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VICTOR

HUGHES

villes et les campagnes des fêtes populaires, des illuminations. L'enthousiasme est un avion qui cherche à s'élever le plus haut possible et doit, tôt ou tard, se briser sur le sol. Les esprits les plus exaltés n'allaient pas tarder à passer de la joie la plus sincère à la fureur la plus folle. La révolte gagna bientôt toute la colonie. Les propriétés furent pillées, incendiées, les blancs massacrés. La désorganisation fut complète dans l'île. C'est à Paris que commença cette désorganisation. Deux camps se dressèrent l'un contre l'autre : le parti des planteurs blancs et celui des mulâtres et nègres esclaves. Les riches planteurs —ces « Messieurs » de la Martinique et les « gens de la Guadeloupe » avaient élu leur quartier général chez Moreau de Saint-Méry, natif de la Martinique, alors âgé de trente-neuf ans, qui, humain et généreux, s'était fait dès sa jeunesse le défenseur des nègres contre les mauvais traitements de leurs maîtres. Les « Seigneurs de Saint-Domingue » tenaient leurs réunions à l'hôtel de Massiac, dont le marquis de Gouy d'Arcy, colonel de cavalerie, était l'âme du club. Le jeune marquis était né à Paris, mais, par relations et habitudes, était créole. Voltairien par ton, frondeur de caractère, spirituel, vif et ardent, il conduisait tous les créoles blancs qui, à la

Grandes figures coloniales I : Victor Hughes, le conventionnel  

Auteur : Georges comte de Sainte-Croix de la Roncière / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la docume...

Grandes figures coloniales I : Victor Hughes, le conventionnel  

Auteur : Georges comte de Sainte-Croix de la Roncière / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la docume...

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