberté, et qui sont restées sans effet, s'agissait-il de

D. Dans quelles paroisses sont les écoles où les adultes forment la majorité ? R. En 1828, je visitai Saint-Thomas-de-l'Est, dont M. Trevv était recteur ; après beaucoup d'opposition, il avait réussi a éta-

domestiques ou de travailleurs des champs ? R. Quelques-unes concernaient des esclaves appartenant à des propriétés ; mais celles-ci étaient relativement en petit nombre. D. N'est-il pas arrivé qu'un esclave ayant les moyens de s'affranchir, ait refusé de le faire parce qu'il se trouvait heureux avec la case et le terrain dont il avait la jouissance ? R. J' ai entendu dire que cela était arrivé en effet. D. Vous rappelez-vous une circonstance, entre autres, dans laquelle il s'agissait de quelques esclaves d'une propriété de Plantain-Garden-River, qui, eux-mêmes, possédaient d'autres esclaves. Le géreur leur ayant demandé pourquoi ils n'achetaient pas leur liberté : « Nous la donnons aux autres, répondirent-ils ? » R. J'ai, en effet, entendu citer ce fait. Je sais d'ailleurs que des esclaves ont refusé leur liberté. D. Ces esclaves étaient ils les principaux d'entre les noirs d'une plantation ? R. Ce que je dis m'a été rapporté à Plantain-Garden-River. Il y eut un noir qui avait offert d'acheter sa liberté et auquel on la refusa ; mais souvent il est arrivé qu'on la leur offrait et que le

blir des écoles du dimanche que je trouvai remplies d'adultes, et cependant les mêmes esclaves ne peuvent quelquefois s'y rendre qu'un dimanche sur trois. D. Combien une école pouvait-elle contenir d'individus? R. J'en ai vu une fort grande, qui était tout à fait pleine; il y en a d'autres plus petites entre Morant-Bay et Port-Antonio, mais je les connais peu. Il y a encore une très-grande école à Port-Antonio même, sous la surveillance du ministre du culte; elle était presque entièrement remplie d'adultes le jour où je l'ai vue. D. Dans quels autres endroits se trouve-t-il des écoles ? R. Il y en a le long de la côte nord, aux différentes stations de missionnaires cl de prêlres, par exemple à Buff-Bay, Anotto-Bay, surtout à Falmouth, à Montego-Bay, à Lucea et à Savannah-laMar. Je sais que dans Sainte-Elisabeth la lecture s'est beaucoup répandue par les soins du curé de la paroisse, des missionnaires

refus venait de leur part. Au surplus, ce que je sais à ce sujet m'ayant été communiqué, je 11e pourrais rien affirmer. D. Voulez-vous dire que les esclaves qui refusaient leur liberté

moraves et de plusieurs propriétaires; cependant, relativement à la population, les esclaves sachant lire ne sont encore qu'en petit nombre ; il est vrai que ce nombre s'augmente chaque jour, et que les élèves eux-mêmes servent à répandre le peu de con-

refusaient de l'acheter ?

naissances qu'ils possèdent.

R. Oui. D. Selon vous, les débats soulevés au sujet de l'émancipation des noirs deviennent dangereux à cause de l'instruction qui est maintenant répandue chez celle classe d'hommes. Jusqu'à quel point l'instruction s'est-elle répandue parmi eux ? R. Il y a une différence immense entre ce qu'elle était en 1816 et ce qu'elle est aujourd'hui. D. Celle instruction se compose-t-elle seulement de l'enseignement de la lecture ou de leçons orales ? R. Je n ai entendu parler que de l'enseignement de la lecture. D. Est-il un grand nombre d'esclaves qui sachent lire ? R. Je ne puis en déterminer Je nombre, mais on peut s'en

D. L'Eglise établie n'a-t-elle pas contribué à propager l'instruction, aussi bien que les missionnaires et les frères moraves? R. Elle y a en effet contribué. D. Quel genre d'instruction donne-t-on dans ces écoles ? R. On y enseigne la lecture. D. Connaissez-vous la méthode suivie pour l'enseignement? R. On apprend d'abord aux élèves à connaître l'alphabet, puis à épelcr et à lire. D. De quels livres se sert-on ? R. Les différentes sociélés en publient qu'elles envoient en très-grande quantité à la Jamaïque. I)■ Supposez-vous que la connaissance de la lecture acquise par la population adulte soit suffisante pour la mettre à même de


ENQUETES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. — 1832. e

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suivre les discussions qui ont lieu en Angleterre, et de lire ce qui se publie contre l'esclavage ? Pi. Oui, mais pas en général; je les ai vus souscrire à des publications du genre de celles dont vous parlez.

se soit adressé à quelques personnes pour leur demander de prêter leur appui à cette brochure ? R. Je crois que cela a pu avoir lieu ; et je trouve très-naturel qu'on ait cherché à répandre des publications de cette nature.

D. Les esclaves qui ont appris à lire ont-ils la permission d'emporter le livre dans lequel ils ont étudié, pour le lire chez eux et pour enseigner ce qu'ils savent aux autres ? jR. Oui ; on le leur donne ou bien ils l'achètent. Il n'est pas rare que les noirs se procurent des livres.

D. Avec la connaissance que vous avez de l'état de la société et de celui de la population esclave, pensez-vous qu'il n'y ait pas de danger à permettre la circulation d'écrits de la nature du Watcliman ?

D. Les propriétaires s'opposent-ils à ce que leurs esclaves apprennent à lire et instruisent leurs compagnons ? II. Quelquefois; mais d'ordinaire les propriétaires y font peu d'attention. Les lectures ont lieu clans l'intérieur des cases. Par-

D. Ces écrits ne doivent-ils pas nécessairement faire naître, dans la population esclave, des sentiments de mécontentement et de défiance envers les maîtres ? II. Je suis d'avis que si les Annales chrétiennes et le Watchman

fois on s'y oppose avec violence, d'autres fois on les encourage avec bienveillance, cela dépend du caractère des maîtres et des intendants.

étaient généralement lus par les esclaves, ils exciteraient en eux le mécontentement de leur condition.

R. Je crois que cela n'est pas sans danger.

D. Avez-vous une connaissance particulière des obstacles qui furent suscités à M. Treco pour l'établissement de ses écoles du

D. En parlant du mode à suivre pour effectuer l'émancipation , vous avez dit qu'il serait important que les maîtres ne s'opposassent pas aux mesures qui seraient adoptées pour éteindre

dimanche ? R. Oui ; j'en ai eu connaissance par les journaux et par ce que m'en a dit M. Treco lui môme.

entièrement l'esclavage; les publications dont il s'agit ne tendentelles pas à détourner les planteurs d'y prêter leur coopération ? R. Je pense qu'elles ont, en effet, ce résultat.

D. L'opposition contre laquelle il eut à lutter était-elle géné-

D. Ne savez-vous pas qu'avant que l'instruction eût commencé à se répandre à la Jamaïque, on y avait fait passer divers objets qui auraient pu rendre les noirs mécontents de leur condition ? R. X en ai entendu parler, entre autres, à mon arrivée dans la colonie, d'une espèce de poterie , dont je n'ai pourtant vu aucun échantillon ; si on l'avait exposée sur le quai de Kingston, je crois

rale ? R. 11 y avait partage ; une partie de la paroisse était déterminée à le faire échouer, une autre à le soutenir. Cette dernière fraction avait à sa tête un homme occupant un emploi important clans le district. D. Ainsi vous croyez que la population esclave est assez instruite pour lire les publications répandues clans l'île ? R. Oui, en grande partie. D. Vos observations s'appliquent-elles aux paroisses de SaintJacques et de Hanovre, ou au voisinage des villes de Kingston et de Spanish-Town ? R. Je ne puis parler de la paroisse de Hanovre, où je ne suis jamais allé; mais je puis parler avec plus de certitude de SaintJacques : dans celle-ci l'instruction s'est rapidement augmentée, parmi les adultes, depuis quelques années; cependant le nombre des esclaves illettrés est encore le plus considérable. D. L'instruction n'est-elle pas aussi très-étendue clans la paroisse de Saint-Thomas-de-l'Est et dans tout le district ? R. Oui. D. Les esclaves lisent-ils, que vous sachiez, les publications 1 relatives à l'esclavage ? R. Je ne sache pas qu'ils aient jamais lu aucune des publications faites en Angleterre; mais il est à ma connaissance qu'ils ont lu plusieurs de celles qui ont été répandues dans l'île et dont la tendance est à peu près la même.

