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LA MARTINIQUE

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témoigné aux blancs par ces ouvriers nègres, pour ainsi dire à leur insu. Je me souvenais alors de ce qu'on m'avait dit de leurs sentiments profonds, de leur déférence intime pour la race blanche sous des apparences parfois contraires, à condition toutefois que celle-ci commande, qu'elle soit oisive, ou qu'elle se consacre aux travaux supérieurs ; du mépris irraisonné qu'ils ressentent pour tout Européen astreint comme eux à quelque labeur servile. A l'entrée du bourg, au bord d'un fossé rempli d'eau, les indigènes s'arrêtaient un instant.Rapidement je les voyais revêtir leur veste, assujettir leur cravate, se nettoyer les pieds en les frottant dans l'eau l'un contre l'autre, baisser leur pantalon, enfiler et boucler leurs souliers. Mais leurs pieds épais et rudes y pénétraient difficilement. Emmanchés juste en leur milieu par le tibia, presque aussi longs en arrière qu'en avant, ils faisaient saillie de toutes parts. Le cuir tendu et boursouflé des chaussures se bombait sur les grosses bosses de leurs orteils. La toilette terminée, la canne à la main cette fois, les indigènes reprenaient leur course, entraient au bourg, droits, dignes, majestueux. Mais on sentait une certaine raideur dans leur marche ;

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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