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DU

THEATRE

FRANÇAIS.

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la Didon de Jodelle, qui ne sont pas sans une certaine force : c'est lorsqu'elle reproche à Enée d'avoir voulu lui cacher son départ : Les cieux sont ennemis de la méchanceté ; La terre maugré soi soutient un homme lasche; Et contre le méchant la mer même se fasche. Quand même ton dessein ce jour je n'eusse veu Ni entendu des mieus , le ciel ne l'eût pas teu. Ma terre en eût tremblé ; et j usques h Carthage La merle fut venu sonner à mon rivage.

Qui est-ce qui se douterait au premier coup-d'œil que ce vers Et

c o n t r e le m é c h a n t la m e r

m ê m e

se f a s c h e ,

est à peu-près la m ê m e chose, pour le fond de l'idée, que cette apostrophe de Clytemnestre : Quoi ! pour noyer les Grecs et leurs milles vaisseaux, Mer, tu n'entr'ouvres pas des abîmes nouveaux.

Et ce n'est pas cette mer qui se fasche qui fait tout le ridicule du vers , c'est ce m o u vement d'une ame passionnée, exprimé en forme de sentence. C'est ainsi qu'écrivirent tous nos auteurs tragiques jusqu'à Corneille, lorsqu'ils ne furent pas beaucoup plus bi-

Mélanges de littérature volume 5  

Auteur : Jean-Baptiste Antoine Suard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Univers...

Mélanges de littérature volume 5  

Auteur : Jean-Baptiste Antoine Suard / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Univers...

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