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H I S T O I R E G

E

N

E

DES E

T

R

A

L

E

VOYAGES C

O

N

Q

V

E

S

T

E

S

des Caflillans, dans lesIfles& Terre ferME des Indes Occidentales. T r a d u i t e d e l'Efpagaol D ' A N T O I N E D ' H E R R E R A A , Hiftoriographe, d e fa M a i e f t é C a t h o l i q u e , tant des I n d e s , q u e des R o y a u m e s d e Caftille. P A R

S E C O N D E

N.

D E

V o y a g e s de plufieurs

fuccés

qu'ils eurent c o n t r e les Indiens. de F e m a n d Cortés

contre la Republique

four

Capitaines

dans

de Tlafcala.

prife du R o y , et fa mort. à Cortes

C

dans

O

S

Ladefcouuerte la nouuelle

T

E

.

L E S D I F

Monde, &

de la Riuiere

Espagne.

Son entrée dans

le chaffer de leurs Terres.

A

ce nouueau

L e s cruelles batailles

fait pour le fiege de cette grande

Chez

A

D E C A D E , C O N T E N A N T

ferens

Ventrée

L

de la P l a t e

Les batailles qu'il et

la

ville de M e x i q u e .

que les M e x i c a i n s

S a retraite

les diuet

L

liurers

,etlespreparatifsqu'

Ville.

P A R I S ,

& liAN D E L A C O S T E , a u M o n t Saint Hilaire-, : l'Efcu d e B r e t a g n e ; E t e n leur b o u t i q u e , à la petite p o r t e d u Palais, q u i r e g a r d e le Q u a y d e s A u g u f t i n s .

N I C O L A S


A HAVT

ET

PVISSANT

S E I G N E V R ,

re

M GVILLAVME DE

L A M O I G N O N ,

C H E V A L I E R

S E I G N E V R

D E

Bauille, Baron de S. Yon , Boiffy, S. Sulpice, & autres lieux ; Confeiller ordinaire du Roy en tous fes Confeils, & premier Prefident de fon Parlement.

M Apres

0NSEIGNEVR

vous auoir prefentè la Verfion

que i'ay faite de la premiere Partie de l'Hiftoire d'Herrera

y

i'ay crû eftre oblige â

y


E de vous m'auez

P

I

S

T

R

E

offrir la feconde. donnè

le courage

d'y

. C'eftVous trauailler

qui ; i'ef-

pere auffi, M O N S E I G N E V R ,

que

vous receurez auec voftre bonte ordinaire le prefent que i 'ofe vous protegerez mon la Paix moins

nous odieufe

guerre,

en faire, &

Ouurage.

que vous

Auiourd'buy

rend la Nation

que

Espagnole

qu'elle n'eftoit pendant

il y a grande

apparence que le recit

de fes Conquefles nom

fera plus agreable:

Et fi on a leû auec plaifir la premiere tie quei'ay donnée au Public je me de qu'on aura

la

beaucoup

Par-

perfua-

plus de fatisfac-

tion de la feconde. La premiere n e f t à vray dire que

la defcouuerte des Indes

tales ; Celle-cyvous ment

gent^

monftrera vn eftabliffe-

affeure dans le Païs , &

urira vne

Terre

Occiden-

qui produit

vous

décou-

l'Or, l'Ar-

les Pierres precieufes comme

les

au-


E P I S T R E tres produifent les chofes les plus Vous

verrez,

M O N S E I G N E V R ,

cette prodigieufe Riuiere

qui tire fon nom

de la richeffe de fon fable, & fameux,

comme

ce Deftroit fi

qui nous fait iuger que le

de a encore vne grandes

communes,

cinquiefme

chofes plaifent aux

Mon­

partie.

Ces

grandes

Ames

la voflre : & fi voftre curiofite en

eft fatisfaite , voftre pieté parablement

dauantage

p r e n d r e z le progrez gion parmy

,

le fera quand

incom­

vous

ap-

de la veritable Reli­

des Nations

mentir , c'eft vne grande

fi barbares.

Sam

confolation

Chreftiens d'auoir auiourd'huy

aux

tant de fre­

res , ou on ne croyoit pas autrefois qu'il y e u f t feulement

des hommes. C e f t fans

te, M O N S E I G N E U R , touchera le plus

ce qui

dans cette Hiftoire :

dou­

vous Car

d'y lire d e s Conqueftes, plus elles font grana

iij


E P I S T R E , des plus

d'ordinaire

elles font iniuftes ;

comment

vn

qui par

y

homme

inclination eft entierement fleredelalujlice, de quelque trouuer connus

dévoué

qu'on

la creation

tres, tout cela eft regardé chofes qui doiuent perir ties de la Nature de quatorze

ces Climats

Monde,

ne font

d'y voir

Zue

de pretendre

fond

en

tant de mil-

l'Eglife , &

vous

qu'apres

a pafsé

deuenus

Et

les n o f -

par-

lions d'Infideles font

rément.

ou

auec les autres

fi reculez ;

fericorde de Dieu,

in-

des

Siecles la Foy

ternité bien-beureufe

ou

D'y

du Sage comme

Mais

ont droit

Mini-

approuuer,

de païs

du

riches que

par

les colore ?

encore la découuerte depuis

&

au

les pourroit-il

pretexte

infiniment plus

plus

deuoir

Et

enfans

de

à l'E-

;c'eftvn effet de la mi-

que vous iugerez

admirerez que c'eft vn

affupro-

fecret de fa P r o u i d e n c e , qu'il fe foit fer-


E

P

I

S

T

R

E

.

ay de l'ambition des peuples de l'Europe pour le falut des peuples de l'Amerique.

Mais

i'ay

de preuenir fi vous des

tort,

MONSEIGNEVR,

la fatisfai誰lion

prenez

Indes.

la peine

vous

de lire cette

ie finis par

la proteftation

tres-

refpeffiueufe

que ie fais

de vouloir

te ma

s'il vous

M O N

vie,

la retarder

Hifioire plus

,

ne

aurez

pas

longtemps

Pour

que

eftre tou-

plaift.

SEIGNEVR,

Voftre tres-humble tres-obeiffant & tres fidelle feruiteur, N . DE L A CoSTE.


TABLE DES CHAPITRES CHAPITRE E s

L

PREMIER.

indiens mettent Vafco Nun

z

en déroute

tuënt le Capitaine Louis Carillo. C h a p D e ce que firent le Bachelier Encife &

I.

p a g e I.

le an de Ayora,

& ceux de la peuplade de Santa Cruz. C h a p

II.

$

Le Roy donne à Vafco N u n e z de Balboa le titre d'Ade lantado de la mer du Sud. Pedrarias le fait pren­

dre, Gafpar de Morales paffe la mer du Sud. C h a p . I I I . Gafpar de Mordes De

&

&

9

François Piçarro paffent aux Iftes des perles.

la quantité qu'ils y trouuerent , &

comme

ils les pefcboient»

Chap. IV.

13

Les Indiens de la cofte du Sud font une coniuration contre les Caflitlans ,qui font contraints enfin de retourner à Darien. C h a p . Les Indiens de Zenu

maltraitent les Caftillans , &

V.

18

les mettent en

déroute. C h a p . V I .

22

L'Admirai Diego Colon paffe en Caftille. Ican Diaz de Solis décou­ vre c l R i o d e la P l a t a . Sa mort, C h a p . V I I .

26

Jean Ponce de Léon s'embarque auecl'arméepour aller contre les Ca­ nnes , qui le maltraitent en L'ifle de Guadalupe. Enfin l'on baille permijfion generale pour armer contre eux. C h a p . V I I I .

30

Les raifons pourquoy l'eau de la mer eft faite. C h a p . I X . Conzale

Hernandez

de Ouicdo paffee n Caftille , &

3 4

ce qu'il recita,

5


T A B L E des Indes. C h a p . X . 38 Le Roy ordonne que l'on recommande & que l'on aye foin des Indiens, & le Pere de las Cafas luy contredit. C h a p . X I . 40 L e Roy ordonne que l'on faffe une affemblée de Filotes pour le cor­ rection de la carte marine. C h a p . X I I . 45 Le Roy enuoye d'autres ordres à Pedrarias. Ce que font les Capitainés Tello de G u z m a n , & Diego de Albitez en Caftilla del O r o . Chap. XIII. 48 Notable retraite des Caflillans. Pedrarias enuoye le Capitaine G o n fales de Badajos faire des courfes dans lepais. C h a p . X I V . 54

L I V R E

P

S E C O N D .

Edrarias va fecretement contre les Indiens d ' V r a b à , et haftit un fort dans Aclà , & y laiffe le Capitaine Gabriel de Rojas. C h a p . I. 60 Ce qui arriua encore au Capitaine Gonçales de Badajos iufques à ce qu'il fuft de retour à Darien. C h a p . II. 65 Le Pere de las Cafas parle au Roy dans Plafencia pat la mort du Roy il a recours au Cardinal François X i m e n e z qui le deftourned'al­ ler en Flandres pour en informmer le n o u u c a n Roy. l'on onuoyeles Peres de S. Hierofme pour g o u u e r n e r les Indes. Chap.III 68 Des ordres qui furent donnez aux Peres H i e r o n i m i t e s pour le bon gouvernement des indes. C h a p IV 73 Continuation des ordres & inftructions que les Religieux de l'Oraire de S. Hierofme porterent dans les lndes , 10 chant le bon gouuercernent & bon traitement des Indiens. C h a p . V . 77 Moderation des Loix qui furent faites l'an 1512. Le Cardinal Ximenez^ enuoye de las Cafas auecles Peres Hierommites. Chap. VI 83 D e certains nauires de Cuba qui allerent c a p t i u e r des Indiens dans les Iftes de los G u a n a j o s , & ce qui en arriua. C h a p . V I I . 85 Le Cardinal X i m e n e z donne d'autres ordres pour la Indes. Le Roy de Portugal demande lean Dial de Suits pour le faire c h a f t i r r o C h a p VIII. 90 Pedrarias enuoye des gens au Licencié Efpinefa , qui recouure une g r a n d e partie de l'or que les Indiens auoient ofle a Gonçale de Bada* joz ziamotez de la terre de PANAMA. C h a p . I X , 93


D E S

C H A P I T R E S .

Ffpinofa ayont def ouvert quantité de terres , retourne a, Dariett , &

Hernand

Fonce demeure dans Panama.

Chap.

X.

97

Redrarias & Vafco N a n e z de Balboa fe reconcilient enfemble. il va a la mile d'Acla , & Sud.

Les

traite pour fabriquer des nauires en la mer

Peres Hieronimites arriuent

que fit Iean Bono de

Zuexo

du

l'Efpagnolle.

Tromperie

aux Indiens del'Iflede la

Trinidad.

Chap.

à

XI

102

Les Peres Hierenimites partent de Castille , & arriuent a l'Ejpagnolle. Iean Bono de Zuexo fait une courfe enl'Ifledede la Trinité , & ce qu'il y fit. Chap.

XII.

106

V a f c o N u n e z de Balboa paffe auec fes nauires à la grande Ifle des Ferles. Chap.

XIII

109

Vafco N u n e z enuoye le Capitaine Garabito à Darien. bira arme pour le Temple du Dieu Dobayba. à une autre decouverte.

Chap.

Jean de Ta-

Le Licentié Efpinofa va

XIV.

113

Les Peres Hieronimites arriuent à l'Efpagnolle , & donnent ordre à beaucoup de chofes fort loüables. De las Cafas accufe criminellement les luges de l'Efpagnolle. Chap. De las Cajas vient en Cour.

XV.

117

Mort du Cardinal d'Ejpagne.

pitre

Cha­

XVI

122.

Le Capitaine François Hernandez de Cordouë va a la defcouuerte, trouue la terre de Yucatan. François Hernandez

Chap.

XVI

XVII.

125

de Cordouë refout de retourner a Cuba

; Ce

qui luy arriua iufques à ce qu'il fuft arriué à Hauana. C h . X V I I I 132. Le Roy fait don à l'Admiral de Flandres du Gouuernement ba, &

d'autres Provinces des Indes. Fernand

Falero paffent en Caftille. Chap.

de

Cu­

de Magellan , &

Ruy

XIX.

137

L'on refout au Confeil d'envoyer des Negres aux Indes, lope de Sofa ejf pourueu de la Terre-ferme.

Mort du grand Chancelier. L'on traite

au Confeil des affaires des Indes a part comme

auparauant.

tre XX.

Chapi­ 142,

Le Roy fait reuenir en Caffille les Peres Hieronimites. Pedrarias en­ uoye prendre prifonier 1'Adelantado Vafco Nuriez de Balboa. tra XXI. Mort

145

de Vafco

tes, Chap.

Chapi­

Nunez

Ordres qze donnent les Peres

Hieronimi­

XXII.

150 e

ij


T

A

LIVRE

D

I E G O

enuoye

Iean

de

E

Iean

de Grijalua à ruent an

Fran155

C h a p . I.

Grijalua defcouure le fleuue T a b a f c o ,

De

auavni

, pour acheuer la defcouuerte qu'au oit commencée

çois H e r n a n d e z de Cordouë.

nom.

L

T R O I S I E S M E ,

Velafquez

armée

B

ce qui Je p a f f a auec le Seigneur

Efpinofa eft fait Lieutenant

qu'il nomme

de P o t o n c h a n .

de fin

Ch.II.

de Pedrarias, & peuple P a n a m a .

162 C h a -

pitre I I I .

167

Pedrarias pefchent. Chap.

veut retourner en Caftille,mais ceux de D arien l'en em-

Diego

d'Albitez

baftit vne

ville dans

N o m b r e

d e Dics.

IV.

171

Des particularitez qui fe rencontrent dans les Prouinces me de la Jerre-ferme. nies &

conftumes.

Continuation re-ferme.

Des mœurs

Chap.

ceremonies

des

Nations

183 &

de Saint François eftabliffent leurs

en la cofte des Perles.

Le Roy donne

le bon traitement

des ordres tres parti-

des Indiens. C h . V I I .

des ordres que le Roy donne

les Peres Hierommites

repaffent en Caflille, C h a p . V I I I

Iean de Grijalua arriue à S. Iean retourne à C u b a . C h a p , Grijalua Diego

186

à Figueroa pour les Indes.

Il porte vn autre ordre particulier, qui porte que le Pere de las &

au-

de la Ter-

V I .

culiers a Figueroa pour Continuation

du Roy

de leurs ceremo176

&

Les Religieux de S. Dominique Monafteres

, &

V .

des couftumes

C h a p .

des habitans

de V l u a &

a

P a n u c o

Cafas, 190

, puis s'en

I X ,

1 9 7

continue fa defcouuerte en la cofte de lan o u u c e l l eE f f a g n e .

V elafquez eft fafche de ce que Grijalua n'auoit pas voulu peupler.

C h a p . X . Grijalua

201 arriue à S. laques

que^equipevne

de Cuba.

Le Gouuerneur

Diego

autre armée pour enuoyer à la nouuelle Efpagne.

pitre X I . Diego

C h a 206

V elafquez nomme

ue aufsitoftaues l'armée. Fernand ordres que tre X I I

Velaf-

C h a p .

Fernand

Corté:.

Il fe foule-

X I I .

212

Cortés folicite fon voyage , &

efchape par fon induftrie les

Diego L

pour General

Velafquez

auoit d o n n e z pour le

retenir,

Chapi216


D E S C H A P I T R E S . la playe des fourmis qui arriua dans VEfpagnolle,& du

De rente de que l'on y apporta. C h a p . X I V . 221 I'e l 'arriuée de Lope de Sofa à Darien. De fa mort, Gille Gonçales d'Axila arriue dans le Golfe d'Acla, C h a p . X V , 227

L I V R E

G

IL

Q V A T R I E S M E .

L E S Gonçales refoutde faire fabriquer desnauiresires. Le Roy

ordonne à Pedrarias de continuer fon Gouuanement.

miraculeux arriué dans vn nauire. Le

Chap.

D'vn

-cas

I.

231

Pere de las Cafas fait infiance au Confeil pour enuoyer des la­

boureurs de Caftille aux Indes. D'vne affemblée de gens doctes , & de Religieux , qui fe fit, fur la propofition du Pere de las Cafas, fur qujy huit Predicateursdu Roy pafferent dans leConfeildes Indes. C h a p i ­ t r e II.

237

Ce que le Confeil des Indes dit aux

huit Predicateurs du Roy.

Le

Pere de las Cafas le recufe. Il fe fait vne autre affemblée fur les af­ faires des Indes.

Chap.

III.

242.

Le Roy donne audience à l'Euefque de Darien, au Pere de las Cafas, &

à

vn Religieux de l'Ordre de S. François. Ce qui fe dit en fa pre-

fence , & de ceux de fin Confeil. C h a p . I V . De ce que le Pere de las Cafas, fcnce du Roy. Fernand

2 4 7

les Religieux , dirent en la pre-

Chap. V .

250

Corsés arriue auec fon armée a C o z u m e l .

De l'aduis

qu'il yreçeut de Hierofme d'Aguilar, qu'il enuoye chercher. pitre

C h a ­ 255

VI

Hierofme d'Aguilar fetrouue, lequel raconte comme il tomba fous la puiffance des Indiens. Hierofme

Chap,

V I L

262

d'Aguilar recite tout ce qui luy eftoit arriné pendant le

temps qu'il fut auec les Indiens.

Chap.

V I I I .

2 5 8

L'Ambaffadeur de Portugal tafche de faire en forte que l'on chaffe Fernand

de Magellan &

Ruy Falero , de la Cour de Caftille. De l'ac­

cord que le Roy ordonne de faire auec tous les deux.

Magellan va à

la de fcouuerte du Deftroit, ainfi qu'il s'y eftoit offert. C h a p . I X . Fernand

de Magellan

pour fuit fa nauigation

auec fin armée

arriue à la côfte du Brefit. C h a p . X . fernand

Cortés

combat

contre les Indiens

2 7 2 &

2 7 8 de

Tabafco. é iij

Il en

tuë


T A B L E quantité , & met le refte en fuite, Chap. Cartes fe rend

amy

prirent les armes manche

283

des Indiens de Tabafce.

contre les Caftillans,

des Rameaux.

Chap.

Le filet pourquoy

291

СINQVIESME.

V fouleuement du

Cacique

Don

Henry

dans l'Ifle Efpagnolle

Le fuiet de fin mécontentement , & fes actions.

Suite de la reuolte du Cacique

I n d i e n s en liberté. Chap. D'vn

паuire Anglais

Henry.

Fernand

Chap.

Le Licencié Figuiroa

I.

296

ma

les

II.

302

qui arriua aux

fe trouuoient alors les Ifles, Chap.

Indes ; Et

de l'eEtat auquel

III.

306

Cortes arriue à S. Iean de V lùa. il vifue le Gouverneur

cette terre. Marine Le Gounerneur Certés , &

l'interpretefieretrouue,

Chap.

leutblille ayant esté à Mexique

retourne

trouuer

luy apporte vn prefent de la part de M o n t e z ume.

Chapi315

L'on declare à Cortés de la part de MonteZ

ume qu'il forte de fes ter-

res. Et pour cet effet il luy enuoye un autre prefent. Il refoui de ger de pofte, & Fernand

s'affure des gens de guerre. Chap.

Cortés refont de demeurer

trace les fondemens Fernand

de la Villa Rica.

Cortés change

fon armée

reception que l'on luy fait. Chap. Fernand

Les Seigneurs

Chap.

&

dans

la nouuelle Efpagne, VII

& 324

de lieu. Il va à ZempoaJa.

La

VIII.

317 de Zempoala,

puis retour535

de Chianhuitz lan racontent a Cortés

ils font a/fuiettis, il fait publier la liberté.

X.

Cha336

Cortés fait mettre en fureté en grande

chan319

IX.

de Zempoala

l'efclauage auquel

V i.

Chap.

Cortés confere auec le Seigneur

ne à fes vaiffeaux.

les Mexiquains.

La nouuelle Efipagns eft

alteration par V arriuée des Castillans, Chap.

Montezume

enuoye

vne

Ambaffade

Cortés va fecourir les Teutonaques.

à

Cortés.

La

XI

340

refiponfe qu'il fit.

Ce quifiepaffa entre eux.

tre XII.

Chapi344

Les Castillans détruifent les Idoles des Temples pitre

de 310

tre V.

pitre

ils

L'on y celebre la fefte de Di­

XII.

LIVRE

D

X L

XIII.

de Zempoala.

Cha350


D E S

C H A P I T R E S ,

Certés f a i t nettoyer les Temples latrie. Les Caftillans enuoyent fait brifer les Nauires. il.

d e s Meffagers

d'vn

Fernand

l'Ido-

a u Roy de Castille. Cortés 353

S I X I E S M E.

Cortés publie l'entreptife contre la ville de

lllaiffe Ieand' Efcalante dans L A V i l l a

F les gens

, & e n bannit

C h a p . X I V .

L I V R E E R N A N D

d e Zempcala

nauire de François

Cortés commence

Garay.

fon voyage

C h a p .

Mexique,

R i c a . Ce quiarriue

contre

C h a p . I,

3 6 3

pour l'entreprife de

Mexique.

II

Fernand y enuoye C h a p .

3 6 8

Cortés refout de paffer par Tlafcala pour aller à Mexique, vne

Ambaffade.

Refolution

de la Republique

fur

il

ce fuiet,

U T .

3 7 5

De quelle façon fe comportoient la nouuelle Efpagne. Fernand

ceux qui alloient en Ambaffade

Certes,

dans

par le confeil des Z e m p o a l a n s ,

refout de paffer outre. De la rencontre qu'ilfait auec les 0ternies. C h a ­ pitre I V . D'vne C h a p . Defy

3 7 9 bataille que

les Castillans eurent

contre ceux

Tlafcala.

V .

385

d'vn

Indien

Zempoalan

, contre vn autre Indien

la , qui fe fit en v e u ë de la Seigneurie de Tlaf ala. Les

de

de Tlafca-

C h a p . V I .

389

Castillans foustiennent

trois batailles contre les Tlafcalteques.

Tlafcalteques

efpier l ' a r m é e de Cortés. il

Chap. VII. Les

enuoyent

contte dans la c a m p a g n e , & entre dans

Cinpancingo,

grande

fait

C h a p . V I I I . Ceux

de

395

Cinpancingo

Tlafcalteques

Harangue

Le Roy de Mexique combat

s'offrent de faire amitié

les vicloires de Fernand

Les

refiüiffances qui Je font pour

C h a p . X .

X

Fernand

les 405

Cortés, &

qu'il

encore vne fou contre les Tlafcalteques. Il luy enuoye des

Les 7 lafcaltequesfont C h a p .

entre Cortés &

de Cortés à fes foldats. C h a p . I X .

apprend

habaffadeurs,il fait la paix. ict.

vne

peuplade.

Am-

Ce fu409

la paix

L Cortés entre dans

teques luy f o n t . Defeription

auec Cortés. Il arriue à llafcala, 414

Tlafcala. La reception que les Tlafcalde la ville , & comment elle prit f o r m e


T A B L E de Republique.

C h a p .

Continuation pitre De

X I I .

417

de la de fcription de Tlafcala,

&

la

C h a ­ 422

temperature

&

qualité de la Prouince

de

chofes. Les principaux

de la Seigneurie prient

rer fon deffein. C h a p .

X I V .

quelques

xiquefur

autres prodiges

la venue

coustumes,

vfage

lutres

Cortés de leur decla­

des Tlafcalteques.

qui parurent

des hommes &

Tlafcala , &

426

Cortés fait refponfe à la demande De

de fon origine,

X I I I .

C h . X V .

dans Tlafcala&

431

dans

Me­

eftrangers. De la Religion , ceremonies,

loix des Tlafcalteques, C h a p .

X V I .

4 3 4

Autres particularitez notables de Tlafcala. C h a p . X V I I . Continuation

des couftumes

&

ceremonies

des

441

Tlafcalteques.

C h a ­

pitre X V I I I .

4 4 5

Cortés p r o p o f e le fiege de Mexique. l'afsister, Diego

pour eux.

LIVRE E r n a n d

lans. Le chaftiment

a Yztacpalapà.

fort pour

462. d'ail­

d'y aller. Les Caftillans

C h a p .

receuoir Cortés,

les propos qu'ils eurent enfimble.

Leur

il arriue a

entre-y

veuë

C h a p . V .

478 qu'il lay fait; 484

obfiruoit en fis repas. Des

audiences

qu'il donnoit. Des paffs-temps qu'il prenoit. Du jeu de la pelotte. danfes &

balets de Mexique.

Et des femmes Chap.

Tez473

la refponfe de Cortés. C h a p . V I .

pour fa recreation.

mur­ 468

I V .

M o n t e z u m e retourne voir Cortés. Le raifonnement

De l'ordre que Montezume

Le 416

a Mexique, &

Cortés pourfiuit fon chemin pour aller a Mexique,

&

cholula.

ce que Cortés leur dit la deffius. C h a p . I I I .

Le Roy de Mexique

qui 4 5 1

II.

dire à Cortés qu'il vienne

cuco, à Z u i n t l a u a c a , &

de

deffein de tuer les Caftil-

que Cortés en fit. C h a p .

leurs il l'intimide, il fe met en chemin ,&

de Tlafiala , X I X .

cette ville. C h a p . I .

confeffent qu'ils auoient

enuoye

refiudem

S E P T I E S M E .

chaftiment qu'il fait dans

murent

Chap

Cortés fort de Tlafcala , & entre dans

Les Choluleques

Montezume

Tlafcaiteques

de Ordas va reconnoiftre le Vulcan

estoit vne chofi admirable

F

Les

Des

& des maifons qu'il auoit VII.

489 Vu

jeu


D E S

C H A P I T R E S .

Du jeu delaPelotte on Salon, du M i t o t e , & de leur d a n f e generale. Chap. VIII. 493 D e le grandeur & magnificence du Palais de Montezume , à d'au­ tres chofis qui rendoient tefmoignage de fon authorité & de fa puiffanse. C h a p . I X . 499 Des chofes qui efioient dans la mai fondes Oifeaux. C h a p . X . 503 Des Maifons d'armes,des jardins , & autres chofes. C h a p . X I . 508 D e la Cour & de la Garde du Roy ; & des Tributs qu'il tiroit de fes peuples. C h a p . X I I . 511 C o m m e l'on receuoit les rentes Royales de Mexique au temps de l'idolatrie. C h a p . X I I I . 516 D'où a pris fon n o m cette grande Ville de Mexique ,& de fa fituation. C h a p . X I V . 521 Des M a r c h e z de Mexique, & des danrées qui s'y vendoient. Chapitre X V . 524 Continuation du commerce qui fe faifoit dans les M a r c h e z de la ville de Mexique. Chap. X V I . 529 D e la grandeur du Temple de Mexique , & de fa magnificence. Chapitre X V I I . Des autres Temples en gênerai , de leurs facrifices, & du Cimetiere de Mexique. C h a p . X V I I I . 539 э

L I V R E

F

H V I T I E S M E .

Cortés va voir le M a r c h é . le grand Temple de M e xique. O n luy donne auis de la mort de le an d'Efcalante. Chapitre I. 545 Fernand Cortés refout de fe faifir de la perfonne de M o n t e z u m e , & pour quel Juiet.Chap. I L 551 Fernand Cortés e m m e n e Montezume à fon logement. C h . I I I . 555 D e quelques particularitez qui arriuerent pendant la prifon de M o n tezume. C h a p . I V . 559 D e la liberalité & feuerité de M o n t e z u m e . Cortés luy parle de la Religion. C h a p . V . ; Cortés parle de rechef de la Religion à Montezume. L a grande confiance qu'il monstroit auoiren Dieu. C h a p . V I. 567 Harangue de Fernand Cortés à M o n t e z u m e , aux Prestres , & aux 2. D e c . i E R N A N D


T A B L E Seigneurs

Mexiquains,

Refponfe

touchant la Religion. C h a p -

de Montezume

la reprimande

,

qu'il fit à

F

EUN'AN-D

Des

577

Certes

N E V F I E S M E.

fait diligence de defcouurir des mines

Seigneurs qui s'offrirent a luy contre

l'emprifonnement

de Cacamazin,

Montzume

d'or-

C h . I

Roy de Tezcuco , &

Zuiz quifcatl eft reçeupour

fillle, &

du tribut qu'on

5 8 8

Roy dans Tecuco,

la reconnoiffance que l'on fit dans luy donna.

C h a p . I I I .

Mexique

enuers le Roy de Ca595

C h a p . I V .

De l'Ordre que l'on tint pour le partage, de l'or. bats dans

Il arriue des

le partage ; que Cortés appatfi, C h a p . V .

Montezume

commande

les pre­

L'on donne pe,

604

de la neuuelle Efpagneparlent

fillas. L'Adelantado retourne aux la faculté à Antoine

au Roy dans

Indes. Ordres Serrano

donnez

à

Torde-

Pedrarias.

de peupler l'Ifte de

Guadalu-

C h a p . VII I .

608

De ce qui fut ordonné Pere Bartelemy De Chap.

dans

la Coruna

de las Cafas. C h a p

ce que firent encore

, fumant

les pretenfions

VIII.

les Indiens

de la côfte de

Maracapana. 519

de Magellan

va

continuant fit nauigation

pour chercher le

Détroit , & eft agité de plufieurs tempeftes. C h a p . X . Fernand

de Magellan continuë fia nauigation

la riuiere de Saint Trois des Nauires

lulien, C h a p . de Magellan

622

iufques à entrer XI.

fe mutinent

Magellan

Magellan

fait punir

dans la riuiere de

Saint

fernand

629 les Rebelles. Perte du nauire de Iean

Rodri-

C h a p . X I I I . continué fia nauigation.

pelle de fon nom.

633 Il trouue le Détroit,

qu'il ap-

C h a p . X I V .

de Magellan

dans 625

Julien. C h a p . X I I .

gue^Serrane.

du

6 1 4

I X .

Fernand

de-

6 0 0

a Cortés de fortir de fes terres ; &

textes qu'ilprit pour cela, C h a p . V I . Les Procureurs

583

de l'eflec­

tion que l'on fit de Cucuzca fin frere. C h a p . I L

De

que

4 onte~

C h a p . V I I I .

L I V R E

De

572

à Certes. La v e n u ë de Couatlpopoca

Cortés fait brufler auec d'autres , & zume.

VII.

trouue le Détroit , qu'il appelle de

6 3 7 fin

nom.


DES

CHAPITRES.

Il y paffe , & vanauiger en la mer du Sud- C h a p . X V .

6 4 1

il part vne armée de l'Efpagnolle , pour chastier les Indiens de Marasapana.

Le Pere de las Capis va à S. Dominique, pour

deman-

der l'execution des prouifions Royales qu'il portait. Zualite de la ville de Panama , & de la guerre qui fut faite contreleCacique Vrraca. C h a p . X V I . Continuation de la guerre du Roy Vrraca , & les Batailles que Pedrarias Dauila eut contre luy. C h a p . X V I I .

650.

Diego Velafquez enuoye vne autre armée fous la conduite de Panfile de Naruaez.

Il arriue à la nounelle Efpagne , &

fait defendre fon

Armée à terre. C h a p . X V I I I . Montezume

656

enuoye vn prefent à Naruaez.

Cortés luy eferit, &

à

ceux de fon armée. Les offres qu'ils luy firent. C h a p , X I X .

663

Cortés offre des moyens de paix à Naruacz , qui les refafe. C h a p i tre X X .

666

Cortés refout d'aller chercher

L I V R E

F

E R N A N D

Naruaez

Chap.

XXI.

670

D I X I E S M E.

Cortés va chercher Panfile de Naruaez. C h . I.

Cortés continue fa route pour aller chercher Panfile de

Chap.

677

Naruaez.

II

6 8 4

Fernand Cortés attaque Naruaez, il gagne la bataille,met fon ermée en déroute , & le prend prifonier. C h a p . I I I . De ce qui arriua après la prifon de Panfile de Naruacz.

6 88 Chapi-

tre I V .

692

De la Declaration qui fe fît , pour fçauoir quelle forte d'Indiens estoientles Caribes, & de l'experience que l'on fit dans l'Efpagnolie,pourvoir fi les originaires pour rotent viure en communauté. pitre V .

Cha6 9 7

De la defcouuerte de la terre de Chicora , qui eft le Cap de fainte Helene, & de fes Couftumes. C h a p .

V I.

701

Les Indiens de Mexique fe mutinent. Cortés va fecourir Pierre d'Aluarado. C h a p .

VII.

7 0 5

Fernand cortés arriue a Mexique. Les Indiens commencent à l'attaquer. C h a p . V I I I .

711

Continuation de la Guerre des Mexiquains contre les Caftillans î ij


T A B L E DES

CHAPITRES.

Chapitre IX. 716 Continuation de la bataille des Mexiquains, & de la mort de M o n tezume. C h a p . X . 721 Cortés refout de fortir de Mexique, De la bataille qu'il eu en f a i fant retraite. C h a p . X I . 726 Cortés continué fa retraite du costé de Tlafcala , & eft toufiours pour fuiuy parles Mexiquains. Ghap. XII. 731 D e la bataille que tes Caftillans gagnerent dans la campagne d'Ot u m b a , & de la reception qu'on leurfitdans Tlafcala. C h . X I I I 735 La plufpart des Caflillans requierent Cortés , d'aller à la coste de la mer. Les Mexiquains enuoyent vne Ambaffade aux Tlafcalteques. Chap. X I V . 740 Cortés fait la guerre a ceux de Tepeaca. C h a p . X V . 744 Fernand Cortés iette les fondemens de la ville de S e g u r a d e la frontera, & s'occupe a pacifier la prouince de TTafcala.C h . X V I . 7 5 0 Cortés fait affeurer le chemin de la Vera Cruz à Tlafcala , & enuoye les dépefches au Roy par Alonfe de Mendoça. C h a p . X V I I . 257 François de Garay enuoye des nauires pour peupler Panuco, Cortés fait faire treize brigantinspour aller conquesler Mexique, Chapi­ tre X V I I I . 761 Ils nomment pour Roy dans Mexique Q u a u t i n a o c z i n . Ce qu'il dit à la Nobleffe Mexiquaine apres fon eflection. Cortés faitfaire montre à fon armée, C h a p . X I X . 766 Les Indiens font faire montre a leur armée, Cortés commence a fuiTe marcher la fienne. C h a p X X . 771 D e la Religion , des ceremonies , couslumes, g o u u e r n e m e n t , & au­ tres particularitez de la prouince de Tepeaca: C h a p . X X I . 775 Continuation des particularitez de la prouince de Tepeaca. C h a ­ pitre X X I I . 780

F I N.


PRIVILEGE D V R O Y O V I S par laGrace de Dieu R o y de France & de N a uarrej A nos a m e z & feaux Confeillers, les G e n s tenos Cours de Parlement , Maiftres des Requeftes ordinaires de noftre Hoftre , Baillifs , Senefchaux , Preuofts , leurs Lieutenans, & tous autres nos Iufticiers & Officiers qu'il appartiendra, SaJut. Noftre amé NIC O L A S DE L A C O S T E M a r c h a n d Libraire en noftre bonne ville de Paris, N o u s a fait temonftrer qu'il a traduit vn Liure intitulél'Hiftoiregenerale des Voyages. & Conquetes des Caftillans dans les Ifles & Terre-ferme desIndes Oceidcntalles, d'Antoine d'Herrera. Laquelle il defireroit imprimer& mettre au iour , s'il nous plaifoit luy accorder nos Lettres fur ce neceffaires , qu'il nous a tres-humblement fupplié luy vouloir octroyer. A C E S C A V S E S , voulant fauorablement traiter l'Expofant, N o u s luy auons permis & permettons par ces Prefentes , d'imprimer , ou faire imprimer, vendre & debiter par tout noftre R o y a u m e , Pais , Terres& Seigneuries de noftre obeïffance ledit Liure ey-deffus, durant le temps & efpace de D i x années , à c o m mencer du iour qu'il fera acheué d'imprimer , en tel volume , marge & cara&cre qu'il auifera bon eftre. Faifant deffenfes pendant ledit temps, à tous Marchands Libraires, Imprimeurs,& autres perfonnes de quelque qualité & condition qu'ils foient, d'imprimer ou faire imprimer ledit Liure, ny iceluy vendre & debiter, en quelque forte & maniere que ce foit, à peine de confifcation des Exemplaires contrefaits , de quinze cens hures d'amende, applicable vn tiers à N o u s , v n tiers à l'Hofpital General , l'autre tiers à l'Expofant, & de tous defpens , dommages & General, à la charge de mettre deux Exemplaires en noftre Bibliothèque publique, vn en noftre Bibliotheque feruant à noftre Perfonne, fize au Chafteau du Louure, & vn en celle de noftre tres-cher& feal Cheualier» le Sieur Seguier Chancelier de France , auant que de l'expofer en vente; à peine de décheneance des Prefentes:.D u contenu defquelles, N o u s vous m a n d o n s faire ioiir Ôc vfei ledit Expofant, plainement& paisiblement. Voulant qu'en mettant au c o m m e n c e m e n t ou à lafindudit Liure vn Extrait d'icelles, elles foient tenues pour deuement lignifiées. C o m m a n dons au premier noftre Huiffier, e u Sergent fur ce requis, faire pour l'e-

L

i

iij


xecution des Presentes , tous E x p l o i t s & fignifications neceffaires, fams d e m a n d e r autre permiffion ; CAR tel eft noftre plaifir, n o n o b f t a n t C l a m e u r d e H a r o , C h a r t e N o r m a n d e , & Lettres à c e contratres. D O N N E à Paris le v i n g t - v n i e f m e i o u r d e M a r s , l'an d e grace mil fix cens cinquante-neuf. E t d e noftre R e g n e le feiziefme. Par l e R o y e n fon..Confeil. S i g n é , MABOVL. E t feellé d u g r a n d S c e a u d e cire j a u n e .

Acheué d'imprimer pour la premierefoislevingtiefmeIuillet mil fix cens fotxante.

L e s E x e m p l a i r e s ont efté fournis. Regiftré fur le liure de la Communauté, le feptiefme iour d'Aoufi 1659. fuiuant l'Arrefi du Parlement da huitiefne Avril mil fix censcinquante - trois.

IOSSE,

Scindic,


S O M M A I R E

DES C H O S E S PLVS R E M A R Q V A E L E S , C O N T E N U E S E N CETTE

feconde

Decade. Dauila enuoye plufieurs Capitdnes dans la Caftille de l'Or ; & aubi bien qu'eux , plufieurs rencontres, & gagnent plufieurs batailles contre les In­ diens. D e la guerre qu'ils eurent contre le Cacique Vrtaba. Le Roy donne le Titre d'Adelantado à Vafco NuntT de Balboa ; lequel va à la mer du Sud, fabriquer des navires. Il eft decapite auec quatre autres. Iean D i d z de Solis de femme el rio de la Plata, & meurt en cette recherche. Le Roy enuoye Iean Ponce de Leon auec vne armée contre les Caribes. Le Cardinal Frere François X i m e n e z enuoye trois Peres de l'Ordre de S. Hierofme pourgouuerner les Indes. L'Adelantado Diego VelafqueT^enuoye François H e m a n d e z de C o r d o ü e pour de fcouurir de nouuelles terres ; lequel defcouure le Royaume de Y u c a **n, & meurt en retournant à Cuba. Velafquez dreffe Vne autre armée, & en donne la conduite a Iean de Grijalu4 ; qui defcouure la nouuelle Efpragne Il donne la troiEDRARIAS

P


fiefme a Fernand Cortés ; qu'il Veut reuoquer , mais il ne peut. Cortés entre dans la nouucile Efpagne , & s'accommode auecles Zempoalans & les Totonaques. Il Va à Tlafcala & combat contre les Tlafcalteques, & les range enfin à la raifon apres plufieurs combats. Il entre dans Cholula châftie ceux de dedans, pour l'auoir voulu tuër contre la foy donnée. Il entre dans Mexique contre la Volonté du R o y , qu'il prend prifonier & l'emmene a fon apartement. Il va contre Panfile de N a r u a e z , qui eft vaincu & fris prifonier. Il retourne à Mexique pour fe courir Pierre d' Aluarado,

&

les Caflillans

qu'il y

auoit laiffez. Il eft chafsé de

la ville de Mexique , & eft bien reçeu dans celle de Tlafcala ; où il fait les preparatifs pour la conquefle de cette grande Ville ; mais il fait premierement la guerre contre les C o n f e d e r e z du Roy de Mexique , & s'achemine pour la prife de cette ville. Les Indiens de la côfle des Perles ruinent les Monafteres de l'Ordre de S. Dominique & de S. François; Gonçale d'Ocampo va pour les chaflier. D e la playe des fourmis qui arriua dans l'Ifie Effagnolle & de S. Iean. Fernand de Magellan paffe en Caftille ; en fort auec Vne armée , & defcouure le Détroit, qu'il nomme de fon nom. Souleuement du Cacique Henry dans l'Espagnolle. D e la defcouuerte de la terre de Chicora , du Cap de fainte H e l e n e , & de celle de Panuco.

HISTOIRE


1

HISTOIRE GENERALE

DES VOYAGES E T CONQVESTES des Caftillans, dans les liles & Terre ferme des Indes Occidentales. S

E

C

O

N

D

LIVRE LES

E

D E C A D E ,

PREMIER.

I N D I E N S M E T T E N T V A S C O N u f i e z en déroute, & tuent le CapitaineLouis Canillo.

CHAPITRE

PREMIER.

' O N auoit r e ç e u a u c o m m e n c e m e n t d e cette a n n é e d e s lettres d e P e d r a r i a s , p a r A N N E ' E lefquelles il r e n d o i t c o m p t e d e t o u t c e 1 5 1 5. qui luy eftoit arriue dans fon voyage, & de tout ce qu'il auoit fait en Cafttlla. del Oro i u f q u e s alors ; e n f e m b l e d e la d é million d e V a f c o N u n e z d e B a l b o a , c o n t r e lequel il ténioignoit auoir. d e g r a n d s i n d i c e s , à c a u f e qu'il n'a2. D e c . A

L


2

HISTOIRE

UOIT pas r e n c o n t r e

1 5 1 5.

l'on

DES

les r i c h e f f e s &

s'eftoit p r o m i f e s d e c e t t e

par

làq u e

INDES

leR o y

les c o m m o d i t e z

t e r r e , & faifoit

dépenferoit

beaucoup

que

entendre

plus

e n cette

Pedrarias p o u r fuit te qu'il n ' e n tireroit d e profit ; M a i s q u e n o rend conte a u n o b f t a n t t o u t c e l a il f e r o i t e n f o r t e d e s ' e m p l o yer en­ Roy de fon ar­ rivée à D a ­ t i e r e m e n t à l e f e r u i r . P l u f i e u r s e f c r i u i r e n t c o n t r e c e t ­ rien,& de la t e l e t t r e , & p a r t i c u l i e r e m e n t , les infolences que les Ca­ démifion d e pitaines de Pedrarias faifiient ; Que les ordres du Roy ne Vafco Nunez s'executoient pas auec la modeftie requife ; qu'encore que l'on fift des accufations , &

-

que l'on intentaft des procés contre

les delinquans l'on ne chaftioitperfo-nne; E t q u e l o r s q u e P e drarias arriua à D a r i e n , ordre, & plus

y eftoient gaillards cannes

&

l a ville e n fort b o n

cabanes

bafties; les

difpofts, & faifoient

l aville

ques des enuirons Chreftiens

e f t o i e n t alliez , &

, qu'vn

m e r à l'autre

remplie d e viures

Caftillan

e n toute

bien

enfe-

les

Caci­

tous

tellement amis

pouuoit

feureté.

gens

des jeux d e

t o u t e s les Feftes ; les terres e f t o i e n t

m e n c é e s , &

Iltrouuela

il t r o u u a

d edeux cens

Mais

aller

feul

des

d'vne

q u e d e f i a il e f t o i t

ville de Da­ rien en bon m o r t q u a n t i t é d e C a f t i l l a n s ; q u e c e u x q u i r e f t o i e n t e ftoient trilles & l a n g o u r e u x ; l a c a m p a g n e d e f t r u i t e , & eftat. le t o u t q u o y

p a rladémiffion d e V a f c o il s ' e f t o i t

formé

tant

N u n e z ;

d eprocés, que

à caufe

de-

l e licentié

E f p i n o f a A l c a l d e m a j o r d i f o i t , que fi en les diftribuoit par te/les il en echerroit quarante auoit

Ceux de Da­l e s

d el'occupation

Notaires,

qui

q u e

à chacun

; fi b i e n

p o u r les g e n s

emportoient

le bien

qu'il n ' y

d e Iuftice, & : le plus

pur , &

rier regretent q u i f o u f t e n o i t les f a m i l l e s ; & q u ' a i n f i l e r e f t e d u p e u ­

le gouuernement de Vafco Nunez.

p l e eftoit t e l l e m e n t

a l t e r e , qu'ils p r e f f o i e n t à t o u s

m e n s q u ' o n les laiffaft r e t o u r n e r e n C a f t i l l e o u a u x ce q u e

l'on c o m m e n ç o i r

defia à faire.

c o r e , que fi l'on y euft la/fie Vafco couuert la terre , &

&

Ils d i f o i e n t e n ­ Nunez

il euft def-

que defia l'en auroit fçeu fi ce que l'on

difibit eftoit veritable, des grandes les Indiens

m o Ifles,

euffent efté en paix,

les Caftillans contents , &

T o u s ces m é c o n t e n t e m e n s

richeffesde Dobayba;

la terre chargée de

exempts

de tant de

eftoient tellement

que

biens, miferes.

diuulguez


O C C I D E N T A L E S , L I V R E I.

3

d a n s la viHe , qu'ils p a r u i n d r e n c i u f q u e s a u x oreilles d e P e d r a r i a s ; l e q u e l difoit , qu'encore que l'Alcalde Major

15 1 5. auoit dit qu'il ne pouuott pas prendre Vafeo Nunez pour Pedrarias le des actions criminelles, puis qu'il ne trouuoit point en luy veut employer non plus de coulpe qu'en tous les autres de la ville, ila,faquelque enloit du moins qu'ilfatisffl à l'interest ciuil qui duroittreprife. tou-

jours. M a i s l'Alcalde M a j o r luy dit , que laiffant vn Procureur pour defendre fa caufe il le pouuoit employer à quel-

que entreprife que ce fuit; c e qu'il refolut d e faire. N o u s a u o n s defia dit c y - d e u a n t q u e le C a p i t a i n e L o u i s C a r i l l o eftoit allé p e u p l e r à fix o u fept lieues d e D a r i e n fur la riuiere d e las Anades, & q u ' e n c o r e q u e la fituation qu'il luy a u o i t e n c h a r g é d e p r e n d r e e f toit a b o n d a n t e & d e l e c t a b l e ,& qu'il y a u o i t d e g r a n d e s a p p a r e n c e s d'or ; à c a u f e qu'il n e t r o u u a pas le lieu p r o p r e p o u r p e f c h e r a u e c d e s rets, il l ' a b a n d o n n a . Carillo abanMais qu'afin que fes gens n'euffent point de difette, & pourdonne la riuieleur donner quelque forte de contentement, il re-re de las Asolut d e p r e n d r e les p l u s fains& difpofts,& d'aller c a - nades. p t i u e r d e s I n d i e n s . llalla d a n s la terre d u C a c i q u e Abrayba, e n la P r o u i n c e a p p e l l é e Ceracanà, dont les p e u ples v i u o i e n t d a n s d e s c h a m b r e s baitres fur d e s a r b r e s a u m i l i e u d e l'eau, d ' o ù ils fe d e f f e n d i r e n t q u e l q u e t e m p s a u e c d e s b a f t o n s& d e s g a u l e s . M a i s les Caftillans s'apiniaftrant d a n s c e c o m b a t , g a g n e r e n t fept d e ces m a i f o n s ,& prirent p l u s d e q u a t r e c e n s a m e s . C o m m e ils paffoient o u t r e a u e c leurs p r i f o n n i e r s , les captifs f e v o u l u r e n t f a u u e r , & fe fuffent e f f e c t i u e m e n t f a u u e z f a n s v n c h i e n q u e les Caftillans l a f c h e r e n t a p r e s e u x , q u i les arrefta,& e n m o r d i t q u e l q u e s - v n s a u x j a m b e s . L o u i s C a r i l l o diftribua ces q u a t r e c e n s prifonniers e n tre luy & fes c o m p a g n o n s ,& s'en r e t o u r n a a u v i l a g e d e las Anades , puis t o u s e n f e m b l e s'en r e t o u r n e r e n t a D a r i e n ,& d i r e n t à P e d r a r i a s q u e n'y a y a n t p o i n t d e v i u r e s , & autres c o m m o d i t e z , i l eftoit impoiffible d'y f u b fifter. C a r i l l o eftant d e r e t o u r , P e d r a r i a s refolut d ' o c c u p e r V a f c o N u ñ e z , p r e n a n t p o u r p r e t e x t e qu'il a u o i t

A ij


HISTOIRE DES INDES 4 m a n d é au R o y q u e le fleuue d e D a r i e n c o n t e n o i t d e 1515. g r a n d e s richeffes d ' o r , p a r c e q u e l'Idole d e Dobay-ba, q u i eftoit le D i e u des I n d i e n s d e cette terre eftoit e n ces quartiers ; & q u o y q u e plufieursdes principaux C a p i taines q u i eftoient v e n u s a u e c Pedrarias luy euffent d e m a n d é cét e m p l o y , il n e le leur v o u l u t pas a c c o r d e r , VafcoNunez d e crainte q u e n e reuffiffant pas ils luy e n euffent attribue va anee zoo. le b l a f m e , m a i s il le d o n n a à V a f c o N u n e z q u i e n auoit hommes en la terre des GH-e u l'auis. II luy d o n n a d e u x cens h o m m e s , & luy c o m m a n d a d'aller c h e r c h e r , & d'apporter les richeffes d o n t il egures. ftoit queftion. Il s ' e m b a r q u a a u e c e u x d a n s d e s c a n o s , p a r c e qu'il n'y auoit point d'autres vaiffeaux q u i p u f f e n t n a u i g e r fur ce fleuue. Eftant arriuez e n la terre d e c e u x q u e l'on appelle Ougures , q u i font e n g r a n d n o m b r e , ces p e u ples fortirent a r m e z d a n s quantité d e c a n o s ; ils furprirent les Caftillans d a n s la n e g l i g e n c e ,& les p r e ixèrent d e fi prés , q u ' a u a n t qu'ils fuffent e n eftar d'attaquer , il y en auoit defia la moitié de tue2 & de noyez , à caufe de l'auantage que les Indiens ont fur les Caftillans, qu'ils font g r a n d s n a g e u r s , & qu'ils f o n t tout n u d s ; p a r c e q u e leurs c a n o s eftant renuerfez ils fe iettent e n l'eau p o u r les remettre e n eftat, & rentrent d e d a n s ; fi b i e n q u e n a g e a n t a u t o u r d e c e u x des Caftillans, ils les r e n u e r f oient fans q u e les C a ftillans euffent l'induftrie d e les p o u u o i r r e t o u r n e r , p r i n e i p a l e m e n t les n o u u e a u x v e n u s . E n t r e c e u x qui m o u r u r e n t d e s p r e m i e r s , fut le C a p i t a i n e Louis Carrillo, q u i auoit efté p o u r p e u p l e r le vilage d e las Anades , d ' v n c o u p d e gaule fur l'eftomac. V a f c o N u n e z , a u e c c e u x q u i refterent ,fouffrirent b e a u c o u p ,& y fuft d e m e u r e c o m m e les autres, s'il n'euft e u l'induftrie d e fauter à Vafco Nun'z,terre tout bleffé qu'il eftoit à la tefte. L e s I n d i e n s d e f eft mis en dé c e n d i r e n t auffi à terre e n pourfuiuant la victoire ; m a i s route par les V a f c o N u n e z & c e u x q u i eftoientreftezauequeluy,cornIndiens, bâtirent iufques à la nuit, & fe feruant d e l'obfcurité, il fit & b i e n qu'il f a u u a luy & les fiens par les m o n t a -


O C C I D E N T A L E S , L I V R E I.

5

g n e s & p a r les valées. Il a u o i t r e f o l u d e faire cette r e traite d e la forte , p a r c e q u e i u f q u e s là il a u o i t e u f a u te d e viures ,& il fçauoit fort b i e n qu'il n e s'en p o u u o i t t r o u u e r e n t o u t e cette terre , p a r c e q u e les l a n g o u f t e s a u o i e n t deftruit c e t t e a n n é e t o u t e s les terres q u i e f t o i e n t c h a r g é e s d e M a y z . E n f i n V a f c o N u n e z arriua à D a r i e n b l e f f é & fes g e n s m a l traitez , c e q u i refiouit fort les n o u u e a u x C a p i t a i n e s d e P e d r a r i a s , d e le v o i r r e u e n i r a i n f i e n d é r o u t e , afin d ' o b f c u r c i r e n q u e l q u e façon la renommée qu'il auoit de fes hauts faits d'armes; & afin auffi que s'il leur arriuoit vne femblable occafion ils c u f f e n t v n e x e m p l e d e c o n f o l a t i o n , & d ' e x c u f e t o u t e n f e m b l e . Il p a r u t b i e n e n c e t e n d r o i t q u e c'eft v n e differente c h o f e d'aller e n v n e e n t r e p r i f e e n q u a l i t é d e fuiet, o u c o m m e G e n e r a l f u p r é m e . P l u f i e u r s o n t e u o p i n i o n q u e fi L o u i s C a r r i l l o n'euft p o i n t efté a u e e V a f c o N u n e z , & qu'il euft g o u u e r n é feul cette e n t r e p r i f e elle e u f t reüffi d ' v n e a u t r e f a ç o n . Et toutefois e n c o r e qu'il l'euft v o u l u faire , il n e l'euft; p e û , f a u t e d e viures ; & defia l'on r e c o n n o i f f o i t v i f i b l e m e n t le p e u d e f a u e u r qu'il r e c e u o i t d e la F o r t u n e .

D E

C E ZVE F I R E N T L E B A C H E L I E R Encife, & lean de A y o r a , & ceux de la p e u , plade de Santa Cruz. C H A P I T R E

II

ANS ce m e f m e t e m p s Pedrarias e n u o y a fon n e u e u , q u i p o r t o i t f o n m e f m e n o m , à Zenu, à caufe d e l a r e p u t a t i o n d e l'or q u e l'on difoit s'y r e n c o n t r e r ; q u i eft à t r e n t e lieues d e D a r i e n e n tirant v e r s l ' O r i e n t , & les m i n e s d e Turufi;Il fe m i t d a n s d e u x c a r a u e l l e s a u c c q u a t r e c e n s h o m m e s . II fut là trois m o i s f a n s ofer e n t r e r p l u s d efixlieues d a n s le païs. Il y eut v n C a c i q u e q u i s'obligea e n u e r s l u y ; m o y e n n a n t qu'il

D

A

IIJ

1515.


HISTOIRE

6

DES

INDES

le laiffaft e n liberté , a u e c fa f e m m e & fes e n f a n s , d e l 15 1 5. u y e n f e i g n e r les m i n e s , q u i eftoient à q u e l q u e trois t o u r n é e s d e là , m a i s il n e v o u l u t p a s a c c e p t e r cette offre, e n q u o y il e u t g r a n d t o r t , p a r c e q u e fans faire a u c u n effort, e n fe feruant d e la feule induftrie il euft fait v n g r a n d gain. Ilfitr e n c o n t r e d e q u e l q u e s I n d i e n s , au e c lefquels il falut c o m b a t t r e , q u i luy tuerent q u i n z e Caftillans , & trente q u i m o u r u r e n t le l o n g d e cette cô{le. L e s C a c i q u e s d e s e n u i r o n s luy e n u o y e r e n t des m e f fagers p o u r traiter d e paix a u e q u e luy , m a i s il n e les v o u l u t pas efcouter ; il fe c o n t e n t a f e u l e m e n t d ' e m m e n e r c i n q c e n s I n d i e n s qu'il auoit pris , entre lefquels eftoit le C a c i q u e q u i luy auoit v o u l u e n f e i g n e r les m i n e s , q u i puis apres a y a n t efté mal-traité , m o u r u t , &c luy s'en r e t o u r n a à D a r i e n , Ils v e n d i r e n t ces Efclaues d a n s les Ifles, dontils tirerent v n g r a n d profit. M a i s c e p e n d a n t c o m m e le bruit couroit toufiours q u e la P r o u i n c e Pedrarias en- d e Zenu a b o n d o i t e n o r , Pedrarias refolut d'y e n u o y c f uoje le Bache- le Bachelier E n c i f e , q u i auoit defia e u b e a u c o u p d'exlier Encife à p e r i e n c e d a n s ces terres, s'imaginant qu'il feroit m i e u x Zenù. q u e fon n e u e u . O r cette p r o u i n c e eftoit c o m m e le c i m e tiere d e quantité d e lieux d e s e n u i r o n s , d ' o ù ils a p p o r toient les corps m o r t s d e fort l o i n g p o u r les y enterrer, & ils enrerroient a u e c e u x a u t a n t d'or qu'ils a u o i e n t ; FI b i e n qu'à la l o n g u e u r d u t e m p s cette p r o u i n c e eftoit r e m p l i e d e ces fepùltures. C E T E n c i f e , q u i fut c e l u y q u ifitcourir le bruit q u e l'or fe pefchoit a u e c d e s rets, d i t d a n s fa f o m m e

G e o g r a p h i q u e , qu'il requit de la part

du Roy de Caftille, deux leur faifant entendre que

le Roy

Caciques,

de luy rendre obeïffance,

de quelle importance

eftoit la requefte

luy auoit enchargé de leur notifier ; &

q u e ces

C a c i q u e s l u y r e f p o n d i r e n t t o u c h a n t c e qu'il l e u r difoit, Zu'il

n'y auoit qu'vn fini Dieu qui gouuernoit

la terre, qu'ils U s trouuoient bien, & ainfi : Mais que le Pape

donnoit

que le Roy qui demandoit

&

fire quelque fou,

le Ciel

&

qu'ils deuoient eftre

ce qui n'eftoit pas a luy ;

acceptoit ces largeffes deuoit e-

puis qu'il demandoit

des chofes qui appar-


O C C I D E N T A L E S , L i v r e I.

7

tenoient a autruy ; & que s'ils le vouloient aller queritils mettraient fa tefte au bout d'vn bafton,comme il y en auoit 1515. d'autres de leurs ennemis , qu'ils monffrerent à Encife ; mais que pour eux ils estoient Seigneurs de leurs terres , & qu'ils n'auoient pas befoin d'autre Seigneur. E n c i f e

les requit

e n c o r e v n e fois de luy octroyer fa deman-

de, ou qu'à faute de le faire, il leur feroit la guerre,qu'il les tueroity ou prendroit pourefclaues,& les vendroit. Ils fir e n t r e f p o n f e qu'ils mettroient pluftoft fa teste au bout d'vn

Encife les Indiens.

baflon. L à deffus E n c i f e le a t t a q u a prie leur v i l a g e , fomme q u o y q u e les C a c i q u e s fiffent t o u s leurs efforts p o u r l'en e m p e f c h e r , & t u e r e n t d e u x Caftillans a u e c leurs fléches e m p o i f o n n é e s . Il prit auffi l'vn d e ces C a c i q u e s , h o m m e fort entier p o u r g a r d e r fa p a r o l e ,& q u i fçauoit fort b i e n diftinguer le b i e n d ' a n e c le m a l . N o u s a u o n s fait voir à la fin d e l'année p a f f é e c o m m e I e a n d e A y o r a p e u p l a la ville d e S a n t a C r u z , ôcy auoit laific les g e n s q u i d e u o i e n t d e m e u r e r d e d a n s p o u r la g a r d e r ;& c o m m e il e u t suis q u e p l u s a u a n t vers le P o n a n t il y auoit v n S e i g n e u r fort riche e n o r & en p e u ples , appelle Secatiua,il y e n u o y a p a r m e r d a n s d e c e r taines b a r q u e s G a m a r r a a u e c q u e l q u e s foldats, afin q u e f o u s pretexte d e luy d e m a n d e r l'obeïffance p o u r les R o i s d e Caftille, il capriuaft a u t a n t d ' I n d i e n s qu'il p o u r roit,& prift les richeffes qu'il auoit. M a i s c o m m e d é jà les n o u u e l l e s c o u r o i e n t p a r t o u t e s les p r o u i n c e s q u e les Caftillans s'y a c h e m i n o i e n t , t o u s les C a c i q u e s f e m i r e n t fur leurs g a r d e s , & e n u o y o i e n t d e s e f p i o n s d e t o u s coftez. D e forte q u e Secatiua a y a n t e u auis q u e les Caftillans al loient c h e z l u y p a rmer,ilm i t e n f e u r c t é t o u t e s les f e m m e s & les e n f a n s d e fes fubiets, a u e c lefquels il fe m i t e n e m b u f c a d e p r o c h e d u vilage , & c o m m e les Caftillans v o u l u r e n t a p p r o c h e r d u lieu , ils forcirent fur e u x Les Caftillans d ' i m p r o u i f t e , faifant d e s cris e f p o u u a n t a b l e s felon leur fontmaltraitez, des In~ c o u f t u m e , e n tirant d e s fléches & d e s d a r d s , d o n t ils diens biefferent le C a p i t a i n e d e s Caftillans , & la plus part d e fes g e n s ; fi b i e n q u ' a p r e s a u o i r efté mal-traitez d e lafor-


8

HISTOIRE

DES

INDES

t e , ils s'en r e t o u r n e r e n t d a n s leurs b a r q u e s . Q u a n d I e a n d e A y o r a vit reuenir fes g e n s ainfi m a l 1515. traitez,& pleins d e p o i f o n , il refolut d e les difperfer d a n s le vilage d e Pocorofa,& leur o r d o n n a d e piller toute fa terre, q u i eftoit le lieu o ù il auoit bafty fa ville, & qu'ils priffent le C a c i q u e , afin d e tirer d e luy tout l'or qu'il p o u Jean de Ayora uoit auoir : m a i s Pocorofa e u t a u i s d e c e l a par v n Caftillan veut maltraid e c e u x d e V a f c o N u ñ e z , appelle Eilana , lequel eftoit ter Pocorofafafebé , d e voir q u e c o n t r e la foy p r o m i f e , l'on vouluft contre la foy traiter d e la forte v n a m y & c o n f e d e r é ; à caufe d e q u o y dannée. I e a n d e A y o r a le v o u l u t faire p e n d r e . E n f i n il refolut d e retourner à D a r i e n , o ù a y a n t p a y é le q u i n t qu'il v o u l u t , q u i eftoit c e qu'il auoit c a c h é , il fe m i t d a n t v n nauire, Il dérobe vn qu'il d é r o b a , d a n s lequel il repaffa e n Caftille , n o n fans nauire & paffe f en Caftille.o u b ç o n q u e Pedrarias auoit diffimulé cette action , à caufe d e l'amitié qu'il auoit a u e c G o n ç a l e d e A y o r a , frere d e c e I e a n d e A y o r a , lequel faifoit defia courir le bruit qu'il eftoit Gentilhomme , natif de Cordoüe , & eftime en ce temps-là , quoy que fon auarice infatiable d a n s les I n d e s l'euft r e n d u i n d i g n e d e c é t h o n n e u r . C e t te fuitte d e I e a n d e A y o r a , s'il la faut appeller ainfi, d o n n a o c c a f i o n a u x Officiers R o y a u x d e m u r m u r e r d e P e d r a r i a s , & d'auoir & c o n t r e luy , & c o n t r e d'autres, d e nouuelles r a n c u n e s ; p a r c e q u e c o m m e d a n s les c o u r fes l'on faifoit part d e l'or q u e l'on g a g n o i t , à l ' E u c f q u e & a u x Officiers R o y a u x , lors q u e lesoccafions s'eftoient r e n c o n t r é e s e n pareil cas , c o m m e e n celle d e I e a n d e A y o r a , o u d'autres, & n e l'ayant pas fait, ils s'imag i n o i e n t q u e l'on leur oftoit a u t a n t d e leur b o u r f e . C e p e n d a n t le C a p i t a i n e G a r c i - A l u a r e z q u i eftoit d e m e u ré d a n s la ville d e S a n t a C r u z a u e c fes g e n s , n e v o u l a n t p a s d e m e u r e r o y f i f , & defirant c o n f e r u e r cette p l a c e , faifoit des forties d a n s les vilages circonuoifins. M a i s d'ailleurs Pocorofa fe v o y a n t preffé, a f f e m b l a a u e c fes gens, ceux de la plus part de fes amis autant qu'il put, & furprenant les Caftillans deux heures auant le iour lors qu'ils eftoient e n c o r e tout e n d o r m i s , il e n auoit bief-


O C C I D E N T A L E S , L I V R E I.

9

le la plus part a u a n t qu'ils fuffent efucillez. M a i s c o m m e leurs fléches n'eftoient p a s e m p o i f o n n é e s , les C a ftillans q u o y q u e bleffez fe m i r e n t e n eftat d e c o m b a t tre, de le battirent e n effet l'efpée à la m a i n c o n t r e les I n d i e n s , q u i le d é f e n d o i e n t v a i l l a m m e n t a u e c leurs b a f t o n s b r u f l e z p a r les d e u x b o u t s ; & q u o y q u e d e part & d ' a u tre il y e n euft q u a n t i t é d e t u e z , les a u t r e s n e laiffoient p a s d e c o m b a t t r e v a i l l a m m e n t , d e telle forte q u e le iour v e n a n t à paraiftre les I n d i e n s a u o i e n t defia défait t o u s les Caftillans, & leur C a p i t a i n e G a r c i - A l u a r e z , e x c e p t é c i n q q u i fe f a u u e r e n t p a r la fuitte , & c h e m i n e r e n t tant d e nuit q u e d e i o u r , q u ' e n f i n ils arriuerent à D a rien , o ù ils r e n d i r e n t c o m p t e d e t o u t c e q u i s'cftoitpaffé. V o i l a d o n c c o m m e n t la ville d e S a n t a C r u z fut d é p e u p l é e fix m o i s a p r e s f o n eftabliffement, fans qu'il y d e m e u r a i t q u ' v n e feule f e m m e C a f t i l l a n e q u e le C a c i q u e Focorofi prit p o u r luy.

LE

1515

Les Caftillans de Santa Cruz, font defaits par le$ Inditus.

ROY DONNE A VASCO NVNEZ de Bal boa le titre d'Adelamado de la mer du Sud. Pedrarias le fait prendre. Gafpar de Morales paffe la mer du Sud. C H A P I T R E

I

III.

L arriua d a n s c e m e f m e t e m p s v n n a u i r e à D a ~ rien , q u i a p p o r t a d e s d é p e f e h e s d e la part d u R o y p o u r P e d r a r i a s , p a r lefquelles il l u y faifoit f ç a -

u o i r le contentement qu'il auoit reçeu de fon arriuée a Darien , & principalement fans auoir paffé àl'Efpagnolle;E t

le R o y a y a n t refolu d e r e c o m p e n f e r V a f c o N u n e z p a r q u e l q u e s f a u c u r s , entr'autres c h o f e s il m a n d a à P e d r a - Le Roy donne rias, qu'en confideration des fruices que Vafco Nunez luy la charge d Aauoit rendus, & qu'il pretendait encore de luy rendre afin Nunez. qu'il agift de meilleur courage , il l'auoit gratifié deVafeo l'Offi-

delantado à

2.

Dec.

B


10

HISTOIRE

ce d'Adelantado de la mer

15 15.

&

du

Gouuernement

DES

INDES

du S u d , qu'il auoit defcouuerte ,

des prouinces

de Panama

q u i eft v n e Ifle q u e le m e f m e V a f c o N u n e z dée, quoy perles &

d'or ; Q u e

luy o r d o n n o i t

N u n e z

ucit

f av o l o n t é

choies

e f l o i t , que tous ceux

qui

a fa pro-

d e mettre

dans

enuoyoit

à

les

Vafco

en fon n o m ; Et q u ' i l

qui

pouuoient

obliger

Vaf-

d ' a u o i r r e c o u r s à l u y , qu'il le traitaft , l e f a &

le confiderafl

c o m m e

vne pcrfonne

qui a-

r e n d u d e fi b o n s f c r u i c e s ; a f i n q u ' i l r e c o n n u f t e n

Pedrarias la v o l o n t é «

d e m a n -

q u e tant p o u r c eq u i t o u c h o i t c e t Office,

p o u r les a u t r e s

» uorifaft, «

auoit

en ces quartiers là luy oheïffent comme

Et ordonnepreà perfonne. Q u ' i l a u o i t c o m m a n d é Pedrarias prouifions d u G o u u e r n e m e n t qu'il qu'il le fauoN u n e z , que ce fuft fous fon oheiffance , & rife.

» co

de Coyba,

qu'il fuft m a l i n f o r m é qu'il y e u f t q u a n t i t é d e

refideroient

» que

&

grandes

q u e

le R o ya u o i t

d e luy

faire d e

f a u e u r s , ainfi qu'il l u y a u o i t fait e f p e r e r p a r fes

» lettres. Et que puis qu'il auoit vne fi grande capacté & » induftrie pour rendre feruice

à

la » uoit »

Couronne

tant trauaillé

uoit

fait p a r a i f t r e

» berté

dans

, dans

d efon

que pour

d etemps. O u t r e

« auoit

c o m m a n d é

de

encore

Vafco

N u n e z , qu'il

« qu'il eftimeroit dre d eVafco « que

«

toutes

il l ' a -

d em e t t r e

aueque

; &

qu'il

luy

il n e

ces c h o f e s le R o y

dans

beaucoup

les

plus c e quiferoit

prouifions

quelque

parce

f a i t p a r l'or-

autre

pcrfonne

q u e t o u t c e q u ' i l f e r o i t p o u r l u y , il l e r e -

c c u r o ï t d ' a u f î i b o n n e p a r t q u e fi P e d r a r i a s l e f a i f o i t

pour

la p e r f o n n e

Royalle Qu'ainfi, pource qui touchoit

cette

p o u r les a u t r e s p e r f o n n e s q u i f e r u o i e n t ,

cela

affaire , &

t o u r n e r o i t à g r a n d p r o f i t , d e v o i r le b o n l'on faifoit à V a f c o N u n e z «

a-

fuft p r e f e r é à P e d r a r i a s ,

N u n e z , q u e par

c e fuft, &

G o u u c r n e m e n t

aller c o n f u l t e r

« perdift point

«

qu'il

p a r l e s e f f e t s , il l u y d o n n a f t t o u t e li-

les c h o f e s

» fift e n f o r t e

&

les d e f c o u u e r t e s , c o m m e

de

meilleur

courage.

taffent d e b o n n e rier

A l o n f e

touchoient

q u e

, ce q u i l e s e x c i t e r o i t d e f e r u i r

E t afin q u e

forte , leR o y

c e sc h o f e s

auoit m a n d é

d e la P u e n t e , d'auoir foin Vafco

traitement

N u n e z ; &

des

leTreforier

s'execu-

a u Trefochofes

qui

l'ordonna


O c c i d e n t a l e s , ainfi ; E t à V a f c o

L i v r e

11

I

N u ñ e z d e procurer tant qu'il p o u r 1 5

riot, d'agreer à Pedrarias.

1 5.

Enfin , les dépcfches-de V a f c o N u n e z arriuerent, ÔC Defenfe aux furent expediées d a n s Valladolid , a u e c d e s deffenfes a u x Officiers R o Officiers R o y a u x d e traiter, n y contracter des droits d u yaux de traiter, ny centraR o y , fur p e i n e d e priuation d e leurs Onices ,& d e la tter des droits perte d e leurs biens. E t d'autant q u e Pedrarias auoit fait du Roy. a u R o y b e a u c o u p d e recit d u paffage d e l'Ille D o m i n i q u e , à caufe d e la c o m m o d i t é q u e les flottes & autres n a uires e n r e c c u o i e n t , p o u r fe p o u r u o i r d'eau &

d e bois, il

m a n d a qu'il vouloit q u e l'on y baftift d e s m a i f o n s p o u r plus g r a n d e feurcté ;&

que pour

cét effet il d o n n o i r .

permiffion à c e u x d e D a r i e n d'auoir des natures & d e trafiquer d a n s les liles. L ' o n publia la prouifion d e V a f c o d é s l ' h e u r c m e f m e à fe feruir d u Les gens de Pedrarias font titre d ' A d e l a n t a d o . Il fe fit d ' a b o r d des a f f e m b l é e s , d o n t enuieux de la les vnes eftoient c o m p o f é e s d ' e n u i e u x ,& les autres d'abonne fortune mis ; parce que quelques vns prefumoient que Pedrarias, & de Nuñez,. particulièrement fes gens , n'eftoient pas beaucoup N u n e z , & il c o m m e n ç a

c o n t e n t s d e la profperité d e V a f c o N u n e z , v o y a n t qu'il alioit entrer e n reputation ,&

q u e la F o r t u n e n e s'ou-

blioit pas d e l'eileucr, p o u r puis apres le faire trefbucher de plus h a u t , ainfi qu'il arriua. Auffi toft apres G a r a b i t o arriua d e l'Ifle d e

C u b a a u e c foixante Caftillans, p o u r

fuiure les ordres d e V a f c o N u ñ e z , a u e c leurs a r m e s ,

&

autres choies neceffaires pour paffer à Nombre de Dios, & peupler

aux

enuirons

de

la

mer

du

Sud,

efperant

q u e le R o y luy d o n n e r o i t le G o u u c r n e m e n t d e ce qu'il peupleroit. C e de

G a r a b i t o ayant furgy à fix lieues d u port

Darien , e n u o y a

fecreternent

donner

auis à

Vafco

N u ñ e z d e f o n arriuée , d o n t Pedrarias n'ayant pas aducrty,ny vn

d u deitein d e

Vafco

g r a n d m e f e o n t e n t e m e n t ,&

efts

N u ñ e z , i l e n reçeut

d é s l'heure il ingea m a l

d e fon p r o c e d é ; à caufe d e q u o y il le fit p r e n d r e prifo- Pedrarias fait emprifonner nier , & le fit e n f e r m e r d a n s v n e c a g e d e bois, q u o y Vafeo Nunez q u e l'Euefque frere l e a n d e Q u e u e d o l'euft prié d e n e dans vne cage le pas m e t t r e e n c a g e ; m a i s enfin Pedrarias l'en fit for- de bois. B

ij


12

HISTOIRE

DES

INDES

tir à d e certaines conditions d o n t ils c o n u i n d r e n t entre 15 1 5. eux. M a i s leurs h u m e u r s n e fe c o n f o r m è r e n t iamais ; parce q u e dés auffi toft q u e le R o y eut m a n d é à P e drarias d'honorer V a f c o N u n e z , & q u e d a n s les b o n nes ceuures qu'il luy feroit il reconnoiftoit le defir qu'il auoit d e le feruir ; & qu'il reçeuft fes auis & fon c o n leil, c o m m e il n'auoit a u c u n e fatisfaction d e luy , q u o y qu'il puft d e foy m e f m e faire v n b o n office, il n e le luy r e c o m m a n d o i t pas d e b o n c œ u r ; A u contraire il le foubçonnoit d'auoir fuborné le Licencié Efpinofa, afin qu'il n e le prift pas fur les accufations criminelles ; parce q u e par les c o n d a m n a t i o n s il l'auoit reduit à v n e telle neceffité, q u e lors q u e Pedrarias arriua il auoit plus d e dix mille poids,& qu'il n'auoit pas alors d e q u o y viure. C o m m e e n fuit te d e l'or, le bruit des perles q u e V a f c o L'Euefque de DArien con- N u n e z auoit defcouuertes e n la m e r d u S u d , couroit par fettis Vedra-tout,Pedrarias fut follicité par l'Eucfque d e l'y enuoyer, rias d'enuoyer p o u r acheuer cette defcouuerte , puis qu'il auoit fait Nunez, a la paix auec les C a c i q u e s d e ces quartiers là , qui l'aydemer du Sud, roient,& qu'il retourneroit apres ; luy reprefentant 1e mais il y eng r a n d feruice qu'il rendroit au R o y , 3c q u e tout autre tioye Gafpar de q u e luy n e feroit pas capable d e pacifier cette terre, Morales. qui eftoit defia fouleuce. Pedrarias n e voulut pas fuiure ce confeil, il bailla cette charge au Capitaine G a f par d e M o r a l e s , f o n valet, o u p a r e n t , natif d e S e g o uie, & luy bailla foixante Caftillans p o u r paffer à la m e r d u S u d , dans les ifles q u e les Indiens appellent d e Terarergui , qui puis apres furent appellécs, d e las Perlas, & particulierement l'vne, à laquelle l'on d o n n a le n o m d e l'ifla Rica ; & luy enchargea d'apporter autant d e perles qu'il pourroit. G a f p a r d e Morales prit le m e f m e c h e m i n , Se paffa par les m e f m e s vilages des C a c i q u e s auec lefquels V a f c o N u n e z auoit fait paix & amitié , & trouua q u e le Capitaine François Bezerra, qu'ils auoient r e ç e u , l u y& fes gens , c o m m e s'ils euffent efté frer e s , les auoit ruinez;& ils le trouuerent d a n s v n c h a m p


O C C I D E N T A L E S ,

L I V R E

I

13

c o m m e il s'en retournoit à D a r i e n , chargé d'or, & d e g r a n d n o m b r e d'Indiens Efclaues. A caufe d e q u o y il y eut 1 5 1 5, grande conteftarion d a n s D a r i e n , l'Euefque n e p o u - Il conte fte conu a n t fouffrir q u e l'on captiuaft ces pauures g e n s ; difant tre l'efclauage qu'outre qu'il n e trouuoit pas q u e cela fuft d e g r a n d des Indiens. profit, cela pourroit e n c o r e ruiner le n e g o c e des m i nes. Gafpar d e M o r a l e s prit l'vn des Caflillans q u e F r a n çois Bezerra m e n o i t p o u r guides ; & les Indiens q u i alloient errant par les m o n t a g n e s voyant q u e Bezerra s'en alloit, s'imaginoient d'eftre e n feureté ,& retournoient defia e n leurs maifons. M a i s ils furent bien t r o m p e z lors qu'ils virent arriuer G a f p a r d e M o r a l e s . Enfin il arriva à la côfte d u S u d , e n la terre d'vn C a c i q u e appelle Timbra, qui le reçeut en p a i x ,& luy d o n n a d e tout ce qu'il auoir. Il n'auoit q u e quatre c a n o s tous prefts à entrer d e d a n s , mais ils n e fuffifoient pas p o u r contenir tous les Caflillans. Il laifïa là v n Capitaine a p pelle Penaiefa , auec la moitié d e fes g e n s ,& s'en alla a u e c les autres a u vilage d'vn C a c i q u e appelle Tunaca, qui eftoit dans vn meilleur endroit pour paffer aux Ifles; & ce Cacique les attendoit auec tous fes gens en qualité d'amis,& a u e c a b o n d a n c e d e viures.

CASPAR DE MOULES

ET FRANCOIS

Piçarro paffent aux Ifles des perles. De la quantité qu'ils y trouuerent, & comme ils les pefcboient. CHAPITRE

IIII.

L

E l e n d e m a i n G a f p a r d e M o r a l e s fe m i t d a n s d e grands c a n o s ,& François Piçarro qui eftoit Amorales & allé a u e q u e luy dans les autres, c o m m e n c e r e n t Piçarro pafa nauiger , mais ils fe repentirent bien toft d e s'y eftre fent aux Ifles des pertes. e m b a r q u e z . E t n e a n t m o i n s les h o m m e s qu'ils auoient pris p o u r g o u u e m e r leurs c a n o s eftoient des fuiets des

B iij


14

HISTOIRE

DES

INDES

C a c i q u e s chiapes& Timato , q u i a u o i e n t efte fort fidèles à V a f c o N u n e z , & l'afredionnoienc b e a u c o u p : 15 1 5. L a m e r vint à fe foufleuer a u e c u n p c t u o f l t é , & la nuit c fiant f u r u e n u ë les c a n o s fe difperferent;& c o m m e ils n e fe v o y o i e n t p o i n t n y les v n s n y les a u t r e s ,& q u e la m e r eftoit e x t r e m e m e n t furicufe, c h a c u n d e f o n cofté c r o y o i t qu'ils eftoient f u b m e r g e z . M a i s enfin p a r v n grandiffim e b o n - h e u r ils a b o r d e r e n t le l e n d e m a i n a u m a t i n d a n s l'vne d e ces Iiles, q u i font e n q u a n t i t é , qu'ils tinrent à g r a n d m i r a c l e . Ils y apprirent q u e les p e u p l e s eftoient o c c u p e z e n d e s feftes folemnelles. E t p a r c e qu'ils a u o i e n t d e c o u f t u m e lors d e la c e l e b r a t i o n d e c e s feftes q u e les h o m m e s fuffent feparez d e s f e m m e s , les Caftillans a b o r d e r e n t i u f t e m e n t a u lieu o ù eftoient les f e m m e s ; fi b i e n q u e p a r c e m o y e n ils e n eftoient les maiftres. L e s m a ris e n r a g e a n t d e cela fe v i n d r e n t letter fur les Caftillans a u e c leurs d a r d s bruflez p a r les b o u t s , c a r ils n'vfoient p a s d e fléches. Ils e n b l e f f e r e n t q u e l q u e s - v n s ; m a i s les Caftillans l a f c h e r e n t v n c h i e n qu'ils a u o i e n t , q u i fit v n terrible efcarre p a t m y les I n d i e n s , lefquels t o u t efp o u u a n t c z d e cet a n i m a l ,& d ' v n tel g e n r e d e g u e r r e , prenoient la fuite Mais quoy qu'il en mouruft beaucoup, & aimoient bien mieux mourir que de voir ainfi Les Indiens qu'ils e m m e n e r leurs f e m m e s & leurs filles, a t t a q u e r e n t t o u t efpouuantez d'vn chien. d e n o u u c a u les Caftillans, m a i s t o u t cela n e leur feruit d e rien , f i n o n p o u r e n faire tuer e n c o r e d a u a n t a g e . L e s Caftillans pafferent d e cette Ille à la plus g r a n d e , o ù le R o y d e toutes ces Ifles, o u d u m o i n s d e la plus part, faifoit f o n feiour ordinaire; lequel foit p o u r le bruit q u i c o u r o i t d e tous, c o d e z d e la v e n u ë d e s Caftillans, ou qu'il euft e u auis d e c e q u i s'eftoit paffé d a n s l'autre Ifle , fortit a u e c t o u s fes g e n s p o u r e n d é f e n d r e l'entrée; m a i s il f u t b i e n toft m i s e n fuitte , n'eftant p a s affez fort p o u r refifter. L e c h i e n aidoit b e a u c o u p à celai c a r il couroit a u trauers d e ces g e n s , & les m o r d o i t cruellem e n t ; fi b i e n q u e l'efpouuante d ' v n a n i m a i fiextraordinaire p o u r e u x eftoit baftant d e leur faire quitter la p l a -


OCCIBETALES

, L I V R E I.

