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L'EMPIRE

COLONIAL

D E LA FRANCE

MODERNE

« scientifique » pour accroître en Chine (et au Siam) notre prestige. Composée de mathématiciens, elle partit en 1684, fut présentée par le P. Verbiest et bien accueillie à la Cour, Bien entendu, les Jésuites ne se désintéressaient pas de la religion c h r é t i e n n e : ils obtinrent que la liberté du culte fût reconnue, avec des considérants qui attestent chez l'Empereur une rare hauteur de v u e s : les pratiques chrétiennes étaient autorisées, dit le décret « attendu que les cultes lamaïque, boudhique et autres le sont ». E t l ' E m p e reur e n v o y a , le dimanche, des représentants à l'Eglise chrétienne c o m m e dans les temples des autres cultes. Cet empereur, Krang-si, qui devait régner jusqu'en 1722, paraît avoir été un h o m m e tout à fait remarquable à tous égards et ne cessa d'en donner des preuves. Il allait, en effet, se trouver bien curieusement en conflit avec R o m e sur la question religieuse. Ce fut ce q u ' o n appela la querelle des rites, qui au fond ne fut qu'une forme de la lutte sourde qui se poursuivait entre les Jésuites et les Monarchies catholiques latines, où leurs ennemis étaient tout-puissants : Dominicains en Espagne, Jansénistes en France. Les Jésuites avaient eu l'habileté, pour réussir en Chine, d'affecter un grand libéralisme dans la pratique de la religion; ils avaient évité de s'attacher à ce qui pouvait heurter les sentiments intimes des jaunes : en particulier, ils ne considéraient pas que les sacrifices faits en l'honneur de Confucius ou à la mémoire des ancêtres devant l'autel familial, fussent incompatibles avec la qualité de chrétien; ils toléraient ces « rites ». C'est là ce dont leurs adversaires s'emparèrent pour les accuser de tolérer des pratiques païennes. On vit alors l'empereur Krang-si lui-même, env o y e r au pape une véritable consultation philosophique sur les rites chinois. Il exposait : — que le T'iènn des Chinois, c'est-à-dire le Ciel adoré en Chine, lui paraissait s'identifier au Dieu des Chrétiens; — que les cérémonies pratiquées en l'honneur de Confucius n'avaient nullement le caractère de prières, mais d'hommages.

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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