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MANIOC.org Conseil général de la Guyane


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GUYANE

FRANÇAISE.

D I S C O U R S

PRONONCÉ

M. L.

GOUVERNEUR

A L'OUVERTURE

PAR

MOUTTET

DE

LA

GUYANE

DE LA

FRANÇAISE

SESSION

ORDINAIRE

DU CONSEIL GÉNÉRAL LE 4 DÉCEMBRE 1899.

CAYENNE IMPRIMERIE DU GOUVERNEMENT.

1899.

MANIOC.org Conseil général de la Guyane


D I SC O U R S PRONONCÉ PAR M.

L.

MOUTTET

GOUVERNEUR DE LA GUYANE FRANÇAISE A l'ouverture de la session ordinaire du Conseil

général

LE 1 DÉCEMBRE

Messieurs les Conseillers généraux, L'époque tardive à laquelle ont eu lieu les élections pour le renouvellement intégral du Conseil général, élections ren­ dues nécessaires par les décrets des 19 août et 15 septembre derniers, ne m'a pas permis, et je le regrette, de vous réunir plus tôt. Je suis convaincu cependant que les quelques semaines qui nous séparent de la lin de l'année seront suffisantes pour vous permettre de voter le budget dans les délais ordinaires. Je tiens à vous donner, dès maintenant, l'assurance que si le temps vous manquait pour examiner les autres affaires qui vous seront soumises, je m'empresserais de vous accorder une p r o ­ longation de session. Puisque je viens de parler de la modification apportée au décret du 23 décembre 1878, qui avait fixé provisoirement la répartition des membres du Conseil générai, vous me permet­ trez, Messieurs, de vous faire connaître les motifs qui m'ont amené à demander cette modification. Saisi de la question au mois de mai dernier, à la fois par le

Département des colonies et par le Conseil municipal de Cayenne,


— 4 — j'ai tenu, avant de formuler l a v i s que j'avais à é m e t t r e , à m'entourer des renseignements les plus propres à m'éclairer sur un point aussi important. L'examen auquel je me suis livré m'a permis de constater, en premier lieu, que la population et le nombre des électeurs des c o m m u n e s rurales avaient diminué depuis 1878 ; en deuxième lieu, que la population et le nombre des électeurs de Cayenne avaient augmenté dans des proportions relativement considérables depuis la même époque. Je ne cite­ rai que quelques chiffres pour fixer les idées. En 1 8 7 8 , Cayenne avait 7,680 habitants et les Communes 9 , 6 9 4 ; en 1 8 9 8 , on compte 12,551 habitants à Cayenne et 9 , 0 8 4 dans les c o m m u n e s , c'est-à-dire que le chef-lieu de la colonie a aujourd'hui 4,671 habitants de plus qu'en 1878, et les c o m m u n e s 6 1 0 en moins. Les listes électorales établies au mois de février 1879 pour les premières élections au Conseil général, qui e u r e n t lieu le 30 mars suivant, accusent u n chiffre de 1,525 électeurs pour Cayenne et 2 , 4 9 4 pour les c o m m u n e s . Les listes électorales arrêtées au 31 mars 1899 donnent, au contraire, un chiffre de 2 , 5 9 4 électeurs pour Cayenne et de 2 , 0 8 6 pour les c o m m u n e s . La ville de Cayenne a donc aujourd'hui 1,069 électeurs de plus qu'en

1879, et les c o m m u n e s 408 en moins. J'ajoute que la

population actuelle de Cayenne est supérieure de 3,267 habi­ t a n t s à celle de toutes les c o m m u n e s rurales r é u n i e s . Ces constatations m'ont tout naturellement conduit a penser que la répartition des sièges du Conseil général, provisoirement fixée par le décret de 1878, ne correspondait plus à la réparti­ tion actuelle de la population

et qu'une modification

devant

assurer une représentation plus large du chef-lieu au Conseil général s'imposait. Il m e restait à rechercher les moyens d'ar­ river a ce résultat. On pouvait tout d'abord songer à augmenter le nombre des Conseillers g é n é r a u x , en attribuant

un

plus

grand n o m b r e de sièges aux représentants de Cayenne. Mais la population actuelle de la colonie n'étant pas suffisante pour taire introduire dans le décret organique de 1878 une modifi­ cation.-aussi i m p o r t a n t e , j e ne pouvais indiquer cette solution


—5— au

Département.

Il fallait,

par c o n s é q u e n t , le n o m b r e d e s

Conseillers généraux restant fixé à 10, a u g m e n t e r a t t r i b u é s à Cayenne et d i m i n u e r d ' a u t a n t ceux

les sièges

attribués aux

c o m m u n e s . C'est à cette solution que je m e suis arrêté ; c'est celle que j ' a i proposée c o m m e c o r r e s p o n d a n t le mieux a la situation actuelle de la colonie et qui a été s a n c t i o n n é e p a r le d é c r e t du 19 août 1890. J e vous devais, Messieurs les Conseillers g é n é r a u x , el j e devais aux populations si i n t é r e s s a n t e s d e s C o m m u n e s , ce r a p i d e h i s t o r i q u e de la q u e s t i o n , afin de dissiper définitivement

tout

m a l e n t e n d u el de vous m o n t r e r q u ' e n émettant l'avis à la s u i t e duquel est intervenu le décret du 19 août d e r n i e r , qui fixe à n o u v e a u la répartition des m e m b r e s du Conseil g é n é r a l ,

l'Ad­

m i n i s t r a t i o n n'a été inspirée que par un s e n t i m e n t de stricte équité. J e vais m a i n t e n a n t p a s s e r en r e v u e les faits principaux qui se sont accomplis au cours de la présente a n n é e ; je vous e n t r e ­ tiendrai ensuite r a p i d e m e n t des divers p r o j e t s d o n t vous serez saisis par l ' A d m i n i s t r a t i o n . Lors de votre d e r n i è r e session, vous avez, Messieurs les Conseillers g é n é r a u x , appelé l'attention de l ' A d m i n i s t r a t i o n s u r la situation défavorable créée a u x a r m a t e u r s d e la Colonie par la décision ministérielle du 2 4 s e p t e m b r e 1 8 9 4 qui autorise les navires é t r a n g e r s à se livrer aux opérations de cabotage sur les côtes de la Guyane française. A la date du 17 m a r s dernier, un certain

nombre

d'armateurs

de la Colonie

m'ont,

de leur

côté, a d r e s s é une pétition dans le m ê m e s e n s . La question ayant u n e certaine i m p o r t a n c e , j'ai cru devoir confier à une c o m m i s s i o n , composée des h o m m e s les plus c o m p é t e n t s en la m a t i è r e , le soin de r e c h e r c h e r dans quelle m e s u r e il pourrait être donné satisfaction aux réclamations dont j'étais saisi. Cette c o m m i s s i o n , dans un r a p p o r t f o r t e m e n t motivé, a émis l'avis qu'il y avait lieu de rapporter la décision du 2 4 s e p t e m b r e 1 8 9 4 et de revenir p u r e m e n t et s i m p l e m e n t à la r é g l e m e n t a t i o n en vigueur a v a n t cette époque. J'ai t r a n s m i s au D é p a r t e m e n t , en


