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AUX ANTILLES

posaient, si nombreux, si rapprochés, que nous ne nous élevions qu'avec une extrême lenteur. Et je m'en réjouissais, émerveillé par le paysage grandiose qui se déployait ! Après trois heures de marche nous entrâmes en pleine forêt vierge. Taillé à coups de hache dans les bois, notre sentier devint une tranchée entre deux immenses murailles de feuilles. Poussés par les alizés les nuages qui, de temps à autre, passaient dans ces arbres y laissaient le suintement d'une continuelle humidité. Les feuilles brillaient comme si on les eût vernies. La température baissait, le vent fraîchissait. Après la chaleur du littoral c'était une sensation délicieuse. Parfois, dans l'anfractuosité d'un vieux tronc, se montrait une petite vierge en faïence, ou en bois peint. S'aidant l'une l'autre, les négresses se débarrassaient des corbeilles qu'elles portaient sur la tête. Se haussant sur la pointe des pieds, elles déposaient devant la madone un bouquet de fleurs ou quelques fruits. — Antique coutume, dernier souvenir d'un fétichisme d'autrefois. Avec ses dogmes sensibles, ses figurines, ses statues, son élément sentimental et mystique surtout, le catholicisme agrée à ces

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

Aux Antilles : hommes et choses  

Auteur : Robert Huchard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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