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N° 33.

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SO.

Belgique 1 fr. 50.

Tu dois me dire si tu sais quaique enose sur ses complices (Page 973). C. I.

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— 1027 — « Nous étions cinq frères et sœurs : trois filles, mon frère aîné et moi. Tandis que mon frère et mes sœurs travaillaient avec ardeur, Dieu sait pourquoi, j ' é t a i s tout à fait différent d'eux et dès mes premières am*ées j e préoccupais mes parents par mon caractère. « J ' a l l a i s au même collège que mon frère qui était toujours un des meilleurs élèves de sa classe, tandis que j e passais le temps en gâchant mes heures d'études par le jeu. « Enfin, j ' e u s la licence. I l fallait maintenant décider de la voie que je choisirais. Mon père m'appela et me demanda mes intentions. J e tombai des nuages ; car, cela peut sembler étrange, mais j e n'avais jamais pensé à mon avenir. Comment eussé-je pu répondre à une telle question ? Mon père me proposait tour à tour, toutes les professions : médecin % Non, il n'était pas possible que j e passe ma vie, penché sur des gens souffrants. Avocat "? Se creuser l'esprit pour interpréter la loi, selon le cas Non, ceci n'était pas davantage un métier pour moi. —• Veux-tu être fermier ? me demanda mon père. « Cela non plus ne m'allait pas ; j e ne me sentais pas capable de supporter l'ennui de la vie à la campagne. Officier de cavalerie 1 hussard ? J e pensait au hel uniforme. Toutes les filles se seraient tournées sur mon passage et me suivraient avec des regards pleins d'admiration Ce serait une vie heureuse et insouciante : j e passerai des nuits à me dévertir avec mes collègues et le matin, j e partirai sur un beau coursier pour de longues chevauchées, pour le camp, pour les manœuvres... Le rêve était attrayant, il plaisait à mon esprit d'aventure. « Mon père approuva mon choix et j'entrai dans l'armée. J e fus enrôlé dans un régiment de hussards, en garnison dans une grande ville. Le temps passa, j e devins lieutenant, et j e fus l'officier le plus joyeux et le plus insouciant de tout le régiment. 1

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— 1028 — « Mon capitaine aurait désiré me voir pins sérieux, mais il fut avec moi d'une indulgence paternelle et feignit bien souvent de ne pas s'apercevoir de mes fréquentes escapades. « Pendant trois ans tout alla bien, puis les catastrophes arrivèrent l'une après l'antre. « Mon père mourut. « Ce fut un terrible malheur qui m'abattit, car j e l'avais profondément aimé et me parut tout d'abord que j e ne pourrais supporter la douleur que me causait sa perte; mais avec le temps, j e me consolai, car le temps guérit toutes les blessures. « Un an après, j ' é t a i s redevenu le même qu'avant. « Mon frère avait abandonné ses études à l'Univer- • site pour prendre la direction des propriétés. « Peut-être n'eut-il pas de chance ou fut-il trop inhabile à diriger les travaux des champs ; la récolte ne fut pas aussi abondante que les années précédentes et cette année-là se solda avec un passif. On dut recourir aux hypothèques. L'année suivante, tout fut détruit par . la grêle et la pension que l'on me versait dut être diminué. Comment vivre avec aussi peu °î J e devais faire des sacrifices % Renoncer à ma passion pour les belles femmes et les chevaux de race. '. « Non, il était nécessaire de sortir de cette impasse. « Ce fut ainsi que j e me mit à jouer. « Mais ceux qui Ont de la chance en amour n'ont pas de veine au jeu... j e perdis... « J'essayai, j e tentai la fortune mille et mille fois, mais toujours en vain. « Mon capital fondit rapidement. « Alors, j e pensai aux usuriers. (( J'obtins facilement l'argent qui m'était nécessaire; on savait que ma famille possédait un important domaine

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— 1029 — « J e jouai encore, mais pendant des mois et des mois je ne passai pas une nuit sans perdre. « J ' a v a i s trente mille marks de dettes et les usuriers non seulement ne voulaient plus me faire crédit, mais prétendaient le remboursement des sommes prêtées. « Mais où prendre l'argent ? J e pensai à mes droits sur l'héritage paternel et j e me disais que mon frère serait contraint de payer. « J e m'adressai à lui et il dut consentir ; mais, naturellement, le retrait de cet argent entraîna la faillite du domaine ; l'an d'après nous fûmes contraints de renoncer aux propriétés qui, pendant des siècles et des siècles avaient appartenu à nos aieux. « P a r ma faute !... Le légionnaire s'interrompit, passa sa main sur son front, en repoussant son képi en arrière, comme s'il voulait éloigner l'image qui se représentait devant ses yeux. Luders se taisait pour ne pas troubler son camarade, transporté par la vague des souvenirs. Hàug se tut pendant quelques instant, puis il reprit : « Ma pauvre maman, mes sœurs, mon frère; durent quitter la maison paternelle pour chercher ailleurs un asile. Ma mère loua un petit appartement très modeste comme le lui permettait les quelques rentes qui lui étaient restées; Mon frère plaça son argent et celui de mes sœurs dans une fabrique de tissus dont il devint le directeur. « Tout cela aurait dû me rendre raisonnable, si la passion du jeu ne s'était pas emparée de moi. C'était devenu une manie irrésistible à laquelle j e ne savais pas ' résister. « j é recommençai à jouer et perdis plus que j e ne possédai... Mes créanciers étaient de plus en plus impatients et j e me voyais contraint de signer toujours de nouvelles traites pour me sauver d'un côté, tandis que j e

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— 1030 m e r u i n a i s d a v a n t a g e de l ' a u t r e . « Ce fut enfin le d é s a s t r e complet. « Ou p a y e r , ou m e s créanciers m ' a u r a i e n t dénoncé à mes chefs. J e n e p o u v a i s p a s courir p a r e i l risque.. — M a i s que devais-je faire % « J ' a l l a i à B e r l i n d e m a n d e r aide à m a m è r e . « Elle m'aida... Elle était m è r e et j ' é t a i s son fils ! Elle me d o n n a ce qu'elle possédait j u s q u ' a u d e r n i e r centime. « A u lieu de p a y e r les d e t t e s avec l ' a r g e n t que j ' a vais reçus ainsi, comme j e l ' a v a i s solennellement p r o m i s à m a mère, j ' a l l a i j o u e r et, de nouveau, je perdis... « Trois j o u r s p l u s t a r d , j ' é t a i s d a n s la m ê m e situation et p l u s désespéré que jamais... « J ' a l l a i voir m o n frère ; j e savais q u ' i l p o s s é d a i t encore quelque chose et il devait m ' a i d e r , il devait sauv e r n o t r e n o m du d é s h o n n e u r . « L ' e n t r e t i e n que j ' e u s avec lui fut d r a m a t i q u e ! J e confessai t o u t et lui dit que m a m è r e m ' é t a i t venue en aide quelques j o u r s a u p a r a v a n t . I l ne me fit p a s de r e proches, m a i s il m e dit d ' u n t o n décidé : « J e p a i e r a i tes d e t t e s p o u r s a u v e r l ' h o n n e u r de n o t r e famille, m a i s j ' e x i g e que t u s u p p o r t e s le p o i d s de t e s légèretés. T u c o m p r e n d s ce que je v e u x dire : j e paier a i t e s d e t t e s lorsque t u seras m o r t . « I l m e laissa seul, à mes réflexions. « J e r e s t a i quelques i n s t a n t s incertain, m e demand a n t si je devais faire ce qu'il m ' a v a i t d e m a n d é : aller chez moi et me t u e r . « L a vie était t r o p belle et elle offrait t r o p de plaisirs p o u r y renoncer. J ' é t a i s si j e u n e , le m o n d e e n t i e r m ' a p p a r t e n a i t ; je p o u r r a i s vivre n ' i n p o r t e où et recomm e n c e r m a vie.... I l suffisait de q u i t t e r m a P a t r i e . « J e p a r t i s sans p r e n d r e congé de p e r s o n n e . « J ' a l l a i s chez mes créanciers et leur dis que le leu