15

ce. Nonobftant tout cela ce Roy ramaffa fes gens , & tenta par quatre fois le fort des armes, attaquant vail- 1 5 1 5 . l a m m e n t les Caflillans,& fi les a r m e s les fauorifoient, leurs forces n'eftoient pas à mefprifer, ny leur c o u r a g e . L e s Chiapois & les Tumaquois qui a c c o m p a g n o i e n t les Caflillans interuinrenr là deffus, & dirent q u e les C a {bilans efloient inuincibles ,& qu'ils auoient vaincu les C a c i q u e s Ponça , Pocorofa , Zuareca , chiapes & Turnaco , & quantité d'autres qu'ils auoient enfin affoiettis, q u o y q u e d u c o m m e n c e m e n t ils euffent fait refiftanec. Enfin ces e x e m p l e s& ces perfuafions obligerent c e R o y d'aller rechercher les Caflillans, d e paix.Illes m i t d a n s fa m a i f o n , qui eftoit a d m i r a b l e m e n t belle , bien faire, & la plus r e m a r q u a b l e qu'ils eufient point e n c o re veuë. Il fit apporter v n petit panier d e joncs , fait auec vne g r a n d e delicateffe , plein d e perles fort riches, qui pefoient cent dix m a r c s , d o n c il y en auoit vne e n u autres, qu'il s'en eft v e û p e u dans le m o n d e d e f e m blable p o u r fa grofleur ; elle efloit d e vingt-cinq carats , & groffe c o m m e v n e petite noix. Il y e n auoit v n e autre qui efloit c o m m e v n e noix m u f c a d e , fort O r i e n tale Ôc parfaite , d e fort belle couleur ,& luftrée ; elle Les Caftillans pefoit dix d r a g m e s ,& efloit percée fur le h a u t à la tronuent de q u e u e . Pierre del Puerto M a r c h a n d , l'acheta d u C a p i - groffes perles taine Gafpar d e M o r a l e s , & e n d o n n a d o u z e cens C a f - & en quantité. tilîans, elle fut v e n d u e à l'encan , parce qu'encore q u e les Officiers R o y a u x fuffent aduertis d e la p r e n d r e p o u r le R o y , ils a i m e r e n t m i e u x d e l'or, p o u r fe p a y e r d e leurs falaires. M a i s c o m m e ce M a r c h a n d efloit fafc h é d'auoir e m p l o y é tant d'argent p o u r v n e feule perle , il la vendit le l e n d e m a i n à Pedrarias , & D o n a Ifab e l d e Bouadilla la prefenta depuis à l'Imperatrice; & l'ontient qu'elle luy e n fit d o n n e r quatre mille ducats. L e s Caflillans d o n n e r e n t à ce R o y , o u C a c i q u e , des ioliuetez de Caftille , d o n t il fe tint p o u r content , auec des haches d e fer, qu'il eflimoitplus q u e fi elles cuffent


HISTOIRE

16

DES

INDES

efte d'or ; & c o m m e l e s Caftillans fe prirent à rire d e c e 1 5 1 5

q u ' i l l e s e f t i m o i t t a n t , il l e u r d i t qu'il en profit que

de toutes

tireroit plus

leurs perles., S e t r o u u a n t d o n c

fatisfait d e l'amitié d e s C a f t i l l a n s ,

il m e n a

de

bien

le C a p i t a i n e

G a f p a r d e M o r a l e s , & q u e l q u e s autres, d a n s v n e petite t o u r d e b o i s , d'où l'on d e f c o u u r o i t toute la m e r , & leur dit e n r e g a r d a n t vers l'Orient , e n leur m o n t r a n t a u e c l a m a m , la t e r r e q u i v a v e r s le P e r o u . R e g a r d e z , toute cette grande Empire,

mer

,&

toutes ces Ifles qui dependent

feront à voftre feruice, durant

amis ; Et quoy que nous ayons peu portent quantité

de perles

les perles , & iamais

de ma

que

d'or,

de ferez

mon mes

toutes ces Ifles ra-

l'estime plus part

vous

elle ne

vostre amitié vous

que

manquera.

E n f i n ils d e m e u r e r e n t d ' a c c o r d e n f e m b l é m e n t qu'il p a yeroit a u R o y d e Caftille c e n t m a r c s d e perles tous les a n s , c e qu'il a c c e p t a d e g r a n d c œ u r , s ' i m a g i n a n t q u e c'eftoit p e u d e c h o f e , n e l o n g e a n t pas q u e p a r cette c o n u e n t i o n il fe rendoit tributaire. Il y auoit e n cette Ifle tant d e cerfs & d e lapins, q u ' o n tes Cerfs & les p o u u o i t tuer à c o u p s d e bafton. L e p a i n eftoit d e M a y z les lapins fe tuent a coups & d e Y u c a ; le v i n eftoit f e m b l a b l e à celuy d u refte d e s de bafton, I n d e s , & ainfi des fruits ; b r e f elle eftoit e n tout f e m b l a ble à la terre d e Comagre, E n f i n le C a c i q u e v o u l u t eftre baptifé a u e c tous c e u x d e fa m a i f o n , & v o u l u t eftre a p pelle Pedrarias. A p r e s q u o y G a f p a r d e M o r a l e s s'en r e t o u r n a e n terre f e r m e , Se le C a c i q u e luy d o n n a plufieurs c a n o s p o u r paffer, & l ' a c c o m p a g n a iufqu'au riuage d e la m e r ; d ' o ù les Caftillans eftant partis, ils r e t o u r n e r e n t à D a r i e n . C e Terarequi eft fitué a u e i n q u i e f m e d e g r é d e l ' E q u i n o x e ; il eft fort a b o n d a n t e n v i u r e s , & e n poiff o n . Il y a d e s arbres fort o d o r a n s , & q u i faifoient i u g e r q u e c'eftoit d e c e u x q u i p o r t e n t d e s efpiceries ; à c a u f e d e q u o y il y e n e u t q u i c r e u r e n t q u e cette terre eftoit p r o c h e d e s Ifles d e l'Efpicerie, & q u i e n d e m a n d e r e n t la d e f c o u u e r t e , à c o n d i t i o n d e la faire à leurs defpens.' L e s perles q u i fe p e f c h o i e n t e n cette Ifle eftoient les plus g r o f fes q u i fe d e f ç o u a r o i e n t e n ce t e m p s - l à , & q u a n t i t é d e celles


OCCIDENTALES ,LIVRE

I.

17 celles q u e le C a c i q u e d o n n a eftoient greffes c o m m e d e s noifettes, & d'autres plus groffes. L e C a c i q u e P e d r a r i a s 15 15. e n fit p e f c h e r par d e s p e f c h e u r s d e l'Ifle, e n p r e f e n c e d e s De la maniere Caflillans, q u i l'en prierent. C e s p e f c h e u r s eftoient fort dont on pefche e x p e r i m e n t e z à c e l a ; ils e n t r o i e n t d a n s l'eau & fe p l o n - les perles. g e o i e n t i u f q u e s a u f o n d , & la m e r eftant tranquile , ils alloient a u e c leurs c a n o s , & i e t t o i e n t v n e pierre d e c h a q u e c a n o q u i leur feruoit d ' a n c r e , & ces pierres eftoient attachées a u e c d e s c o r d e s d'ofier ; puis ils fe p l o n g e o i e n t a u e c v n e beface a u t o u r d u col , & d e m o m e n t e n m o m e n t ils reffortoient d e l'eau c h a r g e z d'efcailles. Ils d e f e e n d o i e n t q u e l q u e f o i s i u f q u e s à fix p i q u e s d ' e a u , p a r c e q u e les g r a n d e s efcailles fe retirent a u plus p r o f o n d ; fi q u e l q u e f o i s elles m o n t e n t plus h a u t , c'eft p o u r c h e r c h e r à m a n g e r , & fi elles f o n t t a n t foit p e u e n r e p o s e n m a n g e a n t , elles s'attachent d e telle forte c o n tre la r o c h e , o u les v n e s a u e c les autres , qu'il eft befoin d e b e a u c o u p d e f o r c e p o u r les a r r a c h e r . C'eft p o u r q u o y il arriue f o u u e n t qu'il y a d e s p e f c h e u r s p o u r s'obriiner t r o p d e les a r r a c h e r q u i p e r d e n t l'haleine & fe n o y e n t ; ioint qu'il y a d e s poiffons q u i les m a n g e n t , qu'ils appellent T i b u r o n s , o u d e s M a r r a g e s , q u i reffemblent à d e g r o s c h i e n s m a t i n s . L e s befaces f e r u e n t p o u r ietteir les efcailles d e d a n s . Ils les a t t a c h e n t a u t o u r d u c o r p s a u e c v n e c o r d e , & q u e l q u e c h o f e q u i pefe , d e crainte q u e l'eau n e les f o u l e u c . Il s'eft t r o u u é d e s c o n q u e s o u efcailles o ù il y auoit dix , v i n g t , trente p e r l e s , Se e n d'autres d a n a n t a g e , q u o y q u e m e n u e s . F o u r celles q u e les I n d i e n s p o r t o i e n t fur e u x , elles n'eftoient pas tant eftiméeS) p a r c e qu'ils n ' a u o i e n t p a s l'induftrie d e les p e r cer.

2 DEC

C


18

HISTOIRE

LES INDIENS

DES

INDES

DE LA

COSTE

du Sud font vne Coniuration contre les Caftillans, qui font contraints enfin de retourner à Darien. C H A P I T R E

V.

ASPAR d e M o r a l e s , & fes c o m p a g n o n s , eftant fortis d e cette Ifle, laiffantle C a c i q u e & fes g e n s 1 5 1 5. fort c o n t e n t s , & e u x rauis d e la q u a n t i t é Se d e s riches perles qu'ils e m p o r t o i e n t , r e t o u r n e r e n t e n terre f e r m e p o u r aller à D a r i e n . L e C a p i t a i n e P e n a l o f a c e p e n ­ d a n t a u e c fes g e n s faifoit perquisition d e s biens d u C a c i ­ q u e Titubra , d o n t il e u t v n tel r e f f e n t i m e n t , qu'il refo • lut d e le t u e r , Se le C a p i t a i n e G a f p a r d e M o r a l e s lors qu'il feroit d e retour ; & p o u r v e n i r à b o u t d e f o n d e f fein il fit v n e C o n i u r a t i o n a u e c t o u s les C a c i q u e s d e s enu i r o n s q u i fe reffentoient d e cette oppreffion. G a f p a r d e M o r a l e s c h e m i n o i t a u e c v n C a c i q u e appelle chirucà, Coniuration & v n fien fils, i e u n e h o m m m e , q u i m o n f t r o i t a u o i r v n e des Caciques g r a n d e affection p o u r les Caftillans,rnaisl'onncfçauoitfi contre les Сacette a f f e & i o n p r o c e d o i t d ' v n vray a m o u r , o u d e crainte, ftillans. o u s'il le faifoit p o u r efpier l'occafion d ' e x e c u t e r f o n deffein , d o n t le d e r n i e r eft le p l u s certain. G a f p a r d e M o r a l e s eftant forty d e s c a n o s p o u r encrer e n terre fer­ m e , e n u o y a B e r n a r d i n d e M o r a l e s a u e c dix h o m m e s p o u r faire v e n i r P a n a l o f a , Se c e u x q u i eftoient a u e q u e l u y , Se q u i eftoient d e m e u r e z à Tutibra, afin d e r e t o u r n e r e n f e m b l é m e n t à D a r i e n . E f t a n t arriuez à v n vilage d o n t le C a c i q u e fe n o m m o i t Chuchamà, q u i eftoit l'vn d e s C o u i u r e z , ils y f u r e n t affez b i e n r e ç e u s Se b i e n trai­ tez. M a i s la nuit eftant v e n u e , & qu'il c r e u t q u e les Caftillans eftoient d a n s v n p r o f o n d f o m m e i l , ilfitm e t -

G


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tre le f e u à la m a i f o n o ù ils d o r m o i e n t , d o n t q u e l q u e s v u s furent bruflez ,& les autres e f c h a p e r e n t . chirucà qui 1 5 1 5. efloit a u e c G a f p a r d e M o r a l e s , a y a n t e u auis q u e les C o n t e r e z eftoient p r o c h e s ; foit qu'il fuft d e la C o n i u ration, o u qu'il euft p e u r d e s Caftillans , s'enfuit a u e c f o n fils cette nuit là. M a i s cela a y a n t efté d e f c o u u e r t par q u e l q u e s Caftillans ,& d e s I n d i e n s , ils allerent a p r e s ,& attrapèrent le p e r e & le fils , qu'ils a m e n e r e n t prifoniers. Ils les t o u r m e n t e r e n t , & les e x p o f e r e n t a u c h i e n , q u i leur bailloit d e s atteintes ; & ils d e c l a r e r e n t enfin c e u x q u i a u o i e n t m i s le f e u à Chuchamà , & q u i a u o i e n t t u é les Caftillans. C e t t e d e c l a r a t i o n c a u f a d e l ' e f p o u u a n t e à G a f p a r d e M o r a l e s ; m a i s il le diffimula p r u d e m m e n t par f i g n e s & p a r p a r o l e s ,& s'auifa auffi toft d ' v n e inu e n t i o n , q u i f u t , q u e Chirucà e n u o y a f t appeller r o u s les C a c i q u e s f e c r e t e m e n t les v n s apres les autres ( il y e n auoit dix-huit ) fous pretexte d e dire q u e l q u e c h o f e d ' i m p o r t a n c e a u a n t qu'ils attaquaffent les Caftillans;le m e n a f f a n t q u e s'il n'eftoit fidele e n c e r e n c o n t r e qu'il le feroit e x p o f e r a u c h i e n . chirucafita d r o i t e m e n t c e d o n t il eftoit r e q u i s , les C a c i q u e s v i n r e n t les v n s apres les a u t r e s , & à m e f u r e qu'ils arriuoient G a f p a r d e M o r a l e s les faifoit m e t t r e à la c h a i n e ,& p a r cette induftric il e u t c o u s les C a c i q u e s e n fa puiffance fans q u e l'on s'en aperçeuft , i u f q u ' à c e qu'ils f u r e n t t o u s prifoniers. D a n s c e m e f m e t e m p s P e nalofa arriua a u e c fes g e n s , d e q u o y M o r a l e s r e ç e u t v n g r a n d c o n t e n t e m e n t & v n e n o u u e l l e v i g u e u r , car il les Gafpar de croyoit p e r d u s . Ils refolurent d'aller c o n t r e les I n d i e n s , Morales chafq u i a t t e n d o i e n t a p r e s leurs C a c i q u e s e n g r a n d e i n q u i e - tie les Indiens t u d e . F r a n ç o i s P i ç a r r o m e n o i t l ' a u a n t - g a r d e , o r d o n n a n t coniurez. cefte baiffée a u trauers d e s E n n e m i s a u a n t le i o u r , difànz Santiago ; lors q u e le iour c o m m e n ç a à paroiftre. l'on c o m p t a fept c e n s I n d i e n s m o r t s a u e c la victoire. G a f p a r d e M o r a l e sfite x p o f e r a u c h i e n r o u s les C a c i q u e s , fans p a r d o n n e r m e f m e à chiruca. E t d ' a u t a n t qu'ilauoit e u auis q u e vers la partie O r i e n t a l e d u G o l f e d e San MiC ij


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H I S T O I R E

DES

INDES

guel il y auoic v n C a c i q u e puiffant appelle Birù, q u e d'autres appelloient Birùquete, il refolut d e l'aller att a q u e r ; l'on tenoit qu'il eftoit fort vaillant, & q u e lors qu'il faifoit la g u e r r e il n e bailloit p o i n t d e quartier à. p e r f o n n e ,& qu'il e n t o u r o i t fa m a i f o n d e s a r m e s qu'il p r e n o i t fur fes e n n e m i s . Q u e l q u e s v n s t i e n n e n t q u e d e c e n o m d e Birù , les Caftillans o n t pris le n o m d e Perou. q u o y qu'ils luy a y e n t d o n n é e n c o r e v n e a u t r e o r i g i n e , c o m m e n o u s v e r r o n s c y - a p r e s . Q u o y q u e c'en foit, les Caftillans a t t a q u e r e n t la m a i f o n d e c e C a c i q u e a u a n t le i o u r , p a r c e qu'ils e n vfoient ainfi le plus f o u u e n t d a n s cette terre f e r m e , m e t t a n t p r e m i e r e m e n t le f e u a u x Les Caftillans maifons quin'eftoient toutes q u e d e paille. Birù s'échaAttaquent le a m a f f a fes g e n s e n fort p e u d e t e m p s , il alla atCacique Birù.p a ,& t a q u e r à f o n t o u r les C a f t i l l a n s ,& c o m b a t i f vaillamm e n t c o n t r e e u x , d e forte q u e l'on fut l o n g t e m p s fans f ç a u o i r d e q u e l cofté tourneroit la victoire ; M a i s e n fin les I n d i e n s prirent la fuitte. G a f p a r d e M o r a l e s v o y a n t q u e ces I n d i e n s eftoient c o u r a g e u x & vaillans, n e v o u l u t pas leur d o n n e r la chaffe, n y a t t e n d r e le h a zard d ' v n f e c o n d affaut, il s'en r e t o u r n a a u vilage d e Chirucà. M a i s les g e n s des d i x - h u i t C a c i q u e s , & lefilsd e Chirucafe v o y a n t fans S e i g n e u r s , & : l u y fans p e r e , refolur e n t t o u s e n f e m b l e d ' a t t e n d r e q u e les Caftillans fortiffent d e cbiruca ,& f o n d a n t fur e u x a u e c i m p e t u o f i t é ils e n blefferent q u e l q u e s - v n s . Il y e u t v n Caftillan q u i foc f r a p p é d'vn d a r d q u i l u y trauerfa l'eftomac, & alla fortir e n t r e les d e u x efpaules, & m o u r u t fur le c h a m p . L e s C a ftillans combatirent vaillamment iufques à la nuit, tuant & bleffant quantité d'Indiens ; mais apres tout ils fur e n t contraints d e p r e n d r e le c h e m i n d e D a r i e n . C e p e n d a n t les I n d i e n s n e p e r d i r e n t p a s c o u r a g e , car ils les p o u r f u i u i r e n t fept i o u r s d u r a n t , e n bleffant toufiours Les Caftitans q u e l q u e s - v n s & les Caftillans t u a n t auffi q u e l q u e s I n prennent la d i e n s . E n f i n les Caftillans v o y a n t q u e les I n d i e n s a fuitte. u o i e n t e n u i e d e perir o u d e les e x t e r m i n e r , refolurent d e fe retirer fecretement c. E t d ' a u t a n t qu'il y e n auoit v n 1515,


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entre e u x fort bleffé, & q u i à c a u f e d e fa bleffure n e p o u u o i t c h e m i n e r , appelle V e l a f q u e z , p o u r n e p a s d e - 15 1 5. meurer e n t r e les m a i n s d e s I n d i e n s e n v i e , d e crainte Vn Cajltllanft d e leur feruir d e v i c t i m e , il refolut d e fe p e n d r e , les defefpere. autres n e l ' e n p o u u a n t d e f t o u r n e r ,& luy m e f m e les prioit d e le vouloir faire. L e s Caftillans d o n c p o u r faciliter leur fuitte a l l u m e - Notable rerent d e nuit plufieurs f e u x , & c e p e n d a n t qu'ils b r û - natte des Caloient ils c o m m e n c e r e n t à c h e m i n e r : m a i s les I n d i e n s ftillans. les e n t e n d a n t toufiours les p o u r f u i u i r e n t ; & c o m m e le iour fut v e n u , les Caftillans fe t r o u u e r e n t e n t o u r e z d e trois e f c a d r o n s . L e C a p i t a i n e M o r a l e s c o n f i d e r a n t q u ' e n c o m b a t a n t cela n e feroit p a s a u a n t a g e u x p o u r luy , refolut d e d e m e u r e r là i u f q u e s à la n u i t , & vers la m y nuit il fit a l l u m e r les f e u x a c c o u f t u m e z , & c o m m e n ç a fa m a r c h e ; m a i s les I n d i e n s q u i n e d o r m o i e n t p a s n o n plus q u ' e u x le f u i u o i e n t ,& blefferent e n c o r e q u e l q u e s Caftillans, lefquels, auec le chien , & les arbaleftes, & quelquefois auec les efpées,en tuoient quàtité; & eftoient t e l l e m e n t 1allez& eftourdis,& c o m m e a u defefpoir, qu'ils fe f o u r o i e n t a u m i l i e u d e s d a r d s d e s I n d i e n s , l e s t u a n t& bleffant fans fçauoir p r e f q u e c e qu'ils faifoient. G a f p a r d e M o r a l e s a u milieu d e tous cesdefordres à chaq u e pas qu'il faifoit i n u e n t o i t toufiours q u e l q u e n o u v e a u ftratagefme, q u i leur faifoit e f c h a p e r la vie ; fi b i e n qu'il t r o u u a v n m o y e n p o u r arrefter la pourfuitte d e leurs e n n e m i s ; q u i fut d e tuer q u e l q u e s I n d i e n s d e c e u x qu'il auoit a u c q u e luy , car il e n auoit q u a n t i t é , afin q u e la c o m p a f f i o n d e s E n n e m i s les arreftaft p o u r p l o ter leurs f e m b l a b l e s ,& q u e p e n d a n t c e t e m p s - l à ils leur p o u r r o i e n t d o n n e r lieu d ' a u a n c e r c h e m i n . M a i s c e la n e leur feruit p a s d e b e a u c o u p , p a r c e q u e les I n d i e n s n'abandonnerent point leur pourfuitte neuf iours durant; & ce qui manquoit le plus aux Caftillans eftoit l'efp e r a n e c d e p o u u o i r f a u u e r leur v i e , p a r c e q u e c o m m e ils alloient à trauers c h a m p & fans g u i d e , tantoft d ' v n c o f t é , tantoft de l'autre, f e l o n qu'il c o n u e n o i t p o u r C iij


22 J

ï 5 5-

HISTOIRE

DES

INDES

leur d é f e n f e , ils fe t r o u u e r e n t enfin a u m e f m e lieu o ù les e f c a d r o n s les a u o i e n c a t t a q u e z la p r e m i e r e fois, c e q u i leur caufa v n e g r a n d e affliction. Ils fe m i r e n t d a n s v n bois fort efpais, o ù ils rentrerent d e fievre e n c h a u d m a l , c o m m e l'on d i t , car ils firent r e n c o n t r e d e trois troupes d'Indiens , o ù la fatigue c o m m e n ç a à leur r e d o u b l e r , a u e c le peril : M a i s c o m m e ils n e c o m b a t o i e n t defia plus c o m m e des h o m m e s , m a i s plutoft c o m m e d e s beftes f e r o c e s , defefperez d e tout falut, ils r e c o u u r e r e n t v n n o u u c a u c o u r a g e , & d e n o u u e l l e s forces, c o m m e s'ils euffent c o m m e n c é tout d e n o u u e a u à c o m b a t t r e , Se n e laiffercnt a u c u n i n d i e n e n vie d e c e u x q u i s'efloient p r e fentez à e u x . C o m m e ils penfoient auoir q u e l q u e f o u l a c e m e n t p a r cette victoire , il leur arriua v n autre i n c o n u e n i e n c , & : v n e terrible afffiction, q u i fut, qu'ils r e n c o n t r è r e n t v n e g r a n d e m a r c d a n s laquelle ils furent contraints d e c h e m i n e r tout le iour d a n s l'eau iufques à la ceinture.

. LES INDIENS DE tenths Caftillans,

ZENV &

MALTKAJ-

les mettent

C H A P I T R E

en

déroute.

VI.

q u e les Caftillans furent fortis d e ces m a rc (cages a u e c d e s trauaux incroyables, ils arriucrent à la m e r , Se fe t r o u u e r e n t e n v n lieu o ù la m a r é e eftoit m o n t é e fur terre trois toifes d e h a u c , Se plus j & a p p r é h e n d a n t q u efil'eau les g a g n o i t , ils e u f fent pery fans r e m e d e , ils fe hafterent tant qu'ils p u r e n t d e m o n t e r fur v n e coline , & c h e m i n a n t toufiours d a n s l ' a p p r e h e n f i o n ils e n t e n d i r e n t v n e r u m e u r d'Indiens ; Se t r o u u c r e n t q u e c'eftoient q u a t r e c a n o s q u e d e s i n d i e n s attiroient à e u x d a n s l'antre d'vne r o c h e . L e s I n d i e n s a p e r ç e u a n t les Caftillans, prirent la fuitte , m a i s les C a PRÈS

A


O C C I D E N T A L E S , L I V R E I.

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ftillans les attraperent ; Se D i e g o D a ç a , a u c c d'autres 1515. q u i furent apres e u x , tirerent les c a n o s e n m e r p o u r aller c h e r c h e r G a f p a r d e M o r a l e s , q u i s'eftoit e f g a r é d e s a u t r e s , & a p r e s l'auoir c h e r c h é trois iours fans le r e n c o n t r e r , il e n u o y a N u f l o d e V i l l a l o b o s , & d e u x autres b o n s n a g e u r s p o u r l'aller c h e r c h e r d a n s v n m a rais ; p a r c e qu'il f e m b l o i t q u e M o r a l e s n y c e u x q u i eftoient a u c q u e l u y n e p o u u o i e n t fortir d ' o ù ils eftoient f a n s c a n o s ; car le lieu o ù ils s'eftoient retirez eftoit f a n g e u x & plein d e r o c h e s . E n f i n le reflux q u i eft fort v e h é m e n t e n cet e n d r o i t les ietta d a n s v n golfe, o ù ils p e n Les Caftomma, foient eftre p e r d u s . D i e g o D a ç a les a p e r ç e u t c o m m e ayant trouué ils paffoient v n e l a n g u e d e terre q u i a u a n ç o i t e n m e r , Morales, reSe les alla fecourir a u e c v n c a n o . A p r e s qu'ils e u r e n t tournent a, t r o u u é M o r a l e s il prirent tous le c h e m i n d e D a r i e n , & Darien. allerent p a r la terre d u C a c i q u e Comagre ; m a i s lors qu'ils p e n f o i e n t q u e les I n d i e n s d o r m o i e n t , ils t r o u u e rent qu'ils les a t t e n d o i e n t les a r m e s à la m a i n , afin d e Jes e m p e f e h e r d'entrer fur leurs terres. L ' o n c o m b a t i t v a i l l a m m e n t d e p a r c Se d'autre ; p a r c e q u e les foldats eftoient t e l l e m e n t a c c o u f t u m e z d e c o m b a t t r e qu'ils n e fe f o u c i o i e n t n y d e s fatigues, n y d e s c o u p s . Ils t u e r e n t q u a n t i t é d ' I n d i e n s , Se d u cofté d e s Caftillans il n'y e n e u t q u ' v n d e t u é , Se q u e l q u e s - v n s d e bleffez ; m a i s les I n d i e n s prirent la fuitte, Se p a r cette fuitte les Caftillans e u r e n t le t e m p s , d'arriucr à la terre d u C a c i q u e Careta, Se d e là à D a r i e n . E n c o r e q u e d e i o u r e n i o u r le n o m b r e d e s Caftillans d i m i n u a f t d a n s D a r i e n , tant d e c e u x q u e les I n d i e n s t u o i e n t , q u e d e c e u x q u i m o u r o i e n t d e m a l a d i e , p a r les g r a n d s t r a u a u x qu'ils fouffroient , P e d r a r i a s n e ceffoit p o u r cela d ' e n u o y e r d e tous coftez d e s e f q u a d e s d e g e n s d e g u e r r e p o u r faire d e s c o u r f e s , a u e c o r d r e a u a n t t o u tes c h o f e s , d e faire les f o m m a t i o n s , felon qu'il a u o i t efté o r d o n n é e n Caftille. Il e n u o y a e n t r autres T e l l o d e G u z m a n , a u e c o r d r e d e p r e n d r e a u c q u e l u y les g e n s q u e I c a n d e A y o r a a u o i t laiffez d a n s le vilage d e Tuba-


HISTOIRE DES INDES 24 namà , & q u e d e là il s'en allaft d e f e o u m i r tout c e qu'il 1 5 1 5.

pourroit le l o n g d e la m e r d u S u d vers le P o n a n c e n defc e n d a n c , Et c o m m a n d a au Capitaine François d e Vallejo d'allerauec foixante & dix h o m m e s c o n t r e les g e n s d'Vraèàyï caufe qu'ils moleftoient q u e l q u e f o i s c e u x d e D a r i e n , iufques à venir tirer des fléches d a n s les m a i f o n s . F r a n ç o i s d e Vallejo eftant arriue vers les Ranchos, q u e l'on dit a u i o u r d ' h u y de Badillo , q u i f o n t à trois lieues d'Vrabà

les attaquafelon lacouftume, deux heures auant leiour, firent toutes les diligences poffibles à chercher tout Pedrarias en- l'or qu'ils p e u r e n t r e n c o n t r e r ; car ce lieu auoit la renoyé TeHo p u t a t i o n d'y e n auoir quantité , & c e p e n d a n t les I n de Guzman diens a u e c leurs fléches e m p o i f o n n é e s , bleffoient b e a u pour defcouc urir le Ponant o u p d e Caftillans ; m a i s les Caftillans les ferrerent d e fi prés qu'ils furent contraints d e fe retirer, Ils entreen descendant. rent plus a u a n t e n terre, & fe ioignirent a u e c d'autres In-, Ceux d'Vrabà diens , qui d u t e m p s d ' O j e d a , & d e Chriftofle G u e r r a , mal-traitenta u o i e n t toufiours e u d e l'indignation c o n t r e les C a f t i ceux de Da- llans ; d e forte qu'ils c o m b a t i r e n t v n l o n g efpace d e rien. t e m p s , & e n blefferent q u e l q u e s v n s , qui m o u r u r e n t e n r a g e z ; à caufe d e q u o y les Caftillans furent contraints d e fe retirer à la côfte, par o ù ils eftoient entrez. Eftant arriuez à la riuierede las Redes, ils firent certains r a d e a u x p o u r fe deffendre d a n s l'e2u a u e c d e s m o r c e a u x d e bois, & d e s b a n d e s d e c a n o s , liez les v n s a u x autres, a u e c d e c e r taines racines, e n f a ç o n d e lierre, q u i feruoient d e lanières, o u a u e c q u e l q u e s c o r d a g e s dontilseftoient t o u jours fournis p o u r s'en feruir d a n s d e f e m b l a b l e s o c c a fions. M a i s c o m m e ils fe precipitoient trop p o u r fe fauuer, ils n'attachèrent pas bien les r a d e a u x , e n forte q u e les pieces c h e u a u c h o i e n t les v n e s fur les autres, fi bien qu'il falut qu'ils les fouftinffent a u e c les b r a s , & d e f c e n d o i e n c ainfi le l o n g d e la riuiere a u e c b e a u c o u p d e fatigue. E t c o m m e ils n e p o u u o i e n t pas fubfifter l o n g t e m p s e n cet « te pofture, fans fe n o y e r t o u s , lors qu'ils paffoient fous q u e l q u e s a r b r e s , ils fe p e n d o i e n t a u x b r a n c h e s qu'ils p o u u o i e n t attraper , c r o y a n t viure plus l o n g t e m p s ; mais


O C C I D E N T A L E S , L I V R E I.

25

mais leurs bras venant à fe laffer ils tomboient là , & le noyoient. D'autres qui auoient plus de force & de 1515. v i g u e u r arriuoient à t e r r e : m a i s les I n d i e n s q u i n e les quittoient p o i n t d e v e u ë les a c c a b l o i e n t auffi toft d e Les Indiens leurs fléches e m p o i f o n n é e s , d o n t il n ' e n e f c h a p o i t a u - maltraitent les Caftillans auec c u n . C e u x q u i p a r v n g r a n d m i r a c l e p u r e n t e c h a p e r d e leurs fleches ce peril ,& a b o r d e r à la côfte de la m e r fe f a u u c r e n tempoifonées. à D a r i e n , d e forte q u e d e foixante& dix q u i eftoient allez à c e v o y a g e , il e n m o u r u t q u a r a n t e - h u i t ,& d e c e u x q u i reiterent q u i a u o i e n t efté blcffez il e n r é c h a p a fort peu. P e d r a r i a s p i q u e a u vif d e cet affront , e n u o y a le C a -Pedrarias enpitaine F r a n ç o i s B e z e r r a d a n s v n nauire, a u e c c e n t q u a - uoyc François tre-vingts h o m m e s ,& v n g r a n d appareil d e g u e r r e , Becerra au Zenù. trois pieces d'artillerie , q u a r a n t e arbaleftriers ,& v i n g t cinq arquebufiers,& le t o u t e n b o n o r d r e C e s g e n s - c y fortirenr à deffein d ' a u a n c e r i u f q u e s à la p r o u i n c e d e Zenù, & d e la traueifer , p a r c e q u e le B a c h e l i e r E n c i fe n'y auoit p a s bien-reüffi, F r a n ç o i s B e z e r r a d é b a r q u a e n la côfte d ' V r a b à , à c a u f e q u e P e d r a r i a s luy a u o i t c o m m a n d é d e deftruire t o u t c e qu'il r e n c o n t r e r o i t e n f o n c h e m i n , m a i s il entra d a n s d e s terres par d e s c h e m i n s q u e i a m a i s p e r f o n n e n'auoit c o n n u s , n y fçeu d e p u i s p a r o ù il eftoit e n t r é , n y q u ' o n a y e i a m a i s p u a p p r e n d r e a u c u n e s n o u u e l l e s d e l u y , n y d e c e u x q u i eftoient a u e q u e luy. P a r c e q u e c o m m e ils alloient d e vilage e n vilage , quelquefois combattant contre les Indiens, & d'autres fois fuyant, il y demeuroit coufiours de fes gens, q u e les I n d i e n s t u o i e n t a u e c leurs fléches e m p o i f o n nées ; & p o u r fe m i e u x d e f e n d r e c o n t r e les Caftillans ils a b a t o i e n t les arbres p a r o ù ils d e u o i e n t paffer p o u r ies e m b a r a f l e r ; puis fe m e t t a n t à l'abry d e s autres ar bres ils leurs tiroient leurs fléches fans qu'ils fuffent aperçeus. Ioint q u e l'efpaiffeur d e s bois leur feruoit b e a u c o u p , & leur d o n n o i c v n g r a n d a u a n t a g e , à c a u f e d e leur legereté , qu'ils eftoient n u d s ,& qu'ils y e n v o i e n t& e n fortoient c o m m e b o n leur fembloic. L o r s D 2.

Dec.


26

HISTOIRE

DES

INDES

q u e les Caftillans furent a r m i e z a u fleuue d e Zenu , q u i paffe a u pied d u principal vilage , ils t r o u u e r e n t les gens pacifiques e n a p p a r e n c e , m a i s e n effet diffimulez & mal Les Indiens intentionez. C o m m e le fleuue eft large& p r o f o n d , les mettent les Caftillans fe laifferent paffer d a n s d e s c a n o s , & c o m m e Caftillans en ils n e p o u u o i e n t pas t o u s paffer e n f e m b l e il e n paffa la déroute,&les m o i t i é à l'autre b o r d , le refte d e m e u r a n t d e l'autre cofté; tuent. d e forte qu'eftant ainfi diuifez, les I n d i e n s q u i eftoient e n e m b u f c a d e d e s d e u x coftez d u fleuue fe ictterentfur e u x ,& les furprirent d e telle forte qu'il n'en refta a u c u n e n vie. Ainfi ils p a y e r e n t a u x d e f p e n s d e leur vie l'indifcretion o ù ils s'eftoient laiffé t o m b e r , d e s'eftre p a r trop fiez a u x I n d i e n s ,& d e s'eftre laiffez feparer L e s nouuelles d e c e defaftre furent apportées à P e d r a rias par v n g a r ç o n I n d i e n q u i eftoit allé a u e c e u x , & q u i eftoit feruiteur d e q u e l q u ' v n des Caftillans, quis'éc h a p a& fe c a c h a d a n s les m o n t a g n e s & d a n s les antres d e s rochers le l o n g d u i o u r , & c h e m i n o i t d e n u i t , iufq u e s à ce qu'enfin il arriua à D a r i e n fans p o u u o i r proferer \ n e feule p a r o l e , m o u r a n t d e faim ,& d e laffitude. 1515.

L'ADMIRAL DIEGO COLON PASSE en Caflille. lean Diaz de Solu de feouure EL R I O DE LA PLATA. Sa

C H A P I T R E

mon,

VIL

A D M I R A L D i e g o C o l o n ayant e u la permiffion. d u R o y p o u r paffer e n Caftille, arriua à S a n L u car le 9. iour d'Avril. L e R o y t e f m o i g n a eftre L'Admiral Diego Colon fort c o n t e n t d e fa v e n u e , & luy efcriuit; & o r d o n n a paffe en Caftilq u ' e n fa conflderation, afin qu'il n e laiffaft point les I n le,&eftbien diens e n la poffeffion d e c e u x q u i eftoient v e n u s aucrefeu du Roy, q u e l u y ; Q u e les i n f o r m a t i o n s q u e l'on auoit faites

L


O C C I D E N T A L E S , L I v R E I.

27

c o n t r e l ' A d m i r a i d a n s S . D o m i n i q u e , p r e t e n d a n t qu'il cuft à fatisfaire à q u e l q u e s torts q u e d e s particuliers a1515. u o i e n t r e ç e u s d a n s le p a r t a g e qu'il auoit fait d e s I n d i e n s d e l ' E f p a g n o l l e , lors qu'il e n efloit le G o u u e r n e u r ; L e s luges d ' A p p e l l a t i o n n y d e s autres Iuflices n e p r o c e ­ d a i e n t p o i n t à l'encontre d e l u y ; m a i s qu'ils euffent à e n u o y e r la relation d e c e q u i fe paffoit. M a i s n o n o b f t a n t tout cela o n n e laiffa p a s d e faire d e s affronts à D o n a M a r i a d e T o l e d e fa f e m m e & d e luy d o n n e r plufieurs m é c o n t e n t e m e n s . E t parce q u e le R o y fçauoit b i e n q u e l ' A d m i r a l p r e t e n d o i t a u o i r fa part desprofitsdesprouinces d e Caftille d e l'Or , difant q u e cette cerre auoit efté def­ c o u u e r t e p a r fon pere ; puis qu'il auoit d e f c o u u e r m bredépits, Forto-bilo,&cl Retrete, q u i font c o m p r i s Le dans Roy fait la m e f m e terre d e Caftille d e l'Or ; il m a n d a a u x Officiersfaire informad e la M a i f o n d e Contractation d e Seuille, qu'ils e n u o y a f tien contre les fent des interrogatoires dans lesIflesEfpgnolle,d e faint pretenfions de Iean d e Huclba, d e Talos, & d e Moguer, & a u x autres Colonlieux d u C o m t é , p o u r chercher des cefmoins , M a r i ­ niers, d e ceux qui auoient nauigé auec l'Admirai C h r i ftofie C o l o n , p o u r p r o u u e r qu'il n'auoit p a s defcouuert la terre d e Darien, n y le golfe d'Vraba. E n f i n l'Ad­ mirai D i e g o C o l o n auoit toufiours q u e l q u e chofe à d é mefler auec le Fifc, e n difant qu'il eftoit heritier des trau a u x d e fon pere. D a n s ce m e f m e t e m p s le R o y preffoit fore , d e faire partir l'armée au c o m m e n c e m e n t d e cette a n n é e , p o u r aller contre les C a r i b e s , & q u e les d e u x nauires qu'il auoit fait aprefter p o u r Iean D i a z d e Solis partiffent e n bref p o u r ailer defcouurir le long d e la côfte d e terre f e r m e a u S u d , par v n e ialoufie qu'il auoit d e s P o r t u gais, & pour facisfaire à l'opinion des C o f m o g r a p h e s , qui difoient q u e l'on pourroit trouuer d e ce coflé là v n pafiage p e u r aller à l'Efpicerie. S u i u a n t cette precipitation les Officiers d e la m a f o n d e Contraécation d e Seuille fupplierent le R o y d e faire dorefnauant preparer fes ar­ m é e s d e t e m p s e n t e m p s ,& q u e l'on c o m m e n ç a f t à les D ij


H i s t o i r e

28

des

I n d e s

leuer à loifir, afin qu'elles fuffent mieux 1

5

55.

qui leur feroit neceffaire. Et parce tes ces

remonftrances

preffer,

les deux

partir , il y en

le Roy

nauires

eut

vn

qui

trauailla promptement de

faire voile en

Solis apres auoir

ce que

ne

fort peu reçeu

Diaz

nauiger, &

s'ouurit ; mais

année.

comme

Enfin

Il prit fa route

homme ordre

vers

l'on

lean

des liberalitez du

Diaz

Roy,

de

par­

fon

temps

à fa mai fon

mille , il fortit de L e p e le huitiefme cette

les

prefts

, il fut en eftat

de temps.

donné

de

eftant

ce

tou­

laiffoit pas

lean

c'eftoit le plus excellent

l'art de

ce

nonobftant

à le racommoder

de

en

de

pourueües

que

&

iour d'Octobre Santa

CruZ

fa­ de

de l'ifle

de Tenenfe dans les Canaries. Il entra dans le port, & en fortant il nauigea vers Caho frio , qui eft au 22. de­ lean Diaz, de detny de l'Equinoctial de ce cap. Il vit la cofte Solis va def- gré & nauigeant au couurir Cabo de San Roque, fituée au fixiefme degré, & frio. Sud quart Sudvveft , les Pilotes difoient qu'ils alloient à Barloucnto

du cap de San Aguftin,

lieues ; Et les courants voulant du

aller vers

cap de

gré &

vn

San quart

tre degrez

cofté

auoir

paffé

deux

degrez,

de l'autre cofté

de

du

autant

, ils perdirent

d'efpace

fembloit

qu'ils defcouuroient

rent que

c'eftoient deux

du

cofté

Sotouento de­

i'Equinoctial,félon Et

du

qua­

Equinoctial-

les gardes.

les gardes

petites nuées

que

qui eft au 8.

qu'ils arriuaffent à la ligne Nort

dix

forts,

qu'ils firent en cette nauigation.

auant

]e du

quatre-vingt

l'Eft, ils les reiettoient à

Aguftin

la fupputation

à

eftoient fi frequents,&

Sud, du

Apres ils leur

Sud, &

blanches.

di­

Mais ils

Il paffe la ligne fe tromperent en cela , parce que ces nuées parurent & fe Equinoctialle,diffiperent en vn mefme lieu , felon la qualité de l'air qui couroit ils trouuerent

; Et du Caho frio au cap de

treize degrez

eftoit fi bas , qu'on hauteur Il arriue au

du

Ils arriuerent

l'Equinoctial

le put

SanA g u f t i r,

trois quarts, & le Cabo frio reconnoiftre

que

par

la

degré.

fleuue de Ge­ qu'ils trouuerent nero-

ne

&

au au

fleuue

Genero

en

vingt-deuxiefme

au Sud ;&

depuis

la cofte du degré

Brrfil,

vn tiers de

ce fleuue iufques au

Cap


O C C I D E N T A L E S , LIVRE

I.

29

de Nauidad, q u i eft la côfte d e N o r d e f t - Sudeft , ils trouuerent la terre baffe& q u i au a n ce b e a u c o u p e n 15 1 5. m e r . Ils n e s'arrefterent point iufques a u fleuuc d e los Inlocentes , qui eft a u 23. d e g r é & v n quart. D e là ils allèrent a u C a p d e la Cananée, qui eft a u 25. d e g r é iuftejnent , d'où ils prirent la route e n d e d a n s l'Ifle , qu'ils appelerent de la Plata , cheminant vers le Sudeft , & furgirent enfin à vne terre qui eft au 27. degré de la lig n e , q u e D i e g o d e Solis appella la Bahia de los perdidos. Il paffe le cap D e là ils pafferent le C a p d e las Corrientes ,& allerent de aborder e n v n e terre a u 29. d e g r é ,& coururent à la las Corien v e u ë d e l'Ufle d e San Sebaftian de Cadiz , o ù il y a tes. trois autres Ifles, qu'ils a p p e l e r e n t de los Lotos , & d a n s le port d e nueftra Senora de la Candeleria-, qu'il trouuerent a u 35.degré, ils e n prirent poffeffion a u n o m des R o i s d e Caftille. D e là ils allerent furgir a u fleuue de los Patos a u 34. degré v n tiers ,& entrerent auffi oft d a n s v n e eau , qui p o u r eftre fort fpacieufe & n u l l e m e n t falée ils rappellerent la m e r d o u c e ,& qui puis apres fit paroiftre , q u e ce n'eftoit q u e le fleuue q u e l'on appelle Il defcouure auiourd'huy Rio de la Plata , & alors ceux qui a c c o m el rio de la p a g n o i e n t D i a z d e Solis , dirent d e luy ; q u e d e là il plata, appelle depuis, de Sos'en alla dans v n nauire , qui eftoit v n e carauelle Latiliz. n e , p o u r reconnoiftre l'entrée par l'vn des coftez d u fleuue, & força le courant d u fleuue e n r e m o n t a n t p r o c h e v n e Ifle d e m o y e n n e g r a n d e u r fituée a u 34. d e g r é d e u x tiers. C o m m e ils alloient toufiours coftoyant la terre iufques à arriuer à la hauteur fufdite , ils defcouuroienc Les Indiens quelquefois des montagnes & de grands precipices, & des peuples del rio de la le long des riuages. Et dans le fleuue de la plata offrent ce Plata ils defcouurirent quantité de maifons d'Indiens, & des qu'ils ont aux Caftillans. gens qui regardoient auec grande attention paffer ce nauire,& qui par lignes leur offroient ce qu'ils tenoient , & le pofoient contre terre. Diego de Soliz fe v o y a n t tenté par l'offte q u e ces Indiens luy faifoient, V o u l u t voir quelles g e n s c'eftoient,& p r e n d r e q u e l q u e D iij


30

H I S T O I R E

DES

INDES

h o m m e p o u r m e n e r e n Caftille. 11 d e f c e n d i c à terre au e c e e u x q u i p o u u o i e n t tenir d a n s J a b a r q u e . M a i s d é s q u e les I n d i e n s q u i a u o i e n t m i s q u a n t i t é d e tireurs d'arc e n e m b u f c a d e , virent q u e les Caftillans eftoient v n p e u efloignez du riuage, ils les vinrent tous enueloper , & les tuerent fans que l'artillerie de la carauelle les puft d e f f e n d r e . A p r e s les auoir deffaits ils e m p o r t e r e n t les Ils tuent leanc o r p s fur leurs efpaules ; puis s'efloignant d a u a n t a g e Diaz de Solisd u b o r d d u fleuue, & e n p r e f e n c e d e c e u x q u i eftoient & ceux qui t- reftez d a n s la carauelle , ils leur c o u p e r e n t la telle,les ftoient ayeque bras& les p i e d s , & firent roftir les c o r p s entiers& les luy. m a n g e o i e n t . C e t e f p o u u a n t a b l e m a f f a c r e c o m m i s à la v e u ë d e la carauelle , l'obligea d'aller c h e r c h e r l'autre nauire, & tous d e u x e n f e m b l e s'en r e t o u r n e r e n t a u c a p d e o ù il c h a r g e r e n t d u brezil ,& s'en retourn e r e n t e n Caftille. E n f i n voila lafind e l e a n D i a z d e Solis, plus f a m e u x Pilote q u e b o n C a p i t a i n e . 1515.

San Aguftin,

IEAN PONCE DE LEON S'EMBARQUE auec l'armée pour aller contre les Caribes, qui le maltraitent en l'lfle de Guadalupe. Et enfin l'on baille permifsion generale pour armer contre eux. C H A P I T R E

VIII.

' O N receuoit tous les iours d e n o u u e a u x auis en Caftille des torts que les Caribes faifoient, & qu'auec leurs canos & leurs Piragues ils faifoient d e s courfes i n c e f f a m m e n t d a n s la plus part d e s Plaintes contre Ifles, & d a n s la terre f e r m e , c h e r c h a n t les h o m m e s p o u r les Caribes. les m a n g e r ; & qu'ils s'eftoient e m a n c i p e z d'entrer d a n s l'Ille d e Cubagua ,& qu'eftant v e n u s a u x m a i n s a u e c les h a b i t a n s d e l'ifle , a u e c l'aide d e s Caftillans ils f u r e n t maltraitez ; p a r c e q u e d a n s ce m e f m e t e m p s il p a f f a p a r

L


OCCIDENTALES,

LIVRE

I.

31

là v n n a u i r e q u i les deffendit ,& les tira d u peril o ù ils eftoient» d e q u o y les I n d i e n s d e Cubagua d e m e u r e r e n t 1515. fort fatisfaits. L e R o y aprit e n c o r e , q u ' v n n a u i r e eftant f o r t y d e l'Ifle E f p a g n o l l e e n a u o i t c a p t i u é c e n t q u a r a n t e , & q u e le C a p i t a i n e Gille d ' v n a u t r e cofté e n auoitpris vingt-fept, & tenoit affiegé le C a c i q u eHuey,fam e u x C a p i t a i n e d e s C a r i b e s ;& q u e p o u r les torts& d o m m a g e s q u e ces g e n s i n h u m a i n s faifoient d a n s l'Ifle E f p a gnolle& d e S. I e a n , ils fuplioient le R o y d'y r e m e d i e r , e n les d e c l a r a n t t o u s p o u r e n n e m i s . E t q u o y qu'il euft declaré c e u x d e l'Ifle d e G u a d a l u p e p o u r tels , & qu'il Le Roy declacuft d o n n é c o m m i f f i o n à I e a n P o n c e d e L e o n p a r t i c u - re pour Ennel i e r e m e n t , d'aller c o n t r e e u x,& c o n t r e c e u x d e C a r - mislesIndiens t a g c n e ,& des ifles c i r c o n u o i f i n e s , il n e v o u l u t p a s faire de Guadalupe, v n e D e c l a r a t i o n g e n e r a l e c o n t r e t o u s c e u x q u e l'on l u y n o m m a p o u r C a r i b e s . il v o u l u t a u a n t t o u t e s c h o f e s q u e l'on certifiait il c e u x q u e l'on auoit pris eftoient d e c e u x là,& q u e c e u x q u i n e feroient p a s t r o u u e z tels fuffient r e n u o y e z auffi toft e n leurs terres , p a r c e q u e l'on r e m a r q u o i t b e a u c o u p d e paffion e n t r e les Caftillans. E t afin q u e cette D e c l a r a t i o n g e n e r a l e q u e l'on d e m a n d o i t fe rift a u e c v n e m e u r e deliberation d u C o n f e i l , le R o y m a n d a aux luges d'Appellation, d e p r e n d r e auec e u x frere Pierre d e C o r d o u ë V i c a i r e d e l ' O r d r e d e faint D o m i n i q u e d a n s les I n d e s ; le G a r d i e n d e faint F r a n ç o i s d e la ville d e fanto Domingo , & d'autres v e n e r a b l e s R e ligieux,& q u e c o n i o i n t e m e n t e n f e m b l e ils viffent les i n f o r m a t i o n s q u e l'on auoit dreffées fur c e fuiet ; qu'ils e n d o n n a f f e n t leurs auis,& q u e i u f q u e s à c e , l'on n e feroit a u c u n e D e c l a r a t i o n . Il o r d o n n a auffi à P e d r a r i a s qu'il fçeuft a u v r a y , fi les I n d i e n s o ù les P o r t u g a i s a u o i e n t a b o r d é , eftoient C a r i b e s , & qu'il e n u o y a f t f o n f e n t i m e n t là deffus. E n f i n l e a n P o n c e d e L e o n partit a u e c f o n a r m é e a u Ieon Ponce de c o m m e n c e m e n t d u m o i s d e M a y , a u e c o r d r e d e p r e n - Leonpartauec d r e les C a r i b e s a u e c le m o i n s d e f c a n d a l e qu'il p o u r - fon armée. suit; afin q u e les I n d i e n s q u i n'eftoient p a s C a r i b e s n e


32

HISTOIRE

DES

INDES

s'en formaliffent p a s , Se qu'ils fçeufient q u e l'on n e falfoit la g u e r r e a u x C a r i b e s qu'à caufe d e s torts qu'ils leur faif o i e n t , afin qu'ils puffent vinre a u e c plus d'affeurance & d e liberté, Il prit fa r o u t t e droit à l'Ifle d e G u a d a l u p e , d o n t f o n a n c i e n n o m eftoit Guacana ; il d e f c e n d i t d e s g e n s à terre p o u r c h a r g e r d u bois Se d e l'eau , Se d e s f e m m e s p o u r b l a n c h i r le l i n g e , a u e c d e s foldats p o u r les d e f f e n d r e . M a i s les C a r i b e s q u i s'eftoient m i s e n e m b u f c a d e les a t t a q u e r e n t ; e n t u e r e n t la plus part , Se captiu c r e n t les f e m m e s . l e a n P o n c e d e I e o n i n d i g n é d e c e m a u u a i s f u c c é s , fe retira à l'ifle d e S. l e a n , o ù eftant t o m b é m a l a d e , o u p o u r d'autres raifons; q u o y q u e q u e l q u e s v n s t i e n n e n t q u e c e fut à c a u f e d e l'affront qu'il v e n o i t d e receuoir à Guadalupe , d e m e u r a là; & e n u o y a e n fa p l a c e a u e c l'armée e n la côfte d e terre f e r m e le C a p i t a i n e Z u n i g a , q u i n e s'aquita pas bien d e fa c h a r g e , l'armée n e p r o d u i f a n t pas les effets q u e le R o y e n auoit cfperé ; m a i s a u contraire quantité d'excés. C e p e n d a n t c o m m e l e a n P o n c e auoit la qualité d e G o u u e r n e u r , & l'ordre d e faire les partages d'Indiens; p a r c e qu'il n'en c o n t e n t a pas plufieurs q u i n e luy eftoient pas a m i s , cela caufa d u trouble d a n s l'Ifle , Se A n t o n i o S e d a n o M a i f tre d e s C o m p t e s , h o m m e d e coeur, eut b o n n e part d a n s c e trouble. D u p e u d e fruit q u e cette a r m é e auoit r a p p o r t é il e n refulta v n e permiffion g e n e r a l e à tous les Permiffion geCaftillans, d ' a r m e r c o n t r e les C a r i b e s , Se d e les p r e n d r e nerale d'armer p o u r d e s efclaues; a u e c deffenecs fur p e i n e d e la vie d e contre les Cat o u c h e r à c e u x q u i n'eftoient pas C a r i b e s . ribes. D a n s c e m e f m e t e m p s , Pedrarias q u i auoit q u e l q u e s vaiff e a u x , q u i eftoient fort v i e u x , d o n n a permiftion d'en r e n u o y e r v n e n Caftille q u i a p p a r t e n o i t à Pierre H e r n a n d e z Heutro de Palos c e vaiffeau paffa p a r l ' E f p a g n o l l e , d ' o ù a y a n t pris la r o u t e d e Caftille, Se a y a n t n a u i g é trois c e n s lieues , c e u x d e d e d a n s a p e r ç e u r e n t q u e le vaiffeau faifoit b e a u c o u p d'eau ; Se q u o y q u e v i n g c i n q p e r f o n n e s q u i eftoient d e d a n s fiffent tout c e qu'ils p u r e n t p o u r y r e m e d i e r , Se qu'ils virent qu'il n'y auoit pasmoyen

1515.


OCCIDENTALES,

L I V R E I.

33 m o y e n d e le f a u u e r , & qu'il alloit c o u l e r à f o n d ; t o u t ce qu'ils p u r e n t faire , fut d e d e f c e n d r e e n diligence la 1 5 1 5. c h a l o u p e e n m e r , & à p e i n e c u r e n t - i l s le t e m p s d e fe m e t t r e d e d a n s , q u e l'eau g a g n o i c defia le b o r d d u vaiff e a u , & c o u l a à f o n d . C e p e n d a n t c o m m e ces g e n s eftoient tout t r a n f p o r t e z d e c e n a u f r a g e , la d i l i g e n c e Naufrage d'vn qu'ils firent p o u r fe f a u u e r , leur fit oublier d e p r e n d r e nauire de la des viures , la carte m a r i n e , & l a b o u f f o l e ; il y eut f e u - flotte de Pel e m e n t v n i e u n e g a r ç o n q u i prit e n t r e fes m a i n s e n u i r o n drarias. d e u x liures d e bifeuit,& c o m m e ces h o m m e s fe t r o u uerent laffez , fatiguez & d e b i l e s , à f o r c e d'auoir r a m é a u milieu d ' v n e fi g r a n d e e f t e n d u ë d e m e r , ils firent des voiles d e leurs c h e m i f e s , p o u r aller o ù la F o r t u n e les conduiroit. O u t r e c e l a , la f a i m q u i c o m m e n ç o i t à les perfecuter, leur faifoit i u g e r qu'ils eftoient plus p r o c h e s 2.5. Caflillans d e la m o r t , q u e d e t o u t e autre e f p e r a n c e . C o m m e ils ne mangent e u r e n t a p e r ç c u le bifcuit q u ' a u o i t ferré c e i e u n e g a r ç o n , que deux liures ils le p a r t a g e r e n t e n t r e tous , & il n e leur e n e f c h e u t à de bifcuit du c h a c u n q u ' e n u i r o n d e u x o n c e s . L ' e a u leur m a n q u o i t rant onze iours. auffi, q u o y qu'ils fuffent a u m i l i e u ; tout leur plus g r a n d r e m e d e fut d e fe lauer les m a i n s& le vifage a u e c celle d e la m e r , car ils a p p r e h e n d o i e n t d e m o u r i r s'ils e n b e u u o i e n t , ils la m e f l o i e n r a u e c leur vrine ,& la p r e noient ainfi ; puis fe r e c o m m a n d a n t à nueftra+Senoradel Antiqua d e Seuille , a u b o u t d ' o n z e iours ils fe t r o u u e rent à trois lieues del puerto de Plata d e l'Ifle E f p a g n o l l e , d'oùils eftoient fortis, & y arriuerent h e u r e u f e m e n t , & e n rendirent d e g r a n d e s g r a c e s à D i e u . Et c o m m e les autres nauires d e P e d r a r i a s eftoient t o u t v e r m o u l u s , le R o y y e n u o y a d e s c h a r p e n t i e r s d e m e r p o u r faire des vaiffeaux d ' v n certain bois a m e r q u i fe t r o u u o i c là e n terre t e r m e , c r o y a n t q u e les vers n e s'y m e t t r o i e n t p a s .

2. D e c .

E


34

HISTOIRE

LES

RAISONS

DES

INDES

POVRQVOY

l'eau de la mer eft falée. C H A P I T R E

N

IX,

O v s v e n o n s d e dire q u e les m a r i n i e r s d e Palos d a n s leur n a u f r a g e , d e crainte d e m o u r i r , n e 1515. v o u l o i e n t p a s boire d e l'eau d e la m e r , à caufe d e f o n a m e r t u m e ; c e q u i n e reçoit p o i n t d e difficulté-. T o u c h a n t cette m a t i e r e , plufieurs o n t v o u l u traiter d'où p o u u o i t p r o c e d e r cette a m e r t u m e ,& n e l'ayant p û refoudre à caufe d e la difficulté d u fuiet, ils ont dit p o u r c o n clufion q u e D i e u l'a c r é é e ainfi. M a i s les m e f m e s p r o pofent v n e autre difficulté ,& difent q u eficela eft a m Dieuàercé fi , d'où vient q u e tant d e fleuues& d e riuieres q u i e n l'eau de la mer trent d e d a n s la m e r d e p u i s v n fi l o n g t e m p s n e P a y e n t Amere. pû rendre d o u c e ? P a r c e qu'il eft tres-certain q u e d a n s les mixtions , la m o i n d r e partie p r e n d la qualité d e la plus g r a n d e , & la plus g r a n d e fe t e m p e r e auec la m o i n d t c ; & q u e ce la eftant ainfi q u e l'eau d e s fleuues& des riuieres foit v n plus g r a n d c o r p s q u e la m e r , p o u r q u o y n e s'eft-elle point e n c o r e t e m p e r é e ? O r la raifon q u i f e m b l e la plus p r o b a b l e e n c e c y , & d o n t la plus part t o m b e n t d ' a c c o r d , eft q u e le Soleil c o m m e v n a l a m b i c , attire à foy par fa chaleur les vapeurs les plus delicates, & laiffe les plus terreftres & materielles , comme exercm e n s d e la cuiffon ; à c a u f e d e q u o y ils difent q u e c'eft d e là q u e p r o c e d e q u e l'eau d e la m e r eft falée, & a m e r e parce q u e les c h o f e s fort cuittes p a r a d u f t i o n d e u i e n n e n t a m e r e s . M a i s il f e m b l e toutefois q u e cette raifon f e m b l e auoir q u e l q u e difficulté , p a r c e q u efil'eau d e la m e r eft falée à c a u f e q u e le Soleil attire à foy les v a p e u r s delicates & d o u c e s , il s'enfuiuroit d e là q u e l'eau n e deuroit d e m e u r e r falée q u e p o u r v n e f p a c e d e t e m p s ; E t puis


O C C I D E N T A L E S , L I V R E I.

35 qu'il n e fe t r o u u e r a p c r f o n n e q u i puiiTe dire q u e laxnais la m e r ait efté d o u c e , p o u r q u e l l e raifon veulent1 5 15. ils q u e d e p u i s q u a t r e mille a n s e n ç a ,& p l u s , q u e l'eau d e la m e r foit d e u e n u ë a m e r e , v e û q u e le Soleil a t o u - Le Soleil caufe jours agi d ' v n e m e f m e f a ç o n , & l ' a m e r t u m e d e 1 e a u cette amertun'eft p a s plus g r a n d e qu'elle eftoit, puis q u ' o n n e p e u t me. pas dire qu'elle ait m o n t é à v n f u p r é m e d e g r é ? O r l'on voit c l a i r e m e n t , q u e p a r le m o y e n d u f e u , & d'autres i n u e n t i o n s , o n la p e u t r e n d r e d o u c e ;& la N a - L'eau de la ture tire d e la m e r l e s f o n t a i n e s& les riuieres d ' e a u d o u - mer auec le c e , ioint q u e d a n s la terre il y a q u a n t i t é d e puits& de feu, & autres f o n t a i n e s d ' e a u falée , & q u a n t i t é d e lacs , c o m m e eft inuentions,dece luy d e M e x i q u e & celuy d e C a n d i ù d a n s le C a t a y , la uient douce. m e r d e Galilée d a n s la Paleftine , le lac d e V a u e n A r ménie , & autres; & ceux qui confidereront tout cela, & les montagnes de fel, & d'autres falinés qu'il y a en la terre,& q u e les m e r s f o n t m o i n s falées les vnes q u e les autres , c o m m e le font celles d e C a f p i e ; le P o n t Euxin ,& la B a l t i q u e , d o n t l'eau d e leurs riuages peut palier p o u r boiffon , p o u r r o n t bien iuger q u e cela p r o c e d e d e la m u l t i t u d e d e sf l e u u e s& des riuieres q u i entrent d e d a n s . O u t r e t o u t cela , c o m m e il eft v r a y - f e m b l a b l e q u e le Soleil Efté peut attirer à foy plus g r a n d e q u a n tité d e vapeurs d e la m e r , d e celles d e s fleuues , des riuieres, & d e s pluyes q u i y e n t r e n t ,& q u i y font e n il g r a n d n o m b r e , q u ' e n H y u e r lors q u e le Soleil a m o i n s d e force, c'eft p o u r t a n t alors qu'elles font p l u s h a u tes ; ioint qu'il n'eft q u e trop clair q u e l'eau d e la m e r a plus d e c o r p s e n d e certains endroits qu'en d'autres, L'eau de la & pour ce fuiet elle fouffre plus d e pefanteur ; à caufe mer a plus de corps en decerd e q u o y e n la m e r G e r m a n i q u e o n n'y nauige pas a u e c tains endroits d e fi g r a n d s vaiffeaux q u ' e n celle d e C a m b r i g e& e n d'au- qu'end'autre. tres;& la m e r eft plus froide dans la partie Antartique, q u e d a n s i'Artique , puis q u e l'on y a nauigé à plus d e foixante d e g r e z ,& d a n s l'Antartique a u c i n q u i e f m e degré l'on y fent v n froid insupportable, c o m m e l'efprouuerent d a n s le m o i s d e luillet Pierre A n a y a , & E ij


36

HISTOIRE

DES

INDES

Pierre d e A g u i l a r , d o n t leurs g e n s m o u r u r e n t d e froid Il fe prefente icy d e u x chofes qu'il n'eft pas à pro1 515. p o s d e paffer fous filence, la premiere, q u e s'il eft ainfi q u e l'eau d e s fleuues & d e s riuieres, d e s fontaines & des lacs eft plus g r a n d e q u e celle d e la m e r ;& q u e c eft la N a t u r e qui attire toutes c e s e a u x q u i e n t r e n t dedans, l'on p e u t r e f p o n d r e à cela tout d ' v n c o u p , q u e par là il eft neceffaire d e c o n f i d e r e r , d ' o ù p r o c e d e q u e la m e r n e croift pas n y a u g m e n t e d a u a n t a g e p a r l'infinité d e ces caux,q u i t o m b e n t c o n t i n u e l l e m e n t d e d a n s , q u i font infinies , i m m e n f e s & perpetuelles, q u i c o u l e n t i n c e f f a m m e n t & d e nuit& d e iour, a u e c les pluyes,les n e g e s & les glaces q u i les a u g m e n t e n t ;& n o n o b f t a n t toutes ces chofes la m e r n ' a u g m e n t e n y n e croiftpas d a u a n t a g e E t il ferait e n c o r e plus m i r a c u l e u x fi l'on m e t t o i t à part l'eau qu'il y auoit il y a cinq mille a n s d a n s la m e r ,& l'auScauoirfel'eau tre qui p e n d a n t t o u t ce t e m p s y eft t o m b é e des fleuues, des riuieres eft des riuieres & des lacs, il fe trouueroit fans c o m p a r a i f o n plus grande q u e la quantité d e ces e a u x feroit b e a u c o u p plus g r a n d e . que celle de C e qui s'entendra plus f a c i l e m e n t , e n c o n f i d e r a n t q u e la mer. le grand fleuue d e la M a g d e l a i n e court p o u r le m o i n s v n e lieue c h a q u e h e u r e , & a d e largeur e n plufieurs endroits v n tiers d e lieuë & huit o u dix braffes d e p r o f o n deur ,& q u e cela fera e n v n a n huit mille fept c e n s quatre-vingt quatre h e u r e s . D ' o ù l'on p e u t voir c o m b i e n d'eau il e n fera forty e n v n a n ? v c û la p r o f o n d e u r qu'elle a,& c o m b i e n il e n fera c o u l é p e n d a n t c i n q mille ans, & ainfi d e s autres. Pcurquoyl'eau O u t r e ce q u e n o u s v e n o n s d e dire il faut confiderer desfleuues& e n c o r e , d ' o ù vient q u e la m e r r e c e u a n t tant d'eaux d e des pluyes ef-toutes parts n e fort p o i n t d e fes limites ; & qu'elle n e tant enfigran-f u b m e r g e toute la terre ? A cela l'on n e p e u t r e f p o n d r e de quantité ne autre c h o f e , finon , q u e c o m m e l'eau d e fa nature coule fait point ford a n s la m e r , c o m m e d a n s v n lieu plus b a s , elle e n reftir la mer de s'efleue e n l'air p o u r puis apres y r e t o m b e r . L ' o n fes limites. fort&

replique à cela que ce n'eft pas la mefme eau qui monte & qui defcend; mais differente, & de diuers lieux où


OCCIDENTALES,

L I V R E I.

37

elle eft t r a n f p o r t é e & D i e u a o u u e r t mille c h e m i n s à l'eau q u i n o u s font i n c o n n u s ,& par lefquels elle m o n t e 1515. fur les m o n t a g n e s fans a u c u n e v i o l e n c e , o ù fe f o r m e n t d e g r a n d s l a c s , p a r c e qu'elle paffe par d e s lieux plus é leucz ;& q u o y q u e q u e l q u e s f o i s il n e f e m b l e pas qu'elle m o n t e , il n'en eft pas ainfi e u é g a r d à f o n c e n t r e . C e q u i p e u t a y d e r e n c o r e b e a u c o u p à la fortie d e s fleuues & d e s riuieres, d e la m e r , eft f o n m o u u e m e n t p e r p e t u e l ; p a r c e qu'eftant v n e fois c o m b a t t u e par les v e n t s& par la p l e n i t u d e d e la L u n e ,& d'autres fecouffes,& e f m e u ë par d'autres fuiets, c o m m e d e s t r e m b l e m e n s d e t e r r e , n'en eftant p a s e x e m p t e n o n p l u s q u e l'autre, elle vient à remplir la terre d ' h u m i d i t é e n v n e infinité d e f a ç o n s , & l'enuoye o ù elle v e u t . M a i s c o m m e n t fe peut-il faire q u e l'eau d e s fleuues & d e s riuieres e n fortant d e la m e r foit d o u c e ? C e l a p r o c e d e d e c e q u e paiffant p a r la terre Comment l'eau elle laiffe e n c h e m i n la partie la plus groffiere & m a t e - qui vient cíe rielle , d a n s laquelle confifte le fel & l ' a m e r t u m e ,& c'eft la mer deuient douce. d e là q u e p r o c e d e la d o u c e u r d e l'eau d e s f o n t a i n e s , des riuieres & d e s fleuues, c e q u i fe voit m a n i f e f t e m e n t fur les n u a g e s d e la m e r , o ù p r o c h e d e l'eau falée il s'en troun e d e la d o u c e , & la N a t u r e a t e l l e m e n t p o u r u e û à cela, q u e tout ainfi q u e l'eau d o u c e e n t r a n t d a n s la m e r d e nient falée ; a u f f i celle d e la m e r q u i entre d a n s la terre fe fait d o u c e , ainfi qu'il fe p e u t voir e n d e fort petites Ifles fituées a u m i l i e u d e la m e r O c c a n e , o ù il fe r e n c o n t r e d e g r a n d e s& b o n n e s f o n t a i n e s d'eau d o u c e .

E iij


HISTOIRE

38

DES

INDES

G O N Z A LE H E R N A N D E Z DE Ouiedo paffe en Caftille , & ce qu'il recita des Indes. C H A P I T R E

X.

О N ç A L E H e r n a n d e z d e O u i e d o q u i auoit cité e n Caftilla del Orо a u e c P e d r a r i a s , e n qualité d e 15 15. Vifiteur d e s f o n t e s , s'eftant f a u u é , à c e q u e l'on dit , p a r c e q u e fa trop g r a n d e liberté auoit d o n n é fuiet à P e d r a r i a s d e le v o u l o i r faire p r e n d r e p r i f o n n i e r ; ef­ t a n t d e r e t o u r fit d e g r a n d e s plaintes a u C o n f e i l , & v o u l u t Gonçale de faire c o n n o i f t r e q u e les affaires d u R o y n'eftoient p a s Oniedo rfpaffe regies & g o u u e r n é c s d e b o n n e forte. Il recita q u a n t i ­ en Caftille, té &d e c h o f e s d e ces quartiers là ,& e n t r e autres q u e le recite ce qu'il C a c i q u e Сareta auoit r e n d u vifite à P e d r a r i a s , qu'il luy à veû. a u o i t p o r t é q u e l q u e s p r e f e n s ,& luy auoit d o n n é e n t r e autres c h o f e s v n e c a f a q u e à c o u r t e s m a n c h e s , tiffuë & o r n é e d e p l u m e s d'oifeaux d e diuerfes c o u l e u r s ,& deux m a t e l a t s d e m e f m e o u u r a g e q u i piroiffoient d e s d e u x caftez eftre d e la f o y e . E t q u e P e d r a r i a s luy auoit d o n n é v n e c a f a q u e , v n p o u r p o i n t d e facin ,& vn b o n n é e d e v e l o u r s ; qu'il le retint a u c q u e luy trois i o u r s ; qu'il b e u u o i t & m a n g e o i t à fa table ;& q u e fur t o u s les m e t s qu'il luy d o n n a ilfitg r a n d e e f t i m e d u p a i n& du vin d o n t n o u s v f o n s ; & qu'il e f c o u t o i t la m u f i q u e C a ftillane a u e c g r a n d e a t t e n t i o n& c o n t e n t e m e n t ;& q u ' e n f o u p i r a n t il auoit dit ; Qu'il reconnoiffott que les Caftil-

G

lans

tintent plus d'vtilité du

que comme tour

Soleil que les Indiens ; parce

ils portaient les eflairs du Ciel en leurs

tuer leurs ennemis,

ils auoient

aufsi la Mufique

mains, pour

Q u e Pedrarias p o u r luy faire e n c o r e plus d ' h o n n e u r , a u o i t fait a r m e r t o u s les g e n s d e c h e u a l , & a p r e s les a u o i r r a n g e z e n reffufater leurs amis

quand

ils vouloient.


O C C I D E N T A L E s , L I V R E I.

39 bon o r d r e , les auoit fait e f c a r m o u c h e r , d o n t le C a c i q u e fut fort fatisfait. Q u e puis apres il l'auoit m e n é voir l'armée d e m e r ,& qu'il fut rauy d ' a d m i r a t i o n d e voir l'induftrie & la f a b r i q u e d e s n a u i r e s , q u o y q u e c e n e fuit p a s la p r e m i c r e fois qu'il e n euft v e û;& qu'entre autres c h o f e s il dit , Qu'ily auoit de tres-grands arbres enfiaterre, dont le bots estoit fi amer que les vers ne s'y Arbres dont la feule fumée mettoient iamais , qu'ils auoient experimenté cela, en leurs tue les homcanos ; & qu'il y auoit au fi d'autres arbres dont la fumée mes. feulement (estoit fivenimeufe qu'elle tuoit Us h o m m e s . G o n çalc d e O u i e d o recita e n c o r e , qu'il d e f c e n d i t à terre lors que l'armée de Pedrarias paffa par Santa Marta , & que conside3rant les chofes naturelles qu'il put voir , il t r o u u a e n v n e m o n t a g n e d e s pieces d e C a l c i d o i n e , d u lafpe, & v n e p i e c e d e S a p h i r plus groffe q u ' v n œ e u f d ' o y e . Qu'il y auoit v e û auffi d e l'ambre j a u n e , q u a n t i t é d e brefii; E q u e l'on apprit des I n d i e n s q u e l'on prit, q u e d a n s cette colle il y auoit q u e l q u e s vilages, o ù les h o m m e s eftoient g r a n d s p e f c h e u r s ,& q u e d u poiffon qu'ils p o r toient à d'autres terres ils e n r a p p o r t o i e n t v n e certaine forte d e natte d e j o n c s q u e les E f p a g n o l s appellent lifteras , tres fine,& des a m e u b l e m e n s d e m e f n a g e . Q u e m e f m e il s'eftoit r e n c o n t r é e n la c o m p a g n i e d e q u e l q u e s foldats, & qu'il eftoit d e f c e n d u a u bas d'vne v a lée q u i p o u u o i t c o n t e n i r d e u x lieues d e l o n g , q u i eftoit pleine d e maifons feparées les v n e s des autres, e n t o u r é e s d e q u a n t i t é d e j a r d i n a g e s , o ù il y auoit d e différentes fortes d e fruits,& d e s terres e n f e m e n c é e s ,& qui eftoient arroufees p a r des ruiffeaux , q u i p r o c e d o i e n t d e q u a n t i t é d e fources. Q u e d a n s ces maifons ils a u o i e n t a b o n d a n c e d e chair d e v e n a i f o n , d e s p o r c s ,& des o y f e a u x qu'ils y nourriffoient. Qu'il y a u o i t auffi q u a n t i Couftume des té de pelotons de cotton filé , peint de diuerfes couleurs, & Indiens pour plufieurs fortes de plumages. Qu'il fe trouua que conferuer les d a n s q u e l q u e s c h a m b r e s efcartées d e s maifons o ù ces corps de leurs I n d i e n s d e m e u r o i e n t , ils y t e n o i e n t les o s& les c e n d r e s predecefeurS. d e leurs p r e d e c e f f e u r s , & qu'ils les c o n f e r u o i e n t d a n s 1515.


HISTOIRE

40 1

1

5 5.

DES

INDES

d e s v r n e s , o u vafes fort g r a n d s d e terre cuitte , peints. Il y e n auoit d'autres q u i n'ofoient p a s brufler les c o r p s , ils les d e f f e c h o i e n t f e u l e m e n t a u f e u , & puis ils les c o u u r o i c n t a u e c d e s c o u u e r t u r e s d e c o t t o n ,& les t e n o i e n t e n g r a n d e v e n a r a t i o n ; ils m e t t o i e n t fur c e s c o u u e r t u r e s d e petites chaifnes d ' o r ,& d e petites p l a q u e s deliées , d o n t ils e n t r o u u e r e n t q u a n t i t é , q u o y q u e l'or fuit d e b a s aloy ; Q u ' v n p e u à l'efcart d u riuage d e la m e r ilsau o i e n t t r o u u é d e s pieces d e m a r b r e fort b l a n c q u i f e m b l o i r eftrefizelé,& c o m m e les I n d i e n s n ' a u o i e n t p a s l'vfage d u fer, les Caftillans n e p o u u o i e n t s ' i m a g i n e r c o m m e n t cela s'eitoit r e n c o n t r é dela forte. E t d ' a u t a n t q u ' O u i e d o auoit a m e n é trois I n d i e n n e s& v n I n d i e n fort i c u n e , le R o y m a n d a a u x Officiers d e Seuille qu'ils les priffent, & euffent foin d e les faire inftruire à la F o y ; p a r c e qu'il n'auoit iamais e u i n t e n t i o n q u e l'on a m e n a i t , a u c u n I n d i e n e n Caftille ; & qu'ils les r e n u o y a f f e n t puis apres.

LE ROY ORDONNE

QVE L'ON

recommande & que l'on aye foin des Indiens , & le Pere de las Cajas luy contredit. C H A P I T R E

L

X I .

C o l o n eftant arriue e n Caftillc , le R o y m a n d a q u e l'on s'enquift quelles p e r f o n n e s d ' a u t h o r i t é , d e f c i e n c e & d e c o n f c i e n c e l'on p o u r r o i t e n u o y e r à l ' E f p a g n o l l e , q u i vouluft p r e n d r e la p e i n e d ' e x a m i n e r e x a c t e m e n t l'adminiftration d u L i c e n cié M a r c d ' A g u i l a r ,& voir c o m m e n t il auoit a c c o m p l i les o r d r e s q u i luy a u o i e n t efté d o n n e z p o u r l'inftruction d e s I n d i e n s e n la F o y ,& d u b o n o u m a u u a i s t r a i t e m e n t qu'ils a u r o i e n t r e ç e u , & chaftier les d é f a u t s . P o u r cet effet l'on Le Licenciefit election d u L i c e n c i é Y b a r r a , A u d i t e u r d e l ' A u d i e n c e Yberra va à R o y a l l e d e Seuille, q u i efloit p o u r u e û d e la C h a n c e l l e r i e de ' A D M I R A L


O C C I D E N T A L E S , L I V R E I.

41

d e V a l l a d o l i d , luy e n c h a r g e a n t ainfi q u e la c h o f e le r e q u e roit, d ' a c c o m p l i r la t e n e u r d e fa c o m m i f f i o n felon l'eftime 1515. q u e le R o y faifoit d e fa p c r f o n n e ,& d e fa capacité.l'Efpagnotie O n luy d o n n a la faculté d e partager les I n d i e n s ,& d e four inge exa­ foulagcr c e u x qui eftoient opreffez ; a u e c o r d r e d e d o n ­ minateur. ner des d e p a r t e m e n s à q u e l q u e s p e r f o n n e s;& q u ' e n p a r ­ ticulier il a c c o m m o d a i t A l o n f e H e r n a n d e z P o r t c - c a r rero d habitans & d e cauallerte, a u e c c e n t c i n q u a n t e I n ­ diens ; à c o n d i t i o n qu'eftant e n fa poffeffion il euft foin d e les faire inftruire ,& les entretenir;& fe feruir d'eux felon qu'il eftoit p o r t é par les O r d o n n a n c e s ,& n o n a u ­ t r e m e n t . P a r c e q u e l'experience faifoit, affez connoiftre qu'il eftoit impoffible d e p e n f e r à la c o n u e r f i o n d e s I n ­ diens e n agiffant a u t r e m e n t , n y qu'ils puffent a p p r e n ­ dre a u c u n g e n r e d e c o u f t u m e s politiques. O u t r e c e q u e l'on auoit e n c h a r g é à Y barra t o u c h a n t c e q u e n o u s v e - Odre tou­ n o n s d e dire , o n luy bailla e n c o r e les d é p e f e h e s p o u r chant la liber­ te des Indiens. D i e g o V e l a f q u e z , F r a n ç o i s d e G a r a y , & p o u r l'Ifle d e faint Iean. S u r q u o y le R o y difoit q u e p o u r la d é c h a r g e d e fa c o n f c i e n c e ,& d e la Screniffime R e i n e fa fille , il auoit fait a f f e m b l e r a u e c f o n C o n f e f f e u r , frere T h o m a s de M a t i e n z o , des Docteurs e n T h e o l o g i e , e n D r o i t Ciuil & C a n o n ,& des A d u o c a t s ; E t q u ' a p r e s s'eftre bien in­ f o r m e z d e plufieurs p e r f o n n e s q u i a u o i e n t e u b e a u c o u p d e c o n u e r f a t i o n & d e c o n n o i f f a n c e a u e c les I n d i e n s d e ces quartiers là; ils confi d e raffent & terminaffent l'or­ dre q u e 1 o n d e u o i t tenir e n leur c o n u e r f i o n & inftru- Zu'il ne fe étion , afin qu'ils fuffent b o n s C h r e f t i e n s . Q u e là d e f -peunuent con­ fus il fut arrefté , q u e fans la c o n u e r f a t i o n des C h r e f t i e n suertir fans laa u e c les I n d i e n s il eftoit impoffible d e les conuertir à la conuerftion des Chreftiens. F o y C a t h o l i q u e ; n y qu'apres eftre conuertis ils p e u i T e n c perfeucrer d a n s cette doctrine, eftant e f l o i g n e z c o m m e ils eftoient a u e c leurs e n f a n s tous e n f e m b l e , d a n s l e u r s d é p a r t e m e n s ; viuant toujours d a n s leurs m a u u a i f e s c o u f t u m e s , & fe c o m p o r t a n t tout d e la m e f m e f a ç o n qu'ils faifoient a u a n t qu'ils fuffent baprifez. C a r ils n e t e n o i e n t pas p o u r p e c h e z les v i c e s a u f q u e l s ils eftoient a d o n n e z a u p a r a u a n t 1. D e c . F


42

HISTOIRE

D E S

INDES

p a r h a b i t u d e , d o n t il y e n auoit d e fi e n o r m e s q u e D i e u y eftoit fort offenfé. Q u e l'on auoit v e û par experience q u e c e u x q u i auoient appris des points d enoftreF o y p e n d a n t le t e m p s qu'ils viuoient a u e c les Chreftiens , q u i eftant r e t o u r n e z d a n s leurs d e p a r t e r n e n s oubiioienr, Le Roy orden. tout c e q u ' o n leur auoit e n f e i g n é ,& recommençoient ne que les In tout d e n o u u c a u à fe p l o n g e r d a n s le vice. E t p o u r cet diens foicnt effet il auoit efté arrefté q u e l'on o r d o n n e r o i t a u x C a traitez, douceftillans q u i eftoient deftinez p o u r s'habitueren c e s q u a r meut, & infruits en la tiers, d'en auoir le foin, afin q u e p a r leur conuerfation Foyils leur enfeignaffent la doctrine de l'Eglife C a t h o l i q u e , & qu'ils fe puffent conuertir , e n les laiffant d a n s leurs biens& poffeffions felon qu'il eftoit porté par les O r d o n n a n c e s q u i a u o i e n t efté d o n n é e s fur c e fuiet, d e l'aduis& d u c o n f e n t e m e n t d e s D o c t e u r s R e l i g i e u x aff e m b l e z p o u r cet effet par l'ordre d u C o n f e i l ; E t q u e le R o y p o u r la d é c h a r g e d e fa c o n f c i e n c e , & d e la R e i n e fa fille, auoit o r d o n n é q u e l'on leur e n d o n n a f t auis, afin q u e d e leur part ils euffent à y o b e ï r ,& qu'il l'entencioit ainfi , fur d e g r a n d e s peines. 1 5 1 5.

Y b a r r a eftant arriué e n ces quartiers la , & a y a n t fait fçauoir la t e n e u r d e fa C o m m i f f i o n , le P e r e de las Cafas a u e c fa m a x i m e ordinaire , Que l'on ne deuoit pas conuerfèr auec les Indiens ; apres auoir contredit autant De las Cafas qu'il auoit p u les partages d'Indiens qu'auoit fait A l b u r va pour con- q u e r q u e , ô c d a n s les chaires, & d a n s tous les lieux o ù il fe tredire le par-r e n c o n t r o i t , aidé e n cela d u c o n f e i l d e s P e r e s D o m i n i cains, parloit h a u t e m ê t c o n t r e ces partages. E t p a r c e qu'ils diens. a u o i e n t g a g n é les Officiers R o y a u x , felon qu'ils leur d o n n o i e n t à e n t e n d r e ,& qu'ils n e l'empefchoient pas de perfifter d a n s f o n f e n t i m e n t , il refolut d e paffer e n Caftille » p o u r tafcher d e faire r e f o r m e r cette O r d o n nance. Cependant Ybarra prit poffeffion de fon Office, & commença à l'exercer ; il pretendoit auffi d'auoir ladirection, & d'interuenir d a n s les fontes d ' o r ,& d'autres chofes q u e felon la C o m m i f f i o n qu'il auoit , il iugeoit l u y appartenir. S u r q u o y l'on eut r e c o u r s auffi toft

taire des In-


OCCIDENTALES,

LIVRE

I.