D. Quelles sont ces publications ? R. On a publié dernièrement à la Jamaïque diverses brochures périodiques contre l'esclavage; ce sont celles-ci que lisent les noirs. J'en ai connu un qui était souscrpteur. D. Voulez-vous parler du Watchman et des Annules chrétiennes ? R. Oui. D. Savez-vous d'où sortaient ces écrits? provenaient-ils de la colonie même ou de relations établies avec la Société pour l'abolition de l'esclavage ? R. Je ne connais la ligne de conduite suivie par cette société que par ce que m'en ont appris les journaux. D. Alors vous ignorez que les deux brochures dont il vient d'être question ont été écrites sous l'influence de la Société pour l'abolition ? R. Je n en sais rien positivement, seulement je suis sûr que le Watchman n était pas écrit-dans un sens exagéré. D. N avez-vous pas entendu dire que le secrétaire de la société

bien que tout aurait été mis en pièces. D. Les poteries emballées ne pourraient-elles être débarquées sans être exposées à la vue, et ne pourrait-on pas aussi les transporter sur les plantations sans que personne sût ce que contiennent les colis ? R. Si on parvenait à les débarquer sans rien laisser voir, je ne crois pas qu'on aurait la même facilité pour le transport; pourtant on pourrait y parvenir. D. Savez-vous par qui furent envoyés ces articles ? R. Non ; j ai seulement entendu parler de leur envoi sans jamais en avoir rien vu. 2). N'avez-vous pas dit que vous n'aviez aucun motif de prévoir l'insurrection qui a éclaté en janvier dernier ? R. Cela est vrai. D. A quelle cause attribuez-vous cette insurrection ? R. Principalement au développement rapide de l'instruction, et ensuite aux discussions qui ont eu lieu dans la Chambre des communes, au sujet des privilèges des gens libres de couleur, et enfin à la reconnaissance de ces mêmes privilèges. Les discussions donnèrent à croire aux esclaves qu'on s'occuperait ensuite de leur liberté. Je l'attribue encore, en partie, à l'espoir d'affranchissement excité parles communications qui ont eu lieu, depuis 5 ou 6 ans, entre la législature coloniale et le gouvernement de la métropole. Une dernière cause, enfin, c'est l'exaltation de la presse coloniale, qui s'est, sur ce terrain, partagée en deux camps. II se pourrait, cependant, que ces causes ne fussent pas les seules. D. Puisque vous connaissiez l'action de toutes ces causes réunies , d'où a pu naître votre surprise en apprenant que l'insurrection avait éclaté ? jR. De ce que je savais tous les efforts qui se faisaient d'un autre côté pour répandre l'instruction religieuse, dont l'effet est de calmer les passions. Je comptais que la portion chrétienne de la population ne participerait jamais a une rébellion; quant au reste des noirs, ils m'avaient toujours paru n'avoir aucun lien qui les rattachât les lins aux autres, et n etre pas capables de rien entreprendre de ce genre. Depuis, je me suis aperçu que je m'étais trompé.


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

D. La loi qui a concédé aux gens de couleur des privilèges égaux à ceux des blancs n'a-t-elle pas été rendue en 1830 ? R. Je le crois. D. Avant cette époque et depuis 1816, des lois particulières avaient accordé des privilèges semblables à quelques individus isolés ? B. Je crois bien que certains privilèges ont été accordés; mais ils n'étaient pas aussi étendus que ceux qui sont spécifiés dans le bill. D. Qu'entendez-vous par cette restriction ? R. Par exemple, on a pu accorder à un homme de couleur toutes les immunités des blancs, excepté le droit de siéger dans le conseil et l'assemblée. D. Les discussions n'ont-elles pas duré plusieurs années avant du bill en 1830? promulgation la R. Je le crois. D. Les noirs avaient donc supposé que le même bill proclamerait leur liberté, ou qu elle leur serait accordée immédiatement après ? R. C'est du moins ce qui m'a été dit dans le district de SaintAndré. Au premier abord, je fus effrayé des conséquences terribles que cette espérance trompée pourrait avoir; et, pour m'assurer de la vérité, je m'entretins à ce sujet avec plusieurs noirs recommandables que je fis appeler. Ils me dirent ce qu'ils avaient appris et l'impression qu'ils avaient ressentie ; de mon côté, je m'appliquai à bien leur faire connaître le véritable état des choses. Cela se passait trois mois avant Noël; la discussion de cette question ne cessa pas d'être suivie dans le village de Pépine, tout près de chez moi ; et pourtant je restai trois mois encore sans entendre parler de rien. D. Cela ne se passait-il pas en 1831, après la promulgation du bill R. Oui. D. N'est-ce pas aussi en 1831 que vous revîntes en Angleterre? R. Oui; je me rappelai cette circonstance peu de semaines avant mon embarquement; mais l'effervescence était calmée. D. Vous avez parlé de l'état de division et d'exaltation de la presse à la Jamaïque : était-ce dans un sens général? R. Oui. D. Vous a-t-il semblé que les nègres affranchis donnassent plus ou moins de soins à leur habillement que les principaux esclaves des plantations ? R. Aucune comparaison ne peut être faite à ce sujet, parce que les affranchis que j'ai connus n'étaient pas de la même classe. Us appartenaient/à celles des domestiques et des artisans, dont les habitudes diffèrent beaucoup de la manière d'être des agriculteurs. D. Les objets de luxe que vous avez dit avoir vus dans des habitations de noirs, tels que des carafes, etc., forment-ils exception, ou se trouvent-ils ordinairement chez ceux qui travaillent à la culture? R. Les carafes, les buffets d'acajou, etc., sont certainement des exceptions. /). Ne se voient-ils pas surtout dans les cases des chefs travailleurs ? R. On en voit principalement chez les artisans. D. A votre avis, la population, en général, n'a-t-elle pas encore le goût des choses de luxe? R. Si par choses de luxe on entend des carafes taillées, des buffets d acajou, je ne crois pas que dans un village il y ait un seul noir qui ne fût très-content de se les procurer, s'il le pouvait. Ils sont .très-désireux de posséder des meubles et de beaux vêtements, lorsque cela leur est possible. I). Connaissez-vous assez la posilion générale des noirs pour savoir si, leur volonté étant telle, ils pourraient se procurer des objets de luxe?

R. Je ne puis rien dire des ressources des noirs, parce qu'elles diffèrent beaucoup dans des districts qui se touchent. Il y a telles paroisses voisines d'autres paroisses où règne l'abondance, et dans lesquelles les noirs n'ont pas le nécessaire. D. Voulez-vous dire que les planteurs ne leur accordent pas ce que la loi prescrit, ou seulement qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter un excédant de provisions? R. Je ne parle que de l'influence de circonstances locales. D. Vous n'entendez pas dire que les maîtres soient moins exacts qu'ailleurs à leur fournir un champ et des vêlements? R. Non, sans doute. D. Les noirs ont-ils l'habitude de marcher avec des sandales, à moins qu'ils n'en soient empêchés par quelque chose? R. Pour parcourir une distance de 3o à 4o milles, ils mettent toujours des sandales. C'est ainsi que sont chaussés les esclaves que les bouchers de Kingston envoient au loin pour amener leurs bestiaux, et qui sont presque toujours en marche. D. Comment décririez-vous une habitation ordinaire de noirs? R. C'est une chaumière à plafond bas, divisée en trois pièces. On mange dans celle du milieu qui sert aussi pour coucher les enfants. Le père et la mère ont leur lit dans l'une des deux autres pièces, et la troisième sert à déposer ce qu'ils possèdent. Il est à remarquer que, dans les habitations d'esclaves , quelque petites quelles soient, le lieu où ils reposent est toujours séparé du reste. Celte habitude fait contraste avec celle des paysans Écossais. Les cases les moins grandes n'ont que deux divisions, ils couchent dans l'une et se tiennent dans l'autre. D. Quel coucher ont-ils? R. Souvent des lits, mais tout à fait rustiques; ce sont des morceaux de bois assemblés avec des clous. 1). La Jamaïque 11 abonde-t-elle pas en arbrisseaux qui leur fournissent des feuilles pour se faire des matelas ? R. Oui ; il est quelques esclaves qui se servent de couvertures et de draps. D. Avez-vous remarqué si les esclaves qui assitsaient assidûment à l'église n'étaient pas aussi les plus assidus à l'école? R. Oui. I). Les noirs vont-ils ordinairement à l'école avant l'heure du service divin ? R. Non, car l'école se tient la plupart du temps dans un lieu consacré au culte. D. Ceux qui montrent le plus d assiduité à fréquenter les églises ne sont-ils pas le plus avides d'instruction ? R. Oui , ce sont ceux-là qui la reçoivent. I). N'êtes-vous pas surtout en relations avec des habitants drs Indes occidentales? R. Presque exclusivement. D. Avez-vous des rapports intimes avec des personnes qui possèdent de grands intérêts dans les Indes occidentales? R. Tous mes amis et mes correspondants sont de la Jamaïque. D. N'y a-t-il pas 2 1 paroisses dans l'île de la Jamaïque? R. Je le crois. I). Vous rappelez-vous combien de ces paroisses vous avez visitées ?