— 1031 — d e m a i n mon frère p a y e r a i t mes dettes. J e réussis à m e faire donner encore deux mille m a r k s et, avec cet a r g e n t la n u i t même, je p a r t i s p o u r la F r a n c e et m ' a r r ê t a i à Paris... « J e commençai u n e nouvelle vie... . « Mais à quoi servent t o u t e s les bonnes résolutions, q u a n d on est si léger ?... « J e voulus me d i s t r a i r e u n p e u p o u r faire p a s s e r ces p r e m i e r s t e m p s en lequel le souvenir des angoisses passées m ' a b a t t a i t profondément. Ces distractions devaient r a p i d e m e n t épuiser le p e u d ' a r g e n t que j e possédais. « L a r u i n e était complète et p e n d a n t deux mois consécutifs je dormis sur u n b a n c ou sous les p o n t s . « L e froid venait, les n u i t s é t a i e n t glacées et j e n ' a vais p l u s la force de résister. « U n jour, je me décidai à franchir le seuil du b u r e a u d ' e n r ô l e m e n t de la légion. « J e p a s s a i p l u s de cinq a n s d a n s u n r é g i m e n t en garnison à T u n i s . J e fus n o m m é sous-officier ; les conditions d a n s lesquelles j e vivais n ' é t a i e n t p a s des p i r e s , mais q u a n d se p r é s e n t a u n e occasion de fuir je ne p u s résister à la tentation... L e lendemain, je fus découvert et reconduit à la caserne. « Cinq années de Cayenne ! « D é g r a d a t i o n !... « L a d é g r a d a t i o n ne fut p a s p o u r moi u n e cnose g r a v e p u i s q u e v r a i m e n t , je n ' a v a i s aucune ambition, j e n ' a s p i r a i s p a s à p r e n d r e un' g r a d e d a n s la légion que j e haïssais... Mais, Cayenne !... « M o n capitaine qui a v a i t toujours eu p o u r moi beaucoup d'estime comme soldat, me conseilla de d e m a n d e r la grâce. J e suivis son conseil et fus gracié, mais à la condition de signer u n nouvel e n g a g e m e n t d a n s la légion, chose que j e fis...


- 1032 — ;

« Cayenne n e me fut p a s p o u r cela é p a r g n é , p u i s q u ' o n me t r a n s f é r a d a n s ce r é g i m e n t , de g a r d e à cette m a u d i t e île. « E s p é r o n s que n o t r e t e n t a t i v e de fuite r é u s s i r a , que n o u s p a r v i e n d r o n s à nous enfuir de cet enfer,,et qui la chance n o u s sera p l u s favorable qu'elle ne me le fut lorsque j ' a i t e n t é de fuir de T u n i s . « Alors, si je r e n t r e d a n s m a p a t r i e , je p o u r r a i encore r e v o i r m a mère, l ' e m b r a s s e r encore u n e fois... e n t e n d r e le p a r d o n t o m b e r de ses lèvres. » I l se t u t , l a i s s a n t son r e g a r d e r r e r d a n s le vide, se fixer s u r les étoiles qui brillaient, même sur la t ê t e de sa m è r e lointaine... U n soupir s ' é c h a p p a de ses lèvres, ses y e u x s'abaissèrent, et son r e g a r d se p e r d i t sur les vag u e s qui se b r i s a i e n t a u seuil de cette t e r r e i n h o s n i t a lière.


CHAPITRE C L .

FIDELITE

D ' A M Q L R..

— Voici u n e l e t t r e de la Légion, R o e d e r ; elle est certainement de F r i t z L u d e r s . L a L e n i sera bien contente !... Le vieux facteur, t e n d a n t le b r a s , p a r - d e s s u s la haie qui e n t o u r a i t le j a r d i n , r e m i t la l e t t r e à C h r i s t i a n R o e der. * C ' é t a i t p a r u n e c h a r m a n t e m a t i n é e de d i m a n c h e ; le soleil r i a i t d a n s le ciel et chaque allée fleurie, chaque buisson, chaque cime d ' a r b r e luisait d a n s la lumière m a t i n a l e encore h u m i d e de rosée. L e s oiseaux c h a n t a i e n t et les p a y s a n s s a l u a i e n t g a i e m e n t Christian, l o r s q u ' i l s p a s s a i e n t p o u r aller à l'église. M a i s le visage de R o e d e r était g r a v e ; il ne semblait p a s p a r t a g e r la joie générale. I l considérait la l e t t r e qu'il t e n a i t à la m a i n et il semblait si m é c o n t e n t que le f a c t e u r s'exclama : — Si j ' a v a i s r e m i s cette l e t t r e à la Leni, elle l ' e u t reçue avec p l u s de joie et j ' a u r a i s vu ses y e u x briller de plaisir. Mais on d i r a i t que vous n ' ê t e s p a s satisfait de voir L u d e r s écrire à v o t r e fillette. R o e d e r r e j e t a sa c a s q u e t t e en a r r i è r e , ôta sa p i p e de sa bouche et'riposta d'une voix âpre : с T.

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- 1034 — — Non, je ne suis p a s content du tout... L e facteur qui, depuis p l u s de t r e n t e ans, allait de maison en maison, connaissait l'histoire de t o u s les hab i t a n t s du p e t i t village. I l en avait p a r t a g é les joies et les douleurs et chacun le t r a i t a i t en ami. F i x a n t Christian, il s ' a p p u y a contre la chaise du j a r d i n , puis, d ' u n t o n confidentiel, il dit : — N o u s aussi, Roeder, nous avons été j e u n e s et alors, comme a u j o u r d ' h u i , l ' a m o u r était la joie de la ,vie... — J e n ' a i réellement r i e n contre l ' a m o u r , r i p o s t a R o e d e r , m a i s je pense q u ' u n e j e u n e fille ne doit p a s p e r d r e les p l u s belles a n n é e s de sa jeunesse en p e n s a n t a u n i n d i v i d u dont elle ne sait m ê m e p a s où il se t r o u v e et qui ne pense p a s du t o u t à revenir... C e p e n d a n t , s'il écrit encore à Leni, il doit l ' a i m e r et, croyez-moi, Roeder, on ne p e u t r i e n contre l ' a m o u r !... .Vous devrez finir p a r la donner à Fritz... M o n Dieu, il f a u t s'avouer que c'est un beau garçon, sain et r o b u s te... E t puis, ils s ' a i m e n t depuis leur p l u s j e u n e âge. Mais il f a u t que j e p a r t e ; le devoir m ' a p p e l l e ; je dois continuer m a t o u r n é e . Voici L e n i ; elle v i e n t chercher sa l e t t r e . I l se t o u r n a vers le seuil de la maison d'où v e n a i t d ' a p p a r a î t r e u n e blonde j e u n e fille et l ' a p p e l a : — L e n i , j e t ' a i a p p o r t é u n e l e t t r e ; t o n p è r e te la 'donnera... L e v i e u x p o r t a la m a i n à son képi, sourit à la j e u n e fille et p a r t i t . C h r i s t i a n R o e d e r t e n d i t la l e t t r e à sa fille en d i s a n t laconiquement : — Voici... L e n i s'en saisit et t o u r n a sur elle-même p o u r r e n t r e r d a n s la maison ; mais son p è r e la r e t i n t p a r le b r a s et, m o n t r a n t la l e t t r e , d e m a n d a : — Dis-moi combien de t e m p s d u r e r a encore cette histoire %


