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DE

LA

F I È V R E

JAUNE.

noire heureuse patrie eût été une calamité, nous l'accueillîmes sur cette terre lointaine comme une consolation. Toutefois ce dangereux mystère ne tarda pas à être dévoilé : la fièvre jaune parut au milieu de nous. Le secret dont on avait voulu l'envelopper, avait favorisé ses progrès ; pour ne pas éveiller la crainte on nous avait laissés dans une incurie bien plus funeste encore. Nos soldats habitaient les casernes et les hôpitaux où cette maladie avait fait tant de ravages parmi les troupes anglaises ; la plupart des lits où nous couchions leur avaient servi, et du quartier des grenadiers on voyait les nombreuses sépultures de ces étrangers ; la terre n'en était point encore affaissée. Dans l'instant même où l'on contestait encore l'existence de la fièvre jaune , toutes les troupes assemblées furent témoins du spectacle effrayant de ses symptômes. Pendant une revue, deux grenadiers tombèrent dans les rangs de leur compagnie ; l'un fut pris aussitôt d'un vomissement noir ; l'autre, que je fis transporter dans une maison voisine, acheva de mourir en y entrant. Un moment après, son cadavre se colora de jaune; et Savarési qui le visita dans la soirée, le trouva couvert de larges pétéchies noires et violacées. Il fallut chercher alors par quelles mesures on pouvait s'opposer au désastre qui venait do fondre sur l'armée. Il me sembla qu'il n'y en avait point d'autres que de diviser les troupes, et de les cantonner sur les montagnes de l'intérieur de l'île.

Monographie historique et médicale de la fièvre jaune des Antilles  

Auteur : Alexandre Moreau de Jonnés / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Universi...

Monographie historique et médicale de la fièvre jaune des Antilles  

Auteur : Alexandre Moreau de Jonnés / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Universi...

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