1 R. J'ai été dans toutes les paroisses de l'île, mais dans quelquesunes plus souvent que dans d'autres.

]). N'avez-vous pas dit que vous accompagniez votre associé lorsqu'il se rendait sur les plantations en qualité d'agent ? R. Oui, quelquefois, mais cependant pas souvent. IX Dans les tournées que vous faisiez ensemble, vous aviez les mêmes occasions que lui de faire des observations ? R. Oui. /)• Votre attention se portait-elle de préférence sur l'état et la condition de la population esclave ?


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. — 1832. e

R. Je ne m'en suis pas autant occupé dans les premiers temps 'que plus tard. D. Pour se former une idée exacte de l'esclavage sur les plantalions, n est-il pas nécessaire de les visiter en personne ? R. Oui. D. Ne pensez-vous pas qu'une personne habitant Kingston, ou toute autre ville, serait hors d'état de se faire une idée de l'état des noirs sur les plantations, si elle n'avait pas occasion de les voir ? R. Oui, il lui serait impossible de s'en former une idée juste. D. En supposant que l'on entendît comme témoin un marchand de Kingston ou un officier, soit de la marine, soit de l'armée de terre, pourrait-on se fier aux renseignements qu'ils donneraient, relativement àl'esclavage, sur les plantations qu'ils n'auraient pas vues ? il. Je n'attacherais aucune valeur à un pareil témoignage, pour ce qui concerne les esclaves attachés à l'agriculture. 0. En déduisant le temps que vous avez passé sur les propriétés de M. Wildman, n'avez-vous pas eu des occasions suffisantes pour vous instruire de la condition des noirs de l'île ? R. Oui. D. Les nègres de M. Wildman n'étaient-ils pas aussi bien entretenus et clans une condition aussi heureuse que les esclaves d'aucune autre plantation ? il. Je croirais même, d'après les privilèges dont ils jouissaient, que leur condition était meilleure. D. Ne leur accordait-on pas cinquante-deux jours dans l'année ? R. Oui, et en outre ils étaient dispensés du travail de nuit. D. Ne savez-vous pas que sur les plantations, en général, un géreur ou un intendant peut exercer de grandes cruautés envers les esclaves, sans qu'il leur soit possible d'obtenir justice ? R. Cela est vrai. Les cruautés les plus atroces peuvent être commises dans les limites de la loi, sans exposer leurs auteurs à aucun châtiment. D. Les esclaves, dans votre opinion, désirent-ils leur émancipation ? R. Oui. D. Croyez-vous que ce désir d'émancipation ail été une des principales causes de la dernière insurrection ? R. Oui. D. Avez-vous jamais lu le journal de la colonie, appelé Jamaïca Courant ? R. Souvent. D. Ne contient-il pas d'ordinaire le compte rendu des assemblées des conseils de paroisse ? R. Oui. D. Ne rapporte-t-il pas aussi les discours des membres de l'assemblée ? R. Oui. D. Ne vous rappelez-vous pas qu'une proposition ail été faite dans le bul d'abolir la peine du fouet pour les femmes ? R. Cette proposition a été faite depuis mon départ. D. Vous vous souvenez pourtant qu'elle a été faite et rejetée ? R. Oui. D. Ne pensez-vous pas que les sujets traités dans le Jamaïca Courant soient susceptibles de produire le mécontentement parmi les noirs ? /{. Je les crois propres à produire une irritation excessive. 1). Les propriétaires de la Jamaïque ne soutiennent-ils pas le Jamaïca Courant? R. Oui, ils en sont les seuls soutiens.

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D. Vous rappelez-vous que l'assemblée ait jamais voté quelque récompense pour les publications écrites dans cet esprit? R. Oui ; on pourrait citer pour exemples M. Brydge, M. Mac-Queen et, je crois, M. Barclay. D. Croyez-vous que les noirs soient très-sensibles au châtiment du fouet infligé aux femmes ? R. Quelquefois ils s'y montrent sensibles ; mais cette coutume existe depuis si longtemps, qu'ils ne s'en affectent pas autant qu'on se l'imagine, parce que leur sensibilité est émoussée. J'ai entendu dire que ce mode de punition empêchait les mariages, parce qu'un noir ne voudrait pas souffrir que sa femme légitime fût ainsi traitée. Il n'est pas aussi outrageant pour lui de voir fouetter sa maîtresse. Sur une plantation que j'eus occasion de visiter, je remarquai qu'il ne s'était pas fait de mariage jusqu'à la suppression du fouet. Un noir que je questionnai à ce sujet me répondit que tant qu'ils avaient pu voir leurs femmes mises à nu et indécemment fouettées, ses compagnons et lui n'avaient pas voulu se marier, mais qu'à présent ils étaient plus disposés à le faire. D. Sur quelle plantation cette réponse vous fut-elle faite ? R. Sur Salt-Savannah appartenant à M. Wildman.

11 Vous rappelez-vous avoir proposé quelquefois à des esclaves de M. Wildman de travailler pour un salaire, et en avoir reçu un refus P R. Cela ne m'est arrivé qu'avec des esclaves qui avaient des champs à provisions étendus, et qui préféraient y consacrer leur temps libre, parce qu'ils y trouvaient un plus grand bénéfice. D. Seriez-vous à même de dire si les esclaves des diverses plantations clc l'île seraient, autant que ceux de M. Wildman, disposés à travailler moyennant salaire ? R. Je le crois. D. Vous n'avez reconnu aucune différence particulière et remarquable entre les noirs de M. YVildman et ceux des plantations que vous avez eu l'occasion de visiter ? R. Je n'ai remarqué aucune différence, si ce n'est en ce qui concerne les enfants, auxquels M. Wildman fait donner de l'instruction. Excepté ses plantations, je n'en connais qu'une seule ou les enfants soient envoyés à l'école. Il doit y avoir une différence notable entre ceux à qui on apprend à lire à l'âge de six ans, et ceux qu'à cet âge l'on fait travailler aux champs. D. Bien que l'on ail vu des esclaves refuser de se faire affranchir, n'attachent-ils pas tous, à peu d'exceptions près, le plus grand prix à la liberté ? R. Je le crois, D. Avez-vous entendu dire que l'assemblée, désirant obtenir certaines informations, ait offert la liberté à des noirs, à la condition qu'ils les lui fourniraient? R. Oui, je me le rappelle. D. Les esclaves ne sont-ils pas plus disposés à être paisibles sur les plantations où ils sont bien traités que sur celles où l'on use de sévérité à leur égard ? R. C'est mon opinion. D. En admettant que des noirs de diverses plantations eussent des champs à provisions d'une étendue égale et la même distribution de vêlements, le voisinage des marchés ou d'autres circonstances ne pourraient-elles pas contribuer à rendre la condition des uns préférable à celle des autres ? R. Oui. 7). De sorte que, si 1 on remarque sur une plantation plus d objets de luxe que sur une autre, on peut expliquer cela par une circonstance de ce genre ? R. Oui. D. Vous rappelez-vous si, en 1816, lorsque vous arrivâtes à


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

la Jamaïque, il y existait des écoles du dimanche pour l'instruction des noirs? R. Il n'en existait pas une seule. Il n'y avait aucun noir qui sût lire. D. Le clergé régulier anglais a-t-il généralement aidé et favorisé l'instruction dans les écoles ? R. Non pas en général. Quelques prêtres cependant ont fait preuve d'un zèle infatigable. D. Le clergé de la colonie n'est-il pas divisé en deux partis, dont l'un seconde l'instruction religieuse des noirs autant qu'il lui est possible , tandis que l'autre ne s'en occupe pas ? R. Cela est incontestable. D. Est-il d'habitude à la Jamaïque de louer des terres dans la Campagne ?

