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LES GRANDS T R A V A U X

A

L'ÉTRANGER

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Malheureusement c'est le côté financier de l'entreprise qui allait faire tout abandonner. Non sans difficultés la Compagnie avait obtenu l'autorisation d'émettre des obligations à lots. On estimait qu'il fallait 400 millions pour les travaux eux-mêmes, 200 millions pour payer jusqu'à l'achèvement les intérêts des sommes empruntées; enfin le tirage des lots et l'amortissement exigeait 120 millions : au total c'étaient 720 millions à demander à l'épargne. Fractionnée, l'émission eût peut-être réussi; on a fait remarquer assez justement que le public avait fourni régulièrement jusque-là 150 millions environ par an. On s'arrêta néanmoins à l'émission globale qui offrait en outre un danger : la Compagnie devait dès le lendemain constituer intégralement le fonds de tirage des lots. Or, comme elle ne demandait à la souscription que le versement de 60 francs (par obligation émise à 360 francs), elle pouvait se trouver dans l'embarras. C'est ce qui se produisit; il ne fut placé que 800.000 titres sur 2 millions et la Compagnie aurait dû immobiliser plus qu'elle n'avait reçu. Elle dut cesser ses paiements et fut mise en liquidation le 14 décembre 1888. Il est profondément triste d'avoir à constater qu'alors la France abandonna le canal. Il semble que, la Compagnie étant défaillante, le gouvernement français aurait pu faire un effort direct, seul ou avec d'autres Puissances, pour tenter au mieux la solution du canal à écluses qui lui était offerte, et qui était réalisable puisqu'elle fut réalisée plus tard. Malheureusement tout contribua à émouvoir l'opinion — et l'on sait combien l'opinion française est émotionnable — et à effrayer les gouvernements. La Chambre tout d'abord, impressionnée, avait refusé de voter une loi prorogeant les échéances de la Compagnie, ce qui eût au moins permis d'attendre que les projets proposés aient mûri. Les liquidateurs ensuite ne crurent pas à la possibilité de réaliser le projet de canal à écluses à 40 mètres au-dessus du niveau de la mer pour 400 millions. Ils estimaient le coût d'un canal à écluses, d'ailleurs plus parfait, à 580 millions et la somme à prévoir en plus pour intérêts et frais généraux, à 319 millions. L'opinion, devant ces chiffres sans cesse croissants, fut définitivement effrayée. La politique, pour comble, s'empara de l'affaire. Les publicistes de combat comme les députés de l'opposition représentaient Panama comme une escroquerie. Des poursuites furent même engagées. On ne put d'ailleurs reprocher à F. de Lesseps que de n'avoir pas évalué assez cher le coût du canal à écluses

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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