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MARIE-GALANTE

un lit frais, sous une moustiquaire bien tendue, je me félicite de ce logement inespéré, je m'applaudis de cette bonne fortune. Le lendemain il me faut déchanter. Jusqu'à trois heures du matin impossible de fermer l'œil. Au rez-de-chaussée, s'échangent force rasades de tafia, complément indispensable d'une élection. Alors cris, trépignements, vociférations : « Vive la Sociale ! vive la République ! » etc. Dès l'aube autre distraction. A pleins poumons, sous mes fenêtres les musiciens soufflent l' Internationale. Dans un demi-sommeil, j'écoute le morceau avec un sentiment analogue à celui que l'on ressent à l'audition d'un orgue de barbarie. Puis les servantes se lèvent, ouvrent toutes grandes les portes. Par curiosité les passants montent, s'approchent. On vient palper le candidat, l'admirer, le louer, le congratuler, que sais-je 1 Des femmes, des enfants entourent les rideaux de ma moustiquaire. Des chiens font leur apparition, pissant au coin des meubles, sur les tapis. Tout cela pêle-mêle, et qui pue, s'engouffre dans la maison, se répand dans les corridors, s'en va, revient, entre dans votre chambre, ouvre, ferme votre porte. On n'y tient plus : on se lève. Il faut le faire parmi cette multitude. L'un regarde amoureusement votre brosse, 15

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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