R. Il arrive parfois qu'une plantation loue quelques acres pour cultiver des provisions ou même pour planter des cannes; c'est ainsi que des terres communes de la paroisse de SaintAndré ont été louées à diverses plantations. Le duc de Buckingham avait aussi des terres louées, mais ce sont les deux seuls exemples que j'en connaisse. D. Quelqu'un qui aurait eu besoin de plusieurs acres de terres dans le voisinage des propriétés que vous dirigiez, auraitil pu trouver à les louer ? R. Je ne crois pas que c'eût été facile, excepté sur le territoire du duc de Buckingham. Je demeurais dans le voisinage de Kingston, et, entre ma résidence et cette ville, le pays est divisé en petits parcs à bestiaux et en habitations entourées de terres. On pourrait quelquefois trouver à y louer une petite portion de terrain et une maisonnette, mais les occasions n'en sont pas fréquentes. D. Avez-vous quelque idée du prix auquel une acre de terre pourrait se louer ? R. Je n'ai aucun renseignement à ce sujet. D. Croyez-vous qu'il y ait assez de magistrats dans la colonie pour qu'on pût substituer leur autorité à celle des maîtres, quand il y aurait lieu d'inlliger des corrections pour forcer les esclaves au travail ? R. Ils ne sont pas encore assez nombreux. D. Supposez-vous qu'il serait possible de foire exécuter les travaux suivant le système actuel, en donnant aux magistrats seulement le droit d'inlliger les châtiments ? R. Je ne le suppose pas, parce que les magistrats sont en trop petit nombre. Dans quelques districts 011 pourrait parcourir une distance de 20 milles avant d'en trouver un. D. Si les magistrats étaient en nombre suffisant, serait-il possible de forcer les esclaves au travail sans leur infliger de châtiments particuliers? R. Je n'ai pas assez réfléchi sur celle question pour avoir une opinion arrêtée. D. Sous le rapport de l'habillement, quelle est l'apparence des esclaves dans les champs ? R. Ils sont généralement propres, excepté dans les districts froids et humides.

D. Une portion du cierge ne croit-elle pas devoir enseigner le catéchisme aux noirs par l'instruction orale plutôt que de leur apprendre à lire ? R. Oui. D. Ne fournit-on pas aux travailleurs un supplément de vivres pendant la récolle, et prépare-t-on la nourriture des noirs occupés dans l'usine ? R. Je ne me rappelle pas que l'on accorde un supplément de vivres pendant la récolle. Le déjeuner des travailleurs des champs est, à toutes les époques de l'année, préparé par des hommes qui sont chargés de ce soin. A l'heure du repas tout le monde se réunit et déjeune ensemble. D. Ne se passe-t-il pas quelque chose de semblable au moment où se fait entendre le son de la trompe? R. Non, excepté sur quelques plantations, où, à ce moment, on donne aux enfants une espèce de bouillie faite de farine de millet. On fait partout celte distribution dans la paroisse de Vère. D. T e travail d'une plantation à sucre étant parfois fort pénible, pensez-vous que, si les esclaves élaienl affranchis, il fût possible de faire faire cette culture d'une manière aussi étendue qu'aujourd'hui ? R. 11 n est pas facile de répondre à cette question. Si les noirs étaient placés entre la crainte du besoin et l'appât d'un salaire, il est probable qu'ils travailleraient; cependant je ne saurais affirmer que ce fût au même degré qu'aujourd'hui. Pour les engager à creuser des trous à cannes, il faudrait peut-être leur offrir un prix quatre fois plus fort que pour une besogne ordinaire. D. N ayant plus le moyen de (aire cultiver leurs terres, quel parti pourraient en tirer les propriétaires, si ce n'est de les louer? R. Je ne puis parler d'un état de choses qui n'a jamais existé. D. Cependant la culture du sucre ne pouvant être continuée, quel autre parti le propriétaire aurait-il à prendre ? R. Il pourrait élever des troupeaux; beaucoup de riches plantations à sucre seraient en situation d'être converties en pâturages ; déjà plusieurs l'ont été. I). Le salaire que l'on pourrait offrir à un noir possédant deux ou trois acres de terre serait-il suffisant pour le déterminer à travailler sur une plantation à sucre ? R. Non, s il se trouvait dans le voisinage d'un marché; ayant la facilité d'y vendre les productions de son champ, il préférerait s occuper de le cultiver; mais, en supposant que son terrain fût tout à fait improductif, el qu'on lui offrît un fort salaire, il serait possible que l'appât d'un bon bénéfice le déterminât à louer ses services. D. D'après la connaissance que vous avez du rendement d'une plantation, supposez-vous que les planteurs seraient à même de donner un salaire élevé ? R. Le fort salaire dont j ai parlé s'applique à un genre particulier de travail. Placez le noir dans une situation où son champ ne suffirait pas à ses besoins, vous pourriez sans doute obtenir ses services pour un travail modéré, moyennant un prix raisonnable. D. Dans la supposition de l'abolition de l'esclavage, il ne faut pas perdre de vue que la propriété n'éprouveruil aucun change-

D. Comment entendez-vous la division du clergé en deux partis sur lu question de l'instruction des noirs ? R. La portion du clergé qui désire l'instruction des noirs ne néglige aucun moyen de la leur procurer, et s'occupe sans cesse des moyens de fonder des écoles du soir cl du dimanche, pour

ment; si donc les esclaves se trouvaient exposés à être expulsés de leurs habitations et de leurs champs à provisions, par suite de l'affranchissement, la crainte de perdre ces avantages et, d'un autre côté, celle de ne pas trouver do travail ne réprime-

leur enseigner la lecture et les mettre à même de lire eux-mêmes les Ecritures. L'autre portion du clergé s'oppose à ce que l'on instruise les esclaves, si l'on n'en a reçu l'autorisation des propriétaires, autorisation dont les premiers ne s'occupent aucune-

raient-elles pas en eux le désir naturel de la liberté? Ii. La crainte de la dépossession dont vous parlez pourrait, en effet, refroidir leur désir de devenir libres, mais la crainte de ne pas trouver à s'occuper moyennant salaire n'aurait pas sur eux

ment, parce qu'ils se considèrent comme obligés d enseigner aux hommes la connaissance des Ecritures.

la même action. D. Lorsque, par suite de l'affranchissement, les plantations


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. — 1832. e

deviendraient moins peuplées, elles offriraient des terres disponibles pour recevoir les affranchis et leurs familles; mais le pouvoir du Gouvernement serait-il assez fort pour maintenir l'ordre ? R. Je le crois.