—6— m ' a s s o c i a n t sans r é s e r v e à ses c o n c l u s i o n s , le rapport de la c o m m i s s i o n . Bien que la réponse ne soit pas encore parvenue d a n s la Colonie, il est p e r m i s de penser, la situation qui a motivé la m e s u r e prise en 1 8 9 4 n'existant

plus aujourd'hui, que le

D é p a r t e m e n t donnera pleine satisfaction aux r é c l a m a t i o n s des armateurs

français

de la Guyane en leur r é s e r v a n t , c o m m e

par le passé, le m o n o p o l e du cabotage. Une a u t r e et non moins i m p o r t a n t e question a retenu l ' a t t e n ­ tion des pouvoirs p u b l i c s : c'est celle de la création d'un b u r e a u d e d o u a n e mixte au territoire contesté franco-brésilien.

La

situation faite au commerce de la Colonie par suite de l'absence de toute organisation d o u a n i è r e sur ce territoire est p a r t i c u ­ l i è r e m e n t défavorable.

Le mouvement commercial qui s'étoit

dessiné e n t r e Cayenne et le Contesté n e cesse, en effet, de d é c r o î t r e . Cette décroissance est due à l'introduction, d a n s ce territoire, de m a r c h a n d i s e s importées d i r e c t e m e n t sous pavillon é t r a n g e r et que n'atteint actuellement a u c u n e taxe. Le préjudice q u ' é p r o u v e de ce fait le c o m m e r c e local se trouve aggravé par le drainage vers des pays é t r a n g e r s d ' u n e partie, de la plus g r a n d e partie, pourrais-je dire, de l'or recueilli au Contesté ; l e s c a b o t e u r s étrangers profitent de l'absence de tout droit de sortie p o u r acquérir l'or à des prix que ne peuvent offrir nos a c h e t e u r s , en raison des charges fiscales dont ils ont à supporter le poids. Préoccupée à j u s t e titre de cet état de c h o s e s , la Chambre de c o m m e r c e a f o r m u l é , à diverses reprises, et tout r é c e m ­ m e n t e n c o r e , de vives d o l é a n c e s et réclamé l'installation au C o n t e s t é d ' u n bureau de douane mixte. Cette d e m a n d e m'ayant paru d e s plus justifiées, je n ' a i pas m a n q u é de la t r a n s m e t t r e au Département et d'insister auprès de lui pour q u ' u n e s o l u ­ tion conforme au vœu é m i s par la C h a m b r e de c o m m e r c e inter­ vienne le plus p r o m p t e m e n t possible. Si, c o n t r a i r e m e n t à ce que j ' e s p è r e , le G o u v e r n e m e n t , pour des motifs d'ordre s u p é r i e u r dont nous ne s o m m e s pas j u g e s , n e pouvait d o n n e r satisfaction à ce vœu, il n'y aurait plus qu'à


—7— s'incliner et attendre que l'arbitre choisi se soit prononcé sur le litige pendant e n t r e la France et le Brésil. Dans un ordre d'idées a peu près analogue, j'ai repris les p o u r p a r l e r s relatifs au projet de création d'un

poste de sur­

veillance douanière sur le Maroni, et j'ai d e m a n d é au Minis­ tère de m'autoriser à traiter directement cette question avec le Gouverneur de S u r i n a m . Le Chef de la colonie hollandaise, pressenti en 1898, ayant, dès ce m o m e n t , fait connaître qu'il était disposé a entrer d a n s ces vues, j ' a i tout lieu de croire que mes d é m a r c h e s aboutiront à un résultat favorable. Le projet d'installation

d'un

poste de surveillance sur le

Maroni e m p r u n t e un intérêt tout particulier aux découvertes faites, ces temps derniers, dans la région de l'Abounamy. Ces découvertes ont nécessité, c o m m e vous le savez, l'envoi sur les lieux d'une mission de police et d'un arpenteur chargé de d é t e r m i n e r exactement l'embouchure de l'Abounamy et d'éta­ b l i r la position des nouveaux g i s e m e n t s . Cet arpenteur ayant été forcé par la maladie de revenir à Cayenne avant d'avoir pu accomplir la mission qui lui avait été confiée,

vous aurez a

vous prononcer sur le point de savoir si cette mission doit être reprise, et, dans ce cas, à en indiquer l'étendue. Bien que j'aie la plus grande confiance dans l'issue des négo­ ciations à engager avec le gouvernement de S u r i n a m , il faut cependant prévoir que

ces négociations pourront d u r e r un

certain temps. Dans cette hypothèse, l'Administration a p e n s é qu'il était prudent de vous demander 1 s crédits nécessaires à l'installation provisoire d'un poste de douane dans le HautMaroni. Les dépenses occasionnées par celte instillation s'éléve?aient à 2 0 , 0 0 0 francs environ ; elles seront largement com­ pensées par une augmentation de recettes douanières, ainsi que vous pourrez vous en rendre compte par l'examen du dossier qui vous sera soumis. La question de l'immigration, d'une si g r a n d e importance au point de vue de la mise en valeur de la colonie, a été également


-8l'objet d ' u n e étude approfondie de ma part. La G u y a n e ,

qui

c o m p t e plus de 1 5 0 , 0 0 0 k i l o m è t r e s c a r r é s d e superficie,

est

loin d'avoir

une

population

proportionnée

à

son

étendue.

Elle souffre du m a n q u e de m a i n - d ' œ u v r e , et tous ceux qui ont pensé à relever l ' a g r i c u l t u r e d a n s ce pays, où existaient autrefois de riches p l a n t a t i o n s , ont dû s o n g e r , t o u t d ' a b o r d , à y i n t r o d u i r e les travailleurs dont il est d é p o u r v u . Des tentatives n o m b r e u s e s ont été faites d a n s ce s e n s ; elles ont tontes é c h o u é . Les d é m a r c h e s e n t r e p r i s e s au c o u r s de c e l t e a n n é e a b o u t i r o n t - e l l e s à un résultat plus s a t i s f a i s a n t ?

Il n e

m ' e s t m a l h e u r e u s e m e n t pas permis de l'affirmer. Ces d é m a r c h e s ont c e p e n d a n t été actives et p r e s s a n t e s .

