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DE PAUILLAC A TRINIDAD

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auquel je me cramponnais tremblait sous ma main raidie. Jusqu'au soir nous longeâmes les côtes hautes et grises de l'Espagne. La nuit seule nous les déroba. La sensation de cette minute où l'on voit diminuer et disparaître la terre, je ne l'ai pas éprouvée aujourd'hui. Ce fut pendant notre sommeil, furtivement, que tout rivage nous quitta. La transition fut brusque. Ce matin à mon réveil, autour de moi, je n'ai plus vu que la mer immense et mouvante, « la face sérieuse de l'abîme. »

Mercredi 28 février. La houle se calme. La mer a perdu le grand rythme de son gonflement monotone. Ses vagues plus courtes se heurtent, s'écrasent, sans ordre, dans un tumulte perpétuel. Puis tout s'apaise, le spectacle change. Il est ailleurs, au ciel. Des nuages s'y amoncellent. Le vent les tourmente, les déchire en mille formes, les chasse loin de nous avec une rapidité prodigieuse. Parfois, dans leur masse, comme un gouffre, s'ouvre, se creuse une éclaircie. Derrière les bords déchiquetés des premiers nuages, sinueux comme les rivages d'un continent, découpés comme des pro-

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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