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terres vacantes, afin d'y vivre indépendants, et de se soustraire au contrôle que vous vouliez exercer sur eux. R. Non. J'avais compté sur l'attachement qu'ils ont pour les lieux qu'ils habitent et pour les amis qui les environnent. La crainte d'être expulsés des demeures qu'ils affectionnent aurait

D. Comment supposeriez-vous que l'ordre pût être maintenu clans le cas où les esclaves, devenant libres, seraient expulsés ries plantations qu'ils habitent aujourd'hui, et où ces plantations, converties en pâturages, ne pourraient plus leur donner asile?

exercé une influence non moins puissante que la perspective d'un payementjournalier. Je ne m'attendais qu'à un petit nombre d'émigrations, parce qu'un homme ne se résout pas sans peine à s'éloigner de sa femme et de ses enfants, et de la maison dans la-

R. Lors même que les propriétaires expulseraient les esclaves, ce qu'il est impossible d'admettre, ceux-ci pourraient encore se réfugier dans les districts qui renferment de grandes étendues de

quelle il est né et où il a vécu de longues années.

lerres inhabitées. D. Vous dites qu'il est impossible d'admettre la supposition de l'expulsion des esclaves émancipés; cependant, s'il reconnaissait qu'il ne peut pas continuer la culture de la canne, un propriétaire, voulant convertir sa plantation en pâturage, ne devraitil pas désirer de se débarrasser des individus qui l'habitent? R. Cette supposition est nouvelle pour moi, et je ne puis m'en rendre compte. Toutes les plantations ont des terres qu'elles n'utilisent pas, et, plutôt que d'expulser son monde, un propriétaire aimerait mieux lui accorder la permission de s'établir sur ces terres moyennant un loyer. D. Si le travail des plantations à sucre est a ussi pénible que vous le représentez, comment les esclaves peuvent-ils faire pour s'occuper sur leurs propres terrains, pendant la chaleur du jour, à l'heure qui leur est accordée pour dîner? R. Je crois avoir dit que le travail qui épuise les noirs est celui de creuser des trous à cannes; quant aux autres occupations, elles ne deviennent fatigantes que par leur continuité. D. Tant qu'on les occupe à creuser des trous à cannes, les esclaves continuent-ils de même à travailler dans leurs champs à l'heure du dîner? R. Je ne le crois pas ; cependant je n'en suis pas sûr. Les noirs ont un tel désir d'augmenter leurs ressources, qu'ils n'en continueraient pas moins leur culture si leurs champs n'élaient pas éloignés. 11 est naturel, au surplus, qu'ils y soient moins disposés alors que s'ils n'avaient fait que sarcler ou émonder les cannes. D. Lorsque les esclaves travaillent à leurs champs le dimanche, est-ce par la nécessité de pourvoir à la nourriture de leurs familles, ou par le désir de se procurer un excédant dont ils puissent disposer pour acheter des choses de luxe? R. Je crois que le plus ordinairement c'est pour l'entretien de leurs familles. Les dimanches qu'ils occupent ainsi sont ceux qui suivent les samedis dont ils n'ont pas la disposition. Le samedi qui appartient au noir peut être employé par lui à sa culture, et le soir à se rendre au marché, surtout s'il habile le voisinage de Kingston, en sorte qu'il a toute liberté de consacrer le dimanche suivant à ses devoirs religieux. D. En supposant que vous eussiez acheté les propriétés de M. Wildman, et que vous en eussiez émancipé les noirs, comment vous y seriez-vous pris pour les engager à travailler moyennant salaire, afin de pouvoir continuer la culture de la canne d'une manière profitable ? R. Je me proposais de commencer, autant que possible, par reprendre possession de leurs terrains; j'aurais recueilli les provisions qui auraient été emmagasinées, et qu'on leur aurait fournies en les leur faisant payer; je leur aurais donné un salaire proportionne à leur travail ; les paresseux auraient été renvoyés, et auraient bien tôt ressenti les conséquences de leur conduite; j'avoue au surplus que les difficultés à vaincre eussent été immenses. D. N aviez-vous pas prévu que les esclaves émancipés auraient volontiers abandonné leurs habitations ainsi (pie les champs dont votre intention était de les priver, pour aller s'établir sur les

D. Aviez-vous calculé ce que vous auriez été obligé de payer à chaque noir, indépendamment de la valeur du loyer qu'il aurait eu à vous remettre pour sa chaumière et son terrain ? R. J'avais soumis mon projet à un intendant expérimenté, qui d'abord le désapprouva. Sur mes instances il le médita, et, à ma grande surprise, m'envoya un plan calculé dans tous ses détails. On comprend que tout, dans ce plan, n'était qu'hypothétique. D. Pouvez-vous fournir ces calculs à la commission ? R. Oui. Voici d'abord la lettre qu'il m'adressa. « 18 novembre 1830. « J ai mûrement réfléchi au projet que vous m'avez communique, et, comme expérience à tenter sur une propriété, je crois qu il est vivement à désirer de le voir exécuter. Cependant la perspective des résultats que l'on peut espérer ne doit pas nous faire négliger les considérations que les spéculateurs ou, si mieux vous aimez, les réformateurs envisagent ordinairement avant de s embarquer dans une entreprise, c'est-à-dire quels sont le caractère, les habitudes et les penchants des individus dont il s'agit de changer la condition, quelles sont les dépenses auxquelles un nouveau mode de culture pourrait donner lieu, et surtout si les produits à recueillir seraient suffisants pour"prévenir la ruine du réformateur sans causer le malheur . de ceux dont son humanité lui avait fait rêver le bien-être. Afin de jeter quelque lumière sur la question, je vous soumets les observations suivantes : je n ai pas besoin de m'étendre avec vous sur le caractère des noirs; de meme que tous les autres habitants cle la terre, ils sont susceptibles de se perfectionner par l'éducation, la civilisation, la liberté et principalement par l'instruction religieuse. Il faut surtout leur procurer le premier et le dernier de ces moyens d'amélioration, avant qu'ils puissent arriver à la civilisation et qu'il soit sans danger de les rendre libres. Les noirs sont portés à la soumission; s'ils sont bien dirigés, ils se conduisent, en général, d'une manière satisfaisante; mais ils n'ont pas été habitués à se conduire d'eux-mêmes; c'est pourquoi l'on peut douter que, devenus libres, ils soient en état de le faire. Leurs penchants, qui aujourd'hui sont vicieux, se modifieraient en raison des progrès de leur éducation, qui devrait commencer par l'instruction religieuse. L'attachement qu'ils ont pour leurs familles, leurs demeures cl les tombeaux de leurs ancêtres est connu; d'un autre côté, il ne faut pas perdre de vue leur goût pour le mouvement ; en sorte qu'il reste à s'assurer si, abandonnés à eux-mêmes, les plaisirs de la ville ne les détourneraient pas de l'assiduité si nécessaire pour garantir le succès des travaux agricoles. '■ Pour mieux estimer les profits qu on pourrait retirer du plan proposé, et les frais de son exécution, supposons une propriété peuplée de 15o esclaves, dont le travail fait espérer une récolte de 200 boucauts de sucre, 80 poinçons de rhum et 1,500 boisseaux de maïs ; l'entretien des machines et des ustensiles restant à la charge du propriétaire, et l'intendant conservant son emploi. « Il faudrait aussi garder le même nombre de teneurs de livres pendant la récolte, pour cmpecher les vols, etc.; mais il ne serait plus nécessaire d avoir des surveillants; ceux-ci pourraient continuer à remplir les devoirs de la milice, sauf à décider par le Gouvernement s ils seraient armés ou non. On pourrait sans


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RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — Ire PARTIE.

danger les organiser en corps de pionniers. Ainsi que vous le proposez, le géreur remplirait les fonctions de juge de paix. Les

REPORT

noirs ne cultiveraient plus comme aujourd'hui de terrains pour leur compte. «La condition morale du noir étant changée, d'esclave qu'il était, il deviendrait paysan. « Les paysans conserveraient la jouissance de leurs chaumières et des jardins qui en dépendent, à la condition de pourvoir à l'entretien de leurs enfants et de leurs parents hors d'état de travailler. S'ils ne voulaient pas remplir cette condition , ils auraient à payer au propriétaire un loyer comme équivalent. « Afin d'attacher le paysan au sol, il serait de la dernière im-

jour; soit 11 pendant 290 jours

portance que le géreur fût un homme humain et expérimenté, puisque dans les cas ordinaires il aurait à remplir dans le village les fonctions de médecin pour les accidents, tels que fractures, etc. Le propriétaire aurait à payer le médecin, et l'on verra plus loin comment cette dépense pourrait lui être remboursée en partie,

poinçons il 5 sch., seaux, etc

sinon en totalité.