43

au R o y ; m a i s Y b a r r a m o u r u t d a n s le m e f m e t e m p s , n o n 1515. fans f o u b ç o n d'auoir efté aidé e n cela ; parce q u e c'eftoit v n h o m m e qui fans paffion, & a u e c toute liberté,traitoit ainfl des affaires. V n n o m m é L e b r o n fut p o u r u e u Lebron eft de fon Office , auec deffence d e n e s'entremettre q u e d e nomme pour fon G o u u e r n e m e n t , des partages des I n d i e n s , & qu'il Inge examina cuit foin d e n e pas fouffrir q u e l'on d e t o u r n a i t les Cafti- teuràlaplace d'Ybarra. llans d'efpoufer des f e m m e s I n d i e n n e s ; parce qu'outre q u e ce feroit contre toute forte d e raifon d e l'empefcher,il eftoit fort à p r o p o s d e le faire, p o u r la c o n u e r fion des Indiens , & p o u r les infinuer d a u a n t a g e en la Foy. Il luy o r d o n n a e n c o r e qu'il aduertift ceux des a u tres Ifles , q u e la volonté d u R o y eftoit, qu'ils obeïffent à l ' O r d o n n a n c e t o u c h a n t les habits , c o m m e l'on faifoit d a n s l'Efpagnolle , à caufe d e s g r a n d s excés q u e l'on fçauoit qui s'y paffoient, & q u e l'on n e permift pas qu'il fortift d e s Caftillans d e l'Ifle Efpagnolle ; p a r c e qu'à caufe des richeffes q u e l'on vuntoit tant d e C u b a & d e la terre f e r m e , ils paffoient tous d e ce cofté-là. O r d'autant q u e c e u x d el'IfleEfpagnolle auoient declare au R o y , q u e puis q u e les I n d i e n s efloient p r e f q u e tous m o r t s , o u e n fuite, &; qu'il y en auoit v n e grande quantité d a n s l'Ifle d e C u b a ; il m a n d o i t qu'il e n paffaftvne partie e n l'Efpagnolle, M a i s l'on n'en voulut rien faire, q u e p r e m i e r e m e n t o n euft là deffus le c o n f e n t e m e n t d u G o u u e r n e u r D i e g o V e l a f q u e z , qu'ils tenoient en g r a n d e eftime ; P a r c e q u e c o m m e il eftoit fort e x p é r i m e n t é d a n s les affaires , q u il auoit pacifié l'Ifle e n fort p e u d e t e m p s ; fait baftir plufieurs habitations;qu'il auoit e n u o y é quantité d ' O r , & qu'il eftoit tellement Le Royàbonaffectionné d e P a f f a m o n t e , & d a n s fes b o n n e s graces, ne optnion de qu'encore qu'il euft m a n d é q u e L e b r o n e n a c h e u a n t le Diego relaf temps d e fa C o m m i f f i o n d a n s l'Epagnolle il prift fa qnez. place, felon l'inftance qu'en auoit faite l'Admirai , cela fut f u i p e n d u ; d'autant q u e P a f f a m o n t e eferiuit qu'il n'eftoit pas à p r o p o s d e c o u p e r le fil a u e c lequel D i e g o V e l a f q u e z conduifoit auffi les chofes d e C u b a , tant il

F ij


H I S T O I R E DES INDES 44 a u o i t d e credit a u p r e s d u R o y ;& l'on n e bailla pas plus g r a n d e G o m m i f f i o n à L e b r o n , afin d'ofter l'oc1515. cafion à c e u x d e l'ifle d'auoir d e s differens a u e q u e luy, c o m m e ils a u o i e n t e u a u e c Y b a r r a . C e p e n d a n t le Treforier M i c h e l d e P a f f a m o n t e , peuteftie t o u c h é d ' v n r e m o r d s de fa p r o p r e c o n f c i e n c e , & a p r e h e n d a n t q u e la p r e f e n c e d e l ' A d m i r a i n e l u y p o r Paffamoute tait preiudice d a n s les b o n n e s g r a c e s d u R o y ; p a r c e q u e demande lic e u x q u i les p o f f e d e n t le plus a p p r e h e n d e n t auffi plus q u e cencetiourf aftout autre d e les p e r d r e , d e m a n d a licence a u R o y p o u r fer en C a f t i l l e paffer e n Caftille. L e R o y fit r e f p o n f e qu'il la l u y d o n noit d e b o n c œ u r , p a r c e q u e le t e n a n t p o u r v n b o n feru i t c u r , il y pourroit e n c o r e r e t o u r n e r p o u r l u y ; q u o y q u e v e r i t a b l e m e n t , c o m m e la r e p u t a t i o n d e s richeffes d e s autres p r o u i n c e s des I n d e s croiffoit , & qu'elle dim i n u a i t d a n s l ' E f p a g n o l l e , cela d i m m u o i t auffi b e a u c o u p le n e g o c e d e P a f f a m o n t e , & par c o n f e q u e n t les g r a n d s profits qu'il e n tiroir. O r D i e g o V c i a f q u e z auoit fait faire v n p l a n d e l'Ifle d e C u b a , a u e c t o u t e s les Velafquez enm o n t a g n e s , les riuieres , les valées , & les ports d e uoye au Roy le m e r ,& l'auoit e n u o y e p a r P a f f a m o n t e ; par le m o y e n plan de l'IJlè d u q u e l il auoit c o r r e f p o n d a n c e a u e c le R o y , d o n t de Cuba, l ' A d m i r a i n'eftoit p a s fort c o n t e n t ; p a r c e qu'il auoit fait e n forte d e l'en efloigner. Ainfi v a le m o n d e , qui fuit toufiours le party qui p r o f p e r e le plus ; & f u m a n t cette trace, il luy e n u o y a dire qu'il p r o c u r o i t par t o u s les m o y e n s poffibles d e reduire t o u t e c o m m u n i c a t i o n de l'Ifle d u cofté d u S u d , afin q u e l'on puft n e g o c i e r en terre f e r m e ,& accroiftre par c e m o y e n le c o m m e r c e ; & q u e p o u r cet effet il eftoit apres à faire faire d e s vaif feaux. L e R o y reçeut v n g r a n d c o n t e n t e m e n t d ' e n t e n d r e ces n o u u e l l e s , p a r c e qu'il n e negligeoit rien p o u r p r o c u r e r q u e le n e g o c e des I n d e s allaft toufiours e n a u g m e n t a n t . E t fur ce f u i e t , luy a y a n t efté fait relation par B e r e n g u e l D o m s C a p i t a i n e d e G a l e r e s , q u i auoit e u auis q u ' e n Derenguel v n e certaine terre q u i n'eftoit p a s e n c o r e d e f c o u u e r t e ?


O C C I D E N T A L E S , LIVRE

I

45

b i e n a u delà d e la terre f e r m e , il s'y t r o u n o i t q u a n t i t é 1515. d'or , d e p e r l e s ,& d'autres c h o f e s precieufes ; qu'il y vouloir e n u o y e r à fes d e f p e n s v n n a u i r e d e q u a t r e - v i n g t Doms demade t o n c a u x b i e n e q u i p é ;& q u e p o u r aider a u x frais qu'il au Roy laperfaloit faire , il le v o u l o i r c h a r g e r d e viures p o u r Castillamoffion d'en­ ad oro , m a i s q u e fi p a r h a z a r d la d e f c o u u e r t e n e retüffif- voyer vn naui­ foit p a s felon f o n i n t e n t i o n , il pull: r e t o u r n e r a u e c fa re aux Indes à fes defpens. c h a r g e d e brefil. Il luy a c c o r d a c e qu'il d e m a n d o i t , q u o y q u e c e fuft c o n t r e la L o y , p o u r n'eftre p a s origi­ naire d e la terre d e Caftille ; o u t r e qu'il n e fe t r o u u e p a s q u e c e v o y a g e ait e u a u c u n effet. D a n s c e m e f m e t e m p s le R o y d o n n a auffi la permiffion à L o p e H u r t a d o d e M e n d o c e G e n t i l h o m m e d e fa M a i f o n , d ' a r m e r d e u x nauires à fes d e f p e n s , p o u r palier d a n s les limites d e la diuifion q u i auoit efté faite p o u r Caftille e n d e certains endroits d e s I n d e s q u i n ' a u o i e n t p o i n t e n c o r e efté d e f c o u u e r t s , d'aller c h a r g e r d u brefil , à c o n d i t i o n qu'il e n bailleroit la m o i t i é a u R o y , & qu'il feroit a p p o r t é d a n s le R o y a u m e d e Caftille p o u r y eftrr v e n d u .

LE ROY ORDONNE

QVE

L'ON

faffe Vne affemblée de Pilotes pour la corre­ ction de la carte marine. C H A P I T R E

XII.

les n a u i r e s c o m m e n ç o i e n t à v e n i r plus frequemment de diuerfes prouinces des Indes, & pour remédier aux courfes des pyrates , le Roy m a n d a a u x Officiers d e Seuille qu'ils y a p p o r t a f f e n t t o u ­ Pierre de Bo­ tes les feuretez poffibles. E t d'autant q u e 1 o n a t t e n d o i t nedilla d i f g r a d e i o u r à autre d e u x nauires q u i a p p o r t o i e n t l'or d e l'Ef cié. p a g n o l l e ,& q u ' e n c e t e m p s - l à Pierre d e B o u a d i l l a ef­ toit e n difgrace a u e c le R o y ,& auoit v n nauire a r m é , a u e c l e q u e l il prit v n Yaiffeau d u T r e f o r i e r d e V a l e n c e ; F iij ESIA

D


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H I S T O I R E

DES

INDES

& q u e l'on a p p r e h e n d o i t qu'il n ' e u f t la h a r d i e f f e d ' a t t a q u e r les n a u i r e s q u e l'on a t t e n d o i t d e s I n d e s , L e * M o t a r a b e , R o y f ç a c h a n t qu'il eftoit en las Algeziras m a n d a aux q u i v e u t d i r e Officiers d e Seuille d'y a p p o r t e r q u e l q u e r e m e d e , a y a n t Ifle V e r d e . p o u r c e t effet v n e p a r t i c u l i e r e i n t e l l i g e n c e a u e c le C o m te d e T e n d i l l a C a p i t a i n e g e n e r a i d u R o y a u m e d e G r e n a d e . E n f i n les n a u i r e s a r n u e r e n t à b o n p o r t , o ù e f t o i e n t les P o r t u g a i s , q u i a u o i e n t efté pris e n l'ifle d e S . I c a n , Les Rois de Caftille & de q u i a l l o i e n t t r a f i q u a n t d a n s Caftilla del Oro. L e R o y Portugal en c o m m a n d a q u e l'on les traitaft m e d i o c r e m e n t b i e n , e n difcord toua t t e n d a n t q u e l'on euft efté inftruit d e l e u r c a u f e . C e p e n chant leurs lid a n t le R o y d e P o r t u g a l a u o i t p a r d r o i t d e r e p r e f a i l l e p r i s mites. f e p t C a f t i l l a n s , a p r e s qu'il e u t apris la prife d e s P o r t u g a i s , f o u s p r e t e x t e qu'ils e f t o i e n t e n t r e z d a n s fes l i m i t e s d u c o f t é d u c a p d e S a i n t A u g u f t i n , fur q u o y q u e l q u e t e m p s a u p a t a u a n t il y e u t d e fi g r a n d s d i f f e r e n d s ; les P o r t u g a l ! p r e t e n d a n t qu'il fuft d e fa i u r i f d i c t i o n . E t c o m m e les c a r t e s d e n a u i g a t i o n d e Caftille n ' e f t o i e n t p a s c o n f o r m e s ; les O f f i c i e r s d e la m a i f o n d e S e u i l l e f u p l i e r e n t le Les Oßciers R o y d e l e u r p e r m e t t r e qu'ils fiffent v n e a f f e m b l é e d e veulent faire P i l o t e s fur c e f u i e t , afin d e r e f o r m e r la c a r t e . L e R o y e n reformer la f carte marine. u t f o r t c o n t e n t , q u o y qu'il les a d u e r t i f t q u ' i l s r e g a r d a i f e n t a u p a r a u a n t s'il n e fevoit p a s n e c e f f a i r e d'y c n u o y e r q u e l q u e s p e r f o n n e s p o u r le r e c o n n o i f t r e à l'œil. C a r p u i s q u e l e a n D i a z d e Solis,& d ' a u t r e s g e n s f o r t e x p e r i m e n t e z e n c e t art, a u o i e n t a p p r o u u é la c a r t e q u e le P i l o t e A n d r é d e M o r a l e s a u o i t faite, l'on d e u o i t c r o i r e q u e c e l l e - l à eftoit la m e i l l e u r e ; d ' o ù il a r r i u a , q u e d u p r o c é s q u i a u o i t efté fait c o n t r e les P o r t u g a i s q u i e f t o i e n t p r i f o n i e r s , il f u t t r o u u é qu'ils a u o i e n t n o n f e u l e m e n t a b o r d é e n Castille del Oro , m a i s auffi d e la terre d u Brefil, q u i eftoit de Ces l i m i t e s , & a u o i e n t c o u r u t o u t e la c ô f t e d e t e r r e f e r m e i u f q u e s à Caftilla deloro,& à l'ifle d e S . l e a n , o ù ils f u r e n t pris. L e s P o r t u g a i s a i l e g u o i e n t p o u r l e u r d e f f e n f e , q u ' e n c o r e qu'il fuft v r a y qu'ils f ç e u f fent bien q u e cela d é p e n d o i t d e s limites d e Caftille , q u e le c a p d e S . A u g u f t i n n'y eftoit p a s c o m p r i s ,& qu'il dépendoit d u Portugal.

1515.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E I.

47

C e t t e affaire n e a n t m o i n s d o n n a b e a u c o u p d'inquiet u d e a u R o y . Il o r d o n n a d o n c q u e p o u r faire cette af- 1515. fembléc l'on cherchait, les meilleurs Cofmographes & Pilotes. Il ordonna des gages de Pilote à Antoine Mau- Le Roy fait rio, R o m a i n , qui efloit t e n u p o u r v n g r a n d C o f m o g r a - affembler des p h e , & a u g m e n t a c e u x d e I e a n V e f p u c e . Il crea p o u r Cofmographes C a p i t a i n e& C o f m o g r a p h e S e b a f t i e n G a b o t o e n la m a i - & des Piloies fon de Seuille , & qu'ils fuffent appeliez los Pinzones, pour cet effet. nomma encore d'autres perfonnes. Mais auant toutes c h o f e s il v o u l u t voir la carte,& c o m m a n d a q u e l'on la luy apportait p r o m p t e m e n t . P e n d a n t toutes ces c h o ies l'on folicitoit fort la f a b r i q u e d e s nauires , p o u r e n u o y e r a u x I n d e s tant d ' v n e part q u e d'autre ,& à c h e r cher les i n u e n t i o n s p o u r e m p e f c h e r q u e les vers n e s'y miffent. L e R o y o r d o n n a q u e l'on cnuoyaft; d e s M a i f très à l'Efpagnolle p o u r s'y eftablir, & q u e d e là l'on e n e n u o y a f t e n terre f e r m e ,& e n d'autres lieux, & q u e cet o r d r e s'obferuaft d e là e n a u a n t , n o n f e u l e m e n t p o u r les M a i f t r e s , m a i s e n c o r e p o u r toutes fortes d e g e n s q u i pafferoient a u x I n d e s ; afin qu'eftant p r e m i e r e m e n t h a bituez d a n s l'Efpagnolle foit p o u r la n o u r r i t u r e o u p o u r l'air d e l a terre, & autres c h o f e s , ils p o u r r o i e n t puis apres aller e n q u e l q u e part d e s I n d e s fans peril. L ' o n s'eftonnoit fort c o m m e n t les Officiers d e Seuille n'a- Le Roy man. uoient point e n c o r e o b f e r u é cette particularité , v u qu'ils de aux Orn'auoient p o i n t d'autre e m p l o y q u e c e l u y d u n e g o c e d e s ders de SeuilI n d e s .C ' e f tp o u r q u o y d e là e n a u a n t ils d e u o i e n t p r e n d r e le etd'auoirfoin g a r d e d e plus prés à ces c h o f e s , & eftre plus f o i g n e u x d e des affaires des Indes mieux c h e r c h e r les m o y e n s d'accroiftre le n e g o c e d e ces q u a r - qu'ils n'anoiet tiers, ainfi q u e leur d e u o i r les y obligeoit, & q u e le R o y fait. les e n auoit auertis plufieurs fois p a r les lettres qu'il leur auoit écrites, p a r c e q u e les Miniftres qu'il auoit a u p r e s d e fa p e r f o n n e a u o i e n t d'autres o c c u p a t i o n s ,& q u e u x n'auoient que cela à faire, eftant la plufpart du remps en repos, & qu'il n'en eftoit pas ainfi à la Cour. Le Roy fe mefloit d e toutes ces c h o f e s , parce q u e iufques là il n'y auoit p o i n t e n c o r e d e C o n f e i l particulier p o u r le n e g o c e des I n d e s .


48

LE

HISTOIRE

DES

INDES

ROY E N V O Y E D'AVTRES ordres a Pedrarias, Ce que font les Capitaines Tello de Guzman, & Diego de Albitez en

Caftilla del Qro. C H A P I T R E

P

1515.

Vis

XIII.

qu'il n e refte p l u s rien à d é c r i r e p o u r la

c o n c l u f i o n d e cette a n n é e , q u e c e q u i eft arriue enCaftilladelOroil n e fera p a s h o r s d e p r o p o s d'y

retourner. L e R o y r e c o m m a n d a i t

toufiours à P e d r a r i a s ,

» Q u ' i l euft v n foin particulter d e faire p e u p l e r la terre » » d e la c o n u e r f i o n d e s I n d i e n s n a t u r e l s q u i l ' h a b i t o i e n t , » &

d e les traiter h u m a i n e m e n t ; Q u ' i l n e tinft p o i n t les

» g e n s oififs, m a i s qu'il les o c c u p a i t t o u f i o u r s à faire q u e l Orare du Roy

q u e c h o f e , p a r c e q u e l'on n e tire i a m a i s rien d e b i e n d e

four Pedra-

l'oifiueté ; Qu'il p r o c u r a f t q u e les vilages qu'il baftiroit

rias.

fuffent fituez d a n s v n belair ; Q u ' i l n e baftift p o i n t d a n s d e s lieux eftroits, b a s &

eftoufez

, o ù le Soleil les p o u r -

roit offenfer ; Q u ' i l trauaillaft à m a i n t e n i r c e u x qu'il a u o i t baftis d ' v n e c ô f t e à l'autre, p o u r u e û qu'il le pùft faire f a n s i n c o n u e n i e n t ; Q u ' i l prift g a r d e à t o u t e s les a u t r e s c h o fes d e l ' a u t r e m e r , p o u r petites qu'elles fuffent , & q u ' i l e n u o y a f t v n p l a n d e t o u t e c e t t e terre le plus a u n a t u r e l , & e n la m e i l l e u r e f o r m e qu'il p o u r r o i t . Q u e les eftabliffemés » q u e l'onferoit p o u r les m i n e s , f u f f e n t d i f p o f e z d e telle for» t e , & a u e c tel n o m b r e d e g e n s , qu'ils n e p u f f e n t p a s eftre » i n q u i e t e z p a r les i n d i e n s . E t q u e fur t o u t il m a i n t i n f t » t o u f i o u r s f o n a u t h o r i t é , e n fe t e n a n t fur fes g a r d e s , p o u r » n e leur p a s d o n n e r lieu d e p e r d r e le refpect, & d e s'e»

m a n c i p e r p a r t r o p ; p a r c e q u e fi cela arriuoit v n e fois, il e n refulteroit d e g r a n d s i n c o n u e n i e n s .

l e R o y luy

m a n d o i t c e l a , p a r c e q u ' o n l u y a u o i t d o n n é a u i s d e la r u i n e d u v i l a g e d e la riuiere d elasAnades,

auquel o n auoit


OCCIDENTALES,

LIVRE

I.

49

auoit d o n n e le n o m d e F o n f e c a D a u l i a , & la m o r t d u C a p i t a i n e L o u i s C a r i l l o . L e R o y luy m a n d o i t e n c o r e , 1 5 1 5 . q u e puis qu'il faloit c h a n g e r b e a u c o u p d e c h o f e s d e s inftructions qu'il luy auoit d o n n é e s lors qu'il partit, qu'il Le Roy m a n d e t r o u u o i t à p r o p o s qu'il le fift f e l o n qu'il le iugeroit vti- à Pedrarias de le Si neceffaire p o u r le feruice d e D i e u & d u fien , tant ne rien faire p o u r le p a r t a g e d e s c o u r f e s qu'il auoit faites fur les I n ­ que du confendiens, que pour la defpenfe de la fabrique des vaiffeaux, & tement de L'Euefque autres chofes, & qu'il ne fift rien fans le confents- de Vafco m e n t d e l ' E u e f q u e , d e V a f c o N u n e z ,& d e s OfficiersNunez R o y a u x , e n fe r e n d a n t c o n f o r m e a u f e r m a i e n t d e la plus part d'entre e u x , e n c h a r g e a n t leurs c o n f c i e n c e s , q u e d e t o u t e s les c h o f e s d ' i m p o r t a n c e q u i p o u r r o i e n t a t t e n d r e v n e c o n f u l t a t i o n , l'on e n efcriuift e n C o u r . L e R o y tauorifa t o u t d ' v n t e m p s P e d r a r i a s e n c o n f i d e r a t i o n d e cela, d e d e u x I n d i e n s& d e d e u x I n d i e n n e s d e l'Ifle E f p a g n o l l e , c e q u i n e fe p o u u o i t faire felon les O r d o n ­ o n c e s;& d e q u e l q u e s priuileges p o u r la ville de Santa Maria del Antigua del Darien. Il d o n n a auffi p o u r a r m e s à cette ville v n E f c u e n c h a m p r o u g e , ô c a u m i l i e u v n c h a fteau a o r é , & la figure d u Soleil a u deffus ; & a u d e f fous d u chalte a u v n tigre à la d r o i t e ,& à la g a u c h e v n cocoddrille, o u lezard , c o m m e les Caftillans les appelioient ;& p o u r d e u i f e , la imagen de Nueftra Sonora del Antigua.

A p r e s la r e c e p t i o n d e c e n o u u e l o r d r e , P e d r a r i a s n e m a n q u a p a s d e le m e t t r e e n e x e c u t i o n , p o u r o c c u p e r les g e n s m i e u x qu'il n'auoit fait p a r le paffé. M a i s il n e l'accompliiToit p a s à l'égard d e V a f c o N u n e z ,& viuoient toufiours d a n s l'opinion g e n e r a l e d ' a m i s& d'ennemis, c e q u i eftoit c a p a b l e d e g r a n d e s c h o f e s . A u c o n t r a i r e f a n s luy faire e n t e n d r e n y e n d e c l a r e r le f u i e t , il eftoit fort fecret& attentif à fes affaires, c e q u i faifoit affez p a raiftre q u e fa p r e f e n c e n e luy eftoit p a s a g r e a b l e . C e ­ p e n d a n t c e u x q u i a u o i e n t d e l'affection p o u r V a f c o N u ­ n e z , difoient q u e p o u r s'eftre plaint q u ' a u p r e i u d i c e d e la c o n f e d e r a t i o n ,& a m i t i é qu'il auoit faite a u e c 2. D e c , G


5o

HISTOIRE

DES

INDES

c o u s les C a c i q u e s , les C a p i t a i n e s d e Pedrarias a u o i e n t t u é leurs g e n s& pillé leurs biens ;& que Vafco N u n e z 1515. offenfé de cela, d e v o i r q u e l'on auoit fait fi p e u d'eftat d e la foy d o n n é e , auoit fupplié le R o y d e luy p e r m e t t r e d'al­ ler e n C o u r , c e q u i luy auoit efte refufé, & q u ' a u c o n ­ traire l'on auoit mandé à Pedrarias qu'il l'occupaft & luy T e n e u r de lalaiffaft exercer fon Gouuernemenr. Or ce qui eft lettre q u e V a f ­ d e plus veritable e n cela eft, q u e V a f c o N u n e z efcriuie co N n n e z , e f a u R o y v n e lettre fort a m p l e le feiziefme d ' O c t o b r e d e crit a u R o y . cette a n n é e , par laquelle il luy m a n d o i t l'eftat d e f o n » mauuais

gouuernemenr.

Il c o m m e n ç a

par la relation

» des courfes d e lean d e A y o r a , d efon abfence , & d e fa fuitte f a n s p e r m i f f i o n , v o u l a n t i m p u t e r » cela à Pedrarias,

la faute d e

q u i p a r diffimulation auoit

fouffert

» q u e c e l a fe paffait ainfi f a n s e n f a i r e v n c h a f t i m e n t , f e i o n q u e le c a s l e m e r i t o i t . Il p a r i a

auffi d u v o y a g e d e

» G a f p a r d e M o r a l e s , d ' E n c i f e , d e L o u i s C a r i l l o ,&

de

» a u t r e s C a p i t a i n e s , q u i i u f q u e s là a u o i e n t e f t é e m p l o v e z ; » & des libertez&

o p p r e f f i o n s qu'ils f a i f o i e n t , m e t t a n t e .

» t r o u b l e p a r t o u t e s les c o n t r é e s

v o i f i n e s qu'il a u o i t e u

» b e a u c o u p d e p e i n e à pacifier, & q u e l'on p e r d o i t p a r c e » moyen

les p r e t e n i i o n s d e s g r a n d e s r i c h e f f e s

» tendoit y rencontrer.

Il m a n d a

e n outre

qu'il p r e -

q u e les c i n -

» q u a n t e mille d u c a t s q u e l'on auoit d e f p e n f e z e n l ' a r m é e » que »&

P e d r a r i a s a u o i t a m e n é e , fe p o u u o i e n t d e f q u e l s ,&

» p r o f i t;&

que

efpargner,

d ' a u t r e s e n c o r e , o n n ' e n tireroit il l ' o n

continuoit

» g o u u e r n e r fi m a l c e t t e t e r r e , c o m m e l ' o n » q u e s là , e l l e f e r o i t

aucun

encore vne année

à

a u o i t fait i u f -

t e l l e m e n t d e f o l é e , qu'il feroit i m -

» poffible d'y a p p o r t e r a u c u n r e m e d e ; p a r c e qu'ils n e f o n » g e o i e n t t o u s q u ' à l e u r p r o f i t ,& » Et

outre

tout

cela

pas v n à celuy d u R o y .

c e q u i caufoit le plus d e defor-

» d r e c'eftoit la m e s - i n t e l l i g e n c e q u ' i l y a u o i t e n t r e les O f » ficiers R o y a u x , q u i n e fe p o u u o i e n t a c c o r d e r , n o n o b »ftant »

t o u t e s les r e m o n f t r a n c e s

l'Euefquc

,

iufques

à

les

q u e leur e n auoit

reprimender

partout, en particulier & en general,& particuliere-

dans

les

chaires,

fait &

»


O C C I D E N T A L E S , L I V R E I.

51

ment t o u c h a n t leur auarice , p a r c e q u e d e c e n t h o m m e s à la folde q u e le R o y auoic o r d o n n e z qu'il y euft, il 1515. n'y auoit f e u l e m e n t q u e q u e l q u e s t r o m p e t t e s , & q u e l - « q u e s g e n s d e la g a r d e d u G o u u e r n e u r . Il adioufta e n - « c o r e , q u e Pedrarias eftoit d'vn â g e trop a u a n c é , & p l u s « qu'il n e c o n u e n o i t p o u r ces quartiers là ; qu'il eftoit toujours trifte & m e l a n c o l i q u e ; qu'il auoit p e u d e reffen- « t i m e n t ,& paroiffoit n e fe m e t t r e pas b e a u c o u p e n p e i - « n e d e la perte d e s Caftillans ; Q u ' i l ne chaftioit p a s les » vols, les h o m i c i d e s ,& les opreliions q u i fe faifoienc c h e z « les I n d i e n s , n y les fraudes q u i s e x e r ç o i e n t d a n s le d o m a i - « n e d u R o y ; Q u ' i l n'efcoutoit pas les plaintes que l'on luy « faifoit,& r e f p o n d o i t d e telle forte q u ' o n n'ofoit y r e u e - «. nir ; Qu'il fe plaifoit d a n s les difcordes q u i naiffoient en- ce tre les Officiers R o y a u x , les C a p i t a i n e s , & les fuldats; « & p o u r les obliger d'auoir r e c o u r s à fa f e m m e , il les f o - « m e n t o i t e n c o r e d a u a n t a g e par la crainte. L o r s qu'il p o u - « uoit aller e n c o u r f e d a n s le voifinage e n p e r f o n n e p o u r « excufer les torts q u e les C a p i t a i n e s& les foldats fai- « f o i e n t ,& autres m a l u e r f a t i o n s , il fe d o n n o i t d u b o n « t e m p s d a n s D a r i e n ; n e c o n f i d e r a n t pas q u e la p r e f e n c e « d u C a p i t a i n e g e n e r a l eft la plus neceffaire, L e s biens & « les heritages n e luy m a n q u o i e n t p a s , n o n plus q u ' a u x au- « tres, p a r fon a u a r i c e , & fe m o n f t r o i t o d i e u x c o n t r e le « G o u u e r n e m e n t de D a r i e n , à c a u f e q u e l'on le c o n t e f - « toit e n plufieurs c h o f e s . E n f i n il efcriuit q u a n t i t é d'au- « tres c h o f e s fur ce fuiet, e x a g e r a n t le m a u u a i s g o u u e r n e - « m e n t d e P e d r a r i a s , confeillant q u e l'on e n u o y a f t v n E x a m i n a t e u r p o u r s'informer d e toutes c h o f e s ;& fuppliant q u e l'on confideraft q u e cette terre eftoit e n c o r e plus « riche qu'il n e l'auoit v a n t é e ,& p a r t i c u l i e r e m e n t celle d e l a m e r d u S u d , d'où il p r o m e t t o i t e n c o r e tout d e n o u u e a u qu'il s'en p o u r r o i t tirer d e g r a n d e s richeffes, e n q u o y il n e fe t r o m p a pas , c o m m e il eft arriue d e - " puis. Il y a bien d e l ' a p a r e n c e q u e ces plaintes& ces gricues accufations ;& la lettre d e V a f c o N u n e z , v i n d r e n t à la G ij


HISTOIRE

DES

INDES

52 c o n n o i f f a n c e d e P e d r a r i a s , & q u e d e cette c o n n o i f f a n c e il e n refultavne indignation contre V a f c o N u n e z , qui 1515. f e m b l o i t p r e t e n d r e par là d e p e r d r e Pedrarias d ' h o n n e u r & d e r e p u t a t i o n ; car il n e fe p o u u o i t e m p e f c h e r en beaucoup d'occafions de murmurer contre luy , & contre fes actions ; & quoy que depuis ils fe reconcilièr e n t , c o m m e il fe dira cy-apres,il n e p û t toute fois cuiter c e q u i fembloit eftre deftiné. D a n s c e m e f m e t e m p s , Pedrarias e n u o y a T e l l o de G u z m a n , a u e c o r d r e d e p r e n d r e les g e n s q u e l e a n d e A y o r a auoit laiffez d a n s le vilage d e Tuhanamà , & d'aller d u cofté d u P o n a n t , p o u r d e f c o u u r i r le l o n g d e la côfte d e la m e r d u S u d . Eftant arriue à Tubanma a u e c d'autresgens q u e Pedrarias l u y auoit d o n n e z , il y trouu a le C a p i t a i n e M e n e f c s ,& les g e n s qu'il auoit a u e ~ q u e luy t e l l e m e n t affiegez par les I n d i e n s , qu'ils n'ofoient fortir p o u r aller c h e r c h e r d e s h e r b e s p o u r m a n ger. O r c o m m e ils fe v o y o i e n t fans e f p e r a n c e d ' a u c u n fe c o u r s d e q u e l q u e part q u e ce fuft , ils a u o i e n t efté e n refolution plufieurs fois d ' a b a n d o n n e r c e pofte ,& de s'en retourner à D a r i e n ; m a i s d e s qu'ils p e n f o i e n t fortir ils eftoient a t t a q u e z par les I n d i e n s q u i les arreftoient t o u t c o u r t : M a i s fi toft q u e ces I n d i e n s virent paroiftre T e l l o d e G u z m a n , ils prirent la fuitte. L e s Caftillans Tello de Guzcheman offre la pafferent d a n s les terres d e s C a c i q u e s chepo ,& c o m m e T e l l o d e G u z m a n e u t auis qu'ils s'afpaix aux In- faurty & diens. f e m b l o i e n t p o u r l'attaquer , il refolut d e faire paix a u e c le principal C a c i q u e , e n luy d o n n a n t fatis faction p o u r les vexations q u e I o n luy auoit faites,& l ' a f f u r a n t p o u r l'auenir. C e C a c i q u e a i m a n t m i e u x la paix q u e la g u e r re ,& c r o y a n t q u e l'on luy garderoit la foy p r o m i f e , alla voir les Caftillans, les m e n a e n fa m a i f o n ,& leur fit v n fort b o n t r a i t e m e n t C o m m e ils eftoient d a n s c e logis , b c u u a n t & m a n g e a n t e n toute affeurance , il arriua v n i e u n e g a r ç o n I n d i e n a u e c des g e n s q u i l ' a c c o m p a g n o i e n t , q u i dit a u C a p i t a i n e T e l l o d e G u z m a n q u e cette S e i g n e u r i e luy a p p a r t e n o i t,& n o n à celuy q u i eftoit


OCCIDENTALES, LIVRE

I.

53

là ; & q u e fon pere q u i e n eftoit le légitime Seigneur e n m o u r a n t le laiffa p o u r tuteur& G o u u e r n e u r de cet 1515. Eftat, mais que puis apres il s'eftoit foulcué contre luy, & l'en auoit chaifé ; & que partant puis que c'eftoit là v n crime puniffable, il le prioit d e luy prefter m a i n forte ,& qu'il luy fourniroit p o u r le m o i n s autant d'or q u e l'autre pourroit faire. Tello d e G u z m a n p o u r rec o m p e n f e r fon hofte d u b o n traitement qu'il luy venoit d e faire , fans e x a m i n e r fi ce q u e c e ieune Indien venoit de dire eftoit veritable, o u n o n , le fît p e n d r e auffi toft à v n arbre ,& fept Capitaines d u m o r t q u e le ieun e Indien fit auffi a m e n e r , q u e G u z m a n par v n e g r a n d e i n h u m a n i t é fit mettre e n pieces, & p o u r r e c o m p e n se d e cette m é c h a n t e action le ieune Indien luy bailla fix mille poids d'or. Auffi toft apres il propofa d'aller Action temeà Panama , parce q u e cette terre eftoit fort r e n o m m é e . raine de Tella M a i s il n'y trouua q u e des maifons d e pefcheurs, &c'eft de G u z m a n . d'où deriuc le n o m d e Panamà, qui fignifie langage d e la terre, lieu o ù l'on pefche b e a u c o u p d e poiffon. D e là le Capitaine D i e g o d e Albitez fut e n u o y e auec quatrevingt Caftillans p o u r entrer dans la prouince d e chbagre, qui eftoit à dix lieues d e là. Albitez entra d a n s les vilages, Le Capitaino Albitez, va à furptenant les Indiens e n c o r e d a n s le f o m m e i l , mais Chagre. c o m m e il eftoit h o m m e m o i n s cruel q u e les autres C a pitaines il n e leur fit point d e m a l . A caufe d e q u o y le C a c i q u e voyant qu'il l'auroit p e u captiuer,& piller s'il l'auoit v o u l u faire , p o u r m a r q u e d e r e m e r c i m e n t , il bailla volontairement& d e gayeté d e c œ u r à D i e g o d e Albitez d o u z e mille poids d'or. C o m m e Albitez vit cela, il crut auffi toft q u e celuy qui auoit baillé tant d'or, & d e fi b o n n e grace , s'en eftoit referué b e a u c o u p d a u a n t a g e , il pria le C a c i q u e d e luy e m p l i r v n g r a n d fac qu'il auoit d e ce m e t a l ; M a i s le C a c i q u e fut tellement indigne d e cette d e m a n d e impertinente, qu'il luy repartit, Qu'il Refponfe

d'vn

l'allaft emplir des pierres d'vn ruifféau qu'il paffoit par la , & Cacique à D i e que pour de l'or il n'en auoit pas dauantage , ny qu'il gonedele Albitez,

faifoit pas croiftre.

D i e g o d e Albitez confus par cette refG

iij


1515.

H I S T O I R E DES INDES 54 p o n f e fe retira, & n e v o u l u t p a s c o n f e n t i r q u e l'on fift a u c u n tort à c e C a c i q u e , n y q u e l'on n e le forçait pas d a u a n t a g e d e luy faire declarer s'il auoit d e l'or o u n o n .

NOTABLE RETRAITE DES CAStillans. Pedrarias enuoye le Capitaine Gonçale de Badajos faire des courfes dans le fais. C H A P I T R E

XIIII.

d e A l b i t e z eftant forty d e chagre, r e t o u r n a fe i o i n d r e a u e c T e l l o d e G u z m a n e n la terre d u C a c i q u e Pacyra, o ù ils refolurent d e r e t o u r n e r à D a r i e n ,& eftant arriuez à Tubanamà , ils a p p e r c e u r e n t q u a n t i t é d'Indiens q u i les a t t e n d o i e n t , a u e c d e s E n f e i g n e s qu'ils a u o i e n t faites , d e s c h e m i f e s les plus deliées d e s Caftillans , qu'ils a u o i e n t t u e z , q u i eftoient toutes e n f a n g l a n t é e s ;& q u i difoient h a u t e m e n t qu'ils les v o u l o i e n t tuer , c o m m e ils a u o i e n t fait c e u x q u i a u o i e n t p e u p l é la ville d e Santa C r u z . L e s Caftillans q u i eftoient defia b e a u c o u p fatiguez , fe v o y a n t ainfi a t t a q u e z p a r les I n d i e n s , eftant o b l i g e z d e fe d e f f e n d r e , c o m b a t o i e n t toufiours e n retraite, d e c r a i m te d'eftre accablez par le grand nombre d'Ennemis, & arruerent ainfi en la terre de Pocorfa auec vne foif infatiable, p a r c e q u e les I n d i e n s les p o u r f u i u o i e n t a u e c tant d e precipitation, qu'ils n e leur bailloient p a s feuleNotable re- m e n t le t e m p s d e p r e n d r e d e l'eau d a n s les ruiffeaux traite des Ca. qu'ils r e n c o n t r o i e n t , qui fut p o u r e u x v n e n o t a b l e retraiftillans, te , puis q u e fans e n venir à v n e bataille r a n g é e , c o m b â t a n t c o n t i n u e l l e m e n t ils fe m i r e n t e n feureté d ' v n e i n finité d ' e n n e m i s . E n f i n ils arriuerent à D a r i e n fort h a raffez, & plufieurs d e bleffez, a u e c b e a u c o u p m o i n s d'or qu'ils e n a u o i e n t pris, p a r c e q u e les I n d i e n s le retiroient

D

IEGO


OCCIDENTALES,

L I V R E I.

55

d ' e u x e n leur v e n d a n t l'eau ;& les faillirent i n c e f f a m m e n t iufques à c e qu'ils fuffent d a n s les p o r t e s d e D a 1515. rien ; c e q u i a c r e u t e n c o r e d a u a n t a g e la crainte d e s C a ftillans. C e defaftre d e T e l l o d e G u z m a n q u i luy v e n d e d'arriuer tenoit les Caftillans d a n s v n e eftrange confternation, & Pedrarias d a n s v n e g r a n d e inquietud e ; c a r la crainte q u i s ' e m p a r a d e s efprits d e c e u x d e D a r i e n v o y a n t la temerité d e s I n d i e n s , p e n f a caufer leur p e r t e ; s'ils r e g a r d o i e n t d u cofté d e s m o n t a g n e s & d e s plaines,& qu'ils v o y o i e n t les b r a n c h e s d e s arbres, & des tas d ' h e r b e s a m a f f é e s les v n e s fur les a u t r e s , ils s'imaginoient q u e c'eftoient a u t a n t d'Indiens q u i n e d e m a n d o i c n t q u ' à les e x t e r m i n e r ; & s'ils t o u r n o i e n t les y e u x d u cofté d e la m e r , ils c r o y o i e n t la voir c o u u e r t e d e c a n o s remplis d ' e n n e m i s . D a n s ces diuerfes p e n f é e s & i m a g i n a t i o n s , q u i leur d o n n o i e n t d e terribles a p p r e h e n f i o n s , tout t r a n f p o r t e z , ils n e faifoient p a s f e u l e m e n t des affemblées t u m u l t u e u f e s , m a i s ils rempliffoicnt l'air d e q u a n t i t é d e plaintes, t e f m o i n s d e leurs afflictions. V a f c o N u ñ e z & fes a m i s rauis d e ces d e f o r d r e s , p r e n o i e n t d e là o c c a f i o n d e m u r m u r e r . E t P e d r a r i a s d'ailleurs procuroit a u t a n t qu'il p o u u o i t q u e la gloire d e s faits d e s i n d i e n s n e paffaft iufques a u x oreilles d e fes g e n s , d e crainte q u e cela n'intimidait leurs c o u r a g e s & fift ferm e r la m a i f o n d e s fontes d e l'or , q u i entre ces g e n s là eftoit v n f i g n a l d e g u e r r e o u d e f a m i n e . D e f i a ils n e f o n g e o i e n t q u ' à t r o u u e r d e s r e m e d e s p o u r f a u u e r leur vie. E t d a n s ces affligions P e d r a r i a s o r d o n n a auffi, d u c o n l e n t e m e n t d e l ' E u e f q u e , q u e les g e n s c o n f i d e r a n t qu'ils eftoient C h r e f t i e n s , l'on fift d e s prieres g e n e r a l e s p o u r appaifer l'ire d e D i e u . C e p e n d a n t q u e toutes les c h o f e s d e D a r i e n eftoient e n cet eftat, D i e g o d e A l b i t e z q u i Ceux de Da eftoit v n h o m m e riche , v o y a n t q u e t o u t eftoit e n c o n - rien font en confu f u f i o n , à l'inftant m e f m e efcriuit f e c r e t e m e n t e n C o u r , grande fon. c r o y a n t q u e d a n s cette c o n i o n c t u r e d'affaires o n y p e n f e roitle m o i n s , p a r v n m a r i n i e r , q u i n ' a u o i t p a s l'efprit p o r t é à d e s c h o f e s baffes ; il s'apelloit A n d r é N i ñ o , d u q u e l on


56 1515.

Pedrarias enuoye Gonçale de Badajos à la mer du Sud*

Hardie refolut ion de Badejos.

HISTOIRE

DES

INDES

parlera c y - a p r e s , p o u r p r o c u r e r v n G o u u e r n e m e n t e n l a m e r d u S u d ,& luy d o n n a d e u x nulle p o i d s d'or p o u r fon v o y a g e . T o u t e s c h o f e s eftant ainfi e n d e f o r d r e c o m m e n o u s le v e n o n s d e reprefenter, P e d r a n a s Ce feruoit c e p e n d a n t d e tous les auis , & des rufes poffibles p o u r p r e u e n i r l e s I n d i e n s ,& leur dreffer d e s e m b u f c 3 a d e s & autres ftrat a g é m e s , a u cas qu'ils a p p r o c h a f f e n t . M a i s ils n e p a r u r e n t pas c o m m e o n l'efpcroit à c h a q u e m o m e n t , deq u o y V a f c o N u n e z Ce rioit SC s'en gauffoit, c e q u i ne luy c a u f a pas v n petit m a l . E n f i n P e d r a r i a s refoiut d ' e n u o y e r le l o n g d e la c o d e e n d e f c e n d a n t v n n a u i r e , d o n t il bailla la c o n d u i t t e a u C a p i t a i n e G o n ç a l e d e B a d a j o s , a u e c q u a t r e - v i n g t f o l d a t s , & d e p u i s e n c o r e autres c i n q u a n t e , afin d e paffer d e p u i s le Nombre de Diusvn peu plus b a s , o ù l'on auoit delia d e f c o u u e r t q u e c e lieu e f toit le plus eftroit d e la terre p o u r paffer à la m e r d u S u d ; a u e c o r d r e d e pacifier la terre,& q u e s'ils t r o u u o i e n t d e la refiftance qu'ils fiffent la g u e r r e . G o n ç a l e d e B a d a j o s s ' e m b a r q u a à lafind u m o i s d e M a r s d e cette a n n é e ,& arriua à Nombre de Dios. C o m m e les foldats a p e r ç e u r e n t l e f o r t q u e N i c u e f a auoit bafty, & l'horrible fpectacle d e q u a n t i t é d'os& d e croix fur d e s tas d e pierres, d e s Caftillans qui a u o i e n t p e r y là par la f a i m , ils d e m e u r e r e n t tout interdits, & a p p o r t c r e n t d e g r a n d e s difficultez p o u r paffer o u t r e . G o n ç a l e d e B a d a j o s v o y a n t c e l a , a u e c v n c o u r a g e h a r d y , c o m m a n d a auffi toft a u maiftre d u n a u i r e qu'il s'en retournait à D a r i e n , afin d'ofter à fes g e n s t o u t e e f p e r a n e e d e r e t o u r ,& les o b l i g e r d e le fuiurc ;& leur dit à t o u s , q u e la plus g r a n d e p e u r qu'ils d e u o i e n t auoir e n l'ayant p o u r C a p i t a i n e , eftoit la h o n t e d e n e faire pas c h a c u n c e qu'il eftoitobligé d e faire. Il c o m m e n ç a auffi toft à m o n t e r les m o n t a g n e s d e Capira , q u i font tres h a u t e s , p o u r paffer à la terre d u C a c i q u e Taianaguà, qui eftoit S e i g n e u r d e q u a n tité d e terres,& d o n t les p e u p l e s eftoient tous m o n t a g n a r s . Ils l'attaquerent à i'improuifte , car n e f ç a c h a n c pas


O C C I D E N T A L E S , L I V R E I.

57

p a s la v e n u e d e s Caftillans il n e s'eftoic pas m i s e n defenfe. Ils le pillerent, fe faifirent de fa p c r f o n n e , luy pri- 1 5 1 5. rent fix mille p o i d s d'or ,& le m e n e r c n c prifonier au a n t q u e les autres C a c i q u e s e n fuffent aduertis. Ils att a q u e r e n t e n c o r e Tatarachenibi C a c i q u e fort riche; m a i s il s'efchapa d ' e u x ,& n o n o b f t a n t cela ils luy prirent huit mille p o i d s d'or. Tatanaguà pria B a d a j o s d e le deliu r e r , & qu'il luy bailleroit e n c o r e a u t a n t d'or qu'il luy e n auoit pris, 5c apres l'auoir r e ç e u il luy d o n n a la liberté. 7 ataradcherubi refolut de paraiftre auffi, p o u r voit fi p a r q u e l q u e adreffe il p o u r r o i t t r o m p e r les Caftillans a u a n t qu'ils le priffent ,& leur p o r t a f o n prefent d'or. C t l u y - c y feignit q u e p r o c h e d e là il y auoit v n C a c i q u e appelle Nata , q u i eftoit fort riche , ÔC q u i n'auoit p a s g r a n d m o n d e . B a d a j o s a y a n t e u auis d e cela y e n u o y a trente Caftillans fous la c o n d u i t e d u C a p i t a i n e A l o n le P e r e z d e la R u a , lefquels l'attaquerent v n m a t i n fe- Et du Capitallon leur c o u f t u m e ; m a i s c o m m e le iour fut v e n u ils fe ne Rua , auec virent a u m i l i e u d e plufieurs vilages, p a r c e q u e c e Nata trente Caftileftoit g r a n d S e i g n e u r . L e s Caftillans fe t r o u u a n t tout lans. e f t o n n e z , f o n g e r e n t auffi toft q u e s'ils t o u r n o i e n t le d o s ils eftoient p e r d u s ; c'eft p o u r q u o y ils refolurcnt d'attaquer c o u r a g e u f e m e n t le principal vilage , q u i eftoit le plus aifé à s'en r e n d r e m a i f t r e ,& le h a z a r d v o u l u t q u e le C a c i q u e t o m b a entre leurs m a i n s ; car leur principal b u t eftoit d e s'enquefter d'abord o ù eftoient les C a ciques p o u r s'en faifir , p a r c e q u e p a r c e m o y e n ils e u f fent m i e u x affeuré leurs affaires,& les defpoüilles e n euffent efté meilleures auffi. A y a n t pris c e C a c i q u e prifonier ils c r e u r e n t eftre e n affurance ,& s ' a m u f o i e n t à c h e r c h e r l'or. Ils t r o u u e r e n t la valeur d e plus d e dix mille Caftillans. Ils prirent les f e m m e s & les e n f a n s q u i n'auoient p a s p u fuir c o m m e Les Indiens les h o m m e s . M a i s les habitans d e c e lieu,& d u v o i f m a - prennent les g e , q u i e u r e n t auis d e tout cela, e n m o i n s d e rien v o y a n t armes contre leur S e i g n e u r prifonier , leurs f e m m e s & leurs e n f a n s , les Caflillans. s'affemblerent e n g r o s ; prirent p o u r c o n d u c t e u r le frere 2 Dec. II


HISTOIRE

58

DES

I N D E S

d u C a c i q u e prifonier, & v i n r e n t f o n d r e fur les Caftillans, tirant vneinfinité d e d a r d s & d e pierres, p a r c e qu'ils n e fe feruoient pas d e flèches, n y d'autres a r m e s , finon d e * C e f o n t b a - Macanas * ainfi qu'ils les appelloient e n l'Ifle E f p a g n o l l e . ftons brûlez L e s Caftillans fe v o y a n t f e r r e z d e p r é s , prirent resolution p a r l e s b o u t s . d e fe retirer a u e c le m e f m e C a c i q u e d a n s fa m a i f o n , & le m e n a c e r e n t d e le tuer s'il n e faifoit arrefter fes g e n s . L e C a c i q u e fort irrite, r e p r i m e n d o i t les fiens,leur d e m a n d a n t p o u r q u o y ils s'eftoientmisen a r m e s fans f o n c o m m a n d e m e n t;& d é s le m o m e n t m e f m e tout t r e m b l a n t ils ietR e q u e f t e d'Aterent les a r m e s b a s , & quitterent le c o m b a t . Alonfe lonfe Perez P e r e z d e la R u a requit le frere d u C a c i q u e d e rendre à vn Indien, o b e ï f f a n c e , & r e c o n n o i f t r e le R o y d e Caftille p o u r fon & fa refponfe. S o u u e r a i n , puis q u e toutes ces terres d é p e n d o i e n t d e fa C o u r o n n e , ainfi qu'il luy faifoit e n t e n d r e ,& qu'il a d e jà efté dit c y - d e u a n t . L e frere d u C a c i q u e p o u r r e f p o n -

1515.

dre

à c e t t e d e m a n d e , d i t,

Qu'ils

n'auoient

e n cette terre d'autres h o m m e s q u ' e u x

;

tamais

veû

q u e fi quelque iour

l e Roy de Caftille paffoit p a r là, ils luy donneroient librement & &

Le Cacique Notà d e m e u roitproche la m e r d u Sud,

de

bonne volonté, d e l'or qu'ils

des f e m m e s . C e p e n d a n t

Gonçale

auoient ; à m a n g e r , d e Badajos

ayant,

e u auis d e c e q u i fe paffoit, alla a u f e c o u r s d e s fiens ; m i t le C a c i q u e e n liberté , l e q u e l luy d o n n a q u i n z e mille p o i d s d ' o r ,& regala d e telle forte les Caftillans, qu'ils refolurent d e d e m e u r e r là tout P h y u e r ; p a r c e q u ' e n c o r e q u e la terre foit fort r e m p l i e d'eau , il n'y fait p o u r t a n t pas froid. C e C a c i q u e Natà faifoit f o n o r d i naire feiour tout p r o c h e d e la m e r d u S u d , o ù e f t e n c o re a u i o u r d ' h u y la ville d e Natà L e s Caftillans a y a n t f e i o u r n é là d e u x iours, allerene a t t a q u e r v n C a c i q u e a p p e l l e Efcolià ; ils le p r i r e n t pri-

fonier a u e c fes f e m m e s ,& luy t r o u u e r e n t n e u f mille p o i d s d ' o r , qu'ils prirent auffi. D e là p o u r f u i u a n t leur d e f c o u u e r t e vers l ' O c c i d e n t , ils arriucrent à-la terre d'vn Autre fignifi- C a c i q u e , appelle Biruquete , d e q u i l'on tient qu'eft decanon a u n o m riué le n o m d e P e r o u ,& d'vn autre C a c i q u e , a p p e l de Perou. lé Totonaguà , q u i eftoit a u e u g l e , lequel leur d o n n a fix


OCCIDENTALES,

L I V R E I.

59 mille p o i d s e n i o y a u x ,& d e s grains d'or p o u r f o n d r e , encre lefquels il y e n auoit q u i pefoient d e u x Caftil 1515. lans ; q u i eftoit v n t e f m o i g n a g e d ' v n e terre fort r i c h e , c o m m e e n effet elle l'eft à plus d e d e u x c e n s lieuës a u deffus & a u deffous d e D a r i e n , p a r c e qu'il y a d e fort riches m i n e s . Ils apprirent e n c o r e q u e plus bas il y a u o i c v n autre C a c i q u e appellé Taracùti, d e q u i ils tirèrent huit mille p o i d s d'or. D e là ils pafferent à la terre d e Pananome, qu'ils n e t r o u u e r e n t p a s , p a r c e qu'il n'ofa attendre. A fix lieues d e là e n tirant vers le P o n a n t , ils allerent à v n autre vilage appelle Tabor ,& tout d ' v n t e m p s ils parfferent a u vilage d u C a c i q u e cherà,lefquels fortirentau d e u a n t d ' e u x , & r e ç e u r e n t d'eux q u a t r e m i l le Caftillans. 11 faut fçauoir qu'icy ,& p a r tout ailleurs, Poids d'or & q u e P o i d s d'or & Caftillan eft t o u t v n e m e f m e c h o f e . Caftillans fontD e forte d o n c q u e i u f q u e s là G o n ç a l e d e B a d a j o s e n l e - vne mefme u a e n c e v o y a g e q u a t r e - v i n g t m i l l e Caftillans, q u i e n chofe. c e t e m p s là e n valoient plus d e c i n q c e n s m i l l e , d e p u i s q u e le P e r o u a efté d e f c o u u e r t .

F I N

D

V P R E M I E R

LIVRE.

H ij


60

HISTOIRE GENERALE

DES VOYAGES E T CONQVESTES des Caftillans, dans les liles & Terra ferme des Indes Occidentales.

L I V R E

PEDRARIAS

VA

S E C O N D .

SECRETEMENT

contre les Indiens d ' V r a b à , & bajlit vn fort dans A c l à , &y laiffele Capitaine Ga­ briel de Rojas.

CHAPITRE

1515.

PREMIER.

P R E S q u e Pedrarias e u t d é p e f c h é G o n cale d e B a d a j o s , eftant e n p e i n e d e F r a n ­ çois B e z e r r a ,& n e f ç a c h a n c s'il d e u o i s adioufter f o y a u x n o u u e l l e s qu'auoic a p ­ portées le i e u n e I n d i e n , il refolut d e c h e r c h e r e n p e r f o n n e , o u d u m o i n s ap­ p r e n d r e la c a u f e d e f o n r e t a r d e m e n t ; p a r c e q u e tous c e u x q u i eftoient d a n s D a r i e n eftoient t e l l e m e n t i n t i m i d e z ,

A


Hisr.

DES INDES O C C I D . LIV

II. 61

q u e p e r f o n n e n'ofoit aller à Vrabà, n y vers le Zenù à caufe d e s fléches e m p o i f o n n é e s , d o n t c e u x q u i e n ef- 1515. toient f r a p e z n e m a n q u o i e n t p a s d e m o u r i r i n c o n t i n e n t apres. Mais Pedrarias qui eftoit homme courageux & vaillant, n'eftoit pas dans cette apprehenfion ; fi bien que p o u r faire fortir fes g e n s d e D a r i e n , il falut qu'il fe feruift d e l'induftrie. Ilfitd o n c p u b l i e r qu'il alloit faire v n e g u e r r e f a n g l a n t e c o n t r e Pocorofa, & c o n t r e d'autres S e i g n e u r s d e ces P r o u i n c e s ,& leurs f u j e t s , c o m m e r e belles. C e t t e n o u u e l l e fit aufli toft o u u r i r les oreilles à c e u x d e D a r i e n , p a r le profit qu'ils p r e t e n d o i e n t faire e n cette g u e r r e . D e forte qu'il fe p r e f e n t a plus d e trois cens h o m m e s p o u r aller a u e q u e luy. E f t a n t e m b a r q u e z d a n s trois o u q u a t r e n a u i r e s , les pilotes prirent leur routte vers le P o n a n t iufques à la nuit ;& c o m m e ils eftoient aduertis d e c e qu'ils d e u o i e n t faire par P e d r a rias, il leurfitt o u r n e r les p r o u e s d u cofté d e la routte Afluce de Pequ'il vouloir p r e n d r e . A u a n t q u e le iour arriuaft il en- drarias pour tra d a n s Caribana d e u x c e n s h o m m e s a u e c le C a p i t a i n emener Ces gens B a r t e l e m y H u r t a d o , a u q u e l Pedrarias c o m m a n d a d e a Vrabà. d é b a r q u e r , a y a n t p r e m i e r e m e n t dit à t o u s a u e c d e s paroles g r a u e s& feueres , Que perfonne ne s'ingeraft de vouloir fçauoir ou il alloit , ny ce qu'il deuoit faire, mais

d'obéir feulement. Ils e n t r e r e n t d o n c d a n s le vilage a u a n t le iour , & m i r e n t le f e u a u x maifons, L e s I n d i e n s eftant furpris de la forte, les vns fortoientà demy bruflez & les autres brafillez , penfant qu'en efchapant les fiam e s ils eftoient e n feureté ; m a i s ils t o m b o i e n t d e fiévre e n c h a u d m a l , car ils r e n c o n t r o i e n t les Caftillans q u i n ' e n faifoient pas à d e u x fois. M a i s auffi c e u x q u i p u rent e f c h a p e r d e leurs m a i n s , rentrant e n e u x m e f m e s , prirent leurs arcs a u e c leurs fléches e m p o i f o n n é e s ,& att a q u e r e n t les C a f t i l l a n s , d e telle forte q u e fe v o y a n t a c c a b l e z fans r e m e d e d e ces fléches, ils fe retirerent a u plus vifte d a n s les nauires. Ils e m m e n e r e n t toutefois q u e l q u e s prifonniers , p a r le m o y e n d e f q u e l s ils a p p r i rent la m o r t d e B e z e r r a , ainfi q u e le i e u n H e I iij n d i e n l'a-


62

HISTOIRE

DES

INDES

uoit. déclaré. Eftant d o n c efclaircis d u d o u c e o ù ils ef1 5 1 5. t o i e n t d e cette m o r t , P e d r a r i a s prit la routte d e la c o d e d e terre f e r m e e n d e f c e n d a n t , & arriua a u port d'Acla q u i eft Pedrarias fait à foixante lieues d e là» Il d e f c e n d i t à terre a u e c tous fes vn fortàAclà. g e n s , d ' o ù il m a n d a à E f p i n o f a f o n S e r g e n t M a j o r d e p r e n d r e q u e l q u e C a u a l l e r i c ,& qu'il allaft détruire Pccorofa. C e p e n d a n t il fit efleuer v n fort d e terre & d e bois, & l u y tout le p r e m i e r m e c t o i t la m a i n à l'œuure, afin d'exciter fes g e n s d e faire le f e m b l a b l c ; ce qu'ils firent d e Pedrarias b o n c œ u r ,& s'y e m p l o y e r e n t tous d e toutes leurs forces; laiffe Gabriel & cette fortereflé fefitexprés p o u r feruir d e retraite de Rojas à Aa u x Caftillans. O r c o m m e Pedrarias excitoit ainfi fes clàenfa place. g e n s a u trauail par fon e x e m p l e , il d e u i n t m a l a d e , à c a u fe d e q u o y il r e t o u r n a à D a r i e n ,& laiffa e n fa place le C a p i t a i n e G a b r i e l d e R o j a s , natif d e C u e l l a r . M a i s a u a n t q u e d e paffer plus a u a n t , il n e fera pas h o r s d e p r o p o s d e r e t o u r n e r à G o n ç a l e d e B a d a j o s , lequel Portant d e la terre d e cherù , alla c h e r c h e r le C a c i q u e Parizao Paribà , q u e les Caftillans appellerent d e p u i s Paris, & d o n t le veritable n o m eftoit Cutara; m a i s c o m m e il fçeut q u e les Caftillans l'alloient c h e r c h e r , apres auoir m i s les f e m m e s & leurs e n f a n s e n feureté, il prit tous fes g e n s a u c q u e l u y ,& s'alla retirer d a n s les m o n t a g n e s . C o m m e les Caftillans arriuerent a u v i l a g e , & ; qu'ils le t r o u u e r e n t v u i d e d'habitans , ils e n u o y e r e n t q u e l q u e s efclaues q u i l u y a p p a r t e n o i e n t , luy dire q u e s'il n e recournoit e n fa m a i f o n qu'ils l'iroient c h e r c h e r , & qu'ils le tueroient , c o m m e ils a u o i e n t fait les autres. Ctttàra fe v o y a n t ainfi m e n a c é , e n u o y a a u x Caftillans p a r q u a t r e h o m m e s d e s p r i n c i p a u x d e fa fuitte , q u a t r e corbeilles, o u p a n i e r s , faits d e p a l m i e r , d o u b l e z d e p e a u x d e v e n a i f o n , d e d e u x p a l m e s d e l a r g e , trois d e l o n g , & v n tiers d e h a u t , qui f o n t c o m m e les coffres d o n t fe feruent les Caftillans. C e s paniers eftoient pleins d e p l a q u e s d'or, d o n t les I n d i e n s fe feruoient pour m e t tre d e u a n t l e u r e f t o m a c , des bracelets,& d'autres ioy a u x p o u r p e n d r e a u x oreilles ; lefquels dirent à G o n -


OCCIDENTALES, LIVRE

II.

63

cale d e B a d a j o s d e la p a r c d u C a c i q u e , que leur Seigneur le prioit de luy paruenner s'il neestoitpas venu en 1 5 1 5 . perfonne luy rendre vifite,pour estre occupé , & qu'il reçouft ce prefent que fes femmes luy enuoyotent. C e p r e f e n t Le Cacique Paris enuoye p o u u o i t valoir q u a r a n t e o u c i n q u a n t e mille Caftilvn grand prelans. G o n ç a l e d e B a d a j o s v o y a n t v n e il g r a n d e q u a n - fent à Badajos. tité d'or,& prefenté a u e c v n e fi g r a n d e facilité,& de fi b o n n e g r a c e , luy fit i u g e r q u e c e C a c i q u e d e u o i t poiffeder q u e l q u e g r a n d e richeffe e n fa m a i f o n . N c a n t m o i n s il l u yfitr e f p o n f e , qu'il agreoitfonprefent, & que d'orefnauant il le tiendroit pour amy ; E t f e i g n a n t d e s'en r e t o u r n e r p a r o ù il eftoit v e n u , la d e u x i e f m e nuit e n fuitte c o m m e le C a c i q u e eftoit defia r e t o u r n é e n fa m a i f o n ,& fes g e n s d a n s le vilage , il e n t r a d a n s la plac e a u a n t le iour. L e C a c i q u e fe f a u u a d e leurs m a i n s ; m a i s les Caftillans t r o u u e r e n t d a n s fa m a i f o n trente o u q u a r a n t e mille p o i d s d'or ,& prirent les f e m m e s & L e C a c i q u e fe v o y a n t ainfi t r o m p é , a f f e m b l a le plus d e g e n s qu'il p û t , & G o n ç a l e d e B a d a j o s fe retirant, Il trompe Bail l'atteignit d a n s l'vn d e ces vilages;& s'eftant m i s e n dajosàfon e m b u f c a d e , il e n u o y a v n I n d i e n c o m m e à deffein d'al- tour. ler à la chaffe o u à la p e f c h e , fe d o u t a n t b i e n q u e les Caftillans n e m a n q u e r o i e n t pas d e le p r e n d r e ,& il l'auoit inftruit d e c e qu'il d e u o i t dire. L ' I n d i e n eftant arrefté , B a d a j o s luy d e m a n d a qui il efloit, d'où il eftoit, & ou il alloit. Ilfitr e f p o n f e , qu'affez prés de la efloit fon Seigneur , qui eftoit fort riche, & qu'il ne fçauoit pas que les Caflillans s'en eftoient allez. B a d a j o s à la r e l a t i o n d e c e t I n d i e n , refolut d e c h e m i n e r t o u t e n u i t ,& comme le iour vint à paraiftre il fe t r o u u a d a n s d e s c a b a - Et pour fe n e s & d e m é c h a n t e s m a i f o n e t t e s v u i d e s , Ôc fut ainfi vanger des gauffe. C e p e n d a n t le C a c i q u e Cutàra v o y a n t les Caftil- Caftillans it lans diuifez fe ietta fur c e u x q u i eftoient reftez, & m e t - les attaque, tant le f e u a u x maifons d u vilage e n diligence , a u e c & les traite fort mal. d e s cris ,& d e s b r a i l l e m e n s c o m m e ils o n t c o u f t u m e d e faire, a u a n t q u e les autres arriuaffent ils e n a u o i e n t


1 5 1

5.

Les Caftillans perdent tout leur bagage & fe fauttent par la faite.

H I S T O I R E DES INDES 64 bleffé la plus-part;& Il B a d a j o s n e fuft arriue prom p t e m e n t , il n ' e n fuft pas d e m e u r é v n feul e n vie. L e s I n d i e n s n e a n t m o i n s luy d o n n e r e n t bien d e la b e f o g n e , car ils eftoient plus d e q u a t r e mille ; & toutefois q u o y q u e les Caftillans fuffent preffez d e p r é s , ils refolurent p o u r dernier r e m e d e d e s'affembler a u milieu d e la p l a c e d u vilage ;& q u o y qu'ils fe deffendifient vaill a m m e n t , la q u a n t i t é d e c e u x q u i m o u r o i e n t affoibiffoit b e a u c o u p c e u x q u i reftoient. E n f i n les i n d i e n s e n t o u r è r e n t les Caftillans d e tous coftez ,& apportoient d u bois& d e la paille, afin q u ' y m e t t a n t le f e u ils les pulfent brufler ; m a i s les Caftillans firent d e s r e t r a n c h c m e n s d e s corps mores d e s Chreftiens & des Indiens q u i eftoient a u t o u r d'eux Q u o y q u e n c e peril, a u milieu d e tant d e m o r t s , bleffez la plus-part c o m m e ils eftoient, v o y a n t q u e l'vniquc r e m e d e confiftoit e n leurs m a i n s , ils r e c o u u r e r e n t v n e n o u u e l l e v i g u e u r ; le C a p i t a i n e B a d a jos fe m e t t a n t e n tefte , fuiuy d e c e u x q u i eftoient les plus fains a u e c v n c o u r a g e d e L i o n 1 elpée à la- m a i n , ils fe firent iour a u trauers d e s I n d i e n s , & firent v n terrible c a r n a g e . N o n o b f t a n t tout cela ils p e r d i r e n t tour le b a g a g e q u e q u a t r e c e n s I n d i e n s portoient, d a n s lequel eftoit c o m p r i s tout l'or qu'ils a u o i e n t g a g n é . Il y e u t foixante & dix Caftillans d e tuez ,& les q u a t r e - v i n g t q u i refterent e n vie , furentfim a l traitez , qu'il y e n auoit qui a u o i e n t , trois , q u a t r e ,& quelques-vns onze d a r d s d a n s le corps. B a d a j o s fit g r a n d e diligence p o u r faire penfer les bieffez. 11fitc o u d r e les playes a u e c d u fil fort delié ;& d e la graiffe d e s I n d i e n s m o r t s qu'il faifoit brufler il e n faifoit v n v n g u e n t d o n t il les o i g n o i t a u lieu d'huile,& faifoient d e s b a n d e s d e leur p r o p r e s c h e m i f e s p o u r feruir d e ligatures ;fib i e n q u e par c e r e m e d e plufieurs g u e r i r e n t , q u e l'on croyoit eftre bleffez à m o r t .

Ce


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II.

CE QVI ARRIVA

ENCORE

65

AV

Capitaine Gonçaie s de Bddajoz iufques ace qu'il fuft de retour a Darien. C H A P I T R E

II.

q u e B a d a j o z e u t fait p e n f e r f e s g e n s , t o u t 1515. leur plus g r a n d r e m e d e eftoit d e fe fauuer p a r la fuitte, Il prit d o n c certains c a n o s , d a n s lefquels il m i t les bleffez, & c e u x q u i eftoient e n plus g r a n d p e ril,; & luy auec les autres qui eftoient moins en peril, & ceux qui eftoient reftez fains , chemina le long du riuage. Q u o y qu'il f e m b l o i t à c e u x q u i a u o i e n t pris le c h e m i n d e la terre qu'ils fuffent e x e m p t s d e m a u x , ils furent toutefois b i e n e f t o n n e z d e fe voir e n c o r e perfecurez p a r l'eau. C a r c o m m e le l o n g d e cette c o d e d u S u d , la m e r a v n g r a n d reflux d e m a r é e , v n e nuit ils e n f u r e n t furpris d e telle forte , q u e les plus habiles q u i p u r e n t m o n t e r fur tes arbres , f u r e n t les m o i n s e n peril, & c e u x qui n e le p u r e n t faire f u r e n t neceffitez d e fouffrir l'eau iufques à la ceinture , & cette e a u falée a y a n t e n u e n i m é leurs playes, leur caufa la m o r t B a d a j o z p o u r f u i u a n t f o n c h e m i n d a n s toutes les afflictions i m a g i n a b l e s , le C a c i q u e Natà a y a n t apris fa d é r o u t e , ( l e q u e l n o u s a u o n s dit c y d e u a n t auoir efté pris p a r A l o n f e P e r e z d e ia R u a ) fortit à fa r e n c o n t r e d a n s le c h e m i n , a u e c fes Le Cacique g e n s e n a r m e s , p o u r a c h e u e r d e les e x t e r m i n e r . B a d a - Natà combat contre la Cafjoz luy e n u o y a d e m a n d e r pour quoyilefloit forty en equitillans. page de guerre,veûqu'il le tenoit pour fon amy ? L e C a c i q u e luy fit r e f p o n f e , qu'il ne luy efloit point amy , ny luy ny tous lesfiens,mais ennemis, ÔC c o m m e n ç a auffi toft à les attaquer a u e c q u a n t i t é d e d a r d s& d e pierres. B a d a j o z Ôc les fiens fc v o y a n t ainfi a c c a b l e z d a n s v n e c o n f u f i o n d e tant d e m a u x , tirant d e s forces d e leur foi bleffe, c o m 2. D e c , I

A

PRES


66

HISTOIRE

DES

INDES

batirent v a i l l a m m e n t . L e s I n d i e n s q u i a p p r e h e n d o i e n t le t r e n c h a n t d e s efpées , fe m e t t o i e n t d a n s v n e riuiere q u i paffoit par là , puis r e t o u r n o i e n t tirer d e s d a r d s & d e s pierres ;& il eft tres-certain q u e il la nuit n e fuft furuen u ë , ils euffent a c h e u é d e deffaire les Caftillans entièr e m e n t . C o m m e ils le virent deliurez d e leurs e n n e m i s , p a r c e qu'ils s'eftoient retirez à c a u f e d e la nuit , les bleffez n e p u r e n t c h e m i n e r , il falut q u e les plus fains les portaffent fur leur d o s , c e qu'ils firent iufques à c e q u e n e p o u n a n t paffer o u t r e a u e c cette c h a r g e , ils s'auiferent d e faire d e s r a d e a u x , a u e c lefquels ils c o u l e t rent le l o n g d e la n u i e r e e n d e f c e n d a n t iufques à la m e r , o ù par b o n - h e u r ils r e n c o n t r e r e n t les c a n o s o ù eftoient les bleiTez. C o n t i n u a n t leur c h e m i n , tantoft p a r terre ,& tantoft par m e r , ils arriuerent à la p r o u i n c e d u Le Cacique C a c i q u e chame, q u i fortit a u d e u a n t d'eux a u e c fes g e n s Chame empef e n a r m e s felon leur c o u f t u m e , lequel fit v n e g r a n d e raye che les Caftile n terre d e u a n t e u x ,& leuriura& protefta q u e s'ils la lans de paffer paffoient il les tuëroit tous. M a i s qu'il leur feroit bailler dans fes tertout c e qu'ils a u r o i e n t befoin , & e n abondance. res. O r i l s eftoient e n tres-grande neceffité d e viures, & ils n'auoient pas m o i n s befoin d e r e p o s ,& cependant p o u r toute c o u u e r t u r e ils n'auoient q u e le C i e l ; la terre leur feruoit d e c h a m b r e ,& la m e r qu'ils a u o i e n t à Badajoz, paffecofté, d e refuge. L e C a c i q u e leur fit porter d e t o u t e à l'Ifle des forte d e viures d e fa terre. E t p a r c e qu'ils eftoient d a n s parles. la m e f m e côfte d e l'Ifte q u i eft à d i x o u d o u z e lieues d e terre, q u i eftoit fort e f t i m é e , à c a u f e d e s perles& de l'or q u e l'on e n tiroit, Ôc fe t r o u u a n t f o u l a g e z e n q u e l q u e f a ç o n p a r le b o n t r a i t e m e n t q u e leur auoit fait l e C a c i q u e chame, B a d a j o z , n e v o u l u t pas paffer le t e m p s e n oifiueté , q u o y q u e m a l traitez. P a r c e q u e p r e f u p p o f é la c u r e& la fanté d e b e a u c o u p d e bleffez, il les fit fortir d e s c a n o s ,& a u e c q u a r a n t e h o m m e s q u i luy reftoient il paffa d a n s cette Ifle , & y e n t r a n t d e nuit il prit le C a c i q u e . L e s I n d i e n s s ' i m a g i n a n t q u e c'eftoient d'autres e n n e m i s q u i a u o i e n t paffé là d e la terre

1515.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II.

67 f e r m e , prirent les a r m e s c o n t r e e u x ; M a i s apres qu'ils c u r e n t e f p r o u u é le t r a n c h a n t d e leurs efpées il t o u r n è - 1515. rent le d o s . A p r e s q u e le C a c i q u e fe fut r a c h e t é p o u r v n e q u a n t i t é d or , le C a p i t a i n e B a d a j o z s'en r e t o u r n a o ù il auoit laide les bleffez. P u i s paffant o u t r e , & c o m m e le bruit c o u r o i t p a r tout là a u x e n u i r o n s q u e les Caftillans a u o i e n t efté m i s e n d é r o u t e , ils c o n t r i b u a i e n t tous à les e x t e r m i n e r . L e C a c i q u e Tabor for tic auffi a u e c trois ces h o m m e s p o u r les c o m b a t t r e , & n ' e f t a n t p a s baftant d e les e m p e f c h e r , ils pafferent o u t r e , Pirùquète fit la m e f m e c h o f e , m a i s les efpées fe faifoient iour p a r tout. E t c o m m e les Caftillans arriuerent à v n r e c o i n q u e fait la m e r e n cette côfte, qu'ils appellerent d e las Almeras * , d ' o ù L'on voit l'Ifle d e Taboga, q u i eft à q u e l q u e dix o u d o u z e lieues e n m e r , B a d a j o z refolut d e n e * Des m o u les. pas palier fans la vifiter. 11 y alla,& furprit les g e n s à l ' i m p o u r u e ù , prit le C a c i q u e ;& q u o y qu'ils e u r e n t q u e l q u e s legers c o m b a t s a u e c les I n d i e n s , ils n e laifferent pas d e d e m e u r e r là trente iours. A p r e s qu'ils e u rent r e n d u la liberté a u C a c i q u e , qu'ils fc furent r e p o f e z ,& a c h e u é d e guerir les bleflez, ils e n partirent a u e c fept mille poids d'or & q u e l q u e s perles,& r e t o u r nèrent e n terre f e r m e p o u r c o n t i n u e r leur c h e m i n vers D a r i e n E f t a n t e n terre f e r m e ils e n t r e r e n t d a n s les vilages du Cacique chepo ,où ils prirent quelques Indiens; & cependant que Badajoz les partageoit, le Cacique arn u a a u e c fes g e n s , q u i bleffa q u e l q u e s Caftillans, & tua A l o n f e P e r e z d e la R u a . C o m m e la place n'eftoit pas tenable p o u r l e s Caftillans, ils fe f a u u e r e n t a u plus toft, & g a g n e r e n t l e s terres d e Tubanamà & d e Pocorofa, qu'ils t r o u u e r e n t a b a n d o n n é e s d e leurs habitans, à caufe q u e l e L i e e n c i é E f p i n o f a y eftoit e n t r é , a u q u e l il r a c o n ta toute la narration d e f o n v o y a g e . E n f i n il arriua à BadajoZ arriD a r i e n a u m e f m e t e m p s q u e P e d r a r i a s eftoit d e retour ue à Darien. d'Acla , lequel reçeur v n e lettre d'Efpinofa , & v n e autre p o u r le D o y e n d e l'Eglife d e D a r i e n , q u i p o r t o i e n t qu'il v o u l o i t aller r e c o u u n e r la p e r t e d e G o n ç a i e d e

1

ij


HISTOIRE

68

1515.

DES

INDES

B a d a j o z , & q u ' o n luy e n u o y a f t d a u a n t a g e d e g e n s p o u r le p o u u o i r faire;& qu'il alloit d a n s les terres d e Comagreôc d e Pocorofa , felon le m a n d e m e n t quiluy auoit cfté fait, q u o y qu'il n'y euft pas b e a u c o u p à faire.

LE PERE DE LAS CASAS

PARLÉ

au Roy dans Plafencia, & par la mort du Roy il a recours au Cardinal François Ximenez, qui le deflourned'aller en Flandres pour en informer le nonueau Roy. L'on enuoye les Peres de S. Hierofme pour gouuerner les Indes. C H A P I T R E ANNEE

1516.

Le Tere de las Cafas par­ le au Roy à Plafencia.

III.

E P e r e d e las C a f a s n'ayant pas o u b l i é le déficit* d e palier e n Caftillc p o u r p o u r f u i u r e f o n inten­ tion, t o u c h a n t la protection des I n d i e n s ; eftant arriue à Seuille fur la fin d e l'année paffée , c o m m e il eftoit d e m e u r é d ' a c c o r d a u e c les P c r e s D o m i n i q u a i n s , ils le firent fçauoir à l ' A r c h e u e f q u e d e D e ç a , d u m e f ­ m e O r d r e , a u e c d e s lettres q u e l'on luy d o n n a p o u r le R o y , & p o u r c e u x d e la C h a m b r e , d e m a n d a n t d'eftre i n t r o d u i t d e u a n t fa M a j e f t é . Il partit d o n c p o u r aller e n C o u r , & t r o u u a ie R o y à P l a f e n c i a , à deffein d e paffer à Seuille. Il luy parla ,& luyfitv n e a m p l e relation d e s fuiets d e fa v e n u e , a u e c v n e defcription d e s d i m i ­ n u t i o n s d e fes rentes,& la perte des i n d i e n s ; r e m e t ­ tant le tout fur fa c o n f c i e n c e . O r q u o y qu'il luy euft dit v n e g r a n d e partie d e fes pretenfions, il luy d e m a n ­ d a p o u r t a n t v n e plus l o n g u e a u d i e n c e , parce q u il ef­ toit neceffaire d e luy parler plus a m p l e m e n t , p o u r luy r e n d r e c o m p t e d e tout c e qui fe paffoit p o u r fa d é c h a r ­ g e . L e Roy luy repartit qu'il l'efcouteroittres volontiers, & en bref.

L


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II.

69

C e p e n d a n t D e las C a f a s parla à frere T h o m a s d e M a tienço d e 1 O r d r e d e Saint D o m i n i q u e C o n f e f f e u r d u 1 5 1 6. R o y , & luy dit q u e le Treforier P a f f a m o n t e auoit efcrit a u R o y , à l ' E u e f q u c l e a n R o u n g u e z d e F o n f e q u e , De las Cafas& a u C o m m a n d e u r L o p e d e C o n c h i l l o s , parlant m a l négociefonaf­ d e luy, d e ce qu'il auoit p r e f c h é d a n s l'Efpagnoile fe- faire auec lon fes intentions, & qu'il les tenoit p o u r fufpectes, p a r c e Thomas de Matienço, qu'ils a u o i e n t d e s I n d i e n s q u i eftoient les plus m a l trai­ tez d e rifle. L e C o n f e f f e u r r a c o n t a a u R o y tout ce q u e D e las C a f a s luy auoit recité ,& le R o y luyfitdire qu'il l'allaft a t t e n d r e à Seuille , qu'il alloit partir p o u r s'y e n aller ,& q u e là il l'efcouteroit a u e c b e a u c o u p d'at­ tention ,& apporteroit d u r e m e d e a u x m a l u e r i a t i o n s qu'il reprefentoit. Il fut auffi a d u e r t y d'en d o n n e r auis à l'Euefque ,& au C o m m a n d e u r L o p e d e Conchillos, parce qu'il faloit d e neceffité q u e l'affaire paffaft par fes m a i n s ,& qu'il eftoit à p r o p o s q u e cela fe pallaft d e la forte. D e las C a f a s leur parla ,& leur dit tout ce q u e b o n luy f e m b l a . Il fut fort b i e n r e ç e u d u C o m m a n d e u r d e C o n c h i i l o s , lequel l u y fit v n e fort b o n n e refp o n f e : M a i s l ' E u e f q u e e f c o u t a tout c e qu'il luy dit a u e c v n e m i n e r e n f r o g n é e , & n e luy refpondit pas fuiu a n t fon i n t e n t i o n . D e las C a f a s n e laiffa pas q u e d'al­ ler à Seuille p o u r y a t t e n d r e le R o y ,& e n a t t e n d a n t , preparer Pefprit d e l ' A r c h e u e f q u e , a u q u e l il p r o p o f a fon. affaire , eftant certain q u e le R o y e n c o m m u n i q u e r o i t a u e q u e luy. M a i s à p e i n e d e las C a f a s fut-il arriue à Seuille, q u e l'on apprit la m o r t d u R o y C a t h o l i q u e , q u i eftoit d e ­ c é d é d a n s M a d r i g a l e j o s le vingt-troifiefme I a n u i e r d e Mort du Roy cette a n n é e . Auffi toft apres cette m o r t , le C a r d i n a l Catholique* d'Efpagne D o n François X i m e n e z d e Cifneros A r c h e ­ u e f q u e d e T o l e d e , prit le G o u u e r n e m e n t d u R o y a u m e , p a r c e q u e le R o y l'auoit o r d o n n é ainfi,& q u e le P r i n ­ c e D o n C a r l o s auoit e n u o y é p o u r f o n A m b a f f a d e u r le D o y e n d e l ' V n i u e r f u é d e L o u u a i n , q u i d e p u i s fut P a p e , a u e c d e s O r d r e s fecrets p o u r g o u u e r n e r l e

I

iij


70

HISTOIRE

DES

INDES

R o y a u m e a u cas q u e le R o y m o u r u f t , à caufe qu'il efc a d u c . Il ioignit d o n c a u e q u e 1 5 1 6. toic defia vieux& luy le C a r d i n a l , & gouuernerent e n f e m b l e d a n s M a drid ;& q u o y q u e la plus-parc des affaires fe paffaffent par les m a i n s d u Cardinal d'Efpagne, l'autre n e faifoit feulement q u e ligner Adriano , Embaxador. Enfin D las Cafas refolut d e paffer en Flandres, pour chercher le nouueau Roy afin de l'informer de fon affaire, & luy demander vn remede fuiuanr fes pretenfions. Il prit fon c h e m i n par M a d r i d , p o u r aduertir les G o u u e r neurs d e fon départ, lefquels il trouua logez e n v n e m e f m e m a i f o n auec l'Infant D o n F e r n a n d , frere d u Roy, qui depuis fut Roy de Hongrie , de Boheme, & De las Cafas Empereur. Ils l'efcouterent fort fauorablement, & luy veut paffer en Flandres, mais dirent qu'il n'eftoit pas neceffaire qu'il paffaft e n Flandres ,& q u e d a n s M a d r i d m e f m e ils p o u u o i e n t d o n le Cardinal l'en empefche. ner facisfaction à fes d e m a n d e s . L e Cardinal luy d o n n a encore audience v n e autrefois en prefence d u D o y e n A d r i a n o , d u Licentié Z a p a t a ,& des D o c t e u r s C a r uajal,& Palacios R u b i o s , a c c o m p a g n e z d e l'Euefque d'Auila d e l'Ordre d e faint F r a n ç o i s , c o m p a g n o n d u Cardinal. L a première expedicion qui fe fit couchant cette affaire , fut d e faire lire les loix q u e l'on auoit faites e n l'an 1512. lors q u e le Pere A n t o n i o M o n t e fino s'adreffa à luy ; d'où il refulta q u e le Cardinal auoit m a n d é à D e las Cafas qu'il fe ioignift a u e c le D o cteur Palacios R u b i o s ,& qu'entre eux d e u x il traitaient de la f o r m e q u e l'on deuoit tenir p o u r le g o u u e r n e m e n t des indiens. Palacios R u b i o s trâuailla quelques-iours à cela , & apres auoir t r o u u é l'ordre q u e l'on deuoit tenir p o u r faire q u e les Indiens vefcuffent e n liberté , qu'ils fuffent bien traitez ,& q u e les C a f t i l l a n s fuffent bien entretenus, il n e reftoit plus q u e d e trouuer quelqu'vn qui d e fa franche volonté les vouluft executer auec v n e fincerité & p r u d e n c e requife en v n e affaire d e cette i m p o r t a n c e . O r d'autant q u e le Cardinal iugea à propos q u e cela


OCCIDENTALES.

