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AUX ANTILLES

droit et rigide en tête, pleines de voyageurs, blancs, mulâtres, nègres, de femmes aux toilettes envolées, légères et claires. — Les raisons d'une pareille métamorphose? Les voici.Tout à l'heure je me plaignais à l'hôtelier de cette chaleur accablante, de cet air suffocant. « Eh que ne faitesvous comme tout le monde. Achetez des tickets, montez en tramway », me répondit-il. Ainsi fut fait. — A Paris, dans les journées chaudes d'été, on s'assied à la terrasse d'un café pour respirer un instant. Ici l'on monte dans ces voitures rapides, qui vous emportent loin de la ville, qui, par Pair vif de leur course, vous éventent, vous donnent l'illusion de la fraîcheur. Ainsi tous les habitants de Trinidad vont, viennent, courent sans but précis, passant des rues aux faubourgs, des faubourgs en pleine campagne, des savanes aux forêts de palmiers, dont on entend, sans les voir, grincer, chanter entre elles les longues feuilles souples et soyeuses. Autre latitude, autres mœurs. S'assoupir devant un bock, en plein air, serait intolérable ici. Il faut avoir supporté une journée de pleine chaleur, en ces contrées tropicales, pour sentir, comme je le sens moi-même ce soir, le délassement, le bien-être éprouvé au frôlement de cet air immobile, lourd, stagnant, que votre course rapide écarte et coupe.

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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