E n effet, peu a p r è s

mon arrivée dans la colonie, le 10 m a r s d e r n i e r , j ' a d r e s s a i s un t é l é g r a m m e au D é p a r t e m e n t pour lui faire c o n n a î t r e q u e le Conseil général serait

disposé à voter le crédit nécessaire à

l ' i n t r o d u c t i o n d'un p r e m i e r convoi de 500 travailleurs, africains libres ou a n n a m i t e s c o n d a m n e s politiques. En r é p o n s e à cette c o m m u n i c a t i o n , le D é p a r t e m e n t me fit savoir q u e la colonie n e pouvait c o m p t e r sur une i m m i g r a t i o n a n n a m i t e , la réalisa­ tion du plan des travaux qui a motivé les e m p r u n t s r é c e m m e n t volés par les C h a m b r e s

pour

notre

possession

d'Extrême-

Orient exigeant tout l'effort de la m a i n - d ' œ u v r e disponible d a n s celte région. Par c o n t r e , le Ministre m ' i n v i t a i t

à é t u d i e r un

projet d ' i m m i g r a t i o n javanaise et me d o n n a i t d e s i n d i c a t i o n s s u r les conditions dans lesquelles il serait possible d'obtenir d e s travailleurs du G o u v e r n e m e n t de Batavia. Je m i s i m m é d i a t e m c n l la question à l'élude c o m p l e t au Conseil général,

et j ' a l l a i s s o u m e t t r e que

j ' a u r a i s réuni

un en

projet session

e x t r a o r d i n a i r e , lorsque je fus avisé, à la fin du mois de m a i , q u e tout espoir d'obtenir des i m m i g r a n t s j a v a n a i s devait ê t r e abandonné. S u r les conseils du D é p a r t e m e n t , je me mis alors en r e l a ­ t i o n s avec le G o u v e r n e u r g é n é r a l de l'Afrique o c c i d e n t a l e fran­ çaise. Je lui d e m a n d a i s'il ne serait pas possible de r e c r u t e r un convoi de 3 0 0 Sénégalais choisis exclusivement p a r m i les t r a -


—9— vailleurs agricoles, et lui envoyai, en m ê m e t e m p s , un projet de c o n t r a t , à titre s i m p l e m e n t indicatif, le contrat définitif devant être a r r ê t é par v o u s . P a r u n e lettre reçue le 29 août d e r n i e r , M. le G o u v e r n e u r général Chaudié m'a informé que toutes les expéditions et missions effectuées en Afrique

d e p u i s vingt

ans ayant é t é alimentées par le Sénégal, et cette

situation

pouvant, si elle se prolongeait, porter préjudice à l'avenir de la colonie, il ne pouvait donner de plano

son a s s e n t i m e n t a

ma d e m a n d e , mais qu'il en référait au Ministre. J e n'ai pas reçu depuis d'autre communication a ce sujet. E n t r e t e m p s , l'Administration a fait, d ' e l l e - m ê m e , une t e n ­ tative d'un autre côté. J'ai appris, de source a u t o r i s é e , qu'il existerait d a n s la Guyane anglaise un trop plein d'immigration indoue provenant du

non-renouvellement

des engagements.

Comme il y a p e u t - ê t r e là, à proximité de la colonie, ce qui éviterait

de grosses d é p e n s e s de t r a n s p o r t s , des

éléments

suffisants pour former les p r e m i e r s convois d ' i m m i g r a n t s qui n o u s sont n é c e s s a i r e s , j'ai cru devoir porter le l'ail à la c o n ­ naissance du Ministre d e s colonies, et, afin

de gagner du

t e m p s , j e lui ai demandé de m ' a u t o r i s e r à engager d i r e c t e m e n t des négociations avec le G o u v e r n e u r de D e m e r a r a , qui serait, de son côté, autorisé par son G o u v e r n e m e n t

à traiter celte

affaire avec moi. J ' a t t e n d s la réponse qui sera faite à cette s u g ­ gestion. Je viens de vous r é s u m e r , Messieurs les Conseillers g é n é r a u x , l'état actuel de la question de l'immigration.

Vous avez pu

vous convaincre q u e rien n'a été négligé pour la taire abou­ tir à u n e prompte et favorable solution. J'ai p e n s é , Messieurs, que la concentration d e s transportés au Maroni était un fait assez saillant pour m é r i t e r q u e j e lui consacre q u e l q u e s m o t s .

Je rappellerai,

tout d ' a b o r d ,

que

c'est à la suite des d e m a n d e s réitérées de la R e p r é s e n t a t i o n locale,

demandes

auxquelles

les

malheureux

événements

de juillet et s e p t e m b r e 1898 ont encore donné plus de force,


— 10 — que le D é p a r t e m e n t a prescrit l'évacuation du pénitencier de Cayenne.

Les

premières

instructions

ministérielles

n u e s à ce sujet d a n s la colonie sont de s e p t e m b r e

parve­

1898. Le

Ministre ordonnait de r é d u i r e a 400 l'effectif d e s t r a n s p o r t é s , qui était a ce m o m e n t de 1,034. Des dispositions furent i m m é d i a t e m e n t prises en vue d ' a s s u r e r l'exécution des ordres reçus de la Métropole et, en d é c e m b r e 1898, l'effectif

pénitentiaire

n'était plus que de 700 c o n d a m n é s . De nouvelles instructions r e ç u e s en janvier et m a r s prescrivirent de n e c o n s e r v e r au chef-lieu que 3 0 0 h o m m e s , puis 150. L'évacuation du p é n i t e n ­ cier-dépôt s'opéra peu à peu ; en avril, il ne restait plus a Cayenne que 5 2 0 c o n d a m n é s , y c o m p r i s les indisponibles, et s e u l e m e n t 4 5 6 en août. L'impossibilité d ' a b a n d o n n e r du jour au lendemain le c h a n ­ tier d e l'Orapu et la n é c e s s i t é d'achever r a p i d e m e n t la réfection du m u r de défense du pénitencier, ne p e r m i r e n t pas de r é d u i r e davantage l'effectif des c o n d a m n é s i n t e r n é s à Cayenne. Aujour­ d'hui q u e le chantier de l'Orapu est évacué, q u e les travaux du m u r de défense sont t e r m i n é s , il ne reste plus au p é n i t e n c i e r du chef-lieu q u e 194 c o n d a m n é s . Si on défalque de ce nombre 4 4 indisponibles (prévenus, hospitalisés, e t c . ) , on arrive au chiffre de 150 fixé c o m m e m a x i m u m par le D é p a r t e m e n t . Les instructions

ministérielles, en ce qui concerne

l'évacuation

du pénitencier de C a y e n n e , sont donc e n t i è r e m e n t exécutées à l ' h e u r e actuelle. J'ajoute que le tribunal maritime spécial sera, aussitôt que les circonstances

le p e r m e t t r o n t ,

transféré à S a i n t - L a u r e n t du

Maroni. Cette m e s u r e évitera la présence au chef-lieu des coud a m n é s qui y sont envoyés pour être j u g é s et y restent quelque t e m p s en p r é v e n t i o n . Enfin, en ce qui concerne les libérés, des m e s u r e s rigou­ r e u s e s ont été

prises pour

interdire l'accès de la ville de

Cayenne et de sa banlieue à tous ceux d'entre eux qui sont s o u m i s a l'interdiction de séjour. Ceux qui, conformément aux dispositions des a r r ê t é s locaux des 9 décembre 1896 et 14


