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AUX ANTILLES

ont pas délivrés de la crainte ou de la vénération des sorciers ; mais cependant ne vous y fiez pas ; certains sont aussi de parfaits mystificateurs ; et l'on ne sait jamais avec eux s'ils croient véritablement les sornettes qu'ils vous content, ou s'ils veulent simplement vous donner le change. » Ce disant, nous rentrions en ville où des escouades d'agents s'efforçaient de dissiper quelques rassemblements. Ils y parvenaient à grand' peine. Vinrent les gendarmes : aussitôt tout rentra dans l'ordre. Je croyais à un simple hasard. « Détrompez-vous, me dit mon interlocuteur, c'est une règle générale. Les noirs témoignent d'un manque de déférence à peu près absolu, d'une crainte très relative pour les commissaires et agents de police nègres, d'un respect au contraire fort grand pour les gendarmes de race blanche. Leur sentiment intime paraît être celui-ci : qu'un blanc ait l'autorité, passe encore ; un nègre ou un mulâtre : non. Et dans leur langage imagé ils traduisent la distinction d'une façon pittoresque. Les gendarmes, les vrais, ce sont les « gendâmes gôsses bottes » (gendarmes grosses bottes) ; les autres policiers subalternes ne sont que les « gendâmes-ti-bâtons» (gendarmes petits bâtons), par allusion aux gourdins dont ils sont munis.

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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