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DE

LA

FIÈVRE

J A U N E .

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Espagnols à la mortalité des Indiens, on se persuade aisément que la disette n'y eut pas plus de part que la syphilis. On a prétendu que pour chasser les Castillans , les indigènes de Saint-Domingue détruisirent les cultures dont eux-mêmes tiraient leur subsistance , et qu'ils devinrent les premières victimes de la famine dont ils attendaient la délivrance de leur pays (1). Sans chercher à combattre l'assertion d'un tel fait, par l'imprévoyance qu'il suppose dans ces insulaires, et dont on ne trouverait aucun autre exemple semblable dans l'histoire des races humaines, il suffit de rappeler ce que paraissent avoir oublié complètement tous les auteurs qui en ont admis la vérité : c'est que Colomb ne débarqua à Saint-Domingue en 1493 , que quinze cents hommes, ou même seulement douze cents, selon Pierre Martyr ; et que, dans une île qui a cent soixante lieues du levant au couchant, et trois cent cinquante de circonférence, un pareil nombre de conquérans ne pouvait occuper qu'un bien petit espace , sur-tout lorsque les distances étaient décuplées par les obstacles qu'opposent les rivières , les montagnes et le climat. Les indigènes n'eussent donc pas seulement commis la plus grande de toutes les imprévoyances, en détruisant leurs propres cultures, mais ils eussent encore fait une chose inutile, puisque les Espagnols n'étaient les maîtres que de quelques points de leur pays. En

( 1 ) P. Martyr

d'Angleria,

décade 1 , liv. 4.

Monographie historique et médicale de la fièvre jaune des Antilles  

Auteur : Alexandre Moreau de Jonnés / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Universi...

Monographie historique et médicale de la fièvre jaune des Antilles  

Auteur : Alexandre Moreau de Jonnés / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Universi...

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