- 11 novembre 1898, obtiennent l'autorisation d'y séjourner excep­ tionnellement pendant une période déterminée, sont des individus qui ont eu une bonne conduite depuis leur libération, qui justifient

de moyens d existence, ou que

recommandent

des personnes honorablement c o n n u e s . Toute demande faite par un libéré est

l'objet

d'une enquête

minutieuse de la

part des autorités compétentes, et j ' e x a m i n e moi-même, avec le plus grand soin, les propositions qui me sont soumises à cet égard. Je ne pense pas que, dans ces conditions, la présence a Cayenne de ces libérés, dont le nombre est d'ailleurs fort r e s ­ treint, soit préjudiciable au maintien de l'ordre et de la sécurité publique. le ne terminerai pas, Messieurs, cet exposé sans vous e n t r e ­ tenir des travaux qui ont été exécutés en 1899. Lе plan de cam­ pagne

voté a la dernière

session ordinaire sera

presque

entièrement exécuté à la lin de l'exercice. La plupart des travaux qui y sont prévus, et les plus importants, sont terminés à l'heure actuelle. Si l'on considère que ce plan de campagne ne s'élevait pas à moins de 683,ООО francs, on ne peut que rendre hommage h l'activité déployée par le chef du service, M. Cordier, qui a été chargé d'en assurer l'exécution. Parmi les travaux exécutés, je citerai n o t a m m e m t d'impor­ tantes améliorations aux routes de l'île-de-Cayenne, qui ont été réempierrées sur

une partie de leurs parcours. La roule de

Matoury est aujourd'hui carrossable jusqu'au bourg m ê m e . La e

e

route coloniale n° 1 a été empierrée du 12 au 15 kilomètre, el ouverte jusqu'à Macouria. Les nouveaux quais de Cayenne viennent d'être achevés. Le commerce dispose aujourd'hui d'une surface de débarque­ ment supplémentaire de 2,400 mètres carrés ; l'édification de deux magasins en 1900 donnera une surface couverte de 8 8 0 m è t r e s carrés. Par la même occasion, le marais qui existait autrefois dans

cette partie de la ville a été comblé ; 6,000

mètres cubes de remblai ont été employés a ce travail, qui modifiera d ' u n e manière appréciable l'hygiène de ce quartier.


12

-

La d r a g u e , dont le Conseil g e n e r a l a prescrit l'achat, a é t é c o m m a n d é e en F i a n c e et arrivera

s a n s d o u t e d a n s la colonie

v e r s le milieu de l ' a n n é e p r o c h a i n e . Grâce à cette

acquisition,

il s e r a possible d ' a m é l i o r e r l'état des canaux et de la rade de Cayenne. Je m e n t i o n n e r a i enfin r é t a b l i s s e m e n t du c a h i e r d e s c h a r g e s relatif à l ' e n t r e p r i s e d ' u n service d e b a t e a u x a v a p e u r

entre

C a y e n n e et les c o m m u n e s , dont l'adjudication aura lien le 5 d é ­ cembre. Les rigoureuses,

obligations

imposées à

l'entreprise

il est possible q u e c e t t e adjudication

paraissant ne d o n n e

pas d e r é s u l t a t s . Dans ce c a s , et si le cahier d e s c h a r g e s p r i mitif devait ê t r e modifié, je vous d e m a n d e r a i

de c o n s a c r e r a

l ' e x a m e n de cette affaire l'une de vos p r e m i è r e s s é a n c e s

après

le vote du b u d g e t . La n é c e s s i t é d'un service de t r a n s p o r t r a p i d e et régulier e n t r e les c o m m u n e s du littoral et le chef-lieu de la colonie s ' i m p o s e . Il i m p o r t e , par s u i t e , que

l'Administration

soit m i s e a u s s i p r o m p t e m e n t que possible à m ê m e d'en a s s u r e r le f o n c t i o n n e m e n t ; si la décision

que

éventuellement appelé à prendre

i n t e r v e n a i t d a n s le c o u r a n t

de ce mois, le service pourrait

le Conseil g é n é r a l

sans doute commencer

est

avant

l a lin de l ' a n n é e p r o c h a i n e . J e p a s s e , Messieurs les Conseillers g é n é r a u x , a l ' e x a m e n de la s i t u a t i o n financière de la C o l o n i e . Vous aurez pu r e m a r q u e r , en lisant l'exposé d e s motifs qui a c c o m p a g n e le projet de bud­ get d e 1 9 0 0 , q u e l ' e x e r c i c e

1 8 9 8 , qui s'est clos le 3 0 juin d e

c e l t e a n n é e , a pu faire face à s e s d é p e n s e s , tant o r d i n a i r e s qu'ex­ t r a o r d i n a i r e s , par ses seules r e s s o u r c e s et sans qu'il ait été n é c e s s a i r e de r e c o u r i r au p r é l è v e m e n t de 2 1 0 , 0 0 0 francs s u r la c a i s s e de r é s e r v e voté par le Conseil g é n é r a l . L ' e x e r c i c e 1 8 9 9 sera moins favorisé : tout fait s u p p o s e r que les r e c e t t e s p r é v u e s ne s e r é a l i s e r o n t pas e n t i è r e m e n t . Les droits c o n s t a t é s au titre des r e c e t t e s o r d i n a i r e s de cet e x e r c i c e s ' é l e ­ v a i e n t a u 31 octobre à 2 , 2 5 3 , 4 7 6 francs, soit 5 2 , 0 0 0 francs de m o i n s que l e s 1 0 / 1 2 e d e s p r é v i s i o n s b u d g é t a i r e s qui s o n t de

2,767,749

fr. 8 7 .

Encore,

c o n v i e n t - i l de faire r e m a r q u e r q u e ,


— 13 — dans le chiffre des droits constatés, sont compris les 127,649 fr. 2 3 provenant de l'excédent du maximum réglementaire de la caisse de réserve et figurant aux recettes ordinaires du budget, et u n e recette exceptionnelle de droits

d'enregistrement

d'environ 4 0 , 0 0 0 francs. L'examen des divers chapitres de recettes et des droits cons­ tatés pour chacun d'eux montre notamment que les recettes prévues au chapitre Douanes seront loin de se réaliser. Les prévisions inscrites à ce titre au budget de 1899 sont de 1,952,000 francs ; les droits constatés au 31 octobre ne s'é­ lèvent qu'à 1,488,249 fr. 2 6 , ce qui donne une moyenne men­ suelle de recettes de 148,000 francs seulement, alors que la moyenne mensuelle des prévisions est de 1 6 2 , 0 0 0 francs, soit en moins 14,000 francs par mois. Certains articles présentent une moins-value i m p o r t a n t e : les différences en moins sur les prévisions sont de 75,000 francs pour les droits de sortie sur l'or; de 8 2 , 0 0 0 francs pour les spiritueux; de 19,000 francs pour les droits de d o u a n e ; de 18,000 francs pour les taxes de consommation. L'augmentation des recettes sur certains autres articles vient heureusement compenser, en partie, les diminu­ tions constatées sur les articles que je viens de citer. Il n'y or. a pas moins