- 1035 — L e n i a v a i t baissé les y e u x ; elle fixait l'enveloppe qu'elle t e n a i t à la m a i n et souriait : — J ' a t t e n d s le r e t o u r de F r i t z , dit-elle C h r i s t i a n R o e d e r se m i t à r i r e : — J e crois que t u a t t e n d r a s encore q u a n d t u seraa vieille ! — Non, p u i s q u e lorsqu'il a u r a t e r m i n é ses q u a t r e a n s , F r i t z r e v i e n d r a c e r t a i n e m e n t à la maison. — L e crois-tu % — Oui. — E t s'il se m o q u a i t de toi % L e n i fixa son p è r e d ' u n air égaré. — Non, p a p a , F r i t z n e ferait j a m a i s semblable chose. 8 — N e t'aie-je p a s p r é v e n u e depuis l o n g t e m p s de ce qui a r r i v e ? Cette fois, m o n t r a n t u n e c e r t a i n e hésitation, L e n i répondit : — Tu as raison : Fritz devrait être revenu, mais comme il m e l'a écrit, ils l ' o n t enivré... c'est pourquoi... — C'est lui qui le dit, r i p o s t a R o e d e r en r i a n t ; il t e l ' a écrit et t u t e crois obligée de le croire ; mais p e u t ê t r e est-il a m o u r e u x de quelque métisse, t a n d i s que t u continues à l ' a t t e n d r e en vain... L e n i secoua é n e r g i q u e m e n t la t ê t e : — Non, non, F r i t z n ' a p e r s o n n e en dehors de moi ; il n ' a i m e que moi... — P a u v r e fille; l ' a m o u r t'aveugle... Crois-tu v r a i m e n t q u ' i l n ' e x i s t e p a s là-bas de femmes qui p e u v e n t t o u r n e r la t ê t e a u x h o m m e s % Crois-moi, le m o n d e est p a r t o u t le m ê m e et L u d e r s n ' e s t p a s u n s a i n t ; il ne p e u t p a s p l u s r é s i s t e r que les a u t r e s a u x t e n t a t i o n s ; il fera comm e les a u t r e s et il p r e n d r a ce q u ' i l t r o u v e r a . L e n i sourit encore : — T u p e u x dire t o u t ce que t u v o u d r a s , p a p a , niaia


- 1036 moi, j'ai confiance et j e crois en lui ; il n e f a u d r a i t p a s que j e l'aime p o u r douter de sa fidélité ! J e l ' a t t e n d s e t j e sens... d a n s mon cœur, qu'il reviendra... I i r e v i e n d r a , p a p a , et alors, n o u s serons encore h e u r e u x comme t u l'es i avec m a m a n . C h r i s t i a n R o e d e r secoua la. tête et posa s u r sa fille u n r e g a r d sévère : — Q u a n d donc deviendras-tu enfin raisonnable ? N e vois-tu p a s que t u laisses échapper le b o n h e u r qui t e p a s se à côté % H a n s P e t e r Schiedel n e sait plus que faire p o u r t e faire c o m p r e n d r e que' tu lui plais ; si t u acceptais ses h o m m a g e s , tu serais l'une des plus riches femmes du village. L e n i éclata de rire et répondit d ' u n t o n décidé : — Même si Schmiedel possédait des millions, j e n e v o u d r a i s p a s de lui comme m a r i , p a r c e que j e n ' a i p a s envie d ' é p o u s e r u n j e u n e h o m m e stupide... -Je n e p o u r r a i s p a s le s u p p o r t e r . — Mais t u p e u x s u p p o r t e r l'idée de devenir la femm e d ' u n a v e n t u r i e r , qui a failli être u n assassin !... — Oui, p a r c e que j e l ' a i m e et que mon cœur lui a p partient. — Tl p o u r r a i t bien se faire que j e t e fasse c h a n g e r d ' i d é e . J u s q u ' à présent j'ai s u p p o r t é cette s t u p i d e histoire avec L u d e r s d a n s l'espoir que tu t e lasserais t o i même... U n e belle fille comme toi p e u t d e m a n d e r à la vie et à l ' a m o u r a u t r e chose q u e de simples lettres !... Mais il me semble aujourd'hui que l ' a m o u r est p o u r toi u n e maladie qui s'est insinuée dans t o n cerveau et d a n s t a chair et il f a u d r a bien que j e t r o u v e u n r e m è d e p o u r t e guérir... a u t r e m e n t dit, j e t e forcerai à t e m a r i e r . Christian Roeder avait p r i s L e n i p a r le b r a s et il la s e r r a i t t r è s fort ; mais l a jeiine fille n e p e r d i t p a s la t ê t e , elle posa s u r les yeux de son p è r e , son r e g a r d dans lequel brillait d ' e x p r e s s i o n d ' u n e sincère passion.


— 1037 — T u ne p e u x me c o n t r a i n d r e à épouser u n a u t r e homme ! — Pourquoi non ? Quand Hans-Peter viendra, je lui dirai que je consens à v o t r e m a r i a g e . — E t je lui dirai que j a m a i s , j a m a i s , je ne serai sa femme ! — N o u s v e r r o n s bien si ma p a r o l e a p l u s de v a l e u r que la t i e n n e ! ., — T u ne p o u r r a s p a s m ' y c o n t r a i n d r e ! — J e p e u x b e a u c o u p de choses et j e r é u s s i r a i bien à te r e n d r e docile ! — N e crois p a s que je me s o u m e t t r a i , p a p a , je p r é f é r e r a i m o u r i r , je p r é f é r e r a i me suicider que de r e n o n c e r à Fritz... L a j e u n e fille a v a i t p a r l é d ' u n t o n si résolu que le v i e u x ne voulut p a s i n s i s t e r d a v a n t a g e ; il lâcha le b r a s de L e n i qui s'enfuit aussitôt. Elle courut d a n s sa c h a m b r e et sou père r e s t a seul d a n s le j a r d i n . I l a v a i t l ' a i r courroucé et s e r r a i t les poings. - , — J e réussirai bien à te faire obéir, m u r m u r a i t - i l e n t r e ses d e n t s . P u i s il r e n t r a d a n s la maison, niais quelques m i n u tes p l u s t a r d , il s o r t i t de nouveau. I l a v a i t échangé sa c a s q u e t t e contre son c h a p e a u à larges b o r d s et t e n a i t à la m a i n son livre de messe. I l t r a v e r s a le j a r d i n et se dirigea v e r s le village. S u r la r o u t e , il vit v e n i r à sa r e n c o n t r e un j e u n e h o m m e qui n ' é t a i t c e r t a i n e m e n t p a s u n de ces b e a u x garçons susceptibles d'émouvoir le c œ u r des filles pleines de passion et de vie. Son visage é t a i t p r i v é de t o u t e expression ; ses y e u x clairs et étonnés, son sourire niais c o n t r i b u a i e n t al lui d o n n e r l ' a i r s t u p i d e . I l salua C h r i s t i a n avec affabilité et lui d e m a n d a 1 — L e n i v i e n t à l'église avec n o u s 't ,


