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L'INDE

ET L'OCÉAN

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INDIEN

indigènes et les Français. Jamais décrets de la Constituante ou de la Convention ne témoignèrent d'un plus haut souci de la dignité humaine. Faut-il reprocher à ces statuts d'avoir voulu donner aux habitants de Madagascar une sorte d'encadrement féodal? Le principe de respecter les autorités locales, de les hiérarchiser n'est pas si sot. E v i d e m m e n t il est d'un pittoresque un peu ridicule de vouloir donner à des chefs indigènes les titres de ducs, de marquis et de comtes, mais la hiérarchie est la forme extérieure de l'ordre, et c'est surtout d'ordre q u ' o n t besoin les sociétés primitives. E t puis il n'était pas maladroit d'attirer à Madagascar les « cadets de fortune » en leur promettant là-bas titres et blasons. « Auprès des artisans, la réclame ne fut pas moins active, et elle pouvait être plus utile encore. Ce qu'il fallait à la colonie nouvelle, c'était surtout des gens de métiers, des charpentiers, des maçons, des fabricants de draps, de chaussures; on promit par voie d'affiches aux ouvriers de France, à une époque où les corporations étaient si jalousement fermées, le droit d'exercer la maîtrise de leur art, dans n'importe quelle ville de France, lorsqu'ils auraient passé quelques années à Madagascar. A cette sagesse pratique, il faut reconnaître la marque d'un grand ministre; d'emblée, Colbert v a à l'essentiel. Il nous a fallu plus de temps qu'à lui pour comprendre la nécessité d'organiser un artisanat colonial ». Les navires partirent en 1665, malgré le peu d'enthousiasme qu'avait rencontré la souscription; un deuxième convoi partit en 1666 avec le gouverneur désigné, le marquis de Montdevergue; il mit un an à arriver à Fort Dauphin. L e roi se dépensa pendant deux ans encore pour soutenir la compagnie et défendre son idée de colonisation. Mais, au fond, la Compagnie ni ses actionnaires ne c o m prenaient l'intérêt de coloniser; elle n'apercevait que l'objet commercial de l'entreprise. E n 1669, elle vendit l'île au R o i et décida que ses navires feraient escale désormais à l'une des Mascareignes, l'île Maurice. Louis X I V se borna dès lors à soutenir le but c o m m e r COLONIES FRANÇAISES

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Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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