lieu

de

prévoir, pour l'ensemble du chapitre

Douanes, un déficit qu'on peut évaluer à 175,000 francs au minimum. Cette situation, je me hâte de le dire, Messieurs les Conseillers généraux, n'a rien qui doive vous inquiéter; elle n ' e s t pas due à un ralentissement des affaires, puisque les résultats financiers des dix premiers mois de 1899 sont encore supé­ rieurs à ceux de la période correspondante de 1898. Elle est simplement la conséquence de la majoration trop grande des prévisions de recettes inscrites au budget de cette année, pré­ visions basées, peut-être un peu imprudemment, sur le rende­ ment moyen des trois années précédentes, dont deux, 1895 et 1896, avaient donné des résultats exceptionnels. Si, comme je viens de le dire, cette situation n'a rien d'in-


—14— q u i é t a n t , il fallait c e p e n d a n t en tenir c o m p t e au m o m e n t de la p r é p a r a t i o n du budget de 1 9 0 0 . L ' A d m i n i s t r a t i o n a d o n c

été

d a n s la n é c e s s i t é d e d i m i n u e r tout d'abord les p r é v i s i o n s de r e c e t t e s pour l'exercice prochain d ' u n e s o m m e égale au déficit a prévoir sur le budget de l'année en c o u r s , soit 1 7 5 , 0 0 0 fr. D ' a u t r e p a r t , le budget de 1900 ne pouvait plus c o m p t e r s u r la r e c e t t e e x c e p t i o n n e l l e d e 1 2 7 , 6 4 9 fr. 2 3 , p r o v e n a n t de l'excé­ d e n t du m a x i m u m r é g l e m e n t a i r e de la caisse de r é s e r v e , dont le budget de 1899 avait été favorisé

L e s prévisions ont dû égale­

m e n t ê t r e r é d u i t e s des produits du d o m a i n e , soit 8 3 , 3 6 0 francs, qui ont passé au b u d g e t de la colonisation, et d ' u n e s o m m e d e 3 0 , 0 0 0 francs p r o v e n a n t du p r é l è v e m e n t de 2 6 0 , 0 0 0 francs l'ait à la c a i s s e de r é s e r v e . En effet, s u r ces 2 0 0 , 0 0 0 francs.

230,000

s e u l e m e n t ont été affectés à des d é p e n s e s e x t r a o r d i n a i r e s . En r é s u m é , c'est à u n e m o i n s - v a l u e de 4 1 6 , 8 1 0 francs qu'il y avait à faire face pour a s s u r e r l'équilibre du budget de 1 9 0 0 . L ' i m p o r t a n c e de ce chiffre i n d i q u e suffisamment avec q u e l l e s difficultés l'Administration s'est trouvée a u x p r i s e s . Aussi estce avec j u s t e raison q u ' e l l e vous d é c l a r e , d a n s l'exposé

des

motifs à l'appui du b u d g e t de 1 9 0 0 , q u e c'est a u t a n t par n é ­ c e s s i t é q u e pour d o n n e r

satisfaction

au Conseil g é n é r a l , qui

s'est plaint de la p r o g r e s s i o n c r o i s s a n t e d e s c h a r g e s i m p o s é e s à la Colonie, qu'elle a a p p o r t é d a n s ce b u d g e t t o u t e s les é c o ­ nomies

c o m p a t i b l e s avec la m a r c h e régulière des différents

services. Je ne crois pas utile, M e s s i e u r s les Conseillers g é n é r a u x , d ' e n t r e r dans le détail des chiffres. Vous les t r o u v e r e z , avec les explications nécessaires, d a n s l'exposé d e s motifs qui a c c o m ­ p a g n e le projet de b u d g e t s o u m i s à vos d é l i b é r a t i o n s . J e me bornerai a faire r e m a r q u e r , et j ' i n s i s t e s u r ce point, q u e les r é d u c t i o n s i n t r o d u i t e s d a n s ce budget, auquel le D é p a r ­ t e m e n t a d o n n é s o n e n t i è r e a p p r o b a t i o n , ont porte a u s s i

bien

s u r les d é p e n s e s obligatoires que s u r les d é p e n s e s facultatives. Eu m ê m e t e m p s que le budget, l ' A d m i n i s t r a t i o n vous s o u m e t u n c e r t a i n n o m b r e de projets, p a r m i l e s q u e l s j e c i t e r a i n o t a m -


- 15 ment un projet de réglementation

nouvelle des distilleries.

L'arrêté qui vous est présenté a été élaboré par une c o m m i s ­ sion spécialement

nommée à cet effet

et

examiné par la

Chambre de commerce. Il constitue une véritable codification du régime des spiritueux a la Guyane, codification

dont la

nécessité se fait chaque jour plus vivement sentir. J'appelle en particulier votre attention sur

la

nouvelle

réglementa-

lion proposée en ce qui concerne l'abonnement, qui ne sera plus basé sur la quantité de matières

à distiller

déclarée

par le fabricant, mais sur le nombre et la contenance des cuves effectivement chargées pour la fermentation. C'est là, Messieurs les Conseillers généraux, une réforme dont vous saisirez l'im­ portance. Son principal mérite sera de supprimer les fraudes auxquelles donnaient lieu les déclarations de matières p r e ­ mières, et de faciliter la surveillance des distilleries. La dépense occasionnée par la mise e n application du nouveau régime ne s'élèvera pas à plus de 14,000 francs par an. Elle est insigni­ fiante,

si on la compare aux avantages qui doivent en résulter

pour les finances de la colonie. Il vous sera en outre soumis un projet de modification du décret de 1881 sur les mines, un projet réglementant les primes à l'agriculture, dont vous avez voté le principe lors de votre dernière session, un projet de création de postes de douane dans le Maroni et à Mana, deux projets d'arrêtés sur le fonctionne­ ment du service téléphonique, e t c .

