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L'EMPIRE COLONIAL D E LA

FRANCE

MODERNE

envisagé en 1888, ce contre quoi M. Ph. Bunau-Varilla, l'auteur du projet s'élève vivement, estimant que la Cour alors confondit son premier projet avec celui de la Commission envisageant un canal à 25 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer, et naturellement plus cher. Une condamnation intervint cependant (1893) mais fut cassée. Un autre procès suivit celui des administrateurs et entrepren e u r s : il visait des scandales parlementaires. Malheureusement, un fait au moins, des plus fâcheux, vint donner quelque consistance aux bruits lamentables qui coururent a l o r s : un ministre des Travaux Publics s'était fait donner un « pot de vin » pour autoriser l'émission à lots. C'était pour la France l'enterrement définitif de l'œuvre commencée. Personne n'osa plus proposer de la reprendre. Une compagnie nouvelle avait cependant été fondée sur l'initiative du liquidateur, en 1894. Elle ne disposait que de 60 millions, somme bien insuffisante; elle travailla quatre ans et abaissa de 10 mètres le niveau supérieur de la tranchée de la Culebra. Avec le recul du temps, il semble que le budget français aurait pu faire l'effort nécessaire (évalué à 162 millions) pour achever ou tenter d'achever la coupure de la Culebra. On aurait alors pu — ou bien abandonner en cas d'échec — ou bien, en cas de réussite, poursuivre l'achèvement du travail à coup sûr; et dans ces conditions on eût peut-être trouvé à nouveau des capitaux. Malheureusement l'agitation se prolongeait dans le pays; deux Commissions d'enquête avaient été nommées, dont la seconde déposa son rapport en 1898. Le mot de Panama fut définitivement discrédité dans l'opinion. En 1901 il se trouva cependant un Ministère qui songea à reprendre la question et finalement y renonça. La Compagnie nouvelle offrit alors aux Etats-Unis de leur vendre l'affaire. Toutefois, on paraît avoir hésité d'abord de part et d'autre, et d'ailleurs il fallait que le gouvernement colombien autorisât une telle cession. Il y consentit en 1901. L'hésitation des Etats-Unis s'expliquait : l'opinion s'y était toujours montrée favorable à la solution du Nicaragua. C'est alors que rentra en scène un des hommes qui avaient travaillé avec le plus d'énergie à la réussite de l'œuvre, l'ingénieur Ph. Bunau-Varilla. M. Bunau-Varilla qui avait des amis aux EtatsUnis se jeta dans le débat avec l'ardente volonté de faire triompher la conception française; il entendait démontrer que le projet français de canal à écluses était exécutable, en obtenant qu'il fût exécuté. Il réussit à créer un flottement dans l'opinion américaine et obtint la constitution d'une Commission dite « du canal

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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