« Dépenses accidente lies telles que appointements du géreur, et du teneur de livres, frais de maison, ar-

« Toujours dans le but d'exciter l'attachement des paysans pour leur résidence, le propriétaire devrait faire venir ou se procurer dans la colonie, au meilleur marché possible, des médicaments, des outils, des clous, des harengs, de la farine, des vêtements, afin de pouvoir fournir ces objets dans le village à un prix tel, que les paysans ne songeassent pas à s'approvisionner dans les magasins du pays, mais cependant de manière à ce que, sans avoir de bénéfice, il n'eût pas non plus à supporter de perte. Comme il serait impossible d'évaluer ces articles pour que le propriétaire rentrât juste dans ses déboursés, ce qui se trouverait en

«Travailleur de première classe, pouvant creuser 70 trous à cannes, ou en proportion , 2 sch.G den.par jour : 40 nègres, à chacun 70 trous de 4 pieds carrés, peuvent faire une acre per jour ; soit, pour 40 hommes i> 2 sch. 6 den., 5 liv. sterl., et pour 40 acres à 5 liv. sterl. 200' 0' 0d «Idem pour nettoyer les cannes et faire les autres travaux ordinaires, 1 sch. 8 den. par jour; soit 45 hommes pendant 130 jours

«Chefs pour le premier atelier, 2 pour 290 jours i\ 2 sch. 0 den

72 10 0

« Idem pour les autres ateliers, 1 pour 290 jours il 2 sch. 1 den

30

0 0

25

0 0

55

0

«Mécanicien et contre-maître, 2 pour 120 jours à 2 sch. 1 den «Tonnelier, pour 200 boucauts à 3 sch. 4 den., 8

«Charpentiers, serruriers, chaudronniers, maçons il la tâche, moyenne

doises, planches, embarquements, commission de l'agent, etc., etc

«Toute la deuxième classe employée à couper l'herbe ou comme domestiques, cuisiniers, veilleurs, 45 hommes pondant 290 jours, A 1 sch. 3 den

A REPORTER

3,112

8 4

1,478 16 1"

«TOTAL

4,591

5 2

« Les vêtements étant supposés avoir été vendus pour le prix d'achat ne sont pas portés en compte. «200 boucauts de sucre, à 30 liv. sterl. courantes par boucaut «80 poinçons de rhum, il 20 liv. sterl. ou environ.. .

6,000

0 0

1,500

0

0 0

«TOTAL du produit

7,500

0

« A déduire pour les frais de fabrication

4,591

5 2

«BALANCE en faveur du propriétaire

3,008 14 10

[). Jamais, avez-vous dit, vous n'avez vu un esclave émancipe travailler sur une plantation à sucre; était-ce que, devenu libre, il considérait le travail des champs comme dégradant? II. Je le crois, et je ne pense pas qu'un seul sur 10,000 voulût s'adjoindre à un atelier qui aurait un commandeur derrière lui.

0

0

30

0

0

/). La répugnance des noirs affranchis à travailler sur les plantations à esclaves, lorsqu'ils peuvent trouver ailleurs une occupation plus avantageuse, vous semble-t-elle en eux le résulta'

Il 13

0

d'un manque d'intelligence? II. Non, sans doute.

D. Cette manière d'envisager le travail des esclaves, de la part d'un affranchi, n'est-elle pas pour vous la preuve que les noirs ont autant d'orgueil que les Europééns ? II. Oui. I). Les noirs libres ne pourraient-ils pas trouver à présent un" occupation plus avantageuse que celle de travailler sur les plantalions à sucre moyennant un salaire ? /î. Oui ; il est des individus libres qui travaillent sur ces plantations, mais ce sont des artisans.

I). N'est-ce pas plutôt une preuve du contraire? II. Il me le semble. 0

0

8If) 12

fi

45

12

1

8

48

4

o

«Bouviers, à 1 sch. 8 den. par jour; soit, pour 2 hommes pendant 290 jours

0 0

45

« Garde des portes, des champs de maïs et de cannes, à 10 den. par jour, pour 290 jours

200

0

« Un homme pour mettre le sucre en boucauts, i\ raison de 7 mesures par boucaut; soit, pour 200 boucauts,

«Travailleur de deuxième classe pour transporter les débris secs de cannes, 1 sch. 3 den. par jour cl moitié de cette somme pour la nuit; soit 4 hommes pendant 120 jours, à I sch. 10 den. 1/2

0

0

«Aide-charretier, pour le même nombre de voyages,

l,400 mesures à 2 den

8

750

«Charretier pour 3 voyages de cannes, 2 sch. 0 den. par jour; soit, pour 3 hommes, 7 sch. 6 den. par jour,

I sch. 8 den. par jour; soit, pour 3 aides, 5 sch., et pour 120 jours

84 11

0

pendant la récolte, 2 sch. I den. par jour, et moitié de cette somme pour le travail d'une demi-nuit; soit 40

et pour 120 jours

0

487 10

« Idem pour couper les cannes et travailler dans l'usine

hommes, pendant 120 jours, à 3 sch. 1 den. 1/2

5

199

« Petits enfants, 7 pendant 290 jours à 10 den

bénéfice sur quelques uns serait affecté à couvrir les honoraires du médecin. Le premier teneur de livres, sous la surveillance du géreur, serait garde-magasin, et obligé de donner accès aux acheteurs à des heures fixes. De cette manière, le planteur rentrerait en grande partie dans les déboursés qu'il aurait eus à faire pour le salaire des paysans, et dont voici le tarif:

1'8'

2,445l

«Gardiens des autres animaux, à 1 sch. 3 den. par

2,445

1

S

/). N'agiriez-vous pas de même ? II. Incontestablement. I). N'avez-vous jamais émis vos idées sur les moyens d'effectuer l'abolition de l'esclavage ? II. Je me suis beaucoup occupé de cet objet pendant les deux dernières années de mon séjour à la Jamaïque. I). Veuillez exposer vos idées à ce sujet? II. i° [/émancipation et l'établissement d'une police régulière devraient marcher de front; 2" les classes de couleur pourraient


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3 ENQUÊTE. — 1832. e

fournir à la police un nombre d'hommes suffisant, à un prix peu élevé; 3° éviter de payer les services des noirs émancipés en allocations de terres, de crainte de les éloigner du travail : les payer en argent; 4° peu à peu un prix équitable s'établirait pour le travail et le rendrait régulier; 5° la nomination de magistrats salariés serait nécessaire, non-seulement parce que les préjugés des magistrats actuels les rendent peu propres à leurs fonctions , mais parce que toutle temps de leurs successeurs serait occupé à l'accomplissement de leurs nouveaux devoirs ; 6° l'île devrait être divisée en districls, ayant chacun des conslables en nombre su disant, un magistrat salarié et une maison de correction ou autre lieu de détention; y" une fois l'île ainsi divisée, la police et la magistrature convenablement organisées, l'émancipation pourrait avoir lieu sans danger; 8° si, pour vaincre les difficultés d'exécution du système d'émancipation, le Gouvernement intervenait d'une manière franche et faisait connaître aux planteurs que son intention est de prêter son concours à celte mesure, et aux noirs qu'en leur accordant la liberté civile et religieuse il n'en-

523

est le principal mobile en usage; aussi longtemps que l'esclavage existera il faudra employer le fouet, ce serait folie de parler d'humanité; io° le caractère des noirs a été mal apprécié, même par leurs amis. Lorsque justice leur est rendue dans leur état actuel de dégradation, ils montrent une sagacité et des dispositions à la vie sociale qui prouvent hautement qu'il ne faut que leur garantir authentiquement la liberté pour en faire des hommes utiles et des membres honorables de la grande famille humaine. D. Adhérez-vous complètement aux principes que vous venez de détailler P R. Complètement. D. Si la crainte du besoin peut déterminer un affranchi à travailler, moyennant salaire, sur une plantation à sucre, ne peutelle pas aussi restreindre dans les esclaves le désir d'une liberté qui dégagerait les maîtres de l'obligation de veiller à leurs besoins ? R. Je crois avoir déjà dit que si le besoin devait être la con-

tend pas leur laisser le droit de vivre dans la paresse, je suis

séquence nécessaire de la liberté, il refroidirait beaucoup le désir que les esclaves témoignent de l'obtenir.

persuadé que le résultat serait aussi avantageux aux planteurs qu'il serait efficace pour tirer les noirs de leur état de dégrada-

D. Il serait facile, avez-vous dit, de convertir une plantation à

lion; 9° le système actuel ne pouvant être modifié, il faudrait qu'il fût abandonné. Mon expérience m'a fourni la preuve qu'il

sucre en parc à bestiaux; mais si les propriétaires prenaient généralement ce parti, n'en résulterait-il pas, par suite de la ré-

serait inutile de chercher à greffer la religion et l'humanité sur

duction delà culture des cannes, une réduction proportionnée

l'esclavage. Un homme religieux est celui qui convient le moins pour la direction des noirs dans leur condition présente. Le fouet

dans les demandes de bestiaux? R. Oui.

