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EN MER

ou plutôt très loin, là-bas, sous l'horizon. Seuls les calculs de latitude et de longitude nous avertissent de leur présence ; et notre navire s'en éloigne, nous les quittons sans même voir la cime neigeuse de leurs volcans qui, si longtemps, « dominèrent des mers non naviguées, inutile phare la nuit, signal sans témoins le jour ». Rêvant, flânant, sommeillant, je m'occupai cinq jours à griffonner ces conclusions. Aujourd'hui je les termine. — Dans cette solitude immense de la mer, je songe ; et mon imagination me représente ces petites îles de la Guadeloupe et de la Martinique perdues là-bas sous le ciel éclatant des tropiques. Et voici qu'une comparaison s'impose à mon esprit, celle de Tahiti, où dans un cadre pareil, une race finissante, celle des Maoris, achève elle aussi de mourir. Les pages émues et frissonnantes de Loti me reviennent à la mémoire. Là aussi, dans ces Antilles, de jour en jour s'éteint une race, blanche celle-là, et cette race est la nôtre. J'accusais tout à l'heure les méfaits de quelques agitateurs. Sont-ils bien la cause unique de sa disparition ? Comme la race tahitienne, n'est-elle point frappée de mort par le climat ? Cet afflux, cette crue incessante d'une autre race plus forte et qui la submerge, celle des 18

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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