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VICTOR

HUGHES

exhortant les hommes à faire en sorte qu'elles aient toujours de telles viandes. Et lèchent leurs doigts, disant : « Yguatou », c'est-à-dire : il est bon! Quand la chair d un prisonnier — ou de plusieurs, car ils en tuent quelquefois deux ou trois en un jour — est ainsi cuite, tous ceux qui ont assisté au massacre se réjouissent derechef à l'entour des boucans, sur lesquels, avee œillades et regards furibonds, ils contemplent les pièces et membres de leurs ennemis. Si nombreux soient-ils, chacun, s'il est possible, aura son morceau avant de sortir de là. Non pas cependant qu'ils fassent cela ayant égard à la nourriture, ainsi qu'on pourrait le croire, car, bien que tous confessent que cette chair humaine est merveilleusement bonne et délicate, tant y a néanmoins qu'ils s'en repaissent plus par vengenace que par goût — hormis ce que j'ai dit des vieilles femmes qui en sont si friandes — et que leur principale intention, en poursuivant et rongeant ainsi les morts jusqu'aux os, c'est de donner aux vivants par ce moyen crainte et épouvantement. Et de ce fait, pour assouvir leurs cœurs félons, tout ce qui peut se trouver ès corps, de tels prisonniers est entièrement mangé par eux : depuis les extrémités des orteils

Grandes figures coloniales I : Victor Hughes, le conventionnel  

Auteur : Georges comte de Sainte-Croix de la Roncière / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la docume...

Grandes figures coloniales I : Victor Hughes, le conventionnel  

Auteur : Georges comte de Sainte-Croix de la Roncière / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la docume...

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