LIVRE

II.

71

fuit c o m m i s à q u e l q u e R e l i g i e u x , p o u r u e û qu'il n e fuft, pas des O r d r e s d e faine F r a n ç o i s & d e S . D o m i n i q u e , 1 5 1 6 . à caufe d e la diuerfité d'opinions qu'ils a u o i e n t e n c r e e u x t o u c h a n t cecce m a t i è r e ; Il fut refolu d'en efcrire Le Cardinal a u G e n e r a l d e l ' O r d r e d e faint H i e r o f m e , d ' E f p a g n e , d'Efpagne refont d'enuoyer q u i refidoit d a n s le M o n a f t r e d e S . B a r t e l e m y d e L u piana , afin qu'il fongeaft a u q u e l d'entre fes R e l i g i e u x les Pères de Hierpfl'on p o u r r o i t c o m m e t t r e le G o u u e r n e m e n t d e s I n d e s , S. me pour goua u e c les patentes& i n f t r u & i o n s R o y a l e s q u e l'on luy uerner les Ind o n n e r o i t e n m a i n , & q u ' e n c e faifant il r e n d r o i t v n des. g r a n d feruice à D i e u & a u R o y . L e G e n e r a l a y a n t r e ç e u cette lettre , c o n u o q u a auffi toft t o u s les Prieurs d e la p r o u i n c e d e Caftille , p o u r célébrer v n C h a p i t r e , qu'ils appellerent chapitre priué ; & eftant t o m b e z d ' a c c o r d d'obeïr,ils n o m m è r e n t d o u z e R e l i g i e u x , des plus a p p r o u u e z d e la p r o u i n c e , afin q u e le C a r d i n a l choifift lequel d ' e n tre e u x il defireroit ; & e n u o y e r e n t cette r e p o n f e p a r quatre Prieurs à M a d r i d . L e C a r d i n a l a y a n t apris la v e n u e d e s P r i e u r s , le D i m a n c h e e n f u i u a n t fur le foir il alla à San Hierommo , a c c o m p a g n é d u D o y e n A d r i e n , & d e t o u t e la caualerie d e la C o u r ; o ù les q u a t r e P r i e u r s en la p r e f e n c e , d e celle d u L i c e n t i é Z a p a t a , & d e s D o c t e u r s C a r u a j a l , d e Palacios R u b i o s , & d e l ' E u e f q u e d'Auila,firet leur A m b a f f a d e ; le C a r d i n a l l o u a b e a u c o u p le zele & l'offre q u e l ' O r d r e faifoit. Enfin l'on traita d e l'aftaire ; l'on e n u o y a quérir D e las C a f a s , & le C a r dinal luy dit qu'il rendift g r â c e à D i e u , d e c e q u e fes pretenfions eftoient d a n s v n b o n a c h e m i n e m e n t ; & q u ' e n c o r e q u e l ' O r d r e d e faint H i e r o f m e offroit d o u z e R e l i g i e u x , q u e trois fuffifoient; Qu'il vinft d o n c c e foir la à f o n logis, & qu'il luy d o n n e r o i t v n e lettre d e créS. Hierofme a n c e p o u r le G e n e r a l d e l ' O r d r e , & d e l'argent p o u r fon v o y a g e ; P a r c e qu'il eftoit à p r o p o s qu'il leur représentait les neceffitez q u i s'y r e n c o n t r o i e n t , afin q u e fuie n t cela le G e n e r a l choifift e n c r e d o u z e , les trois q u i luy f e m b l e r o i e n t les plus p r o p r e s p o u r a c c o m p a g n e r le P e r e , p o u r s'en r e t o u r n e r a M a d r i d , & qu'il fe préparait

On enuoye trois Religieux de pourgouuerner les Indes.


72 1516.

De

las

trouue

en

Cafas Cour

qui le contre-, dit.

HISTOIRE

DES

INDES

à faire fes d é p e f c h e s . D e las C a f a s partit auffi toft p o u r aller à faint B a r t e l e m y ,& d o n n a fa lettre d e c r é a n c e a u G e n e r a l ; E t p a r c e qu'il y auoit là l'vn des d o u z e R e ligieux qui a u o i e n t efté n o m m e z , q u i eftoit frère B e r n a r d i n d e M a n ç a n e d o , q u o y qu'il fuft r e c o n n u p o u r i n d i g n e d ' v n e c h a r g e d e fi g r a n d s p o i d s , o n luy m a n d a p a r o b é d i e n c e qu'il allaft i n c o n t i n e n t à M a d r i d , & l'on d o n n a auis a u x d e u x autres , q u i f u r e n t frère L o u i s d e F i g u e r o a , Prieur d e la M a j o r a d a d e O l m e d o ; a u quel l'on ordonna d'aller promptement à Madrid ; & au Prieur de S, Hierofme de Seuille , qu'il l'attendift là. Il n e m a n q u o i t pas e n ce t e m p s e n C o u r d e q u a n tité d e p e r f o n n e s d e s I n d e s , q u i firent c e qu'ils p u r e n t p o u r e m p e f e h e r le deffein D e las C a f a s ; p a r c e q u ' e n c o r e qu'ils louaffent f o n b o n zele , ils alleguoient f o n i m p r u d e n c e ,& la v é h é m e n c e a u e c laquelle il agiffoit e n cette affaire. Ils nioient b e a u c o u p d e s rigueurs qu'il alleguoit eftre exercées fur les I n d i e n s ,& difoient qu'il les auoit i n u e n t é e s . Ils alleguoient l'expérience q u e l'on auoit d e leur incapacité, & les p r e u u e s manifeftes d e leur foibleffe naturelle ; qu'ils n'auoient pas l'efprit d e receuoir p o u r e u x m e f m e s a u c u n e b o n n e c o u f t u m e : E t q u e p o u r introduire la F o y p a r m y e u x , il n'eftoit n u l l e m e n t à p r o p o s d e les elloigner d e la c o m m u n i c a tion des Chreftiens ; p a r c e qu'il n e faloit pas s'imagin e r q u ' v n Preftre o u v n R e l i g i e u x entre c i n q u a n t e o u c e n t I n d i e n s , fuft baftant n o n f e u l e m e n t d e les e n d o c t r i n e r , m a i s e n c o r e d e leur p e r f u a d e r qu'ils euffent à receuoir la doctrine. C a r ils font t e l l e m e n t enclins a u vice d é s leur ieuneffe,& o n t fi p e u d e m é m o i r e , q u e tout ce q u ' o n leur e n f e i g n e leur entre par v n e oreille & reffort par l'autre;& q u ' e n c o r e q u e l'on euft efté l o n g t e m p s à cultiuer l'efprit d e plufieurs, dés qu'ils font trois iours à diffcontinuer , tout cela leur fort d e l a m e m o i r e c o m m e fi iamais o n n e leur auoit rien e n f e i g n e , &: q u e cette foibleffe naturelle a u x i n d i e n s eftoit très certaine,ainfique les P è r e s H i c r o n i m i t e s le reconnoiftroient lors qu'ils arriueroient à l'Efpagnolle. Des

Efprit greffier des Indiens pour apprendre les articles de noftre Foy.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II.

DES

ORDRES

QVI

73

EVRENT

donne aux Peres Hieronimites four le bon gouuernement des Indes. C H A P I T R E

IIII.

O N c o m m e n ç a d o n c à e x p é d i e r les d é p e f c h e s ; & le p r e m i e r B r e u e t portoit, Q u e P e r e z arriuant « 1 5 1 6 . e n rifle E f p a g n o l l e , a u a n t toutes c h o f e s o n oftaft « les I n d i e n s q u e t e n o i e n t e n diuerfes Ifles,l'Euefque d e « B u r g o s , le C o m m a n d e u r C o n c h i l l o s , H e r n a n d o - d e « V e g a , tous c e u x d u C o n f e i l , les feruiteurs d u R o y , & « tous c e u x q u i refidoient e n Caftille , & d é s lors c e u x d u C o n f e i l , & autres Miniftres n ' e u r e n t plus d ' I n d i e n s , L ' o n e x p é d i a e n fuite v n autre B r e u e t , q u i portoit d é m i u i o n d e s t u g e s d ' A p p e l l a t i o n , & d e tous les Officiers qui e n d é p e n d o i e n t ; p a r c e q u e l'on auoit appris q u e d e puis q u e l ' A d m i r a i eftoit p a r t y d e l'Efpagnolle , ils auoient v e f e u , c o m m e l'on dit e n Caftillan , como Moro fin dueno. E t p o u r cet effet il fut p o u r u e u e n leur p l a c e d'vn C o l e g i a l d e V a l l a d o l i d , natif d ' O l m e d o , appelle Z u a z o , p o u r tenir c e p e n d a n t le G o u u e r n e m e n t , e n a t t e n d a n t q u e l'on y euft p o u r u e û , p a r c e q u e le titre q u e l'on d o n n o i t a u x H i e r o n i m i t e s n'eftoit p a s e n q u a lité d e G o u u c r n e u r s , m a i s f e u l e m e n t p o u r e x é c u t e r c e q u e l ' o n l e u r auoit o r d o n n é t o u c h a n t les I n d i e n s , q u i

L

portoit s

qu'en

arrivant a l'Efpagnolle , ilsfiffentaffeller

tous les vieux chrefiiens , habitans de l'ifle, & fiffent

Ordres que dévoient tenir les Hieronimites en entrant dans l'Efpagnotte.

qu'ils leur

fçauoir , que la cauje de leur arriuée , eftoit les gran~

des clameurs que l'on auoit fait efclater en Caftille contre eux ; E t p a r c e q u e l e u r s A l t e f f e s , & le R e u c r e n d i f f i m e C a r d i n a l , &

M o n f i e u r l ' A m b a f f a d e u r d e f i r a n t y p o u r u o i r ; que les

fufdits habit ans euffent à déclarer touchant cela cequi eftoit de

la vérité de ce qui s'y eftoit pabé, & ce qui s'y paffott encore ;

2. D e c .

K


74

HISTOIRE

DES

INDES

Et que fi les Religieux voyaient qu'en ce cas il fuft à propos

1 5 1 6.

de leur faire faire ferment , ils le fiffient. Q u e d ' a i l l e u r s ,

leur p a r c , ils s ' i n f o r m a i e n t e n fecret, fice qu'ils auoient ,, dit eftoit vericable, leur faifanc e n c e n d r e q u e tout ce ^ qu'ils e n faifoient , eftoit p o u r leur plus g r a n d b i e n & ,, c o n f e r u a c i o n , & des I n d i e n s . Ët q u efid u c o n f e n c e m e n t des parciesl'on p o u u o i t t r o u u e r q u e l q u e a c o m m o d e m e n t , - par le m o y e n d u q u e l D i e u & leurs Alteffes fuftenc feruis, q u e les h a b i c a n s e n reffentiffent d u profit& les I n d i e n s d u f o u l a g e m e n t , q u e l'on s'en feruift. Q u ' a p r è s auoir faic ces diligences, ils appellaffent les p r i n c i p a u x ,, C a c i q u e s d e l'Ifle, & leur diffent d e la parc d e leurs ,, Aiteffes , q u e puis qu'ils eftoient C h r e f t i e n s , libres, & ,, fubiets des R o i s d e Caftille , qu'ils apriffent q u e les R e l i g i e u x eftoient e n u o y e z e x p r é s d e leur part p o u r s'in,, f o r m e r d e s m a u x qu'ils a u o i e n t foufferts , afin d e chaftier c e u x q u i les leur auroient faits,& p o u r y apporter d u r e m è d e à l'aduenir ; Qu'ils le fiffent auffi f ç a u o i r a u x ,, autres C a c i q u e s , & leurs I n d i e n s , afin qu'entre e u x ils ,, fe c o m m u n i c a f f e n t & auifaffent c e q u i fe p o u u o i t faire e n c e r e n c o n t r e ; & q u e s'ils t r o u u e u e n t q u e l q u e b o n ,, r e m è d e d u c o n f e n t e m e n t d e s parties,ils euffent à le d e ,, clarer , afin qu'ils fuffent f o u l a g e z& m i e u x traitez q u e ,, par le paffé;& qu'eftant tel o n s'en feruiroit ; Qu'ils fe tinffent p o u t tout affeurez q u e la v o l o n c é d e leurs A l ,, ceffes eftoit qu'ils faffent craicez c o m m e h o m m e s libres , & q u e les P è r e s n'eftoient allé là q u e p o u r cét effet. E t afin q u e les I n d i e n s creuffent q u e c e q u e l'on leur difoit eftoit véritable , qu'ils euffent a u e c e u x , lors qu'ils leur parleroient, q u e l q u e s R e l i g i e u x d e c e u x " q u i eftoient là, aufquels ils a u o i e n t plus d e c o n f i a n c e , - q u i p r o c u r o i e n t leur b i e n ,& q u i e n t e n d o i e n t leur langue. " L e s autres chapitres d e l'inftruction c o n c e n o i e n t , Q u e Contenu des les P è r e s e n u o y a f f e n t les R e l i g i e u x qu'ils auoient m e chapitres den e z a u e c e u x , vifiter la plus-part d e s Ifles qu'ils p o u r l'inftruction raient,e n p e r f o n n e , p o u r fçauoir c e q u i s'y eftoic paffé


OCCIDENTALES,

L I V R E II.

75

& ce q u i s'y paffoit e n c o r e;Q u e les fufdits P e r e s s'inform a fient e x a c t e m e n t d u t r a i t e m e n t q u e l'on auoit fait 1 5 1 6. a u x I n d i e n s iufques alors,par c e u x q u i les a u o i e n t fous des HieronU leur protection ,& des Iuftices q u i s'exerçoient , &mites. qu'ils miffent tout par efcrit les c h o f e s e n l'eftat qu'ils les t r o u u e r o i e n t-,Que d a n s les q u a t r e Ifles ils cuifent " à faire vifiter les m i n e s ,& confiderer fi l'on p o u r r o i t " p e u p l e r q u e l q u e s vilages, afin q u e les I n d i e n s s ' o c c u paffent à cela a u e c m o i n s d e trauail& d e fatigue ;& fur tout q u e cela fe fift p r o c h e d e q u e l q u e s riuieres, e n b o n n e terre , & p r o p r e p o u r le l a b o u r a g e ; Q u e les " vilages fufient c o m p o f e z d e trois c e n s h a b i t a n s ,& q u e les m a i f o n s fuffent faites à l'vfage d e s I n d i e n s , e n tel- " le forte q u e les familles v e n a n t à a u g m e n t e r , ils puffent contenir d e d a n s ; Q u e l'on baftift d e s Eglifes, a u e c d e s " rues& d e s places ; Q u e la m a i f o n d u C a c i q u e fuftfi-" tuée d a n s la place , & qu'elle fuft plus g r a n d e q u e les autres, à caufe q u e t o u s les h a b i t a n s y d e u o i e n t auoir que Von barecours ; Q u e l'on baftift auffi v n H o f p i t a l ,& q u e les ftift vn Hofpital. vilages fuffent fituez e n lieu o ù le C a c i q u e & les I n d i e n s leiugeroient plus à p r o p o s ,& félon leur defir. Q u e c e u x q u i feroient fort efloignez d e s m i n e s , fiffent e n leurs terres d e s vilages ; qu'ils nourriffent d e s t r o u p e a u x , & qu'ils recueilliffent d u bled , d u c o t t o n ,& autres c h o fes neceffaires à la vie ; & qu'ils p a y a f f e n t a u R o y le tribut q u i feroit iugé r a i f o n n a b l e ; Q u e l'on fift la m e f m e c h o f e d a n s les autres Ifles, fans les c h a n g e r d e lieu, à caufe d e la perte qu'ils feroient e n c h a n g e a n t d e d e m e u r e . Q u e la ville d e Zabana fubfiftaft toufiours fans . fe d é p e u p l e r , p o u r eftre fort p r o c h e d u p o r t ,& fort " c o m m o d e p o u r le trafic d e Cuba, & d e la terre f e r m e , Que l'on bail Que l'on d o n n a f t à c h a q u e vilage d e s limites c o n f i d e - laft à chaque r a b l e s ,& pluftoft plus q u e m o i n s , à caufe d e l ' a u g m e n - vilage des li tation d e s h a b i t a n s , c o m m e o n l'efperoit; Q u e l'on par- mites confidetageait les terres e n t r e les h a b i t a n s , & q u e l'on e n bail- rablet. lait a u C a c i q u e a u t a n t q u e l'on e n baillerôit à quatre h a b i t a n s i & q u e c e q u i refteroit feruiroit p o u r les paK ij


76

HISTOIRE

DES

INDES

fturages & p o u r d e s j a r d i n a g e s ; Q u e d a n s ces vilages n o u u e l l e m c n t baftis, l'on prift les C a c i q u e s & I n d i e n s 1516. " plus p r o c h e s y c e q u i f e p o u r r a faire d e leur f r a n c h e v o » lonté , fans y rftre contraints ;& q u e c h a q u e C a c i q u e „ g o u u e r n a f t fes I n d i e n s , c o m m e il fe dira cy-apres ; Q u e „ fi les I n d i e n s d ' v n vilage fuffifoient, q u e l'on les laifgaft „ c o m m e ils fe t r o u u e r o i e n t ,& finon , q u e l'on e n prift " d'autres des plus p r o c h e s p o u r i o i n d r e a u e c e u x ; & q u e „ c h a q u e C a c i q u e gardait f o n droit d e fuperioricé fur fes „ I n d i e n s ,& q u e les C a c i q u e s inférieurs obeïffent a u x fuperieurs c o m m e ils o n t a c c o u f t u m é d e faire ; Q u e le C a c i q u e principal euft la c h a r g e d e tout le vilage , c o n i o i n t e m e n t a u e c le R e l i g i e u x o u Preftre,& a u e c la perf o n n e q u i p o u r cér effet fera n o m m é e , c o m m e il fe di" ra cy après ; Q u e fi q u e l q u e Caftillan fe v e u t m a r i e r a" u e c v n e fille d e C a c i q u e , a u q u e l la fucceffion p o u r " roit efchoir à faute d'enfant m a l l e , q u e tel m a r i a g e fe " feroit d u c o n t e n t e m e n t d u R e l i g i e u x , d u Preftre , o u " d e la p e r f o n n e n o m m é e p o u r le g o u u e r n e m e n t & a d m i niftration d u vilage;& q u e c e l u y q u i fe m a r i e r a fuft Que chaque C a c i q u e ,& o b e ï ,& refpecfé c o m m e tel ; Q u e c h a q u e vilage euft falurifdiction d a n s fes limites, & q u e les Cac i q u e s euffent Iurifdidion& p o u u o i r d e chaftier leurs part. " I n d i e n s d a n s le lieu o ù ils feroient fuperieurs,& auffi fur les fubiets d e s autres C a c i q u e s , inférieurs q u i d e " m e u r e r o i e n t d a n s le m e f m e vilage ; L e q u e l c h a f t i m e n t " n e pourroit aller q u e iufques a u f o u e t ,& le tout d u " c o n f e n t e m e n t d u Religieux, o u d u Preftre qui refideroit " là ; & q u e p o u r les autres cas ils iroient à la c o n n o i f „ f a n é e d u l u g e ordinaire n o m m é par le R o y . Et a u " c a s q u e les C a c i q u e s ne-fiftent pas leur d e u o i r , qu'ils „ fuffent chaftiez par les l u g e s ordinaires R o y a u x ; Q u e les '„ C a c i q u e s n o m m a f f e r i t les G o u u e r n e u r s d e P o l i c e , les „ S e r g e n s ,& autres f e m b l a b l e s Officiers p o u r le g o u u e r " n e m e n t & adminiftration d u v i l a g e , c o n i o i n t e m e n t a u e c „ le R e l i g i e u x o u le Preftre , & l'Adminiftrateur eftably p a r le R o y ; E t e n cas qu'il y euft d e la d i f c o r d e , p a r d e u x

QuelesCaciques inférieurs obéiffent AUX fuperieurs.

vilage euft fa lurifdiction À


O

C

C

I

D

d'entr'eux ; Q u e

E

N

T

l'on

A

L

E

S

nommaft

,

L I V R E

II.

vne

perfonne

q u i euft

77

1516.

l ' a d m i n i f t r a t i o n , d ' v n , d e d e u x , d e trois v i l a g e s , o u plus, oui

vefcuftdans

v n lieu c o n u e n a b l e p o u r

e x e r c e r ce d a n s Q u e l'en n o m le v i l a g e , d e c r a i n t e q u e les I n d i e n s n e r e ç c u f f e n t q u e l - m a f t v n A d mmiftrateur q u e o u t r a g e p a r la c o n u e r f a t i o n d e fes g e n s ; Q u ' i l fuft des Indiens, ÇaC a f t i l l a n , h o m m e d e b o n n e c o n f i d e n c e ; qu'il euft b i e n ftillan. t r a i t é les I n d i e n s q u ' i l a u o i t e u f o u s f a d o m i n a t i o n , & « qu'il fuft c a p a b l e d e f e b i e n a c q u i t t e r d e c e t t e c h a r g e .

fon o f f i c e , e n f a m a i f o n , b a f t i e d e p i e r r e ,&

C

O

N

&

T

I

N

U

A

T

inftruftions faint

I

O

N

D

E

d a n s les I n d e s ,

c h a n t le g o u u e r n e m e n t & des

Ovr

P

O R D R E S

q u e les R e l i g i e u x de l ' O r d r e

H i e r o f m e portèrent

C

S

non

H

A

P

bon

de

tou-

traitement

Indiens.

I

c equi

T

R

E

V.

concernoit

le b o n traitement

des Indiens , & leur g o u u e r n e m e n t ,

enfemble

l ' e x é c u t i o n d e s c h o f e s c y - d e u a n t d é d u i t e s , l'on iugea à p r o p o s d'y auoir des A d m i n i f t r a t e u r s ; c e t effet

l'on bailla a u x

&

pour

P è r e s H i e r o n i m i t e s l'ordre

cy-

d e f f u s , a f i n q u e f u i u a n t c e l a ils o r d o n n a f f e n t l'on y d e u o i t agir. E t p r e m i è r e m e n t , vilage, qu'ils

ou

vilages

s'entendiffent

que auec

l'on les

c o m m e n t De la charge q u ' i l s v i f i t a f f e n t l e des Adminif-

leur Caciques

recommanderoit pour

,

faire

de-

& trateurs. «

m e u r e r les I n d i e n s d a n s l e u r s m a i f o n s , a u e c l e u r f a m i l - ce le, e n o r d r e d e P o l i c e ; mines, les

dans autres

le

labourage

chofes

qu'ils

Qu'ils ,

&

eftoient

trauailiaffent

dans

efleuaffent

rroupeaux,,

obligez

des

de

faire

;

l e s ". Que

& "

l ' o n n e les c o n t r a i g n i f t p o i n t à f a i r e p l u s q u ' i l s n e p o u r -

«

r o i e n t & qu'ils n ' e f t o i e n t o b l i g e z d e f a i r e ; d e q u o y l ' o n e n

"

chargeoit

les confciences des

Adminiftrateurs, K

iij

e n les «


78 1516.

H I S T O I R E

DES

INDES

faifant iurer p r e m i è r e m e n t , qu'ils s'acquiceroient b i e n d e leurs offices, Se q u e les Iuftices ordinaires les p e u f f e n t „ chaftier , lors qu'ils c o m m e c t r o i e n t des fautes c o n t r e leur „ d e u o i r ; Q u e p o u r b i e n e x e r c e r leurs Offices , ils p o u r „ roient tenir e n leur m a i f o n trois o u q u a t r e Caftillans „ a r m e z , fans p e r m e t t r e a u x I n d i e n s , n y a u x C a c i q u e s d'a„ uoir d e s a r m e s , e n p r o p r e , n y d'autruy , e x c e p t é celles " qu'ils a u r o i e n t befoin p o u r aller à la chaffe ; & q u e s'il " v o u l o i r a u o i r d a u a n t a g e d e m o n d e , il le p o u r r o i t faire, en " les p a y a n t . E t q u ' e n cas q u e q u e l q u e s I n d i e n s v o u l u f " fent d e m e u r e r a u e q u e luy, il e n p o u r r o i t auoirfix, & n o n " p l u s , fans les p o u u o i r c o n t r a i n d r e d'aller a u x m i n e s , " m a i s f e u l e m e n t p o u r le feruir e n fa m a i f o n , & autres c h o f e s q u i e n d é p e n d e n t ; & q u e toutes fois & q u a n t e s qu'ils fe t r o u u c r o i e n t m a l a u e q u e luy , ils euffent la liberté d'en p o u u o i r fortir, & fe retirer o ù leurs inclinations les p o r teroit ; Q u e le fufdit A d m i n i f t r a t e u r & le Preftire, trauailîeront c o n i o i n t e m e n t d e faire e x e r c e r v n e b o n n e p o l i c e e n u e r s le C a c i q u e , & les I n d i e n s , Se qu'ils euffent foin d e les faire veftir, d e d o r m i r fur d e s lits, d e g a r d e r les outils d e l'Agriculture, & les autres chofes qu'ils leur " r e c o m m a n d e r o i e n t ; Q u e c h a q u e I n d i e n fe c o n t e n t a i t „ d ' v n e feule f e m m e , & n e la peuft quitter; Q u e les f e m m e s " vefeuffent c h a f t e m e n t , & q u e celle q u i c o m m e t t r o i t a d u l t è r e , & q u i feroit a c e u f é e p a r f o n m a r y , f u f t p u n i c a u e c f o n adultère d e la p e i n e d u f o u e t , par le C a c i q u e , d e l'auis & d u c o n f e n t e m e n t d e l ' A d m i n i f t r a r e u r , & d u R e l i g i e u x , o u P r e f t r e ; Q u e les C a c i q u e s n y les I n d i e n s n e p o u r r o i e n t t r o q u e r , n y v e n d r e leurs m e u b l e s , & q u e l'on les e m p e f c h a f t d e m a n g e r c o n t r e terre ; Q u e l'on d o n a f t a u x A d m i n i f t r a t e u r s v n falaire c o n u e n a b l e à leur o c c u p a t i o n , d o n t le R o y e n p a y e r o i t la m o i t i é , & le vilage, o u vilages l'autre, d o n t il auroit l'adminiftration, & qu'ils fuffent m a r i e z p o u r cuiter les i n c o n u e n i e n t s ; " Q u ' i l y cuft v n R e g i f t r e , o ù l'on efcriuift les n o m s d e s C a c i q u e s , & d e s h a b i t a n s d e leur reftort, p o u r r e c o n " noiftre s'ils s'abfenteroient , o u s'ils a c e o m p h r o i e n t e e à

Et de celle des Curez,.


O C C I D E N T A L E S , LIVRE

II

79 q u o y ils (croient o b l i g e z ; Q u e p o u r l'inftruction des I n d i e n s e n la F o y , il y euft d a n s c h a q u e vilage v n R e l i - 1 5 1 6, g i e u x , o u v n Preftre, q u i euffent foin d e les inftruire " félon la capacité d ' v n c h a c u n , & les p r e f c h e r & a d m i n i - " ftrer les S a c r e m e n s ; e n les aduertiffant auffi d e l'obli- ." g a t i o n qu'ils a u o i e n t d e p a y e r la d i f m e& les p r é m i c e s " à Dieu p o u r la fubfiftance d e s Eglifes, & d e fes M i m f t r e s , " q u i les c o n f e f f e r o i e n t ,& leur a d m i n i f t r e r o i e n t les S a - « c r e m e n s , q u i les e n t e r r e r o i e n t , & q u i prieroient D i e u « p o u r e u x ; Q u e l'on fuft f o i g n e u x d e les faire aller à « la M é f f e , &: q u e les f e m m e s fuffent efcartées d e s n o m - « mes. " Q u e t o u s les Preftres o u R e l i g i e u x fuffent o b l i g e z d e dire la M e f f e c h a q u e Fefte ,& le l o n g d e la f e m a i n e Du devoir des à tels iours q u e b o n leur f e m b l e r o i t ,& qu'ils priffent Curez,, & de g a r d e lors qu'ils diroient leurs M e f f e s les F e f t e s , a u x leurs lieux& places o ù l'Eglife fe d e u o i t baftir ; Q u e p o u r " leur falaire ils r e c e u r o i e n t les d i f m e s d e la Paroiffe , " felon qu'il écherroit, a u e c le p i e d d e l ' A u t e l ,& les of- " f r a n d e s ;& qu'ils i m p o f a f f e n t a u x h o m m e s & aux fem- " m e s d'offrir ce qu'ils iugeroient é q u i t a b l e ; à c o n d i t i o n « qu'ils n'exigeroient autre c h o f e d ' e u x , foit p o u r les " C o n f e f f i o n s , p o u r l'adminiftration d e s autres S a c r e m e n s , " p o u r les m a r i a g e s , n y p o u r les e n t e r r e m e n s , Q u e tous " les iours d e Feftes vers le foir les I n d i e n s fuffent a p p e l - " lez a u f o n d e la c l o c h e p o u r e f t r e catechifez& inftruits « e n la F o y ,& q u e s'ils n'y affiftoient ils fuffent chaftiez " p a r v n e p é n i t e n c e p u b l i q u e , m o d é r é e , afin q u e cela « d o n n a f t d e la crainte a u x autres ; Qu'il y euft v n Sacri- " ftain d a n s c h a q u e Eglife p o u r la deferuir , qu'il apprift « a lire a u x e n f a n s ;& qu'il leur p r o c u r a f t p a r m e f m eQu'il y e u f t vn m o y e n d e leur a p p r e n d r e la l a n g u e , Caftillane a u t a n t Sacriftain pour qu'il p o u r r o i t ; Q u e l'Hofpital fuft fitué a u m i l i e u d u vi- deferuir l'Eglife, & pour l a g e , o ù l'on y reccuroit les m a l a d e s ,& t o u s les vieillars apprendre à q u i n e p o u r r o i e n t plus trauailler, & les e n f a n s orfelins, lire à la iennef& qu'il fuft pris fur le c o m m u n ce q u i feroit neceffai- fe' re p o u r leur fubfiftance » Qu'il y euft d a n s l'Hofpital vn

droits.


80 1

51

6.

HISTOIRE

DES

INDES

h o m m e m a r i é , q u i y refideroit a u e c fa f e m m e , q u i d e m a n d e r o i e n t l ' a u m o f n e p o u r leur vie : E t q u e puifq u e les b o u c h e r i e s d e u o i e n t eftre e n c o m m u n , q u e l'on baillaft à c h a q u e p a u u r e v n e liure d e v i a n d e ; Q u e t o u s les habitans d e c h a q u e vilage , à fçauoir les h o m m e s d e v i n g t a n s , & a u d e l à , & c e u x d e c i n q u a n t e e n d e fcend a n t trauailiaffent, allant a u x m i n e s , la troifiefme partie d'iceux f e u l e m e n t , e n leur preferiuant l'heure d'entrer a u trauail, & d ' e n fortir p o u r fe repofer; & q u e cela fe fift d e d e u x e n d e u x m o i s félon q u e le C a c i q u e le iugeroit à p r o p o s ; Q u e les f e m m e s n e trauailleroient p o i n t a u x m i n e s , fi c e n'eftoit d e leur f r a n c h e v o l o n t é , & d u c o n f e n t e m e n t d e leurs m a r i s ; & qu'il n'y euft p o i n t d e m i n e u r s n y d e chafte-auant q u i fuifent Caftillans,mais I n d i e n s ; Q u e p o u r ce q u i eftoit d u d e u o i r des I n d i e n s e n u e r s leur C a c i q u e p o u r m a r q u e d e fuperiorité, t o u s les h a b i t a n s luy d o n n e r o i e n t c h a q u e a n n é e q u i n z e iours d e leur trauail lors qu'il le requerroit,pourtrauaillcra.ducll e m e n t d a n s fes héritages fans leur d o n n e r à m a n g e r , n y a u c u n falaire; Q u e l'on fe fournift d'vn certain n o m b r e d e j u m e n s , d e v a c h e s Se d e truyes p o u r multiplier e n c h a q u e vilage, Se q u e le tout fuft g a r d é e n c o m m u n , iufques à c e q u e les I n d i e n s fuftent inftruits &e a c c o u ftumez à les fçauoir efleuer & nourrir. L ' o n d o n n a o r d r e aufli qu'il y euft d e s b o u c h e r i e s , & d e s prouifions d é b o u c h e d a n s les vilages, & d a n s les m i n e s , & les parts & p o r t i o n s q u e l'on d e u o i t d o n n e r à c h a c u n .

Ordre que l'on deuoït tenir pour travailler aux mines.

" " " " " " " " " " "1

" •» " " ~ "

Q u e l ' o r q u e l'on tireroit d e s m i n e s , fuft laiffé à la g a r d e d u m i n e u r I n d i e n , & q u e lors q u e le t e m p s d e la f o n t e , q u i fc d e u o i t faire d e d e u x e n d e u x m o i s ; q u e le m i n e u r , le C a c i q u e principal ,& l'Adminiftrateur, fe ioigniflent e n f e m b l e d a n s les t e m p s fpecifiez, & le p o r taffent à la f o n t e , & qu'eftant f o n d u l'on le diuifaft en trois parties; d o n t l'vne feroit p o u r le R o y , & les d e u x autres p o u r le C a c i q u e & les I n d i e n s , lefquelles d e u x , parties feruiroient à p a y e r les viures , & les t r o u p e a u x " q u i a u r o i e n t efté d o n n e z p o u r baftir les vilages, & t o u tes

Ordre pur le partage de l'or quel'on tireroit des mines.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II.

81

teslesautres d e f p e n f e s q u i font e n c o m m u n . E t q u e le r e lie feroit p a r t a g é é g a l e m e n t d a n s c h a q u e m a i f o n , après 15 16. e n auoir p r e m i e r e m ë t pris p o u r le C a c i q u e fix parcs & p o u r « le m i n e u r d e u x parts , & q u e les autres parts q u i écher- « reient à c h a q u e maifon,feruiroient p o u r a c h e t e r les ferre- « m e n s p o u r tirer l'or, q u i d e m e u r e r o i e n t e n p r o p r e à c h a - « c u n , fans p e r m e t t r e qu'ils les puffent v e n d r e . E c q u a n c à " ce q u i poirroitrefter,que le C a c i q u e , l e Preftre,& l ' A d m i - ce niftraceur leur en achetaflent de l'eftoffe pour les veftir, " des poules pour pondre & efleuer des poulets , en " m e t t a n t le tout p a r efcrit -, afin d'en r e n d r e c o m p t e ; Q u e " l'on eftablift d o u z e m i n e u r s Caftillans qui feroient p a y e z " e n c o m m u n ; d o n t le R o y e n payeroit la m o i t i é ,& les " I n d i e n s q u i a u r o i e n t la c h a r g e d e d é c o u u r i r les m i n e s , " l'autre m o i t i é ,& qu'auffi toft ils les laiflafient a u x I n - " d i e n s , fans eftre o b l i g e z d e d e m e u r e r là , n y a u c u n C a ftîllân , n y m e f m e a u c u n d e leurs feruiceurs ; Et q u e l'or " q u e ces m i n e u r s d e f c o u u r i r o i e n t v e n a n t à fe cirer, a p partinft a u R o y & a u x I n d i e n s , a u e c derfenfe d'y c o n treuenir fur d e g r a n d e s peines.

pour

O r p o u r encrecenir les Caftillans d a n s l'occupation, Ordre afin d'en tirer q u e l q u e profit& vtilité, il eftoit à p r o p o s l'entretene d ' e m p l o y e r les v n s à la diftribution d e s v i u r e s ,& a u - ment des habitres c h o f e s neceffaires q u e l'on leur p o u r r o i t a c h e t e r tats Caftillans. p o u r la f a b r i q u e d e s vilages ; les autres d a n s l'ad- « miniftration des vilages ; d'autres aufquels l'on d o n n e - " roit pareil,falaire q u ' a u x m i n e u r s ;& à d'autres la facul- « t é d e tirer d e l'or , e n leur p a y a n t f e u l e m e n t la d i x i e f m e » partie d e celuy qu'ils tireroient ; p o u r u e u qu'il fuffent " m a r i e z ,& q u e leurs f e m m e s vefcuffent a u e c e u x ; & à " c e u x q u i n e le feroient pas, v n e f e p t i e f m e D ' a u t r e s p o u r - « roient auoir la faculcé d e m e t t r e d e s efclaues , o u faire « q u e l q u e autre n é g o c e , e n leur d o n n a n t q u e l q u e fatis- " faction ,& leur faifant q u e l q u e s gratifications ; Q u e le « R o y leur fourniroit d e carauelles é q u i p é e s p o u r aller « captiuer d e s C a r i b e s , q u i font g e n s robuftes p o u r le tra- " uail, à c a u f e qu'ils m o l e f t o i e n t fore les Chreftiens , les « 2 Dec. L


82

HISTOIRE

DES

INDES

t u a n t & les m a n g e a n t ; & qu'ils n'auoient p a s v o u l u rela F o y . A c o n d i t i o n q u e fous prétexte d'aller c o n « tre les C a r i b e s , o n n'allait p o i n t e n captiuer d'autres, « fur p e i n e d e la vie ; Q u e l'on e n u o y a f t d e s Caftillans n e z „ dans les Ifles en terre ferme pour eftre plus propres & " mieux difpofez à l'air du païs, que les nouueaux que l'on " e n u o y e r o i t d e Caftille,- Q u e c e u x q u i d e u r o i e n t des d e Que ceux qui niers R o y a u x , v o u l a n t paffer e n terre f e r m e , n e fufdeuroient des fent p a s retenus prifoniers p o u r cela ; Q u e l'on enfeideniers Royaux gnaft a u x I n d i e n s les meftiers d e charpentier , d e tailne pourroient leurs d e p i e r r e ,& autres f e m b î a b l e s , p o u r le feruice & eftre emprifon- vtilité d e la R e p u b l i q u e ; Q u e les v i e u x Chreftiens q u i nez en voulant m a l - t r a i t e r o i e n t les I n d i e n s , fuffent chaftiez p a r les paffer en terre Iuftices ordinaires d e s lieux ,& q u e les I n d i e n s fuffent ferme. " reçeus e n t e f m o i g n a g e e n la caufe ,& crûs félon l'auis „ d e s l u g e s ; Q u e les P è r e s H i e r o n i m i t e s viffent le plus o u „ le m o i n s q u i fe deuoit faire , r e m e t t a n t o u i m p o f a n t c e qu'ils iugeroient équitable. E t d'autant q u e le deffein d u C a r d i n a l F r a n ç o i s X i m e n e z n e tendoit q u ' à m e t t r e toutes les chofes d a n s v n b o n o r d r e , il auoit t r o u u é à " p r o p o s , q u ' e n cas q u e p o u r l'exécution d e s c h o f e s e y " deflus fpecifiées, il y euft plufieurs conteftations, & qu'elles n e puffent eftre mifes e n e x é c u t i o n ,& q u e les P e r e " " H i e r o n i m i t e s r e c o n n u f f e n t qu'il fuft à p r o p o s q u e les " partages d ' I n d i e n s fous la r e c o m m a n d a t i o n d e s Caftil" lans d e m e u r a f l e n t e n l'eftat qu'ils eftoient ; l'on trouuois » p o u r v n f é c o n d r e m è d e à cela, q u e les L o i x q u i furent " faites d a n s B u r g o s e n l'an 1512. fuffent m o d é r é e s , ainfi „ qu'il fe vetra d a n s le chapitre fuiuant.

1 5 16. e e u o i r

"


OCCIDENTALES,

LIVRE

II.

83

MODERATION DES LOIX QVI furent faites enl'anmil cinq cens douze. Le Cardinal Ximenez enuoye De las Cafas auec les Pères Hieronimites. CHAPITRE

VI

V E les f e m m e s & les e n f a n s n e feroient p o i n t 1516. obligez d e feruir,& q u e l'on obferuaft e n cela les fept c o n c l u i o n s q u i a u o i e n t efte arreftées p a r " les Docteurs ;& les autres quatre, t o u c h a n t le feruice Que les femes des f e m m e s & des e n f a n s ; q u e q u a n t à c e q u e difoit la & Ils en fans feroient L o y p r e m i è r e& f é c o n d e Que les Indiens fuffent menez de dans les vilages & aux quartiers des Caftillans ; Q u e exempts l'on trauail.

n e le fift pas, p o u r les i n c o n u e n i e n t s q u i e n p o u r r o i e n t " arriuer, tant p o u r c e q u i r o u c h o i t leur inftruction à la « F o y , q u e p o u r d'autres caufes ; Q u e l'on n e feroit p o r - Oue l'on ne fifit ter a u c u n e c h a r g e a u x I n d i e n s fur leurs efpaules , n ypoint porter de d e q u e l q u e autre f a ç o n q u e c e fuft ; Q u e l'on m o d é - charges aux rait le t e m p s d e leur trauail, q u i fembloit eftre trop e x - Indiens fur leurs efpaules. ceffif,& qu'alors ils n e fuffent p a s contraints d e trauailler e n autre c h o f e ;& q u e le iour d e trauail ils euffent trois h e u r e s p o u r fe repofer ; Q u e l'on leur d o n n a i t d e la v i a n d e c h a q u e iour, tant d a n s le trauail, q u e h o r s le trauail,& les iotirs m a i g r e s , d u poiffon, del'axi, & d u C a z a b i e n a b o n d a n c e ; Q ' a u c u n e f e m m e n e feroit fuiette a u trauail, q u ' à celuy d e leur m é n a g e . E t d'autant q u ' v n poids d'or eftoit trop p e u p o u r c h a q u e a n n é e , q u e l'on leur e n d o n n a i t d a u a n t a g e , p r i n c i p a l e m e n t s'ils e n deuoient rendre quelque chofe a u x C a c i q u e s ; Q u e l'on a u g m e n t a i t les peines à c e u x q u i fe feruoient d e s I n d i e n s q u i n'eftoient pas à e u x ; p a r c e q u e la loy d e v i n g t & v n n'eftoit pas affez feuere ; Qu'il n'allait trauailler Que l'on n'en a u x m i n e s q u e la troifiefme partie d e s I n d i e n s , afin q u e noyeroit aux

L ij


HISTOIRE DES INDES 84 c e u x q u i feroient obligez d'y aller apres fc fuifent re1516. p o f e z d a u a n t a g e ,& puffent trauailler a u e c plus d e vig u e u r ; Q u e les mariniers n'allaitent p o i n t a u x lieux o ù l'on tireroit l'or, à m o i n s q u e d'auoir v n certain prix tie des Indiens. limité pour leur iournée , qu'ils fuffent foudoyez, & qu'ils n'euffent prefté le ferment pardcuant les Viiitcurs, qu'ils n e feroient trauailler e x t r a o r d i n a i r e m e n t les I n diens ;& qu'ils fuifent g e n s d e b o n n e c o n f i d e n c e . Q u a n t

mines que la troifefme par-

à

la loy

uantage

27.

q u i p o r t e , que

d'indiens

des

l'on n'emmeneroit

autres iftes des Lucayos

à ce que l'on en euft traité plus tion

point

amplement

;

iufques

la r e f o r m a -

d e l a L o y 2 9 . & 3 0 . p o r t o i t que les Vifiteurs &

tres officiers n'auroient

aucuns

Indiens

da-

s'ils ne leur

noient pour le Roy vn falaire competant ; Q u ' i l n ' y e u f t

audonq u e

d e u x Vifiteurs qui iroient tout le l o n g d e l'année vifiter par les vilages; Q u e l'on regardait s'il n y auroit p o i n t q u e l q u e s I n d i e n s q u i puifent viure feuls,& fe g o u u e r n e r d'eux m e f m e s , e n feruant le R o y d a n s les affaires c o m m e les Caftillans le f o n t par d e ç à ; E t g e n e r a l e m e n t parlant q u e l'on trauaillaft tant q u e l'on peuft p o u r p a r u e n i r à ces fins ;& fur tout à inftruire les I n d i e n s à la F o y . Il fut auffi traité alors, d e ce qu'il deuoit auöir e n C o u r d'ordinaire q u e l q u e p o r f o n n e d e fcience & dp c o n f c i e n c e qui procurait toufiours p o u r le b i e n d e s Ind i e n s ; &: q u e l'on e n u o y a f t d e s l a b o u r e u r s p o u r s'eftabiirdans les lfles,& les gratifier d e q u e l q u e s a u a n t a g e s . C e s d e u x chapitres furent p r o p o f e z p a r le C a r d i n a l Ximenez. Le las Cafas eft

A p r e s toutes les d é p e f c h e s cy-deffus déclarées, le C a r dinal c o m m a n d a à D e las C a f a s d é t e n i r c o m p a g n i e a u x P è r e s H i e r o n i m i t e s p o u r les inftruire& les a y d e r . Il le conftitua p o u r Protecteur vniuerfel d e s Indiens,& luy o r d o n n a p o u r falaire t o u s î e s a n s c e n t p o i d s d'or.Le D o c t e u r P a l a c i o s R u b i o s fit dreifer les p o u u o i r s d u L i c e n t i é A Ionfe d e Z u a z o , p o u r e x a m i n e r ,& ouir les c o m p t e s d e s Officiers e n fort b o n o r d r e ,& fort a m p l e s . M a i s le L i c e n c i é Z a p a t a les. t r o u u a n t e x o r b i c a n s , n e les v o u l u t

commande d'aller auec les Peres Hierenimites.


OCCIDENTALES,

LIVRE

II

85

pas fîgner, difant q u e d a n s les I n d e s o n n e d e u o i t p a s tant fe fier à v n h o m m e feul ; p a r c e q u e b e a u c o u p 1516. d é p e n d r o i e n t d e luy , a y a n t efté p o u r u e u s à ces offices par fes m a i n s , & les v o u d r o i t m a i n t e n i r p a r c e m o y e n , & fon o p i n i o n fut fuiuie d u D o c t e u r C a r u a j a l . C e p e n d a n t Z u a z o s ' e n n u y a n t d ' a t t e n d r e , v o u l u t s'en r e t o u r ner à V a l l a d o l i d à f o n C o l e g e , & dit q u efiv n e fois il y rentroit o n n e l'en retiroir pas a i f é m e n t . D e las C a fas e n aduertit le C a r d i n a l X i m e n e z , & c o m m e il eftoit h o m m e feuere& p r u d e n t tout e n f e m b l e ,ilfit appeller Z a p a t a & C a r u a j a l , & leur o r d o n n a d e figner les d é p e f c h e s d e Z u a z o ; c e qu'ils firent c o n t r e leur g r é , y m e t t a n t v n certain trait d e p l u m e , afin q u e lors q u e le R o y viendroit , ils puffent dire qu'ls y a u o i e n t efté contraints par le C a r d i n a l . E n f i n p a r c e dernier fuffrageles d é p e f e h e s f u r e n t e x p é d i é e s . E t p a r c e q u e le Prieur d e Seuille n'y p u t pas aller, il m i t e n fa p l a c e le P r i e u r d e faint l e a n d ' O r t e g a d e B u r g o s , & p o u r c h e f d e tous, Le Prieur de Frère L o u i s d e F i g u e r o a , h o m m e fort e x p é r i m e n t é d a n s S. lean d'Ortega de Burgos les affaires. E t le C a r d i n a l a y a n t fait p r é p a r e r v n n a eft enuoye aux uire , bien é q u i p é ,& p o u r u e û d e r o u t c e q u i eftoit n e - Indes en la. ceffaire , a u e c o r d r e d e leur liurer b o n p a f f a g e , a b o n - place du Prieur n e c o m m i f f i o n à D e las C a f a s , ils partirent p o u r aller à de Seuille. Seuille. L ' o n auoit auffi m a n d é d e u a n t à Seuille q u e l'on n e laiffaft partir a u c u n vaiffeau,ny lettres;parce q u e c o m m e le bruit couroit défia q u e les P è r e s H i e r o n i m i t e s alloient abolir les p a r t a g e â m e s I n d i e n s , l'on a p p r e h e n d o i e q u e cela n e caufaft q u e l q u e altération ; m a i s q u ' e u x y atriuant les p r e m i e r s , feroient e n t e n d r e p a r leur p r é sence qu'ils alloient là p o u r le b i e n c o m m u n d e tous. Quatorze ReD a n s c e m e f m e t e m p s il arriua q u a t o r z e R e l i g i e u x d e ligieux de Pi1 O r d r e d e faint F r a n ç o i s , tous d e P i c a r d i e , g e n s d e cardie de l'Orfainte v i e ,& fort d o c t e s , q u i alloient p o u r e x p o f e r leur dre de S. Franvie e n la c o n u e r f i o n d e s I n d i e n s ,& entre e u x v n frère çois fe prefend u R o y d'Efcoffe, v i e u x& c h e n u , h o m m e d e g r a n d e tent pour aller aux Indes. m i n e & d'authorité ; celuy q u i les a m e n a eftoit v n P e r e , appelle F r è r e R e m y , q u i a u o i t défia efté p r e f c h e r d a n s

L

IIJ


86 1516.

H I S T O I R E

D E S

INDES

les I n d e s ; E t c o m m e le C a r d i n a l X i m e n e z eftoit d e leur O r d r e , il leur fit d o n n e r leurs d é p e f c h e s e n b o n n e & d e u ë f o r m e , fi b i e n qu'ils pafferent d a n s l'Ifle E f p a g n o l l e a u e c c o m m o d i t é , a c c o m p a g n e z d'autres P è r e s D o m i n i q u a i n s , aufquels il fit d o n n e r d e s o r n e m e n s , & les c h o f e s neceffaires p o u r le feruice Diuin, aux defpens d u R o y , & e n a b o n d a n c e .

DE

CERTAINS Cuba

NAVIRES

DE

qui allèrent captiuer des Indiens dans les Ifles de los Guanajos, (& ce qui en arriua. C H A P I T R E

VII

d a n s c e m e f m e r e m p s il fut p o u r u e u à l ' E u e f c h é d e C u b a , & prefenté à cette Eglife, Frere B e r n a r d i n d e M e f a , d e l ' O r d r e d e S. D o m i n i q u e P r é d i c a t e u r d u R o y , lequel n e a n t m o i n s n e fut iamais d a n s cette Ifle ; E t d'autant qu'il n'eft pas à p r o p o s d e paffer outre fans parler d e c e q u i arriua e n c e t e m p s - l à ; L e s Caftillans c o n t i n u a n t à faire d e s affociat i o n s , a u e c v n , d e u x , o u trois n a u i r e s , les v n s c h a r g e a n t d e s viures p o u r la terre f e r m e ; & les autres d e s t r o u p e a u x d e I a m a y c a à C u b a , alloient ainfi d'Ifle e n lfles & d'autres e n c o r e alloient p o u r d e f c o u u r i r & c a p tiuer d e s I n d i e n s o ù ils p o u u o i e n t , fous la permiffion, t o u t e f o i s , d e D i e g o V e l a f q u e z . Il fortit d o n c d u porc d e Santiago de Cuba v n nauire & v n brigantin , a u e c foixante & dix o u quatre-vingts Caftillans, d u cofté d e l'Ifle,qu'ils appellent d u S u d , e n d e f c e n d a n t , & arriu e r e n c vers la terre f e r m e , p r e f q u e d a n s v n r e c o i n , o u fein d e m e r q u e f o r m e la terre & p o i n t e d e Y u c a t a n , q u o y qu'ils n e virent a u c u n e terre. Ils a b o r d e r e n t à d e Les nauires cercaines petites lfles, q u e c o m m e n o u s a u o n s dit cy-

Frère Berar-P dinde Mefa bominiqnain) créé Euefque de Cuba.

R E S Q V E


OCCIDENTALES, LIVRE

II

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d e u a n t , le p r e m i e r A d m i r a i Chriftofle C o l o n auoit defc o u u e r t e s ; & c e u x - c y e n p e n f o i e n t eftre les premiers d e f c o u u r e u r s ; il n'y e n a q u e d e u x o u trois, & font appel- d e C u b a arrilées de los Guanajos. C e s vaiffeaux eftant arriuez p r o c h eu e n t a u x Ifles d e l'vne d e ces Ifles, les Caftillans d e f c e n d i r e n t à ter- d e los G u a re , & a y a n t furpris les h a b i r a n s , lors qu'ils y p e n f o i e n t n a j o s . le m o i n s , ils e n prirent le plus qu'ils p e u r e n t ; puis paffant à l'autre Ifle , ils firent la m e f m e c h o f e , & eftant ainfi c h a r g e z d e g e n s , ils s'en r e t o u r n è r e n t à C u b a , a u e c intention d'y r e t o u r n e r p o u r e n l e u e r les autres qu'ils y a u o i e n t laiffez ; p e n d a n t lequel t e m p s ils laiffelent là v i n g t - c i n q Caftillans a u e c le brigantin , p o u r reconnoiftre les lieux. L e nauire eftant arriue a u port d e Carénas , q u e l'on appelle m a i n t e n a n t el Hauna, les C a ftillans d e f c e n d i r e n t à terre p o u r fe refioùir,en a y a n t laiffé n e u f o u dix f e u l e m e n t p o u r la g a r d e d u vaiffeau. L e s I n d i e n s q u i eftoient fous le tillac n ' e n t e n d a n t plus tant d e bruit , n y d e t r é p i g n e m e n t d e pieds a u deffus d e leur tefte,s'imaginerent auffi toft q u e les g e n s e n eftoient fortis, Se eftoient d e f c e n d u s à terre ; s'efforcerent d e fouleuer l'efcutiilon, & r o m p i r e n t la c h a i n e , o u d u m o i n s l'entr'ouurirent ,fans q u e c e u x qui eftoient e n g a r d e s'en aperçeuffent, d e forte q u e tous les I n d i e n s qui eftoient e n bas tuèrent L e s Indiens d e tous les mariniers ; & c o m m e fices g e n s n'euffent e x e r c é los G u a n a j o s f e autre c h o f e toute leur vie q u e l'art d e n a u i g e r , ils hauffe- f a i f f f e n t d ' v n rentles voiles, & m o n t è r e n t le l o n g d e s c o r d a g e s auffi n a u t r e C a f t i l a d r o i t e m e n t q u e s'ils n'euffent iamais fait autre c h o f e , l a n , & t u e n t & prirent la routte d e leurs Ifles, q u o y qu'il y euft plus c e u x d e ded e d e u x c e n s c i n q u a n t e lieues d e m e r . V o i l a c o m m e n t la neceffité & le defir d e la liberté les r e n d t o u s valeureux. C e p e n d a n t les Caftillans q u i fe p r o m e n o i e n t le l o n g d u riuage v o y a n t hauffer les a n c r e s a u e c t a n t d e p r o m p titude , tendre les voiles & g u i d e r le nauire , c o m m e s'ils euffent efté tous d e d a n s , faifoient retentir l'air d e leurs v o i x , & efleuoient leurs c h a p e a u x , p e n f a n t q u e c e fuffent leurs c o m p a g n o n s , s'imaginant qu'ils auoient

1516.

dans.


88

HISToiRE

DES

INDES

p e r d u le i u g e m e n t . M a i s q u a n d ils virent tant d'Indiens lut letillac aller d ' v n b o u t à l'autre d u vaiffeau , & m a 1516. nier les c o r d a g e s fi a d r o i t e m e n t q u ils faifoient,& les autres chofes neceffaires p o u r la n a u i g a t i o n ,& q u e le nauire prenoit la m e f m e routte p a r o ù il eftoit v e n u , ils i u g e r e n t auffi toft q u e cela auoic p r o c é d é d u m a u u a i s foin d e leurs c o m p a g n o n s , & qu'infailliblement les I n d i e n s les a u o i e n t tous tuez ;& qu'ils s'en r e t o u r n o i e n t e n leur païs. Ils d e m e u r è r e n t là à les c o n t e m p l e r iufques à c e qu'ils les perdirent d e v e u ë;& q u o y q u e l'on n e fçeuft p a s c o m b i e n ils furent d e t e m p s à arriuer e n leur Ifle, il eft bien conftant qu'ils fçeurentfibien m a n i e r la b o u l l o le & la carte m a r i n e , qu'ils y arriuerent à b o n p o r t D ' a b o r d q u e les v i n g t - c i n q Caftillans qui eftoient reftez là a u e c le brigantin virent a b o r d e r i e n a u i r e , c o n d u i t par des Indiens ils furent fort furpris,& b e a u c o u p p l u s e n c o re , lors q u e l e s Indiens d u nauire les a t t a q u è r e n t à c o u p s d e l a n c e s , d e d e m y p i q u e s& d e pierres qu'ils a u o i e n t t r o u u é e s d a n s le vaiffeau. Ils c o m b a t i r e n t fort& f e r m e les v n s c o n t r e les autres , & il y e n eut plufieurs d e bleffez d e part& d'autre. M a i s enfin les I n d i e n s a y a n t d e l'auantage fur les Caftillans, à caufe d e leur g r a n d n o m bre & les Caftillans fe voyant ferrez de fort prés, & qu'ils ne pouuoient plus refifter, refolurent de fe retirer d a n s le brigantin,& c o u l e r le l o n g d e la cofte d e la m e r e n d e f c e n d a n r;& p o u r m é m o i r e qu'ils a u o i e n t d e m e u ré là , ils tracèrent a u e c la pointe d'vn c o u t e a u fur v a arbre q u i eftoit là tout p r o c h e d e l'eau v n e croix, a u e c ces m o t s , Vamos al Darien. O r c o m m e D i e g o V e l a f q u e z eut appris que les Indiens auoient tué les huit mariniers, & auoient enleué le nauire, il fit équiper deux nauires, & y mit des gens à peu prés autant qu'il en faloit, pour aller après e u x , & p o u r fecourir les v i n g t - c i n q Caftillans q u i eftoient reftez d a n s cette Ifle, à laquelle il i m p o f a le n o m d e Santa Marina , & p o u r d e là auffi defcouurir les aucres l f l e s , & les terres qui font a u x e n u i r o n s . C e s d e u x nauires eftant arriuez à cette Ifle, a p e r ç e u rent

Ils l'emmenet & retournent en leur paït.


O C C I D E N T A L E S ,

L I V R E II.

89

rent cette croix ,& les lettres q u i eftoient g r a u é e s a u b a s ,& n e a n t m o i n s fans s'arrefter ils allèrent c h e r c h a n t 1516. d'Ifte e n Ifle les v i n g t - c i n q Caftillans, i u f q u e s à v n e qu'ils D e u x nauire, appellerent , p r o c h e d e l a q u e l l e e n t r e Caftillans vont q u e l q u e s r o c h e s , qu'ils apellent ils t r o u u e r e n t chercher les le nauire q u e les I n d i e n s a u o i e n t e m m e n é , bruflé. IlsIndiens qui a~ d e f c e n d i r e n t d a n s l'ifle;ils c o m b a t i r e n t c o n t r e les habi- ueient emmené l'autre. tans, &: e n a y a n t c a p t i u é le plus qu'ils p u r e n t , ils pafferent d a n s v n e autre Ifle appellée & y firent la m e f m e c h o f e , & a y a n t c a p t i u é c i n q c e n s I n d i e n s , ils les m i r e n t fous les tillacs d e s d e u x nauires ; puis a y a n t ferm é les efcutilions ils s'en allèrent refiouir d a n s l'Ifle. L e s I n d i e n s q u i eftoient d a n s l'vn d e c e s nauires r e c o n rennoiffant qu'il efloit d e m e u r é p e u d e m o n d e fur le tillac, t r o u u e r e n t i n u e n t i o n e n f o u r g o n n a n t & s'efforçant, d e dent r o m p r e l'efcutillon,& e n fortirent p r o m p t e m e n t && a- du nauire des u e c impetuofité. L e s Caftillans a u e c leurs a r m e s& leurs ballons y a c c o u r u r e n t auffi toft p o u r leur e n e m p e f c h e r la fortie ; m a i s les I n d i e n s n e fe f o u c i a n t p a s d e leurs coups, commencèrent à fe deffendre auec des baftons & des pierres qu'ils tiroient de deffous le tillac, & les c h a r g è r e n t a u e c tant d e v i o l e n c e q u e les Caftillans n e p o u u a n t pas refifter c o n t r e e u x , les v n s fe ietterent d a n s la m e r ,& les autres furent t u e z . L e s I n d i e n s s'eftant r e n d u maiftres d u n a u i r e , m i r e n t la m a i n a u x a r m e s ; ils prirent d e s l a n c e s& d e s boucliers q u i eftoient là ,& fe p r é parèrent a u c o m b a t . L e s Caftillans q u i fe d o n n o i e n t c a r rière à terre , v o y a n t c e q u i fe paffoit d a n s c e n a u i r e , fe hafterent d e rentrer d a n s l'autre , o ù eftant arriuez ils c o m m e n c è r e n t à c o m b a t t r e c o n t r e les I n d i e n s , q u i fe d e f f e n d o i e n t fi v a i l l a m m e n t , tant les f e m m e s q u e les h o m m e s , a u e c d e s d a r d s , d e s flèches, d e s l a n c e s , d e s Les Caftillans boucliers& d e s pierres, plus d e d e u x h e u r e s d u r a n t , combattent contre les Inq u e les Caftillans e n f u r e n t e f p o u u a n t e z , laffez, & il y diens,& repree n e u t plufieurs d e bleffez. M a i s enfin les Caftillans a- nent leur nay a n t l e d c f f u s ,& les I n d i e n s fe v o y a n t m a l t r a i t e z , & q u e uire. plufieurs t o m b o i e n t m o r t s fur le tillac , tout le refte fe 2. D e c .

Santa Catalina

Arrazifes, Vtila,

Les Indiens captifs fe maiftres Caftillans.

m


1516.

H I S T O I R E DES INDES 90 ietta d a n s la m e r , tant h o m m e s q u e f e m m e s ; m a i s les Caftillans auec les barques fe faifirent des femmes , & pour les hommes, quelques vns fe fauuerent à terre à na≥ puis a y a n t r e c o u u r é le n a u i r e ,& tous les d e u x eftant c h a r g e z d ' e n u i r o n q u a t r e c e n s p e r f o n n e s& d e plus d e vingt mille p o i d s d'or, allez bas, qu'ils a u o i e n t t r o u u é , ils s'en allèrent à Abana.

LE CARDINAL

XIMENEZ

DON-

ne d'autres ordres pour les Indes. Le Roy de Portugal demande Iean D i a z de Solis pour le faire chaftier. C H A P I T R E

VIII.

E Cardinal X i m e n e z e n ce rencontre o r d o n n a a u x Officiers R o y a u x d e s I n d e s qu'ils e x a m i naffent e x a d e m e n t q u e l profit l'on y auoit fait t o u c h a n t le fifque iufques a u iour d u d e c é s d u R o y , parce que la moitié de ces droits appartenoit à foname, & que l'on les enuoyaft fieparément ; Etenchargea à t o u s les G o u u e r n e u r s ,& les luftices e n g ê n e r a l , d'auoir b e a u c o u p d e foin e n c e q u i t o u c h o i t la c o n u e r f i o n & le b o n t r a i t e m e n t d e s I n d i e n s , a u e c v n o r d r e exprés q u ' a u c u n nauire q u i iroit p o u r t r o q u e r o u d e f c o u u r i r , n e peuft partir fans m e n e r d e s R e l i g i e u x , p o u r faire leurs diligences , félon qu'il auoit efté o r d o n n é ; P a r c e q u e l'on fçauoit d e b o n n e part q u e les mariniers & les foldacs n e faifoient point eftat de cela. E t d'autant q u e l'or auoit fait efclater les courfes q u e l'on faifoit fur les Défenfe de laiffer partir I n d i e n s ,& les captifs q u e les C a p i t a i n e s d e Pedrarias aluy aucun nauire u o i e n t faits, le C a r d i n a l X i m e n e z luyfitefcrire, & fans qu'ilyaitm a n d e r q u e l'on auoit o ù y parler d e s courfes qu'il adu Religieux. uoit faites,& les efclaues q u e l'on auoit a m e n e z à D a rien ; c e q u i auoit efte t r o u u é fort r u d e , p a r c e q u e ce-

L


OCCIDENTALES,

L I V R E II

91

la n e s'eftoit p u faire fans c a u f e r b e a u c o u p d ' i n q u i é t u d e 1516. p a r m y les I n d i e n s q u i reftoient d a n s le pais,& qu'il prift g a r d e c o m m e n t il fe c o m p o r t o i t e n c e l a , puisqu'il fçauoit b i e n e n q u o y cela confiftoit. L ' o n efcriuit e n c o r e fur c e m e f m e fujet, q u e l'on auoit d e f f e n d u delaiffer paffer d a n s les I n d e s d e s E f c l a u e s noirs , & q u e l'on auoit appris d e p u i s p e u qu'il y e n eftoit pallés p a r c e q u e c o m m e les I n d i e n s c o m m e n ç o i e n t à décliner b e a u c o u p , à c a u f e d e s m a u u a i s t r a i t e m e n s q u e l'on leur faifoit,& q u e l'on reconnoiffoit q u ' v n N è g r e trauailioit p l u s q u e q u a t r e I n d i e n s , l'on tafchoit d'en a- Defenfè de uoir d e q u e l q u e f a ç o n q u e c e fuft. O r fuiuant cela l'on paffer des Ne iugea q u e l'on p o u r r o i t tirer p a r c e m o y e n q u e l q u e tri- fres dans les b u t e n la traite foraine,qui a u g m e n t e r o i t les droits R o y Indes. a u x ; & où il f e m b l o i t Q U E l'on en fouhaitoit le plus,c'eftoit d a n s i'Efpagnolle & d a n s C u b a , d o n t les P r o c u r e u r s , q u i eftoient A n t o i n e V e l a f q u e z ,& Panfile d e N a r u a e z a y a n t d e m a n d é pluficurs c h o f e s , ils o b t i n d r e n t enfin, q u e p o u r auoir paffé d e s h o m m e s d e lettres d a n s C u b a , il e n eftoit arriue des p r o c è s e n t r e les h a b i lans , qu'il n'y e n paffaft plus,& q u e c e u x q u i y eftoient n e plaidaffent point. E n f i n tout c e qu'ils d e m a n d è r e n t Ceux de Cuba t o u c h a n t la liberté d e s I n d i e n s , q u i eftoient d e leur re- ne veulent plus c o m m a n d a t i o n ,& le p a y e m e n t d u Quint DES I n d i e n s receuoir a Aq u e l'on a m e n o i t des autres lfles, cela fut r e m i s a u in- uocats dans génient d e s P è r e s - H i e r o n i m i t e s , afin qu'ils y p o u r u e u f - leur Iß», fent félon les inftructions d o n t ils eftoient p o r t e u r s . O n leur a c c o r d a b e a u c o u p d e c h o f e s d e c e qu'ils d e m a n d o i e n t e n q u o y ils eftoient v e x e z , q u i eftoit d'aller e n I'Efpagnolle p o u r la pourfuitte d e leurs affaires. A caufe dequ.oy l'on d o n n a la faculté a u G o u u e r n e u r d e C u b a d'y p o u r u o i r ; m a i s plufieurs autres chofes furent, r e m i f e s a u x P è r e s H i e r o n i m i t e s p o u r E N i n f o r m e r fuiuant qu'ils le iugeroient à p r o p o s . O r d ' a u tant q u e f o n auoit c o n c é d é des a r m e s a u x autres lfles, il fut a c c o r d é e n fa f a u e u r à celle d e C u b a , qu'ils p o u r roient porter e n leurs e n f e i g n e s & e n leur S c e a u , v n M ij


92,

H I S T O I R E DES

INDES

E f c u p a r t y p a r le milieu ,& a u deffus , l ' A f f o m p t i o n 1 5 1 6. d e la V i e r g e d a n s v n e L u n e a u e c d e u x A n g e s d e c h a que collé, en champ d'azur, auec des nuées fur le haut, & l'image veftuë d'vn manteau d'azur pourpré d'or ; & en l'autre moitié de l'Efcu d'embas, vn faint laques en c h a m p v e r d , a u e c d e s e f l o i g n e m e n s e n f a ç o n d e rochers, q u e l q u e s arbres,& d e la v e r d u r e ;& a u deflus v n e F , & v n Y à la d r o i t e ; à la g a u c h e v n C , & à l'vn d e s collez a u defArmes Accor- v n j o u g ; à l'autre cofté c i n q flèches l o n g u e s ,& dée à ceux de fous des flèches vn lézard , & vn autre fous le joug; & au l'Ifle de Cuba. pied de l'Efcu vn aigneau attaché par le milieu du corps. D a n s c e m e f m e t e m p s le R o y d e P o r t u g a l défirant q u e l'on d o n n a f t la liberté a u x P o r t u g a i s q u i eftoient d a n s les prifons d e Seuille , c o m m e n o u s a u o n s dit c y - d e u a n t , les e n u o y a d e m a n d e r a u x Officiers d e la m a i f o n d e C o n t r a clation ; & q u e q u a n t a u x nauires q u e le Pilote m a j o r d e Solis auoit e n l e u e z , q u i a u o i e n t c h a r Le Roy de Por- l e a n D i a z g é d u brefil d a n s l'eftenduë d e fes limites , q u e l'on tugal demande lean Diaz les luy e n u o y a f t auffi a u e c les mariniers , p o u r les c h a de Solis pour ftier. L e s Officiers firent v n e r e f p o n c e n e g a t i u e , dile chaftier. fant q u e la c h a r g e d u brefil auoit efté faite d a n s l'eftend u ë d e s limites d e la C o u r o n n e d e Caftille ;& q u o y q u e les G o u u e r n e u r s a p p r o u u e r e n t la r e f p o n c e des Officiers, ils leur m a n d è r e n t q u e s'il arriuoit d o r e f n a u a n t d e f e m blables d e m a n d e s , qu'ils n e feportaffent pas p o u r p a r ties ; m a i s qu'ils remiffent la caufe à la C o u r . E t tout d'vn t e m p s ils efcriuirent a u R o y d e P o r t u g a l , q u e les fept Caftillans qu'ils t e n o i e n t prifoniers a u o i e n t efté pris e n la Bahia de los lnocentes, qui c o m m e il fçauoit fort b i e n , t o m b o i t d a n s les limites d e Caftille&& q u e puis q u e p o u r fes fubiets l'on gardoit e x a c t e m e n t la capitulation & a c c o r d s qui a u o i e n t efté faits entre les d e u x C o u r o n nes ils fupplioient le R o y d ' o r d o n n e r d e fa part d e les faire o b f e r u e r ,& d o n n e r la liberté a u x fept Caftillans, puis qu'ils n'auoient rien fait a u p r e i u d i c e des T r a i t e z . E t c o m m e I n t e n t i o n d u R o y d e Caftille eftoit d e r e n -

l'on accorde de deliurer toutd vnieps les Portugais & les CaftilUnsprifoniers.


O C C I D E N T A L E S , LIVRE

II

93

d r e auffi les o n z e P o r t u g a i s ; enfin l'on t o m b a d ' a c c o r d q u e les prifoniers d e part& d'autre feroient m i s e n liberté tout d ' v n m e f m e t e m p s ;fib i e n q u e c e s différents furent v u i d e z d é s c e t e m p s - l à .

1516.

P E D R A R I A S E N V O Y E D E S G E N S au Licencie Effinofa , qui recouure vne grande partie de l'or que les Indiens auoient ofté a Gonçaie de Badajoz. Qualitéz dedela terre de P a n a m à. C H A P I T R E

IX.

O V R n e p o i n t laiffer les c h o f e s d e la terre ferm e fi efloignées , n o u s les r a p p o r t e r o n s d o n c e n cet e n d r o i t félon leur o r d r e . P e d r a r i a s d ' A uila a y a n t r e ç e u la lettre cfu L i c e n c i é E f p i n o f a f o n L i e u t e n a n t m a j o r , q u i eftoit ailé e n c o u r f e d a n s les P r o u i n e e s d e Comagre& d e Pocorofa, p a r l a q u e l le il luy d e m a n d o i t d e s g e n s p o u r paffer o u t r e , afin d e r e c o u u r e r l'or q u i a u o i t efté p e r d u p a r G o n ç a l e d e B a d a j o z , il y e n u o y a c e n t trente h o m m e s fous la c o n duite d u C a p i t a i n e V a l e n z u e l a ( q u o y q u e B a d a j o z fift d u bruit d e c e l a , difant q u e cette entreprife luy a p p a r tenoit ) a u e c o r d r e d'aller i o i n d r e E f p i n o f a . V a l e n z u e l a alla p a r l'Ifle q u e l'on appelloit de Baftimentos , o ù il c a p -Valenzuela. fait brifer le tiua q u e l q u e s I n d i e n s ; puis eftant d e f c e n d u e n terre fernauire qu'il m e , ilfitbrifer le n a u i r e , felon l'ordre qu'il e n a u o i t re- auoit mené, f e n d e Pedrarias. D e f i a E f p i n o f a s'eftoit m i s e n c h e m i n , pour ofter l'efa u e c deffein d e faire q u e l q u e exploit d e g u e r r e , p o u r perance aux faire voir q u e les lettres n e f o n t p o i n t r e b o u c h e r la Caftillans de l a n c e . D a n s les terres d e Comagre& d e Pocorofa , il s'e- retourner. ftoit a f f e m b l é trois mille I n d i e n s p o u r luy tenir tefte; n u i s d é s qu'ils virent d e s c h e u a u x , cela leur d o n n a

M

iij


H I S T O I R E DES INDES 94 v n e telle e f p o u u a n t e (car ils n ' a u o i e n t iamais v e û d e c e s 1516. fortes d ' a n i m a u x ) qu'ils perdirent c o u r a g e , & c o m m e n c è r e n t à t o u r n e r le d o s& à s'enfuir , c h a c u n d e f o n cofté p r o c u r a n t d e fe fauuer d u m i e u x qu'il p o u u o i t ; m a i s c o m m e les c h e u a u x alloient plus vifte q u ' e u x ,& les a t a i g n i r e n t , les v n s fe t r o u u o i e n t p e r c e z à c o u p s d e lance, d'autres eftoient arreftez c o m m e prifoniers d e guerre , & les c h i e n s n e faIFoient pas m o i n s d ' e x é c u t i o n . A c e u x - c y , E f p i n o f a leur a y a n t fait faire leur procès p o u r fe iuftifier ( p a r c e q u ' e n cela il fe faifoit fort des autres C a p i t a i n e s ) il fit p e n d r e les v n s , c o u p e r le n e z à d'autres,& e n c o r e à d'autres les m a i n s , félon le délit qu'il iugeoit q u e c h a c u n d'eux auoit c o m m i s . D e là il paffa à la terre d u C a c i q u e chiru,& p o u r f u r p r e n d r e a u d è p o u r u e u il n'y alla q u ' a u e c la m o i t i é d e fes g e n s ,& entra d a n s le vilage n u i t a m m e n t . L e C a c i q u e s'échapa,& a y a n t r a m a f f e les g e n s , vint attaquer les C a i tillans a u e c leurs b r a i l l e m e n s ordinaires ; m a i s il toft qu'ils a p p e r ç e u r e n t les c h e u a u x , i m a g i n a n t qu'ils e n d e u o i e n t tous eftre d e u o r e z , ils c o m m e n c è r e n t à p r e n d r e la fuite. Indiés. E f p i n o f a fe v o y a n t maiftre d u vilage fit faire v n e paliffad e d e p i e u x d a n s la p l a c e p o u r plus g r a n d e affeurance ; deforteque v o y a n t q u e les Caftillans faifoient eftat d e s'eftablir là, & q u e fes forces n'eftoient p a s baftantes d e leur p o u u o i r refifter, il s'en vint d e f a r m é t r o u u e r Efp i n o f a ,& le r e c h e r c h e r d e paix, a c c o m p a g n é d e q u e l q u e s I n d i e n s . E n fuite d e c e l a , E f p i n o f a a y a n t appris q u e là a u p r è s eftoit le C a c i q u e il y e n u o y a B a r t h é l é m y H u r t a d o , a c c o m p a g n é d e c i n q u a n t e foldats, a u e c o r d r e d e le f u r p r e n d r e d e n u i t , d e le piller, & d e l ' a m e n e r prif o n n i e r ; c e qu'il fit.

Natà

Les chenaux efpouuantent fort les

Natà

Efcolia,

E f p i n o f a a y a n t défia les d e u x C a c i q u e s c o m m e e n fa pofleffion l'vn prifonnier& l'autre v a i n c u , c r o y a n t pat là a u o i r les d e u x aifles e n fureté, il prit fa brifée e n la terre d e Cutarà, o u Paris,& arriua a u fleuue d e Cocabi ra , o ù il auoit e u auis qu'il y auoit d e l'or q u i auoit efte pris à B a d a j o z , afin d e le luy reftituer ; p a r c e q u e leurs

Hurtado va en la terre du Cacique Paris,


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II.

95

f e m m e s le difoient ainfi,& q u e les Caftillans p o u r le ratioir y d e u o i e n t r e t o u r n e r . L e C a p i t a i n e D i e g o d ' A l b i - 1 5 1 6 . tez a u e c q u a t r e - v i n g t s dix foldats m e n o i t l ' a n a n t - g a r d e p o u r defcouurir la terre, & a y a n t t r o u u e v i n g t I n d i e n s tout p r o c h e d'vn bois a u e c leurs a r m e s , il les a t t a q u a ; L e s I n d i e n s fe deffendirent v a i l l a m m e n t , q u o y qu'ils fuffent m a i traitez d e s efpées d e s Caftillans, m a i s auffi toft après il fortit d e c e bois, felon l ' a p p a r e n c e , plus d e q u a tre mille I n d i e n s ,& le C a c i q u e Paris e n telle, qui c o m m e n c è r e n t à faire leurs b r a i l l e m e n s ordinaires. L ' o n L e s I n d i e n s c o m b a t t i t v a i l l a m m e n t tant d ' v n e p a r t q u e d'autre, d o n t refiftent f o r t il y e n eut q u a n t i t é d e bleftez des d e u x c o l l e z , m a i s il c o n t r e les C a f tillans, iufques y eut plusieurs I n d i e n s d e t u e z . Ils f o n d o i e n t q u e l q u e à c e q u e les fois i m p e t u e u f e m e n t fur les Caftillans,& les Caftillans c h e n a u x & les les r e c o g n o i e n t à leur t o u r d a n s le b o i s , iufques à ce q u e c h i e n s f u r e n t Efpinofa fuft arriue ;& c o m m e les I n d i e n s virent les c h e - v e n u s . u a u x , & q u e les c h i e n s f u r e n t l a f c h e z , ils d i f p a r u r e n t c o m m e v n efclair,& fe f a u u e r e n t d a n s l'efpaiileur d u bois. C e p e n d a n t c o m m e V e n e z u e l e a u e c fes c e n t trente foldats c h e r c h o i t d e tous coftez E f p i n o f a , & p a r m o n t s & par valées, a u e c d e grandiffimes t r a u a u x , fans fçauoir où ils alloient, & les foldats fort haraffez du chemin & de la faim, qui font des fatigues comme annexées à la nation E f p a g n o l l e feule. V n iour ils r e c o n n u r e n t d a n s v n e c a b a n e d e la fiente d e c h e u a l , d o n t ils furent fort refioüis, & p e u d e iours après ils tirèrent d e nuit q u e l ques efcoupetes , qui furent e n t e n d u e s par H u r t a d o , q u e E f p i n o f a auoit e n u o y e p o u r c h e r c h e r d e s viures ; parce q u e c o m m e tout le p e u p l e eftoit fouleué ils f o u froient b e a u c o u p d e neceffitez. E n f i n H u r t a d o t o u r n a d u cofté qu'il e n t e n d i t tirer les e f c o u p e t e s ,& s'e ftant r e c o n n u s , ils s'entr'embrafferent a u e c g r a n d c o n tentement. C e s d e u x a r m é e s eftant iointes e n f e m b l e , s'eftimoient fi puiffantes qu'elles m é p r i f o i e n t routes les forces d e la terre f e r m e , q u e l q u e c h o f e q u e les I n d i e n s vouluffent


96

HISTOIRE

DES

INDES

e n t r e p r e n d r e ;& D i e g o d'Albitez t e n a n t le C a c i q u e Huerè prifonier, luy dit q u ' e n v n e petice c a b a n e à d e u x lieues d e là l'on trouueroit le trefor d e B a d a j o z . D i e g o d'Albitez y f u t l u y - m e f m e , m a i s a u a n t q u e de partir, v n e f e m m e I n d i e n n e qui appartenoit à E f p i n o l a , l'aduertit q u e c e t t e c a b a n e eftoit la c a b a n e d e s D i a b l e s , & qu'ils a u o i e n t o r d o n n é d'ouurir la terre p o u r engloutir les Caftillans. A l b i t e z fe m o q u a n t d e cela , eftant arriué à cette c a b a n e fur le foir , fut faifi d e g r a n d e app r e h e n f i o n , parce q u e ces c a b a n e s c o m m e n c e r e n t à branler toutes c o m m e les rofeaux q u i font e x p o fez au v e n t . L e s Caftillans q u i l'auoient a c c o m p a g n é furent tous faillis d ' e f t o n n e m e n t auffi bien q u e luy ,& tout ce qu'ils p u r e n t faire , fut d e fe r e c o m m a n d e r à D i e u , d e faire d e s fignes d e C r o i x ,& vfer d e toutes les deuotions & prières qu'ils fçauoient. Si bien q u e A l b i t e z & les fiens a y a n t paffé toute la nuit t r e m b l a n t d e crainte , furent enfin contraints d e s'en retourner le l e n d e m a i n c o m m e ils eftoient v e n u s , fans e m p o r t e r a u c u n o r , fe contentant d e raconter leurs peines & la furieufe tempefte qu'ils auoient eue. E n f u i t e de cela Albitez prit foixante foldats,& s'en alla e n la terre d u C a c i q u e Queemà , o ù l'on difoit qu'eftoit l'or , parce q u e l'y auoit fait tranfporter, & l'y tenoit c a c h é . L e s Indiens d e quemà fortirent a u d e u a n t , a r m e z ,& c o m m e des g e n s préparez à fe bien deffendre ; mais Albitez q u i eftoit pacifiq u e d e fon naturel, leur e n u o y a d i r e , qu'il n'eftoit pas v e n u p o u r leur faire d u m a l , m a i s p o u r les rechercher d e paix ,& qu'ils miffent bas les a r m e s ; ce qu'ils firent auffi toft. Trois C a c i q u e s s'approcherent d o n c , & c o m m e o n leur e u t d e m a n d é o ù eftoit l'or q u e l'on auoit pris a u x Caftillans , ils firent refponfe, qu'ils n ' e n fçauoient rien Albitez les m e n a à E f p i n o f a , lequel par Efpinofa re- d e d o u c e s paroles , c o m m e il eftoit fort adroit & rufé, les couttre vne interrogea, & apprit d'eux o ù eftoit l'or. Il e n u o y a vingt bonne partie Caftillans a u e c e u x ,& e n m o i n s d e d e u x h e u r e s , ils apdu trefor de portèrent l'or d a n s c i n q corbeilles , q u i confiftoit e n

1516.