Tous ces projets, dans le

détail desquels je ne crois pas nécessaire d'entrer, étant donné qu'ils sont accompagnés de rapports spéciaux, ont été préparés, ai-je besoin de le dire, avec l'unique préoccupation de servir les intérêts de la colonie. Vous aurez aussi à examiner le programme des

entreprendre

travaux

à

en vue d'assurer le développement économique

du pays. Ce programme comprend l'établissement de voies de communication dans l'Ile de Cayenne; la remise en état de la crique Fouillée et du Tour de l ' I l e ; l'aménagement du port


- 16 — do C a y e n n e ; la continuation d e la route coloniale n° 1 de la Pointe Macouria à Dacoubo. L'ensemble des d é p e n s e s n é c e s ­ sitées par l'exécution de ce programme s'élève à 4 . 6 0 0 , 0 0 0 francs. Q u e l q u e s - u n s des travaux qui y sont prévus étant s u ­ bordonnés à la décision que vous prendrez en ce qui concerne la création d'un chemin de fer de pénétration, dont je vous entretiendrai d a n s un instant, l'Administration se réserve de vous p r é s e n t e r ultérieurement la combinaison financière devant permettre leur exécution. Il n'y aurait, par s u i t e , nul incon­ vénient à ce que l'examen de cette question fût renvoyé à une session extraordinaire. Il vous sera également présenté, Messieurs les Conseillers généraux, le projet de budget de la colonisation. Après avoir recherché l'emploi qui pourrait être fait des ressources dispo­ nibles de ce budget, qui s'élèvent, pour 1900, a 5 5 , 0 0 0 francs, l'Administration a pensé qu'il convenait de les consacrer au paiement d'une partie de la subvention qui vous sera d e m a n ­ dée pour la construction du chemin de f e r . Elle a fait une pro­ position dans ce sens au Conseil privé, et celui-ci l'a adoptée à l ' u n a n i m i t é . Le Conseil privé a voulu marquer ainsi l'intérêt particulier qu'il portait à cette question, et, dans la plus large mesure possible, en faciliter la solution. J'arrive, Messieurs les Conseillers g é n é r a u x , à la question du chemin de f e r , et, dès maintenant, je n'hésite pas à déclarer qu'elle m e parait d'une portée capitale pour l'avenir de la co­ lonie. Les conditions économiques de la Guyane se sont profondémentmodifiées, vous ne l'ignorez pas, depuis une cinquantaine d'années. L'agriculture y était autrefois p r o s p è r e ; en 1836, on exportait pour 3 , 3 2 1 , 0 0 0 francs de produits agricoles, sucre, café, cacao, coton, rou o u , etc. En 1840, on en exportait en­ core pour 1,646,000 francs. Depuis cette é p o q u e , on a vu les exportations agricoles diminuer d'année en année ; les domaines, les plantations ont été a b a n d o n n é s ; la petite culture

elle-


— 17

-

m ê m e , les c u l t u r e s vivrières ont été d é l a i s s é è s , à tel point que la colonie ne produit p l u s , à l'heure a c t u e l l e , d e quoi suffire à la c o n s o m m a t i o n de ses h a b i t a n t s . Les a d m i n i s t r a t e u r s qui se sont s u c c é d é d a n s ce pays, les Assemblées

é l u e s , p e r s u a d é s , c o m m e je le s u i s

que l'agriculture

est

moi-même,

l'une des s o u r c e s de richesses les

plus

s t a b l e s , en ont poursuivi le r e l è v e m e n t avec o p i n i â t r e t é . T o u t e l e u r é n e r g i e s ' e s t c o n c e n t r é e v e r s ce but

Des t e n t a t i v e s d ' i m ­

m i g r a t i o n ont été f a i t e s ; des p r o g r a m m e s de travaux o n t été é l a b o r é s ; on s ' e s t h e u r t é c h a q u e fois à d e s difficultés i n s u r ­ montables. l'abandon

Quoi q u ' o n

ait pu dire ou é c r i r e

de l ' a g r i c u l t u r e , o

malheureusement

ur

pour d é p l o r e r

l ' e n r a y e r , cet a b a n d o n e s t

c h o s e à peu près a c c o m p l i e

aujourd'hui.

Q u e l q u e r e g r e t t a b l e q u ' i l soit, c'est un l'ait qui n e s a u r a i t être contesté. Or, M e s s i e u r s les C o n s e i l l e r s g é n é r a u x , p e n d a n t q u e l'agri­ c u l t u r e languissait

et dépéri sait, alors q u e les e x p o r t a t i o n s

de p r o d u i t s agricoles étaient r é d u i t e s à des s o m m e s d é r i s o i r e s , an m o m e n t p r é c i s , p e u t - o n désespérée,

un

facteur

d i r e , où la

nouveau de

la

situation richesse

a p p a r i t i o n en Guyane et n'a pas tardé à a p p o r t e r

semblait

a fait

son

une c o m p e n ­

sation a u x p e r t e s é n o r m e s q u ' a v a i e n t s u b i e s la colonie et s e s h a b i t a n t s . J'ai parlé d e s m i n e s d'or, d é c o u v e r t e s en 1 8 5 5 . Je ne r a p p e l l e r a i pas ici les h é s i t a t i o n s , les l e n t e u r s ,

les

é c h e c s m ê m e du d é b u t . La p r e m i è r e e x p o r t a t i o n d'or d a t e de 1856, depuis!

elle fut de 8 k i l o g r a m m e s .

Que de c h e m i n

parcouru

Eu 1 8 6 0 , on e x p o r t a 9 0 k i l o g r a m m e s d ' o r ;

2 0 5 kilo­

g r a m m e s en 1 8 6 4 ;

1,432 k i l o g r a m m e s en 1 8 7 1 ; l , 9 5 2 kilo­

g r a m m e s en 1 8 8 4 . En

1894,

à la s u i t e des d é c o u v e r t e s du

C a r s e w è n e , c e t t e exportation s ' e s t élevée à 4 , 8 3 5 k i l o g r a m m e s . Depuis 1 8 9 5 , la m o y e n n e de la p r o d u c t i o n a n n u e l l e d é c l a r é e à la s o r t i e a été d ' e n v i r o n 2 , 6 6 0 k i l o g r a m m e s . Le c o m m e r c e total de la colonie, q u i était de

5,333,000

francs en 1 8 3 6 , de 4 , 5 0 0 , 0 0 0 francs en 1 8 4 6 , s'est élevé e n 1 8 5 6 , p r e s q u e au l e n d e m a i n d e s p r e m i è r e s d é c o u v e r t e s a u r i -


– 18 – fères, à 8 millions. A partir de celte é p o q u e , et au fur et à m e s u r e que

la production aurifère

prend de l'extension, on

c o n s t a t e que le c o m m e r c e général a u g m e n t e dans des p r o p o r ­ tions

importantes. Il a été en 1881 de

de 1 5 , 8 2 9 , 8 3 7 en 1891 ; et, en 1898, de

10,023,386

francs;

1 7 , 3 8 1 , 0 0 0 francs.