— 1038 — Ce disant, il t e n d a i t v e r s le vieil h o m m e sa m a i n droite d a n s laquelle il s e r r a i t u n b o u q u e t de « ne m ' o u bliez p a s >> ! la p e t i t e fleur bleue, si chère a u x a m o u r e u s e s d ' o u t r e - R h i n . R œ d e r sourit et p r e n a n t sous le b r a s le j e u n e h o m m e , il r é p o n d i t : — Elle ne vient p a s avec nous, non ! mais a p r è s la messe, t u v i e n d r a s chez n o u s et n o u s p a r l e r o n s u n p e u de tes désirs, que j e connais bien

CHAPITRE

UNE

NOUVELLE

CLI

AVENTURE.

D a n s u n c o m p a r t i m e n t de seconde classe de l'exp r e s s P a r i s - V i e n n e , A m y N a b o t était commodément a s sise d a n s u n angle du wagon. Elle s ' é t a i t a p p u y é e sur les coussins, car elle s e n t a i t en elle u n g r a n d besoin de repos. Elle voulait aussi coo r d o n n e r ses idées, car les d e r n i e r s j o u r s qu'elle a v a i t p a s s é à P a r i s avaient, v r a i m e n t , épuisé sa force n e r veuse. P e n d a n t ces jours-là, p a r t i c u l i è r e m e n t d u r s et difficiles p o u r elle, elle a v a i t craint sérieusement que son destin ne la p r é c i p i t â t d a n s u n gouffre. L a p e u r que la t r a h i s o n d ' E s t e r h a z y et celle d ' H e n r y fussent découvertes l ' a v a i t r e n d u e si n e r v e u s e qu'elle n e p a r v e n a i t p l u s à se dominer ; et q u a n d le h a s a r d l u i offrit l'occasion de p a r t i r p o u r V i e n n e , elle r e s p i r a , soulagée. I l lui semblait que le sol de P a r i s b r û l a i t sous ses


- 1039 — pieds et, de plus, ses deux a m o u r e u x l ' e n n u y a i e n t E s t e r h a z y se d i v e r t i s s a i t avec des filles et H e n r y , depuis le j o u r où il a v a i t r e t r o u v é u n e amie d'enfance, p o u r laquelle il semblait flamber encore, a v a i t complèt e m e n t changé à son égard. Elle semblait ne p l u s e x i s t e r p o u r lui Elle p e n s a i t à la m a n i è r e dont il l ' a v a i t p o u r s u i v i e de son a m o u r et à la pensée q u ' H e n r y p o u v a i t r é p é t e r . l e m ê m e rôle avec u n e a u t r e femme, elle souriait. Que lui i m p o r t a i t ! Elle n ' a v a i t j a m a i s eu p o u r lui la m o i n d r e affection; il n ' a v a i t j a m a i s été d a n s ses m a i n s q u ' u n i n s t r u m e n t p o u r a p a i s e r sa soif de vengeance contre D r e y f u s . Celui qui a v a i t osé la n a r g u e r , la r e p o u s s e r q u a n d , en prison, elle était v e n u e lui offrir de le libérer, l a n g u i s sait à p r é s e n t en G u y a n e . I l était s é p a r é de sa femme et de ses enfants ; il subissait les t o u r m e n t s de l'exil. Son p l u s vif désir était d'aller v e r s lui, de le voir, de lui p a r l e r , de lui m o n t r e r combien il a v a i t été fou en la chassant, en r e f u s a n t son a m o u r . Mais il é t a i t assez difficile de se r e n d r e à C a y e n n e et p l u s encore de p é n é t r e r d a n s le p é n i t e n c i e r ; m a i s si elle savait se d i s t i n g u e r d a n s la mission 'qu'on lui a v a i t confiée, elle p o u r r a i t p e u t - ê t r e d e m a n d e r que l'on fasse u n e exception en sa f a v e u r en lui concédant t o u t e s les facilités nécessaires. A m y N a b o t r e s t a i t mollement a p p u y é e a u x coussins, et elle r ê v a i t les y e u x o u v e r t s . Elle p e n s a i t a u t e m p s passé q u a n d son a m o u r seul e x i s t a i t p o u r elle, q u a n d elle a i m a i t et qu'elle était p a y é e de r e t o u r et qu'elle n ' a v a i t p a s d ' a u t r e désir. Oh ! pouvoir r e c o n q u é r i r son a m o u r , les baisers et les caresses d'autrefois Elle secoua la tête, comme si elle était contrariée dQ ces pensées.


— 1040 — P o u r q u o i s'obstinait-elle à désirer l ' a m o u r de cet homme, alors que t a n t d ' a u t r e s hommes existaient d a n s le monde ? le m o n d e ? Mais p o u r elle et p o u r son amour, il n ' e x i s t a i t que lui. C ' é t a i t u n e folie, u n e sottise, u n caprice déraisonnable ! Sa pensée r e v i n t à H e n r y et à E s t e r h a z y : comme leurs déclarations d ' a m o u r l ' a v a i t laissée froide et indifférente ! A i n s i , s u i v a n t le.cours de ses pensées, son e s p r i t err a i t loin, d a n s le. champ-des souvenirs et elle ne p r e n a i t p a s g a r d e à u n j e u n e homme, t r è s é l é g a m m e n t vêtu, qui allait et v e n a i t d a n s le couloir, s ' a r r ê t a n f t c h a q u e f o i s qu'rj p a s s a i t d e v a n t son c o m p a r t i m e n t p o u r la considérer avec admiration. E l l e : s'en a p e r ç u t enfin quand, l e v a n t la tête, ses y e u x r e n c o n t r è r e n t ceux de ce j e u n e homme. A m y N a b o t sourit. . . C ' é t a i t u n beau j e u n e h o m m e qui a v a i t t o u t au p l u s v i n g t cinq, a n s ; il a v a i t des y e u x noirs, profonds, a u r e g a r d passionné. I l a u r a i t bien voulu e n t r e r d a n s le c o m p a r t i m e n t et t e n i r compagnie à la belle voyageuse. U n flirt avec elle l ' e u t enchanté.' Mais il n ' o s a p a s et continua à m a r c h e r d a n s le couloir, t a n d i s q u ' A m y , de son côté, se disait q u ' i l a u r a i t p u ê t r e p l u s audacieux. U n p e t i t soupir souleva sa p o i t r i n e et elle t o u r n a la t ê t e de l ' a u t r e côté p o u r a d m i r e r le p a y s a g e . Soudain, la p o r t e du c o m p a r t i m e n t s ' o u v r i t ; la jë'ijnB femjcoe t o u r n a la t ê t e et v i t le jeune inconnu, une balise, % liviflaï^ ^ le p^sssys de voyage s u r le b r a s , :

mm iPcmiettez-vous, madame, que. j e prenne place 'dans ce c o m p a r t i m e n t %

— Je vous en prie. Pourquoi vous eu empêcherai-je ?