Diego de Al bite va chef cher le trefor du Capitaine Badajoz,.

Paris

Bada joz.

quatre-


OCCIDENTALES,

LIVRE

II.

97

quatre-vingt mille Caftillans. E t E f p i n o f a v o u l a n t c h e r cher c e q u i m a n q u o i t e n c o r e , paffa à la p r o u i n c e d u 1516. C a c i q u e Chicacotià , o ù il d e m e u r a iufques à c e q u e les e a u x fuffent e f c o u l é e s , à c a u f e qu'il y auoit e n cette terre g r a n d e a b o n d a n c e d e viures.lcy l'on apprit qu'ayant laiffé a u C a c i q u e de Copeche, Pierre d e A r e u a l o , & M i c h e l S a n c h e z , à c a u f e qu'ils eftoient fort m a l a d e s ; afin qu'ils d e m e u r a f f e n t a u e q u e luy , & q u e les a y a n t rec e u s d e b o n n e g r â c e , auffi toft q u e E f p i n o f a f u t party, les I n d i e n s a u e c leurs d a n f e s & leurs c h a n f o n s o r d i n a i res, qu'ils a p p e l l e n t e n l a n g u e E f p a g n o l e Arreytos, les d é p e c è r e n t p a r m o r c e a u x ,& les firent m o u r i r d e la forte.

ESPINOSA

AYANT

DES COV-

uert quantité de terres , retourne a Darien, & Hernand Ponce demeure dans P a n a m a . C H A P I T R E

X.

q u e les Caftillans h y u e r n o i e n t d a n s la terre d u C a c i q u e chicacotia , ils y baftirent v n e Eglife , o ù les R e l i g i e u x faifoient l'Office d i u i n ,& baptifoient q u a n t i t é d e f e m m e s & d'enf a n s , car p o u r c e u x d e m o y e n â g e ils n'y faifoient p a s g r a n d p r o g r é s , eftant trop e n d u r c i s d a n s leur Gentilité ; E t c o m m e ces c h o f e s fe p a f f o i e n t , les I n d i e n s d e la terre o ù ils eftoient, defirant fe v a n g e r ,& d e chaffer leurs e n n e m i s , s'affemblerent a u n o m b r e d e plus d e vingt mille h o m m e s ,& le iour d e la T r a n s f i g u r a t i o n d e noftre S e i g n e u r , ils e n v i n r e n t a u x m a i n s c o n t r e les Caftillans,& les B a r b a r e s c o m b a t i r e n t a u e c b e a u c o u p plus d'obftination qu'ils n ' a u o i e n t p o i n t e n c o r e fait, fe c o n f i a n t e n leur m u l t i t u d e : M a i s les Caftillans ,defiainftruits e n leur m a n i è r e d e c o m b a t s , efpioient le t e m p s 2 Dec. N E P E N D A N T

C

Bataille des Indiens contre les Caftillans.


98

1516.

HISTOIRE

DES

INDES

pour les attaquer, & pour faire retraite en combatant; & fe correfpondoient ainfi les vns les autres, obferuant toufiours l'ordre& l'égalité, tirant les arbalcftes& les arquebufes,& féferuanc de leurs boucliers dans les temps & les occafions, de telle force qu'ils ne laiffoient pas d'offenfer,& n e p o u u o i e n t eftre offenfez. L e s courfes des c h e u a u x , & les c o u p s d'arbaleftes e n m i r e n t q u a n t i t é par terre, & c e u x qui firent le plus d e c a r n a g e p a r m y les E n n e m i s furent les I n d i e n s alliez, q u i eftoient a u n o m b r e d e d e u x c e n s , lefquels c o m b a t i r e n t v a i l l a m m e n t d a n s la c h a l e u r d e s Caftillans, e n telle forte qu'ils furent m i s e n d é r o u t e . E n f i n c o m m e il fut q u e f t i o n d e c h e m i n e r , les Caftillans fortirent d e Nata le n e u f i e f m e d e Iuillet, & prirent leur route d u cofté d u C a c i q u e Eftotia,& Efpin o f a e n u o y a le C a p i t a i n e V a l e n z u e l a e n la p r o u i n c e d e Guarari; p o u r v o i r fi l'on pourrait fabriquer q u e l q u e s can o s ; & a u e c d e u x qu'il auoit il e n u o y a les C a p i t a i n e s H e r n a n d P o n c e & B a r t h é l é m y H u r t a d o , p o u r defcouurir; lefquels e u r e n t bien d e la difficulté e n leur v o y a g e , parce qu'ils d e f c o u u r i r e n t d e s lfles,& v n e g r a n d e fuite d e côfte tirant vers le L e u a n t ; ils c o m b a t t i r e n t c o n t r e q u e l q u e s infulaires , les v a i n q u i r e n t ,& en reduifirent d'autres à l'obeiffance,puiss'en r e c o u r n e r e n t a u e c d o u z e can o s o u t r e les d e u x qu'ils a u o i e n t , q u a n t i t é d ' I n d i e n s , d e l'or,& d'autres dépouilles. C e p e n d a n t les g e n s d'Efpinofa fouffroient b e a u c o u p , a y a n t g r a n d e difette d e viures, car ils n e fe fubftantoient q u e d e racines. Ils prirent d e u x frères d u Cacique colia , q u i eftoient g r a n d s c o m m e des G e a n s , d o n t l'vn portoit a u t a n t d e b a r b e c o m m e le plus b a r b u Caftillan, q u i eft v n e c h o f e excraordinaire encre les I n d i e n s . ILs pailerent d a n s les p r o u i n c e s d e Pocoà& d e Tabiana , qui font à trois i o u r n é e s a u delà,& les reduifirent à l'obeïftanc e ; ils c r o u u e r e n t p a r m y ces p e u p l e s le jeu d e la balle c o m m e d a n s I'Efpagnolle. Icy ils refolurent d e recourn e r à D a r i e n , q u o y q u e les c a n o s n e fufifent pas e n c o r e arriuez;mais, ils c r o u u e r e n t toutes les p r o u i n c e s reuoltées.


O C C I D E N T A L E S ,

L I V R E II. 99

C e p e n d a n t c e u x q u i eftoient allez e n v o y a g e a u e c les canos,arriucrent iufques à v n lieu , o ù ils prirent l a n g u e 1 516. d e Veragua, & o ù les I n d i e n s difoient q u e d e la côfte d u S u d il n'y auoit p a s plus d e trois Soleils à l'autre m e r d u N o r t , q u o y qu'ils fe t r o m p a f f e n t , car il y e n a d a u a n t a g e . P o u r r e t o u r n e r d o n c p a r les m e f m e s r o u t e s e n la terre d u C a c i q u e Tubanama ils pafferent c h e z le C a c i q u e cha- Le Cacique NINA qui auoit m e n a c e V a f c o N u n e z , lequel fortit c o n t r e Chaninà eft les Caftillans a u e c v n g r o s bataillon. 11 c o m b a t i t d e mis en déroute. toutes fes forces, & vaillamment felon fon induftrie, & les armes dont il fe feruoit, car pour de la vigueur & de la force il n'en m a n q u o i t p a s ; m a i s n o n o b f t a n t tout c e la il n e laiffa pas d'eftre m i s e n d é r o u t e . E f p i n o f a arriu a à comagre, où il t r o u u a le C a p i t a i n e Chriftofle S e r r a n o , q u e P e d r a r i a s auoit e n u o y e p o u r pacifier cette p r o u i n c e , p a r c e qu'elle s'eftoit f o u l e u é e tout d e n o u u c a u . D e la il paifa à Acla, o ù il r e n c o n t r a V a f c o N u n e z d e B a l b o a , qui luy d o n n a b i e n d e q u o y viure,& d e s prouifions p o u r le c o n d u i r e iufques à D a r i e n , o ù ils m e n è r e n t plus d e d e u x mille efclaues, & q u a t r e - v i n g t mille p o i d s d'or qu'auoit perdu G o n ç a l e d e Badajoz & Louis d e M e r c a d o , & a u tre g r a n d e q u a n t i t é . L ' o n d é c o u u r i t e n c e v o y a g e c e n t Efpinofa rec i n q u a n t e liues d e côfte. O n c o m m e n ç a le p a r t a g e d e tourne a Darien a p r e s afor& des efclaues, e n tirant p r e m i è r e m e n t le Q u i n t p o u r uoir defcoule R o y ,& la part d u G e n e r a l ,& l'on bailla à c h a c u n nertgo. lieus e n particulier c e q u i luy a p p a r t e n o i t félon la c o u f t u m e de terre. & le c o m p t e q u e faifoient les Officiers R o y a u x ; & ainfi ils furent tous riches, & n e parloient plus q u e d e piaffer & de fe refioùir. A p r e s qu'ils e u r e n t n o y é toutes les affligions paffées d a n s les plaifirs& les c o n t e n t e m e n s , ils n e parloient q u e de j o u e r d e s efclaues, v n d e u x , trois, & plus ; & P e d r a r i a s e n v n e feule fois i o ù a iufques à c e n t efclaues, tant c e vice d é r é g l é & i n f â m e a e u d e v o g u e entre les Caftillans d a n s les I n d e s d e p u i s c e t e m p s là; & ce d e f o r d r e ,& autres f e m b l a b l e s , m e r i r o i e n t bien q u e l'on fift v n e b o n n e l o y , q u e p e n d a n t t o u t e v n e i o u r n é e entière l'on n e puft p a s i o ü e r plus h a u t d e dix Caftillans d'or. N ij


100

HISTOIRE

DES

INDES

L e s Capitaines H e r n a n d P o n c e , & B a r t h é l é m y H u r t a 1 5 1 6. d o , a y a n t r o d é a u t o u r d u G o l f e a'Osa, diftant de Nani d e q u a t r e - v i n g t dix lieues , arriuerent À v n e certaine terre, d o n t les h a b i t a n s s'appelloient chiuchiies , qu'ils Les Caftillans nofent defcenu o u u e r e n t e n a r m e s , e n quantité ,& bien délibérez dre a terre, d e fedeffendre ; c'eft p o u r q u o y les Caftillans refolurent d e pafter o u t r e fans m e t t r e pied à terre. Ils firent plus de cinquante lieues le long de la côfte en defcendant , & trouuerent vn Golfe de plus de vingt lieues d'eftenduë, plein d e petites lfles, d o n t n o u s a u o n s parlé c y - d e u a n t . C e port eft a d m i r a b l e , les p e u p l e s q u i l'habitent R A P pellent chu a ,& les Caftillans Lucar ,& mainten a n t le port d e q u i eft l'vne d e s p r o u i n c e s de Ils découvrent fort fertile & agréable. Il y auoit tout prole port de Nicoya. c h e d e ce porc , g r a n d e quantité d e c a n o s , & des gens, a r m e z , & quantité d'autres q u i n e l'eftoient p a s , qui parurent le long de la côfte auec de petites trompettes & des cornets , tefmoignant fe préparer au combat par leurs fanfares& leurs m e n a c e s ; m a i s les Caftillans ayant tiré q u e l q u e s petices pièces d'artillerie qu'ils auoient d a n s leurs vaiffeaux , ce q u i fait iuger q u e ce n'eftoient p a s des c a n o s , car les c a n o s n e p e u u e n t pas fouftrir d'artillerie , q u e l q u e petite qu'elle foie , e x c e p t é c e u x qui f o n t plus g r a n d s , y e n a y a n t d e dix-huit b a n c s . C e s In diens a y a n t e n t e n d u c e b r u i t , t o u r n è r e n t le d o s auffi toft, fi bien qu'il n'en d e m e u r a a u c u n , n y fur le port, n y le l o n g d u r i u a g e , a y a n t tous pris la fuite. M a i s H e r n a n d P o n c e & B a r c h e l e m y H u r t a d o i u g e a n t qu'il n'y anoit rien là à faire p o u r e u x , a y a n t défia entré d a n s les lfles e n p a i x , & e n d'autres n o n ; & q u e la côfte c o n tinuoit toufiours , ils refolurent d e r e t o u r n e r fe ioindre a u e c E f p i n o f a ; & a y a n t trouuié qu'il s'en eftoit allé, ils l'atcaignirent Efpinofa par l'ordre d e P e d r a r i a s , laiffa le Capitaine H e r n a n d P o n c e dans q u i eft v n e p r o u i n c e fituée d a n s v n fort ben c l i m a t ,& d o n t les vents nama. f o n t agreables l o r s qu'ils v i e n n e n t d u cofté d e la m e r ; M A I S c e u x d e terre font m a u u a i s . L a terre y eft fort fer-

Nicaragua,

Le Capitaine Hernad Ponce demeure a Pa-

Nicoya,

Saint

Panama,


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II,

101

tile. & p r o d u i t d e l'or; il s'y t r o u u a f a r c e v e n a i f o n & d e s 1516, volailles, Se le l o n g d e la côfte la p e f c h e d e s perles y eft fort f r é q u e n t e . Ils virent d e s b a l e i n e s , & d e s lézards, o u crocodiles, d e trente pieds d e l o n g D a n s q u e l q u e s - v n s qu'ils t u è r e n t ils y t r o u u e r e n t d e s cailloux d a n s leur eft o m a c ; ces a n i m a u x fe f e r u a n t d e cette i n u e n t i o n p o u r lefter leur c o r p s afin d'aller a u f o n d , p a r c e qu'ils n e p e u u e n t pas d e f c e n d r e b i e n a u a n t e n l'eau fans cela. O r l'on a v e û d a n s Panama v n cocodrille a t t a q u e r v n h o m m e , Se l'enleuer d e la p o u p e d ' v n e b a r q u e d a n s d e s r o c h e s , Se c o m m e il eftoit après p o u r le d e u o r e r l'on le t u a d'vn c o u p d ' a r q u e b u f e , & a y a n t f a u u é l ' h o m m e q u i eftoit defia la propince de tout o u u e r t p a r les a y n e s , il fut p o r t é à l ' H o f p i t a l , o ù il Panama. reçcut le S. S a c r e m e n t , & puis m o u r u t . L e s p e u p l e s y parlent le m e f m e l a n g a g e que c e u x de D a r i e n , & fe veftent d e m e f m e ; & les d a n f e s , les c o u f t u m e s Se la religion font femblables à c e u x d e l'Efpagnolle& d e C u b a . L e s h o m m e s s ' a d o n n o i e n t fort à la fculpture Se à la p e i n t u r e . Ils appclloient leur I d o l e Tâbera, & la v e f t o i e n t d e telle faç o n qu'elle paroiffoit v n d i a b l e . & luy parloient. Ils e n a u o i e n t e n c o r e d'autres d e diuerfes figures , d'or c r e u x . Ils eftoient fort a d o n n e z a u vice d e la c h a i r , à l'oifiueté, a u larcin, & a u jeu. Il y auoit e n t r ' e u x plufieurs forciers q u i f u ç o i e n t par le n o m b r i l les e n f a n s . Q u e l q u e s - v n s d'entr'eux c r o y o i e n t qu'il n'y auoit qu'à naiftre & à m o u rir, & à c e u x - c y l'on n e faifoit a u c u n e c é r é m o n i e à leurs e n t e r r e m e n s : à c e u x q u i c r o y o i e n t l'immortalité l'on p o r toit à leurs e n t e r r e m e n s d u p a i n , d u v i n , d e s f e m m e s , & d e i e u n e s g a r ç o n s , leurs trefors, leurs a r m e s , Se leurs p e n n a c h e s ; E t à c e u x à qui l'on n e p o u u o i t pas tant faire d e c é r é m o n i e s , faute d e c o m m o d i t e z , l'on m e t t o i t f e u l e m e n t d a n s leur fepulture d u p a i n , d u v i n , Se v n e c o u uerture. Ils d e f f e c h o i e n t les c o r p s d e s S e i g n e u r s a u f e u , q u i eftoit leur f a ç o n d ' e m b a u m e r . L e i o u r d e f e n t e r r e m e n t ils d a n ç o i e n t , & baifoient les pieds a u fils o u n e u e u q u i heritoit eftant a u lit, q u i eftoit la f o r m e d u f e r m e n t d e fidélité & o b e ï f f à n c e qu'ils luy d e u o i e n t .

Qualitez de

N

iij


HISTOIRE

102

PEDRARIAS

DES

INDES

ET VA SCO

NVNEZ

de Balboa fe réconcilient enfemble, il va a la ville d'Acla, & traite pour fabriquer des nauires en la mer du Sud. Les Pères Hieronimites arment à Ef pagnole. Tromperie quefitIean Bono de Quexo aux Indiens de l'Ifle de la Trinidad. CHAPITRE

1516.

q u e E f p i n o f a eftoit o c c u p é . c o m m e nous auons d u cy-deuant, Vafco N,unez d e B a l b o a eftoit d a n s D a r i e n allez mal a u p r è s d e P e d r a r i a s , & p r e f q u e c o m m e prifonier, parce qu'il fe mérioit d e luy; & c o m m e il le confideroit e n qualicé d ' A d e l a n c a d o , il fe plaifoit a le tenir ainfi fujet , s'im a g i n a n t q u e c o m m e il eftoit e n g r â c e e n u e r s le R o y , il luy feroit p e r d r e p a r c e m o y e n fa repucacion. Et V a f c o N u n e z d e f o n cofté auoit fait la c o u r à l'Euefque F. I e a n d e Q u e u e d o ,& auoit fait v n e g r a n d e impreftion fur f o n efprit ; lequel o u p a r l'inuention d u m e f m e V a f c o N u n e z , o u par le m o u u e m e n t d e l'Euefque , il f u t a c c o r d é q u e Pedrarias quitteroit t o u s les r e f f e n c i m e n s qu'il auoit c o n t r e luy; qu'il l'honoreroit , qu'il l'attireroit à l u y , s'en f e r m r o i t , & fe fieroit e n luy c o m m e d e cous les aucres, puis q u e par fa v a l e u r , p a r f o n e x p e r i e n c e ,& p a r l e titre d ' A d e l a n c a d o , il luy p o u r r o i t r e n d r e plus d e feruice q u e p a s v n aucre. Et c o m m e l ' E u e f q u e eftoit fore e l o q u e n t , i l l u y reprefenca e n c o r e , q u e c o m m e V a f c o N u n e z eftoic e n g r â c e a u e c le R o y , qu'il auoit acquis d e la repucacion p a r m y cous les g e n s d e g u e r r e ,& par les c r a u a u x qu'il auoit fouffercs e n la d e f c o u u e r t e d e ces cerres, e n affuietiffant ces p e u p l e s f a r o u c h e s , & qu'il auoit c o m m e d o n n é la vie a u x p r e m i e r s

C

Vafco Nunez, fauoriséde l'Euefque de Da~ rien.. » » » »

" " " "

XI

E P E N D A N T


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II.

103

Caftillans q u i eftoient d a n s Vrabà , f u r q u o y l'on a u o i t f o n d é f o n Eglife C a t h é d r a l e ; qu'il luy f e m b l o i t d o n c à 1 5 1 6 . p r o p o s , p o u r u e u qu'il l'euft p o u r a g r é a b l e d e fe feruir d e « luy;q u e p a r c e m o y e n il feroit ceffer les m u r m u r e s & les " plaintes q u e l'on faifoit d e le voir ainfi o p p r i m é ,& d'v- « fer d e tant d e f e u e n t é e n u e r s l u y , & fi l o n g t e m p s . loint » q u e d'ailleurs q u o y q u e f o n a u t h o r i t é fuft rauallée p o u r « v n t e m p s il p o u u o i t b i e n p e n d a n t c e t e m p s - l à p r o c u r e r " d e fortir d e f u g e t i o n , & n'auoir p a s tant d e regret p o u r « r e m é d i e r à fa liberté, d ' e m p l o y e r d e s g e n s a u p r è s d u R o y , « p a r tierce p e r f o n n e ,& luy faire fçauoir l'eftat d e fa dif- « g r â c e ,& q u e i a m a i s l'on n e p o u r r o i t a c h e u e r d e d e f c o u - " urir la terre f e r m e , n y e n f ç a u o i r les fecrets s'il n e f e r e n - « doit fidèle a m y d e V a f c o N u n e z . Pedrarias p e r f u a d é Pedrarias fe p a r les raifons d e l ' E u e f q u e , refolut d e fuiure f o n c o n - re concilie a u e c feil,& p o u r m a r q u e d ' v n e plus eftroite c o n f i r m a t i o n d e Vafco N u n e z cette amitié r e c o n c i l i é e , il fut a c c o r d é q u e V a f c o N u - & luy promet n e z efpouferoit d o n a M a r i a , fille aifnée d e Pedrarias q u i fa fille en mariage. eftoit e n Caftille. Auffi toft après Pedrarias refolut d ' e n u o y e r V a f c o N u nez p o u r ietter les f o n d e m e n s d ' v n e ville d a n s le p o r t à'Acla, o ù eftoit G a b r i e l d e R o j a s , d a n s l e fort qu'auoit Il l'enuoye à f o n d é P e d r a r i a s , & qu'il fift e n forte d e faire f a b r i q u e r Acla. q u e l q u e s brigantins p o u r m e t t r e fur la m e r d u S u d , afin d e d e f c o u u r i r d e c e cofté là les richeffes qu'il croyoit eftre d a n s ces terres là. L ' A d e l a n t a d o V a f c o N u ñ e z fortir d o n c d e D a r i e n a u e c q u a t r e - v i n g t s h o m m e s q u i e f toient g r a n d e m e n t c o n t e n t s d'aller e n fa c o m p a g n i e ; il d e f c e n d i t a u e c v n n a u i r e le l o n g d e la côfte,& trouua la fortereffe fort d é g a r n i e d e m o n d e ,& e n g r a n d e a p p r e h e n f i o n d e s I n d i e n s . Il crea d e s L i e u t e n a n s & d e s Q u a l i t é z de M a g i f t r a t s & i m p o f a à la fortereffe le n o m d e Villa deVafco Nanez, Acla, Elle eft fituée fur la m e r , & a v n port fo fi p r o f o n d , m a i s périlleux p o u r l'abord & p o u r la fortie d e s n a u i r e s , à c a u f e d e s g r a n d s c o u r a n t s . Il o r d o n n a q u e p u i s q u e là à l'entour ii n'y auoit p o i n t d ' I n d i e n s , q u e c h a c u n a u e c les efclaues qu'ils a u o i e n t trauaillaffent eux-mefmes }


104

HISTOIRE

DES

INDES

a u l a b o u r a g e ,& à e n f e m e n c e r les terres, p o u r recueillir d e s grains p o u r leur fubfiftance, p a r c e qu'il eftoit l'vnique pour quelque preuoyance de guerre que ce fuft, & de gouuernement ; & eftoit le premier à donner exemp l e ,& à m e t t r e la m a i n à l ' œ u u r e . C'eftoit v n h o m m e fort & r o b u f t e ,& n'auoit alors q u e q u a r a n t e a n s a u plus. Il eftoit toufiours le p r e m i e r a u traua.il, d e q u e l q u e n a ture qu'il fuft , à l'imitation d e s a n c i e n s C a p i t a i n e s R o m a i n s . D a n s c e m e f m e t e m p s E f p i n o f a arriua là e n r e t o u r n a n t d e la terre d u C a c i q u e P a r i s ; & V a f c o N u n e z c o m m e h o m m e fort h a r d y & e n t r e p r e n a n t , s ' i m a g i n a n t qu'après q u e les foldats d ' E f p i n o f a feroient d e r e t o u r à D a r i e n ,& q u e t o u t l'or auroit efté p a r t a g é e n t r ' e u x , qu'ils n e feroient p a s g e n s à fe tenir l o n g t e m p s oififs,fe m i t clans v n b r i g a n t i n , & s'en alla apres e u x , a u e c i n t e n t i o n d'encirer v n e b o n n e partie p o u r a u g m e n t e r f o n n o m b r e , afin d ' a g r a n d i r fa n o u u e l i e ville , & faire f a b r i q u e r d e s nauires pour la mer du Sud, qui eftoit alors le dernier & principal deffein de tous. Eftant arriue à Darien, PeIl retourne à drarias fe refioùit d e fa v e n u e ,& le traira, félon l'extéDarien, & en rieur, & peut-eftre auffi d a n s l'intérieur c o m m e f o n g e n emmené encore d r e p r é t e n d u ; luy d o n n a d e u x c e n s foldats,& le p o u r deux cens u e u t d e tout c e q u i eftoic neceffaire p o u r f o n v o y a g e » hommes. p u i s s'eftant e m b a r q u é a u e c r o u s ces g e n s d a n s crois p e tics vailfeaux il s'en alla à Acla , o ù eftant arriue il t r o u u a q u e D i e g o d ' A l b i t e z , qu'il a u o i t laiffé p o u r g o u u e r n e r e n fa p l a c e , s'en eftoit allé à l ' E f p a g n o l l e , d e m a n d e r p e r m i f t i o n d e baftir v n vilage à Nombre de Bios , afin q u e d e là il pûft d e f c o u u r i r fur la m e r d u S u d ; c a r t o u s c e u x q u i a u o i e n t a c q u i s d e s richeffes n'afpiroient q u ' à forcir d e f u g e t i o n , d o n t D i e g o d ' A l b i c e z e n eftoit l ' v n , m a i s n ' a y a n t p a s r e n c o n c r é c e qu'il c h e r c h o i t , p a r c e q u e l'on le r e n u o y a à P e d r a r i a s , il freta v n n a u i r e ,& a u e c foix a n c e h o m m e s qu'il c r o u u a il s'en r e c o u r n a à D a r i e n , f e i g n a n t qu'il eftoit forty p o u r c h e r c h e r d e s viures & d e s g e n s , d o n c Pedrarias luy t e f m o i g n a e n receuoir d u c o n c e n c e m e n t , tant d e fon v o y a g e , q u e d e fon retour, parce 1516.


OccIDENTALES,LIVRE

II

105

p a r e e qu'il eftoit h o m m e p r u d e n t & difcret. 15 1 6, A p r e s q u e D i e g o d ' A l b i t e z e u t d e m e u r é là q u e l q u e s iours p o u r fe rafraifchir, il d e m a n d a p e r m i f t i o n à P e d r a - Diego d ' A l b i rias p o u r aller faire v n e c o u r f e à V e r a g u a . M a i s P e d r a - tez, va a l'Efpour rias eut q u e l q u e f o u p ç o n d e la p r e f o m p t i o n d e D i e g o pagnolle au-ir p e r m i f d'Albitez ;& toutefois il n ' e n t e f m o i g n a rien ,& diffion d'aller a f i m u l a toufiours i u f q u e s à c e q u e l ' a p o f t u m e vinft à c r e - Veragua. tier. C e p e n d a n t V a f c o N u ñ e z e n u o y a v n appellé C o m p a ñ o n , n e u e u d e D i e g o d ' A l b i t e z , fur la n u i e r e d e las Balfas, p o u r voir s'il y auoit m o y e n d'y p o u u o i r f a b r i q u e r q u e l q u e s nauires. Il r e t o u r n a ,& dit q u e le lieu eftoit fort p r o p r e p o u r cela ; E t c o m m e il auoit c i n q u a n t e foldats a u e q u e luy, il entreprit ; e n c h e m i n faifant, d'attaq u e r q u e l q u e s C a c i q u e s ; m a i s ils luy refifterent, fans p e r te d'vn cofté n y d'autre ,& s'en r e t o u r n a ainfi qu'il eftoit party à Acla. C e p e n d a n t q u e C o m p a ñ ó n fit f o n v o y a g e , V a f c o N u ñ e z c o m m e n ç a à c o u p e r d u bois p o u r trauailler a u x n a u i r e s , s ' o c c u p a n t à cela , luy & c e u x q u i eftoient a u e q u e luy ; p a r c e qu'entr'autres c h o f e s ii n e t e n o i t i a m a i s fes g e n s oififs, m a i s les faifoit toufiours trauailler, o u p o u r le p u b l i c , o u p o u r le particulier. E n f i n l'on c o u p a & p r e p a r a tout le b o i s neceffaire p o u r q u a t r e brigantins, pour le porter fur la riuiere de las Balfas, & les y équiper & armer. Cependant Bafco Nuñez renu o y a C o m p a ñ ó n a u e c trente N e g r e s , & q u e l q u e s C a f tillans fur le h a u t d e s m o n t a g n e s , d ' o ù les e a u x fe refp a n d o i e n t d a n s la m e r d u S u d , p o u r y baftir v n e m a i f o n , o u c e u x q u i d e u o i e n t p o r t e r i e bois fur l e u r d o s , les a n cres, les c a b l e s& les c o r d a g e s , fe puffent délaifer,& p o u r y c o n f e r u e r d e s v i u r e s , & les c h o f e s neceffaires p o u r leur N u n e z fait deffenfe. L a m a i f o n eftant faite fur le faifte d e la m o n - porter le bois t a g n e , il c o m m e n ç a à faire tranfporter le bois a u lieu o ùde quatre naeftoit la m a i f o n , q u i eftoit efloignée d e d o u z e lieues d e nties pour aller c h e m i n , d e m o n t a g n e s & d e riuieres. C e bois eftoit p o r - a la mer du Sud. té par d e s I n d i e n s qu'ils t e n o i e n t p o u r efclaues. L e s N è gres, q u i eftoient a u n o m b r e d e t r e n t e , e n p o r t è r e n t a u f f i Y n e b o n n e partie, & les Caftillans e n p o r t o i e n t c h a c u n O 2. D e c .


106

1 5 1 6, Nunez,

fait

paffer les feaux mer

vaif

en la du

Sud,

HISTOIRE

DES

I N D E S

f e l o n fa c a p a c i t é . L ' o n n e p e u t p a s croire la fatigue & les t r a u a u x qu'ils fouffrirent à p o r t e r c e b o i s , les ferrem e n s , les a r m e s , & les autres c h o f e s neceffair es p o u r cette affaire,& n o n o b f t a n t t o u s c e s t r a u a u x il n'y m o u r u t a u c u n Caftillan n y N è g r e , m a i s d e s I n d i e n s il e n m o u r u t b e a u c o u p . Il n'y auoit p o i n t d ' h o m m e v i u a n t alors d a n s t o u t e s les I n d e s q u i euft o ü y dire q u e l'on euft ofé iam a i s e n t r e p r e n d r e v n tel o u u r a g e , & le faire reuffir, c o m m efitV a f c o N u n e z , & c'eft c e q u ifitdire a u x e m u l a teurs d e P e d r a r i a s , qu'il l'auoit toufiours t e n u c o m m e captif& fans a u c u n e m p l o y , d e crainte q u e p a r f o n artifice& p a r fa valeur il n'obfcurcift fa gloire.

LES PERES HIERONIMITES

PARTENT

de Caftille, & arriuent à l'Eftagnolle. Iean Bono de Quexo fait Vne courfe en l'Ifle de la Trinité, & ce qui'il y fit. C H A P I T R E

A V T A N T q u e n o u s f o m m e s fur lafind e cette année,il n'eft pas à p r o p o s d'oublier les P è r e s H i e r o n i m i t e s ,& c e q u i eft a r r i u e e n c o r e d a n s le m e f m e t e m p s . C e s b o n s R e l i g i e u x eftant arriuez à S e uille, c r o u u e r e n t v n n a u i r e t o u t preft , d a n s l e q u e l ils s ' e m b a r q u è r e n t , fans m e n e r a u e c e u x l ' I n t e n d a n t d e I u ftice q u i n'y p û t p a s eftre affez à t e m p s p o u r leur tenir c o m p a g n i e ,& les m a r i n i e r s n e v o u l u r e n t p a s n o n plus r e c e u o i r D e las C a f a s , q u i euft efté fort aife d'eftre a u e c les P è r e s ; difant qu'ils n ' a u o i e n t p a s d e s viures fuffifamm e n t p o u r n o u r r i r tant d e m o n d e , n y p o u r les régaler félon leur m é r i t e ; & s'eftant e m b a q u e z d a n s v n autre n a u i r e , les d e u x n a u i r e s partirent t o u t d ' v n t e m p s ,& d e N o u e m b r e . Ils ariuerent à l'Ifle de S . I e a n a u e c v n

D

Les

Peres

Hieronimites s'embarquent pour

paffer

Efpagnotte.

à

XII.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II

107

t e m p s fort p r o p r e , o ù D e las C a l a s auoit e n c o r e e n u i e d e fe m e t t r e d a n s levaiffeau d e s P è r e s H i e r o n i m i t e s p o u r 1516. leur tenir c o m p a g n i e i u f q u e s à l'ifle E f p a g n o l l e . M a i s les Pères f ç a c h a n t bien qu'il eftoit m a l v o u l u d e s p e r f o n n e s feculieres q u i y eftoient, à caufe d e fes partialitez, n e v o u l u r e n t pas qu'il y entrait, ; fi bien qu'il n'arriua à l'Efpagnolle q u e treize iours a p r è s , p a r c e q u e le vaiffeau o ù il eftoit, auoit q u e l q u e c h o f e à faire à Pille d e S. I e a n de Puerto Rico, Icy l'on e u t n o u u e l l e s q u e I e a n B o n o Bifcaïn, h o m m e d e m e r , eftant arriue à Ifle d e la T r i - Iean Bono Bifnité, o ù les p e u p l e s font e n n e m i s d e s C a r i b e s , les h a l'Ifle de la Tri. bitans d e l'Ifle fortirent e n a r m e s p o u r fçauoir quelles rie & déçoit, g e n s c'eftoient. I e a n b o n o leur r e f p o n d i t , qu'ils eftoient les habitant. g e n s d e p a i x ,& qu'ils eftoient v e n u s là p o u r viure a u e c eux. L e s I n d i e n s affez groftiers d ' e n t e n d e m e n t , le c r e u rent ; & c e n'eftoit p o u r t a n t p a s la p r e m i è r e fois qu'ils auoient efté t r o m p e z d a n s d'autres t e m p s par d e f e m b l a bles courfes q u e l'on y auoit faites ; ils s'offrirent n e a n t m o i n s d e baftir d e s maifons p o u r le retirer luy & les fiens, t e f m o i g n a n t eftre fort i o y e u x d e les a u o i r e n leur c o m p a g n i e . L ' o n c o m m e n ç a d o n c à baftir v n e m a i f o n , parce q u e I e a n B o n o n'en v o u l u t pas d a u a n t a g e , l a q u e l le fut faite e n p e u d e iours à leur m o d e , e n f o r m e d e cloche, auec de bons poteaux qui formoient la porte , & de bonnes foliues , car il y a grande abondance de b o i s , & d e b o n ,& fort o d o r a n t d a n s les I n d e s ; il n e leur m a n q u o i r q u e la c o u u e r t u r e , q u i fut faite d e paille. O r cette m a i f o n eftoit fort b i e n faite, & auoit b o n n e a p p a r e n c e e n d e h o r s ; & il y p o u u o i t d e m e u r e r c e n t p e r f o n n e s . C h a q u e i o u r les I n d e n s a p p o r t o i e n t d e s viures a Iean Bono & à fes gens, du poiffon ,du pain, du fruit, & de tout ce qu'ils auoient, & en abondance. Iean non o preffoit fort les I n d i e n s d e couurir la m a i f o n , c e qu'ils faifoient d e b o n n e v o l o n t é & fort g a y e m e n t . C o m m e elle eftoit defia à la h a u t e u r d e d e u x eftages, e n forte q u e c e u x d e d e d a n s n e p o u u o i e n t pas voir c e u x d e d e n o r s ; l e a n B o n o c o n u o q u a la plufpart d e c e u x d u vilage,

O IJ


108

H I S T O I R E

DES

INDES

h o m m e s & f e m m e s s , l e plus qu'il p û t , & lesfitentrer en m a i f o n p o u r voir f é l o n c e qu'il leur faifoit e n t e n d r e , q u e l q u e c h o f e qu'ils feroient fort aifes d e voir. Il y e n e n t r a b i e n q u a t r e c e n s ;& c o m m e ils f u r e n t tous d e dans, l e a n B o n o affiegea la maifon a u e c fes g e n s , q u i p o u u o i e n t eftre e n u i r o n foixante m a r i n i e r s ,& l u y - m e f m e , auec v n e partie d e fes g e n s fe m i t à la p o r t e c h a c u n l'ef p é e n u ë à la m a i n , difant qu'ils ne bougeaffent de la, ou qu'il les tuéroit. O r q u o y q u e les I n d i e n s viftent les efp é e s n u e s d e u a n t e u x , ils n e laifferent p a s d e faire v n g r a n d effort à la p o r t e , n ' a p p r é h e n d a n t p o i n t d e f e m e t tre a u m i l i e u d e ces efpées p o u r fe f a u u e r ; m a i s l e a n B o n o & lesfiensleur d o n n a n t d e f u r i e u x c o u p s d ' e f t r a m a eon, les empefchoient tant qu'ils pouuoient de fortir, & ceux qui n'ofoient fortir pour la crainte des armes ou d'eftre t u e z , o u e f t r o p i e z , d o n t il y e n a u o i t c e n t q u a tre-vingt c i n q q u i faifoient d e s cris effroyables, f u r e n s liez& m e n e z a u n a u i r e ; puis a y a n t hauffé les voiles il s'en alla à l'ifle d e S. l e a n , o ù les P è r e s H i e r o n i m i t e s le trouuerent a u retour d e fon v o y a g e . C e s P è r e s a r r i u e r e n t d o n c à S a i n t D o m i n i q u e le 1 0 , iour d e D é c e m b r e , & allèrent l o g e r a u M o n a f t e r e d e S a i n t F r a n ç o i s ,& ils r e m a r q u è r e n t q u e s'eftant t r o u u e z cette n u i t d a n s le c h œ u r p e n d a n t les m a t i n e s , qu'ils f u e r e n t , c o m m e s'ils euffent efté e n E u r o p e p e n d a n t les iours caniculaires ,& q u ' e n trois iours qu'ils v e f c u r e n t a u e c les P è r e s d e S a i n t F r a n ç o i s , ils leur baillèrent d e s raifins f r a i f c h e m e n t cueillis ,& d e s fig u e s d e leur j a r d i n . D e c e M o n a f t e r e , ils allèrent e n la m a i f o n d e C o n t r a c t a t i o n . L ' A u d i e n c e & les Officiers R o y a u x f u r e n t fort furpris d e leur a r r i u é e , car ils n e les a t t e n d o i e n t p a s fi toft. Ils d e m a n d è r e n t aux P è r e s la c o m m u n i c a t i o n d e leurs d é p e f c h e s , ce qu'ils firent, & f u r e n t i n c o n t i n e n t o b é i s . O r q u o y qu'ils t r o u u e r e n t q u e l q u e altération p a r m y le p e u p l e , p a r c e qu'ils a u o i e n t defia fçeu p a r d e s lettres qu'on l e u r a u o i c

1 516 . fa

Perfidie de Iean Bono Bif cain.

Les Religieux de S. Hierof me arriuent à l'Efpagnolle.

enuoyées, que ces Pères alloient ofter les Indiens à


OCCIDENTALES,LIVRE

II.

109

c e u x qui e n a u o i e n t , ils fe p l a i g n o i e n t d e ce q u e ce d é 1 5 1 6. tordre eftoic arriue p a r la fauce d e l ' A l c a y d e Tapia. L e s Ils réprimanP è r e s firent appelier cét A l c a y d e , & le r é p r i m a n d è r e n t , dent Tapia. & c o m m e celuy-là f o u p ç o n n a q u e cela v e n o i c d e la parc d e q u e l q u ' a u t r e q u i l'auoit dit a u x P è r e s , il luy dit d e s iniures ; à caufe d e q u o y ils le c o n d a m n è r e n t à dix p o i d s d'or,& d e f u f p e n f i o n d e fa c h a r g e . Il eftoit l u g e d e police. E n fuitte d e cela , les P è r e s c o m m e n c è r e n t à s'inform e r d e l'ifle, d e la qualité d e s I n d i e n s , d e s c h o f e s q u e le P e r e d e las C a f a s auoit r a p p o r c é e s , & agirent e n c o u res f a ç o n s a u e c b e a u c o u p d e p r u d e n c e . D a n s ce m e f m e t e m p s auffi les P r o c u r e u r s d e l'Ifle d e Cuba, r e t o u r n e - Ordre pour r e n t , a u e c o r d r e , que lors que quelqu'un viendrait de

l'Ifle l'Iflede

Cuba,

de Cuba en ces Royoumes auec permifion, les Indiens qu'il auroit ne luy fuffent pas oftez,

pendant

que le temps de fa

permifion dureront ; Que l'on o u u r i f t les chemins , & que les debtes de la fonte de l'or fe recouuraffent peu a peu ; Que l'on fist une autre maifon

pour la fonte dans v n lieu plus

proche , afin que les habit ans Que pres

neuffent pas fi loin à aller;

cependant que les villes n'auoient point de biens proQue

tous les habit ans

contribuaffent aux frais des af-

faires publiques , & pour plufieurs autres inconueniens qui dépendaient du bon gouuernement de l'Ifle.

VASCO

NVNEZ

DE

BALBOA

paffe auec fes nauires à la grande Ifle des Perles, C H A P I T R E

XIII.

O V R p o u r f u i u r e l'Hiftoire d e la terre f e r m e , n o u s d i r o n s d o n c q u e le bois d e s vaiffeaux eft- A N N E E t a n t tranfporcé à la riuiere d e las Balfas , p a r c e 1517. qu'il n'y e n auoit q u e p o u r d e u x b r i g a n t i n s ,& qu'il e n faloit encore préparer pour deux autres, l ' A d e l a n t a d o

O iij


110 1

5

1

7.

HISTOIRE

DES

INDES

diuifa t o u s fes g e n s , tant C a f t i l l a n s , N è g r e s , q u ' i n d i e n s , e n trois c o m p a g n i e s ; à la p r e m i è r e , il o r d o n n a d é c o u p e r & fier le bois ; à la f é c o n d e qu'elle c h a naft les f e r r e m e n s , les d o u x les cables,les c o r d a g e s & autres i n f t r u m e n s , d o n t il y a d ' v n e m e r à l'autre v i n g t - d e u x lieues d e trauerfe ;& à la troifiefme , d'aller c h e r c h e r d e s viures p o u r e u x & p o u r tous les autres. M a i s il leur arriua v n e d i f g r a c e q u i les d é g o u f t a fort ; q u i fut q u e le b o i s p o u r a u o i r efté c o u p p é d a n s v n e terre fort p r o c h e d e la m e r q u i eft falée , il eftoit i n c o n t i n e n t v e r m o u l u ; e n q u o y leur trauail à le c o u p e r , à le p r é p a r e r ,& à le tranfporter , q u i eftoient d e s t r a u a u x i n c o n c e u a b l e s , l e u r fut inutile. M a i s n o n o b f t a n t t o u t cela V a f c o N u ñ e z n e perdit p o i n t c o u r a g e , p a r c e qu'il y a p p o r t a v n p r o m p t r e m e d e , q u i fut d e c o u p p e r auffi toft d u bois le l o n g d e la riuiere ; puis l'ayant fait tailler& ajufter , c o m m e ils c o m m e n ç o i e n t à p r e n d r e leurs m e f u r e s p o u r trauailleraux brigantins , il furuint v n e fi g r a n d e a b o n d a n c e d'eau q u i d e f c e n d o i t d e s m o t a g n e s d a n s la riuiere, qu'elle d é b o r d a & i n o n d a t o u t le plat pais , & e n t r a i n A p a r c e m o y e n v n e partie d u bois ,& l'autre partie d e m e u r a e m b o u r b é e d a n s la vafe , car l'eau a u o i t m o n t e i u f q u e s à d e u x e f t a g e s ,& les g e n s q u i eftoient là n e t r o u u e r e n t p o i n t d'autre r e m e d e p o u r f a u u e r leur v i e , q u e d e m o n t e r fur les a r b r e s ; e n c o r e n'y eftoientils pas e n a f f e u r a n c e . I c y V a f c o N u ñ e z fe t r o u u a b i e n e m b a r a i f é , v o y a n t q u e t a n t d e difficultez & d'obftacles s ' o p p o f o i e n t à fes deffeins ; ils'en vouloit r e t o u r n e r à t o u t d é c o n f o r t é qu'il eftoit, & c e q u i le c o n t r a i g n o i t e n c o r e d a u a n t a g e à le v o u l o i r faire , eftoit la neceffité d e viures o ù ils eftoient, p a r c e q u e c e u x d e la troifiefme c o m p a g n i e q u i a u o i e n t c h a r g e d ' e n a p p o r t e r n e paroiffoient p o i n t ,& c e fujet f u t l'vne d e s p r e u u e s d e l ' a d m i rable c o n f t a n c e d e la n a t i o n E f p a g n o l l e ,& d e f a p a t i e n . c e d a n s les t r a u a u x tant d e l'efprit q u e d u c o r p s .

Ordre de Nuñe pour la fa • briquedes vaiffcaux.

d'Acia,

Dîuers obftacles en la fabrique des vaiffeaux.

Acla

D a n s cet interuale F r a n ç o i s C o m p a ñ ó n s'offrit p o u r paffer la riuiere , & c h e r c h e r d e s viures ; & p o u r


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II.

111

cet effet ils firent v n p o n t a u e c d e s foliues liées & attachées d e b o u t e n b o u t ,& à cofté a u e c d e certains 1517. liens q u e d e s n a g e u r s a c c o m m o d è r e n t , & nonobftant tout cela, foit q u e le bois e n f o n ç a f t , o u a u t r e m e n t , il y e n eut tel q u i auoit d e l'eau îufqu'à la c e i n t u r e ,& d ' a u tres iufques à l'eftomac. V a f c o N u n e z n e viuoit p a s m o i n s r é g u l i è r e m e n t q u e les a u t r e s , c a r il n e m a n g e o i t q u e d e s racines, & p a r la l'on p e u t coniecturer c e q u e p o u u o i e n t faire fes g e n s . E n f i n il refolut d e r e t o u r n e r à Acla n o n p a s fuiuant f o n p r e m i e r deffein, m a i s p o u r Nunez, repouruoir d e v i u r e s , & d e foldats Caftillans, a u cas qu'il tourne à Acta. e n fuft a r r u é d e s lfles,ou d e D a r i e n m a i s c o m m e il n ' e n eftoit p a s arriue, il e n u o y a H u r t a d o à D a r i e n p o u r e n leuer d e s a n c r e s& d e s c o r d a g e s a u e c le plus d e diligence qu'il pourroit. Auffi toft après F r a n ç o i s C o m p a n o n retourna auec quantité d'Indiens chargez de viures; & Hurtado retourna auffi de Darien auec foixante foldats q u e luy e n u o y o i t P e d r a r i a s ,& les autres c h o f e s q u e N u n e z luy auoit d e m a n d é e s ; Si b i e n q u e p a r ces f e c o u r s qui vinrent allez à t e m p s , V a f c o N u n e z r e c o u u r a d e Il reuient à la nouuelles forces. Il r e t o u r n a à la riuiere d e las Balfas, riuiere de las a u e c toutes les c h o f e s neceffaires p o u r p o u r f u i u r e la fa- B a l f a s , & pafbrique d e fes nauires ;& a u e c d e s t r a u a u x tout extraor- fe auec fes vaiffeaux dans dinaires ,& d e faim. Il e n a c h e u a enfin d e u x , lefquels la grande Ifle eftant e x p o f e z e n m e r il lesfité q u i p e r d e tout c e qu'il des Perles. faloit p o u r n a u i g e r . Il fe m i t d e d a n s a u e c les Caftillans q u i y p u r e n t e n t r e r ,& prit la routte d e la g r a n d e Ifle des perles ;& c e p e n d a n t q u e les autres a c h e u o i e n t les autres b r i g a n t i n s , il trauailla fort & f e r m e à a m a f f e r d e s viures d a n s cette Ifle a u t a n t qu'il e n p û t a u o i r , à deffein d'affuiettir les h a b i t a n s par la f a i m ,& p o u r fuftanter f o n a r m é e p e n d a n t qu'il feiourneroit là. C e p e n d a n t q u e V a f c o N u n e z eftoit o c c u p é à c e l a , il reçeut v n e lettre d e D i e g o d e D e ç à A r c h e u e f q u e Lettre de d e Seuille, q u i auoit feruy b e a u c o u p à la p r e m i è r e d e f - l'Archeuefque c o u u e r t e d e s I n d e s , eftant alors G o u u e r n e u r d u P r i n - de Seuille ce D o n I e a n , par laquelle il luy m a n d o i t , qu'il auoit api Nunez.


112

15 1

7.

HISTOIRE

DES

INDES

pris qu'il auoit defcouuert la mer du S u d , & qu'il s'affurast que s'il continuoit a defcounrir la terre vers le Ponant, il rencontrerait des Indiens auec des lances, & des armures de corps ; mais que s'il allot versl'oriantil rencontrerait de grandes richeffes & force troupeaux ae beftail. C o m m e t o u tes c h o f e s furent p r é p a r é e s V a f c o N u n e z c o m m e n ç a à n a u i g u e r vers la terre f e r m e d u collé d e l'Orient a u e c plus d e c e n t h o m m e s , p a r c e q u e les I n d i e n s captifs qu'il auoit, luy difoient qu'il y auoit b e a u c o u p d'or d e c e cofté là, q u i fut la troifiefme n o u u e l i e , o u i n d i c e , d e la g r a n d e u r d e s richeffes d u P e r o u . N a u i g e a n t d o n c vers v n p o r t , qu'ils appelioient C a p o u p o i n t e d e P i n a s à vingtc i n q lieues, q u e l q u e p e u plus, a u d e l à d e la p o i n t e o u c a p d u golfe d e S . M i c h e l , ils t r o u u e r e n t g r a n d n o m b r e d e b a l e n e s q u i paroiffoient c o m m e le c a p d e P i n as,& qui alloient b i e n a u a n t e n m e r . L e s m a r i n i e r s a p p r e h e n d o i e n t fort d e s'en a p p r o c h e r , à caufe q u e le i o u r finiffoit ; ils arriuerent à v n autre c a p , e n i n t e n t i o n d e p r e n d r e leur routte le iour eftant v e n u ;& d'autant qu'ils a u o i e n t le v e n t c o n t r a i r e , V a f c o N u n e z refolut d'aller a b o r d e r à la terre d u C a c i q u e chicama, p o u r v a n g e r la m o r t d e s Caftillans, q u e G a f p a r d d e M o r a l e s auoit a u e q u e luy. L e s I n d i e n s s'affemblerent e n a r m e s p o u r leur refifter ; m a i s les Caftillans fe f i r e n t b i e n toft iour a u e c leurs efpées, & les m i r e n t tous e n d é r o u t e & fe r e n d i r e n t p a r c e m o y e n maiftres d e la c a m p a g n e .

VASCO


OCCIDENTALES,

VASCO

NVNEZ

L I V R E II

ENVOYE

113

LE

Capitaine Gàrabito à Darien. lean de Tabira arme pour le Temple du Dieu Dobayba.LeLicencié Effinofa va a Vne autre defcouuerte. C H A P I T R E

V

Asco

XIV.

N u n e z e f t a n t f o r t y d e la terre d u C a c i -

q u e chicamà , r e t o u r n a à la riuiete d e las Bal- 1517. fas,& fit c o u p e r d u b o i s ,& p r é p a r e r d e s vaiffeaux : m a i s le fer, la p o i x & les autres c h o f e s neceffaires luy m a n q u o i e n t p o u r les a c h e u e r ; & p o u r cet effet il e n u o y a à Acla, E t d'autant q u ' e n c e temps-là l'on e u t nouuelles q u ' v n G e n t i l - h o m m e d e C o r d o u ë , appelle L o p e d e S o f a , auoit efté c r é é G o u u e r n e u r d e la terre f e r m e , & qu'il v e n o i t e n p r e n d r e poffeffion , V a f c o N u n e z v o u l u t fçauoir quelles n o u u e l l e s l'on auoit d e f o n arriuée , p a r c e q u ' e n oftant le G o u u e r n e m e n t à Pedrarias f o n b e a u - p e r e , il iugeoit p a r là q u e l'on l u y ofteroit auffi à luy la pourfuitte de f o n entreprife , & les nauires qu'il auoit e u tant d e p e i n e à faire conftruire, & les d o n n e r à c e u x q u i v e n o i e n t a u e q u e luy ; fi b i e n qu'eftant d a n s cette a p p r e h e n f i o n ,& s'entretenant v n e nuit a u e c v n certain V a l d e r r a b a n o ,& V n C l e r c , a p pelle R o d r i g u e P e r e z , il leur dit,Q u e depuis le temps que Von auoit parlé de ce nouueau Gouuernement, la pr'ouifion de Lope de Sofa deuoit eftre arriuée & queficela eftoit & que ce changement fe fist Pedrarias mon Seigneur nauroit plus le Gouuernement ; qu'ainfi nous demeurerions nous autres fruftrez de nos pretenfions, & que tous les trauaux que nous auons foufferts pour paruenir à ce point, feroient enfeuelis dans l'oubly. C'eft pourquoy pour auoir vne parfaite connoiffance des chofes qui nous font vtiles , ie fuis d'auisquele Capitaine François Garabito aille à la ville d'Acla

L'on a auis que Lope de Sofa va pour gouuerner la terre ferme.

Raifonnèment de Nunez, fur cefujet.

2. D e c .

P


114

HISTOIRE

DES

INDES

pour auoir du fer , de la poix , & autres chofes qui nous manquent, & qu'il s'enquefte fi de Sofa eft arriue ; que s'il eft arriue il s'en reuienne, & nous autres acheuerom ces nauires comme nous pourrons , & continuerons noftre deffeint & quelque chofe qui nous arriue , il efl très-certain que celuy qui gouuemera nous receura de bonne volonté parce que nous l'ayderons & le firuirons. Mais que fi le Gouuernement demeuroit touftours entre les mains de Pedrarias m o n Seigneur , nous luy ferons connoistre l'estat auquel nous demeurons ; & ainfi nous partirons pour faire noftre voyage, lequel i'efpere en Dieu qu'il nous fuccedera félon noftre defir & noftre bonne intention. L ' o n dit q u e c o m m e V a f c o Nunez fie ce raifonnement, il commença à pleuuoir, & que la fentinelle qui eftoit en faction fe recira au deffous d e la m a i f o n o ù V a f c o N u n e z eftoit p o u r fe m e t t r e àc o u u e r t , lequel e n c e n d i c c e qu'il auoit dit, q u i eftoit D e continuer fon voyage auec les nauires, fans auoir e n t e n d u les aucres paroles q u i a u o i e n t p r é c é d é , n y à q u e l le i n t e n t i o n elles auoienctefté dites ; & s ' i m a g i n a n t qu'elles n e t e n d o i e n t q u ' à f e c o ü e r le i o u g d e P e d r a r i a s , il n e fit p a s f e m b l a n t d e rien, & attendit le t e m p s p r o p r e p o u r e n aduertir P e d r a r i a s . C e p e n d a n t la refolution d e V a f e o N u n e z fut a p p r o u v é e p a r V a l d e r r a b a n o & p a r P e r e z ; & p o u r e n venir à l'execution, ils appellerent a u e c e u x G a r a b i t o p o u r eftre d e la partie, l e q u e l partit auffi toft p o u r aller à Acla, & prit a u c q u e luy q u a r a n c e foldats o ù eftant arriue, & v o y a n t q u e L o p e d e S o f a n'eftoit pas Nunez, enuoye v e n u , il s'en alla à D a r i e n ; E t c e n e fut pas p e u d e c e q u e le bruit c o u r u t d e la v e n u e d e L o p e d e S o f a d a n s les Garabito à Pedrarias. I n d e s a u a n t fa c o m m i f f i o n ; p a r c e q u e c o m m e il eftoit G o u u e r n e u r e n C a n a r i e il s'écoula d u t e m p s c e p e n d a n t q u e l'on luy e n d o n n o i t aduis ,& p o u r e n a u o i r fa r e f p o n f e . O r lors q u e V a f c o N u n e z fortit la d e r n i è r e fois d' Acla p o u r paffer à la riuicre d e las Balfas, l'on tient q u e Garafeito auoit eferit à Pedrarias, & qu'il luy auoit m a n d e q u e V a f c o N u n e z auoit q u e l q u e deffein d e fe f o u l e u e r , & d e f e c ô u e r le i o u g d e f o n Obeïffance. D e forts 1517.

La fentinelle entend le def fein deNunez.


O C C I D E N T A L E S , LIVRE

II

115

que comme Pedrarias auoit defia l'efprit préoccupé , & comme rebuté de fes actions , il ne falut pas apporter 1517. b e a u c o u p d'artifice p o u r luy faire croire c e qu'il e n auoit appris, ainfi q u e le t e m p s le d o n n a à c o n n o i f t r e e n c o r e plus p a r t i c u l i e r e m e n t , p a r c e q u ' e n efcriuit G a r a b i t o d e V a f c o N u n e z , c o m m e n o u s le v e n o n s d e dire, e f t a n t e n p i q u e c o n t r e luy, & offenfé d e c e qu'il l'auoit mal-traité d e paroles, c o n n u e n o u s a u o n s defia d i t c y - d e u a n t , à c a u f e d e l'Indienne q u e le C a c i q u e C a r e t a luy auoit d o n n é e , q u i eft v n e C h o f e i n f u p p o r t a b l e à v n h o m m e d ' h o n neur. A p r e s q u ' E f p i n o f a fut r e u e n u d e la deffaite d u C a c i q u e Paris, le F a d e u r l e a n d e T a b i r a , c o n u o i t e u x d e s ri- &deTabicheffes q u e l'on difoit eftre d a n s le T e m p l e d e l'Idole d e D o b a y b a , d e m a n d a p o u r r e c o m p e n f e à Pedrarias l a c o n duite d e cette d e f c o u u e r t e ; c e q u i l u y a y a n t efté a c c o r d é , il fit f a b r i q u e r trois fuftes,& acheter quantité d e canos de c e u x des habitans d e D a r i e n , p o u r rencontrer la grande riuiere où l'on difoit qu'eftoit ce Temple; & pour furuenir à cette defpence il n'y employa pas fon bien f e u l e m e n t , m a i s e n c o r e c e l u y d u R o y , qu'il tira d e fes coffres. P o u r é q u i p e r cette flotte il prit c e n t foixante Caftillans& q u a n t i t é d ' I n d i e n s , & m o n t a c o n t r e le c o u rant d e l'eau, n o n fans g r a n d e difficulté, à c a u f e q u e cette riuiere eft fort rapide. L e s I n d i e n s d e D o b a y b a q u i a noient e u auis d e cela fe m i r e n t fur leurs g a r d e s , & fortirent d a n s trois c a n o s fort g r a n d s , qu'ils m i r e n t a u traders d e la riuiere,puis a t t a q u a n t les Caftillans a u d é p o u r v u , ils e n tuèrent v n ,& e n blefferent plufieurs e n v n m o m e n t . L e s Caftillans q u i eftoient d a n s les c a n o s v o y a n t cela , fe retirèrent à l'abry d e s fuftes o u brigantins ; & n e a n t m o i n s v o u l a n t paffer o u t r e ils refolurent q u ' v n e partie d e s foldats iroit par terre; m a i s la riuiere vint à croiftre d e telle f a ç o n par la q u a n t i t é d e pluyes q u i eftoient t o m b é e s d a n s les m o n t a g n e s , qu'elle auoit furpaffé d e b e a u c o u p fes b o r n e s , & d e telle forte q u e plufieurs arbres n e paroiffoient plus ; S i b i e n q u e le c a n o d a n s p ij

ra arme pour aller au Templededobayba


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HISTOIRE

DES

INDES

l e q u e l eftoit le F a d e u r , p a r m a l h e u r vint à t o u c h e r d u f 1 517. o n d fur l'vn d e ces arbres q u i s'eftoit e n f o n c é , q u i le r e n u e r f a ; d e forte q u e le Vificeur I e a n d e B i r ù e s , & le F a c t e u r , fe n o y e r e n t fans q u ' o n les pûft fecourir, & il n'y eut q u e c e u x q u i f ç a u o i e n t n a g e r qui fe f a u u e r e n t . L e s Caftillans efleurent à la place d u C a p i t a i n e , F r a n ç o i s Piz a r r o , p o u r les g o u u e r n e r , p a r c e qu'il eftoit e x p e r i m e n Pizarro. té e n toutes fortes d e c o m b a t s , & fort p r u d e n t p o u r la c o n d u i r e d e s gens d e g u e r r e , lequel les r e m e n a à D a rien fans courir a u c u n e rifque. Pedrarias fut fort touc h é d e cette p e r t e , & n e a n t moins il tafchoit p a r v n gén é r e u x c o u r a g e d e c o n f o l e r fes g e n s , & leur dit qu'ils n e fe miffent p o i n t e n p e i n e , & qu'il leur d o n n e r o i t p o u r C a p i t a i n e F r a n ç o i s P i z a r r o , afin qu'ils allaffent à la pourfuite d u C a c i q u e Abrayme , d ' o ù ils tireroient tant d e c o m m o d i t e z , qu'elles feroient c a p a b l e s d e r e m é d i e r à leurs neceffitez. Q u e l q u e s - v n s fe c o n c e n c e r e n t d e ces p a r o l e s , & a c c e p c e r e n t c e p a r t y ; les autres r e b u t e z d e tant d e c r a u a u x n'y v o u l u r e n t p o i n t e n c e n d r e . C e p e n d a n t F r a n ç o i s Pizarro n e laiffa pas q u e d e partir, & alla par cerre d a n s ta S e i g n e u r i e d'Abraymen, ainfi qu'il a u o i t fait d a n s les aucres c o u r f e s ; la terre eftoit en t r o u b l e , c e q u i fut c a u f e qu'ils n e t r o u u e r e n t n y o r , n y g e n s , n y m e f m e d e q u o y viure , d o n c ils e n d u r è r e n t b e a u c o u p d e f a i m , ils f u r e n t o b l i g e z d e m a n g e r fept c h e u a u x qu'ils a u o i e n t m e n e z a u e c e u x p o u r s'en feruir à leur r e t o u r à D a r i e n , o ù ils f u r e n t contraints de r e u e n i r a u e c b e a u c o u p d e trifteffe & d e fafcherie. Q u e l q u e s iours après D i e g o d ' A l b i t e z arriua a u e c g r a n d e a b o n d a n c e d'or , & q u a n t i t é d'Efclaues, qu'il prit e n la côfte d e N o m b r e de Dios, & d e s p r o u i n c e s d e chagre & de Veragua. D'ailleurs E f p i n o f a défirant s'exercer d a u a n t a g e a u x a r m e s q u ' à la fcience d e s Lettres à p e i n e eftoit-il d e reAutre defcou- t o u r d e l'entreprife d o n t n o u s a u o n s parle cy-deuant,qu'il nerte que faitp e r f u a d a à P e d r a r i a s d e luy d o n n e r la permiffion d e reEfpinofa. t o u r n e r à la d e f c o u u e r t e d'autres n o u u e l l e s terres felon q u e Vafco Nunezl'auoitpremedicé. Il fit d o n c v n e l o n -

Les foldats¡ éli. fent pour Capitaine Francois


O C C I D E N T A L E S ,

L I V R E II

117

gue courfe, & d é c o u u r i t , felon que l u y - m e f m e le r a p p o r t e d a n s fes M é m o i r e s , cette fois là plus d e q u a t r e c e n s lieues d e côfte p a r la m e f m e routte. Il p e u p l a Nata, q u i fut la p r e m i è r e habitation q u e des Caftillans édifièrent e n la côfte d u S u d . C o m m e toutes ces c h o f e s fe paffoient fur la fin d e l'année, il ne fera p a s h o r s d e p r o p o s a u a n t q u e d e paffer o u t r e , d e dire c e q u e faifoient les P è r e s H i e r o nimites d a n s l ' E f p a g n o l l e .

LES PERES

1 5 17.

HIERONIMITES

arrivent a l'efpagnolle & donnent ordre a beaucoup de chofes fort louables. De las Cafas accufe criminellement fe Iuges de l'Efpagnolle. CHAPITRE

XV.

L

E s P è r e s eftant a r r i u e z e n l'ifle d e S. D o m i n i q u e , c o m m e n c è r e n t à v o u l o i r connoiftre d e s affaires q u i fe p a f f o i o n t d e cette terre,& s'en i n f o r m e r par toutes fortes d e m o y e n s , afin d e voir c o m m e n t ils e x e cuteroient leurs C o m m i f f i o n s . Ils c o m m u n i q u è r e n t prem i è r e m e n t a u e c les l u g e s d e l ' A u d i e n c e ,& informèrent c o n t r e P a f f a m o n t e ,& c o n t r e t o u s les Officiers R o y a u x . Ils traitèrent e n particulier a u e c plufieurs a n ciens habitans d e la terre. Ils v o u l u r e n t connoiftre c e u x qui eftoient le plus e n credir,& d o n t ils efperoient tirer plus d e l u m i è r e& d e vérité. Ils c o n u e r f e r e n t a u e c d i uers R e l i g i e u x ,& e f c o u t e r e n t fur tout le P e r e d e las Ce que firent Cafas. E n f i n ils firent toutes les diligences poffibles p o u r les Peres Hien e rien oublier d e s c h o f e s q u i leur eftoient r e c o m m a n - ronimites en ees.Et p r e m i e r e m e n t , ils ofterent& r e t r a n c h è r e n t les entrant dans I n d i e n s q u i a u o i e n t efté p a r t a g e z p o u r les a b f e n s , & l'Efpagnolle. o r d o n n è r e n t q u e p o u r c e u x q u i eftoient prefens , ils fe feruiffent d e s I n d i e n s c o m m e p a r le paffé , e n leur e n e h a r g e a n t fur tout d e les bien traiter, p o u r appaifer le

P iij


118 15 1 7 .

HISTOIRE

DES

INDES

t r o u b l e qui eftoit d a n s rifle. Ils d o n n è r e n t v n o r d r e f o r t exact p o u r leur c o n u e r f i o n . P o u r ce q u i eftoit des par tages d ' I n d i e n s , q u a n t a u x l u g e s& Officiers R o y a u x , ils n ' e n v o u l u r e n t rien o r d o n n e r p o u r lors - p o u r cuiter le fcandale , afin d'aller toufiours p e u à p e u a u x r e m è d e s les plus i m p o r t a n t s& les plus neceffaires ;& où il y auoit d e plus g r a n d e s difficulcez à d é c i d e r . M a i s le P e r e d e las C a f a s q u i brûloit d ' i m p a t i e n c e d'abolir les partages d ' I n d i e n s e n g e n e r a l , perfecutoit les P è r e s i n c e f f a m m e n t fur c e p o i n t , i u f q u e s a e n v e n i r a u x m e n a c e s ; p a r c e qu'il s'eftoit f o r m é d a n s l'efprit, q u e c e feroit la p r e m i è r e c h o f e qu'ils feroient e n e n c r a n t d a n s l'Ifle ; & q u o y qu'il agift e n cela p a r v n b o n zele , il n e confideroit pas d'ailleurs q u e cette paffion trop affectée l u y p o u r r o i t caufer d u d o m m a g e ; c'eft p o u r q u o y il fe tetiroit d e nuit d a n s le M o n a f t e r e d e Saint D o m i n i q u e , p a r c e qu'il n'auroit p a s efté e n a f f e u r a n c e ailleurs. L e s Pères H i c r o n i m i c e s , qui c o m m e n o u s v e n o n s d e dire c y - d e u a n t , c r o u u o i e n t d e g r a n d e s difficulcez e n c e qu'ils d e u o i e n c faire, citant plus p o c e z p o u r la faluation d e s a m e s qu'à la c o n f e r u a t i o n d e leurs p e r f o n n e s , refolurent enfin qu'il n'eftoit p a s à p r o p o s d e laiffer les I n d i e n s e n leur liberté , p a r c e qu'ils r e c o n n o i f f o i e n t defia b i e n p a r e x p é r i e n c e , & p a r les a d u i s q u ' o n leur e n d o n n o i t , q u e leur inclination eftoit fi m a u u a i f e qu'ils n e feroient ï a m a i s g r a n d f r u i t e n la F o y , s'ils n'eftoient maiftrifez. L e s P è r e s D o m i n i q u a i n s infiftoient àl ' e n c o n t r e ;f u r q u o y les P è r e s H i e r o n i m i t e s a y a n t fait v n e exacte inform a t i o n tant e n p u b l i c q u ' e n fecret, ils i u g e r e n t q u e f i o n laiffoit viure les I n d i e n s d a n s leur liberté,ils n e f e r o i e n t p o i n t d e cas d ' e m b r a f f e r les b o n n e s inftructions, n y s'affuiettir a u x louables c o u f t u m e s d e s C h r e f t i e n s , p a r c e q u e c o m m e ils eftoient e n c l i n s a u m a l d é s leur naiffanc c , ils fuy oient la c o n u e r f a t i o n d e s Caftillans tant qu'ils p o u u o i e n t ,& p e r f e u e r o i e n c t e l l e m e n t d a n s l'oifiueté, q u e v o y a n t le p e u d e fruit qu'ils tiroient d e la d o c t r i n e .

De las Cafas follcite les Pe res Hieronimites.

Les Indiens ne fennent eftre inftruits en la Foy en viuant dans leur liberté.


O C C I D E N T A L E S , LIVRE

II

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p a r í a foibleffe d e leur m é m o i r e , fans autre caufe q u e d u feul dépiaifir qu'ils a u o i e n t d ' a p p r e n d r e la d o c t r i n e 1 517. C h r e f t i é n n e ,& les b o n n e s c o u f t u m e s , ils s'enfuyoient d a n s les m o n t a g n e s . Plufieurs R e l i g i e u x e u r e n t o p i n i o n Opinions de q u e ces g e n s - l à n'eftoient pas d e s h o m m e s naturels, n yquelques Reliqu'ils n'auoient pas la c a p a c i t é n y le i u g e m e n t d e p o u - eux contre uoir d i g n e m e n t receuoir le S. S a c r e m e n t d e l'Autel , n y les Indiens. m e f m e d'embraifer les p o i n t s d e la R e l i g i o n C a t h o l i q u e . E t n e a n t m o i n s les P e r e s H i e r o n i m i t e s c h e r c h e r e n t t o u tes fortes d e m o y e n s p o u r les réduire à la F o y , & les faire d é c h a r g e r d e s oppreiffons qu'ils fouffroient-, les r e c o m m a n d a n t a u x a n c i e n s h a b i t a n s , g e n s d e b i e n ,& qui auoient d e l'affection p o u r e u x ; e n forte q u e p o u r les réduire à s'habituer d a n s les vilages a u e c les C h r e f t i e n s ils les e f p r o u u e r e n t par toutes fortes d e d o u c e u r s i m a g i nables ; E t q u a n t a u x r e c o m m a n d a t i o n s , afin q u e c e u x fous la protection d e f q u e l s ils eftoient les traitafient b i e n , les Peres firent publier les vieilles O r d o n n a n c e s , afin qu'elles fuifent g a r d é e s & o b f e r u é e s , f o u s d e g r a n d e s peines,& q u i feroient e x é c u t é e s fans a u c u n er e m i f f i o n; ayant b e a u c o u p plus d ' é g a r d a u reftabliffement & b e n e fice des I n d i e n s , q u ' a u profit d e s p e r f o n n e s particulières. Il arriua d a n s c e m e f m e t e m p s q u e les I n d i e n s f u r e n t attaquez d e la v é r o l e ,& t e n o i t - o n q u e cela v e n o i t d e Les Indiens leur f r é q u e n t a t i o n a u e c les Caftillans, q u o y q u e cela a t t a q u e z de la n e fuft pas véritable ; p a r c e q u e l'on r e c o n n u t d e p u i s q u e v é r o l e . ce m a l eft ordinaire entr'eux e n d e certains temps-, c e q u i efcheut e n cette a n n é e , & e n la f u i u a n t e , p e n d a n t lefquelles le m a l a u g m e n t a d e telle forte qu'il e n m o u r u t vn n o m b r e i n c r o y a b l e d a n s t o u t e s les Ifles, p a r c e q u e leur lafcheté & la débilité d e leur c o m p l e c t i o n eftoit d e telle n a t u r e , q u e q u e l q u e m a l qu'il leur furuinft,ils d e fefperoient d e leur falut,& p e r d o i e n t auffi toft c o u r a ge. L e s P è r e s H i e r o n i m i t e s c e p e n d a n t n e laiffoient pas L'on c o m m e n d e trauailler à la r e f o r m a t i o n d e s a b u s , d'introduire les cea examiner b o n n e s c o u f t u m e s ,& d e r e p r i m e r l'auarice & l'infolen- les Officiers ce ; E t c o m m e A l o n f e d e Z u a f o n e tarda p a s l o n g t e m p s Royaux,


120 1517

HISTOIRE

DES

INDES

à v e n i r , l'on c o m m e n ç a tout d e b o n à e x a m i n e r , tant les l u g e s d ' A p p e l l a t i o n , q u i eftoient M a r c e l d e Villalobos, Iean Ortiz d e Matienço, & L u c V a f q u e z d e Ayllon, q u e t o u s les autres Officiers R o y a u x . L e l u g e a u oit la conn o f f a n c e d e s caufes ciuiles & criminelles, q u i eftoient e x p e d i é e s e n fort p e u d e t e m p s a u c o n t e n t e m e n t d e s parties. O r les P e r e s n e t r a u a i l l o i e n t p a s f e u l e m e n t à la ref o r m a t i o n d e s a b u s d e l ' E f p a g n o l l e , m a i s ils voulurent e n c o r e auoir la c o n n o i f f a n c e d e s d e n i e r s R o y a u x , & faire r e n d r e c o m p t e à c e u x q u i les p o f f e d o i e n t . Ils p o u r u e u r e n t a u x édifices, & autres c h o i e s c o n c e r n a n t e p u b l i c . Ils o r d o n n è r e n t e n c o r e d'autres c h o f e s louables e n t e r r e - f e r m e ,& d a n s les autres Ifles. Ils r e m é d i è r e n t à q u a n t i t é d e plaintes t o u c h a n t le p a r t a g e gen e r a l d e s I n d i e n s , q u ' a u o i e n t fait le T r e f o r i e r P a f f a m o n te, & R o d r i g u e d ' A l b u r q u e r q u e , & d o n n è r e n t v n n o u uel o r d r e qu'il paffaft d e s R e l i g i e u x de l ' O r d r e d e Saint D o m i n i q u e & d e S . F r a n ç o i s e n la côfle d e s Perles , & q u e l'on c o n t i n u a f t la c o n u e r f i o n , fans q u e les trafiquant les puffent e m p e f c h e r , c o m m e ils a u o i e n t c y - d e u a n t fait, a u g r a n d f c a n d a l e d e s I n d i e n s ; E t p o u r cet effet ils firent faire d e s cris p u b l i c s Se toutes les p r o h i b i t i o n s Se defenfes neceffaires. Ils o r d o n n è r e n t e n c o r e f o u s d e grandes p e i n e s , q u e p e r f o n n n e n'inquiétait n y mal-traitaft les Ind i e n s d e la t e r r e - f e r m e , & y eftablirent d e s g e n s pour a u o i r f o i n , & tenir c o m p t e d e s a c h a p t s & d e s trocs qui fe f e r o i e n t , p o u r e n titer le Q u i n t d u R o y , à c a u f e que la p e u p l a d e de Cubagua alloit a u g m e n t a n t , Se le trafic d e s perles t o u t d e m e f m e . Ils m a n d e r e n t à P e d r a r i a s qu'il n e fift p l u s d e c o u r f e s , & qu'il e n u o y a f t l'or & les efclau e s qu'il auoit tirez d e celles qu'il a u o i t faites, o u fait faire ; & q u e l ' E u e f q u e c o n i o i n t e m e n t a u e c q u e l q u e g e n s d'Eglife & d e Iuftice, viffent e n t r ' e u x files Indiens d e u o i e n t eftre t e n u s e n q u a l i t é d'efclaues ; & a u cas qu'ils n e le d e u f f e n t p a s eftre, qu'ils leur baillaffent la lib e r t é ainfi qu'ils auiferoient b o n eftre, fans a u c u n retard e m e n t ; E t que ces mefmes A r b i t r e s confultaifent entr'eux

Louables actions des Veres Hieronimites.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II,

121

tr'eux files courfes q u e l'on faifoit furies Indiens eftoient licites& raifonnables. 1 5 17, L e Pere d e las C a f a s v o y a n t d o n c q u e les H i c r o n i m i tes n e difpofoient pas des chofes felon fa fantaifie, eftoit fort m a l content,& parloir auec trop d e liberté partout où il fe rencontroit,& contre tous. Plufieurs le fupportoient p a t i e m m e n t , fçachant bien q u e c'eftoit le zele qui le luy faifoit faire,& n o n l'auarice, d o n t il eftoit e x e m p t c o m m e d e tout autre vice. D'autres n e le p o u uoient fouffrir auec tant d e modeftie. O r c o m m e il n e fe rebutoit d e rien , il fit d a n s ce m e f m e t e m p s V n e c h o fe notable,il affirma q u e les luges d e l'Efpagnolle eftoient coupables des ruines& des dégafts qui auoient efté faits chez les Lucayos par les courfes qui y auoient efté faites; & n'oublia pas de produire auffi l'action qui auoit efté faite en la côfte d e Cumana, qui fut caufe d e la m o r t d e ces bien heureux Pères Dominiquains Frère Iean Garces & fon compagnon. Et comme il foupçonnoit que les De las Cafas luges auoient contribué aux armées qui alloient faire ces accufe les Iuces de l ' E f p a courfes fur les I n d i e n s , il f o r m a contr'eux v n e terrible gnolle. accufation, & les déclara criminels, homicides& fauteurs de tous c e s m a u x . L e s Pères Hieronimites eftoient fortaife q u e D e las Cafas euft f o r m é ces plaintes,s'imaginant q u e ces crimes eftant bien auerez, ce n'eftoit pas v n cas qui deuft eftre décidé pardeuant des luges d u lieu ; mais qui deuoit eftre renuoyé a u Confeil d u R o y & d e fes Miniftres, p o u r e n auoir la connoiffance. C e p e n d a n t cette accufation caufa bien d u fcandale, ce quifita u g m e n t e r d e b e a u c o u p la haine q u e l'on auoit défia c o n çeuë à l'encontre du Pere de las Cafas, & le péril quant & quand, quoy qu'Alonfe de Zuafo fuft celuy qui l'excitoit d a u a n t a g e à faire ce qu'il faifoit, M a i s enfin c o m m e il vit q u e tout n e retiffiffoit pas félon fon deffein , il pro- Les Pères Hie veu P la d e s'en retourner en Caftille. L ' o nfittout ce q u eronimites lent empefcher l'on pût pour l'en deftourner, mais c o m m e il eftoit Preftre, à De Las Cafas & qu'il auoit v n Breuet d u R o y p o u r pouuoir venir in- de repafer en former d e ce qui fe paffoit, l'on n'en fit rien ; M a i s l'on Caftille. 2. D e c .

CL


H I S T O I R E

122

DES

INDES

m a n d a e n Caftiile q u e c'eftoit v n feditieux, v n f c a n d a l e u x ,& q u i craitoit d e s c h o f e s fort i m p r u d e m m e n t , ce q u i p o u u o i t c a u f e r q u e l q u e f o u l e u e m e n t . D e las C a f a s d e fa part m a n d o i t d a n s fes lettres c e qu'il l u y fembloir, n e p a r d o n n a n t pas m e f m e a u x P è r e s Hieronimites,iufques à dire qu'ils n e f a u o r i f o i e n t e n a u c u n e f a ç o n les I n d i e n s ; qu'ils a u o i e n t d e s p a r e n s d a n s l'Ifle ,& qu'ils les a u o i e n t e n u o y e z à Cuba, afin q u e D i e g o V e l a f q u e z leur baillait v n p a r t a g e d ' I n d i e n s . E n f i n D e las C a f a s e u t f o u p ç o n que fes lettres auoient efté interceptees dans Seuille, & qu'elles narriuerent pas entre les mains du Cardinal de T o l è d e , d ' o ù ii eftoit arriue v n o r d r e p o u r le chaffer

1517.

d e l'Ifle.

LAS

CASAS

Cour. Mort

VIENT

EN

du Cardinal d'Efpagne.

C H A P I T R E

X V I .

V A N T q u e cet O r d r e , d o n t n o u s v e n o n s de traiter , arriuaft à l ' E f p a g n o l l e p o u r aduertir le P e r e d e las C a f a s qu'il fortift d e l'ifle, il eftoit défia party d e l'ifle d e S a i n t D o m i n i q u e , q u i eftoit au m o i s d e M a y d e cette a n n é e ,& eftoit arriue à A r a n d s , o ù la C o u r eftoit alors. D a n s c e m e f m e t e m p s le C a r d i nal F r a n ç o i s X i m e n e z t o m b a m a l a d e ; fi b i e n q u e s'im a g i n a n t qu'il n e p o u r r o i t p a s n é g o c i e r a u e q u e luy, il refolut d'aller à V a l l a d o l i d , p o u r y a t t e n d r e le R o Y , p a r c e q u e le bruit c o u r o i t qu'il arriueroit b i e n toft en Caftille C e p e n d a n t les P è r e s H i e r o n i m i t e s q u i connoiffoient l ' h u m e u r v i o l e n t e d u P e r e d e las C a f a s ; & Les Hieroni- p a r c e q u e l'affaire q u i leur a u o i t efté r e c o m m a n d é e efmites toit d e g r a n d e i m p o r t a n c e , ils r e f o l u r e n t d ' e n u o y e r leur Compae n Caftille leur c o m p a g n o n , F r è r e B e r n a r d i n d e M a n gnon en Caftil- ç a n ç d o , p o u r i n f o r m e r le R o y & le C o n f e i l d e l'eftat Le Pere de LASC a f a sarri nt en Cour.

enuoyeut

le.

A


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II 1 2 3 d e s I n d i e n s , d e s i n f o r m a t i o n s qu'ils a u o i e n t faites, & da 1517. la refolution qu'ils a u o i e n t prife, afin q u e le R o y y p o u r ucuft felon fa v o l o n t é . E t d ' a u t a n t q u e d a n s les p r e m i e r e s lettres q u e l'on efcriuit e n Caftille , l'on auoit e u auis d e l'accufation q u e D e las C a f a s auoit f o r m é e c o n t r e les l u g e s d e l ' E f p a g n o l l e ; l'on m a n d a d e la C o u r à A l o n f e Z u a f o , qu'il n'y p r o c é d a f t e n a u c u n e f a ç o n fans l'ordre & d e l'auis d e s P e r e s H i c r o n i m i t e s , C o m m i f f a i res d é l é g u e z p a r le R o y ; P a r c e q u e luy a y a n t dit qui n'eftoit pas à p r o p o s qu'il prift c o n n o i f f a n c e d e telle accufation , il auoit fait r e f p o n f e , q u e d a n s les c a u fes d e Iuftice il n'y auoit q u e voir. A p r e s q u e l'on eut p o u r u e u d ' v n E u c f q u e p o u r S a i n t D o m i n i q u e , d'vn n o m m é A l e x a n d r e G e r a l d i n e , R o m a i n , o n luy o r d o n n a ,& à l ' E u e f q u e d e la C o n c e p t i o n , q u e fans a u c u n r e t a r d e m e n t ils euffent à aller p r e n d r e poffef f i o nd e leurs E u e f c h e z , p a r c e q u e les P e r e s H i c r o n i m i t e s a u o i e n t auerty q u e leur p r e f e n c e y eftoit g r a n d e m e n t neceffaire. L e C a r d i n a l d e T o l è d e qui eftoir Inquifiteur g e n e r a l , Cardinal leur d o n n a c o m m i f f i o n , & la qualité d'inquifiteurs d e s Le de Tolède donIndes, p o u r p r o c e d e r à l'encontre d e s hérétiques & a p o ne la commifftats q u i s'y p o u r r o i e n t r e n c o n t r e r . E t d ' a u t a n t q u ' A - fion d'Inquislonfe Z u a f o n'auoit pas p e u d ' o c c u p a t i o n e n l'Efpa- iteurs aux Egnolle ,& qu'il n e p o u u o i t eftre e n p e r f o n n e d a n s les uefques. autres liles p o u r e x a m i n e r ,& p r e n d r e g a r d e a u x actions des A d m i n i f t r a t e u r s d e Iuftice, l'on e n u o y a o r d r e d e la C o u r a u x P e r e s H i e r o n i m i t e s d'y c o m m e t t r e q u i b o n leur fembleroit. Il arriua e n c o r e v n f é c o n d o r d r e d u C o n f e i l a u x P e res H i c r o n i m i t e s , p a r lequel l'on d e f f e n d o i t d e n e d o n n e r a u c u n p a r t a g e d ' I n d i e n s a u x l u g e s& Officiers L'on ofte le d a n s les I n d e s , afin qu'eftant plus libres ils p e u f f e n t partage d'Inplus f a c i l e m e n t a c c o m p l i r les O r d o n n a n c e s ,& les diens aux Ofm e t t r e e n e x é c u t i o n a u e c plus d e foin& d'exactitude. ficiers R o y a u x . M a i s après t o u t , le bruit d e s rigueurs& des cruautez qu'auoit e x e r c é e s E f p i n o f a , & les autres C a p i t a i n e s p a r les c o u r f e s qu'ils a u o i e n t faites. e n terre f e r m e , c o u -

Q ij


124

1517

HISTOIRE

DES

INDES

roient toufiours d e plus e n plus ,& p r i n c i p a l e m e n t alors q u e le C a p i t a i n e G o n ç a l e d e B a d a j o z eftoit e n C o u r , fort p a u u r e;& l'on difoit h a u t e m e n t q u e c'eftoit p a r v n e iufte p u n i t i o n d e D i e u ,& d o n t l'on reiettoit la principale faute fur Pedrarias ; c e q u i fut caufe q u e l'on luy m a n d a e x p r e f f é m e n t d e n e rien e n t r e p r e n d r e d a u a n t a g e fans l'ordre d e s P è r e s H i e r o n i m i t e s ;& f e r m e , qu'ils y apportaffent v n o r d r e c o n u e n a b l e .

