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SIÈCLE

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MÉDITERRANÉE

que la question algérienne. Elle en est contemporaine. Un b o n Français peut-il supporter la pensée de laisser à d'autres qu'à une Puissance faible, amie ou soumise, la possession d'un territoire qui est dans toute l'acceptation du terme, la clef de notre maison? » J . Ferry n'en dut pas moins démissionner, sur le v o t e d'un ordre du j o u r qui ne comportait pas la confiance. A v e c le recul du temps on demeure confondu de pareille attitude de l'opinion, d o n t on n'arrive pas à concevoir les raisons. Il faut dire, et les hommes qui ont vécu cette période le savent, que l'opinion française après les désastres et la révolution de 1870, sous la menace constante d'une Allemagne mal résignée à notre relèvement, était restée d'une impressionnabilité très v i v e , d o n t toute l'histoire intérieure de la troisième République porte le témoignage. Gambetta succéda à J . Ferry. Il accédait au pouvoir pour la première fois et jusque-là s'était réservé, ou s'était montré plutôt hostile à l'expédition de Tunisie, peu soucieux sans doute de semer des embûches sous ses pas. Il se montra également opposé à l'abandon et à l'annexion et déclara, sans entrer dans le détail, que la France devait pratiquer une politique de Protectorat qu'il définit ainsi : « La politique du Protectorat consiste à agir sur le prince et à trouver avec lui des accommodements qui, en même temps qu'ils garantissent la sécurité de ses Etats, garantissent le pouvoir protecteur contre les intrigues, les menées, les manœuvres des rivaux. » L'idée de protectorat fut d'ailleurs aussi mal et plus mal accueillie de l'opinion que n'importe quelle autre solution. Gambetta quitta le pouvoir sans avoir pu entrer dans les précisions. De Freycinet qui lui succéda se montra lui aussi partisan du Protectorat, et J . Ferry, revenu aux affaires en 1882, acheva l'œuvre que le traité du 12 mai 1881 avait heureusement a m o r c é e : par la convention du 8 juin 1883 la France garantissait la dette tunisienne; le bey s'interdisait de contracter aucun emprunt sans l'autorisation de la France et s'engageait à procéder aux

Histoire des colonies françaises  

Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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Auteur : Victor Piquet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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