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LES

GRANDS T R A V A U X

A L'ÉTRANGER

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mation, par les entrepreneurs, du cube à extraire fixée à 75 millions de mètres cubes était entachée d'une grossière erreur, puisqu'en 1904 quand la concession fut cédée aux Etats-Unis il avait été extrait déjà 62 millions de mètres cubes. Il s'agissait de l'exécution d'un canal à niveau comme Suez. Mais le terrain était bien différent: il fallait couper une chaîne de 1.300 mètres d'épaisseur, draguer et aménager des cours d'eau qui en descendaient de part et d'autre. Il est curieux de noter qu'alors un des membres du congrès de 1879, Godin de Lépinay, un Français, avait formulé la proposition suivante : « Vous avez devant vous, disait-il, un massif épais de 2 kilomètres environ, le massif de la Culebra, dont le point culminant est à 100 mètres environ au-dessus de la mer. Sa distance à l'Atlantique est à peu près double de sa distance au Pacifique. Les terrains descendent en pente douce du massif de la Culebra vers l'Atlantique, par la vallée de l'Obispo, affluent de gauche du Chagres, puis par la vallée du Ghagres. Ils descendent de même du côté du Pacifique par la vallée du Rio-Grande. Si vous faites un canal à niveau, vous avez à creuser une tranchée dont le fond sera à 9 mètres au-dessous de la mer... Les difficultés seraient immenses en tout pays, mais dans une contrée tropicale, empoisonnée, elles seront presque surhumaines. Vous avez un moyen de réduire énormément votre tâche. Barrez le Chagres et le RioGrande aussi près de la mer que possible... Retenez les eaux à 24 mètres au-dessus de la mer et établissez des écluses permettant de descendre du lac ainsi formé au niveau de la mer et vice versa. « Vous n'aurez presque rien à faire dans les vallées du Ghagres et du Rio-Grande. Votre tranchée le long de la vallée de l'Obispo et à travers la Culebra sera diminuée de 24 mètres de profondeur. « Votre œuvre sera énormément allégée ». C'est textuellement le programme qui devait être réalisé par les Etats-Unis après la reprise par eux de l'affaire. Néanmoins la solution du canal à niveau avait prévalu. La société procéda au premier emprunt, de 400 millions. F. de Lesseps crut pouvoir faire cette émission sans réclame, en s'adressant directement et simplement au public qui, pensait-il, le connaissait, l'avait suivi dans l'exécution de Suez et avait confiance en lui. Il essuya un échec et il semble que cet incident aurait pu donner à réfléchir. Cependant, par la suite, on trouva les premiers capitaux. Mais bientôt surgirent des difficultés de tout ordre. Et d'abord le climat: la fièvre jaune régnait dans l'isthme à l'état endémique; elle fauchait le personnel européen dont 15 à 20 % seulement lui échappaient. Tous les ingénieurs furent suc-

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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