Il arriua p r e f q u e e n m e fine t e m p s d e s n o u u e l l e s q u e le R o y auoit d é b a r q u é à Villa-viciofa, d o n t tout le R o y a u m e e n g e n e r a l reçeut v n g r a n d i f f i m e c o n t e n t e m e n t : d'où il partit auffi toft a p r è s ,& paffant par Tordefillas, Mort du Carà deffein d e r e n d r e vifite à la R e i n e l e a n n e fa m e r e ,& dinal Ximed e Valbuena ; m a i s il apprit qu'il eftoit allé d e vie à trép a s ; Prélat illuftre p a r fes faintes i n t e n t i o n s ,& par v n c œ u r plein d e generofité ; c'eftoit l ' o r n e m e n t d e ces R o y a u m e s , q u i perdirent p a r cette m o r t leur plus b e a u luftre , à caufe d u bas â g e d u R o y ,& p a r c e q u ' e n q u e l q u e f a ç o n il euft r e p r i m é l'ambition d e fes F a u o n s q u i l ' a c c o m p a g n o i e n t . O r c o m m e le R o y C a t h o l i q u e vint à d é c é d e r ,& qu'il arriua d e F l a n d r e s quantité d e Seig n e u r s p o u r a c c o m p a g n e r & feruir le i e u n e R o y e n f o n v o y a g e , les affaires q u i arriuent o r d i n a i r e m e n t e n d e f e m b l a b l e s o c c a f i o n s , p a r u r e n t auffi toft ; q u i furent q u a n t i t é d e B r e u e t s qu'il auoit d o n n e z p o u r d e s partag e s d'Indiens , d o n t il e n auoit gratifié b e a u c o u p . P a r c e q u e c o m m e il n'eftoit p a s bien i n f o r m é d e c e qu'il d e u o i t faire e n c e r e n c o n t r e , il n'agiffoit q u e fuiu a n t les fuplications des intereffez,qui eftoit le feul m o y e n d o n t ils fe feruoient. Il d o n n a auffi b e a u c o u p d e p e r milfions d'enleuer d e s efclaues aux I n d e s , n o n o b f t a n t les deffenfes q u i a u o i e n t efté faites au contraire. Le R o y a m e n a a u e q u e luy p o u r g r a n d C h a n c e l i e r v n D o c t e u r F l a m a n , appelle l e a n S e l u a g i o , h o m m e p r u d e n t & de b o n confeil,& a u q u e l il d o n n a toute l'adminiftration

nez

Des fauers que le Royfaifoit dans les Indes


O C C I D E N T A L E S , LIVRE

II

125

de la I n d i c e & g o u u e r n e m e n t d e la Caftille & d e s I n d e s . Il a m e n a auffi a u e q u e l u y f o n C o u u e r n e u r & grand Chambellan, Monfieur de Gevres, perfonne d'authorité & fort prudent, auquel il confioit les affaires du Confeil d'Eftat, les f a u e u r s , & les autres c h o f e s q u i n e d é p e n d o i e n t p a s d e la luftice, E n t r e les F a u o n s , v n n o m m é M o n f i e u r d e L a x a o tenoit l'vn d e s p r e m i e r s r a n g s ; celuycy auoit l'Office d e g r a n d E f c h a n ç o n , a u e c lequel le P e r e de las Cafas commença à traitter de fes pretenfions, & en particulier à gagner lafaueur de Monfieur de Laxao.

LE CAPITAINE

FRANÇOIS

Hernandez de Cordouë va a la defcouuerte, & trouue la terre de Yucatan, C H A P I T R E

XVII

O v s a u o n s défia dit c y - d e u a n t q u e p o u r la g r a n d e difette d e viures qu'il y auoit à D a r i e n p o u r la fubfiftance d e s C a f t i l l a n s , le G o u u e r n e u r P e drarias D a v i l a auoit d o n n é p e r m i f t i o n à c e u x q u i v o u droient aller ailleurs, d e le p o u u o i r faire. S u i u a n t cela, c o m m e le bruit c o u r o i t q u e les Caftillans d e Cuba e f toient riches& fort a c c o m m o d e z , à c a u f e d u b o n trait e m e n t q u e le G o u u e r n e u r D i e g o V e l a f q u e z faifoi r à t o u s , il paffa d a n s cette Ifle e n u i r o n c e n t h o m m e s , d o n t la plufpart eftoient N o b l e s , lefquels f u r e n t t o u s fort b i e n reçeus d u G o u u e r n e u r , & q u i leur p r o m i t d e les a c c o m m o d e r a u e c le t e m p s . Q u e l q u e t e m p s apres c o n f i d e r a n t qu'il n'eftoit p a s à p r o p o s d e tenir d e s g e n s d a n s l'oifiu e t é , c o m m e l'on traitoit o u u e r t e m e n t d'aller c h e r c h e r d e s I n d i e n s h o r s d e l'Ifle p o u r f o u l a g e r c e u x d e s autres Ifles ,& q u e p o u r cet effet l'on a r m o i t t o u s les iours, & p r i n c i p a l e m e n t d a n s Cuba , o ù les vilages floriffoient p a r l'induftrie & b o n n e conduite d e D i e g o Velafquez , &

Q iij

1517.


126

HISTOIRE

DES

INDES

q u e les foldats d e D a r i e n n e v o u l o i e n t pas s'occuper,il traita a u e c e u x p o u r les e n u o y e r c h e r c h e r d e n o u u e l l e s terres 1 5 1 7. vers les lieux o ù le p r e m i e r A d m i r a i d e s I n d e s Chriftofle C o l o n , & l'Adelantado Iean P o n c e d e L é o n auoientefté, q u i eftoient les côftes d e V e r a g u a & d e la Floride. C e t auis Diego Velaf- d e D i e g o V e l a f q u e z eftant a p p r o u u é d e t o u s , il leur enuoye p r o m i t q u e files terres,ou Ifles, qu'ils d e fcouuriroient m e r i t o i e n t q u e des Caftillans y puffent aller h a b i t e r , il n'en nouuelles tireroit a u c u n I n d i e n p o u r a m e n e r à Cuba ; m a i s q u ' a u contraire o n iroit c h e z e u x leur p r e f c h e r la F o y . C o m m e d o n c l'on fçeut la v o l o n t é d u G o u u e r n c u r , & d e s foldats, F r a n ç o i s H e r n a n d e z d e C o r d o u ë , h o m m e riche& vaill a n t ,& q u i auoit d e s I n d i e n s , s'offrit d e c o n d u i r e ces g e n s e n qualité d e C a p i t a i n e ; & a y a n t e u p r e m i è r e m e n t la permiffion ,& l'inftruction d e D i e g o V e l a f q u e z , il a c h e t a d e u x nauires& v n b r i g a n t i n ,& les é q u i p a d e viu r e s ,& d e tout c e q u i eftoit neceffaire. Il entra d a n s c e s vaiifeaux c e n t d i x foldats ; Ils a u o i e n t p o u r Pilotes A n t o i n e d ' A l a m i n o s natif d e P a l o s , C o m a c h o h a b i t a n t d e T r i a n a , & I e a n A l u a r e z le M a n c h o t , natif d e H u e l u a , & p o u r Vifiteur, afin d e tenir c o m p t e d u Q u i n t d u R o y , B e r n a r d i n N u n e z natif d e S. D o m i n i q u e d e la C a l ç a d a . Ils fortirent d e S . l a q u e s d e Cuba, & pafferent à la ville d e S. Chriftofie del Hauana, & prièrent A l o n f e G o n çalez Preftre d e s ' e m b a r q u e r a u e c e u x p o u r dire la M e f fe ,& leur administrer les S a c r e m e n s . Ils fortirent d e Hauana le h u i t i e f m e i o u r d e Février d e cettea n n é e ,& le d o u z i e f m e ils d o u b l e r e n t le c a p d e S. A n t o i n e . Ils n a u i g e r e n t vers le P o n a n t , p a r c e q u e le Pilote A n t o i n e d ' A l a m i n o s certifia qu'eftant i e u n e g a r ç o n , & n a u i g e a n t a u e c l ' A d m i r a i Chriftofie C o l o n , qu'il auoit toufiours e u deffein d e d e f c o u u r i r vers c e s quartiers. Il leur arriua v n e t o u r m e n t e q u i d u r a d e u x i o u r s ,& q u i p e n f a les perd r e ; m a i s enfin a u b o u t d e vingt& v n iour d e n a u i g a tion , p e n d a n t lefquels ils n a u i g e r e n t a u e c b e a u c o u p d'attention , car d e nuit ils baiffoient les voiles& ancroient, eftant d a n s d e s m e r s qu'ils n e c o n n o i f f o i e n t p a s ; ils a p -

quez, defcouurir de terres.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II.

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p e r ç e u r e n t la terre, d o n t ils f u r e n t fort refiouïs , & e n rendirent g r â c e s à D i e u . Ils virent d e d e d a n s les n a u i - 1517. res v n g r a n d vilage q u i felon leur i u g e m e n t eftoit à d e u x François Herlieues d e la côfte ;& c o m m e ils v o u l u r e n t a p p r o c h e r il p a -n a n d e z de Corrut c i n q c a n o s , d a n s lefquels eftoient d e s I n d i e n s q u i al- douë defcouure loient à la r a m e . Ils leur firent figne p o u r les faire a p - terre. p r o c h e r , c e qu'ils firent. Il e n t r a t r e n t e I n d i e n s d a n s la Capitaineffe, veftus d e j a q u e t t e s f a n s m a n c h e s , & d e s pieces d e la m e f m e eftoffe retrouffées e n f a ç o n d e c a l ç o n s . L e s Caftillans leur baillerent à m a n g e r ,& leur firent boire d u vin d ' E f p a g n e ; ils leur baillerent auffi q u e l q u e s bracelets d e verre. E n fuite d e cela ils firent e n t e n d r e par f i g n e s , p a r c e qu'ils n e p o u u o i e n t p a s e x p r i m e r c e qu'ils v o u l o i e n t dire a u t r e m e n t , qu'ils s'en v o u l o i e n t a l ler, & q u e le l e n d e m a i n ils r e t o u r n e r o i e n t a u e c p l u s g r a n d n o m b r e d e c a n o s , afin q u e les Caftillans fortiffent a terre. Ils f u r e n t rauis d e voir les n a u i r e s , les h o m m e s , leurs b a r b e s , leurs v e f t e m e n s , leurs a r m e s ,& quantité d'autres c h o f e s q u i n ' a u o i e n t i a m a i s efté e n leur c o n n o i f fance. E n f i n ils fe retirèrent,& r e t o u r n è r e n t le l e n d e m a i n a u e c d o u z e c a n o s , & v n C a c i q u e qu'ils a u o i e n t pris p o u r les c o n d u i r e ; lequel eftant a p p r o c h é d e s vaiffeaux, Les Caftillans dit à h a u t e v o i x , ConeZ Cotoche, q u i v e u t dire , a p p r o - defcendent a c h e z i c y d e n o s m a i f o n s ,& e n difant cela , il fe m i tterre au cap de Cotoche. d u cofté d u c a p d e Cotoche, q u i eftoit le n o m d u vilage. L à deffus les Caftillans a y a n t t e n u confeil d e g u e r r e , m i r e n t leurs c h a l o u p e s e n m e r , d a n s lefquelles & d a n s ces c a n o s , ils d e f c e n d i r e n t à terre a u e c leurs a r m e s , o ù ils t r o u u e r e n t v n e infinité d ' I n d i e n s q u i eftoient v e n u s d e t o u s coftez p o u r les v o i r L e C a c i q u e infiftoit roufiours q u e les Caftillans allaffent e n fa m a i f o n , f i b i e n q u e v o y a n t toutes les a p p a r e n c e s d ' v n e b o n n e v o l o n t é , ils refolurent d ' a c c e p t e r d e b o n n e g r â c e l'offre d u C a c i q u e , foit qu'ils y fuffent c o m m e f o r c e z , p o u r n e pas faire paroiftre a u c u n e a p p r e h e n f i o n , o u p o u r r e c o n n o i f t r e la terre ; p o u r u e u qu'ils fuffent a r m e z & e n b o n o r d r e p o u r fuiter les i n c o n u e n i e n s . E f t a n t a r r i u e z d a n s v n bois.


128 1517.

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DES

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le C a c i q u e q u i auoit fait m e t t r e q u a n t i t é d ' I n d i e n s a r m e z e n e m b u f c a d e , s'écria. A u d i toft ces h o m m e s p a r u r e t auec d e s a r m e s deffenfiues, fourrées d e c o t t o n , d e s r o n d a c h e s , d e s efpées d e bois d o n t les p o i n t e s eftoient d e s cailloux, d e s baftons à d e u x b o u c s ,& d e s f r o n d e s . Ils eftoient galanîfez, e m p e n n a c h e z ,& leur vifage peint d e diuerfes c o u l e u r s . Ils c o m m e n c è r e n t auffi toft à faire d e g r a n . d e s c l a m e u r s& d e s c o n f u f i o n s d e v o i x , q u i eft leur m u fique milicaire ordinaire ,& tout d'vn t e m p s lafcherent v n e fi g r a n d e q u a n t i t é d e pierres,. & d e fléches fur les Caftillans qu'il y e n e u t q u i n z e d e bleffez, & e n vinrent iufques a u x m a i n s pied c o n t r e p i e d , c o m m e fi ç'euft efté v n c o m b a t p r é m é d i t é ,& combattirent vaillamment. E n c r e les Caftillans il n'y auoit pas plus d e v i n g t - c i n q arbaleftriers& arquebufiers,qui faifoient leur d e u o i r ; mais c o m m e les I n d i e n s fe v o y o i e n t eftropiez,& q u a n t i t é d e m o r t s parterre par le t r e n c h a n t d e s efpées d e s Caftillans, ils c o m m e n c e r e n t à fe f a u u e r p a r la fuite.

Les Indiens combattent contre les Caf. tillans.

A u m e f m e lieu o u fe fit c e c o m b a t , il y auoit trois m a i f o n s , bafties d e pierre & de c h a u x , q u i eftoient des O r a t o i r e s , pleins d ' I d o l e s , de terre , & q u i p o r t o i e n t la face d e s D é m o n s , d ' h o m m e s , d e f e m m e s ,& d'autres figures renuerfées les v n e s fur les autres , reprefentant l ' a b o m i n a b l e p é c h é . C e p e n d a n t q u e le c o m b a t duroit, le Preftre A l o n f e G o n ç a l e z e m p o r t a d e ces Oratoires, certains petits coffres, d a n s lefquels eftoient d e s Idoles d e terre ,& d e bois , a u e c d e s m é d a i l l e s , d e s enjoliuem e n s , & d e s D i a d e m e s d'or bas. L ' o n prit d a n s ce c o m bat d e u x i e u n e s I n d i e n s , q u i f u r e n t faits C h r e f t i e n s ; l'vn fut appelle Iulien ,& l'autre M e l c h i o r . L e s Caftil-, lans s'en r e t o u r n è r e n t d a n s leurs vaiffeaux , fort fatisfaics d'auoir r e n c o n c r é d e s g e n s r a i f o n n a b l e s , & d'autrès c h o f e s différences d e D a r i e n ,& d e s lfles ;& partic u l i è r e m e n t des maifons d e pierre & d e c h a u x , c e qu'ils n'auoient p o i n t e n c o r e v e û d a n s les I n d e s . Ils c o n t i n u e r é c leur n a u i g a t i o n le l o n g d e la côfte e n d e f c e n d a n t , o b f e r u a n t coufiours d'ancrer d e nuit. A u b o u t d e q u i n z e iours


OCCIDENTALES, LIVRE

II

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iours qu'ils c u r e n t n a u i g é d e la forte , ils d e f c o u u r i r e n e v n g r a n d vilage , & t o u t p r o c h e v n golfe. Ils s'imagi- 1 517. n è r e n t auffi toft q u e c e p o u u o i t eftre q u e l q u e riuiere o ù ils p o u r r o i e n t p r e n d r e d e l'eau , p a r c e qu'ils e n a u o i e n t difette. Ils d e f c e n d i r e n t à terre le D i m a n c h e d u L a z a re, à caufe d e q u o y ils a p p e l l e r o n t le vilage d e c e n o m , & d e s I n d i e n s Quimpech, m a i s les Caftillans l'appellerent depuis Campeche, Ils arriuerent p r o c h e d ' v n puits d o n t l'eau eftoit fort b o n n e , & les h a b i t a n s n ' e n b e u u o i e n t p o i n t d'autre, p a r c e qu'il n'y a p o i n t d e riuieres d a n s la P r o uinee d e Yucatan. A p r e s q u e les Caftillans e u r e n t pris les Caftillans de l'eau c e qu'il leur e n falloit, & qu'ils v o u l u r e n t r e - defcouurent tourner d a n s leurs vaiffeaux, c i n q u a n t e I n d i e n s fe p r e - C a m p e c h e . fenterent d e u a n t e u x , veftus d e iaquettes, & p o u r m a n teaux d e s c o u u e r t u r e s d e c o t t o n , lefquels d e m a n d è r e n t par figues a u x Caftillans c e qu'ils c h e r c h o i e n t , & s'ils alloient d u cofté d ' o ù fort le S o l e i l , & les c o n u i e r e n t d'aller d a n s leur vilage. Â p r e s q u e les Caftillans e u r e n t confulté e n t r ' e u x , ils r e f o l u r e n t d'y aller b i e n a r m e z , de crainte qu'il n e leur arriuaft c o m m e a u c a p d e Coto che. Ils pafferent p a r d e s oratoires b i e n baftis d e pierre & d e c h a u x , d a n s lefquels il y auoit d e s I d o l e s d e diueries figures, & d e m a u u a i f e r e p r e f e n t a t i o n , c o m m e les p r é c é d e n t e s , a u e c d e s m a r q u e s d e f a n g frais, faites e n f o r m e d e C r o i x , peintes , c e q u i leur c a u f a b e a u c o u p d ' a d m i r a t i o n . Il a b o r d a a u t o u r d ' e u x q u a n t i t é d ' h o m m e s , d e f e m m e s , & d ' e n f a n s , q u i les r e g a r d o i e n t p a r a d m i r a t i o n , & fourioient entr'eux. Auffi toit après ils a p perçeurent d e u x efcadrons d'Indiens,bien é q u i p e z , & a r m e z , c o m m e c e u x d e Cotoche. Il fortit auffi a u m e f m e t e m p s d ' v n oratoire d i x h o m m e s , q u i p o r t o i e n t d e s c o u uertures e n f a ç o n d e r o b b e s , fort l o n g u e s , & b l a n ches; ils a u o i e n t les c h e u e u x noirs & l o n g s , & fi frifottez qu'ils n e p o u u o i e n t s'eftendre; ils p o r t o i e n t d e s r é c h a u x d e terre, d a n s lefquels ils iettoient d ' v n e certaine g o m m e fort o d o r a n t e , qu'ils a p p e l l e n t e n t r ' e u x Copal, d o n t ils p a r f u m a i e n t les Caftillans, e n leur difant qu'ils for-

Les Indiens font des Croix auec du fang.

2. D e c .

R


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HISTOIRE

DES

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tille ne d e leur terre, o u qu'ils les tueroient ; & c o m m e n 1517. c e r e n t auffi toft à f o n n e r d e leurs c o r n e t s ,& d e leurs t a m b o u r s d e g u e r r e . L e s Caftillans v o y a n t cela, plufieurs n'eftant p a s e n c o r e guaris d e s bleffures qu'ils a u o i e n t reç e u ë s à Cotoche, & d o n t il e n eftoit m o r t d e u x , fe retirèrent a u meilleur o r d r e qu'ils p u r e n t vers la m e r ; car ils eftoient toufiours pourfuiuis par les deux efcadrons, & s'embarquèrent fans aucun accident. Apres qu'ils c u r e n t e n c o r e n a u i g é fix iours, il vint v n v e n t d e N o r t , q u i fouffla a u trauers d e cette côfte,& q u i d u r a quatre iours; c e q u i les m i t plufieurs fois e n eftat d e fe perdre. A p r e s q u e la t o u r m e n t e fut appaifée ils firent e n force d ' a p p r o c h e r d e la côfte p o u r fe fournir d'eau ; car c o m m e leurs t o n n e a u x eftoient t r e s - m a l e n o r d r e ,& prefq u e entr'ouuerts , l'eau d o n t ils les empliffoient n e leur d u r o i t pas l o n g t e m p s . Ils furgirent p r o c h e d ' v n vilage o ù il y auoit v n e baye q u i paroiffoit v n e riuiere,& d e f c e n d i r e n t à terre après Les Caftillans défendent a m i d y , à v n e lieue d ' v n autre vilage appelle Potonchan terre à P o - o ù ils e m p l i r e n t leurs t o n n e a u x d'eau d e certains puits qui tonchan. eftoient p r o c h e d e q u e l q u e s oratoires baftis d e pierres c o m m e les autres ;& c o m m e ils s'en v o u l o i e n t retourn e r a u x vaiffeaux ils d e f c o u u r i r e n t d e s g e n s d e g u e r r e en b o n o r d r e , a r m e z c o m m e les p r e c e d e n s , q u i fortoient d u vilage p o u r venir à e u x . S'eftant a p p r o c h e z ils leur d e m a n d è r e n t s'ils alloient d'où fortoit le Soleil, & ils leur repartirent qu'ils y alloient ; après q u o y ils fe retirèrent dans d e certaines maifons, p a r c e qu'il eftoit p r e f q u e n u i t , & les Caftillans p o u r pareil fuiet d e m e u r e r e n t auffi e n cet e n d r o i t . O r d'autant q u e q u e l q u e s h e u r e s après il fe fit v n g r a n d t i n t a m a r r e c o m m e d e g e n s d e g u e r r e , les C a f tillans n e f ç a c h a n t ce q u e ce p o u u o i t eftre, n y ce qu'ils d e u o i e n t faire , c o n f u l t e r e n t là deffus p o u r fçauoir le f e n t i m e n t d e t o u s ; L e s v n s difoient qu'il fe faloit e m b a r q u e r ; les autres q u e la retraite eftoit fort perilleufe, p a r c e q u e felon l'apparence il y auoit plus d e trois c e n s I n d i e n s p o u r c h a q u e Caftillan. L e i o u r c o m m e n ç a n t à


O C C I D E N T A L E S , LIVRE

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paraiftre ils v i r e n t q u e les e F c a d r o n s d u i o u r p r é c è d e n t fe ioignirent a u e c d ' a u t r e s ,& qu'après les a u o i r e n t o u 1517. rez ils leur lafcherent v n e n u é e d e flèches, d e pierres tirées a u e c d e s f r o n d e s , & d e s z a g a y e s , d o n t il y eut q u a t r e - v i n g t Caftillans d e bleffez, q u i n e lai fferent p a s d e c o m b a t t r e v a i l l a m m e n t a u m i l i e u d e t o u t e cette m u l titude. E t q u o y q u e les Caftillans fiffient t o u s les d e u o i r s de vaillans foldats a u e c leurs arbaleftes, leurs e f c o u p e t e s , leurs lances, & leurs e f p é e s , les I n d i e n s n e laifferent p a s de les p o u r f u i u r e d e p r é s ; m a i s après tout c o m m e ils virent q u e les efpées d e s Caftillans leur caufoit b e a u c o u p de perte , ils c o m m e n c è r e n t à s'efcarter afin d' auoir p l u s d'efpace& d e certitude p o u r tirer leurs flèches. L o r s Les Indiens qu'ils c o m b a t o i e n t ils crioient à h a u t e v o i x , C a l a c h u n i , p r i f f e n t calachuni , q u i v e u t dire e n l a n g u e d e Y u c a t a n , C a c i - Caftillans de q u e o u C a p i t a i n e , p r é t e n d a n t dire p a r là qu'il faloit ti- près. rer fur le C a p i t a i n e F r a n ç o i s H e r n a n d e z ;& e n effet ils n e l'efpargnerent p a s , puis qu'il fut f r a p p é d e d o u z e flèches,& q u e f é l o n la c o m m u n e o p i n i o n il l'euft b i e n p u efuiter f a c i l e m e n t , p a r c e qu'il n'euft p o i n t efté r e c o n n u s'il n'euft p o i n t v o u l u c o m b a t t r e d e s p r e m i e r s à la tefte d e f e s g e n s ;& il euft m i e u x fait d e fe c o n f e r u e r p o u r le confeil d a n s v n c o m b a t d e cette n a t u r e , q u e d ' e n v e nir à cette e x t r é m i t é là. E n f i n fe v o y a n t b l e f f é e n t a n t d e n d r o i t s , n o n pas d e trente-trois p l a y e s , c o m m e dit G o m a r e ,& les foldats auffi, &; q u e les E n n e m i s a u o i e n t e m m e n é d e u x d e s fiens l'vn appelle A l o n f e B o t e ,& l'autre qui eftoit v n v i e u x P o r t u g a i s ,& q u e la v a l e u r d e s ftens n e p o u u o i t pas v a i n c r e tant d e g e n s , p a r c e qu'il leur e n v e n o i t toufiours d e n o u u e a u x , & e n q u a n t i t é , il ht v n g r a n d effort;& par v n e furie p r e f q u e i n c r o y a b l e il fe fit i o u r a u trauers des E n n e m i s , & s'ouurit le c h e min, à luy,& a u x liens, p o u r g a g n e r le riuage; lefquels les pourfuiuirent a u e c d ' e f p o u u a n r a b l e s cris toufiours c o m parant. Eftant arriuez a u x b a r q u e s , c o m m e ils eftoient b e a u c o u p ,& qu'il faloit fe retirer d a n s les vaiffeaux a u e c t r o p d e précipitation , les b a r q u e s p e n f e r e n t c o u R

ij

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ler à f o n d ; m a i s q u e l q u e s - v n s s'eftant r a n g e z le l o n g de la p l a g e , cela bailla plus d'efpace a u x autres, C e p e n d a n t les I n d i e n s tiroient toufiours des flèches, & entroient i u f q u e s d a n s l'eau p a r v n e furie e n r a g é e , bleffant les Caftillans a u e c leurs lances. Il fut tué e n cette bataille q u a r a n t e - f e p t Caftillans-,& c i n q q u i m o u r u r e n t auffi toft qu'ils f u r e n t e n t r e z d a n s les nauires. Q u a n t aux bleffeZ, à c a u f e q u e leurs playes f u r e n t m o u i l l é e s d e l'eau Mort de 52. d e la m e r , elles s'enflerent, & ils fouffrirent d e granCaftillans»diffimes d o u l e u r s , m a u d i f t a n t le pilote A l a m i n o s & fa d e f c o u u e r t e , lequel fouftenoit toufiours q u e cette terre eftoit v n e Ifle. Ils a p p e l è r e n t cette b a y e , à caufe d e ce m a u u a i s f u c c é s , la B a y e d e Mala pelea. 1517.

FRANÇOIS

HERNANDEZ

DE

Cordouë refout de retourner a C u b a ; Ce qui luy arriua iufquesàce qu'il fuft arri-

ue a H a u a n a . C H A P I T R E

XVIII.

E s Caftillans fe v o y a n t d a n s leurs n a u i r e s , & c r o y a n t n'auoir p a s r e ç c u p e u d e f a u e u r de D i e u , d e les auoir f a u u e z d'vn il g r a n d peril o ù ils s eftoient v e û s , luy e n r e n d i r e n t g r â c e ,& eftant f a t i g u e z d e laffitude , d e foif , le C a p i t a i n e fort bieffé , & tout le refte a u e c d e u x o u trois bl effares , e x c e p té v n q u i refta fain , ils refolurent d e r e t o u r n e r à cuba. O r c o m m e ils eftoient tous fort débiles& mal-traitez & qu'ils m a n q u o i e n t d e g e n s p o u r g o u u e r n e r les n a uires , & tirer les cables, ils refolurent d e brufler le plus petit , après e n auoir p r e m i è r e m e n t tiré les cord a g e s ,& tout c e q u i p o u u o i t feruir p o u r v n a u t r e ; ioint qu'il faifoit e a u , & qu'il n'y auoit p e r f o n n e p o u r

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cirer à la p o m p e . Ils alloient terre à terre p o u r cafcher 1517. d e t r o u u e r d e l'eau, p a r c e qu'ils eftoient t e l l e m e n t t o u r mentez & fatiguez de la foif, qu'ils eurent la langue & la bouche pleine decreûaffes, car leurs toneaux eftoient d e m e u r e z à potmchan. A u b o u t d e trois iours ils virent v n golfe q u i paroiftoit eftre q u e l q u e riuiere ; q u i n z e m a riniers d e f c e n d i r e n t à terre a u e c trois foldats d e s m o i n s bleflez. Ils p o r t è r e n t d e s b e f c h e s & q u e l q u e s barils ; m a i s a y a n t t r o u u é q u e l'eau d e c e bras d e m e r eftoit falée, ils c r e u f e r e n t e n la côfte ,& c o m m e l'eau eftoit falée, & qu'ils n e p u r e n t s'abftenir d ' e n boire, cela fit g r a n d Les Caftillans tort à c e u x q u i e n b e u r e n t . E t c o m m e ils virent là a u x font fort fatie n u i r o n s q u a n t i t é d e l é z a r d s , ils l'appellerait le golfe g u e z de la foif. d e los Lagartos. C e p e n d a n t q u e les m a r i n i e r s eftoient allez p o u r d e l'eau , il s'elleua v n v e n t d e N o r d e f tfia ~ cariaftre , q u e les nauires alloient toufiours b o r d a b o r d d e la côfte ; m a i s a y a n t ietté d e u x a n c r e s ils d e m e u r è rent f e r m e s d e u x iours , a u b o u t d e f q u e l s a y a n t m i s la voile a u v e n t , ils p o u r f u i u i r e n t leur v o y a g e vers Cuba. A n t o i n e d ' A l a m i n o s s'entretint a u e c les autres pilotes t o u c h a n t leur n a u i g a t i o n , lefquels dirent qu'ils n'eftoient e f l o i g n e z d e la Floride q u e d e foixante lieues , ainfi qu'ils le trouuoient dans leur carce & hauteur , & que la routte de la crauerfe de la Floride à Hatiana eftoit plus c o u r t e , p l u s n a u i g a b l e ,& plus feure q u e celle p a r o ù ils a u o i e n c efté ;& f u i u a n t cet auis ils d e f c o u u r i r e n t e n quatre iours la Floride. L à ils refolurene d e d e f c e n d r e à terre v i n g t foldats d e s plus fains a u e c d e s arbaleftes & d e s e f c o u p e t e s , & a u e c Le Pilote Aladefcend e u x le Pilote A l a m i n o s ; L e C a p i t a i n e F r a n ç o i s H e r n a n - minos a, terre auec d e z , lequel fe fentoit fort fatigué à caufe d e fes bleffuvingt f o l d a t s res, les pria d e l u y a p p o r t e r v n p e u d ' e a u e n d i l i g e n c e , & qu'il fe m o u r o i t . E f t a n t forcis à terre p r o c h e d ' v n g o l f e , A n t o i n e d ' A l a m i n o s dit qu'il connoiffoit bien la cerre, & qu'il y auaic efté a u e c I e a n P o n c e d e L é o n , m a i s qu'il fe faloit tenir fur fes g a r d e s ;& a y a n c p o f é des fencinellesà v n e p l a g e fort large, ils firent d e s puits, o ù ils t r o u -

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DES

INDES

uèrent d e fort b o n n e e a u , ils e n b e u r e n t à fouirait, & y 1 5 1 7 lauerent les linges p o u r p e n f e r les bleffez , & le tout dans v n e h e u r e d e t e m p s . C o m m e ils eftoient defia prefts de s'en retourner a u x vaiffeaux fort contents Se fatisfaits, ils virent l'vn d e s foldats qu'ils auoient m i s e n fentinelle courir vers e u x , criant à h a u t e v o i x ; A la mer, à la mery Les Indiens de voicygrand nombre d'indiens de guerre qui viennent;E t la Floride atd'vn autre cofté ils virent quantité d e c a n o s d a n s le taquent les golfe qui vinrent à fe r e n c o n t r e r a u e c les foldats. L e s Caftillans,

i n d i e n s auoient d e g r a n d s arcs, des flèches, des lances, & des efpées à leur m o d e ; ils eftoient veftus d e p e a u x de venaifon , & c o m m e ces h o m m e s eftoient d'vne grand e u r & groffeur prodigieufe , leur feule v e u ë les rendoit efpouuantables. Ils attaquèrent les Caftillans à c o u p s de flèches, d o n t ils e nblefferentfixd e la p r e m i è r e volée; m a i s les efcoupettes, les arbaleftes, & les efpées des Caftilans les i n c o m m o d o i e n t d a v a n t a g e ; ce qui fut ç a u f e q u e les Indiens qui eftoient fur terre fe retirèrent d a n s les can o s , qui i n c o m m o d o i e n t fort les mariniers ; & ils auoient déjà bleffé à la g o r g e A n t o i n e d ' A l a m i n o s . L e s Caftillans les pourfuiuirent d a n s l'eau iufques à la ceinture, & à c o u p s d'eftocades ils leur firent a b a n d o n n e r v n e chal o u p e qu'ils auoient prife, & prirent trois I n d i e n s , qui m o u r u r e n t d e leurs bleffures, q u o y q u e petites, dans les nauires. C o m m e ils fe v o u l u r e n t e m b a r q u e r , ils d e m a n d è r e n t a u foldat qui auoit efté e n fentinelle, qu'eftoit deuenufon

compagnon

Berrio,

q u i eftoit l'autre f e n t i n e l l e ,

il d i t , quil L'auoit veû aller auec vne hache a la main couper vne branche

de palmier

par où eftoient venus la

Il tuent vn foldat ap.

voix

veuë

du

perçeu.

pelle Berrio,

d'vn

pour

; qu'il eftoit allé vers le golfe

les Indiens,

&

qu'il auoit

entendu

Castillan qui s'efcrioit ; qu'il auoit tourné fa

cofté de cette voix C e fut celuy d e

: mais qu'il ne l' auoit point

ap-

t o u s les f o l d a t s q u i c o m b a

tirent à Potonchan qui é c h a p a fans auoir a u c u n ebleffu-re, re , & f o n m a u u a i s fort v o u l u t qu'il perift là , parce q u e l'on fuiuit la pifte par o ù les Indiens eftoient v e n u s , & trouuerent v n e p a l m e q u e le foldat auoit c o m m e n c é à


OCCIDENTALES,

L I V R E II.

135

c o u p e r ,& t o u t p r o c h e ,& a u t o u r d e cet a r b r e , la terre 1517. foulée d u t r é p i g n e m e n t d e s p i e d s b i e n plus q u ' e n d'autres lieux; c e q u ifitcroire q u e les I n d i e n s l'auoient e m m e n é vif;ioint q u e l'on n'y vit a u c u n e trace d e f a n g ; outre q u e les Caftillans d e m e u r è r e n t là p r é s d ' v n e h e u r e à c h e r c h e r p a r t o u t a u x e n u i r o n s , e n l'appellant à h a u t e voix, m a i s v o y a n t qu'il n e paroiffoit p o i n t ils s'en r e t o u r nèrent a u x nauires. C e p e n d a n t la foir q u e les Caftillans a u o i e n t foufferte Vn Caftillan eftoit fi g r a n d e ,& le defir d'auoir d e l'eaufie x t r ê m e , boit tant d'eau qu'en arriuant d a n s les n a u i r e s , v n foldat fe favnfitd ' v n qu'il en m e u r t . baril, eftant e n c o r e d a n s la c h a l o u p e ,& b e u t tant d ' e a u qu'il d e u i n t enflé ,& m o u r u t a u b o u t d e d e u x i o u r s . Ils fe m i r e n t à la v o i l e , & e n d e u x iours& d e u x nuits ils arriuerent a u x Iflettes qu'ils a p p e l l e n t de los Martyres; & d'autant qu'ils n ' a u o i e n t q u e q u a t r e braffes d e f o n d l'vn d e s nauires t o u c h a à v n e r o c h e , à c a u f e d e q u o y il faifoit e a u e n diuers e n d r o i t s ; M a i s D i e u v o u l u t q u ' a u b o u t d e tant d e t r a u a u x ils arriuerent a u p o r t d e Carenas qui eft m a i n t e n a n t Hauana, d ' o ù F r a n ç o i s H e r n a n dez d e C o r d o u Ë efcriuit a u G o u u e r n e u r D i e g o V e l a f q u e z , luy d o n n a n t auis d e fa n a u i g a t i o n & defcouuer, d a n s laquelle ils a u o i e n t t r o u u é d e s g e n s veftus, d e g r a n d e s p e u p l a d e s , & d e s b a f t i m e n t s d e pierre faits à c h a u x & à c i m e n t ; c e q u i n e s'eftoit p o i n t e n c o r e r e n contré d a n s toutes les d e f c o u u e r t e s q u e l'on auoit faites,& q u ' à c a u f e d e s g r a n d e s bleffures qu'ils a u o i e n t r e ç e u e s , d o n t il fe fentoit fort a b a t u , il s'en alloit p a r terre à la ville d u S. E f p r i t , o ù il auoit q u e l q u e s c o m moditez, & q u e fi D i e u luy r e n d o i t fa fanté il efperoit François Herde l'aller v o i r auffi toft , m a i s il m o u r u t d i x iours après nandez de Corauoir e n u o y e c e t t e lettre. P o u r les foldats il e n m o u - doue meurt rut trois d a n s Hauana ;fib i e n q u ' à c e t t e entreprife il C u b a . m o u r u t c i n q u a n t e - f i x Caftillans, le refte fe difperfa d a n s l'Ifte , & les nauires f u r e n t c o n d u i t s à la ville d e S . l a ques. D i e g o V e l a f q u e z & t o u s fes g e n s f u r e n t forcefs o n n e z lors qu'ils virent les d e u x I n d i e n s , Indiens, M e l -


136

HISTOIRE

DES

INDES

chior, qui f u r e n t pris à la p o i n t e d e Cotoche, a u e c les cof1 5 1 7.fres d e bois,& les Idoles d e terre& d e b o i s , les m e dailles, les e n i o l i u e m e n s , & les d i a d e m e s d'or q u e le Preftre A l o n f e G o n z a l e z auoit pris d a n s les oratoires d e s I n d i e n s ; p a r c e q u e i u f q u e s là ils n'auoient rien v e û d e f e m b l a b l e , & d é s l'heure m e f m e le bruit d e cette d e f c o u uerte c o u r u t p a r toutes les lfles, laquelle fut b e a u c o u p e f t i m é e ,& t e n u e p o u r l'vne d e s plus n o t a b l e s . L ' o n d e manda à ces Indiens s'il y auoit de l'or en leur terre, on leur en montra en poudre. ils firent refponfe qu'il y e n auoit; c e q u i a u g m e n t a i t e n c o r e d a u a n t a g e le defit d e p o u r fuiure la d e f c o u u e r t e q u e l'on auoit c o m m e n c é e ; m a i s ils n e dirent pas la vérité , p a r c e q u e d a n s tout le R o y a u m e d e Tucatan il n'y a a u c u n e s m i n e s d e q u e l q u e n a t u r e qu'elles puiffent eftre. B e r n a r d D i a z del Caftillo, originaire d e M e d i n a del C a m p o , q u i fe trouu a à cette bataille,& e n d'autres q u i fe firent depuis, d i t , que demandant

a

ces Indiens s'il y auoit en lent

terre de ces racines que l'on y appelle Yuca dont on fait le Cazabi, Ils r e f p o n d i r e n t Ilatli, q u i eft l a t e r r e

dans

laquelle il fe plante ,& q u e d e Yuca ioint a u e c Ilatli, l'on difoit Yucatla, d ' o ù a d e r i u é le m o t d e Tucatan. M a i s d'autres difent q u e c e u x q u i o n t fait les p r e m i è r e s d e f c o u u e t t e s parlant a u e c les I n d i e n s d e la côfte, lors qu'ils les interrogeoient là deffus, ils r e f p o n d o i e n t ToloOrigine du quitan, m o n t r a n t a u e c la m a i n , p e n f a n t qu'ils s'enquenom de Y u c a - ftoienc d e q u e l q u e vilage, & les Caftillans e n c e n d o i e n t tan. Lucatan, d ' o ù ils appellerent cette P r o u i n c e Yucatan, laquelle n'eue i a m a i s d e n o m arrefté, p a r c e q u e iufques à ce q u e les Caftillans y arriuerent, elle fut diuifée entre plufieurs S e i g n e u r s & C a c i q u e s qui g o u u e r n o i e n t leurs vilages, c o m m e n o u s le d i r o n s c y - a p r e s .

L E


OCCIDENTALES,

L I V R E II.

137

LE ROY FAIT DON A L ' A D M I R A L de Flandres du Gouuernement de C u b a , & d'autres Prouinces des Indes. Fernand de M a gellan,& Ruy Falero paient en Caftille, C H A P I T R E

XIX.

O V R retourner a u Pere d e las C a f a s , c o m m e le R o y eftoit tout n o u u e l l e m e n t arriué à la C o u - 1 5 1 7 . r o n n e , & d a n s la Caftille ; ioint qu'il eftoit e n core ieune, il auoit defia baillé prefque tous les G o u - Les Miniftres u e r n e m e n s d e Ces R o y a u m e s à des F l a m a n s ; & c o m m e Flamans gouils ne connoiffoient pas les p e r f o n n e s , ils agiffoient d a n s uernent tout les affaires auec d e g r a n d e s ponttualitez , & e n retar- dans la Caftildaient par ce m o y e n les d é p e f c h e s , d e crainte d e t o m - le. b e r dans l'erreur ; Ils n e fe c o n f i d e n t à perfonne , d e crainte d'eftre t r o m p e z ; à caufe d e q u o y toutes chofes demeuroient e n fufpens. E t e n c o r e plus les affaires des Indes, c o m m e des terres efloignées & i n c o n n u e s , d o n c on ne faifoit pas alors tant d e cas, à caufe qu'il n'en v e noie pas tant d e richeffes c o m m e il e n eft arriué depuis. Mais q u a n t a u x informations q u e l'on auoit apportées de ces quartiers-là, celle q u e d o n n a D e las Cafas a u grand C h a n c e l i e r , c h e z qui il s'eftoit introduit profita de b e a u c o u p . D'ailleurs les Caftillans Indiens qui c o n n o i f f o i e n t le Pere d e las C a f a s , procuroient auffi , le V o y a n t fauorifé du g r a n d Chancelier , d e luy faire c o n noiftre fes intentions , & fa violence , & firent la m e f m e cHofe enuers l ' E u e f q u e d e B u r g o s , & le C o m m a n d e u r Lope d e Conchillos. M a i s c o m m e le g r a n d C h a n c e - Le grand Chalier tenoit t o u s les autres Miniftres e n fufpens p o u r l'e- celier tient touecution des affaires , o n n'auançoit r i e n ; & les n é g o - tes chofes enfes cian s partaient i n c e f f a m m e n t a u R o y , le fuppliant d'or- mains. 1. D e c . S

P


H I S T O I R E DES I N D E S 138 d o n n e r qu'ils fuffent e x p é d i e z , p a r c e qu'à caufe d e ces 1 5 1 7 . l o n g s r e t a r d e m e n s , cela leur caufoit v n e n o t a b l e perte; m a i s n o n o b f t a n t toutes ces fupplications il les renuoyoit toufiours a u g r a n d C h a n c e l i e r , a u e c lequel le C o m m a n d e u r L o p e d e C o n c h i l l o s eut q u e l q u e s paroles touchant la d é p e f c h e d u n é g o c e des I n d e s q u i paffoit par fes mains, p a r c e q u e les Miniftres E f p a g n o l s n e fouffroient qu'à regret cette m a n i e r e d e G o u u e r n e m e n t d u g r a n d C h a n celier; office d o n t o n n'auoit i a m a i s o u y parler dansées R o y a u m e s . A caufe d e q u o y L o p e d e C o n c h i l l o s refoConchtilos lut d e fortir d e la C o u r ,& fe retirer à T o l e d e o ù eftoit Cour. f o n hoftel. L ' o n m i t e n fa p l a c e F r a n ç o i s d e los C o b o s , q u i eftoit v e n u d e F l a n d r e s a u e c le R o y , à caufe que M o n f e u r d e G e v r e s l'affectionnoit , p a r c e qu'il eftoit fort p r u d e n t & a i m a b l e ;& il n e feruit pas p e u a u x affaires d u R o y a u m e , à caufe d e la g r a n d e connoiffance qu'il e n a u o i t , y ayant efté inftruit d é s fa ieunefle. D a n s c e m e f m e t e m p s , v n p e u a u a n t q u e le C o m m a n d e u r C o n chillos a b a n d o n n a i t le n é g o c e d e s I n d e s , c o m m e luy & l ' E u e f q u e I e a n R o d r i g u e d e F o n f e q u e , a u o i e n t fait exp é d i e r v n B r e u c t , afin q u e D i e g o V e l a f q u e z fans dépend r e d'autruy fuft G o u u e r n e u r d e Cuba, l ' A d m i r a l D i e g o C o l o n q u i eftoit alors e n C o u r e n a y a n t e u a u i s , s'en plaignit a u G r a n d C h a n c e l i e r , lequel fit f u f p e n d r e l'af faire, q u o y q u e d e p u i s il e n fut e x p é d i é v n a u t r e , par l e q u e l e n c o r e q u e l ' A d m i r a i le vouluft, il n e luy pouuoit p a s ofter cette c h a r g e . A p e i n e F r a n ç o i s H e r n a n d e z d e C o r d o u ë eftoit-il arriue à Habana, o u a u port d e Carénas, que l'on eut des Les nouuelles n o u u e l l e s à la C o u r d e la d e f c o u u e r t e d e Tucatan, qu'ils de la defcouuerte de Yuca-exaltoient c o m m e v n e c h o f e d e g r a n d e i m p o r t a n c e , tan arriuent q u i n e le fut pas tant, toutefois c o m m e il parut depuis. en Cour. L ' A d m i r a l d e F l a n d r e s par l'induction d e s Caftillans, qui p a r v n defir d e g a g n e r la f a u e u r d e s Miniftres,& des fauoris F l a m a n d s , luy d o n n o i e n t des auis d e d e m a n d e r a u R o y d e s f a u e u r s ; fupplia fa M a i e f t é d e luy faire vn d o n d e cette terre, o u g r a n d e Ifle, n o u u e l l e m e n t defcou-

quitte la


O C C I D E N T A L E S , LIVRE

II

139

uerte, q u e l'on appelloit déja Yucatan ; parce qu'il auoit enuié d e defpenfer v n e partie d e fon bien p o u r y aller, o u 1 5 1 7 . pour enuoyer la peupler de F l a m a n d s , & qu'il la luy d o n nait par droit féodal, e n r e c o n n i f f a n t touiiours le R o y c o m m e Vaffal. E t afin qu'il la pûft peupler plus facilem e n t ,& la pouruoir d e ce qui luy feroit n e c e ffaire , il luy donnait- auffi le G o u u e r n e m e n t d e Cuba. L e R o y luy accorda facilement fa d e m a n d e , parce q u e M o n - Le Roy donne à l'Admiraide lieur de G e v r e s qui eftoit ie premier A d u o c a t p o u r les Flandres les dons & largeffes, ne fçauoit pas e n c o r e c e q u e c'eftoit des Indes. Indes,& c o m b i e n cette d o n a t i o n importoit a u R o y , & principalement v n e terre n o u u e l l e m e n t defcouuerte; dont ii fut fort fafché d e l'auoir fait. C e quifitq u e les Caftillans s'y oppoferent auffi toft, reprefentant le tort que cela feroit à la C o u r o n n e ; outre le preiudice que les Caftillans e n receuroient ,& plufieurs autres i n c o n u e niens qu'ils reprefenterent,& particulierement l'iniuftice que l'on feroit à l'Admiral des I n d e s , d o n t les interefis& les feruices d e fon pere s'alloient aneantir par l'vfurpation q u ' e n vouloit faire le g r a n d Chancelier. Enfin cette d o n a t i o n faite à l'Admiral d e Flandres fut fufpenduë, luy reprefentant, q u e iufques à ce q u e le procesque l'Admirai des Indes auoit f o r m é contre le fifque fur les droits d e fes priuileges, le R o y n e p o u u o i t p a s faire v n e d o n a t i o n d efig r a n d e i m p o r t a n c e . O u t r e q u eRévocation de l'on eftoit affez i n f o r m é q u e l'ifle d e Cuba, d o n t le G o u - ce don. u e r n e m e n t appartenoit directement à l'Admirai des Indes, le qu'il la poffedoit en paix, difficilement luy p o u uoit-on accorder cette d e m a n d e à fon preiudice ; Sibien que par ce m o y e n l'Admiral d e Flandres fut fruftré de la donation d e tucatan,& d e la nouuelle E f p a g n e , ayant défia fait venir quatre o u cinq nauires pleins d e L a b o u reurs à S . L u c a r p o u r e n u o y e r a u x Indes, lefquels s'en retournerent e n leur pais. D a n s ce m e f m e t e m p s il vint d e Portugal e n Caftille F e r n a n d d e M a g e l l a n , q u o y qu'vn Hiftorien Portugais Magellan mal ait dit q u e ce fut e n l'an 1518. h o m m e N o b l e ,& q u icontent du Roy

S ij


140

H i s T O i R E

DES INDES

auoit feruy le R o y D o n M a n u e l dans les Indes Orientales, A l o n f e d ' A l b u r q u e r q u e eftant alors Capitaine gêde Portugal fe nerai, auec lequel il s'eftoit trouué à l'entreprife d e Maretire en Caf laga, o ù il rendit d e grandes preuues de fa valeur. Mais tille. c o m m e il n e pouuoit pas tirer r e c o m p e n f e d e fes feruices félon fes prétendons, & q u e m e f m e il s'en eftoit plaint, il rit fçauoir au R o y le m e f c o n t e n t e m e n t qu'il e n auoit. C o m m e d o n c il n e pouuoit fournir auec patience que l'on luy refufift les faueurs qu'il d e m a n d a i t , il refolut d e fedénaruralifer d u R o y a u m e de Portugal, & e n ayant paffé v n acte pardeuant les Notaires, il paffa en Caftil. le, la C o u r eftant alors à Valiadolid ; & a u c q u e luy vn Bachelier appelle R u y Falero , qui paroiffoit eftre grand Aftroiogue & g r a n d C o f m o g r a p h e , lequel à ce qu'affirm e n t les Portugais auoit v n Diable familier, & q u e pour l'Aftrologie il n'en fçauoit a u c u n e chofe. C e u x - c y s'offrirent d e faire voir q u e les lfles des M o l u q u e s , & les Offres de Ma- autres d'où les Portugais apportoient les Efpicerics,tomgellan & de boient dans les limites de la C o u r o n n e d e Caftille, & Ruy Falero. qu'ils trouueroient v n c h e m i n p o u r y aller fans toucher à celuy q u e les Portugais tenoient pour aller e n l'Inde Orientale ; & qu'ils iroient par v n certain détroit de m e r , qui iufques-là auoit efté i n c o n n u aux h o m m e s C e s nouuelles ayant efté divulguées, ils e n confulterent a u e c Iean R o d r i g u e d e F o n f e q u e E u e f q u e de Burgos, qui auoit la charge des affaires des Indes ; lequel n e voulant pas negliger cette offre, les m e n a au g r a n d C h a n celier, qui déclara au Roy & à Monfieur de Gevres la pretenfion des Portugais. Fernand de Magellan portoit v n G l o b e bien peint, o ù toute la terre paroiffoit, & m o n t r a par ce G l o b e le c h e m i n qu'il pretendoit tenir, & par fon induftrie il laiffa le deftroit en blanc, afin que l'on n e pûft pas errer. L'on fit quantité d'affemblées fur cette affaire , plufieurs d e m a n d e s & plufieurs refponfes; Et les plus grands Miniftres entr'autres luy d e m a n gellan. derent quel c h e m i n il vouloir prendre. Il leurditqu'il iroit par le cap d e Sainte M a r i e , qui eft la riuiere de la

1517.

Raifonnemens fur la propofi tion de Ma-


O C C I D E N T A L E S ,

L I V R E II.

141

plata, & d e là il iroit le l o n g d e la côfte e n r e m o n t a n t iufques à r e n c o n t r e r le détroit. Ils l u y d e m a n d e r e n t , q u e 1517. FI e n cas qu'il n e t r o u u a f t p a s le détroit c o m m e il le penfoit t r o u u e r , p a r o ù il iroit p o u r paffer à l'autre m e r ; Il fit r e f p o n f e qu'il iroit p a r le c h e m i n d e s P o r t u gais, puis q u e p o u r m o n t r e r q u e les M o l u q u e s t o m b o i e n t d a n s les limites d e Caftille, il p o u u o i t bien aller p a r leur c h e m i n fans leur preiudicier. M a i s qu'il eftoit très affuré d e t r o u u e r le détroit, p a r c e qu'il auoit v e û v n e c a r te m a r i n e q u e M a r t i n d e B o h e m i a P o r t u g a i s , natif d e l'Ifle d e F a y a l , g r a n d C o f m o g r a p h e ,& d e g r a n d e r e p u tation auoit faite, d a n s laquelle il a u o i t e u b e a u c o u p d e lumiere d u détroit. O u t r e q u e F e r n a n d d e M a g e l l a n Louable action eftoit h o m m e e x p é r i m e n t é e n la m e r ,& d o u é d e g r a n d de Magellan. i u g e m e n t ; l'on r a c o n t o i t d e luy, q u e d e u x n a u i r e s Portant des I n d e s p o u r v e n i r e n P o r t u g a l , d a n s lefquels il s'eftoit e m b a r q u é , ils r e n c o n t r e r e n t d e s b a n c s o ù ils e f c h o u é r e n t , m a i s q u e t o u s c e u x q u i eftoient d e d a n s fe f a u u e r e n t d a n s les c h a l o u p p e s a u e c q u a n t i t é d e v i ures ,& fe g a r e r e n t d a n s v n e Iflette q u i eftoit là a u p r è s ; d'où ils refolurent d ' e n u o y e r , o u d'aller, à v n certain p o r t d e l'Inde q u i eftoit à q u e l q u e s lieues d e là. E t d ' a u t a n t qu'ils n'y p o u u o i e n t p a s aller t o u s à la f o i s , il y e u t d e g r a n d e s conteftations à q u i iroit d e s p r e m i e r s . L e s M a riniers& les autres g e n s d e m e r difoient qu'ils d e u o i e n t aller d e s p r e m i e r s . E n f i n M a g e l l a n v o y a n t toutes c e s c o n t r a r i e r e z , d i t , Que fes Capitaines & laNobleffepartent lespremiers,pour moyie demeurerayauec les Mariniers, condition que vous ferenferment,&nouspromettrezqu'estant arriuez vous enuoyerez auffi toft des barques pour nous au-

tres. L e s M a r i n i e r s& les a u t r e s m e n u e s g e n s f u r e n t c o n t e n s d e d e m e u r e r a u e c M a g e l l a n ; m a i s c o m m e il eftoit d a n s v n b a t e a u ,& qu'il c o n g e d i o i t les p r e m i e r s , les m a r i n i e r s s ' i m a g i n a n t qu'il s'en v o u l o i r aller auffi; il y e n e u t v n q u i dit, Ha , Seigneur Magellan , ne nous Magellan auez vous pas promis de demeurer aueque nous ? Il leur fit fectue fa

r e f p o n f e qu'il estoit vray,&

a u m e f m e m o m e n t il fauta role.

S iij

efpa-


H I S T O I R E DES INDES à terre, & dit, Me voicy ,& ainfi il d e m e u r a a u e c e u x ;

142

1517.

m o n t r a n t p a r là qu'il eftoit h o m m e d e b o n n e f o y , & c o u r a g e u x p o u r e n t r e p r e n d r e d e s chofes d e h a u t e c o n f e q u e n e e , & qu'il auoit d e la r e c e n u ë& d e la p r u d e n c e , q u o y qu'il n e paruft p a s tel à fa m i n e , p a r c e qu'il eftoit d e petite ftature.

L'ON

RESOVT

AV

CONSEIL

d'envoyer des Negres aux Indes. Lope de Sofa eft pourueu de la Terre-ferme. Mort du grand Chancelier. L'on traite au Confeil des affaires des Indes a part comme auparauant. CHAPITRE

XX.

A R T H E L E M Y d e las C a f a s v o y a n t q u e toutes fes p r é t e n d o n s r e n c o n t r a i e n t d e s difficultez d e tous coftez,& q u e les faueurs qu'il penfoit s'eftre acquifes p a r la familiarité qu'il auoit a u e c . le g r a n d C h a n c e l i e r , n e p o u u o i e n t fortir leur effet felon f o n int e n t i o n , il c h e r c h a d'autres e x p e d i e n t s ; q u i furent d e p r o c u r e r d ' e n u o y e r a u x Caftillans q u i refidoient d a n s les l'on refout I n d e s v n e flotte d e N e g r e s , afin q u e p a r c e m o y e n , f o i t d'enuoyer desd a n s les h é r i t a g e s , o u a u x m i n e s , les I n d i e n s e n fuffent Negres dans d'autant plus foulagez.Ilp r o c u r a auffi d'amafter v n b o n les Indes. n o m b r e d e L a b o u r e u r s p o u r y paffer, a u e c d e s priuileges & libercez q u i leur f u r e n t a c c o r d e z . L e C a r d i n a l A d r i e n d e T o r t o f e e f c o u t a toutes ces p r o p o r t i o n s , q u i les fit fçauoir a u g r a n d C h a n c e l i e r & a u x F l a m a n d s ;& afin q u e l'on fçeuft a u vray le n o m b r e d'efclaues N e g r e s qu'il eftoit neceffaire d ' e n u o y e r d a n s les q u a t r e lfles, à fçauoir

B

l'Efpagnolle , l a Fernandine , Saint Iean, & Iamayca, l ' o n

efcriuit a u x Officiers d e la M a i f o n d e Seuille p o u r fçauoir leur f e n t i m e n t là d e f f u s ; lefquels m a n d e r e n t qu'il e n faloit e n u o y e r q u a t r e mille, Il n e m a n q u a p a s d e g e n s


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II.

143

q u i p o u r g a g n e r les b o n n e s g r â c e s d u G o u u e r n e u r d e la B r e f a , G e n t i l h o m m e F l a m a n d d u C o n f e i l d u R o y , & G r a n d M a i f t r e d e fa M a i f o n , luy e n d o n n e r e n t ; l e q u e l e n d e m a n d a n t la p e r m i f f i o n a u R o y , elle luy fut a u f f i toft a c c o r d é e , & c e l u y - c y la v e n d i t a u x G e n n o i s , m o y e n n a n t la f o m m e d e v i n g t - c i n q mille efcus ; à c o n d i t i o n q u e le R o y n'en deliureroit p o i n t d'autre e n pareil c a s . & qu'il n e la r e u o q u e r o i t p a s p e n d a n t huit a n s . C e p e n d a n t cette permiffion fut fort p r e i u d i c i a b l e p o u r les habitans d e s q u a t r e Ifles, & p o u r les I n d i e n s , p o u r le f o u l a g e m e n t d e f q u e l s cela a u o i t efté o r d o n n é ; p a r c e q u e FI cette d o n a t i o n fuft d e m e u r é e f i m p l e c o m m e elle a u o i t efté d o n n é e , fans l'auoir v e n d u e f o u s ces c o n d i t i o n s , t o u s les Caftillans y euffent m e n é d e s E f c l a u e s ; M a i s c o m m e les G e n n o i s la v o u l o i e n t v e n d r e f e p a r é m e n t , c'eft à dire v n à v n , p o u r e n tirer d a u a n t a g e d ' a r g e n t , il fe t r o u u a peu d e perfonnes qui en v o u l u r e n t acheter. P o u r r e m é dier à c e m a l , il y e n eut q u i dirent a u R o y qu'il payaft des deniers d e fa C h a m b r e ces v i n g t - c i n q mille efcus a u G o u u e r n e u r d e la B r e f a , & q u e cela apporteroit v n g r a n d profit à f o n E f p a r g n e & à fes vaffaux ; m a i s c o m m e il eftoit alors efpuifé d ' a r g e n t , & q u ' o n n e luy p û t p a s bien faire e n t e n d r e l'affaire , o n n e parla p a s d e cela dauantage. D a n s c e m e f m e t e m p s le R o y partit d e V a l l a d o l i d , p o u r aller vifiter le R o y a u m e d e la C o u r o n n e d ' A r r a g o n ; & d a n s A r a n d a d e D u e r o , l'on r e c o m m e n ç a à traiter d e s e x p é d i e n t s q u e D e las C a f a s p r o p o f o i t t o u t d e n o u u e a u p o u r le f o u l a g e m e n t d e s I n d i e n s ; & q u o y qu'il fuft fait plufieurs a f f e m b l é e s fur c e fujet fans p o u uoir rien c o n c l u r e , cela fut différé i u f q u e s à S a r a g o c e , L a a y a n t e u a d u i s d e s c o u r f e s q u e les C a p i t a i n e s d e P e drarias a u o i e n t faites fur les I n d i e n s , par la relation q u ' e n fit F r e r e F r a n ç o i s d e S . R o m a i n , d e l ' O r d r e d e S a i n t F r a n ç o i s , q u i exageroit fort les g r a n d s m a u x & l e s d e f a f tres q u e l ' o n y auoit c o m m i s , l'on a c h e u a d e r e f o u d r e la propofition ; q u i fut d ' e n u o y e r v n fucceffeur à P e d r a -

1517.


HISTOIRE DES INDES 144 rias;à q u o y aida b e a u c o u p l ' E u e f q u e d e B u r g o s , d e fa f r a n c h e v o l o n t é , q u o y q u e c e fuft luy q u i euft e n u o y e 1517. Pedrarias à ce G o u u e r n e m e n t ; P a r c e qu'encore q u e d u v i u a n t d u C a r d i n a l X i m e n e z l'on auoic traité d e ce changement,& q u e l'on auoit ietté les y e u x fur L o p e d e S o f a , q u i auoic efté p o u r u c u d e cette c h a r g e ; la m o r t d u C a r d i n a l , q u i arriua auffi toft, la v e n u e d u R o y , & la diligence qu'il falut a p p o r t e r à d'autres afce de Pedrafaires plus p r e n a n t e s , e m p e f c h e r e n t q u e celle-là n e fuît p a s tout à fait c o n c l u e , n y m e f m e celle q u i auoit efté p r o p o f é e à S a r a g o c e à caufe d e la m o r t d u g r a n d C h a n celier. Et e n c o r e q u e le R o y euft n o m m é v n aucre Flam a n d , q u i eftoit D o y e n d e B e z a n ç o n ,& q u i d e p u i s fut créé E u e f q u e d e M e c i n e , c e p e n d a n t qu'il e n vinft v n autre q u e l'on faifoit venir d'Italie ,& qu'il faloic q u e celui-cy euft la c o n n o i f f a n c e d e toutes c h o f e s , qu'il eftoit h o m m e pefant & p h l e g m a t i q u e , il agiffoit fort l e n c e m e n t d a n s les affaires, q u o y q u e defia il entraft d a n s le C o n f e i l d e s I n d e s I ' E u e f q u e d e B u r g o s , H e r n a n d o de V e g a Seigneur d e Grajal, g r a n d C o m m a n d e u r d e Caftille, G a r c i a s d e Padilla, le L i c e n c i é Z a p a c a , & Pierre M a r t i n d ' A n g l e r i a M i l a n o i s ,& auec eux François d e los C o b o s , qui alloit toufiours a u g m e n t a n t e n f a u e u r & e n authorité. C e l u y - c y d o n n o i t toute la c o n noiffance d e s affaires à M o n f i e u r d e G e v r e s , lequel fe fioit plus à luy q u ' à tous les autres. O r c o m m e il y auoit v n e tres-eftroite amitié encre F r a n ç o i s d e los C o b o s , I ' E u e f q u e d e B u r g o s ,& A n c o i n e d e F o n f e q u e f o n frère, S e i g n e u r d e C o c a & d ' A l a e j o s , cela fut c a u f e q u e I'Eu e f q u e d e B u r g o s a c c o r d a qu'il y auroit v n C o n f e i l p a r ciculier p o u r les affaires d e s I n d e s , a u e c les p e r f o n n e s cy-deffus n o m m é e s , c o m m e il y auoit defia a u p a r a u a n t ; m a i s q u i auoit efté f u f p e n d u par la c o n n o i f f a n c e q u e l'on auoit d o n n é e a u R o y d e fa paffion.

Lope de Sofa eft nommepour aller en la plarias.

De ceux qui eftoient dans le Confeil des Indes.

LE


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II;

LE

145

ROY FAIT REVENIR EN Çaftille les Peres Hieronimites. Pedrarias ennuoye prendre prifonier l'Adelantado Vafco Numez de Balboa. C H A P I T R E

XXI

E R o y eftant à S a r a g o c e , le P e r e H i e r o f m e B e r n a r d i n d e M a n ç a n e d o y arriua, q u i v e n o i t d e s 1517. I n d e s ;& q u o y q u e le R o y l'euft e f c o u t é v o l o n tiers, il n e laiffa p a s d e le r e n u o y e r a u C o n f e i l ; & c o m m e c'eftoit le C a r d i n a l d e T o l e d e F r a n ç o i s X i m e n e z q u i auoit e n u o y e ces R e l i g i e u x p o u r g o u u e r n e r les I n d e s , ou d u m o i n s p o u r r e f o r m e r les a b u s , c o n t r e le f e n t i m e n t d e l ' E u e f q u e d e B u r g o s , q u i eftoit c e l u y q u i prefidoit alors, il n e le r e g a r d a p a s d e b o n œ i l . F r e r e B e r n a r d i n f e voyant e n q u e l q u e f a ç o n r e b u t é , refolut d ' a b a n d o n ner les affaires,& fe retirer e n f o n M o n a f t e r e . P e u d e L'on fait r e u e temps après l ' E u e f q u e fit e n forte q u e l'on m a n d a a u x nir les Pères Pères H i e r o n i m i t e s q u i eftoient reftez à l ' E f p a g n o l l e , Hieronimites qu'ils s'en reuinffent. C e p e n d a n t F e r n a n d d e M a g e l - des Indes. lan & R u y F a l e r o fuiuirent la C o u r à S a r a g o c e ;& comm e il arriua là v n A m b a f f a d e u r d e P o r t u g a l p o u r traiter du m a r i a g e d e M a d a m e L e o n o r f œ u r d u R o y , a u e c le R o y D o n M a n u e l d e P o r t u g a l , le bruit c o u r u t qu'il eftoit v e n u p o u r tuer M a g e l l a n & R u y F a l e r o ; c'efl pourquoy ils fe tenoient tous deux fur leurs gardes ; & à la & qu'ils retardoient chez l'Euefque de Burgos iufques Magellan Falero appréàlanuit, il les faifoit c o n d u i r e p a r fes g e n s . P o u r fahendent d'eftre ciliter d o n c le r e t o u r d e s P è r e s H i e r o n i m i t e s , il fut o r - tuez. d o n n é ; Q u e l'on p o u r u o i r o i t R o d r i g u e d e F i g u e r o a d e l'Office d ' I n t e n d a n t d e Iuftice d e l ' E f p a g n o l l e , p o u r examiner tous les Officiers R o y a u x , & c e u x d e l ' A d m i r a l ;

L

2. Dec.


146

1517.

HISTOIRE

DES

INDES

Q u e D i e g o V e l a f q u e z iroit à Cuba,& le D o c t e u r d e la G a m a e n l'Ifle d e Saint lcan, à pareille fin ; & q u e l'on " fift faire diligence à L o p e d e S o f a p o u r aller e n terre» f e r m e p r e n d r e la p l a c e d e P e d r a r i a s ,& luy faire rendre » c o m p t e , & à t o u s fes Officiers. L e P e r e d e las Cafas p o u r f u i u o i t auffi alors f o n i n f t a n c e p o u r la p e u p l a d e des I n d e s ;& c o m m e le C a r d i n a l A d r i e n eftoit p o r t é pour c e l a , il luy fit d o n n e r d e s c o m m i f f i o n s q u i s'adreffoient à tous les Prélats, Iuftices,& M a i f t r e s d e P o l i c e de t o u t le R o y a u m e , leur m a n d a n t qu'ils luy d o n n a f f e n t c r é a n c e& f a u e u r ,& l'aidaffent, afin qu'il pûft amaffer q u a n t i t é d e L a b o u r e u r s p o u r aller p e u p l e r les I n d e s , & iouïr d e plufieurs priuileges q u i leur eftoient a c c o r d e z p o u r cet effet. E t l'on m a n d a e n o u t r e a u x Officiers de la M a i f o n d e Seuille, qu'ils retiraffent les L a b o u r e u r s q u e l'on l e u e r o i t ,& qu'ils les entretinffent iufques à ce q u e la flotte fuit prefte à partir. O r le P e r e d e las Cafas choifit v n n o m m é B e r r i o p o u r l'aider à faire cette leu é e , a u q u e l le R o y bailla la c h a r g e d e C a p i t a i n e , q u o y qu'il n e feruift p a s b i e n a u g o u f t d u P e r e d e las Cafas; lequel p o u r l'honorer d a u a n t a g e , le R o y le fit f o n C h a p e l a i n , afin qu'il agift a u e c plus d'authorité e n l'affaire d o n t il p r o m e t t o i t tant d e fruit. E n f i n il partit p o u r aller e n Caftille a u e c fes d é p e f c h e s ,& efcriuit p a r tout o ù il paffoit à q u a n t i t é d e L a b o u r e u r s , q u e l'on enrolloit p o u r aller a u x I n d e s . E t d ' a u t a n t q u e B e r r i o f o n aid e le laiffa,& s'en alla faire fa l e u é e d a n s l ' A n d a l o u f i e , difant q u e les S e i g n e u r s d e Caftille,& particulierement le C o n n e t t a b l e , l ' e m p e f c h o i e n t d e leuer d e s g e n s fur leurs terres, il s'en r e t o u r n a à S a r r a g o c e ;& B e r r i o tira d ' A n r e q u e r a d e u x c e n s h o m m e s ,& les m e n a a Seuille , aufq u e l s les Officiers d e la M a i f o n d o n n e r e n t les chofes neceffaires , a u e c l ' e m b a r q u e m e n t , & les e n u o y e r e n t à I'Efpagnolle. D e forte q u e p o u r lors cette p e u p l a d e d u P e r e d e las C a f a s n'eut p a s d'autre effet, d e laquelle il p r o m e t t o i t tant d e b i e n p o u r le R o y & p o u r les I n d i e n s . M a i s il fe plaignoit toufiours d e l ' E u e f q u e d e B u r g o s

De las Cafas leue des Laboureurs pour enuoyer aux Indes.

Le Royfait De las Cafas fon Chapelain.

De las Cafas fe plaint de l'Euefque de Burgos,


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II

147

DE CE qu'il le c o n t r e d i f o i t EN t o u t , & QU'il NE luy d o n 1517. noit pas les affiftances neceftaires. O r c o m m e il N'EFT p a s à p r o p o s DE paffer PLUS a u a n t p o u r laiffer e n arrière les affaires d e D a r i e n , n o u s d i r o n s q u e G a r a b i t o eftant arriue à la VILLE,& QU'il e u t DONNÉ la lettre d e V a f c o N u n e z À P e d r a r i a s ,& récité CE QUE Indignation de Pedrarias n o u s a u o n s dit c y - d e u a n t , il c h e r c h a auffi toft les m o - contre Nunez. yens p o u r faire p r e n d r e N u n e z . Il luy d e m a n d a CE QU'il faifoit, & o ù il eftoit lors qu'il l'auoit quitté. G a rabito, & c e u x q u i eftoient v e n u s a u e q u e luy d i r e n t , qu'ils l'auoient laiffé d a n s l'Ifle d e s P e r l e s , faifant hafter les b r i g a n t i n s ,& qu'il a t t e n d o i t a p r è s d e certaines c h o fes qu'IL luy e n u o y o i t d e m a n d e r p o u r les a c h e u e r , & CE QU'il v o u d r o i t o r d o n n e r qu'il fift. C e s paroles appaifeRENT e n q u e l q u e forte l'efprit d e P e d r a r i a s ; m a i s auffi toft apres r e t o m b a n t d a n s fes f o u p ç o n s & d a n s fes a p p r e h e n fions ,& n e p o u u a n t m e f m e retenir q u e l q u e s p a r o l e s , il EN dit q u e l q u e s - v n e s c o n t r e N u n e z ;& luy m a n d a qu'il vinft À Acla, f e i g n a n t l u y v o u l o i r c o m m u n i q u e r DES chofes neceffaires p o u r f o n v o y a g e ; p a r c e q u e laiffant À part la lettre q u e G a r a b i t o auoit efcrite c o n t r e N u n e z , & le m a u u a i s office q u e l'on i u g e a qu'ilfitlors qu'il fe vit a u e c P e d r a r i a s ; le T r e f o r i e r A l o n f e d e la P u e n t e e n n e m y DE V a f c o N u n e z , À c a u f e qu'il luy auoit d e m a n d é q u e l q u e o r qu'il luy auoit prefté; il recita À P e d r a r i a s tout ce q u e le foldat q u i eftoit e n fentinelle auoit e n t e n d u q u e V a f c o N u n e z a u o i t dit À V a l d e r r a b a n o & a u x autres, c e q u i l u y c o n f i r m a d a u a n t a g e fes f o u p ç o n s . O r c'eft v n e c h o f e fort eftrange , d e dire qu'il NE le t r o u u a p e r f o n n e e n c e r e n c o n t r e q u i euft la charité DE d o n n e r aduis à V a f c o N u n e z d e l'indignation d e P e d r a r i a s a l e n c o n t r e d e luy , p o u r le d e f t o u r n e r d u peril o ù il s'alloit p l o n g e r , p a r le p e u d e c o n f i a n c e QU'IL e n d e u o i t e f p e rer s'IL LE v e n o i t t r o u u e r f u i u a n t f o n m a n d e m e n t ; p a r OÙ L'on i u g e q u e cela n e p r o c e d o i t q u e d e la g r a n d e a p p r e h e n f i o n qu'ils a u o i e n t t o u s d e d e f o b e ï r a P e d r a r i a s . PEPENDÂT COMME P e d r a r i a s NE s'IMAGINOIT p a s qu'IL v i e n -

T ij


148 1517.

HISTOIRE

DES

INDES

droit fur v n e fimple lettre, après qu'il f e u t e n u o y é e , il d o n n a o r d r e à F r a n ç o i s P i ç a r r o d e partir e n diligence a u e c le plus d e g e n s a r m e z qu'il p o u r r o i t , & qu'il fallait, p r e n d r e e n q u e l q u e lieu qu'il le peuft rencontrer. L ' o n tient qu'il y auoit v n Italien a u e c V a f c o N u n e z . a p p e l l e M e f f e r C o d r o , A f t r o l o g u e , l e q u e l defireux de voir le M o n d e auoit paffé d a n s les I n d e s , q u i luy dit

Pedrarias enuoye Pizarro pour fe faifir de Nunez,.

l o r s q u ' i l e f t o i t d a n s D a r i e n , que l'année qu'il fe verrou

vne certaine Eftoile dans vn lieu qu'il luy defigna, il courvoit grand

rifque de fa perfonne s Mais

que s'il pouuoit ef-

chaper cette mauuaife pronoftication, il feroit le plus grand Seigneur, le plus riche, & le plus renommé Capitaine qu'il y auroit dans toutes les Indes. O r q u e l q u e s i o u r s a u p a r a u a n t

il vit cette Eftoile, & a u m e f m e lieu qu'il luy auoit defigné, & fe m o q u a n t d e c e q u e luy auoit dit M é f f e r C o d r o , il dit à c e u x q u i eftoient a u e q u e l u y , que l'homme qui croyoit aux Deuinations eftoit digne de rifée ,&

leu

recita c e qu'il luy a u o i t dit e n leur m o n t r a n t l'Eftoile, &

deraftqu'il poffedoit quatre nauires, trois sensh o m m e s ,qu'

eftoit dans la mer du Sud, & tout preft d'y nauiger.

E n f i n c o m m e les h o m m e s n e p e u u e n t euiter leur d e f Pedrarias, partit suffi toft p o u r a c c o m p l i r le m a n d e m e n t q u i l u y eftoit fait, a p r è s auoir laiffé la c h a r g e d e s nauires à F r a n ç o i s comp a n o n . C o m m e il fut forty a Acla p o u r s'en v e n i r , les M e f f a g e r s luy dirent q u e P e d r a r i a s eftoit fort i n d i g n é c o n t r e luy ; m a i s il p r e f u m o i t tant d e f o n i n n o c e n c e , qu'il s'imaginoit q u e cela feul fuffiroit p o u r l'appaifer, & a d o u c i r fes f e n t i m e n s . P u i s i n c o n t i n e n t après a y a n t rencontré François Piçarro, a c c o m p a g n é c o m m e nous le v e n o n s d e dire, il l u y d i t , Qu'eft-ce-cy, François pi-

Nunez, vient au mandémet tinée, V a f c o N u n e z a y a n t r e ç e u la lettre de de Pedrarias.q u i eftoit alors d a n s l'ifle de las Tortugas, il

çarro, vous n'auiez pas

accouftumé

de venir

au deuant

de

moy pour me receuoir dans vn tel equipage? Et e f t a n t a r r i u e ,

P e d r a r i a s le fit auffi toft m e t t r e prifonier d a n s la m a i f o n de C a f t a n e d a , & cependant B a r t h é l é m y H u r t a d o


O C C I D E N T A L E S , L I V R E II. 1 4 9 S'en alla a u x lfles p o u r p r e n d r e poffeffion d e l ' a r m é e en f o n n o m e n la p l a c e d e N u n e z . I n c o n t i n e n t a p r è s Efpinofa fon L i e u t e n a n t g ê n e r a l eut ordre d e p r o c é d e r à r e n c o n t r e d e N u n e z d a n s le p a r q u e t félon t o u t e s les rigueurs d e Iuftice, & e n l'eftat q u e l'on l'auoit t r o u u é . E t Pedrarias l'eftant allé vifiter e n la m a i f o n d e C a f t a neda , luy dit p o u r le c o n f o l e r ; Mon fils, ne foyet point en peine de

1517.

Paroles de Pe-

vous voir prifonier , ce n'eft que pour donner

drarias à Nu-

nez.

de lafatisfaction au Threforier Alonfe de la Puente que l'on agit ainfi

contre vous ; Ce vous fera vne occafion four faire

paroiftre

voftrefidelité;E t c e p e n d a n t o n n e laiffa p a s q u e d e

faire toutes les p t o c e d u r e s i u f q u e s à la définition d u p r o cès. E n fuite d e cela P e d r a r i a s s ' i n f o r m a d e f o n L i e u tenant g ê n e r a l d e l'eftat d u p r o c è s , & d e la c o u l p e q u i e n p o u u o i t refulter c o n t r e V a f c o N u n e z , & a y a n t a p prisqu'il eftoit c o u p a b l e d e m o r t , il le r e t o u r n a v o i r , & luy dit; Iufques icy ie vous ay traité, & aueque vous comme

me fuis comporté

i'eufie pu faire auec mon propre fils, parce

que ie croyois que vous eftiez fidèle au Roy, & à moy fin nom , comme vous eftes voulu &

vous le deuiez eftre. Mais

en fon

puis que

reuolter contre la Couronne

vous

de Caftille,

que vous n'auez pas correfpondu aux obligations auxquel-

les vous eftiez obligé, il eft raifonnable que ie me

fepare

d'aueque vous ; que ie retire cette amitié de pere que i'auots pour vous ; &

que ie commence

a vous traiter comme

enne-

wy; & fuiuant cela d'orefnauant n'efperez point autre chofe de moy que ce que ie vous viens de déclarer. V a f c o l u y r e p a r t i t , que tout ce quon

N u n e z

Refponfe de Nunez à Pedrarias.

luy impofoit eftoit faux , que

c'eftoit vne chofe controuuée ; que iamais il rien auoit eu la penfée, & que luy-mefme pouuoit bien eftre tefmoin de fon innocence. C a r , c o n t i n u a - t ' i l fi i'euffe efté coupable en quelque façon, ie n'aurais pas vse de tant de diligence & de naïveté pour obéir à voftrem a n d e m e n t ,pour me venir mettre entre vos mains , &

dans vn temps que fi ma

confcien-

ce m'euft reproché quelque chofe, il ne m'eftoit que trop facile d'en efchaper, puis que ï'auoistrois cens hommes

a

ma

deuotion, & quatrenauires,auec lefquels ie pouuois aller cher-

T iij


150

HISTOIRE

DES

INDES

cher vne autre fortune ; eftant affectionne & eftimé d'eux com-

1517.

me

ie l'eftois, ieuffe trouué affez de terre pour m'eftablir pau-

ure ou riche. Mais

comme

ie fuis venu

dans la fimplicité,

libre de ce dont on m'accufe, ie n'ay point appréhendé a A c l a felon vostre mandement fonier de la forte , & manqué

pour

a la fidélité que

de venir

pour me voir maintenant vn

crime fe infime

ie deuois au Roy,

&

&

pri-

que d'auoir à vous qui le

M a i s n o n o b f t a n t toutes les raifons d e V a f c o N u n e z , P e d r a r i a s lefitferrer plus e f t r o i t e m e n t qu'il n'auoit efté;puis il d e m a n d a à E f p i n o f a ce q u e portoient les c h a r g e s& i n f o r m a t i o n s , & la p e i n e qu'il meritoit; l e q u e l luyfitr e f p o n f e qu'il meritoit la m o r t . M a i s qu'il luy f e m b l o i t q u ' e n c o n f i d e r a t i o n d e s g r a n d s feruices qu'il auoit r e n d u s a u R o y d a n s cette terre, qu'il pourroit b i e n le c o n d a m n e r ,& r e m e t t r e q u e l q u e c h o f e d e la r i g u e u r d e la p e i n e ; o u d u m o i n s luy octroyer la v o y e d'appellation. A q u o y Pedrarias r e f p o n d i t ; Il n'eft pas reprefentez.

iufte s'il merite la mort que l'on differe de l'exécuter.

MORT

DE VASCO

NVNEZ.

Ordres que donnent les Peres Hieronimites, C H A P I T R E

C

XXII.