— Je vous demande pardon, pendant combien de temps allez-vous me regarder ? (Page 982). G. I .

LIVRAISON 1 3 1


- 1043 — — Merci ! r é p o n d i t le j e u n e h o m m e en s'inclinant avec courtoisie. I l lança sa valise d a n s le filet et p r i t place en face d'Amy Nabot. Elle s'était, de nouveau, t o u r n é e v e r s la fenêtre p o u r considérer le p a n a r o m a qui se déroulait sous ses y e u x , m a i s elle s e n t a i t le r e g a r d du j e u n e h o m m e fixé s u r elle ; elle s e n t a i t son i m p a t i e n c e et cela la divertissait i m m e n sément. C ' é t a i t si beau d ' ê t r e a d m i r é e aussi silencieusement et avec t a n t de t i m i d i t é . Ce n ' é t a i t c e r t a i n e m e n t p a s quelque chose de commun. Enfin, elle se t o u r n a v e r s lui et le vit r o u g i r sous son r e g a r d . — P o u r q u o i vouliez-vous v e n i r d a n s m o n c o m p a r timent % demanda-t'elle. — D a n s celui où j ' é t a i s , j ' a v a i s comme c o m p a g n o n s de voyage t o u t e u n e famille avec u n bébé..... Alors I l p a r l a i t avec u n e certaine hésitation, comme s'il n ' o s a i t continuer. — E t c'est là v o t r e u n i q u e r a i s o n de v e n i r ici % dem a n d a la j e u n e femme qui s ' a m u s a i t follement, t a n d i s que son p a r t e n a i r e r o u g i s s a i t de n o u v e a u . — J e ne sais si je dois ê t r e tout-à-fait sincère, r é pondit-il, c e p e n d a n t , ce ne fut p a s le seul motif I l r i t d o u c e m e n t et elle fit écho. L ' e m b a r r a s d u j e u n e h o m m e s'évanouissait ; il se p r é s e n t a à sa compagne de voyage : — Me permettez-vous, m a d a m e : Comte Putsch. A m y baissa la t ê t e en s o u r i a n t . — E t où allez-vous % — A Vienne. — Alors, n o u s irons ensemble. J ' y vais aussi. — Ainsi, n o u s a u r o n s le t e m p s de nous connaître^ dit-il en s o u r i a n t .


- 1044 — — V o u s y tenez b e a u c o u p ? — Beaucoup, beaucoup. I l avait dit ces m o t s d ' u n ton sincère, sans q u i t t e r Amy du r e g a r d , j, — V o u s êtes Viennois ? — Non, m a d a m e , je suis hongrois et j ' e s p è r e que ce n ' e s t p a s p o u r vous u n e désillusion. — Au contraire ! un magyar ardent U s r i r e n t encore et t o u t e t i m i d i t é d i s p a r u t e n t r e eux — Me p e r m e t t e z - v o u s de vous d e m a n d e r quelque chose % — Certainement. — V o u s êtes française, p a r i s i e n n e ? •— On ne p e u t rien vous cacher. — Ce n ' é t a i t pas difficile, p a r c e que — ..... p a r c e <|iic nous sommes d a n s l ' e x p r e s s de Paris — Non, p o u r a u t r e chose.... les belles dames..... )' A m y l ' i n t e r r o m p i t d ' u n geste : — J e vous en p r i e . Ne commencez p a s à me faire des c o m p l i m e n t s . J e les déteste. L e j e u n e h o m m e a u r a i t voulu insister, m a i s A m y secoua a l l è g r e m e n t la t ê t e , eu l ' e m p ê c h a n t de continuer. — Dites-moi plutôt ce que vous avez fait à P a r i s ? — Dois-je ê t r e sincère i — Oui. — J e me suis un peu amusé., j ' a i voulu j o u i r encore u n peu de m a liberté a v a n t de me décider à courber la t ê t e sous le j o u g du service. — V o u s êtes officier % — Oui, m a d a m e ; l i e u t e n a n t a u second r é g i m e n t de D r a g o n s , a c t u e l l e m e n t p r o m u a u r é g i m e n t des chasseurs — A u r é g i m e n t des chasseurs .? A t t a c h é alors a u service du courrier ? — Oui, courrier a u M i n i s t r e des Affaires Etranf

(

gères,


— 1045 — — Très intéressant. E t , d a n s son coeur, elle p e n s a i t : « T u es t o m b é e n t r e bonnes mains..... p e u t - ê t r e qui sait.... quelque dépêche i m p o r t a n t e J e ne te laisserai p a s t ' é c h a p p e r » I l était p r è s de midi et le comte Putsch se t o u r n a vers sa compagne de voyage : — Vous n'avez certainement pas pensé à apporter quelque chose p o u r d é j e u n e r % A m y N a b o t sourit en secouant n é g a t i v e m e n t la t ê t e . — Alors, il f a u t m e p e r m e t t r e de p a r t a g e r avec vous ce p a n i e r que j ' a i p r i s à la gare et qui, en n o u s p r i v a n t u n p e u suffira p o u r deux. i I l p r i t sa valise, l'ouvrit, en t i r a une bouteille de c h a m p a g n e , u n gobelet d ' a r g e n t d a n s u n écrin de c u i r et p l u s i e u r s p a q u e t s enveloppés de p a p i e r b l a n c q u ' i l disposa sur la t a b l e du c o m p a r t i m e n t . ", — V o y o n s si vous avez de bonnes choses % dit A m y , c o m m e n ç a n t à ouvrir les p a q u e t s . , I l y a v a i t u n faisan rôti, t o u t entier, des s a n d w i c h s de foie gras, des f r u i t s magnifiques et des f o n d a n t s . — E t vous dites que n o u s devrons n o u s p r i v e r % A m y r i a i t et son c o m p a g n o n étaif d ' h u m e u r charmante. ! — J e suis v r a i m e n t content que vous soyez s a t i s faite de la p e t i t e collation que j e p u i s vous offrir. Allons, à table ! Soudain, il se f r a p p a le front : — Que je suis é t o u r d i !.... J ' a i oublié les couverts ! ouclle sottise ! — N o u s n o u s servirons de nos doigts ! A m y p r i t le faisan et le découpa a d r o i t e m e n t . P u i s elle se m i t à m a n g e r avec a p p é t i t en m o n t r a n t des d e n t s t r è s blanches. \ L e comte l'imita. B i e n t ô t tous deux p l a i s a n t è r e n t et r i r e n t gaiement.