N° 139. INTERROGATOIRE DU RÉVÉREND JOHN BARRY. i4 juin 1832.

D. Vous êtes ministre de la communion wesleyenne P , R. Oui.

D. Quels étaient les membres de cette congrégation ? R. Il n y avait que peu de blancs, souvent beaucoup de noirs

D. A quelle époque êtes-vous passé à la Jamaïque? R. Au commencement de 1825.

affranchis et de gens de couleur ; mais les esclaves étaient surtout en grand nombre.

D. Quand avez-vous quitté la colonie ? R. Le i U mars dernier.

D. Savez-vous quel est, dans toute la Jamaïque, le nombre des esclaves qui appartiennent à la communion wesleyenne?

D. L'avez-vous constamment habitée depuis 182 5? 11. Oui, à l'exception d'une année environ. D. Pendant toute la durée de votre séjour, y avez-vous rempli vos fonctions de ministre wesleyen ? R. Oui. 1). Dans quelle partie de la colonie avez-vous résidé ? R. J'ai habité, pendant un an à peu près, la paroisse de SaintThomas-dans-la-Vallée ; le reste de mon séjour s'est passé à Kingston et à Spanish-Town ; j'ai eu, en outre, de fréquentes relations avec l'intérieur. /). A quelle distance la paroisse de Saint-Thomas-dans-la-Vallée est-elle de Kingston ? R. J'en étais éloigné d'environ 20 milles. D. Les parties de la Jamaïque que vous avez citées sont-elles celles que vous avez le mieux connues ? R. Oui. D. Vous avez visité d'autres parties de l'île ? R. J'ai parcouru presque toutes ses paroisses. J'y faisais parfois un court séjour; d'autres fois, je m'arrêtais pendant des semaines entières, selon la nécessité. D. Pendant votre résidence dans Sainl-Thomas-dans-la-Vallée, aviez-vous une congrégation à diriger? R. Oui. D. De combien d'individus se composait-elle? R. La chapelle, qui pouvait contenir de 35o à Aoo personnes, était ordinairement remplie le dimanche.

R. Je crois qu'il n'y en a pas moins de 10,000 à 11,000.

D. N'aviez-vous pas une école dépendante de votre congrégation ? R. Oui; mais elle était alors peu importante. D. Où se tenait-elle ? R. Dans notre chapelle de Sainl-Thomas-dans-la-Vallée. Toutes nos chapelles répandues dans l'île avaient des écoles, dont plusieurs étaient fort suivies. D. Avez-vous eu l'occasion de vous former une opinion exacte de l'état et de la condition des esclaves dans la paroisse de SaintThomas ? R. Je le crois. D. Par la nature de vos devoirs, aviez-vous d'intimes et fréquentes relations avec eux ? 71. Oui. D. Ces relations n'avaient-elles pas pour but de leur porter l'instruction religieuse? R. Oui, principalement; mais nous les visitions aussi pour maintenir notre discipline parmi eux, et pour surveiller leur conduite, tant chez eux que sur les propriétés. D. Les esclaves vous ont-ils paru désireux d'acquérir l'instruction religieuse? R. Oui, très-désireux. D. Trouviez-vous qu'ils comprissent vos instructions avec une facilité ordinaire? R. En général ils ne m'ont pas paru plus difficiles à instruire


524

RAPPORT SUR LES QUESTIONS COLONIALES. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. — I

re

PARTIE.

que la masse ordinaire (lu peuple, sauf naturellement quelques

D. N'avez-vous pas dit qu'elle dépendait de votre communion?

exceptions.

R. Nos écoles sont toujours sous la surveillance d'un de nos

D. Aviez-vous, dans Saint-Thomas, des esclaves en état de lire et d'écrire P R. Excessivement peu. Je ne crois pas qu'il y en eût plus d'un ou deux. D. Y avait-il une autre école dans la paroisse? R. Non ; je ne crois même pas qu'il y en ait d'autre aujourd'hui. D. Dans quel but les écoles furent-elles établies ? Etait-ce pour l'instruction des esclaves, ou pour celle des affranchis ou des gens de couleur ? R. C'était dans l'intention d'instruire les esclaves adultes et les enfants, et de les mettre en état de lire les Écritures. D. L école ne fut-elle établie qu'après votre arrivée à SaintThomas? , R. Elle existait auparavant. D. Celte école n'avait-elle pas encore produit des élèves en état de lire? R. Non. L'établissement que nous avons sur ce point était alors dans son enfance; à l'époque de mon arrivée, il ne datait que de deux ou trois ans. D. Les esclaves adultes et les enfants avaient-ils suivi celte école depuis ce temps? R. Je ne sais; mais je la trouvai bien mal organisée. I). Y avait-il quelques prêtres résidant à Saint-Thomas? R. A mon arrivée, il y en avait un qui mourut bientôt après. D. Les esclaves appartenant à votre congrégation, suivaientils avec exactitude le service religieux? R. Oui, aussi souvenl qu'il leur était possible de le faire. D. Quel motif pouvait les en empêcher? R. Leur devoir et l'obligation de travailler. D. Pensez-vous que la généralité des esclaves de Saint-Thomas qui faisaient partie de la congrégation eussent réellement le désir de suivre régulièrement les exercices religieux? R. J'en suis intimement convaincu. D. Combien de fois, par semaine, les enfants venaient-ils à l'école ? R. Les dimanches seulement.

D. Ne leur donnait-on pas d'autre instruction que celle de la lecture? R. Non. D. Etiez-vous leur instituteur ? R. Non; mais parfois j'exerçais une surveillance. D. Avez-vous remarqué dans les enfants un manque d'intelligence pour apprendre à lire ? R. Non certainement. Dans celles de nos écoles qui sont le mieux organisées, un très-grand nombre d'enfants et d'adultes sont aujourd'hui en étal de lire les Écritures; mais l'école dont il est question n'existait, pour ainsi dire, que de nom. D. Comment expliquez-vous qu'après plusieurs années d'existence il ne se soit trouvé dans l'école de Saint-Thomas qu'un esclave qui sût lire? R. C'est parce que la grande difficulté de se procurer des instituteurs avait presque fait abandonner cette école. D. Puisqu'on n'enseignait pas à lire aux enfants, que leur apprenait-on ? R. On leur enseignait seulement lc9 éléments de la lecture. Pendant ma résidence, on n'a pas été à même de pousser l'instruction plus loin. D. Ainsi, malgré l'existence d'une école, on n'a pu apprendre à lire qu'à un seul individu ? 1(. Cela est vrai, autant que je sache. D. L'école en question ne fut-elle pas établie en 1826 ? /(. Je crois qu'elle datait de deux ou trois ans plus tôt.