E P E N D A N T E f p i n o f a e u t d e la r é p u g n a n c e à d o n n e r la f e n t e n c e d e m o r t c o n t r e V a f c o N u nez, perfiftant toufiours q u ' o n luy d e u o i t d o n n e r fa g r â c e , à caufe d e s fignalez feruices qu'il auoit r e n d u s ;& protefta qu'il n e le iugeroit p a s à la m o r t fi P e d r a r i a s n e luy c o m m a n d o i t e x p r e f f é m e n t , & par efcrit ; m a i s P e d r a r i a s q u i v o u l o i t q u e l'on procedaft i n c e f f a m m e n t & i r r e m i f c i b l e m e n t , felon t o u t e s les rig u e u r s d e luftice , fans v o u l o i r e f c o u t e r a u c u n e raif o n , d o n n a p a r efcrit f o n o r d r e , f o n c o m m a n d e m e n t , & la C o m m i f t i o n à E f p i n o f a ; lequel c o m m e n ç a tout

Efpinofa ne veut pas condamner À mort Vafco Nunez.


O C C I D E N T A L E S . L I V R E II

151

de b o n à agir c o n t r e N u n e z , a u e c plus d e r i g u e u r qu'il 15 17. n'auoit fait a u p a r a u a n t . Il luy r e m i t d e u a n t les y e u x la m o r t d e D i e g o d e N i c u e f a , d o n t il eftoit la c a u f e ; Efpinofa conL a prifon & les m a u x q ù ' a u o i t fouffert le B a c h e l i e r E n - damne à mort cife , q u o y q u e p o u r cela il fuft r e m i s e n liberté lors q u e Nui riz,. P e d r a r i a s arriua ; E t i o i g n a n t le tout e n f e m b l e , il le c o n d a m n a enfin à la m o r t . L o r s qu'il fut tiré d e pri- Il fort de la f o n p o u r l'aller e x é c u t e r , le b o u r r e a u alloit difant à prifon pour alh a u t e v o i x ; Voicy la luftice que le Roy noftre Seigneur or- ler a la mort. donne de faire a Pedrarias fon Lieutenant, en fon nom, a cet homme, comme traiftre & vfurpateur des terres fuxettes à la Couronne Royalle. Q u a n d V a f c o N u n e z e u t e n t e n d u ces p a r o l e s , il l e u a les y e u x e n h a u t ,& dit; C'eft vne menterie & vne fauffeté que l'on m'impofe; & ie iure par le paffage que ie m'en vay franchir , que iamais telle chofe ne m eft arriuée dans la pensée ; mais qu'au contraire m o n ame a toufiours eu deffein de feruir le Roy , & mes defirs de m'y employer auantageufement comme vn vaffal fidèle & loyal doit faire , & d'augmenter fes Seigneuries de toute m a puiffance & de toutes mes forces. M a i s ces p a r o l e s n e feruirent d e rien p o u r e x e u f e r n y Mort de Nuretarder l ' e x é c u t i o n d e la f e n t e n c e ; fi b i e n q u e la tefte nez, & de fes luy fut c o u p é e fur v n billot , a p r è s a u o i r p r e m i e r e m e n t compagnons. c o n f e f f é fes p e c h e z , c o m m u n i é , & r e c o m m a n d é f o n a m e à D i e u , f e l o n q u e le t e m p s & l'affaire le p e r m e t t o i t . Auffi toft a p r è s l'on c o u p p a auffi la tefte à V a l d e r r a b a no , à B o t e l l o , à H e r n a n d M u n o z ,& à A r g u e l l o , t o u s cinq p o u r v n e m e f m e c h o f e . E t p a r c e q u e le i o u r finiffoit lors q u e l'on vint à e x é c u t e r A r g u e l l o , t o u t le p e u ple fe m i t à g e n o u x d e u a n t P e d r a r i a s p o u r l u y d e m a n d e r fa g r â c e , difant q u e p u i s q u e les q u a t r e autres eftoient m o r t s , il f e m b l o i t q u e D i e u e n u o y o i t la n u i t p o u r e m p e f c h e r la m o r t d e c e d e r n i e r ; m a i s p o u r cela P e d r a rias n e d i m i n u a rien d e fa feuerité ; a u c o n t r a i r e , il l e u r dit q u e s'ils defiroient q u e celuy-là vefcuft, qu'il v o u l o i t que la Iuftice l'executaft e n fa p l a c e ;fib i e n qu'il franchie le p a s c o m m e les q u a t r e autres, a u e c y n g r a n d réf.


152

1517.

HISTOIRE

DES

INDES

f e r m a i e n t d e t o u s les affiftans. C e t t e m o r t fut fort regretée d e t o u s , p a r c e q u e V a f c o N u n e z eftoit v n Ca. pitaine p r u d e n t , vaillant, libéral,& faifoient g r a n d eftat d e f a p e r f o n n e , p o u r les g r a n d e s perfections qu'ils auoient r e c o n n u e s e n luy; à c a u f e d e q u o y il fera eftimé à iamais p o u r l'vn d e s plus m é m o r a b l e s C a p i t a i n e s qu'il y ait e u d a n s les I n d e s . C'eftoit v n h o m m e d e n o b l e famille, originaire d e X e r e z de B a d a j o z ,& q u o y q u e d a n s fa ieuneffe il euft m e n é v n e vie licencieufe, croiffant e n â g e , & fe t r o u u a n t d a n s les g r a n d e s o c c a f i o n s , il eftoit d e u e n u cap a b l e de faire d e g r a n d e s entreprises ;& fon malheur n e vint q u e d e la m o r t d u R o y C a t h o l i q u e , & d e celle d u C a r d i n a l X i m e n e z , q u i a u o i e n t e u v n e parfaite c o n noiftance d e fes m e r i t e s ,& q u i luy euffent d o n n é les plus g r a n d s e m p l o i s , s'il n e fuft pas t o m b é ainfi fous la d o m i n a t i o n d u T y r a n q u i luyfitp e r d r e la v i e , pluftoft par enuie & par vindication, q u ' a u t r e m e n t . L e s P è r e s H i e r o n i m i t e s c e p e n d a n t , d e f q u e l s ie m e fuis v n p e u efcarté p o u r réciter la m a l h e u r e u f e fin d e V a f c o N u n e z & de fes c o m p a g n o n s , a y a n t e n t e n d u parler d e cette m o r t ,& d'autres c h o f e s e n c o r e t o u c h a n t le p r o c é d é d e P e d r a r i a s ,& q u a n t i t é d e plaintes c o n t r e luy ; luy m a n d e r e n t d e la part d u R o y , qu'il n e fift plus rien d e f o n authorité, & fans le c o m m u n i q u e r a u C h a p i t r e d e Darien ,& qu'il e n u o y a f t tout l'or q u i auoit efté pris au C a c i q u e Paris d a n s l ' E f p a g n o l l e . E t q u a n t a u traitem e n t des I n d i e n s , l o r s q u e les P è r e s o n t c r û q u e les p e u ples d e s lfles eftoient e n r e p o s ,& qu'ils p e n f o i e n t auoir eftably leur authorité, r e c o n n o i f f a n t c o m b i e n le c h a n g e m e n t d e s I n d i e n s e n p e u p l a d e s eftoit neceffaire , tant p o u r leur c o n u e r f i o n , q u e p o u r leur b o n t r a i t e m e n t & multiplication; p a r c e q u ' e n d e certains e n d r o i t s o n auoit faute d ' h o m m e s ,& q u ' e n d'autres il y e n auoit d e refte, ils c o m m e n c è r e n t à traiter d e cette affaire, afin qu'il y e n euft qui paffaffent d a n s q u e l q u e s vilages les plus proc h e s d e s C h r e f t i e n s , les reduifant a u n o m b r e d e q u a t r e o u c i n q c e n s f e u x , n'y e n a y a n t e n c e t e m p s - l à q u e vingtcinq

Les Pères Hieronimites deffendent a Pedrarias de ne plus rien faire fans Confeil.


OCCIDENTALES,

LIVRE

II

153 cinq o u vingt-fix. E t p o u r cet effet les P è r e s e n parlerent à q u e l q u e s C a c i q u e s , lefquels s'y a c c o r d è r e n t v o - 1517. lontiers, p o u r u e u q u e l'on n e les o b l i g e a f t p a s d e d e m e u r e r d a n s les quartiers d e s Caftillans. D e forte d o n c q u e p a r c e m o y e n les I n d i e n s r e c o n n u r e n t auffi toft l'authorité q u ' a u o i e n t les P è r e s H i e r o n i m i t e s ; fi b i e n qu'à c h a q u e m o m e n t lors qu'ils a u o i e n t d e s fujets d e plaintes ils a u o i e n t auffi toft r e c o u r s à e u x ,& fe t e n o i e n t p o u r fatisfaits. O r d'autant q u e cet e f c h a n g e n ' a p p o r toit point d e c o m m o d i t é d a n s les vilages d e s Caftillans, ils firent appeller les D i r e c t e u r s d e s C o m m u n e s , & leur firent e n t e n d r e c e q u i feroit b e f o i n d e faire p o u r c é t e x pedient, & l'vtilité q u e cela a p p o r t e r o i t p o u r la c o n feruation d e s I n d i e n s ,& q u i t o u r n e r o i t a u profit d e s La conferuaCaftillans. C e qu'ils a p p r o u u e r e n t ,& f u r e n t fort c o n - ti on des Indiens eft le prosens , d e d o n n e r d a n s leurs iurifdictions d e s terres p o u r fit des Caftill'eftabliffement & p o u r le l a b o u r a g e d e s I n d i e n s . lans. L e s P è r e s H i e r o n i m i t e s r e p r e f e n t e r e n t auffi a u R o y , c o m b i e n il eftoit neceffaire d ' e n u o y e r d e s L a b o u r e u r s d e Caftille d a n s les I n d e s , tant p o u r le l a b o u r a g e q u e p o u r la n o u r r i t u r e d e s beftiaux,& d e s efclaues n o i r s , p o u r cultiuer& p e u p l e r ; car o u t r e qu'il e n refulteroit vn a c c r o i f f e m e n t d e s rentes R o y a l e s , & que c'eftoit p o u r le bien d e s h a b i t a n s Caftillans, cela feruiroit e n c o r e p o u r foulager les I n d i e n s . L e s P è r e s r e f o r m è r e n t auffi les falaires des o u u r i e r s Caftillans, p a r c e qu'ils c o m m e n ç o i e n t Les Peres apdéjà à eftre inutiles. Ils réglèrent les rentes q u e p o u r r o i e n t portent vn bon payer tous les a n s a u x l u g e s& Officiers R o y a u x les I n d i e n s ordre dans qu'ils t e n o i e n t , d ' o ù ils c o m m e n c è r e n t à c o n c e u o i r v n l'Efpagnolle, mauuais f o u p ç o n ,& à c a l o m n i e r les actions d e s P è r e s , & p a r t i c u l i è r e m e n t le T r e f o r i e r P a f f a m o n t e , l e q u e l s'eftant défia c o m m e attribué l'authorité d e t o u t e l'ifle, iugeoit q u e cela l'alloit d i m i n u e r d e b e a u c o u p . L e s P e les o r d o n n è r e n t e n c o r e q u e les M i n e u r s q u i alloient a u e c les I n d i e n s p o u r tirer l'or, n'y euffent a u c u n e part, m a i s qu'ils y allaffent f e u l e m e n t à la f o l d e , afin q u e la part qu'ils d e u o i e n t e m p o r t e r n e fuft p a s caufe d e faire faire a. D e c . V


154

H i s T . D E S I N D E S O C C I D . LIV. II.

a u x I n d i e n s plus qu'ils n e p o u u o i e n t . Ils m i r e n t e n exé1 5 1 7. c u t i o n la deffenfe q u i a u o i t elle faite, q u e p e r f o n n e n'al laft t r o q u e r le l o n g d e la côfte d e s Perles ;& q u ' a u cas q u e l'on y e n e n u o y a f t , q u e c e fuft à c o n d i t i o n q u e ce feroient d e s p e r f o n n e s p a c i f i q u e s , & d o n t P o n euft c o n fiance qu'ils n e f e r o i e n t a u c u n f c a n d a l e ;& q u e d a n s les trocs qu'ils feroient ils p o u r r o i e n t r e c e u o i r les efclalies q u e les m e f m e s I n d i e n s leur d o n n e r o i e n t ,& n o n autres: Q u e c e u x - l à fuffent b i e n traitez& endoctrinez c o m m e les autres i n d i e n s ; E t q u e l'on n e t o u c h a i t point a u x C a r i b e s i u f q u e s à c e q u e l'on euft v e û fi felon le D r o r , o n le p o u u o i t faire; à q u o y les P e r e s o r d o n n è r e n t que les A d u o c a t s d e l ' A u d i e n c e eftudieroient. Ils m o d e r e r e n t les droits d e s F o n d e u r s d e l'or, & e n firent v n tarif, e n forte q u e les h a b i t a n s& les traitans n'y reçeuftent a u c u n e perte. Ils a r m è r e n t d e u x carauelles a u x defpens d u fifque p o u r e n u o y e r faire d e s t r o c s , d o n t l'vne reuint a u b o u t d ' v n m o i s& d e m y a u e c q u a t r e - v i n g t q u i n z e m a r c s d e perles ,& c e n t c i n q u a n t e I n d i e n s , d e c e u x q u e l'on doutoit fi l'on les d e u o i t tenir p o u r efclaues; fept mille cinq c e n s p e f a n t d e p o i f f o n ,& d e u x c e n s m i n e s d e fel Auffi toft apres ils e n u o y e r e n t l'autre carauelle q u i r a p p o r t a enc o r e a u t a n t , o u p l u s , q u e la p r e c e d e n t e - A p r e s d o n c qus l'on eut e f p r o u u é le profit q u e les M i n i f t r e s & les Officiers R o y a u x tiroient d e s p a r t a g e s d e s I n d i e n s , ils les leur ofter e n t p u i s a p r è s , afin qu'eftant plus libres p o u r a c c o m p l i les O r d o n n a n c e s R o y a u x ils les p u f f e n t m i e u x faire exéc u t e r ,& a u e c p l u s d e d i l i g e n c e .

F I N

DV

S E C O N D

L I V R E .


155

HISTOIRE GENERALE

DES

V O Y A G E S

E T

C O N Q V E S T E S

DES CAFTILLANS, DANS LES IFLES &

TERRE

FERME DES INDES OCCIDENTALES.

LIVRE DIEGO

TROISIESME

VELASQVEZ

ENVOYE

lean de Grijalua a Yucatan auec Vne armée, pour acheuer la defcouuerte qu auoit commencée François Hernandez de Cordouë.

CHAPITRE

PREMIER.

O M M E l'on auoit e u d e b o n n e s n o u u e l les d e la terre d e Y u c a t a n , n o u u e l l e m e n t d e f c o u u e r t e , D i e g o V e l a f q u e z refolut auffi toft d e c o n t i n u e r cette entreprife; & a y a n t à c e deffein p r é p a r é e n t o u t e diligence trois n a u i r e s & v n b r i g a n t i n , a u e c toutes les chofes neceffaires p o u r c e v o y a g e , il n o m m a p o u r f o n L i e u t e n a n t Se C a p i t a i n e g ê n e r a l , l e a n d e G r i j a l u a , i e u n e homme d e g r a n d e e f p e r a n c e , & d e b o n n e s m œ u r s , Se d e

C

Y ij

1517.


156

H I S T O I R E

DES

INDES

la p r e m i è r e N o b l e f f e d e C u e l l a r , l e q u e l p o u r eftre d e la patrie d e D i e g o V e l a f q u e z a p p e l l é e G o m o r a , il n e laiffoit 1517. pas d e l'appeller f o n n e u e u , & q u o y qu'il le traitait c o m m e Grijalua creé p a r e n t , il n e le t o u c h o i t toutefois d ' a u c u n d e g r é d e conGeneral d'ar- f a n g u i n i t é . O r c o m m e d a n s c e m e f m e t e m p s il fe troumée par Ve- u a d a n s S a i n t l a q u e s d e C u b a , Pierre d ' A l u a r a d o , F r a n lafquez. çois d e M o n t e j o , & A l o n f e d ' A u i l a , q u i y eftoient allez p o u r n é g o c i e r q u e l q u e c h o f e a u e c le G o u u e r n e u r , q u ' i l s a u o i e n t d e s I n d i e n s d a n s l'Ifle , & q u e c eftoient des h o m m e s d o n t o n faifoit g r a n d e e f t i m e , il les n o m m a pour C a p i t a i n e s d e s trois n a u i r e s , a u e c les m e f m e s Pilotes qui s'eftoient defia r e n c o n t r e z e n la d e f c o u u e r t e q u ' a u o i t faite F r a n ç o i s H e r n a n d e z d e C o r d o u ë , & d o n n a le titre de P i l o t e m a j o r à A n t o i n e d ' A l a m i n o s . Il n o m m a pour C o m m i f f a i r e d e s g u e r r e s P é n a l o f a natif d e S e g o u i e , & le P e r e I e a n D i a z p o u r C h a p e l a i n & C u r é . O r c o m m e cette terre auoit le r e n o m d'eftre fort g r a n d e & riche,il fe i o i g n i t e n c o r e a u e c les foldats d e F r a n ç o i s H e r n a n d e z q u a n t i t é d e g e n s , d o n t le t o u t faifoit e n f e m b l e d e u x cens c i n q u a n t e h o m m e s d e g u e r r e . Ils m e n è r e n t a u e c eux q u e l q u e s I n d i e n s d e C u b a p o u r les feruir, & félon qu'en r a p p o r t e B e r n a r d D i a z d e l Caftillo q u i fe t r o u u a auec F r a n ç o i s H e r n a n d e z , a u e c G r i j a l u a , & a u e c C o r t é s ; l'initruction q u i fut d o n n é e à I e a n d e G r i j a l u a portait, d e troq u e r a u t a n t d'or qu'il p o u r r o i t , & q u e s'il iugeoit qu'il fuft à p r o p o s d'y p e u p l e r , qu'il le fift ; & f i n o n qu'ils en reuinft. B a r t h é l é m y d e las C a f a s , A u t h e u r irreprochab l e , & q u i auoit v n foin très particulier d e t o u t fçauoir, q u i eftoit g r a n d a m y , & fort affectionné d e D i e g o V e l a f q u e z , dit q u e le veritable t e r m e d e l'inftruction portoit e x p r e f f é m e n t d e n'y p a s p e u p l e r , m a i s f e u l e m e n t d e t r o q u e r a u t a n t d'or q u e l'on p o u r r o i t . & q u e p a r tous les lieux o ù il pafferoit il r e c h e r c h a i t les g e n s d e paix & d'alliance a u e c les Caftillans; m a i s F r a n ç o i s L o p e z d e Gom a r e affirme tout le c o n t r a i r e .

ANNEE 1518,

I e a n d e G r i j a l u a a y a n t r e ç e u fes d é p e f c h e s , & préparé toutes c h o f e s d a n s vn b o n o r d r e , partit d u P o r t d e


OCCIDENTALES, LIVRE

III

157

Saint l a q u e s d e C u b a le h u i t i e f m e i o u r d'Auril d e cette 1518. année 1518. après auoir donné la routte aux Pilotes, & l'ordre du gouuernement. Il alla premièrement aborder à la côfte d u N o r t d e C u b a d a n s le P o r t d e Matanças, ainfi n o m m é , à c a u f e qu'eftant a b o r d é trente Caftillans d a n s v n n a u i r e fracaffé, a u e c d e u x f e m m e s , q u i f o n t celles d o n t o n a fait m e n t i o n d a n s la pacification de C u b a , les i n d i e n s les t u e r e n t , e x c e p t é les f e m m e s & trois h o m e s . Ils prirent d a n s c e p o r t d u c a z a b i ,& d e s p o r c s d a n s les quartiers d e s Caftillans q u i s'eftoient h a b i t u e z là. E f t a n t fortis d e c e P o r t , e n dix iours ils d o u b l e r e n t le c a p d'Aguamguanico , q u i eft celuy d e S a i n t A n t o i n e , o ù t o u s v o l o n t a i r e m e n t s ' e n t r e c o u p è r e n t leurs c h e u e u x , s'imaginant qu'ils alloient d a n s d e s lieux o ù ils n e t r o u u e r o i e n s pas d e p e i g n e s p o u r fe p e i g n e r , & d a n s huit autres iours ils d e f c o u u r i r e n t l'ifle d e C e z u m e l . E t p a r c e qu'ils t o m berent à c a u f e d e s c o u r a n t s , plus b a s q u e n'auoit fait Grijalua defFrançois H e r n a n d e z d e C o r d o u ë , & q u e l'Ifle baiffoit couure l'Ifle d a u a n t a g e v e r s le S u d , i l s virent v n v i l a g e , & t o u t p r o - de C o z u m e l , & l'appelle c h e v n h a v r e , o ù ii n'y auoit p o i n t d e chauffée. Ils a p - S a n t a C r u z . p e l l e r e z c e lieu Santa Cruz à c a u f e qu'il auoit efté d e f c o u u e r t c e iour là. l e a n d e G r i j a l u a d e f c e n d i t à terre a u e c v n b o n n o m bre d e foldats,& n'y a y a n t t r o u u é p e r f o n n e , p a r c e q u e les h a b i t a n s a y a n t v e û les n a u i r e s à la voile , n ' a y a n t iam a i s veû d e f e m b l a b l e s c h o f e s , s'enfuirent. O r c e p e n d a n t q u e l'on c h e r c h o i t d e s g e n s , G r i j a l u a fit dire la M e f f e , p a r c e qu'il eftoit fort d e u o t & c r a i g n a n t D i e u , & d e fort b o n n e h u m e u r . L ' o n t r o u u a d e u x vieillards d a n s v n e terre e n f e m e n c é e d e m a y z ; & c o m m e M e l c h i o r & lulien e n t e n d o i e n t fort b i e n la l a n g u e d e ces I n d i e n s , I e a n d e G r i j a l u a les r e g a l a ,& leur a y a n t d o n n é q u e l q u e s g r a i n s d e verre& d e s m i r o i r s , il leur dit qu'ils a l laitent quérir leur S e i g n e u r , m a i s ils n e r e t o u r n è r e n t point. C o m m e o n les a t t e n d o i t il arriua v n e i e u n e f e m m e , d e b o n n e m i n e , q u i dit e n l a n g u e I a m a y c a ne q u e t o u s les g e n s d e cette terre s'en eftoient fuis à la

V iij


158

HISTOIRE

DES

INDES

m o n t a g n e , d e p e u r ; m a i s q u e p o u r elle c o m m e elle con noiffoit les n a u i r e s & les Caftillans, elle les eftoit v e n u v o i r , & c o m m e plufieurs d e l ' a r m é e l ' e n t e n d i r e n t , eft o n n e z d e c e r e n c o n t r e , ils lûy d e m a n d è r e n t q u i l'auoit a m e n é e d a n s cette Ifle ; elle fit r e f p o n f e qu'il y auoit d e u x a n s q u ' v n c a n o eftant forty d e Jamayca p o u r aller à la p e r c h e a u e c dix h o m m e s , la t o u r m e n t e & les c o u r a n t s les ietterent d a n s cozumel o ù les I n d i e n s facrifier e n t fon m a r y & tous les autres. G r i j a l u a r a u y d e ce r e n c o n t r e , s'imagina q u e cette f e m m e p o u r r o i t eftre v n e fidele m e f f a g e r e , l ' e n u o y a appeller les naturels d e la terre, n e v o u l a n t pas y e n u o y e r Iulien n yM e l c h i o r ,d e crainte qu'ils n e les retinffent. L ' I n d i e n n e r e t o u r n a au CEZUMEL. b o u t d e d e u x i o u r s , qu'elle auoit d e m a n d é p o u r faire fon meilage, & dit q u e q u e l q u e s prières qu'elle leur e ueuftp û faire, elle n'auoit i a m a i s p u les p e r f u a d e r d e reuenir e n leurs m a i f o n s ; Si b i e n q u e G r i j a l u a v o y a n t qu'il perdoit t e m p s , s ' e m b a r q u a , & r e m e n a l ' I n d i e n n e à iamayea, p a r c e qu'elle pria q u e l'on n e la laiffaft p a s là. Ils trouvne Indienne à u e r e n t d a n s cette lfle q u a n t i t é d e r u c h e s o ù il y a u o i t d e LA MAYCA. fort b o n m i e l , d e g r o s c h e r u i s c o m m e d e s c a r o t e s , des p o r c s d e la terre, q u i o n t le n o m b r i l fur l'efpine d u dos, a u e c q u o y il fe rafraifchirent. Ils y virent q u e l q u e s O r a toires & d e s T e m p l e s , d o n t il y e n auoit v n particulièr e m e n t q u i eftoit fait d e f o r m e q u a r r é e , large p a r le p i e d , & c r e u x p a r le h a u t , a u e c q u a t r e g r a n d e s feneftres & leur galerie, & d a n s le c r e u x , q u i eftoit c o m m e la chapelle,eftoient les I d o l e s ; il y a u o i t à cofté v n e facriftie, o ù l'on ferroit les c h o f e s neceffaires p o u r le feruice d u T e m p l e . Il y a u o i t v n petit e n c l o s bafty d e pierre & de c h a u x , carrelé Se fort reluifant, Se a u m i l i e u v n e C r o i x d e c h a u x d e n e u f o u dix pieds d e h a u t e u r . C e s peuples t e n o i e n t cette c r o i x p o u r le D i e u d e la p l u y e , & fe ten d e n t p o u r t o u t affeurez q u e q u a n d l'eau d u C i e l leur n i a n q u o i t , & qu'ils prioient d e u o t e m e n t , il p l e u u o i t auffi toft. O r c e n'eftoit p a s f e u l e m e n t e n cet e n d r o i t qu'il y a u o i t d e ces fortes d e C r o i x , il y en auoit p a t t o u t e 1518.

Grajalua ennoye appeller les gens de

Il emmené


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III

159

fille, & e n plufieurs lfles de Tucatan ils e n virent auffi d e la m e f m e f a ç o n , p e i n t e s ; m a i s n o n pas d e l a t o n , c o m - 1 5 1 8 . m e dit G o m a r e , car ils n ' e u r e n t i a m a i s d e cette forte d e m e t a i l , fin o n d e pierre& d e bois. E t le m e f m e G o m a re dit e n c o r e q u e d'auoir t r o u u é d e s C r o i x e n ces q u a r tiers des I n d e s , q u e q u e l q u e s - v n s y o n t t r o u u é à redire; Et difent q u e cela v i e n t d e c e q u e q u a n t i t é d e M a u r e s a y a n t efté chaffez d ' E f p a g n e , pafférent là. Il dit e n c o r e en v n autre e n d r o i t q u e l'on n'a p u fçauoir o ù ces I n diens o n t pris c e figne d e la C r o i x e n fi g r a n d e d e u o t i o n ; parce qu'il n'y a a u c u n e m a r q u e d a n s Cozumel, n y e n p a s v n e autre partie d e s I n d e s O c c i d e n t a l e s o ù o n euft prefché l'Euangile. A i n f i G o m a r e p o u u o i t b i e n fe tirer d e ce d o u t e , p a r c e qu'il fît i m p r i m e r f o n Hiftoire d a n s M e dinadel C a m p o e n l'an 1553. v e û q u e c e fut e n l'an 1517. q u e l ' A d e l a n t a d o F r a n ç o i s d e M o n t e j o c o m m e n ç a la conquefte d e Tucatan, d a n s q u e l q u e s p r o u i n c e s o ù il fut bien r e ç e u , & e n paix ,& p r i n c i p a l e m e n t d a n s celle d e Tutulxtù, à q u a t o r z e lieues d ' o ù eft m a i n t e n a n t la ville d e M e r i d a , puis q u e l'on apprit q u e p e u d ' a n n é e s a u p a rauant q u e les Caftillans y arriuaffent v n I n d i e n , l'vn d e leurs p r i n c i p a u x Preftres a p p e l l e chilamCambal,qu'ils D'où vient tenoient entr'eux p o u r g r a n d P r o p h è t e , dit, Que dans

Gomare s'eft trompé dans fon Hiftoire.

qu'à Yucatán &ils vénéraient blancs qui viendraient d'où fort le Soleil, & qu'ils porteraient la Croix auant l'eftendard de la Croix, femblable a celle qu'il leur montra, que les Caftillans y allafdeuant laquelle leurs Dieux ri oferoientp aroistre, & fuiroient fent. deuant elle ; Que ces gens domineraient la terre, & ne fe-

peu de temps il arriueroit en leur terre des gens barbus

rment point de mal a ceux qui voudroient viure en paix auec eux, &- qui abandonneraient leurs idoles, & adoreroient vn feulDieu , qui eft celuy que ces hommes

adoroient. Il fit

tiftre v n e c o u u e r t u r e d e c o t t o n ,& dit q u e le tribut qu'ils d e u o i e n t p a y e r à ces g e n s là d e u o i t eftre f e m b l a b l e à cela, & m a n d a a u S e i g n e u r d e Mini, appelle Mochanxiu, qu'il ofrift cette c o u u e r t u r e a u x I d o l e s , afin qu'elle fuft g a r d é e , & fit faire la C r o i x d e p i e r r e ,& la m i t d a n s les courts d e s T e m p l e s , afin qu'elle fuft v e u ë , difant, que


160

H I S T O I R E DES

INDES

c'eftoit la le véritable arbre du Monde. Si b i e n q u e d é s ce t e m p s là c o m m e c'eftoit v n e c h o f e n o u u e l l e , elle eftoit 1517. vifitée d e q u a n t i t é d e g e n s q u i la t e n o i e n t e n g r a n d e v é n é r a t i o n . C e fut d o n c là le fujet p o u r q u o y ils d e m a n Raifon pourd è r e n t à F r a n ç o i s H e r n á n d e z d e C o r d o u ë & a u x fiens, quoy les Ins'ils v e n o i e n t d ' o ù ie Soleil naiffoit. E t lors q u e l'Adiens demandoient aux d e l a n t a d o M o n t e j o e n t r a d a n s Y u c a t a n , & q u e les InCaftillans s'ilsd i e n s virent q u e l'on faifoit tant d e r e u e r e n c e à la C r o i x , venoient d'où ils a d i o u f t e r e n t f o y à c e q u e leur P r o p h è t e Chilam tamnaiffoit le Sobal leur a u o i t dit. L'ay v o u l u faire cette digreffion e n ce leil. lieu fans retarder d a u a n t a g e , afin q u e d é s à p r e f e n t l'on f ç a c h e le m y f t e r e d ' o ù f o n t p r o c e d é e s les C r o i x d e Tucatan , f u r q u o y il s'eft fait q u a n t i t é d e d i f c o u r s . L e s Caftillans s'eftant e m b a r q u e z c o m m e n o u s le v e n o n s d é d i r e , allèrent n a u i g e a n t le l o n g d e la côfte, d'où ils v o y o i e n t d e g r a n d e s m e r u c i l l e s , & d e très b e a u x édific e s baftis d e pierre& d e c h a u x , a u e c d e s t o u r s fort h a u t e s ,& q u i d e loin paroiffoient b l a n c h e s ,& faifoient v n très - bel afpect. A c a u f e d e q u o y , c o m m e ils n'en a u o i e n t p o i n t e n c o r e v e û d e f e m b l a b l e s d a n s t o u t e s les I n d e s i u f q u e s a l o r s , p o u r c e q u i c o n c e r n e les C r o i x , d o n t n o u s v e n o n s d e parler , G r i j a l u a dit, qu'il luy fembloit récotrer v n e n o u u e l l e E f p a g n e & a u b o u t d e huit iours ils arriuerent à la p l a g e d u vilage d e P o t n i h a n , où ils d o n n e r e n t f o n d à v n e lieuë d e terre, à c a u f e q u e la m a r é e eftoit fort baffe, & d e f c e n d i r e n t les foldats d a s d e s b a r q u e s proe h c d e certaines m a i f ô s . L e s I n d i ê s e n orgueillis p a r la deffaite d e s g e n s d e F r a n ç o i s H e r n a n d e z d e C o r d o u ë , qu'ils a u o i e n t c h a f f e z d e leur terre, fe p r e f e n t e r e n t fur le riug e b i e n a r m e z , à deffein d ' e m p e f c h e r q u e les Caftillans Les Indiens veulent empef- n e priffent terre, faifant d e g r a n d s c r i s , a c c o m p a g n e z cher les Caftil- d ' v n t i n t a m a r r e d e t r o m p e t t e s & d e t a m b o u r s à l e u r molans de defcend e ;& q u o y q u e les Caftillans leur tiraffent q u e l q u e s dre à terre. f a u c o n e a u x d e leurs b a r q u e s , d o n t ils f u r e n t fort e f p o u u a n t e z n'ayant i a m a i s o ü y d e f e m b l a b l e s c h o f e s , ils n e q u i t t e r e n t p o i n t leur p o f t e p o u r cela. C o m m e les barq u e s a p p r o c h e r e n t d u r i u a g e , ils c o m m e n c è r e n t à tirer auec


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

161

a u e c leurs f r o n d e s & leurs fléches, & e n t r o i e n t i u f q u e s d a n s l'eau p o u r f r a p p e r les Caftillans a u e c leurs l a n c e s . M a i s les Caftillans fortant d e s b a r q u e s e n d i l i g e n c e , les c h a m a i l l a n t & d'eftoc d e taille, leur firent g a g n e r la terre; n e a n t m o i n s c o m m e la furie & la q u a n t i t é d e flèches eftoit g r a n d e , les Caftillans fe f e r u a n t d e s e x e m p l e s p r e c e d e n s , c o m m e n ç o i e n t à fe feruir d e s m e f m e s a r m e s defenfiues, f o u r r é e s d e c o t t o n p i q u é , d o n t les I n d i e n s fe feruoient, c e q u i fit q u e les flèches n e firent pas tant d e d o m m a g e ; & n e a n t m o i n s il y e u t f o i x a n t e foldats d e bleffez, trois d e m o r t s , & le C a p i t a i n e g ê n e r a l l e a n d e Grijalua fut bieffé d e trois flèches, d o n t I'vne luy r o m p i t d e u x dents , car il alloit toufiours d e s p r e m i e r s à l'attaque. C e u x d e s vaiffeaux q u i n ' a u o i e n t p a s p û d e f c e n d r e à terre la p r e m i è r e fois, y eftant a r r i u e z , les I n d i e n s quittèrent leur p o f t e , & prirent la c a m p a g n e . L e s Caftillans e n t r è r e n t d a n s le vilage, o ù ils p e n f e r e n t les bleffez, & e n t e r r è r e n t leurs m o r t s . Ils n'y t r o u u e r e n t q u e trois I n d i e n s , p a r c e q u e t o u s les autres s'en eftoient: fuis a u e c t o u t le b a g a g e . l e a n d e G r i j a l u a regala c e s trois h o m m e s , & leur d o n n a d e s bagatelles p o u r les a m a d o u e r , & les e n u o y a aduertir c e u x d u vilage qu'ils euffent à r e u e n i r , les affeurant qu'il n e leur feroit fait a u c u n m a l ; m a i s ils n e v o u l u r e n t i a m a i s r e u e n i r , & Grijalua n'y v o u l o i t p a s e n u o y e r Italien n y M e l c h i o r , p a r c e qu'il les f o u p ç o n n o i t d'infidélité.

2. D e c .

X

1518.


HISTOIRE

162

IEAN

DES

DE GRIIALVA

INDES

DES

COUVRE

lefleuueT a b a f c o , qu'il nomme de fon nom. De ce qui je paffa auec le Seigneur

de Potonchan. C H A P I T R E

II.

EAN d e G r i j a l u a v o y a n t qu'il n e p o u u o i t tirer raifon d e s I n d i e n s d e Potonchan , refolut d e ren15 1 8. trer d a n s fes v a i f f e a u x , & arriua à v n fein d e m e r d o n t l ' e m b o u c h e u r e eftoit fort large ,& q u i paroiffoit v n fleuue, q u o y q u e c e n ' e n fuft p a s v n ; A n t o i n e d'Alam i n o s difoit q u e c'eftoit v n e Ifle, & q u e cette e a u feru o i t c o m m e d e f e p a r a t i o n à v n e a u t r e terre ,& pour cette raifon ils l'appellerent, Boca de terminos, q u i veut d i r e b o r n e o u f e p a r a t i o n , c e q u i fe p e u t voir d a n s les C a r t e s m a r i n e s . L e s Caftillans y prirent terre ; ils y fur e n t trois i o u r s , & t r o u u e r e n t q u e c e n'eftoit p o i n t vne Ifle, m a i s v n fein d e m e r & v n b o n port. Il y auoit aux e n u i r o n s d e s oratoires baftis d e p i e r r e , d a n s lefquels il y a u o i t d e s I d o l e s d e terre& d e bois , q u i reprefentoienr d e s figures d ' h o m m e s , d e f e m m e s ,& d e ferpens. Ils c h e r c h è r e n t fi là a u t o u r il n'y a u o i t p o i n t q u e l q u e s vilag e s , m a i s ils n'y e n t r o u u e r e n t p o i n t ; & l'on apprit dep u i s q u e ces oratoires eftoient d e s h e r m i t a g e s d e m a r c h a n d s & d e chaffeurs. Ils y c h a f f e r e n t trois i o u r s , & prirent f o r c e v e n a i f o n & q u a n t i t é d e l a p i n s , c a r ils a u o i e n t v n e levrette ; laquelle eftant a m o r c é e à cette c h a f f e , & les Caftillans n e s'en m e t t a n t p a s b e a u c o u p e n p e i n e , elle d e m e u r a là. N a u i g e a n t plus a u a n t , e n t e n a n t toufiours la m e f m e r o u t t e ,& d e i o u r f e u l e m e n t , d e crainte d e r e n c o n t r e r d e s b a n c s d e fable o u d e r o c h e , ils virent v n e riuiere , d o n t l ' e m b o u c h e u r e eftoit fort large ; ils la r e c o n u r e n t ,& t r o u u e r e n t q u e le p o r t eftoit fort b o n ; m a i s

J

Les Caftillans vont a la chaffe,&prennent quantité de venaifon.


OCCIDENTALES,

L I V R E III.

163

V ayant ietté la f o n d e ils i u g e r e n t q u e les d e u x p l u s g r o s vaifleaux n'y p o u u o i e n t a u o i r f o n d ,fib i e n qu'ils n'y e n 1518, trèrent q u ' a u e e les d e u x petits ; puis eftant d e s c e n d u s d a n s des b a r q u e s ils v o g u è r e n t fe l o n g d e la riuiere e n r e m o n tant, bien a r m e z , p a r c e qu'ils a u o i e n t a p p e r ç e u q u a n t i t é d'Indiens a r m e z c o m m e c e u x d e Potonchan, q u i eftoient fur le riuage a u e c d e s c a n o s . C e t t e riuiere , q u e les naturels d u païs a p p e l l o i e n t Les CaftillanS Tabafco, q u i eftoit le n o m d u S e i g n e u r d u vilage q u i defcouurent la, eftoit là t o u t p r o c h e , fut a p p e l l é e p a r les Caftillans, G r i - rimere de Grijalua, d u n o m d e leur C a p i t a i n e g e n e r a l q u i la d e f c o u - jalua urit, & p o r t e e n c o r e à p r e f e n t le m e f m e n o m . C o m m e ils r a m o i e n t toufiours e n r e m o n t a n t ils e n t e n d o i e n t l e bruit q u e faifoient d e s I n d i e n s q u i c o u p o i e n t d u b o i s p o u r fortifier leur v i l a g e , p a r c e q u ' a y a n t appris c e q u i s'eftoit paffé à Fotonchan, ils fe t e n o i e n t p o u r t o u t affurez d'auoir la g u e r r e . L e s Caftillans d e f c e n d i r e n t à terre f o u s d e s p a l m i e r s à v n e petite d e m i e lieue d u v i lage ;& c o m m e les I n d i e n s les e u r e n t v e û p r e n d r e terre, ils fe m i r e n t d a n s leurs c a n o s i u f q u e s a u n o m b r e d e c i n q u a n t e , t o u t pleins d e g e n s a r m e z , e m p e n n a c h e z & g a lanifez à leur m o d e . Ils s'arrefterent v n p e u à I'efcartdes Caftillans,& d e m e u r è r e n t là fans fe m o u u o i r , prefts à c o m b a t t r e , p o u r les o b f e r u e r , & les Caftillans a u o i e n t défia p o i n t é q u e l q u e s f a u c o n n e a u x p o u r tirer a u m i l i e u d'eux, lors qu'ils s'auiferent p r e m i è r e m e n t d e leur faire parler p a r M e l c h i o r & Iulien. C e s d e u x l n d i e n s les f u rent d o n c t r o u u e r ,& leur d i r e n t q u e les Caftillans eftoient d e s g e n s q u i n e d e m a n d o i e n t q u e la p a i x ; qu'ils n e leur v o u l o i e n t p o i n t d e m a l , m a i s qu'ils v e n o i e n t feul e m e n t p o u r traiter a u e c e u x d e c h o f e s d o n t ils e n r e c e uroient v n e g r a n d e vtilité. Il a p p r o c h a d o n c q u a t r e e a flos d e s Caftillans ,& c o m m e ils leur m o n t r è r e n t d e s miroirs & d e s bracelets d e grains d e v e r r e , v e r d s ,& a u tres c h o f e s f e m b l a b l e s , s ' i m a g i n a n t q u e ces grains eftoient d e certaines pierres qu'ils a p p e l l e n t Chalchibites, q u i font fort eftimées e n t r ' e u x , ils fe tinrent e n repos. l e a n d e X ij


164

H I S T O I R E

DES

INDES

G r i j a l u a les v o y a n t e n q u e l q u e f a ç o n f o u r n i s , c o m m a n d a a u x d e u x I n d i e n s interprètes d e leur dire , Que les Caftillans est oient Subiets d'vn grand Roy, auquel obeiffoiem Crijalua par-plufieurs grands Princes ; qu'il eftoit inste qu'eux y obeiflemente auecfent aufti ; que cela leur apporterait vn grand profit & utiles Indiens. lité , & qu'en attendant quils leur declaraffent plus amplement le fuiet qui les amenait, ils les fourniffent de viures, L e s I n d i e n s firent r e f p o n f e , qu'ils leur donneroient des viRefponfe des ures mais qu'ils auoient vn Seigneur, & que pour eftre tout Indiens a, Grinouuellement arriuez & fans fe connoiftre ny les vns ny les jalua. autres, ils s'eftonnoient de ce qu'ils leur voulaient donner vn autre Seigneurs Qu'ils priftent garde de ne leur point faire la guerre comme ils auoient fait à P o t o n c h a n , parce qu'ils auoient prépare entreux trois X i q u i p i l e s de gens , dont chuque X i q u i p i l e faifoit huit mille hommes ; Qu'ils fçauoient de bonne part qu'ils auoiont blefté & tué plus de deux cens hommes a P o t o n c h a n , & qu'eux eftoient bien en plus grand nombre , & tous prefts de fe bien deffendre , & que pour cela ils estoient venus a eux pour voir ce qu'ils voulaient dire, afin d'aller faire fçauoir leur refolution à quantité de Seigneurs qui eftoient affemblez Our traiter de paix ou de g u e r re. I e a n d e G r i j a l u a leur d o n n a d e s c o l i e r s , d e s pat e n o f t r c s , d e s grains d e v e r r e ,& d e s miroirs,& leur dit, qu'ils ne manquaient pas d'apporter la refponfe, parce que s'ils ne reuenoient pas ils entreraient de force dans le vilage, fans deffein toutefois de leur faire aucun tort ; & auffi toft a p r è s G r i j a l u a& fes g e n s s'en r e t o u r n e r e n t a u x d e u x n a u i r e s d a n s les b a r q u e s . C e p e n d a n t les m e f f a g e r s allerent faire l e u r m e f f a g e , & c o m m e les S e i g n e u r s Ind i e n s ,& les p l u s g r a n d s Preftres q u i a u o i e n t d e couftu m e d e faire d e s v œ u x p o u r les affaires d e la g u e r r e , c u r e n t Ils refoudent de faire paix c o n f u l t é e n f e m b l e , ils t r o u u e r e n t qu'il eftoit plus a prop o s d ' a c c e p t e r la paix q u e la g u e r r e ,& e n u o y e r e n t auffi auec les Caftiltoft trente I n d i e n s c h a r g e z d e p o i f f o n rofty , d e s volaillans. l e s , d e s fruits d e diuerfes f a ç o n s , & d u p a i n d e m a y z ; puis a y a n t e f t e n d u fur terre v n e f a ç o n d e n a t t e d e joncs, ils m i r e n t deffus v n p r e f e n t ; c'eftoit vn m a f q u e d e bois 1518.


OCCIDENTALES,

L I V R E III.

165

fort g r a n d & b e a u , & plufieurs c h o f e s d e p l u m e s d e différences f a ç o n s , fort a g r é a b l e s à la v e u ë ; & il y e u t v n 15 1 8. I n d i e n entr'autres, q u i dit q u e le l e n d e m a i n i o n S e i g n e u r v i e n d r o i t voir les Caftillans. l e a n d e G r i j a l u a luy d o n n a d e s coliers & d e s bracelets d e verre d e d i u e r fes c o u l e u r s & f a ç o n s , d e s cifeaux , d e s c o u t e a u x , v n b o n n e t d e ferge r o u g e & d e s fouliers d e c o r d e . C e t I n d i e n a y a n t r e ç e u toutes ces c h o f e s , s'en r e t o u r n a fort c o n t e n t & i o y e u x . L e C a c i q u e d e Tabafco fe m i t d a n s v n c a n o , & refolut d'aller r e n d r e vifite a u x Caftillans, parce qu'ils eftoient t o u s rauis d ' a d m i r a t i o n d e v o i r leurs barbes, leurs a r m e s , & leurs v e f t e m e n s , & e n c o r e b i e n d a u a n t a g e d e voir leurs n a u i r e s ; ils eftoient tout furpris & rauis d ' e f t o n n e m e n t d e voir les c o r d a g e s , les voiles, les ancres, & t o u t le refte. C e S e i g n e u r a u o i t a u e q u e luy quantité d e g e n s fans a r m e s , & e n t r a a u e c v n e g r a n d e c o n f i a n c e d a n s le n a u i r e d e G r i j a l u a , l e q u e l eftoit v n Le Cacique ieune h o m m e b i e n fait, â g é d e q u e l q u e v i n g t - h u i t a n s ; Tabafco entre Il eftoit v e f t u d ' v n faye d e v e l o u r s c r a m o i f y , & portoit dans le V a i f feau de Griv n b o n n e t d e la m e f m e eftoffe, & autres c h o f e s fort jalua, riches q u i c o r r e f p o n d o i e n t a u faye. C e C a c i q u e f u t r e çeu a u e c b e a u c o u p d ' h o n n e u r & d e courtoifie p a r G r i jalua, Se t o u s fes g e n s , & l'embrafta ; p u i s s'eftant affis ils c o m m e n c è r e n t à p a r l e m e n t e r , m a i s t o u s d e u x n e fe p o u u o i e n t pas b i e n faire e n t e n d r e , fi c e n'eftoit p a r lig n e s , & a u e c q u e l q u e s m o t s q u e d e c l a r o i e n t les d e u x I n d i e n s Iulien & M e l c h i o n m a i s e n f i n ils s'expliquèrent fi bien q u e t o u t le r a i f o n n e m e n t d e G r i j a l u a a b o u t i t à faire croire a u C a c i q u e qu'il fe refiouïffoit d e f o n arriv é e , & qu'il v o u l o i r eftre f o n a m y . & e n f i n a p r è s qu'ils curent efté q u e l q u e t e m p s d a n s les c o m p l i m e n t s , le Cac i q u e c o m m a n d a à l'vn d e c e u x q u i eftoient v e n u s a u e q u e luy qu'il tiraft c e qu'il a u o i t a p p o r t é d a n s v n e c o r beille q u i eftoit faite e n f a ç o n d e coffre. C e t I n d i e n c o m m e n ç a d o n c à tirer d e s pieces d'or , & q u e l q u e s autres d e bois , c o u u e r t e s d'or e n f a ç o n d'ar- Il arme Grim u r e , & auffi iuftes q u e fi elles e u f f e n t efté faites p o u r jalna.

X iij


166

HISTOIRE

DES

INDES

G r i j a l u a ;& d e fait le m e f m e C a c i q u e d e fes propres m a i n s les luy fie veftir , &ficfib i e n qu'il l ' a c c o m m o d a d u m i e u x qu'il p u t , d e force qu'il fe t r o u u a veftu t o u t d'or fin , t o u t ainfi q u e s'il fe fuft a r m é d e p i e d e n c a p , d e fer o u d'acier. Il luy p r e f e n t a o u t r e cela plufieurs fortes d e j o y a u x d ' o r ,& e n q u a n t i t é ,& d e s p l u m a g e s , qu'ils eft i m o i e n t b e a u c o u p e n t r ' e u x ; fi b i e n qu'il faifoit b e a u v o i r alors l a b e a u t é & l a b o n n e g r a c e q u ' a u o i t G r i j a l u a , l e q u e l fit e n u e r s le C a c i q u e t o u t e s les plus g r a n d e s dem o n f t r a t i o n s d ' a g r é e m e n s q u i luy f u r e n t poftibles, parce qu'il eftoitiort v e r t u e u x & c o m p l a i f a n t , & G r i j a l u a fit a p p o r t e r v n e c h e m i f e fort r i c h e , qu'il luy veftit l u y - m e f m e ; Il ofta f o n f a y e d e v e l o u r s c r a m o i f y qu'il portoit, Prefent de & l'en veftit auffi toft ; il luy m i t le b o n n e t d e la m e f m e Grijalua an eftoffe , & les autres pièces ; puis il luy fit c h a u f f e r des Cacique Tafouliers rouges, de cuir, tout neufs, & le veftit enfin & l'orna bafco. du mieux qu'il pût i Il luy donna des plus beaux c o r d o n s d e g r a i n s , d e petites c h a i n e t t e s ,& autres c h o fes d e v e r r e qu'il a u o i t , d e s m i r o i r s , d e s ci f c a u x , & plufieurs autres c h o f e s différentes, d e l a t o n ; il e n d o n n a auffi à t o u s c e u x q u i a u o i e n t a c c o m p a g n é le C a c i q u e . A y a n t f u p p u t é c e q u e le C a c i q u e auoit d o n n é à Grijalu a , l'on i u g e a q u e cela m o n t o i t b i e n à trois m i l l e pefans d'or. E t e n t r e les pièces& a r m u r e s qu'il luy d o n n a , il y a u o i t v n c a f q u e d e b o i s , c o u u e r t d e feuilles d'or deliées, trois o u q u a t r e m a f q u e s , d o n t l'vn eftoit c o u uert& e n r i c h y d e t u r q u o i f e s taillées à la M o f a ï q u e , q u i f o n t les m è r e s d e s e f m e r a u d e s ,& aiuftées d'vn très bel artifice ; l'autre eftoit couuert de feuilles d'or, & les autres couuerts d'or plein. Il luy donna certains plaftrons p o u r c o u u r i r l ' e f t o m a c , d o n t il y e n auoit d'or p u r ,& d'autres d e b o i s , c o u u e r t s d'or,& d'autrès e n c o r e d e pierreries e n c h a f f é e s ,& fort artiftem e n t trauaillées, q u i les r e n d o i t b e a u c o u p plus b e a u x . Il luy d o n n a e n c o r e plufieurs p l a q u e s q u i f e r u o i e n t com m e d e b o u c l i e r s , c o u u e r t s d'orfin,d'autres d'or p u r , & d'autres d'efcorce d'arbre , c o u u e r t s d'or ; fix o u fept 1518.

Prefent du CaciqueàGrijalua,


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

167

colliers d e feuilles d ' o r , m i s e n œ u u r e fur d e s c o r r o y é s d e cuir d e v e n a i f o n fort b i e n p r é p a r é ; d e s bracelets d'or 1 5 1 8. d e trois p o u l c e s d e l a r g e , q u i faifoient v n bel effet ; d e s p e n d a n s d'oreilles ,& d e s a n n e a u x p o u r les a t t a c h e r , t r e s - b o n s & b i e n trauaillez. l e dis c e c y , p a r c e qu'il y e n auoit d'autres q u i n'eftoient faits q u e par artifice, & q u i eftoient d e rhauuais alloy ; d e s c h a p e l e t s d o n t les g r a i n s eftoient d e terre , c o u u e r t s d ' o r ,& d'autres c o r d o n s , d o n t les grains eftoient d'or p u r , m a i s ils eftoient c r e u x ; v n b o u c l i e r c o u u e r t d e p l u m e s d e diuerfes c o u l e u r s , fort agréable à la v e u ë ,& a d m i r a b l e , v n e vefte d e p l u m e s , & des p e n n a c h e s très-beaux,& autres c h o f e s f e m b l a b l e s , d o n t le trauail eftoit fort induftrieux & r a r e , & q u i c o u fteroit b e a u c o u p plus a faire q u e la c h o f e n e v a u d r o i t . A p r e s t o u t , le C a c i q u e d e m e u r a fort c o n t e n t & fatisfait ; m a i s les Caftillans le f u r e n t e n c o r e d a u a n t a g e , & Les Caftillans ont deffein de iufques à tel p o i n t , q u e d e là n a f q u i t le defir d e p e u p l e r peupler à Tae n cette terre p a r les g r a n d e s a p p a r e n c e s d e s richeffes bafco. qu'ils c r o y o i e n t y a u o i r .

ESPINOSA

EST FAIT

LIEVTE.

nant de Pedrarias , & peuple P a n a m a . C H A P I T R E

III.

ETOVRNONS e n T e r r e - f e r m e auant q u e d e paffer plus o u t r e ,& puis n o u s a c h e u e r o n s le v o y a g e d e G r i j a l u a . P e d r a r i a s a y a n t fait d é c a piter V a f c o N u n e z , & les a u t r e s , il r e t o u r n a q u e l q u e t e m p s a p r è s à D a r i e n ,& t r o u u a l'ordre q u e les P è r e s H i e r o n i m i t e s luy a u o i e n t e n u o y e , c o m m e n o u s l ' a u o n s Les gens de dit cy d e u a n t ;& v o y a n t q u e t o u s les foldats defiroientDarien deE f p i n o f a p o u r C a p i t a i n e , o u t r e qu'il n'eftoit p a s fort mandent Efc o n t e n t d e luy voir p o r t e r t a n t d'affection, il a p p r e h e n - pinofa pour d o ù fort q u e cela n e l u y portait q u e l q u e p r e i u d i c e , foit G o u u e m e u r

R


168 1518.

HISTOIRE

DES

INDES

d e d e f o b e ï f f a n c e , o u a u t r e m e n t . C o m m e d o n c il vit les g e n s d e luftice q u i p r o c u r o i e n t p o u r f o n eflection , & qu'il v o y o i t b i e n qu'ils n'eftoient p a s f e r m e s e n leurs p r o m e f f e s f u i u a n t fa v o l o n t é , il les m a n d a v n e nuit e n fa m a i f o n , te leur ofta leurs b a g u e t t e s , q u i eft v n e m a r q u e d e luftice q u e les Officiers p o r t e n t e n E f p a g n e , & leurs Offices. M a i s p o u r cela le p e u p l e n e ceffa d ' i m p o r t u n e r P e d r a d a s q u e E f p i n o f a fuft fait G e n e r a l e n fon a b f e n c e , difant qu'il fçauoit fort b i e n faire l'office d e S e r g e n t M a j o r te d e G o u u c r n e u r , te qu'il e n t e n d o i t m i e u x q u e pas v n l'art d e la g u e r r e e n cette terre, y ayant défia r e n d u d e g r a n d e s p r e u u e s d e fa V a l e u r , te partant qu'il n e d e u o i t p o i n t refufer d e le d é c l a r e r f o n L i e u t e n a n t ; E n f i n il leur falut a c c o r d e r leur d e m a n d e , q u o y q u e c o n t r e fa v o l o n t é . C e t E f p i n o f a effoit fort a i m é d e s g e n s d e g u e r r e , p a r c e qu'il leur d o n n o i t t o u t e forte deliberté,& les r e p r e n o i t d o u c e m e n t lors qu'ils faifoient q u e l q u e faute. D a n s c e m e f m e t e m p s F r è r e l e a n d e Q u e u e d o E u e f q u e d u lieu refolut d e repaffer e n Caftille, p o u r rendre c o m p t e d u procedé de Pedradas e n fon G o u u e r n e m e n t . Il paffa p a r l'Ifle d e Cuba, o ù D i e g o V e I a f q u e z G o u u e r n e u r le r e g a l a , te luy offrit d e l'aider enuers le R o y p o u r a u o i r le G o u u e r n e m e n t d e la T e r r e - f e r ine q u e P e d r a r i a s t e n o i t , & luy d o n n a , tant p o u r ce q u i fe p o u r r o i t p r e f e n t e r e n cette o c c a f i o n , q u e p o u r fa d e f p e n f e , q u i n z e mille efçus. P e d r a d a s a y a n t n o m m é E f p i n o f a p o u r C a p i t a i n e g e n e r a l , s'en r e t o u r n a à la ville d'Acla , a u e c i n t e n t i o n d e faire baftir v n vilage e n la m e r d u S u d , & m a n d a à E f p i n o f a qu'il priff certaines g e n s q u i eftoient d a n s Pocorofa ,& qu'il s'en allait à Panamà C o m m e c e lieu eft l'endroit le plus eftroit d e la t e r r e - f e r m e d e l'vne à l'autre m e r , il defiroit y faire v n e p e u p l a d e . Q u a n t à luy il s'alla e m b a r q u e r d a n s les n a u i r e s que V a f c o N u n e z auoit f a b r i q u e z a u e c b e a u c o u p d e t r a u a u x te d e fueurs, te n a u i g e a iufqu'à i'Ifle de Taboga. O r P e d r a d a s auoit dit q u e les g e n s d ' E f p i n o f a p o u r leur bailler plus d ' e n uie allaffent c h e r c h e r les richeffes d e la m e r d u S u d , à deffein


O C C I D E N T A L E S

,

LIVRE

III.

169

deffein d e les fatiguer,& qu'eftant f a t i g u e z fans a u o i r fait a u c u n profit c o n t r e leur i n t e n t i o n , ils fe refoudiffent 1 5 1 8. à s'eftablir là. P a r c e q u e p a r fa p r u d e n c e il iugeoit q u e s'il n'auoit a u c u n e p l a c e d e retraite e n la m e r d u S u d , o n n'euft i a m a i s p u d E f c o u u r i r les richeffes q u ' o n e n attendoit, m a i s e n c e l a il t r o u u o i t v n e difficulté ; c a r c o m m e cette côfte d e Panama eft fort o m b r a g é e d'arbres,& f a n g e u f e , t o u s les foldats L'auoient e n h o r r e u r . Enfin c o m m e P e d r a r i a s r e t o u r n a d e l'ifle d e Taboga, E f pinofa arriua auffi a u e c fes g e n s , t o u s d e u x fans a u c u n p r o grés. M a i s P e d r a r i a s r e c o m m e n ç a à parler d e la p e u plade qu'il p r e t e n d o i t baftir; p a r c e q u e B a r t h é l é m y H u r tado dit qu'il auoit veû p a r cette côfte v n t r e s - b o n p o r t , g r a n d , & fort f e u r ,& q u e q u a n d la m a r é e s'eftoit retirée il d e m e u r o i t à fec p r e f q u e v n e d e m y lieue , q u i eftoit v n e g r a n d e c o m m o d i t é p o u r m e t t r e les vaiffeaux e n feureté;d e q u o y P e d r a r i a s eftoit fort fatisfait. M a i s c o m m e il ne p û t p a s p e r f u a d e r alors a u x foldats d e faire cet eftabliffement, p a r c e qu'ils n e p o u u o i e n t p a s b i e n g o u f - Pedrarias fait tout ce quil ter d e viure d ' v n e vie réglée , il s'auifa p a r adreffe d e les peut pour faire diuifer,& d e les fatiguer. Il c o m m a n d a à E f p i n o f a d'enpeupler en la prendre c e n t c i n q u a n t e , & d e s ' e m b a r q u e r a u e c e u x d a n s cofte du Sud. l'vn d e s q u a t r e n a u i r e s ,& d a n s q u e l q u e s c a n o s q u i eftoient là,& qu'il allaft r e c o u u r e r le refte d e l'or q u e les indiens a u o i e n t pris à B a d a j o z . C e t t e petite a r m é e partit d o n c i o y e u f e m e n t , & f e m i t dans les c a n o s , e n r e m o n t a n t le l o n g d e la riuiere d e puis a y a n t pris terre ils fe m i r e n t d a n s le c r e u x d'vfte m o n t a g n e , o ù ils pafferent la n u i t , p o u r n'eftre p o i n t apperçeus;& c o m m e le iour c o m m e n ç a à paroiftre, ils entrèrent d a n s le vilage, & eftant e n t r e z d a n s la m a i f o n du C a c i q u e q u i eftoit d e c e d é , ils t r o u u e r e n t a u t o u r d uEfpinofa recorps q u a n t i t é d e pièces d'or d e diuerfes f a ç o n s& g r a n - couure vne deurs, q u i p o u u o i e n t m o n t e r à trente mille p o i d s d ' o r , bonne partie de l'or que Ba& q u i d e u o i e n t eftre e n t e r r é e s a u e c le c o r p s , d o n t v n edajoz, auoit Partie a p p a r t e n o i t à B a d a j o z , & l'autre a u d e f f u n t . E f - perdu. piriofa& fes foldats e m p o r t è r e n t t o u t cet o r , r e t o u r n e 2. D e c . Y

Paris,


170

1 518.

HISTOIRE

DES

INDES

r e n t a u x c a n o s , & r e n t r è r e n t a la b o u c h e d e la rmiere, o ù le n a u i r e les a t t e n d o i t . D e là E f p i n o f a e n u o y a appel. 1er le fucceffeur d u C a c i q u e Paris, p a r q u e l q u e s Indiens qu'il a u o i t pris prifonniers l e q u e l eftoit e n c o r e ieune, Il le vint t r o u u e r pluftoft p a r crainte q u ' a u t r e m e n t , & l u y a p p o r t a v n p r e f e n t d'or; & le pria d e luy rendre les p r i f o n n i e r s qu'il a u o i t e m m e n e z ; c e qu'il fit. A p r e s cette victoire ils allèrent c h a r g e r d u m a y z & d e s viures e n la terre d u C a c i q u e Paruqueta, d ' o ù ils partirent en fuite,& prirent la r o u t t e d e Panamà o ù eftoit Pedraria ; a u e c les a u t r e s , c o n t r e le g r é d e s Officiers d e D a r i e n , q u i eftoit le fuiet q u i les y faifoit d e m e u r e r , L à il recomm e n ç a à p e r f u a d e r à fes g e n s d e p e u p l e r e n cet endroit m a i s ils le refuferent t o u s d ' v n c o m m u n a c c o r d ; & ce q u i le fafchoit e n c o r e d a u a n t a g e , c'eft qu'il n e vouloir p a s r e t o u r n e r à D a r i e n , afin d e n'eftre p o i n t inférieur aux P è r e s H i e r o n i m i t e s , à c a u f e d e q u o y il a u o i t fait enterrer t o u t l'or q u e E f p i n o f a auoit a p p o r t é d e la m a i f o n de Pans & d e f o n fuccelfeur. E n f i n fe v o y a n t ainfi refuie t o u t à plat, Se n e p o u u a n t b i e n d i g é r e r c e refus,il leur

d i t ; Puis que vous ne voulez pas m'accorder ce que ie défite de vous ; que l'on déterre tout l'or

&

qu'il foit rendu à cel

à qui il appartient qui eft le Cacique P a r i s , parce que les Peres Hieronimites Pont ordonné ainfi & nous en retournons en Les Caftillans fe refondent Castille, les viures ne m'y manqueront pas. C o m m e il vint enfin d'y peu-à t o u c h e r cette c o r d e , ils b l e f m i r e n t t o u s , & E f p i n o f a le pler. p r e m i e r ; & d i r e n t qu'ils p e u p l e r o i e n t e n q u e l q u e s e n droits

le l o n g d e la côfte e n d e f c e n d a n t p r o c h e d e là, o ù il y a u o i t b e a u c o u p d ' h e r b a g e p o u r la pafture d e s t r o u p e a u x d e q u e l q u e n a t u r e qu'ils fuffent, & d'autres c h o f e s nec e l f a i r e s p o u r baftir d e s maifons, P e d r a r i a s leur accord a cela p o u r lors, & leur d i t , q u e c e p e n d a n t qu'il fe prefenteroit v n e m e i l l e u r e c o m m o d i t é qu'ils traçaffent v i l a g e o u b o u r g a d e qu'ils d e u o i e n t faire d a n s c e p o r t , & qu'ils n e p e r d r o i e n t p a s g r a n d c h o f e q u a n d ils a b a n d o n n e r o i e n t d e s maifons d e paille, lors qu'il faudroit c h a n g e r d e lieu.


O C C I D E N T A L E s , L I V R E III

PEDRARIAS en Caftille, mais

VEVT

171

RETOVRNER

ceux de Darien l'en empefchent, Diego d'Albisez baftit une ville dans

N o m b r e d e Dios. C H A P I T R E

IV.

S T A N T d o n c t o u s d e m e u r e z d ' a c c o r d de p e u 1518. p l e r , P e d r a r i a s a p p e l l a v n N o t a i r e , & requit v n acte d e luy c o m m e il traçoit là les f o n d e m e n s d'vn e ville q u i feroit n o m m é e a u n o m d e D i e u , d e Pedrariasiette fondemens la R e i n e I c a n n e , & d e C h a r l e s f o n fils, & protefta d e l a les de la ville de deffendre f o u s c e n o m c o n t r e q u i q u e c e fuft q u i le v o u panama. droit c o n t r e d i r e . M a i s felon q u e l ' e x p e r i e n c e lefitb i e n toft voir l'on n'auoit p a s b i e n r e n c o n t r é e n l'eflection d e cette affiette, p o u r y eftre le lieu m a l fain, à c a u f e q u e la terre y eft fort h u m i d e & c h a u d e ; à c a u f e d e q u o y les vingt-huit p r e m i e r e s a n n é e s q u e l'on g a g n a le P e r o u , il y m o u r u t plus d e q u a r a n t e mille h o m m e s d e m a l a d i e s m a l i g n e s ,& e n la ville d e Nombre de tout d e m e f m e . M a i s o u t r e le p r e t e x t e q u e p r e n o i t P e d r a r i a s d e fortir d e la f u g e t i o n à l a q u e l l e les P e r e s H i e r o n i m i t e s l'auoient m i s a v e c les Officiers d e D a r i e n ; p a r c e qu'il t r o u U û i t c e l a v n p c u r u d e , q u e l u y q u i g o u u e r n o i t t o u t , il euft p o u r c o m p e t i t e u r s c e u x q u i l u y a u o i e n t efté fuiets, il iugea à p r o p o s d e s eftablir e n la côfte d e la m e r d u S u d , p o u r p o u u o i r iouir p l u s f a c i l e m e n t d e s richeffes q u i s'alloient d e f c o u u r a n t d e i o u r e n iour ; E n q u o y il auoit r a i f o n , c a r c o m m e il y a plus d e foixante lieuës d e D a r i e n à d e deftours & d e c h e m i n s afpres & difficiles, cela e m b a raftbit b e a u c o u p les entreprifes d e la m e r d u S u d . C e p e n d a n t P e d r a r i a s p a r t a g e a t o u s les vilages d e s I n d i e n s des e n u i r o n s entre les Caftillans q u i s'eftablirent là. A p r e s qu'il e u t o r d o n n é d e toutes c h o f e s p o u r cet eftabliffe-

E

Panama,

Dios

Panama,

Y ij


HISTOIRE 172 m e n t , il apprit a u v r a y q u e

DES

INDES

L o p e d e S o f a auoit fes prou i f i o n s , p o u r p r e n d r e poffeffion d e f o n G o u u e r n e m e n t , a u e c la q u a l i t é d ' I n t e n d a n t d e Iuftice p o u r l u y faire rend r e c o m p t e d e fes actions. A c a u f e d e q u o y , n e fouhait a n t p a s q u e d e S o f a le trouuaft e n cette terre,& defir a n t e n fortir a u e c la m e i l l e u r e r e p u t a t i o n qu'il pourroit, il p r o p o f a v n e x p e d i e n t tant p o u r l u y , q u e p o u r tous les a u t r e s , q u i eftoit d ' e n u o y e r d e s P r o c u r e u r s e n Caftille, p o u r reprefenter a u R o y les feruices qu'ils luy a u o i e n t r e n d u s e n la T e r r e - f e r m e ;& defia il auoit fait e n forte qu'ils le n o m m a fient ; p u i s a y a n t o b t e n u d'eux c e qu'il defiroit, il refolut d'aller à D a r i e n , p o u r difpofer d e f o n v o y a g e . 11 o r d o n n a c e p e n d a n t à E f p i n o f a de p r e n d r e la m o i t i é d e s g e n s q u i eftoient là, d'aller defEfpinofa va àc o u u r i r la terre vers le P o n a n t e n d e f c e n d a n t , & que la defcouuerte t o u t l'or & les autres c h o f e s d e valeur qu'ils g a g n e r o i e n t , vers te Ponant il les partageait entre les h a b i t a n s q u i d e m e u r e r o i e n t dans en defendant. Panama, & les trente h o m m e s q u i l'alloient a c c o m p a g n e r . D é s qu'il fut à D a r i e n il efcriuit a u R o y , luy dem a n d a n t la permiffion d e faire paffer cette ville à Panama, & l'Eglife C a t h e d r a l e ; d i f a n t , q u e cette fituation eftoit m a l f a i n e , q u e q u a n t i t é d e g e n s y d e u e n o i e n t mal a d e s , & m o u r o i e n t , & q u e m e f m e les e n f a n s n e s'y p o u u o i e n t efleuer. Il d e c l a r a a u p e u p l e d e D a r i e n & aux Officiers R o y a u x f o n eflection d e P r o c u r e u r p o u r C a f ftille ; difant q u e t o u t e la ville d e Panama, & les gens d e g u e r r e l'auoient n o m m é p o u r c e l a ,& q u e p o u r leur faire plaifir il l'auoit a c c e p t é e d e b o n c œ u r . Ils d e m a n d e r e n t d u t e m p s p o u r o p i n e r ,& c o n f e r e r e n t r ' e u x touc h a n t cette affaire,& a u b o u t d e q u e l q u e s i o u r s , e n c o r e q u e q u e l q u e s v n s euffent b i e n v o u l u c h a n g e r d e G o u u e r n e u r , les Maiftres d e P o l i c e , les Officiers d u R o y , & t o u t le p e u p l e , e n p r e f e n c e d e M a r t i n E f t e t e , qu'il auoit laiffé p o u r f o n L i e t e u t e n a n t , p a r l a n t p o u r tous,

1518.

luy dit,

Qu'ils

lait prendre &

tenoient a grands

faneur

d'aller en Caftille;mais

c o n f u i t e entreux

touchant

fon

la peine

qu ayant

voyage,

qu'il vou-

bien e x a m i n é , qu'ils auoient


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III. 173 trouué que fon abfence leur augmenterait &

eau feroit beau-

1518.

coup d'inconueniens. L'vn, la faute qu'il feroit en la pacification des Indiens des terres des enuirons de Darien. L'autre, que fans doute par fon abfence il deuoit arriuer de grandes conteftations entr'eux, & principalement a caufe que Efpinofa demeuroit en la mer du Sud, auec quantité de gens de guerre, d'eu l'on coniecturoit qu'il leur voudrait àtousauec plus d'empire que luy mefme tiers eux, &

commander

n'en auoit usé en-

qu'ils ne le pourroient pas fouffrirs Et que par

consequent il en refulteroit des maux

que femblables chan-

gemens apportent de tous coftez ; ioint que comme qui gouuemoit

les affaires de la guerre,

commififfns aux Capitaines, & demeureroient comme

c'eftoit

luy

qui donnoit les

que venant à manquer

, ils

vn corps fans ame.

P e d r a r i a s l e u r r e p a r t i t , que toutes ces confiderations a-Pedrarias vent aller en Caftille, mais ceux qu'il y mettroit vn fi bon ordre que tels inconueniens n'arde Darien l'en riueroient pas ; & qu'ainfiil les prioit d'auoir pour agreaempefchent.

noient esté confultées par des perfonnes prudentes ; mais

ble fon départ;parce que filon fon iugement il feroit beaucoup utile pour le Royaume

de Caftille,&

partant qu'il ne

s'en dépariiroit en aucune façon. I l s l u y r e p l i q u e r e n t , qu'ils le fupplioient de ne fepoint obftiner a vouloir fortir de laterre, parce qu'ils luy declar oient qu'ils tenaient pour tout affeuré que le feul deffein de le vouloirfaireoffençoitle Roy

en

abandon-

nantla terre dans tous lespérilsimaginables,& qu'ils n'y fentiroietpas.

con-

P u i s s ' o b f t i n a n t e n c o r e d a u a n t a g e , ils l u y d i -

rent que le Royl'entendoitainfi, & qu'il faloit qu'il demeuraft. O r c o m m e ils e f t o i e n t b e a u c o u p , c h a c u n p a r l o i r f e l o n f a f a n t a i f i e , a u e c l i b e r t é ; E t il y e u t v n M a g i f t r a t e n t r ' a u t r e s qui parlant plus l i b r e m e n t

q u e , t o u s les a u t r e s , l u y

dit,

qu'encore qu'il fuft le moindre de toute la troupe, il eftoit affez fort pour l'arrefter malgré luy, &

mefme luy mettre les fers

aux pieds, puis que le Roy l'auoit enuoye la pour les gouverner , & tenir cette terre en fon nom, dre. P e d r a r i a s

voyant que

& pour les deffen-

t o u s s'obftinoient à c e qu'il

d e m e u r a i t , d i f f i m u l a , r e c o n n o i f f a n t qu'il eftoit f o r t d i f ficile d e r a n g e r a l a r a i f o n v n p e u p l e o b f t i n é , & l e u r d i t ,

Y iij


174

HISTOIRE

DES

que fuis qu'ils ne voulaient pas

1518.

qu'il defiroit au

INDES

confentir qu'il s'en allaft,

moins pour fa defcharge qu'ils s'imputaffent

la faute du dommage

qui leur arriueroit, pour

ne luy auoir

pas voulu laiffer faire le voyages D e force q u e p a r c e

m o y e n f o n a p p r e h e n f i o n ceffa, s'il e n a u o i t a u c u n e , q u e Son voyage eft L o p e d e S o f a le t r o u u a f t e n la terre, diffimulant ainfi rompu. f o n f e n t i m e n t , e n difant, qu'il obeïffoit a leurs volontéz,

parce qu'il les aimoit comme fes enfans. C e p e n d a n t les

M a g i f t r a t s d e D a r i e n a u a n t q u e P e d r a r i a s arriuaft cette fois là à la ville, a u o i e n t d o n n é p e r m i f f i o n à D i e g o d'Albitez p o u r p e u p l e r v n lieu d a n s Veragua, d o n c P e d r a rias s'offença t e l l e m e n t qu'il a u o i t deffein d e l'aller chaftier fur le c h a m p ; m a i s c o m m e c'eftoit v n vieux routier, & e x p e r i m e n t é d a n s les affaires d e la g u e r r e , il i u g e a qu'il n'eftoit p a s t e m p s d'vfer d e r i g u e u r , fi bien qu'il fouffrit Se diffimula p o u r lors cét affront, p o u r le chaftier p a r adreffe d a n s , v n autre t e m p s . D i e g o d ' A l b i t e z eftant d o n c forty d e D a r i e n a u e c v n Diego de Albitez, va à Ve- b r i g a n t i n & v n e c a r a u e l l e , arriua à I'Ifle d e Baftimenraguà. to, o ù il f u t fort b i e n r e ç e u d u C a c i q u e , & luy d o n n a d e s viures , Se d e u a n t q u e d'arriuer à Veragua, il entra d'improuifte d a n s le vilage d ' v n C a c i q u e qu'il prit a u d e f p o u r u e u ; les I n d i e n s d e c e vilage q u i p u r e n t s'efq u i u e r , prirent les a r m e s , Se c o m b a t i r e n t c o n t r e les Caftillans ; m a i s enfin ils f u r e n t m i s e n d é r o u t e , Se le C a c i q u e pris, a u e c q u a n t i t é d e s fiens, C e C a c i q u e fe v o y a n t reduit e n v n il m i f e r a b l e eftat, p r o m i x q u e fi o n le v o u l o i t laiffer libre a u e c fes g e n s , v e û qu'il n ' a u o i t offenfé p e r f o n n e , qu'il d o n n e r o i t t o u t l'or qu'il p o u f f e doit ; c e qu'il e f f e c t u a , Se d o n n a trois mille p o i d s d'or Se trente efclaues ; fi b i e n q u e D i e g o d ' A l b i t e z le mit e n liberté , & t o u s fes g e n s . P u i s paffant plus a u a n t , & arriua a u p o r t , q u e D i e g o d e N i c u e f a auoit n o m m é N o m bre de Dios, o ù c e u x d e D a r i e n le t r o u u e r e n t lors qu'ils f u r e n t le c h e r c h e r . L o r s qu'il fut d e f c e n d u à terre, à deffein d e p e u p l e r e n v n lieu q u e l'on appelle , el Cerro de Nicuefa, il t r o u u a q u e f o n n a u i r e faifoit e a u e n a b o n -


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

175 d a n c e , & qu'il alloit c o u l e r à f o n d , ce q u i les o b l i g e a 1518. de r e t o u r n e r à l'Ifle d e Baftimentos, o ù ils n e f u r e n t p a s fi toft arriuez qu'il é c h o u a . L e C a c i q u e Parurata, S e i g n e u r d e l'ifle, les fit paffer d a n s d e s c a n o s e n T e r r e ferme, à caufe qu'ils ne voulurent pas demeurer là ; & les fit aller dans la terre du Cacique Capira ; mais ce Cacique fe v o y a n t defia i n c o m m o d é p a r les Caftillans d e Panama, & qu'il e n arriuoit e n c o r e d'autres p a r la côfte du N o r t , il fe ietta e n t r e les m a i n s de D i e g o d'Albitez. Il luy p o r t a q u e l q u e p r e f e n t d ' o r , ainfi q u e les I n diens a u o i e n t d e c o u f t u m e , & s'en r e t o u r n a auffi toft à Nombre de Dios, o ù il refolut d e p e u p l e r& d'y baftir, fans c h a n g e r d e n o m a u lieu qu'il baftit. M a i s c e lieu p o u r eftre d a n s v n e fituation baffe & t r o p h u m i d e , l'on n e fçauroit n o m b r e r les Caftillans q u i y o n t p a f t y , & on n e l'a fait fubfifter qu'à c a u f e d e la c o m m o d i t é d u p o r c qui eft t r e s - b o n p o u rl ' a b o r dd e s n a u i r e s . C e p o r t n e c o m m e n ç a à entrer d a n s fa perfection q u ' e n l'an 1520.Ilfe trouué d a n s la c a m p a g n e a u t o u r d e cette p e u p l a d e v n e certaine h e r b e v e r d e d ' v n e c o u d é e d e h a u t , q u i a d e petites b r a n c h e s q u i s ' a c r o c h e n t l'vne à l ' a u t r e , fort belles,& m e n u e s , d e la g r a n d e u r d e s p l u m e s d ' v n petit oyfeau ;fic e s feuilles f o n t t o u c h é e s a u e c v n b a f t o n , o u auec q u e l q u e a u t r e c h o f e , elles n e r e m u e n t e n a u c u n e f a ç o n , m a i s fi o n les t o u c h e f e u l e m e n t d u d o i g t , elles refferrent t o u t leur e n t r e l a f f e m e n t , c o m m e fi c'eftoit v n e c h o f e fenfible. C e t t e p e u p l a d e d u t e m p s d u R o y P h i lippe II. f u t p a r f o n c o m m a n d e m e n t , & p a r l'ordre d u Prefident & d u C o n f e i l d e s I n d e s , p o u r efuiter la m o r t d e tant d e p e r f o n n e s , c o m m e n o u s v e n o n s de dire, d é - Diego de Alp e u p l é e ,& fon h a b i t a t i o n f u t transferée à Porto-belo,bitez peuple Nombre de c o m m e il a efté dit c y - d e u a n t p a r l'induftrie& le trauail Dios. d e l'ingenieux Baptifte A n t o n e l i , q u i l'auoit toufiours p e r f u a d é s & l'experience fait allez c o n n o i f t r e q u e l'on n'a b a s m a l r e n c o n t r é e n cela. C o m m e Panama & N o m bre de Bios s'alloient p e u p l a n t , l'on traita d'ouurir le c h e m i n , p a r c e q u e cét e n d r o i t eft le p l u s eftroit d e la


H I S T O I R E

176

1518.

DES

INDES

terre q u i fepare les d e u x m e r s d u S u d & d u N o n , Se d u r a n t t o u t cet efpace d e terre ce n e f o n t q u e rochers Se m o n t a g n e s t r e s - a f p r e s , où h a b i t e n t v n e infinité d e L Y o n s , d e T y g r r s , & autres belles f e r o c e s , & v n e fi g r a n d e m u l t i t u d e d e g u e n o n s & d e m a r m o t s d e diuerfes f a ç o n s , Se g r a n d e u r s , q u e lors q u e ces a n i m a u x fe m e t t e n t e n f o u g u e , ils f o n t d e s cris fi e f t o n n a n s & fi e f p o u u a n t a b l e s , qu'ils eftourdiffent les h o m m e s ; ils m o n t o i e n t fur d e s a r b r e s a u e c d e s p i e r r e s , qu'ils iettoient fur c e u x q u i e n v o u l o i e n t a p p r o c h e r ; m a i s les arbaleftes d e s Caftillans r a b a t o i e n t b e a u c o u p d e leur fougue.

DES

PARTIC

VLARITEZ QVI SE

rencontrent dans les Prouinces du Royaume de la terre-ferme. Des mœurs des habitans, & de leurs ceremonies & conftumes. C H A P I T R E

V.

V o y q u e l'on ait fait m e n t i o n e y d e u a n t d e s c h o fes q u i fe r e n c o n t r e n t d a n s les p r o u i n c e s d e Caftille d e l'or;cela n ' e m p e f c h e r a p a s q u e n o u s n e difions i c y e n particulier les particularitez q u i s'y r e n c o n t r e n t . L a p r e m i e r e p r o u i n c e d ' o ù les Caftillans c o m m e n c e r e n t à tirer d u p r o f i t , & o ù ils r e n c o n t r e r e n t d e l'appuy Se d e l'amitié, fut e n celle d e Careta, à trente lieues d e D a r i e n , Se e n celle d'Acla, q u i n ' e n eft qu'à c i n q l i e u ë s . Il regnoit Guerre entre d a n s c e s p r o u i n c e s d e u x f r e r e s , Se c o m m e ils a u o i e n t deux freres tous d e u x l'ambition d e c o m m a n d e r , ils e u r e n t d e granCaciques. d e s g u e r r e s e n f e m b l e à q u i s'ofteroit l'Eftat l'vn d e l'auProuinces de tre. E n f i n ils e n v i n r e n t à v n e g r a n d e bataille, q u i fut d o n Gareta & n é e a u m e f m e lieu o ù l'on baftit la ville d'Acla, q u i veut d'Acla. dire en la l a n g u e d u pais, Os d'hommes, Se d e f a i t , lots

Q

que


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III

177

q u e les Caftillans c o m m e n c e r e n t d'y baftir, ils y t r o u uerent q u a n t i t é d'os. D e forte d o n c q u e c o m m e il eftoit 1518. m o r t plufieurs I n d i e n s d e part& d'autre e n cette b a taille, & qu'il y a u o i t fort p e u d e t e m p s qu'elle auoit efté d o n n é e , cela fut c a u f e qu'ils n e firent p o i n t d e refiftance. C e s g e n s - l à eftoient plus politiques q u e c e u x de SantaMarta,& c e u x d e t o u t e cette côfte. L e s f e m m e s eftoient fort b i e n veftuës d e p u i s le fein iufques e n b a s , a u e c d e s c o u u e r t u r e s d e c o t t o n o u u r a g é e s , q u i les couuroient d e p u i s les bras i u f q u e s a u x pieds. L e s h o m m e s allaient t o u t n u d s ,& m e t t o i e n t leurs parties h o n teufes d a n s d e s l i m a ç o n s d e m e r qu'ils t r o u u o i e n t le l o n g de la c ô f t e , d e diuerfes c o u l e u r s , & ils e n p o r r o i e n t en d'autres lieux e n e f c h a n g e d'aures c h o f e s ; ils les attachoient a u e c d e s c o r d o n s a u t o u r d u c o r p s ; e n forte qu'ils d o r m o i e n t e n cette p o f t u r e ,& c h e m i n o i e n t auffi fans q u e cela les i n c o m m o d a i t ; m a i s ils n'y m e t t o i e n t Prouinces de Caftille de l'or. q u e les teftieules. L e u r s lits eftoient faits d e c o t t o n , fort bien ajuftez. L a terre y eft fort m o n t u e u f e , c o m m e celle d e D a r i e n , q u o y q u e plus faine;& il s'y t r o u u a e n b e a u c o u p d'endroits d e s m i n e s d'or. L a p r e m i e r e p r o u i n c e q u e l'on r e n c o n t r e a p r e s Acla, en tirant v e r s l'Eft, eft Comagre, o ù c o m m e n c e la terre r a f e , & elle eftoit fort b i e n p e u p l é e d e p u i s là e n a u a n t , q u o y q u e les S e i g n e u r i e s n e fuffent pas g r a n d e s , car elles n e s'eftendoient q u e d e d e u x e n d e u x lieues, & les Caftillans a p p e l l e r e n t Cuàba r o u t e la terre i u f q u e s a la p r o u i n c e d e Perùquete. Il y a v n e a u t r e p r o u i n c e tout p r o c h e , qu'ils a p p e l l e n t las Behetrias, p a r c e qu'elle n'auoit a u c u n S e i g n e u r q u i la g o u u e r n a f t . Ils p a r l o i e n t tous v n e m e f m e l a n g u e ,& eftoient veftus c o m m e c e u x d'Acla. A p r e s la P r o u i n c e d e las Behetrias, q u i eftoit celle d e Purulàta, fuiuoient celle d e Chiàma & de Coyba, qui font prés d e q u a r a n t e lieues, & p a r l e n t e n c o r e la m e f me langue de Cuàba, excepté qu'elle eft plus polie, & les gens plus prefomptueux ; & ceux-cy ne portoient Point d e l i m a ç o n , ils alloient t o u t n u d s ; m a i s les f e m 2. D e c . Z


1518.