- 1046 — A m y acheva l'aile du faisan : — M a i n t e n a n t , donnez-moi à boire ! L e comte r e m p l i t le gobelet et le lui t e n d i t . A m y b u t avec plaisir et q u a n d elle e u t fini, elle demanda : — E t vous, comte % — A v e c v o t r e permission, je boirai d a n s le m ê m e v e r r e et j e m e d é s a l t é r e r a i avec u n plaisir t o u t p a r t i culier. n r e m p l i t le v e r r e et posa les lèvres j u s t e à l ' e n d r o i t où la j e u n e femme a v a i t posé les siennes. — U n baiser à distance., à v o t r e santé ! A m y N a b o t sourit : — P a s mal!... T o u t à l'heure, q u a n d vous êtes a r r i v e d a n s m o n c o m p a r t i m e n t , j e croyais que vous ne sauriez p a s m ' a d r e s s e r trois m o t s . L e comte rit, d ' u n beau r i r e clair et j e u n e . — A h !... vous pensiez que j e devais ê t r e u n peu niais, m a i s gentil, n'est-ce p a s 1... Cela ne fait r i e n ; ce qui i m p o r t e , c'est de ne p a s vous avoir déçue. — A u contraire, dois-je vous le dire % — Ce n ' e s t p a s utile ; v o t r e sourire m e suffit. A m y sourit à belles d e n t s . — Merci, dit-il en s'inclinant. I l est v r a i que j ' a i d û p r e n d r e s u r moi p o u r vous a p p r o c h e r je me suis dit : Putsch, il f a u t aller voir de p r è s cette dame... non, la p l u s belle des dam<?$ A m y a v a i t p r i s u n e pêche et en offrait la moitié à son nouvel ami. Elle s ' é t e n d i t ensuite commodément d a n s son coin, sans r é p o n d r e à la p h r a s e du comte. — E h bien, m a d a m e % — Que voulez-vous que j e vous dise % H la fixa d ' u n r e g a r d passionné. — J e ne v e u x p a s que vous m e disiez rien, j e vou'drais seulement r e s t e r t o u j o u r s p r è s de vous à vous ad-


— 1047 — mirer, p o u r i m p r i m e r plus p r o f o n d é m e n t vos t r a i t s d a n s m o n esprit. — Où avez-vous a p p r i s à faire des compliments, mon ami 1 — D a n s ma p a t r i e . Oh ! chez nous, le p l u s simple b e r g e r est cavalier parfait. M a p a t r i e est t r è s belle et j e voudrais que vous la connaissiez et a p p r e n i e z à a d m i r e r son peuple. V o u s devrez venir u n j o u r là-bas et je voud r a i s vous servir de guide. •— J ' a i déjà pensé souvent à visiter la H o n g r i e , m a i s p o u r cette fois, je dois me c o n t e n t e r d ' a r r i v e r j u s q u ' à Vienne. L e comte hocha la tête. — Cela m ' e n n u i e beaucoup — Pourquoi ? , — P a r c e que n o t r e amitié de voyage se t e r m i n e r a vite. P u i s - j e espérer, au moins, vous revoir à V i e n n e % — H f a u t toujours espérer, t a n t que d u r e la vie. L e j e u n e homme se p e n c h a sur elle ; lui p r i t la m a i n qu'elle lui a b a n d o n n a volontiers et la fixa d a n s les y e u x . — U n e fois, u n e fois seulement, laissez-moi vous r e voir... a u moins p o u r u n e heure... Comme étaient doux et profonds les y e u x de ce j e u n e homme ! Comme il savait p r i e r et supplier !... Comment résister 1 A m y fit, de la t ê t e , u n signe, affirmatif. Son compagnon se baissa p o u r lui baiser la main. Elle f e r m a u n i n s t a n t les yeux... U n e é t r a n g e sensation de plaisir et de volupté lui secoua les nerfs, accéléra le cours de son s a n g d a n s ses veines. Ce j e u n e homme... Q u a n d ses p a u p i è r e s se relevèr e n t , elle vit le visage du comte t o u t contre le sien. U n désir irrésistible l ' e m p o r t a , lui fit ouvrir légèrem e n t les lèvres et...


— 1048 L ' i v r e s s e les dominait l ' u n comme l ' a u t r e et les ent r a î n a i t v e r s là réalisation de leur désir. \ I l baisait et baisait de n o u v e a u la belle bouche qui s'offrait ; il baisait ses y e u x , son cou, et r i e n n ' e x i s t a i t p l u s a u t o u r d ' e u x h o r s leur a r d e n t e passion. Soudain, A m y s ' a r r a c h a a u x b r a s du j e u n e h o m m e se p a s s a la m a i n s u r le front et r e j e t a sa belle t ê t e ei arrière. Q u ' é t a i t - i l donc a r r i v é % Elle se m i t à r i r e . Elle s ' é t a i t laissée embrassée à la bouche. L e comte la considérait u n p e u i n t i m i d é p a r ce soud a i n recul. , —• Pardonnez-moi... dit... J e ne sais p a s ce que... — G r a n d gosse !... Qu'avez-vous à vous faire p a r donner % L e visage du j e u n e h o m m e s'illumina de joie et il la s e r r a de n o u v e a u d a n s ses b r a s p o u r l ' e m b r a s s e r encore p l u s follement et avec la p l u s a r d e n t e passion. — M a i n t e n a n t , ça suffit, dit A m y , r i a n t t o u j o u r s . — Non, non, cela ne p e u t me suffire, t u es t r o p belle. L e s p a s du contrôleur se firent e n t e n d r e d a n s le couloir j u s t e à cet i n s t a n t et le comte I l i t s c h r e p r i t u n e a t t i t u d e et u n m a i n t i e n digne et sérieux. Q u a n d il fut passé, ils r e s t è r e n t quelques i n s t a n t s silencieux. T o u s deux semblaient rêver. — T o u t sera-t'il- fini a p r è s ce voyage ou bien nous r e v e r r o n s - n o u s encore à Vienne % Vous m e P a v e z promis A m y sourit : — Oui, je vous l'ai p r o m i s et nous nous reverrons, si le h a s a r d nous le p e r m e t

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CHAPITRE

LA

L E T T R E

CLII.

D'AMOUR.

L e n i Boeder était assise d a n s sa p e t i t e c h a m b r e ; ses y e u x brillaient de joie, elle relisait la l e t t r e de son amour e u x lointain. « Ma chère

Leni,

« J'ai à t'apprendre quelque chose d'intéressant qui pour­ ra peut-être aider à notre bonheur. Jour et nuit, je ne pense qu'à toi et au jour où nous nous reverrons: Si je ne savais pas que tu m'es restée fidèle et que tu m'attends, je n'aurais pu supporter le martyre de cette vie. Au contraire, en pensant à toi, quand je suis en sentinelle ou quand je suis contraint à cet affreux service, tu es toujours devant les yeux de mon âme, comme un rayon de soleil en une journée triste et grise. Je suis convaincu qu'un grand bonheur nous attend, parce que nous avons trop longtemps lutté et souffert. Reste toujours fidèle et bonne, ma Leni, et tout finira bien je te l'assure. Maintenant l'espoir luit « Sur le bâtiment, transportant ici les prisonniers, il y avait un condamné dont tu as certainement entendu parler : le capitaine Dreyfus. J'ai eu pitié de lui, parce que je suis con­ vaincu de son innocence et pour lui être agréable, je me suis C . I.

