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VICTOR

HUGHES

la Tortue n'étaient pas des antropophages. Ils formaient simplement une association d'écumeurs de mer qui pillaient les vaisseaux espagnols, sillonnant alors l'Océan Atlantique et la Mer des Caraïbes. Non contents de leur faire la guerre sur mer, ils pillaient leurs établissements, détruisaient leurs récoltes et avaient amassé de grandes richesses qu'ils dissipaient au sein de la débauche la plus effrénée. Ils se contentaient de bœufs et de cochons. Suivant la coutume, la bête était vidée puis couchée sur le boucan, le ventre en l'air, les pattes maintenues écartées. Dans le ventre ouvert on versait le jus de vingt-cinq citrons, deux bouteilles de vin de France, de Madère, de Porto ou des Canaries, une bouillie faite de piment écrasé, de poivre et de lait de coco. Ensuite, c'était plaisir de voir le maître du boucan découper l'animal. La tête était dressée à la façon boucannière, c'est-àdire qu'on étalait sur le sol des feuilles de balisier, de cachibou et de madère et des feuilles de malanga comme assiettes. Chaque convive avait son « coui » de calebasse pour boire. Avant le festin, on faisait une décharge générale de fusils et le chef prononçait le Benedicite. Sur un arbre, des nègres jouaient du « bayou », étrange guitare à tambour de parchemin 1 qui rendait des sons mélancoli1. Le Banjo moderne des nègres américains.

Grandes figures coloniales I : Victor Hughes, le conventionnel  

Auteur : Georges comte de Sainte-Croix de la Roncière / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la docume...

Grandes figures coloniales I : Victor Hughes, le conventionnel  

Auteur : Georges comte de Sainte-Croix de la Roncière / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la docume...

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