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L'EMPIRE COLONIAL DE

LA F R A N C E

MODERNE

cessivement frappés et c'est ainsi qu'un jeune homme, ingénieur des Ponts-et-Chaussées sortant de notre Ecole Polytechnique, M. Philippe Bunau Varilla qui devait être plus tard l'âme de l'achèvement du canal, se trouva directeur général des travaux à vingt-six ans. D'autre part des difficultés techniques plus grandes qu'on ne pensait étaient apparues. Les travaux offraient deux points noirs: la coupure de la Culebra et les dragages de la vallée du Chagres. Mais la coupure de la Culebra était inquiétante au premier chef : la difficulté provenait de l'existence, à la partie supérieure des collines à couper, de terres argileuses molles qui pendant la saison des pluies « coulaient » dans la tranchée et détruisaient le travail fait. Or, la saison des pluies dure huit mois, pendant lesquels, au cours des premières années, le travail devait cesser complètement. Différentes entreprises se récusèrent successivement ou firent faillite. Dans la partie la plus élevée, longue de 1320 mètres, on n'avait abaissé l'altitude moyenne que de 3 m. 91 en trois ans. Il semble alors que, comme précédemment à Suez, l'effort de nos jeunes ingénieurs eux-mêmes réussit à obtenir des résultats meilleurs. Ils formèrent avec des hommes ayant été employés déjà au canal une nouvelle entreprise qui travailla utilement; elle sut aller assez vite pendant la saison sèche et consolider les résultats acquis avant les pluies; d'autre part, elle se mit à attaquer à la drague la tranchée supérieure elle-même, en créant à l'altitude nécessaire des bassins artificiels. Les commissions d'enquête envoyées par le gouvernement français en 1885 et 1886 avaient constaté que le travail avançait. Cependant il apparaissait bien que vouloir creuser un canal à niveau était une chimère; et l'on en venait à l'idée du canal à écluses. Cette conception avait toujours été écartée parce que l'on considérait qu'elle engageait l'avenir de façon définitive : on ne pensait pas qu'il fût possible dans la suite de transformer un canal à écluses en canal à niveau. Cette objection avait été cependant vivement combattue dès ce moment par l'ancien ingénieur du canal M. Ph. Bunau Varilla, qui ne voyait pas d'impossibilité à cette transformation. Soucieux d'aboutir, il présenta alors comme solution provisoire un projet de canal à 40 mètres au-dessus du niveau de la mer, qui fut considéré comme réalisable. Le projet prévoyait l'enlèvement de 30 millions de mètres cubes de déblais ou de 42 millions pour faire un peu mieux. Il était estimé environ 400 millions. Une commission nommée alors envisagea même un projet plus parfait : un canal à 25 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer.

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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