LIVRAISON 1 3 0


- 1050 chargé d'expédier une lettre à sa femme. « // a voulu que je lui dise mon histoire et il veut nous aider. Il faudra que tu ailles toi-même voir cette dame et elle te donnera l'argent nécessaire pour nous aider à reconquérir notre bonheur. La femme du capitaine te remettra la somme que tu enverras au chinois Tai-Fung, à Cayenne. Tu ne m'écri­ ras rien à moi ci ce sujet parce qu'il faut agir avec la plus gran­ de prudence ; il te suffira de mettre deux points : après ton nom pour que je sache que tu as reçu et expédié l'argent. « Je n'ai presque pas le courage de penser au bonheur qui est proche ; je ne puis réussir à m'imaginer combien sera belle la vie quand je serai près de toi et que je pourrai te ser­ rer dans mes bras et t'embrasser... il me semble que je devien­ drai fou de joie... Enfin, il vaut mieux ne pas bâtir actuelle­ ment de châteaux de cartes, car nous en avons déjà fait et il a suffi d'un coup de vent pour les jeter bas. « Je ne puis plus rester ici et si je ne réussis pas à fuir, '•je finirai par en mourir. « Je m'accroche de toutes mes forces à ce nouvel espoir et je fais mille rêves. « Va trouver, pour moi, madame Dreyfus, le capitaine m'a affirmé qu'elle te donnera ce qui est nécessaire. Remetslui le billet ci-inclus dans lequel son mari la prie de nous ve­ nir en aide. Ne tarde pas un instant ; pars le plus tôt possible pour Paris. Nous ne trouverons jamais autrement les moyens nécessaires pour m'évader ; ni ton père, ni qui que ce soit ne pourrait plus nous aider. « Dès que tu auras fait cette démarche, tu m'écriras. Tu peux facilement t'imaginer si je vais compter les jours... « Oh ! Leni, ma chérie, mon trésor, mon amour, s'il était possible que mon espoir se réalise enfin !.... Nous revoir t être réunis ! Alors, Leni, je ne te quitterai plus ; je resterai chez nous, je travaillerai pour toi et, si Dieu veut, pour nos enfants... « Mon cher amour, quand je pense au bonheur qui nous


— 1051 — attend, il me semble que je deviens fou de joie. Nous sommes séparés depuis trop longtemps... et toujours je pense à l'instant où je te reverrai, où je caresserai ta belle tête blonde. Tu es toujours vivante dans mon esprit, comme je t'ai vu, la der­ nière fois « Quand je reviendrai, notre joie sera la même que jadis et nous rattraperons le temps perdu. « Prends courage encore un peu, ma chérie, ne te laisse pas abattre et nous serons heureux de nouveau. « Je t'embrasse encore, Ton

FRITZ ».

L e n i laissa t o m b e r la l e t t r e s u r ses genoux, t a n d i s que son r e g a r d e r r a i t loin, loin Elle r e v e r r a i t son E r i t z M m e D r e y f u s lui d o n n e r a i t les m o y e n s de fuir loin de l'île m a u d i t e ! Elle ne se lassait p a s de relire la l e t t r e , dont les m o i n d r e s m o t s t r o u v a i e n t u n écho d a n s son cœur. Oh ! F r i t z r e v i e n d r a i t et ils finiraient p a r s'épouser. Elle p e n s a à l ' a v e n i r qui l ' a t t e n d a i t et elle se m i t à rêver, en c a r e s s a n t les p l u s a r d e n t s désirs qu'elle t e n a i t cachés d a n s le fond de son cœur. Soudain, elle soupira p r o f o n d é m e n t et leva les y e u x a u ciel d a n s une m u e t t e p r i è r e . L e s choses n ' é t a i e n t p a s aussi faciles que F r i t z le croyait. Son p è r e d é s a p p r o u v a i t sa fidélité a u fiancé loint a i n . I l avait des p r o j e t s bien différents de siens et il voulait la m a r i e r a u riche H a n s - P e t e r Schmiedel. Ne le lui avait-il p a s dit t o u t à l ' h e u r e encore et n ' a v a i t - i l p a s r é p é t é qu'il r é u s s i r a i t à se faire obéir . L e n i R œ d e r avait les y e u x b r i l l a n t s et elle t r e m b l a i t d ' i n d i g n a t i o n en p e n s a n t à la conversation qu'elle avait eu avec son p è r e .


— 1052 — Elle secoua la t ê t e avec énergie et dit à voix h a u t e : — Nos., j e ne me laisserai p a s c o n t r a i n d r e . J ' a i a t t e n d u i m p a t i e m m e n t j u s q u ' a u j o u r d ' h u i le r e t o u r de F r i t z et p o u r r i e n a u monde, je ne r e n o n c e r a i à lui. U n j o u r v i e n d r a où n o u s n o u s r e v e r r o n s et où n o u s a u r o n s enfin le b o n h e u r qui, p e n d a n t si longtemps, nous à m a n qué. Mais il fallait qu'elle fasse ce q u ' i l lui a v a i t d e m a n dé. Aller t r o u v e r la femme de D r e y f u s et la p r i e r de lui r e m e t t r e la somme nécessaire p o u r réaliser le p l a n do fuite conçu p a r F r i t z . Mais celui-ci avait complètement oublié u n e chose assez i m p o r t a n t e : où p r e n d r a i t - e l l e l ' a r g e n t nécessaire p o u r aller à . P a r i s Ì Elle ne possédait p a s d'économies, p a r c e que son père ne lui d o n n a i t j a m a i s d ' a r g e n t . E t quoiqu'elle fut à la t ê t e de la m a i s o n de son p è r e , celuici ne lui d o n n a i t j a m a i s r i e n de p e u r qu'elle n ' e n v o y â t de l ' a r g e n t a u fiancé lointain... Si elle lui d e m a n d a i t la somme nécessaire p o u r aller à P a r i s , il lui r i r a i t a u nez et lui d i r a i t sans doute de dures paroles. P e u t - ê t r e même m e t t r a i t - i l ses menaces à exécution en l ' e n f e r m a n t d a n s la maison j u s q u ' à ce qu'elle eut consenti à épouser H a n s - P e t e r Schmiedel. I l fallait donc qu'elle t r o u v â t elle-même le m o y e n de se p r o c u r e r de l ' a r gent. Leni réfléchit s u r la m a n i è r e d ' y a r r i v e r ; puis, elle r e p r i t la l e t t r e , la cacha d a n s son corsage, j e t a u n châle s u r ses épaules et sortit de la maison. L a messe n ' é t a i t p a s encore t e r m i n é e et elle ne r i s q u a i t p a s ainsi de r e n c o n t r e r son p è r e qui se t r o u v a i t encore à l'église. Elle h â t a le pas, t r a v e r s a le village, p r e s q u ' a u p a s de course et s ' a r r ê t a d e v a n t la d e r n i è r e m a i son du b o u r g , qui était celle habitée p a r la m è r e de L u ders. D e p u i s que F r i t z a v a i t dû fuir, la m a l h e u r e u s e fem-


