Page 257

EN MER

245

elle fît, à contre-cœur, sa chose et son empire. Et ce fut le plus grand empire du monde. — A un moment où la conception en existait si peu, qu'aucun mot d'aucune langue ne pouvait la caractériser, elle inaugura cette politique « mondiale » dont on parle tant aujourd'hui. Lorsqu'à notre tour, dans les courts répits que nous laissaient nos luttes territoriales et le souci de notre indépendance, nous voulûmes respirer à l'aise, risquer quelque aventure, lancer au loin nos vaisseaux, toujours nous retrouvâmes au large les escadres de l'Angleterre; toujours,sur le continent, les embarras incessants que nous suscitait sa diplomatie. Par ces deux moyens elle nous vainquit. A peine nées, nos colonies étouffaient sous son étreinte. Lentement, débris par débris, notre empire colonial s'effrita dans son empire. Ainsi en fut-il de ces petites Antilles dont je reviens. Que nous manqua-t-il pour les conserver? L'esprit d'entreprise, le génie de la colonisation, les capitaux ? Nullement. Simplement ceci: l'inviolabilité de nos frontières, la sécurité du gouvernement central. Nous nous laissâmes ainsi distancer, ou plutôt les circonstances furent telles que nous ne pûmes que demeurer en arrière. Le temps perdu ne se rattrape guère ; les peuples

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Profile for scduag
Advertisement