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Loix et Const. des Colonies Françoises

informé de cette vérité que par les Mémoires de M. Bégon , qui vous en a touché quelque chose, les Habitans jusqu'ici n'ayant osé prendre cette liberté ; mais à présent que vous leur avez donné la permission, ils vous réitèrent leurs très-humbles Supplications pour obtenir du Roi quelque soulagement, lequel, non plus que vous , Monseigneur , n'a pas été informé des préjudices notables que ce parti cause à ses Sujets ; de pauvres Habitans représentent donc très - humblement à Voye Grandeur , que dans l'Isle de Saint-Domingue , où ils sont établis , il n'y croît ni Bled ni Vin ; qu'ils sont obligés , pour la plupart, de manger de la cassave ; qu,ils n'ont d'autre Commerce dans cette Isle , que celui du Tabac, ayant été obligés de quitter les Cotons qui ne réussissoient pas , et d'abandonner la Chasse des Bœufs sauvages , qui sont présentement fort rares ; ainsi qu'il ne leur reste que cette Marchandise sur laquelle , avant le Parti , ils faisoient un profit assez considérable , par la défaite avantageuse qu'ils trouvoient en France , à cause de la liberté qui y êtoit ; ce qui donnoit de la consolation à ces pauvres gens , que l'on peut dire être comme des Exilés de leur Pays, par le grand éloignement , étant privés de tous les biens et des grands avantages que l'on jouit en France, sous un si Grand Roi, dont le Regne est le plus doux qui ait jamais été; mais depuis que des Particuliers se sont avisés de proposer de mettre cette Marchandise en Parti , se servant de l'autorité du Roi, ils se sont rendus les Maîtres de cette Marchandise, qu'ils mettent à un prix si bas, que ceux à qui elle appartient n'en peuvent pas tirer les frais qui leur coûtent à la recueillir; et ces Fermiers, sans courir aucuns risques de la mer , ni perte ni frais , vendent ce Tabac quatre fois plus qu'tls n'en paient, ne faisant valoir le meilleur , qu'ils prennent en petite quantité , que huit ou neuf écus au plus , qu'ils revendent aussitôt jusqu'à quarante; et c'est de cette maniere , Monseigneur, que ces Particuliers ont trouvé le moyen de dépouiller ces pauvres Habitans de tout ce qu'ils peuvent recueillir de tout leur labeur, qui est leur nourriture et leur propre substance , n'y ayant eu jamais d'exemple que l'on ôte la liberté aux Peuples de vendre leurs Marchandises, en payant les Droits du Prince ; à quoi ils se soumettent volontiers , particulièrement aux Négocians par mer , dans des voyages de long cours, qui se font avec beaucoup de péril et dépenses excessives. Ces pauvres Habitans proposeroient donc à Votre Grandeur, si elle l'avoit agréable, de payer au Roi telle Taxe qu'il lui plairoit imposer , au lieu du quart proposé , et comme l'on fait sur toutes sortes de Marchandises qui entrent dans le Royaume ; à quoi les Intéressés pourront

Loix et constitutions des colonies françoises de l'Amérique sous le vent, t. I  

Auteur : M. Moreau de Saint-Méry / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université d...

Loix et constitutions des colonies françoises de l'Amérique sous le vent, t. I  

Auteur : M. Moreau de Saint-Méry / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université d...

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