- 1053 me, t o u j o u r s maladive, p a r a i s s a i t plus vieille qu'elle n ' é t a i t en r é a l i t é . Ses cheveux étaient t o u t blancs et son visage était couvert de rides ; ses épaules étaient courbées et la g r a n d e faiblesse qu'elle é p r o u v a i t sans cesse ne lui p e r m e t t a i t p a s de t e n i r là maison ai\ssi en o r d r e qu'elle l ' e u t désirée. L e n i v e n a i t chez elle t o u t e s les fois qu'elle le pouvait et l ' a i d a i t d a n s ses t r a v a u x m é n a g e r s , m a i s il fallait p o u r cela fuir s e c r è t e m e n t de la maison, en profitant des m o m e n t s où son p è r e était a b s e n t . L e n i était si agitée qu'elle e n t r a aussitôt a p r è s avoir f r a p p é à la p o r t e , s a n s a t t e n d r e la réponse. Elle t r o u v a la p a u v r e femme, assise d e v a n t la table, en t r a i n de lire l ' E v a n g i l e du dimanche. L e n i s ' a r r ê t a u n i n s t a n t sur le seuil p o u r ne p a s int e r r o m p r e ses p r i è r e s . Mais la vieille m a m a n du légionnaire l ' a v a i t entendue e n t r e r et elle se t o u r n a v e r s elle, en r e l e v a n t ses lun e t t e s sur son front. U n e expression joyeuse s ' é t e n d i t s u r ses t r a i t s et elle t e n d i t les b r a s à la j e u n e fille : — C'est toi, Leni ? E n t r e , e n t r e , ma fille. T u me fais u n e belle s u r p r i s e ; je ne t ' a t t e n d a i s p a s aujourd ' h u i . T u as déjà été à la messe L e n i embrassa doucement la vieille femme sur le front. — J e ne suis pas allée à l'église aujourd'hui... Fritz m ' a écrit L e visage de la m è r e s'irradia de bonheur. — Mon garçon ? — Oui, mère.... il v o u d r a i t revenir à la m a i s o n , vivre avec vous et moi.... L a vieille femme croisa les m a i n s sur ses genoux et répéta : — R e v e n i r près de nous... M o n cher fils !.. Que "Dieu •me donne la joie de le revoir !... 1


— 1054 -ueni caressa doucement les vieilles m a i n s abîmées p a r le travail, et r é p o n d i t : — V o u s le r e v e r r e z , m è r e ; ayez confiance ; F r i t z r e v i e n d r a p e u t - ê t r e p l u s t ô t que vous ne le croyez ; voyez p l u t ô t ; lisez cette l e t t r e ! — L i s toi-même m a fille. J e t'écouterai.... L e n i se m i t à lire la l e t t r e qu'elle a v a i t t i r é de son corsage. M m e L u d e r s écoutait a t t e n t i v e m e n t . P e u à p e u son visage devint g r a v e et pensif et q u a n d la j e u n e fille e u t fini de lire, ele s'exclama : — C'est v r a i ! cela finira bientôt, L e n i 1 T u penses que m o n fils r é u s s i r a à fuir — I l doit réussir, m è r e L a m è r e soupira : — Ce serait v r a i m e n t u n e belle chose ! — Mais j e dois m e r e n d r e à P a r i s p o u r m e faire d o n n e r le nécessaire p a r la femme du capitaine Dreyfus. — Oui, m a fille, t u feras ce voyage ? — N a t u r e l l e m e n t , mère, j e suis p r ê t e à p a r t i r t o u t de suite ; que ne ferai-je p a s p o u r aider F r i t z 1... M m e L u d e r s sourit. — Mais... a j o u t a L e n i , h é s i t a n t e . — A h ! il y a u n « mais.... » 1 — P o u r aller à P a r i s , mère, il f a u t de l ' a r g e n t p o u r le voyage.... je ne possède p a s u n centime ; vous savez que mon p è r e n e m e donne p a s d ' a r g e n t , de p e u r que je n e l'envoie à F r i t z . — Oui, je sais que t o n p è r e ne veut p a s e n t e n d r e p a r l e r de m o n garçon. . L e n i sourit sans c r a i n t e . — Q u ' i m p o r t e . J ' i r a i à P a r i s chez M m e Dreyfus. — Ainsi, t u es décidée, m a fille % T u veux v r a i m e n t faire ce voyage % — N a t u r e l l e m e n t ! s'exclama la j e u n e fille. L a m è r e serra la j e u n e fille d a n s ses b r a s et lui caressa les joues.


— 1055 — ,(

. — T u l'aimes donc, m o n fils ? — B e a u c o u p mère, et je serai sa femme — Crois-tu pouvoir l'épouser m a l g r é l'opposition de t o n p è r e % — C e r t a i n e m e n t , m è r e ! Si mon p è r e osait m e t r a î n e r de force à l ' a u t e l p o u r me c o n t r a i n d r e à devenir la femme d ' u n a u t r e ; je crierai d e v a n t t o u s que pe ne p u i s a p p a r t e n i r q u ' à F r i t z L u d e r s que j ' a t t e n d s . depuis des a n n é e s et à qui j ' a i donné m a p a r o l e — M a chérie, m a douce fille, s'exclama la m è r e en e m b r a s s a n t doucement L e n L L e s deux femmes, unies d a n s l ' a m o u r p o u r le m ê m e h o m m e qui a t t e n d a i t leur aide, r e s t è r e n t u n i n s t a n t enlacées. P u i s , L e n i s ' é c h a p p a enfin des b r a s de la m è r e et demanda : — P o u r r i e z - v o u s m e d o n n e r l ' a r g e n t nécessaire au v o y a g e °i . . . L a vieille femme r e s t a u n i n s t a n t songeuse, p u i s elle dit : — T u le sais, L e n i , je suis p a u v r e et vieille ; m a i s je t e d o n n e r a i les quelques t h a l e r s que j ' a v a i s mis d^ côté p o u r avoir, q u a n d j e mourrai", des funérailles décentes... — I l n e f a u t p a s p e n s e r à m o u r i r , m a m a n . Voua v e r r e z que lorsque F r i t z sera de r e t o u r , vous rajeunirez et guérirez de t o u s vos maux.... L a vieille sourit, t a n d i s que ses y e u x s'illuminaient de joie à la pensée du r e t o u r de son fils. — Oui, j e crois que lorsqu'il sera là je r a j e u n i r a i et me s e n t i r a i p l u s forte, p u i s q u e la vie a u r a encore pour moi u n e v a l e u r . — N o u s devons donc faire t o u t le possible p o u r aid e r F r i t z . Si vous m e donnez cet a r g e n t , je p a r t i r a i pour P a r i s t o u t de suite. M m e L u d e r s se leva. Elle ouvrit u n t i r o i r de la som-


— 1056 — mode, placée dans un angle de la pièce, en tira un vieux bas ; puis revenant à la table elle renversa dessus le contenu de ce bas. — Voici, dit-elle, en remettant à la jeune fille toutes les pièces de monnaie tombées du bas. Dieu veuille que sa bénédiction t'accompagne et que mon fils revienne ! Leni était très émue ; elle pleurait et riait de joie. Elle embrassa de nouveau la vieille femme et, le visage rayonnant de bonheur, elle s'écria : — Maintenant, je suis convaincue que la noie reviendra bientôt près de nous

CHAPITRE

UN

F A U X

CLIII.

PAS.

Dubois ne s'était pas trompé en choisissant comme cachette ce wagon de marchandises, chargé de bois, qui se dirigeait sur la Hollande. Quoique le train fut visité de fond en comble à la frontière par les douaniers et les policiers, à la recherche du fugitif, il resta introuvable ; personne n'ayant pu imaginer où il avait trouvé refuge. Des que la frontière fut passée, le train ralentit sa marche pour passer devant une gare où il ne s'arrêtait pas, et Dubois mit à profit son agilité pour bondir hors du convoi H était arrivé à Maastricht, sur le sol hollandais ; par conséquent, il était en sécurité. Maintenant, il n'était plus nécessaire qu'il se ça-

Le calvaire d'un innocent ; n° 33  

Auteur : D' Arzac, Jules. Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antille...

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