ministres. Il en est, et c'est le cas de celle dont j'ai parlé, qui sont confiées à l'un des instituteurs qui a la surveillance des autres. D. D'où provenait le peu d'utilité de l'école de Saint-Thomas? R, De ce que nous n'avions pas de maîtres; ceux que nous pouvions nous procurer remplissaient volontairement cet emploi; mais 1 instruction est si peu répandue dans celle partie de l'île, même parmi les classes libres, que l'on ne pouvait tenir régulièrement la classe, faute d'avoir quelqu'un pour la faire. D. Durant voire résidence à Saint-Thomas, suiviez-vous quelquefois la classe ? R. Ou i; mais, un dimanche sur deux, j'étais obligé de me rendre dans une autre partie de l'île. D. Lorsqu'il vous arrivait de suivre la classe, remplissiez-vous l'office de maîlre ? R. Non. D. Vous avez connu particulièrement d'autres écoles wesleyennes de la colonie ? R. Oui. 1). Y avez-vous vu des esclaves qui eussent appris à lire? R. Oui, et plusieurs même étaient des vieillards. D. Le nombre des esclaves sachant lire était-il grand? R. U11 grand nombre de jeunes noirs élaient capables de lire les Ecritures, mais il y avait beaucoup moins d'adultes. La plupart de nos écoles sont encore peu utiles, parce que, jusque dans ces derniers temps, nous n'y avons pas donné une grande attention; a présent elles sont suivies par de nombreux enfants, dont une bonne partie sait lire. D. Combien de fois par semaine les enfants vont-ils aux écoles les mieux organisées? R. Nous n'avons qu'une seule école ouverte tous les jours : elle est à Kingston; les autres ne se tiennent que le dimanche, et les enfants y vont deux fois dans la journée. D. Les enfants de toutes les plantations ne vont donc à l'école que le dimanche ? R. Nous n'avons aucune école sur les plantations. Celles que nous possédons dans leur voisinage ne sont fréquentées que le dimanche par les enfants. I). Y a-t-il quelque empêchement à ce que les enfants suivent l'école pendant la semaine? R. Dans la paroisse de Saint-Thomas, les enfants travaillent dans les champs aussi régulièrement que les adultes. ' D. Avez-vous jamais vu dans vos écoles les enfants des esclaves, esclaves eux-mêmes,assister aux leçons delà semaine? R. Non. D. Ainsi, toute l'instruction qu'ils peuvent posséder, ils ne l'acquièrent que le dimanche ? R. Oui. D. Savez-vous personnellement comment vivent les noirs dans le voisinage de Saint-Thomas-dans-la-Vallée? R. Oui, les propriétés de cette paroisse sont surtout des plantalions à café; on ne cultive la canne que dans le district de Walks. Les esclaves des plantations à café se nourrissent delà récolle des terrains à provisions qu'on leur donne à cultiver pour eux-mêmes. 1). Savez-vous quels vêtements on leur distribuait ? R. Deux habillements de ce que l'on appelle osnabruck, composés chacun d'un par-dessus large et de pantalons; un chapeau très-commun, auquel on donne à la Jamaïque le nom de kilmarnock, et, en outre, ce que les noirs nomment un contoon, c'està-dire un vêtement d'une étoile grossière qu'ils portent par le mauvais temps.


ENQUÊTES PARLEMENTAIRES. — 3e ENQUÊTE. — 1832. D. A .Combien évalue-t-on tous ces articles réunis? R. Je ne crois pas qu'ils valent plus de 18 fr. 75 cent.

D. Quel est le genre d'animaux que les esclaves élèvent sur leurs terrains ? R. Ils élèvent de la volaille et quelquefois des porcs. D. Les esclaves des plantations sont-ils, dans quelques occasions, vêtus d'habits plus beaux que ceux qui leur sont fournis parleurs maîtres ? R. J en ai vu beaucoup dans ce cas. D. Savez-vous comment ils se procurent ces vêtements ? R. Par la vente d'une partie de leurs provisions et de leurs animaux. D. Est-ce par îa vente des provisions qu'ils cultivent pendant

leurs jours libres .et pendant le temps qu'ils peuvent épargner? R. Oui ; ainsi que le dimanche. D. Travaillent-ils toujours le dimanche? R. Toujours, excepté lorsqu'ils vont porter leurs provisions au marché. D. Leur travail du dimanche est sans doute à leur profit ? R. Oui. D. Pensez-vous qu'il leur soit nécessaire de travailler le di-

manche pour s'assurer leur subsistance? R. Oui, j'en ai la conviction. D. A quelle distance avez-vous vu des esclaves aller au mar-

525

vailler pour son compte après huit ou neuf heures du soir; et je sais que jusqu'à minuit et même deux heures du malin il s'occupait a faire des paniers, pour augmenter ses économies et son bien-être. D. Indépendamment de la culture de leurs provisions, savezvous à quoi les esclaves occupent leur temps libre ? R. Quelquefois à faire des paniers et de grossiers chapeaux de paille; ils fabriquent aussi des ustensiles de terre et divers petits articles, le tout pour en tirer profit; ils vendent encore de l'herbe qu'ils vont couper, mais ce commerce a lieu surtout clans Je voisinage des villes. D. Travaillent-ils volonliers quand il y a un profit à faire ? R. J'ai remarqué que, leur journée terminée, les esclaves étaient toujours prêts à s'employer pour quiconque voulait leur donner du travail. Je n'ai pas vu un seul exemple du contraire. D. N'est-ce pas en coupant de l'herbe que les noirs se font de petites économies ? R. Cela arrive dans le voisinage des villes, où ils apportent d'énormes bottes d'herbe. D. Avec qui les esclaves traitent-ils des articles qu'ils portent au marché ? R. Ils les vendent aux acheteurs qui se présentent. D. Savez-vous comment ils s'y prennent pour effectuer leurs ventes ?

R. La plantation la plus voisine de ma résidence, appelée Mount-Concord, était à au moins 20 milles de Kingston. Une

R. Ils divisent leurs provisions en lots, dont ils demandent le prix auquel ils les ont estimés, absolument comme cela se fait sur nos marchés d'Europe.

autre, Glengolf, était à 1 mille plus loin; une troisième, Suehiver, en était à peu près à 25 milles. J'ai souvent vu des noirs

chandises ?

parcourir ces distances pour aller vendre leurs provisions à King-

R. Oui.

ché?

ston. D. Se montraient-ils actifs dans l'emploi de leur temps pour la culture des articles destinés au marché ? R. Oui. D. Kingston est-il le marché le plus voisin de ces propriétés ? R. Spanish-Town est peut-être un peu plus près, mais la route

est mauvaise, et ils n'y trouveraient pas le même avantage pour ta vente de leurs provisions. D. Supposez-vous que les noirs aient l'intelligence de discerner lequel des deux marchés leur est le plus avantageux ? R. Sans doute. Toute personne qui aurait à traiter avec eux en serait bientôt convaincue. D. Ainsi ils se rendaient de préférence à Kingston quoique la

distance fût plus grande? R. La différence étant peu considérable et la route meilleure , il était de leur intérêt de le préférer. D. Combien, dans Saint-Thomas, accordait-on de jours aux noirs ? R. Un samedi sur deux. D. En supposant qu'ils eussent eu la libre disposition de tous les samedis, pensez-vous qu'ils se fussent montrés moins actifs ? R. Je ne le crois pas. D. Puisque vous leur reconnaissez ces dispositions indus-

trieuses, ne croyez-vous pas qu'ils ne feraient aucune difficulté de travailler pour se nourrir? R. Je suis convaincu, d'après l'étude que j'ai faite de leur ca-

ractère, qu'ils travailleraient volonliers pour un salaire, si la liberté leur était accordée. D. En prenant pour exemple un esclave que vous auriez vu jouir d'une aisance particulière, par suite de son travail, auriezvous raison de supposer que sa position plus heureuse le rendît

D. Sont-ils rusés dans leur manière de disposer leurs mar-

D. Pensez-vous qu'un noir tire un aussi bon parti de ce qu'il apporte à vendre que pourrait le faire un blanc ? R. Je le crois. D. 11 comprend bien la valeur de l'argent ? R. Oui, très-bien, et personne, après avoir acheté quelque chose d un noir, ne saurait dire le contraire. D. Quelle est la distance la plus grande à laquelle vous avez su que les nègres fussent obligés de se rendre pour vendre leurs provisions au marché ? R. Je ne les ai jamais vus aller à plus de 25 à 26 milles ; cependant on m'a dit que, parfois, ils allaient jusqu'à une dislance de 35 milles. D. Ayant à faire un aussi long chemin, est-il ou non nécessaire qu'ils y emploient une partie du dimanche ? R. O11 accorde, comme je l'ai dit, un samedi sur deux aux noirs pour la culture de leurs terrains. Lorsqu'ils doivent porter leurs provisions au marché, ils les recueillent le samedi, et voyagent toute la soirée de ce même jour et ordinairement toute la nuit suivante pour arriver de bonne heure ; de sorte qu'ils ne peuvent faire autrement que d'enfreindre l'observation du dimanche, dont ils emploient le reste à regagner leur logis. D. Dans les cas de maladie ou de misère, les noirs se montrentils affectueux pour leurs parents et leurs amis ? R. Je regarde les enfanls des noirs comme étant, en général, de tous les enfants, les plus soumis elles plus obéissants que j'aie jamais connus ; ils sont très-attachés à leurs parents et ne négligent rien de ce qui peut contribuer à leur bien-être. La plus grande injure que l'on puisse faire à un noir est de parler