En 1894, l'année du Carsewène, il a été de 2 6 millions et d e m i . Peut-on d i r e , d a n s ces c o n d i t i o n s , que la découverte de l'or a été la ruine de ce pays? Ne serait-on pas davantage fondé, en p r é s e n c e d e s r é s u l t a t s q u e je viens d ' é n u m é r e r , à affirmer que c'est l'or, au contraire, qui a sauvé la colonie? Pour ma part, je le crois. N'est-ce pas, en effet, de ses m i n e s d'or que la Guyane tire le plus clair de ses r e v e n u s , soit d i r e c t e m e n t , par les d r o i t s perçus à l'entrée et à la sortie du mêtal précieux, soit i n d i r e c t e m e n t , par les taxes qui frappent les m a r c h a n d i s e s importées d a n s la colonie ? E l p o u r t a n t , qui le contesterait, l'or n'est e n c o r e exploité que d a n s une très infime partie de la G u y a n e . La carte des placers se p r é s e n t e à l'œil c o m m e une série de petites taches d i s s é m i ­ n é e s , p e r d u e s s u r un vaste fond blanc qui

figure les t e r r e s

encore i n e x p l o i t é e s . Nos g i s e m e n t s sont c e p e n d a n t , à en croire les gens c o m p é t e n t s , parmi les plus riches de l'Amérique du S u d . Si l'on considère en outre que l'exploitation de l'or n'a été faite j u s q u ' i c i q u e par des p r o c é d é s r u d i m e n t a i r e s , on peut se d e m a n d e r quels seraient les r e v e n u s de la colonie, si l'on parvenait a a u g m e n t e r la production aurifère, à développer c e t t e i n d u s t r i e qui, bien q u ' à ses d é b u t s , suffit déjà, a elle s e u l e , à faire vivre le pays. La question se pose, par suite, de savoir si les pouvoirs lo­ caux, au lieu de limiter leur action à des t e n t a t i v e s de relève­ m e n t agricole par l'immigration, tentatives, ne l'oublions pas, r e s t é e s vaines j u s q u ' i c i , ne devraient pas r e c h e r c h e r le moyen d'arriver au m ê m e résultat, tout en assurant le d é v e l o p p e m e n t de l'industrie aurifère, pour laquelle rien n'a encore été fait. Le m o y e n , Messieurs les Conseillers g é n é r a u x , semble vous être offert celle a n n é e . Vous serez, en effet, saisis au c o u r s


- 19 do la p r é s e n t e session d ' u n e d e m a n d e d e c o n c e s s i o n de c h e m i n de fer de p é n é t r a t i o n . Un i n g é n i e u r d e s

m i n e s , VI. L e v a i ,

c h a r g é <le mission en Guyane par le Ministre de

l'Instruction

p u b l i q u e , qui a parcouru la colonie et en a é t u d i é les merveil­ leuses ressources, s'engagerait, moyennant certaines conditions q u e vous a u r e z à e x a m i n e r , à c o n s t r u i r e et à exploiter u n e voie ferrée reliant la côte à l'intérieur du p a y s . Vous vous êtes déjà, M e s s i e u r s , r e n d u c o m p t e des avantages qui doivent r é s u l t e r de l ' o u v e r t u r e d a n s l'intérieur de la colonie d ' u n e voie d'accès rapide et s û r e . A u j o u r d ' h u i , vous le savez, on ne p e u t a t t e i n d r e c e r t a i n s p l a c e r s q u ' a p r è s t r e n t e ou q u a r a n t e j o u r s de navigation

en p i r o g u e s , s u r des rivières

parsemées

d ' é c u e i l s , et p l u s i e u r s j o u r s d e m a r c h e à t r a v e r s la forêt. L e s t r a n s p o r t s r e v i e n n e n t par s u i t e à des prix e x o r b i t a n t s ,

1,000

et 1,200 francs la t o n n e . Les m a r c h a n d i s e s s u b i s s e n t , au c o u r s de c e s longs v o y a g e s , soit par force m a j e u r e , soit par fraude, des d é c h e t s c o n s i d é r a b l e s , ce qui n ' e s t pas sans c a u s e r

de

g r a v e s i n q u i é t u d e s à ceux qui sont c h a r g é s du r a v i t a i l l e m e n t des p l a c e r s . L'envoi de

pièces l o u r d e s , de m a c h i n e s

perfec­

t i o n n é e s , est c h o s e à peu p r è s i m p o s s i b l e . L ' a b s e n c e de voies de c o m m u n i c a t i o n rend très difficile la surveillance des placers tant p a r l'Administration que p a r les p r o p r i é t a i r e s qui s o n t , en q u e l q u e s o r t e , à la m e r c i d e s m a r a u d e u r s et des o u v r i e r s m a l ­ h o n n ê t e s . C o n c e s s i o n n a i r e s et travailleurs ont à s u p p o r t e r d e s fatigues excessives pour a t t e i n d r e les lieux d e p r o d u c t i o n , et il a r r i v e souvent q u e ces fatigues s o n t telles qu'à peine r e n d u s ils se trouvent d a n s l'obligation de revenir ! H e u r e u x encore ceux qui p e u v e n t r e v e n i r ! Qui s a u r a j a m a i s le n o m b r e de ceux qui sont r e s t é s l à - b a s , ensevelis au pied d'un a r b r e ou le long des b e i g e s des rivières ! T o u t e s ces difficultés, d o n t je n'ai é n u m é r é que les p r i n c i ­ p a l e s , d i s p a r a î t r o n t l o r s q u ' u n e \ o i e ferrée m e t t r a la côte e n c o m m u n i c a t i o n d i r e c t e avec l ' i n t é r i e u r de la c o l o n i e . C e r t e s , s'il n e s'agissait que d ' a m é l i o r e r les c o n d i t i o n s dans l e s q u e l l e s l'or est a c t u e l l e m e n t e x p l o i t é , la c o n s t r u c t i o n d ' u n c h e m i n d e


– 20 – fer de pénétration, dans un pays c o m m e la G u y a n e , où la

popu-

lation est disséminée sur le seul littoral, ne se justifierait p e u t être pas. Mais le chemin de fer aura surtout l'immense avan­ tage de faciliter la découverte de nouveaux gisements aurifères ; il p e r m e t t r a ,

par l'emploi

de machines

perfectionnées,

de

r e p r e n d r e des terrains déjà exploités, et de m e t t r e en valeur des g i s e m e n t s jusqu'ici délaissés c o m m e étant trop pauvres pour donner

des

bénéfices.

encore aujourd'hui,

L'exploitation

des

pourra é g a l e m e n t

quartz,

négligée

être e n t r e p r i s e

avec

succès. L'établissement d'une voie ferrée de pénétration p e r m e t , en un mot, et c'est là le point essentiel, d'espérer une a u g m e n ­ tation considérable de la production

d'or, et, par suite, un

accroissement de richesse p o u r le pays. Au peint de vue du relèvement agricole de la Guyane,

la

création d'un chemin de fer ne p e u t avoir que des résultats h e u r e u x . Il ne peut m a n q u e r , en effet, de s'établir, le long de la voie, des c e n t r e s de culture importants, que favoriseront la salubrité du climat, la richesses de terres encore vierges, et la certitude d'écouler facilement les produits récoltés. L ' é l e ­ vage du bétail sera, pour les mêmes r a i s o n s rendu plus facile. Enfin, grâce au chemin de fer, il sera possible de tirer parti des i m m e n s e s forêts, riches en essences p r é c i e u s e s , qui couvrent l'intérieur du pays. Qui sait si, à ce m o m e n t , les travailleurs libres, attirés par la perspective des nombreux débouchés offerts à leur activité, ne suffiront p a s , et si le problème de l'immigra­ tion, objet d e p u i s de si longues années de tant d'infructueuses tentatives, ne se trouvera pas tout naturellement résolu. Je pense, Messieurs les Conseillers g é n é r a u x , qu'il n ' e s t pas nécessaire q u e je m ' é t e n d e davantage sur ce sujet.

