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L'IMPÉRATRICE

JOSÉPHINE

« se tourner du côté de l'instruction et des talents, elle est devenue « jalouse et a acquis toutes les qualités de cette funeste passion. « Voilà où nous en sommes aujourd'hui. « Elle veut que dans le monde, je m'occupe uniquement d'elle ; « elle veut savoir ce que je dis, ce que je fais, ce que j'écris, etc., « et ne pense pas à acquérir les vrais moyens de parvenir à ce but « et de gagner cette confiance que je ne réserve qu'à regret et que « je sens que je lui donnerai à la première marque de son empres« sement à se rendre plus instruite et plus aimable. « J'ai répondu, Madame, à tout ce discours-là, que quiconque n'entend qu'une partie ne peut pas juger : qu'il pourrait bien se faire qu'il eût donné lieu, par son impatience et par sa vivacité, à cette indifférence pour l'étude qu'il reproche à sa femme ; que tout le monde n'était pas propre pour enseigner ; qu'il faut une patience et une constance qui se trouvent rarement à son âge. et qu'il aurait tort de désespérer de l'éducation de sa femme, par la raison qu'il n'aurait pas pu la faire lui-même ; que je ne doutais pas de son cœur ni de sa bonne volonté, mais de la bonté des moyens qu'il avait employés ; si vous voulez tous m'en croire, vous prendrez le parti de charger quelqu'un de cette fonction. Pendant votre séjour à la campagne, vous pouvez contribuer tous à la mettre au fait de notre littérature, en lui faisant lire et en lisant avec elle nos bons poètes. Elle fera fort bien de meubler sa mémoire des morceaux les plus saillants de nos ouvrages de théâtre. Si la santé de Monsieur son père le lui permet, il faut qu'il lise avec elle l'histoire et qu'il lui apprenne la géographie, et puis, à notre retour à Paris je vous trouverai quelqu'un qui la dirigera dans ces études pendant l'hiver. C'est bien ici le cas. Madame, de regretter ma liberté. Avec quel plaisir je l'emploierai à remplir auprès de Mme de Beauharnais un emploi que j'ai rempli avec tant de satisfaction auprès de son mari. Mais si des obstacles insurmontables m'empêchent de me livrer à cette agréable fonction, ils ne m'empêcheront pas de diriger celui que je substituerai à ma place, et d'assister de temps en temps à ses exercices littéraires. Quant à la jalousie et au mal qui s'ensuit pour les époux, je m'en rapporte bien à vous, Madame, pour y remédier par la sagesse de vos avis, et en persuadant bien Mme de Beauharnais que les

L'Impératrice Joséphine  

Auteur : Roland Pichevin / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antill...

L'Impératrice Joséphine  

Auteur : Roland Pichevin / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antill...

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