L'exposé

de la situation économique de la colonie, que je viens de vous faire, vous a u r a , je l ' e s p è r e , suffisamment d é m o n t r é

l'utilité

d'un chemin de fer de pénétration en Guyane, non seulement pour le développement de l'industrie aurifère, mais aussi pour le r e l è v e m e n t de l'agriculture. J ' a u r a i s voulu, après avoir e x p o s é les considérations d'ordre


21

g é n é r a l qui r e n d e n t , s u i v a n t m o i , n é c e s s a i r e la c r é a t i o n

d'une

voie d ' a c c è s d a n s l ' i n t é r i e u r du p a y s , pouvoir e n t r e r d a n s le détail du projet q u i vous sera s o u m i s et v o u s en i n d i q u e r

les

c l a u s e s e s s e n t i e l l e s . Le t r a c é de la ligne, la d u r é e et l ' é t e n d u e de la c o n c e s s i o n , les tarifs p r o p o s é s , la c e s s i o n d e t e r r a i n s le l o n g d e la voie, la s u b v e n t i o n

à v e r s e r par la c o l o n i e , s o n t

a u t a n t de p o i n t s d o n t j ' a u r a i s d é s i r é vous e n t r e t e n i r . L e t e m p s malheureusement

m'a m a n q u é a cet effet, l e s p r o j e t s de c o n ­

vention et de c a h i e r des c h a r g e s ne m ' é t a n t p a r v e n u s q u e p a r le c o u r r i e r a r r i v é c e s jours d e r n i e r s . J ' a p p e l l e r a i

cependant

v o t r e a t t e n t i o n s u r ce point q u e les p r o j e t s d o n t il s'agit, qui feront l'objet d un r a p p o r t spécial de p r é s e n t a t i o n , o n t été p r é ­ p a r é s par l ' i n s p e c t i o n g é n é r a l e d e s t r a v a u x p u b l i c s d e s c o l o n i e s . C'est là, p o u r l ' A s s e m b l é e locale, l ' a b s o l u e c e r t i t u d e q u e c e s d o c u m e n t s ont é t é é l a b o r é s , au p o i n t de vue t e c h n i q u e , avec t o u t e la c o m p é t e n c e et tout le soin d é s i r a b l e s . J'ai la c o n v i c t i o n , Messieurs l e s C o n s e i l l e r s g é n é r a u x , q u e v o u s a p p o r t e r e z , d a n s l ' e x a m e n de cette q u e s t i o n du c h e m i n d e fer, l ' a t t e n t i o n

p a r t i c u l i è r e q u ' e l l e m é r i t e , et q u e , d a n s la

d é c i s i o n q u e v o u s a u r e z a p r e n d r e , v o u s rre s e r e z g u i d é s

que

p a r l ' i n t é r ê t s u p é r i e u r du pays. Il s'agit ici, soyez-en bien p e r ­ s u a d é s , d ' u n e œ u v r e d o n t la r é a l i s a t i o n est c a p a b l e de t r a n s ­ former e n t i è r e m e n t la c o l o n i e . J e s u i s , q u a n t à m o i , dément pénétré de celle

profon­

idée q u ' u n e è r e d e p r o s p é r i t é et de

g r a n d e u r j u s q u ' i c i i n c o n n u e s s'ouvrira p o u r la G u y a n e , le j o u r où un c h e m i n d e fer la t r a v e r s e r a , s u p p r i m a n t et l e s o b s t a c l e s ,

les d i s t a n c e s

m e t t a n t , p o u r ainsi d i r e , les t r é s o r s q u ' e l l e

c o n t i e n t à la p o r t é e de t o u s . P e r m e t t e z - m o i , Messieurs l e s Conseillers g é n é r a u x , de vous r e t e n i r q u e l q u e s i n s t a n t s e n c o r e . J e v o u d r a i s , en

terminant,

e x p r i m e r u n vœu : c'est q u e la b o n n e h a r m o n i e q u i a r é g n é , d a n s le c o u r a n t d e c e t t e a n n é e , e n t r e

les m e m b r e s de

l'As­

s e m b l é e locale et l ' A d m i n i s t r a t i o n p r é s i d e é g a l e m e n t aux d i s ­ c u s s i o n s qui vont s ' o u v r i r ,

et c o n t i n u e à faire s e n t i r son in­

fluence b i e n f a i s a n t e p o u r le p a y s . De g r a v e s q u e s t i o n s s e r o n t


— 22

-

agitées au cours de cette session qui m a r q u e r a p e u t - ê t r e une date d a n s l'histoire de la G u y a n e . P o u r les faire aboutir, il faut q u e nous u n i s s i o n s nos é n e r g i e s et q u ' a u c u n e dissension n e vienne amoindrir le résultat de nos efforts c o m m u n s . L ' e n t e n t e e n t r e les divers pouvoirs locaux est d o n c aujourd'hui plus que j a m a i s nécessaire. Mais cette e n t e n t e , s a n s laquelle a u c u n e g r a n d e œ u v r e n'est possible, la seule b o n n e volonté réciproque ne serait peut-être pas suffisante pour la m a i n t e n i r . Il faut encore et surtout q u e , l e s u n s et les a u t r e s , nous restions d a n s la limite des a t t r i b u ­ tions qui nous sont respectivement dévolues. Je suis ferme­ m e n t convaincu que telle est bien voire pensée à tous et que vous ê t e s , d ' o r e s et déjà, d é t e r m i n é s

a suivre cette ligne de

c o n d u i t e . Vous pouvez être a s s u r é s q u e , de son côté, l'Admi­ n i s t r a t i o n , qui sera r e p r é s e n t é e au sein de c e t t e par

mon distingué collaborateur,

Assemblée

M. le Secrétaire

Merwart, en qui j'ai la plus entière confiance,

général

ne négligera

rien pour vous faciliter votre t â c h e . C'est dans ces s e n t i m e n t s , Messieurs les Conseillers g é n é ­ raux, q u e je déclare ouverte votre session ordinaire de 1899. Vive la France ! Vive la République Vive la Guyane !

!


Discours prononcé par M. L. Mouttet Gouverneur de la Guyane Française  

Auteur : M.L. Mouttet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

Discours prononcé par M. L. Mouttet Gouverneur de la Guyane Française  

Auteur : M.L. Mouttet / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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