HISTOIRE DES INDES 178 m e s s ' a c c o m m o d o i e n t c o m m e celles d'Acla Se d e Cuàba. O r d a n s , cette p r o u i n c e entroit celle d e Pocorofa, o ù l'on p e u p l a Santa Craz, q u i fut r u i n é e p a r la m o r t d e tous les Caftillans ; e x c e p t é c i n q q u i p o r t e r e n t les n o u u e l l e s de c e defaftre à Darien, & d e la f e m m e C a f t i l l a n e , q u e le S e i g n e u r prit p o u r l u y , & l'ayma b e a u c o u p , laquelle p a r e n u i e fut t u é e p a r d e s I n d i e n n e s , & firent à croire q u e l q u e t e m p s a p r e s q u e s'allant lauer à la riuiere, vn l e z a r d o u C a y m a n , ainfi qu'ils a p p e l l e n t les C o c o d r i l les l'auoit e n l e u é e . Il n'y auoit p a s d e g r a n d s vilages d a n s ces p r o u i n c e s ; c h a q u e S e i g n e u r principal a u o i t trois o u q u a t r e m a i f o n s , iointes e n f e m b l e , a u e c leurs g e n s , & les fuiets c h a c u n la leur, Se d e s terres p o u r f e m e r . L e s Seig n e u r s alloient toufiours e n g u e r r e , à la p e f c h e , & aut o u r d e s terres e n f e m e n c é e s d a n s leurs limites. Ils au o i e n t d e c o u f t u m e e n cette p r o u i n c e , q u e c e l u y qui a u o i t t u é f o n e n n e m y e n g u e r r e , o u qu'il euft efté bleffé à la bataille, le S e i g n e u r luy d o n n o i t f o n l o g e m e n t , & p e n f i o n , & p o u r titre d ' h o n n e u r , il luy bailloit le n o m d e Cabra. Ils fe c o m p o r t o i e n t e n Iuftice felon la loy de N a t u r e , fans a u c u n e c e r e m o n i e n y a d o r a t i o n . L e s Seig n e u r s i u g e o i e n t les p r o c é s , Se n ' a u o i e n t p o i n t d'autres lufticiers q u e d e s S e r g e n s , q u i alloient f o m m e r Se prend r e les d e l i n q u a n s . L e s parties c o m p a r o i f f o i e n t , Se apres a u o i r efté ouïes ; & p r e f u p p o f a n t qu'ils a u o i e n t dit vérité, p a r c e q u e c e l u y q u i eftoit a c c u f é d e m e n t e r i e en pareil cas eftoit p u n y d e m o r t ; le S e i g n e u r terminoit le p r o c é s , & s'acheuoit ainfi fans a u c u n e reffource. L e tribut q u e l'on r e n d o i t à ces S e i g n e u r s eftoit perf o n n e l ; & p o u r y fatisfaire, les fujets leur baftiffoient leurs m a i f o n s , & l a b o u r o i e n t leurs terres, Se p o u r les regaler ils faifoient d o n n e r à c e u x q u i trauailloient, à boire & à m a n g e r ; ii b i e n q u e p a r c e m o y e n les S e i g n e u r s n e tir o i e n t rien d e leurs v a f f a u x , n y les vaffaux n e m a n q u o i e n t d e r i e n , Se ainfi ils eftoient feruis, a i m e z & r e d o u t e z . L'orqu'ils p o f f e d o i e n t , ils l'auoient e n troc d'autres c h o fes ; mais ils n e laiffoient p a s q u e d e c o m m a n d e r à leurs

Enuie que portent les Indien, nes a vne Caftillane.

Encre les Indiens celuy qui mentoit en laftice eftoit puny de mort.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

179

fubiets d ' e n tirer d e s m i n e s . L e u r s conftitutions p o r roient p o u r le c h a f t i m e n t d e s d e l i n q u a n t s , qu'ils p u n i f - 1518. foient d e m o r t le l a r r o n , l ' h o m i c i d e , & c e l u y q u i fe feruoit d e la f e m m e d ' a u t r u y , h o r s ces c h e f s ils n'vfoient point d'autres f o r c e s n y v i o l e n c e s . L o r s q u e les p r i n cipaux d'entr'eux fe m a r i o i e n t , le i o u r d e s efpoufailles tous les p a r e n s d e la f e m m e s'affembloient, & faifoient v n g r a n d feftin ; p u i s ils m e n a i e n t la f e m m e a u m a r y , & la luy bailloient e n poffeffion, Se les e n f a n s d e cellelà heritoient d e la S e i g n e u r i e ; c a r p o u r les autres f e m m e s qu'ils a u o i e n t , elles n'eftoient pas l e g i t i m e s , a t t e n d u qu'elles n ' a u o i e n t pas efté r e ç e u ë s a u e c ces c e r e m o nies ; Se la f e m m e l e g i t i m e n'auoit a u c u n e ialoufie c o n tre elles, n y n e leur faifoit p o i n t d e m a u u a i s t r a i t e m e n t , fi non qu'elle leur c o m m a n d o i t , & elles l'obeiffoient Se feruoient, Se n e p o u u o i e n t quitter leurs m a r i s fur p e i n e d e m o r t ; & les e n f a n s q u i e n , naiffoient eftoient t e n u s p o u r b a f t a r d s , & les legitimes les nourriffoient fur le b i e n d e la S e i g n e u r i e . L a f o d o m i e y eftoit e n h o r r e u r , & ils chaftioient r i g o u r e u f e n t c e u x q u i l'exerçoient. Ils a u o i e n t d e cettains h o m m e s qu'ils a p p e l l o i e n t e n leur l a n g u e M a i f t r e s , lefquels v i u o i e n t d a n s d e petites c a b a n e s , c h a c u n la f i e n n e , fans p o r t e s , & d e f c o u u e r t e s par le h a u t . C e s M a i f t r e s fe retiroient là d e n u i t , & failoient e n forte q u e le d i a b l e parloit à e u x & c h a n g e o i t fa voix e n plufieurs f a ç o n s ; & p u i s a p r e s ils alloient d i r e aux S e i g n e u r s c e q u e le d i a b l e leur a u o i t dit, Se c e qu'ils luy a u o i e n t r e f p o n d u . Il y auoit auffi d a n s c e s p r o u i n ces d e s forcieres q u i faifoient d u m a i a u x e n f a n s , Se Sorcieres m e f m e à c e u x d e m o y e n â g e , p a r l'induction d u d i a b l e , diennes. qui leur d o n n o i t d e certaines huiles d ' h e r b e s d o n t elles le frottaient. Il leur apparoiffoit e n f o r m e d ' v n i e u n e e n f a n t t r e s - b e a u , afin q u e ces f e m m e s q u i envoient fort fimples n e fuffent p o i n t r e b u t é e s d e voir q u e l q u e f o r m e h i d e u f e , & q u i leur e m p e f c h a f t p a r c e m o y e n d e croire en iuy ; elles n e v o y o i e n t i a m a i s les m a i n s , m a i s p o u r les pieds ils eftoient e n f o r m e d e g r i f o n , n ' a y a n t q u e trois Z ij

Chaftiment des delinquants. Leur maniere de viure auec les femmes.

In-


180

H I S T O I R E

DES

INDES

o n g l e s , & il les a c c o m p a g n o i t lors qu'elles alloient faire q u e l q u e m a l . L ' A d e l a n t a d o P a f c u a l d ' A n d a g o y a affir1518. m a auoir e f p r o u u é , q u ' v n e forciere eftant v n e nuit dans v n vilage a u e c q u a n t i t é d'autres f e m m e s , q u e dans le m e f m e m o m e n t elle fut v e u ë à v n e lieue & d e m i e de là, d a n s v n quartier o ù il y auoit d e s g e n s d e f o u Seigneur. Ils difoient, q u e lors q u e le d e l u g e g e n e r a l arriua,qu'il y e u t v n h o m m e q u i fe m i t d a n s v n c a n o , a u e c fa f e m m e & fes e n f a n s , & qu'ils fe g a r a n t i r e n t d u n a u f r a g e ; & q u e d ' e u x eftoit forty t o u t le m o n d e ; Q u ' i l y a u o i t dans un f e u l Dieu, le C i e l v n S e i g n e u r q u i faifoit p l e u u o i r & m o u u o i r tous les C i e u x & les A f t r e s ; Qu'il y auoit auffi v n e f e m m e fans d a n s le C i e l , fort b e l l e , & q u i auoit v n e n f a n t , mais avoir ne connoiffan- ils n e paffoient p a s o u t r e ; & n ' a u o i e n t p o i n t d'autre c o n ce. n o i f f a n c e d e l'origine d ' e u x m e f m e s , t a n t ils eftoient peu f ç a u a n s & b a r b a r e s e n toutes les chofes. Ils appelloient les f e m m e s legitimes d e leurs S e i g n e u r s Efpobe, q u i eftautant c o m m e C o m t e f f e o u M a r q u i f e . L o r s q u e le Seigneur d e c e d o i t , fes c o n c u b i n e s q u i c r o y o i e n t eftre les p l u s affect i o n n é e s d u deffunt s'enterroient v i u e s a u e q u e luy, o u perm e t t o i e n t q u ' o n les fift m o u r i r , & il y auoit plufieurs h o m m e s q u i refufoient d e leur r e n d r e c e m a u u a i s office; mais q u a n d le S e i g n e u r les auoit deftinécs & choifies e n m o u r a n t p o u r luy tenir c o m p a g n i e d a n s le t o m b e a u , cela fe d e u o i t e x e c u t e r , e n c o r e q u ' o n n e le v o u l u f t pas. Ils v e ftoient le m o r t d e fes plus belles a r m e s & d e s plus ric h e s , p u i s e f t a n t e n u e l o p p é d ' v n e c o u u e r t u r e d e cotton ils le t e n o i e n t v n iour e n cét eftat, & le fils, c o m m e heritier, a u e c les p r i n c i p a u x , le p e n d o i e n t a u e c d e b o n n e s c o r d e s d e u a n t le f e u , o ù ils le d e f f e c h o i e n t , & recueilloient la graiffe q u i e n fortoit d a n s d e s vafes. C e p e n d a n t q u e t o u t cela fe faifoir, il y a u o i t a u t o u r d u corps d o u z e h o m m e s d e s p r i n c i p a u x , affis, a y a n t le c o r p s & la tefte c o u u e r t s d e c o u u e r t u r e s n o i r e s , & d e m o m e n t e n m o m e n t ils t o u c h o i e n t v n t a m b o u r d o n t le f o n eftoit c o m m e f o u r d & l u g u b r e ; e n forte qu'il f e m b l o i t qu'ils

Des Indiens qui confeffoient parlaient de la Vierge en aucu-

Des-Enterremens des Seigneurs Indiens.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

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battoient vne f a ç o n d e deuil. A p r e s q u e celuy q u i t o u 1518. choit le t a m b o u r auoit a c h e u é , il c o m m e n ç o i t v n c h a n t en m a n i e r e d e Refpons,&les autres le f u i u o i e n t , & s'occupoient auffi e n cet exercice v n b o n e f p a c e d e t e m p s . Puis à d e u x h e u r e s apres m y - n u i t , t o u s c e u x d e la m a i f o n veillant auffi, ils faifoient d e g r a n d s c r i s , & s'impofoient auffi toft filence, & i n c o n t i n e n t apres c e u x d u deüil & d u t a m b o u r r e c o m m e n ç o i e n t , & battoient p l u s fort qu'ils n'auoient fait la p r e m i e r e fois, & t o u t le refte d e s gens d e la m a i f o n b e u u o i e n t & fe refiouïffoient, e x c e p t é les d o u z e q u i n e b o u g e o i e n t nuit & iour d ' a u t o u r d u m o r t , & fi q u e l q u ' v n d'eux par neceffité fortoit d e h o r s , il auoit tout le c o r p s c o u u e r t , & la tefte & le vifage c a chez. P a f c u a l d ' A n d a g o y a fe t r o u u a à l'vn d e ces enterr e m e n s , q u i fut celuy d u S e i g n e u r d e Pocorofaenla p r o uince de Cuèba ; & leur a y a n t d e m a n d é ce q u e c o n t e n o i t leurs R e f p o n s , ils Iuy dirent qu'ils c h a n t o i e n t l'hiftoire des faits d e leur S e i g n e u r . Ils luy r e n d o i e n t les h o n n e u r s tout le l o n g d ' v n e a n n é e , p r e f e n t a n t d e u a n t l e c o r p s a u tant d e v i a n d e s qu'il e n m a n g e o i t eftant v i u a n t , les arm e s a u e c lefquelles il c o m b a t t o i t , & vne figure d e c a n o , pour m a r q u e d e c e u x d o n t il fe feruoit p o u r la n a u i g a tion. A p r e s toutes ces c e r e m o n i e s Se ces p o m p e s f u n e bres, ils p o r t o i e n t le c o r p s d a n s la p l a c e , o ù ils le b r û loient, s ' i m a g n a n t q u e la f u m é e q u i fortoit d e ces flamm e s alloit fe r e n d r e a u lieu o ù eftoit l ' a m e d u d e f f u n t ; Les Indiens & c o m m e o n leur d e m a n d o i t o ù elle eftoit, ils difoient confeffent l'imqu'elle eftoit d a n s le C i e l . Il n'y a u o i t q u ' a u x S e i g n e u r s mortalité de l'ame. auquels o n faifoit c e s a n n u e l s , p a r c e q u e l'on d é p e n foit b e a u c o u p e n boiffon Se e n v i a n d e . Ils n ' a u o i e n t a u c u n e a d o r a t i o n , m a i s t e n o i e n t f e u l e m e n t p o u r p e c h é Ils tenoient pour pechè l'hol ' h o m i c i d e ,le larcin Se l'adultere, & a u o i e n t e n h o r r e u r micide,lelarle m e n t e u r . C e s p e u p l e s eftoient b e l l i q u e u x , & c o m b a t -cin, & l'adultoient a u e c d e s f r o n d e s , 8e d e s battons bruftiez p a r les tere. bouts. L o r s qu'ils n'auoient p o i n t d e g u e r r e s ils s ' a d o n noient à la chaffe d e la v e n a i f o n & d e ces p o r c s q u i o n t le n o m b r i l fur le d o s . L e s S e i g n e u r s a u o i e n t leurs parcs, Z iij


182

1518.

HISTOIRE

DES

INDES

o u ils alloient d'ordinaire à lachaffeen Efté ; ils mettoient le r e n d u cofté d u v e n t , & c o m m e l'herbe eft haute, le gibier eftant aucuglé d e la f u m é e , il s'alloit rendre dans le piege des Indiens, lefquels tuoient a c o u p s d e frondes les cerfs, les porcs & d'autres a n i m a u x . Ils auoient auffi v n e chaffe d e P h a i f a n s , d e P a o n s & d e Tourterelles. M a i s les L y o n s les i n c o m m o d o i e n t fort, à caufe dequoy ils eftoient obligez d'entourer leurs maifons d e ronces & d e branchages, & d e les tenir toufiours fermées. Ils faifoient de grandes pefches dans les fieuues, & d e tres-bon poiffon, & il fe trouuoît auffi d e ces Lezars o u caymanes, qui q u o y q u e p o u r eftre fort pefans fur terre, il eft arriu é qu'il y e n eut v n qui fe deffendit contre trente h o m m e s ,& qui fans le pouuoir tuer à caufe d e fes efcailles, s'efquiua d'eux, & fe fauua dans l'eau, nonobftant qu'ils euffent tiré fix coups d'arquebufe fur ion corps ; mais fitoftq u e cet animal eft frappé d e q u e l q u e c o u p q u e ce foie à la t e m p l e il m e u r t , & les Calfillans furent long t e m p s auant q u e d ' a p p r e n d r e ce fecret. L e s arbres ont des feüilles tout le long d e l'année, a u e c v n p e u d e fruit, q u i fert à nourrir trois o u quatre fortes d e chats ; & quelques-vns d e ces a n i m a u x entrent auffi n u i t a m m e n t dans les m a i f o n s , q u i m a n g e n t les p o u l e s , ils o n t à cofté d'eux v n e p o c h e d a n s laquelle ils m e t t e n t leurs petits, qu'ils portent continuellement auec e u x , eftant petits; & q u o y qu'ils courent & fautent ils n e p e u u e n t t o m b e r ,& n e paroiffent pas m e f m e qu'ils ayent rien que leur corps.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

C O N T I N V A T I O N

183

DES

couftumes & ceremonies des Nations de la Terre-ferme. CHAPITRE

VI.

PRES q u e

Panamà fut p e u p l é , E f p i n o f a c o n t i n u a la d e f c o u u e r t e , & arriua à la p r o u i n c e d e 1518. B u r r i c a , q u i eft d a n s la c o d e d e Nicaragua, & d e là il r e t o u r n a p a r terre à la p r o u i n c e d e Huyha, e n l a quelle, & e n celle d e Burica, les g e n s fe c o m p o r t o i e n t & gouuernoient d'vne façon prefque femblable. L e s f e m m e s p o r t o i e n t v n e f a ç o n d e brayer q u i c o u u r o i t leur nature. L e s h o m m e s c h e m i n o i e n t tout n u d s ; Ils alloient Indiens grands à la chaffe d e s p o r c s d e la terre, d o n t il y auoit g r a n d e chaffeurs de q u a n t i t é , a u e c d e g r a n d s filets faits d ' v n e forte d'her- fores. be appellée Nequèn, & d o n t les mailles a u o i e n t v n poulce e n q u a r r é . Ils les p o f o i e n t à la fortie d e s b o i s , & c h a f f o i e n t ces t r o u p e a u x d e belles d e u a n t e u x ,& les conduifoient d e l'oeil iufques à c e qu'ils t o m b a i e n t dans les filets, de c o m m e leur tefte eftoit e n t r é e ,& que le corps n'en p o u u o i t fortir, les filets t o m b o i e n t fur e u x ; Puis a u e c d e s lances& d e s z a g a y e s ils les tuoient t o u s fans qu'il e n efchapaft v n feul. D e cette p r o u i n c e , E f pinofa r e t o u r n a n t à panama, e n t r a d a n s d e s lieux m o n t a g n e u x q u e l'on appelloit Tobrè, & Trotà, o ù il y auoit d e g r a n d s c h e f n e s , c h a r g e z d e g l a n d fort gros. C e t t e Caciterre eftoit g o u u e r n é e p a r q u a t r e S e i g n e u r s , q u i parloient Quatre ques Indiens des l a n g u e s differentes ; leurs p e u p l a d e s eftoient e n t o u proche les vns r e s d e foffez & d e paliffades, fortifiées d e r o n c e s & d e des autres parb r a n c h a g e s , & tellement e n t r e - m e f l e z les v n s d a n s les lent differentes autres, q u e cela faifoit c o m m e v n e m u r a i l l e tres forte. De là il d e f c e n d i t e n la p r o u i n c e d e N a z à , o u l'on a u o i t eftably v n e p e u p l a d e de, Caftillans appellée Santiago, à

A

langues.


184

H I S T O I R E

DES

I N D E S

trente lieues d e Panamà. O r c e S e i g n e u r faifoit vne 1518. g u e r r e c o n t i n u e l l e c o n t r e v n autre a p p e l l e Efcoria, qui eftoit à huit lieuës de Natà. L a p r e m i è r e fois q u e ces peuples virent les Caftillans, ils s ' i m a g i n o i e n t q u e c'eftoient d e s h o m m e s t o m b e z d u C i e l , & n e les o f e r e n t i a m a i s att a q u e r qu'ils n'euffent f ç e u a u p a r a u a n t qu'ils eftoient m o r t e l s . Il y a u o i t d a n s la terre d'Efcoria d e tres-belles Salines fafalines, & fort g r a n d e s , o ù l'on faifoit le fel a u e c l'eau meufes en la d e la m e r q u i entrait d a n s d e certains lacs a u e c les c o u terre d'Efcorants d e s e a u x v i u e s , & q u i fe c o n g e l o i t p a r la chaleur. ria. A h u i t lieuës d e là, d u cofté d e Panama, il y auoit v n autre C a c i q u e a p p e l l e chirù, q u i parloit v n l a n g a g e different. E t fept lieues e n c o r e a u d e l à , e n tirant vers Panama il y e n a u o i t v n a u t r e a p p e l l e chamè, o ù finiffoit le l a n g a g e d e Coyba ; & la p r o u i n e e d e Paru fe r e n c o n tre à d o u z e lieues de Natà, à l'Eft-vveft. L e S e i g n e u r d e Paris s'appelloit Cutatùra, c'eftoit v n h o m m e vaillant e n g u e r r e , il affuiettit les p r o u i n c e s d e Quemà, d e chicà, d e Cotrà, d e Saganà & d e Guarare.Il Bataille entre auoit g u e r r e p e r p e t u e l l e c o n t r e c e u x d'Efcoria, & il les indiens qui arriua e n c e t e m p s - l à qu'ils c o m b a t t i r e n t h u i t iours dure huitiours.

c o n t i n u e l s fans ceffer p a s v n iour d e fe liurer bataille. Il y auoit d a n s Efcoria v n e g e n e r a t i o n d ' h o m m e s d e plus g r a n d e ftature & p l u s m e m b r u s q u e les a u t r e s , & q u i fe v a n t o i e n t d'éftre n o b l e s & vaillans. Ils a u o i e n t le fein& les bras peints& f a ç o n n e z ; m a i s d e cctte bataille d eParisil e n d e m e u r a fort p e u . P a f c u a l d ' A n d a g a y o affirmoit a u o i r v e û q u e l q u e s v n s d e c e s h o m m e s , & dit q u e les autres h o m m e s a u p r e s d ' e u x n e paroiffoient q u e d e s n a i n s ; qu'ils a u o i e n t b o n v i f a g e , & le c o r p s b i e n fait, & qu'ils r a c o n t o i e n t q u e c o m b a t t a n t à cette g r a n d e bataille e n la terre d e Paru, c o m m e il arriuoit à c h a q u e m o m e n t d e s g e n s frais p o u r les c o m b a t t r e , la g u e r r e fubfiftoit a u e c m o i n s d e f a t i g u e ,& q u ' a y a n t v s é leurs a r m e s ils e n eftoient v e n u s c o r p s à c o r p s , fe m o r d a n t les v n s les autres ; m a i s p o u r t a n t q u e les a r m e s v e n a n t à leur m a n q u e r ils f u r e n t c o n t r a i n t s d e fe feparer ; & qu'il e n m o u -

rue


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

185

rut tant p a r le c h e m i n e n s'en r e t o u r n a n t à Efcoria, 1518. qu'ils firent d e s feillons o ù ils les iettoient. L e s Caftillans virent le lieu o ù la bataille fe d o n n a ; c'eftoit v n e g r a n d e ruë p a u é e d e teftes d ' h o m m e s m o r t s ,& a u b o u t de cette ruë il y auoit v n e t o u r q u i n'eftoit rien q u e d e telles ; & cette r u e eftoit fi l o n g u e , q u ' v n h o m m e d e c h e ual n e p o u u o i t p a s eftre a p p e r ç c u d ' v n b o u t à l'autre. C e u x d'Efcoria & de Natà parloient v n l a n g a g e difd'Efcoferent, & p o u r c e fujet ils fe f e r u o i e n t d'Interpretes ria & de N a t à diffepour leur n e g o c e . Il y a d a n s la terre d e Paris v n e g r a n d e quantité d e b œ u f s , d e v a c h e s , d e d a i n s , & d e cerfs. L e s indiens q u i alloient e n g u e r r e n e m a n g e o i e n t p o i n t d e chair, m a i s d u poiffon ; il n'y auoit q u e les L a b o u r e u r s qui e n m a n g e o i e n t . Ils fe veftoient c o m m e c e u x d e Coyba, m a i s c e u x d e Paris p o r t o i e n t d e s v e f t e s , teintes de couleurs differentes & a g r e a b l e s à la v e u ë , Ils n'auoient n o n plus d e c o n n o i f f a n c e d e D i e u q u e c e u x d o n t nous a u o n s parlé c y - d e u a n t ,& leur f a ç o n d e vie & d e conuerfation eftoit f e m b l a b l e . D e u x a n s a u a n t q u e les Caftillans e n traffent d a n s la p r o vince d e Paris, il y eftoit arriué v n e g r a n d e a r m é e q u i retournoit d e Nicaragua, g e n s ruftiques & guerriers ; à caufe d e q u o y il s'affembloit d u m o n d e d e toutes les p r o vinces p o u r les aller r e c e u o i r , & les requerir d e p a i x , & leur d o n n o i e n t t o u t c e qu'ils leur d e m a n d o i e n t ; Ils m a n g e o i e n t d e la chair h u m a i n e , c e q u i rempliffoit d'efp o u u a n t e& d e crainte tous les lieux par o ù ils paffoient. Ils c a m p e r e n t d a n s v n e p r o u i n c e q u i c o n f i n e a u e c celle d e Paris, appellée Tubrabà, d a n s v n e plaine , o ù o n leur portoit d e i e u n e s g a r ç o n s d e s lieux c i r c o n u o i f i n s , p o u r m a n g e r ,& d'autres v i a n d e s qu'ils d e m a n d o i e n t . V n e furieufe dyfenterie fe m i t d a n s leur a r m é e , q u i les contraignit d e d é c a m p e r , p o u r s'en r e t o u r n e r le long d e la côfte d e la m e r d ' o ù ils eftoient v e n u s . M a i s Le Cacique c o m m e le S e i g n e u r Cutura, appelle Paris, les vit m a -Paris lades d e cette m a l a d i e , q u i les r e n d o i t fort d e b i les & m a l e n o r d r e , il les c h a r g e a v n i o u r a u a n t

Ceux parlent rents langages.

défait vne armée

d'Etrangers.

2. Dec.

Aa


186 1518.

H I S T O I R E DES

INDES

q u e le Soleil paruft, & les deffit t o u s , fans qu'il s'en fauuaft a u c u n , & prit leur d e f p o ü i l i e , o ù il le trouua q u a n t i t é d'or.

LES RELIGIEUX

DES

DOMINI-

que & de S. François eftabliffent leurs Monafteres en lacôftédes Perles. Le Roy donne des ordres tres particuliersàFigueroa pour le bon traitement des Indiens. C H A P I T R E

I

VII.

L y auoit defia q u e l q u e t e m p s q u e le P e r e Pierre d e C o r d o ü e eftoit arriué à l ' E f p a g n o l l e , auec les o r d r e s d u R o y , d o n t la t e n e u r eftoit,Que

Depefches du Roy en faueur des Peres Do- parce que l'intention des Peres de l'Ordre de Saint minique eftoit de s'aller eftablir à la côste des perles, minicains. mener

auec eux

des gens

qui troublaffent les Indiens,

c o m m e n c e r de leur prefcher conuertir, fiuiuant la mefme fois de Cordoüe,

&

l'Euangile,

&

fans pour

de taficherde les

intention qu(auoit Frrre

Frrre lean Garces,

Do-

Fran*

felon qu'il en a défia

efté parlé cy deuant, qui furent ceux qui fouffrirent le martyre; Que

l'on lesp o u r u e u f tde tout ce qu'ils demanderoient,

aux

defpens du Roy, afin d'effectuer vne fi fainte refotution Il partit

Les Dominicains & Francifcains s'eftabliffent en la côfte de terre

ferme.

d o n c d e l'Ifle E f p a g n o l l e q u e l q u e s R e l i g i e u x d e l'Ordre d e S. D o m i n i q u e & d e l'Ordre d e S. F r a n ç o i s , & q u e l q u e s autres d e c e u x q u i eftoient v e n u s d e P i c a r d i e . Ils furent tous m e n e z à la côfte d e T e r r e f e r m e , o ù c h a q u e Relig i e u x fit f o n eftabliffement, & baftit f o n M o n a f t e r e , & p a r v n e vie fainte & e x e m p l a i r e , ils s ' o c c u p o i e n t a prefc h e r & e n f e i g n e r les I n d i e n s . C e p e n d a n t les P e r e s H i e r o n i m i t e s q u i eftoient à l'Efpagnolle a u o i e n t v n foi particulier d e leur faire tenir t o u t c e q u i leur eftoit neceffaire ? lefquels r e ç e u r e n t d a n s le m e f m e t e m p s v n or-


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

187

dre d e faire v n e e x a c t e p e r q u i f i t i o n , 8c e n d i l i g e n c e , 1518. p o u r fçauoir o ù eftoient le C a c i q u e , & les d i x - f e p t p e r f o n n e s , q u i par t r o m p e r i e & d e c e p t i o n a u o i e n t efté enleucz à l'Efpagnolle, 8c d é r o b e z d a n s Cumanà, d ' o ù eftoit arriué le m a r t y r e d e s d e u x P e r c s D o m i n i q u a i n s n o m m e z cy-deffus, 8c qu'ils s'en retournaffent e n leur terre ; cette action a y a n t efté i u g é e p a r le R o y , & par c e u x d e f o n C o n f e i l , c o m m e v n e c h o f e a b o m i nable, & digne d'vn tres-rigoureux chaftiment. A caufe d e q u o y o n o r d o n n a à A l o n f e Z u a z o qu'il informaft c o n t r e les d e l i n q u a n t s , & a u x Officiers d e S o - Ordre a ceux de Seuille pour uille q u e p o u r c e fuiet ils d o n n a f f e n t c h a q u e a n n é e le liurer paffage partage libre p o u r paffer a u x I n d e s à fix R e l i g i e u x d e chaque année l'Ordre d e S. D o m i n i q u e , a u e c les prouifions d e tout c e afixDominiquains. qui leur feroit neceffaire. Si toft q u e l'on e u t appris d a n s l'Efpagnolle l'arriuée d u R o y e n C a f t i l l e , les P r o c u r e u r s d e s c o m p a g n i e s de rifle s'affemblerent d a n s Saint D o m i n i q u e , p o u r Les Confeils n o m m e r d e s p e r f o n n e s p o u r aller falüer le n o u u e a u R o y , de l'Efpagnolle & luy r e n d r e o b e ï f f a n c e d e la part d el'Ifle.Ils dreffe-enuoyent renrent v n e inftruction d e toutes les affaires q u e l'on d e - dre obeiffance voit traiter ; & les Peres H i e r o n i m i t e s fe d o u t a n t b i e n au Roy. qu'il y auroit d e s conteftations e n cette eflection, p a r la paillon des v n s 8c des a u t r e s , m a n d e r e n t les P r o c u r e u r s , 8c leur dirent qu'ils n e n o m m a f f e n t pas v n l u g e , p a r c e q u e les Miniftres d e fa M a i e f t é n e d e u o i e n t point auoir d'autre o c c u p a t i o n q u e celle d e leurs offices. M a i s q u e l q u e s - v n s i n d i g n e z d e cela , c o n i u r e rent c o n t r e les P e r e s , d o n t le c h e f principal eftoit le Treforier P a f f a m o n t e , lefquels r e c o m m e n c e r e n t à p r e n dre les voix t o u c h a n t cette affaire, & d e d o u z e q u i o p i nèrent, il y e n e u t fept q u i d o n n e r e n t leurs voix à A y l l o n , l u g e d e l ' A u d i e n c e , & les autres c i n q à L o p e d e Bardeci. L e s P e r e s p i q u e z d e cet affront, c o m m a n d e rent à A l o n f e Z u a z o , d e p r e n d r e les inftructions & l'ordre d e s m a i n s d ' A y l l o n , & qu'il luy e m p e f c h a f t f e m b a r q u e m e n t . L e s C o n i u r e z n e m a n q u e r e n t pas auffi toft A a ij


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HISTOIRE

DES

INDES

d e d o n n e r auis d e cela a u R o y , e n f o n n o m , Se d o n t la lettre f u t eferite p a r M a r c e l d e V i l l a l o b o s , par le T r e f o r i e r P a f f a m o n t e , & p a r A n t o i n e d ' A u i l a , lequel à c a u f e d e l ' a b f e n c e d e Gille G o n ç a l e s d ' A u i l a , faifoit l'office d e M a i f t r e d e s C o m p t e s d e l'Ifle, Se r e n d a n t le cas plus c r i m i n e l , ils fe p l a i g n o i e n t a f p r e m e n t d e s Peres, difant qu'ils agiffoient m a l d a n s leur G o u u e r n e m e n t ; ils les a c c u f o i e n t d'eftre partifans d e l ' A d m i r a i , difant q u ' A l o n f e Z u a z o n'eftoit p a s c a p a b l e d ' e x e r c e r f o n office. L e s n o u u e l l e s d e ces differens eftant arriuées en Caftille, il fut o r d o n n e q u ' A l o n f e Z u a z o r e n d r o i t l'inftruction & les e f c r i t u r e s , & q u e d ' A y l l o n n e viendroit p o i n t e n Caftille, m a i s qu'il e n u o y e r o i t v n e relation d e t o u t c e q u i fe paffoit, & d e toutes les affaires, a u e c f o n f e n t i m e n t là deffus. E t p a r c e q u e t o u t d'vn t e m p s l'on efcriuit e n c o r e d'autres c h o f e s c o n t r e A l o n fe Z u a z o felon les diuerfes paffions q u i fe f o r m o i e n t parm y c e u x d e la terre, le R o y c o m m a n d a à R o d r i g u e de F i g u e r o a , q u i eftoit p o u r u e u d e l'Office d ' I n t e n d a n t de Iultice, p o u r aller faire là fa r e f i d e n c e , qu'il euft à partir p r o m p t e m e n t . O r d ' a u t a n t q u e le b a s â g e d u R o y ne d o n n o i t p a s le t e m p s d e l u y p o u u o i r faire e n t e n d r e a m p l e m e n t l'eftat d e f o n d o m a i n e , n e fe f o u u e n a n t pas d u p r e i u d i c e , & d e la p e r t e q u e l'on l u y a u o i t defia repref e n t é qu'il faifoit, e n faifant d e s largeffes, p a r la permiffion qu'il d o n n o i t d e tirer d e s E f c l a u c s ; Il n e reuoFaueurs que le q u a p a s f e u l e m e n t celle d e s q u a t r e mille qu'il a u o i t d o n Roy fait dans n é e a u G o u u e r n e u r d e la Brefa ; m a i s il e n d o n n a enles Indes. c o r e v n e d e q u a t r e c e n s a u M a r q u i s d ' A f t o r g a ; à François d e los Cobos, c i n q u a n t e , & a u t a n t a u Secretaire V i l l e g a s ; à M o n f i e u r G u i l l e r m o B a n d a n e s la m e f m e c h o f e , Se à M a i f t r e I a c q u e s le R o y , C h a p p e l a i n , à chac u n dix ; a u S o m m e l i e r d e l'Oratoire v i n g t s à C h a r l e s P u p e r , Seigneur d e L a x a o , C h a m b e l l a n d u R o y & d u C o n f e i l , il luy fit d o n d e la troifiefme partie d u Quint q u i a p p a r t e n o i t à la C h a m b r e , d e c e q u e l'on auoit gag n é d a n s les c o u r f e s q u i a u o i e n t efté faites e n T e r r e fer-

1518.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

189

me, par l ' A d e l a n t a d o V a f c o N u ñ e z d e B a l b o a , tant 1518. d e l'or, d e s perles, d e s E f c l a u e s , q u e des h a r d e s . Il m a n d a auffi a u x Officiers d e la m a i f o n d e S e u i l l e , d e d o n n e r à M a d a m e d e G e v r e s d e u x c e n s foixante & q u a t o r ze m a r c s d e perles, tant g r o f s q u e petites, qu'ils a u o i e n t ; & fix c e n s q u i n z e perles d e s meilleures q u i eftoient à part, p a r c e qu'il les luy auoit d o n n é e s toutes. C e p e n d a n t il eftoit f u r u e n u d a n s Seuille q u e l q u e conteftation Conteftation t o u c h a n t les I u r i f d i c t i o n s , d o n t les Officiers fe plei- des Officiers de la Maifon de gnoient d'eftre lezez. S u r q u o y le R o y deffendit à F r a n - Contractation çois F e r n a n d e z d e Q u i ñ o n e s , C o m t e d e L u n a , q u i de Seuille pour prefidoit alors à S e u i l l e , d e fe m e f l e r e n a u c u n e fa- leur Iurifdicç o n des c h o f e s q u i d e p e n d o i e n t d e cette Iurifdiction ; tion. mais q u ' a u contraire il apportait t o u s les foins poffibles d e les d e f f e n d r e & p r o t e g e r e n l'exercice d e leur c h a r g e , ainfi q u e le p o r t o i e n t les priuileges à e u x a c c o r d e z , Se d o n t ils eftoient p o u r u e u s . L ' o n d o n n a le titre d e Pilote M a j o r a u C a p i t a i n e S e baftien G a b o t o , & d e pilote ordinaire à E f t i e n n e G o m e z Portugais. L ' o n deffendit a u x Officiers d e la m a i f o n d e Seuille, q u e p a s v n d ' e u x n el o g e a i f td a n s cette m a i f o n , & qu'elle fuft f e u l e m e n t deftinée p o u r placer Se ferrer les m a r c h a n d i f e s q u i p r o c e d e r o i e n t d e s n e g o c i a t i o n s d e s I n d e s , & p o u r a u o i r lieu d e s'y a f f e m b l e r tous. L ' o n m a n d a a u x P e r e s H i e r o n i m i t e s q u i refidoient d a n s l'Efp a g n o l l e , Se a u x l u g e s d'appellation qu'ils laiffaffent leuer a u C a p i t a i n e D i e g o d ' A l b i t e z , d e u x c e n s h o m m e s qu'il auoit d e m a n d e z p o u r les p l e u p l a d e s d e Nombre de Dios & de Panamà ; d e forte q u e c'eftoit v n c h e m i n p o u r faire d i m i n u e r les g e n s d e l'Efpagnolle. Par l'experience q u e les P e r e s H i e r o n i m i t e s v o u l u r e n t faire d e s I n d i e n s , p o u r voir fi d ' e u x m e f m e s ils p o u r les Indiens roient v i u r e , e n a p p r e n a n t la police & c o u f t u m e d e s font frapez, de Caftillans, il arriua q u e l'année p r e c e d e n t e la m a l a d i e la verole. de la v e r o l e les a t t a q u a , Se q u i c o n t i n u o i t toufiours ; à caufe d e q u o y , foit p a r leur c h a n g e m e n t d e vie Se c o u f t u m e s , o u p a r la foibleffe d e leur n a t u r e Se c o m p l e x i o n .

A a iij


HISTOIRE

190

1518.

DES

INDES

ils v i n d r e n t à d i m i n u e r b e a u c o u p ; q u o y q u e les Pcres les folicitaffent, foit p o u r les faire p e n f e r , les c o n f o l e r , & r e m e d i e r à toutes leurs neceffitez, a u e c b e a u c o u p de charité & d e foin. Ils f u r e n t p r e n d r e e n c e m e f m e t e m p s F r a n ç o i s d e L i f a u r , q u i auoit efté M a i f t r e d e s C o m p t e s d e rifle d e S . l e a n , & q u i auoit auffi efté Secretaire d e N i c o l a s d ' O b a n d o ; p a r c e qu'il portoit v n liure d a n s l e q u e l il auoit efcrit t o u s les aduis d e s affaires d e s Ifles p o u r feruir a u x fauoris d u R o y , F l a m a n s , à luy d e m a n d e r d e fes f a u e u r s ; p a r c e qu'il leur f e m b l o i t q u e d a n s v n t e m p s a u q u e l o n parloir d e r e f o r m e r d e f e m n l a b l e s abus, il n'eftoit p a s à p r o p o s qu'il allait réueiller la foif infatiable d e s F l a m a n s , a u d o m m a g e & p e r t e d e s I n d i e n s , ny q u e cet h o m m e entraft e n g r a c e p a r d e telles v o y e s ; c e q u i toutefois n e laiffa p a s d'arriuer q u e l q u e t e m p s apres.

CONTINVATION

DES ORDRES

que le Roy donne a Figueroa pour les Indes, Il porte Vn autre ordre particulier, qui porte que le Pere delasCafas, & les Peres H i e ronimites repaffent en Caftille. C H A P I T R E

E P E N D A N T q u e t o u t e s ces c h o f e s fe paffoient d a n s les I n d e s , l'on f o n g e o i t à p r e p a r e r d a n s Saragoce les dépefches de Rodrigue de Figueroa ; & d'autant que la faueur qu'il auoit aupres des Miniftres F l a m a n s eftoit fort g r a n d e , ils infiftoient à c e q u e le p r e m i e r chapitre d e fa c o m m i f f i o n portait, d e laiffer viure les I n d i e n s à part d a n s d e s vilages f e p a r e z d e s C a f tillans, fans faire m e n t i o n d e q u a n t i t é d e c h o f e s q u e l'on faifoit e n t e n d r e d e leur i n c a p a c i t é ; & il l u y fut expref-

C

Figueroa a ordre du Roy de mettre les Indiens dans des vilages en particulier.

VIII.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III. fément en chargé

191

d ' e n v f e r ainfi ; O n l u y d o n n a a u f f i

v n e l e t t r e p o u r le P e r e d e l a s C a f a s , d o n t v o i c y la f u b ftance.

Qu'il

1518.

fçauoitbien,qu'ilauoit fait entendre à leurs

Lettre du Roy Altiffes que les Caciques & Indiens auoient tant de capacité enuoyée au Pe& d'induftrie, qu'ils pouuoient viurefeparément,politique re de las Cafas. ment, & en bon ordre, dans des vilages comme les Caftillans ; que comme vaffaux ils pouuoient feruir, felon la quantité que l'on leur or donneroit, fans eftre commandez ny gouuernez par d'autres perfonnes, &

qu'ilauoit certifié &

promis

comme chofe touteaffairée,que par la grande experience qu'il auoitefprouuéeen eux, il recennoiffoit que felon l'ordre & l'inftruction

qu'il donnoit, il les exciteroit a viure politique-

ment dans des peuplades en bon ordre, & apprendroientles points de la Foy Catholique ; & que fuiuant cela il auoit demandé qu'il leur fuft accordé vne entiere liberté, laquelle fe denoit donner à ceux qui la domanderoient.

Et pour

mieux

accomplir ce que le Pere de las Cafas auoit promis, l'on ordonnoit à Rodrigue de Figueroa, qui alloit là pour cet effet, qu'il fi feruift de fon induftrie, afin qu'il en peuft venir a bout, ainfiqu'ill'auoit tefmoigné au Roy.

Et pour cet effet on luy

mandoit qu'il y apponaft luy-mefme tout le foin que l'on

en

attendoit pour y paruenir, felon la confiance que l'on auoit en luy. P o u r l ' e x e c u t i o n d e c e q u e d e f f u s l'on d o n n a d e s P a tentes R o y a l e s e n b o n n e & d e u ë f o r m e à F i g u e r o a , p o r t a n t , Que tous les Indiens qui voudroient viure en liberté filon leur volonté, euffent a le demander, pour viure politiquement, & en bon ordre, &

qu'il leur finit accordés a

condition que chaque Indien qui feroit marié payeroit tous les ans vn certain tribut pour luy, peur fa f e m m e & pour fes enfansfelon qu'il a efté dit

cy-deuant,

& felon que le Pere

de las Cafas auoit iugé qu'ils pourroient payer. Et que cette Patenteferoitpubliée afin qu'elle fuft notoire à tous. E t a f i n que la l i b e r t é d e s I n d i e n s e u f t p l u s d ' e f f e t , & q u e D e l a s C a f a s apprift q u e l ' i n t e n t i o n d u R o y eftoit, qu'ils f u f f e n t inftruits

à la F o y p a r m e f m e m o y e n , & c o n f e r u e z , & q u ' i l s

ne diminuaient point c o m m e l'on v o y o i t bien en e f f e t


192

HISTOIRE

DES

INDES

qu'ils f a i f o i e n t , o n luyfite n t e n d r e q u ' a y a n t traité d u r e m e d e qu'il y falloir a p p o r t e r , les v n s a u o i e n t opiné q u e les I n d i e n s n'eftoient p a s c a p a b l e s d e viure à part, Opinions di- feuls, & fans q u ' o n les g o u u e r n a f t , n y qu'ils n e le p o u r uerfes tou- roient i a m a i s eftre p o u r viure p o l i t i q u e m e n t ; & q u e D e chantlaliberté las C a f a s o p i n o i t a u c o n t r a i r e , & difoit qu'ils payeroient des Indiens. le tribut c y - d e f f u s m e n t i o n n é ; Et q u e c e u x q u i affirm o i e n t leur i n c a p a c i t é , difoient qu'ils n e feroient iamais C h r e f t i e n s , n y qu'ils n e fe g o u u e r n e r o i e n t i a m a i s c o m m e les Caftillans. Q u e m e f m e d u t e m p s d e N i c o l a s d ' O b a n d o il auoit effayé d e laiffer e n liberté q u e l q u e s C a c i q u e s p o u r voir s'ils e m b r a l l e r o i e n t n o s c o u f t u m e s & nos loix, m a i s qu'il n'en a u o i t p u v e n i r à b o u t ; Q u efio n les laiffoit viure à leur fantaifie t o u t e leur inclination n e tend o i t q u ' a u x v i c e s , fe refioüir, b o i r e & m a n g e r , & paffer Le t e m p s d a n s les bois& d a n s les m o n t a g n e s , p o u r exercer leurs m a u u a i f e s c o u f t u m e s , & leur l u x u r e , c e q u i ne fe v o y o i t q u e trop. P a r c e q u e p e n d a n t le t e m p s qu'ils v i u o i e n t d a n s leur liberté ils n e fe f o u c i o i e n t p l u s d e ce q u e les C h r e f t i e n s leur a u o i e n t e n f e i g n é , t o u c h a n t la d o c t r i n e C h r e f t i e n n e ; m a i s r e t o u r n o i e n t auffi toft à leurs vices. Q u e l'on a u o i t v e û auffi q u ' a p r e s auoir efté b i e n e n f e i g n e z & e n d o c t r i n e z , ils quittoient leurs habits & s'en alloient t o u t n u d s d a n s les m o n t a g n e s & d a n s les b o i s ; & e n c o r e d'autres particularicez q u e l'on pouuoit m i e u x a p p r e n d r e fur les lieux. C e u x q u i parloient au c o n t r a i r e , eftoient les P e r e s D o m i n i c a i n s , perfiftant touj o u r s q u e l'on l e u r baillaft la liberté, a t t e n d u qu'ils eftoient c a p a b l e s d e raifon, & difoient qu'il eftoit à p r o p o s d e leur faire baftir d e s vilages p r o c h e d e s C h r e f t i e n s , o ù il y d e s Preftres & d e s R e l i g i e u x p o u r les e n d o c t r i n e r , & des tuteurs p o u r les g o u u e r n e r , p a r c e qu'eftant m a l traitez d e c e u x q u i les a u o i e n t e n leur g a r d e o n e n verroit bien toft la fin.

1518.

Autre Ordre du Roy à Fi-

L ' o n inftruifit auffi F i g u e r o a , qu'il y a u o i t d e certaines g e n s q u i difoient qu'il feroit plus à p r o p o s d e les laiffer v i u r e f o u s la d o m i n a t i o n d e s Caftillans c o m m e ils auoient fait


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

193

fait iufques à p r e f e n t , felon les O r d o n n a n c e s d u R o y 1518. C a t h o l i q u e . E t q u a n t à ce q u i t o u c h o i t la d o c t r i n e C h r e guero a pour le, ftienne, l ' e n t r e t e n e m e n t & le trauail des I n d i e n s , qu'il gouvernement d i m i n u a f t o u a u g m e n t a f t ce qu'il iugeroit à p r o p o s d e s O r d o n n a n c e s c y - d e f f u s p o u r leur b o n t r a i t e m e n t , e n des Indiens. leur rendant leurs cabanes, leurs heritages propres, & leurs troupeaux ; les exemptant d'vn trauail exceffif, & leur baillant des perfonnes qui executaient fidelement les O r d o n n a n c e s ; E t afin qu'il fuft plus a m p l e m e n t i n f o r m é d e toutes c h o f e s , o n l u y d o n n a les m e m o i r e s q u e ! o n auoit fournis d e part& d'autre, a u e c les auis d e d i uerfes p e r f o n n e s ; e n f e m b l e le refultat d u C o n f e i l , & v n e copie a u t e n t i q u e d e s O r d o n n a n c e s . L'aduertillant fur tout, qu'au cas qu'il n e les trouuaft p a s c a p a b l e s , il p o u uoit fuiure e n cela l'expedition q u e les P e r e s H i e r o n i m i tes auoient c o m m e n c é d e p r e n d r e ; q u i eftoit qu'ils d e meuraffent d a n s d e s vilages,& qu'ils fuffent g o u u e r n e z L'on traite enpar les C h r e f t i e n s ,& autres p e r f o n n e s q u i les tiniffent core de la fufous leur d o m i n a t i o n , c o m m e e n tutele. E t q u efip a r getion des Inhasard il arriuoit q u e l q u e s i n c o n u e n i e n t s e n q u e l q u ' v n e diens. des chofes fufdites,& q u e l'on les deuft affuiettir, q u e ce fuft pluftoft à l'auantage & a u profit d e s I n d i e n s le plus q u e faire fe p o u r r o i t , a t t e n d u q u e c'eftoit le principal fuiet & i n t e n t i o n p o u r q u o y il y eftoit e n u o y é . O r pour m i e u x e x e c u t e r cet o r d r e , o n luy. o r d o n n a q u ' a r riuant e n l'Ifle, la p r e m i e r e c h o f e qu'il d e u o i t faire, feLON q u e les P e r e s H i e r o n i m i t e s l'auoient i u g é à p r o p o s , ceftoit d'ofter a u R o y les I n d i e n s qu'il a u o i t ,& à tous les a b f e n s d e l'Ifle, tant les Miniftres, q u e c e u x d e la Maifon R o y a l e , & enfin à tous c e u x q u i refidoient e n Caftille, c o m m e auffi à tous les l u g e s d e s Ifles,& aux officiers R o y a u x , p r e f e n s& à v e n i r ,& a u x Vifiteurs ; E t qu'ils d e m e u r a f f e n t n e a n t m o i n s d a n s leurs biens& heritages c o m m e ils eftoient, afin qu'ils euffent d e q u o y fe fuftanter & entretenir, i u f q u e s à ce q u e l'on euft d é t e r miné c o m m e les c h o f e s d e u o i e n t d e m e u r e r ; e n forte qu'ils n e fiffent f e u l e m e n t qu'entretenir & c o n f e r u e r les Bb 2. D e c .


194

1518.

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HISTOIRE

DES

INDES

heritages e n l'eftat qu'ils eftoient p o u r leur v i e , & tirer l'or felon leur c o m m o d i t é , p o u r g a g n e r f e u l e m e n t ce q u ' o n a u o i t a c c o u f t u m é d e leur d o n n e r , q u i s'appelloit Çacona. E t q u e fi cela n e fuffifoit p a s p o u r leur entretien, q u ' o n les p o u r u e u f t d e c e q u i feroit neceffaire, afin qu'ils n'euffent p a s fujet d e fe p l a i n d r e d u m a u u a i s traitement; Q u e le trauail fuft m o d e r é , puis q u e c e qu'ils feroient ne feroit q u e p o u r leur e n t r e t e n e m e n t , c e q u i feruiroit neantm o i n s à d e u x fins ; l'vne afin q u e les I n d i e n s fe refioüiffent & fuffent m o i n s f a t i g u e z ; l'autre, afin q u e quittant le trauail d e b o n n e h e u r e , ils auifaffent c e qu'ils pourr o i e n t faire p e n d a n t le t e m p s qu'ils feroient e n repos. A p r e s q u e F i g u e r o a auroit e x e c u t e t o u t c e q u e deff u s , qu'il euft à fe i o i n d r e a u e c les E u e f q u e s , Se les Peres H i e r o n i m i t e s , Se q u e l q u e s h o n n e f t e s p e r f o n n e s , q u i ne fuffent p o i n t f o u p ç o n n e z d'auoir d e s I n d i e n s e n leur poffeffion, n y q u i euffent e n u i e d ' e n a u o i r cy-apres ; puis a y a n t r e ç e u les auis d e s P e r e s D o m i n i c a i n s Se Francisc a i n s , & d e q u e l q u e s h a b i t a n s d e s plus n o t a b l e s & des p l u s e n c l i n s a u b i e n p u b l i c , Se d e l'auis d e s P e r e s Hier o n i m i t e s , il fift c e q u i s'enfuit ; Q u ' i l obferuaft fur t o u t q u e les I n d i e n s fuffent C h r e f t i e n s , afin d e fauuer leurs a m e s ; & qu'ils puffent a p p r e n d r e à viure e n homm e s d e r a i f o n , fans s ' a d o n n e r a u x vices & à leurs m a u uaifes h a b i t u d e s , & d a n s les reffouïffances d o n t ils vfoient ; & qu'ils fuffent m a i n t e n u s e n Iuftice, f a n s fouffrir qu'il leur fuft fait nulles oppreffions. E t p o u r cét effet, qu'il procuraft d'eftablir les m e i l l e u r s o r d r e s q u e faire fe p o u r r o i t , f u i u a n t les O r d o n n a n c e s q u i auoient efté c y - d e u a n t d o n n é e s p a r le R o y C a t h o l i q u e p o u r c e fujet, e n les a u g m e n t a n t o u d i m i n u a n t fuiuant qu'il le iugeroit à p r o p o s , & qu'il e n fift d e n o u v e l l e s s'il les iugeoit p l u s e q u i t a b l e s , felon l ' i n t e n t i o n p o u r laquelle il eftoit e n u o y é ; Qu'il i m p o f a f t d e s p e i n e s a u x tranfgreff e u r s , & d e s r e c o m p e n f e s à c e u x q u i les a c c o m p h r o i e n t , d e s coffres d u R o y ; & q u e t o u t c e q u i feroit a c c o r d é d a n s les a f f e m b l é c s , & les auis q u i y a u r o i e n t efté d o n -


O C I D E N T A L E S ,

L I V R E

III.

195 nez fur ce fujet, qu'il les fift figner, & qu'il en enuoyaft l'original, apres en auoir fait vne copie, au Roy, a- 1518. fin qu'après auoir v e û la d e l i b e r a t i o n d e t o u s , l'on y Ordre du Roy p o u r u e u f t ainfi q u e d e raifon, & q u e c e p e n d a n t e n attendant q u e l'on y euft p o u r u e û , q u e l'on baillait l'entiere liberté a u x I n d i e n s ; Qu'il traitait a u e c les C a c i q u e s les plus a p p r o c h a n t d e la raifon, & qu'ils payaffent a u " R o y le tribut qu'ils d e u o i e n t p o u r le vaffelage ;& " que c e p e n d a n t q u e fa M a j e f t é r e f p o n d r o i t à c e s a u i s , " il pourroit r e c o m m a n d e r les I n d i e n s , & les m e t t r e fous la " protection d e g e n s q u i les t r a i t a i e n t , & q u ' à c e u x q u i " les traiteroient m a i ils leur fuffent oftez, le tout f u m a n t " les O r d o n n a n c e s . Et d'autant q u e l'on a u o i t auffi appris q u e l'on a u o i t a m e n é d e s Ifles circonuoifines q u a n t i t é d ' I n d i e n s p o u r efclaues, q u i n e l'eftoient p a s , o n luy c o m m a n d a d'y remedier auffi t o i t , felon qu'il le iugeroit à p r o p o s ; apres toutefois q u e l'on, luy auroit verifié & d e c l a r é d e quelle partie d e la T e r r e f e r m e l'on p r e t e n d o i t qu'ils fuffent l i b r e s , & les autres n o n . E t c o m m e le P e r e de las C a f a s auoit dit q u e les I n d i e n s d e la T r i n i - « té eftoient pris p o u r captifs fous le n o m d e C a r i b e , q u i « ne l'eftoient p o i n t , qu'il y d o n n a i t o r d r e ; & q u e les « Indiens q u i a u o i e n t efté a m e n e z d e l'Ifle d e s Barbudos « & des Gigantes fuffent t e n u s d a n s l'Efpagnolle d e la « m e f m e f a ç o n q u e les naturels d e l'lfle , a u e c le m e f m e « traitement ; Q u e l'on fauorifaft t o u s c e u x q u i traite. roient p o u r faire d e s p e p i n i e r e s , d e s i n f t r u m e n s à f u cre, d e la f o y e , & autres c h o f e s f e m b l a b l e s p o u r l'vtilité p u b l i q u e , afin q u e l'Ifle fe peuplait toufiours d e " plus e n plus ; Q u e les b a b i t a n s fuffent r e l e u e z p a r « d'autres p o u r fe f o u l a g e r les v n s les autres a u t a n t q u e fàire fe p o u u r r o i t ; Q u ' i l fift e n forte q u e les creanciers " donnaffent d u t e m p s à leurs d e b i t e u r s , fans les perfecuter par la v o y e d e r i g u e u r ; Q u ' e n c h e m i n faifant il iettaft les y e u x à la fituation d e la ville d e Puerto rico, & " qu'il f o n d a i t les efprits d e c e u x q u i d i f o i e n t , q u e l'on " B b ij

pour la liberté des Indiens.

Autres ordres à Figueroa.

Que l'on fauorifaft les artifans.


196

H I S T O I R E

DES

INDES

la d e u o i t tranfporter ailleurs ; Se q u ' a p r e s a u o i r raifon é là d e f f u s , & e f c o u t é les f e n t i m e n s d e s h a b i t a n s , il « d o n n a i t auis d u lien, & d e t o u s les autres ; Q u ' i l remift » e n t r e les m a i n s d e s P e r e s H i e r o n i m i t e s les lettres » d o n t il eftoit c h a r g é ; & q u e d e la part d u R o y il a» greaft les t r a u a u x qu'ils a u o i e n t foufferts p o u r fon » feruice, & qu'à c a u f e d e leur p e r f e u e r a n c e il leur donLe Roy donne n o i t l i c e n c e d e repaffer e n Caftille ; a p r e s toutefois y licence aux a u o i r d e m e u r é e n c o r e q u e l q u e s iours p o u r inftruire FiPeres Hiero- g u e r o a d e l'eftat d e s affaires d e s I n d e s ; Q u e l'on auoit nimites de repaffer en Caf- appris q u e q u e l q u e s n a u i r e s fous p r e t e x t e d e trafiquer e n la côfte d e s P e r l e s , m a l - t r a i t o i c n t & fcandalifoient tille. » les I n d i e n s , Se leur d o n n o i e n t d e s a r m e s Se d u vin, à » q u o y ils eftoient fort e n c l i n s ; à c a u f e d e q u o y les Reli» g i e u x q u i alloient p r e f c h a n t & conuertiffant le l o n g de » cette côfte, c o u r o i e n t g r a n d ' rifque d e leur vie;& qu'ain» fi il y r e m e d i a f t , Se chaftiaft ces gens-là r i g o u r e u f e m e n t . P e n d a n t t o u t e s ces c h o f e s l'on c o n t i n u a i t e n C o u r la caufe d e l'Admiral, & c o m m e M o n f i e u r d e Gevres & les autres Miniftres F l a m a n s c o n f i d e r o i e n t les grands feruices q u e f o n p e r e auoit r e n d u s à la C o u r o n n e , qu'ils l'eftimoient b e a u c o u p , & l'efcoutoient v o l o n t i e r s , ils luy d o n n e r e n t e f p e r a n c e d'vn B r e u e t , Se b o n n e expedition ; e n q u o y il r e m a r q u a q u e les M i n i f t r e s Caftillans n e luy a u o i e n t pas fait v n m e i l l e u r a c c u e i l . C e p e n d a n t le fifque d e la M a i f o n d e C o n t r a c t a t i o n d e Seuille folicitoit pour q u e l ' o n e n u o y a f t les prouifions qu'ils a u o i e n t preparées c o n t r e les pretenfions d e l ' A d m i r a l ; f u r q u o y il fut deff e n d u a u P r e f i d e n t S a n c h o M a r t i n e z d e L e y u a d e s'ent r e m e t t r e d e s affaires q u i c o n c e r n o i e n t la M a i f o n d e C o n tractation ; m a i s q u ' a u contraire il m a i n t i n f t les priuileg e s qu'elle a u o i t , p a r c e q u e l'intention d u R o y n e tendoit p a s f e u l e m e n t à les c o n f e r u e r , m a i s d e les a u g m e n ter e n c o r e d a u a n t a g e fi le cas le r e q u e r o i t .

1518.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

I E A N DE GRIjALVA

197

ARRIVE

à Saint Iean de Vlua & à P a n u c o , puis s'en retourne a C u b a . C H A P I T R E

IX.

P R E S q u e l'on e u t r e ç e u d a n s Tabafco le prefent

A

c y - d e u a n t d e c l a r é , I e a n d e Grijalua r e c o n n u t 1518. auffi toft q u e les I n d i e n s n'eftoient pas b i e n aifes d e ce q u e leurs hoftes les i m p o r t u n a f f e n t il l o n g t e m p s . E t d'autant q u e q u e l q u e s Caftillans leur d e m a n d o i e n t d a u a n t a g e d'or, les I n d i e n s leur r e f p o n d i r e n t , Culùa, culùa, qui veut dire paffez plus o u t r e . A p r e s qu'ils e u r e n t n a uigé d e u x iours ils a p p e r ç e u r e n t v n vilage appelle Agualunco, q u e les Caftillans n o m m e r e n t la Rambla, d o n t les habitans a r m e z d e boucliers faifoient d e s cabrioles & des fanfaroneries le l o n g d e la p l a g e . L e u r s boucliers eftoient d e c o n q u e s d e t o r t u e s , q u i frapées d u Soleil r e luifoient b e a u c o u p , à c a u f e d e q u o y les Caftillans c r o yoient qu'elles eftoient d e b a s o r ; v n p e u plus a u a n t ils defcouurirent v n fein d e m e r q u i faifoit la b o u c h e d ' v n fleuue appelle Tonala, fur lequel ils pafferent d e l'autre Cofté, & le n o m m e r e n t le fleuue d e Saint Antoine. P a f Saint Martin, fant plus a u a n t ils a p p e r ç e u r e n t l e g r a n d fleuue d e Guazafoldat, defcoucoalco, m a i s à c a u f e d u m a u u a i s t e m p s ils n e p u r e n t paf- ure le premier fer deffus. I n c o n t i n e n t a p r e s ils d e f c o u u r i r e n t les m o n - les montagnes tagnes c o u u e r t e s de n e i g e d e la n o u u e l l e E f p a g n e , & N e u a d a s , qui celles d e Saint Martin. Ils les appellerent ainfi, p a r - furent nomce q u e le p r e m i e r foldat q u i les d e f c o u u r i t portoit ce n o m . mées de fon nom. Puis n a u i g e a n t plus o u t r e le l o n g d e la c ô f t e , le C a p i taine Pierre d ' A l u a r a d o d e u a n ç a les autres a u e c f o n vaiffeau;& e n t r a d a n s v n fleuue q u e les I n d i e n s appelloient Papaloàna, q u i fut n o m m é p a r les Caftillans, le fleuued'Aluarado,o ù les h a b i t a n s d ' v n vilage appellé TaBb iij


198

HISTOIRE

DES

INDES

cotàpale l e u r d o n n e r e n t d u p o i f f o n , & les a u t r e s v a i f f e a u x c e p e n d a n t a t t e n d i r e n t qu'il fortift, M a i s p a r c e qu'il eftoit e n t r é d a n s c e f l e u u e f a n s e n a u o i r d e m a n d e la p e r m i f f i o n , G r i j a l u a l u y dit c o m m e e n c o l e r e , q u ' v n e a u t r e fois il n e s'efloignaft p a s d e la flotte, d ' a u t a n t qu'il p o u r roit s ' e n g a g e r d a n s tel lieu qu'il n e p o u r r o i t p a s eftre feFleuues d'Al- c o u r u . Ils n a u i g e r e n t i u f q u e s à la b o u c h e d ' v n a u t r e u a r a d o & d e s fleuue, qu'ils a p p e l e r e n t , le fleuue des Bannieres, p a r c e Bannieres, q u e q u a n t i t é d ' I n d i e n s p a r u r e n t le l o n g d e la riue a u e c d e g r a n d e s l a n c e s , a u b o u t d e f q u e l l e s ils a u o i e n t m i s d e s c o u u e r t u r e s b l a n c h e s q u i paroiffoient c o m m e des b a n n i e r e s , f a i f a n t e n t e n d r e p a r c e s f i g n e s qu'ils d e f i r o i e n t q u e les C a f t i l l a n s a p p r o c h a f f e n t . Le Roy Mon- C o m m e le R o y M o n t e z u m e eftoit v n p u i f f a n t P r i n tezume eft ad- c e , il f u t auffi toft a d u e r t y d e c e q u i eftoit a r r i u é à F r a n uerty que les ç o i s H e r n a n d e z d e C o r d o u ë à Cotoche, & à Potonchan, & Caftillans na- q u e G r i j a l u a n a u i g e o i t l e l o n g d e c e t t e c ô f t e ; il l e u r e n uigent le long de la côfte. u o y a f o n p o r t r a i t p e i n t f u r v n d r a p d e c o t t o n , q u i eftoit alors v n e c h o f e fort n o u u e l l e & rare e n ces q u a r t i e r s , & q u i a u o i t b i e n d u r a p p o r t a u x p r o n o f t i c a t i o n s qu'il g a r d o i t , d e q u o y il f e r a p a r l é e n f o n lieu. E t f ç a c h a n t auffi q u e les C a f t i l l a n s n e d e m a n d o i e n t q u e d e l'or e n e f c h a n g e d e s d a n r é e s qu'ils p o r t o i e n t , d o n t o n l u y e n a u o i t defia fait v o i r d e s e f c h a n t i l l o n s , il m a n d a à fes G o u u e r n e u r s qu'ils t r o q u a f f e n t a u e c les C a f t i l l a n s , & qu'ils s ' i n f o r m a i e n t b i e n p a r t i c u l i e r e m e n t d ' e u x c e qu'ils c h e r ç h o i e n t , & ce qu'ils d e m a n d o i e n t . L e s C a f t i l l a n s fe v o y a n t ainfi c o n u i e z d ' a p p r o c h e r p a r les l i g n e s qu'ils f a i f o i e n t v o i r , p a r le m o y e n d e l e u r s b a n n i e r e s , G r i j a l u a c o m m a n d a au Capitaine François d e M o n t e j o d e defcend r e à t e r r e d a n s d e s b a r q u e s , a u e c t o u s les arbaleftriers c ordre Mentejo eft le &q u elesfi acreqsu eIbnudfiieenrss ,e f&t o iv einntg td easu tg reenss fdo el d ga ut se ,r raeu,e qu'il en dernier qui d o n n a f t a u i s auffitoft, afin d'eftre f e c o u r u s p r o m p t e m e n t. net le pied dans la nouuel- E f t a n t d e f c e n d u à t e r r e , ils l u y offrirent p a r l i g n e s d e s uelle Efpagne. v o l a i l l e s , d u p a i n & d e s f r u i t s , p a r c e q u e I u l i e n n ' e n t e n d o i t p a s c e t t e l a n g u e , q u i eftoit M e x i q u a i n e , a u e c d e s

1518.

pourquoy ainfi appellez.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

199

brafiers d a n s lefquels ils m e t t o i e n t d e s f e n t e u r s , & d o n c 1518. ils e n c e n ç o i e n t les Caftillans. F r a n ç o i s d e M o n t e j o d o n n a auffi toft auis d e cela àGrijalua,l e q u e lfita p p r o c h e r les n a uires, & fauta à terre. V n G o u u e r n e u r d u R o y d e M e x i q u e , & les autres S e i g n e u r s q u i l ' a c c o m p a g n o i e n t luy firent grand' courtoifie à leur m o d e . G r i j a l u a leur a y a n t d o n n é des grains & d e s coliers d e v e r r e d e diuerfes c o u l e u r s , le G o u u e r n e u r c o m m a n d a a u x I n d i e n s d e luy porter d e l'or p o u r t r o q u e r ; e n forte q u e p e n d a n tfixiours q u e les Caftillans d e m e u r e r e n t là ils e n tirèrent q u i n z e mille p e fans d'or, b a s , & d e s j o y a u x d e différentes f a ç o n s ; E t c'eft c e q u e dit G o m a r e , q u ' a u fleuue d e Tabafco les I n diens d o n n e r e n t q u a n t i t é d'or à G r i j a l u a , q u o y q u e t o u tefois il foit certain, q u e n y a u fleuue, n y e n la c o n t r é e de Tabafco il n'y euft p o i n t d ' o r , & q u e celuy q u ' a u o i e n t les I n d i e n s ils l'auoient tiré d'ailleurs p a r l'ordre d e leurs Superieurs. Grijalua a y a n t c o n t e n t é les C a c i q u e s a u e c plufieurs Grijalua a efté ioliuetez d e Caftille, & pris a u n o m d u R o y , & D i e g o le premier qui V e l a f q u e z e n fon n o m , la poffeffion d e cette n o u u e l l e a defcouuert terre, il r e t o u r n a a u x vaiffeaux, p a r c e q u e le v e n t d e N o r t la nouuelle Efpagne. d o n n o i t d e trauers e n cét e n d r o i t , & cela les i n c o m m o doit fort, n'y eftant pas e n affeurance. A u f f i toft a p r e s fi r e n c o n t r a v n e Ifle q u i eftoit tout p r o c h e d e t e r r e , & l'appella Ifle blanche, p a r c e q u e le fable b l a n c h i f foit. N o n loin d e là ils d e f c o u u r i r e n t v n e a u t r e Ifle a q u a t r e lieues d e la c ô f t e , qu'ils a p p e l e r e n t l'Ifle verde, à c a u f e qu'elle eftoit o m b r a g é e d'arbres. V n peu plus a u a n t ils e n d e f c o u u r i r e n t e n c o r e v n e a u t r e à vne lieuë & d e m i e d e terre ; & d ' a u t a n t q u e t o u t d e uant il y auoit v n lieu fort p r o p r e p o u r l'abord d e s n a uires, G r i j a l u a yfitd o n n e r f o n d . Il d e f c e n d i t à terre dans les b a r q u e s , p a r c e qu'il a u o i t a p p e r ç e u d e la f u m é e . Il t r o u u a d e u x m a i f o n s fort b i e n bafties d e pierre & d e c h a u x ,o ù il y auoit plufieurs d e g r e z p a r o ù l'on m o n toit e n d e certains lieux e n f o r m e d'autels, & o ù il y auoit des Idoles. L à , cette mefme nuit, ils virent q u e les I n -


200

HISTOIRE

DES

INDES

d i e n s y a u o i e n t facrifié c i n q h o m m e s q u i eftoient ouuerts p a r l ' e f t o m a c , leurs bras & leurs cuiffes c o u p é e s , & les m u r a i l l e s pleines d e f a n g , c e q u i c a u f a a u x Caftillans b i e n d e la frayeur 8c d e l ' a d m i r a t i o n , à c a u f e d e q u o y Les Caftillans admirent de ils a p p e l e r e n t c elieul'IfledesSacrifices. Ils prirent terre voir des hom- d e l'autre cofté d e l'Ifle t o u t d e u a n t , & firent d e s c a b a mesfacrifiez. n e s a u e c d e s b r a n c h a g e s d ' a r b r e s , & d e s voiles d e nauire. Il y a c c o u r u t auffi toft d e s I n d i e n s a u e c d e l'or & des i o y a u x p o u r t r o q u e r ; m a i s c o m m e l'or eftoit d e fort bas a l o y ,& q u e les I n d i e n s eftoient i n t i m i d e z , les Caftillans pafferent à v n e petite Ifle t o u t d e u a n t à e n u i r o n d e m y lieuë d e terre d e la. Ils y d é b a r q u e r e n t d a n s d e certains fables, o ù ils firent d e s c a b a n e s fur les plus h a u t e s e m i n e n c e s d e ces fables, p o u r s ' e x e m p t e r d e l ' i m p o r t u n i t é d e ces petites m o u c h e s q u e les E f p a g n o l s a p p e l l e n t mofquitos, & Ils débarquent n o u s , d e s confins, & f o n d e r e n t b i e n e x a c t e m e n t le port dans des faa u e c les b a r q u e s , & t r o u u e r e n t q u e p a r l'abry d e cetbles. te Iflette ils eftoient e n feureté c o n t r e les v e n t s d u N o r t ,& qu'il y auoit b o n f o n d s . G r i j a l u a paffa d a n s l'Ille a u e c trente foldats d a n s d e u x b a r q u e s , o ù iltrouua v n T e m p l e d ' I d o l e s , & q u a t r e h o m m e s veftus d e long u e s veftes n o i r e s , a u e c d e s c a p u c h o n s , c o m m e d e s C h a n o i n e s , q u i eftoient lesPreftres d u T e m p l e . C e m e fine i o u r ils a u o i e n t facrifié d e u x i e u n e s g a r ç o n s , q u i eftoient o u u e r t s p a r l ' e f t o m a c , d o n t o n a u o i t a r r a c h é le c œ u r . C e t t e c r u a u t é c a u f a e n c o r e v n g r a n d e f t o n n e m e n t aux Caftillans, & v n e g r a n d e a d m i r a t i o n . G r i j a l u a d e m a n d a à v n I n d i e n qu'il a u o i t e m m e n é d u fleuue d e s B a n n i e r e s , q u i eftoit fort intelligent, p o u r q u o y l'on faifoit cela;il luy r e f p o n d i t , q u e c e u x d'Vlua l ' o r d o n n o i e n t ainfi ; m a i s l'Indien dit Culua, & n o n pasVluà;& c o m m e le G e n e ral s'appelloit I e a n , & q u e c'eftoit le t e m p s d e la S . Iean, Grijalua donil bailla f o n n o m à cette Ifle, & a toufiours efté appelles ne fon nom à d u p u i s Saint Iean de Vluà, p o u r la distinguer d e celle d e 1518.

une Ifle.

Saint Iean de Puerto Rico.

GRI-


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

GRIjLVA

CONTINVE

201 SA

defcouuerte en la côfte de la nouvelle Espagne. Diego Velafquez efl fafché de ce que Grijalua n'auoit pas voulu peupler. C H A P I T R E

X.

R i j A L v A d e m e u r a e n c e lieu fept i o u r s , p e n d a n t Iefquels il a m a f f a a u t a n t d o r qu'il p û t e n l 5 1 8 . troc d e fes ioliuetez, & n'y p o u u a n t pas d e m e u rer d a u a n t a g e à caufe d e s m o u c h e s ; ioint q u e la belle faifon s'efcouloit toufiours ; qu'ils a u o i e n t appris a u vray que ces r e g i o n s eftoient terre f e r m e ,& qu'il y auoit p a r tout d e g r a n d e s p e u p l a d e s ,;( c e qui fit c o n f i r m e r le deffein del'appellern o u u e l l e E f p a g n e ) q u e le p a i n d e c a zabi qu'ils portoient d a n s les vaiffeaux p o u r leur n o u r riture eftoit m o i f i , & qu'il s'aigriffoit; q u e les foldats d e l'armé e n eftoient pas ballants de p e u p l e r , e n eftant m o r t dix d e bleffures, & les autres eftoient tout m e l a n c o l i ques ; E n v n m o t toutes ces confiderations firent r e foudre Grijalua d e vouloir d o n n e r aduis d e tout a u G o u verneur D i e g o V e l a f q u e z , a t t e n d u qu'il n'auoit pas o r dre d e p e u p l e r ; p a r c e q u e fi V e l a f q u e z euft e u deffein de cela il luy euft e n u o y é d u f e c o u r s ; C a r G r i j a l u a , non obftant t o u t e s les raifons q u e n o u s v e n o n s d e dire, auoit toufiours e u deffein d e p e u p l e r , q u o y q u e G o m a RE m a l i n f o r m é d e c e q u i fe paffa e n ce v o y a g e , ait dit le contraire. P o u r d o n c faire fçauoir ces n o u u e l l e s àmal informeé. V e l a f q u e z , ils efleurent Pierre d ' A l u a r a d o , a u q u e l o n bailla le nauire appelle Saint S e b a f t i e n , d a n s lequel l'on mit tout l'or & les h a r d e s q u e l'on auoit t r o q u é e s , a u e c les m a l a d e s , & partit auffi toft. Grijalua fortit auffi d e l'Ifle p o u r s'en r e t o u r n e r à o ù D i e g o Velafquez

G

Gomare eft

Cuba,

2. D e c .

Cc


202

HISTOIRE

DES

INDES

eftoit e n g r a n d p e i n e d e l ' a r m é e , à c a u f e qu'elle nauigeoit p a r d e s m e r s & d e s terres q u i luy eftoient fort peu c o n n u e s ; fi b i e n q u e p o u r e n a p p r e n d r e q u e l q u e chofe, il e n u o y a d a n s v n n a u i r e d e s foldats, f o u s la cond u i t e d e Chriftofte d ' O l i d , C a p i t a i n e d e g r a n d e repuuoyé Chriftofte tation, lequel eftant arriué à la côfte d e Yucatan, il luy d'Olid an fe- furuint v n e fi furieufe t e m p e f t e qu'il fut contraint de cours de Gri- c o u p e r les c a b l e s , & d e fe laiffer e m p o r t e r p a r la. viojalua. l e n c e d e s v e n t s à Santiago de Cuba, d ' o ù il eftoit forty. Se d a n s c e m e f m e t e m p s Pierre d ' A l u a r a d o arriua auec l'or, les b a r d e s ; & la relation d e t o u t c e q u i s'eftoit fait & d e f c o u u e r t . V e l a f q u e z r e ç e u t v n fi g r a n d contentem e n t d ' e n t e n d r e ces n o u u e l l e s , q u e cela luy efleua le c œ u r , & luy fit efperer b e a u c o u p d e cette c o u r f e , dont la r e n o m m é e v o l a p a r t o u t auffi toft a p r e s , a u grand eftonnement d e s g e n s d e g u e r r e . M a i s q u a n t à c e q u i eft de n ' a u o i t p a s p e u p l é e n cet e n d r o i t , i u f q u e s alors, V e l a f q u e z , f e l o n q u e dit l ' E u e f q u e d e C h i a p a , a u e c l e q u e l il traitoir & familiarifoit b e a u c o u p ; c o m m e il eftoit h o m m e d'vne e f t r a n g e h u m e u r , p o u r c e u x q u i le f e r u o i e n t & l'aidoient, Humeur feue- car à la m o i n d r e o c c a f i o n il fe m e t t o i t e n colere contre re de Velaf- c e u x d e q u i o n luy r a p p o r t o i t q u e l q u e c h o f e d e mal, quez. p a r c e qu'il eftoit b e a u c o u p plus c r e d u l e qu'il n e d e u o i t l'eftre, & Pierre d ' A l u a r a d o a u o i t efté l'vn d e ceux q u i a u o i e n t o p i n é qu'il falloir p e u p l e r ; fi b i e n q u e Vel a f q u e z eftant i n f o r m é d e c e l a , dit b e a u c o u p d e chofes e n colere c o n t r e G r i j a l u a , n e fe f o u u e n a n t pas d e l'inftruction qu'il l u y a u o i t d o n n é e , & qu'il d e u o i t traiter a u e c m o d e f t i e c e u x q u i a u o i e n t v f é d e g r a n d e modeftie, luy a y a n t toufiours p o r t é b e a u c o u p d e refpect. Enfin V e l a f q u e z refolut d e p r e p a r e r v n e a u t r e a r m é e a u a n t que G r i j a l u a arriuaft, & d e n o m m e r v n a u t r e Capitaine p o u r la c o n d u i r e . M a i s toutefois apres a u o i r b i e n c o n sidéré l'affaire il e u t d e s p e n f é e s q u i luy c a u f e r e n t bien d e la trifteffe. E t le m e f m e E u e f q u e d e C h i a p a p o u r ce q u i t o u c h e G r i j a l u a , a u e c l e q u e l il auoit c o n u e r f é plu1518.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III

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fleurs a n n é e s , dit qu'il eftoit d e telle c o n d i t i o n d e fon naturel, qu'il n'euft p a s fait q u a n t à l ' o b e d i e n c e , & m e f 1518. m e q u a n t à l'humilité, & autres b o n n e s q u a l i t e z , v n m a l d e p r o p o s delibéré ; & q u e p o u r cela fi t o u s les h o m - Grijalua garm e s eftoient ioints e n f e m b l e p o u r le p e r f u a d e r , il n'euft de l'inftruction pas enfreint d e fa f r a n c h e v o l o n t é v n feul p o i n t d e l'in- que Velafquez itruction q u i luy auoit efté d o n n é e . D e forte d o n c q u e luy auoit donfuiuant cela, q u e l q u e s prieres & raifon s ' i m p o r t u n e s q u e née. luy firent, & reprefenterent c e u x q u i defiroient q u e l'on peuplaift ils n e l'y p u r e n t i a m a i s faire confentir ; alleguant q u e celuy q u i l'auoit e n u o y é luy auoit d e f f e n du d e le faire ; q u e fa c o m m i f f i o n n e s'eftendoit q u e pour defcouurir & t r o q u e r , & q u ' e n a c c o m p l i f f a n t l'inftruction q u e l'on luy auoit d o n n é e , il n'eftoit p a s o b l i g é de faire d a u a n t a g e . A p r e s q u e Pierre d ' A l u a r a d o fut party a u e c le n a u i re de Saint S e b a f t i e n , p o u r paffer à Cuba, p a r l'auis des Capitaines & d e s Pilotes, Grijalua c o n t i n u a fa defc o u u e r t e , & n a u i g e a n t le l o n g d e la côfte il d e f c o u urit les m o n t a g n e s d e Tuftla, à c a u f e d'vn vilage d'Indiens ainfi appelle qui e n eft t o u t p r o c h e , & e n c o r e d'autres qui f o n t plus h a u t e s , q u i p o u r v n e f e m b l a b l e caufe font appellées d e Tufpa. E t n a u i g e a n t plus a u a n t en la P r o u i n c e d e Panuco, il defcouurit d e s vilages, o u Les Cafillans il rencontra v n fleuue qu'il appella d e Cancas, & a y a n t defcouurent le furgy à la b o u c h e d e c e fleuue, & les Caftillans eftant fleuue de Cancas. en q u e l q u e f a ç o n d a n s la n e g l i g e n c e , ils furent t o u t eftonnez d e voir d e u a n t e u x dix c a n o s a u e c d e s I n d i e n s a r m e z , lefquels s'eftant a p p r o c h e z d u plus petit n a u i - Les Indiens veulent e m m e re, dont Alonfe d ' A u i l a eftoit le C a p i t a i n e , ils lafner un nauire cherent v n e v o l é e d e fléches, q u i bleffa c i n q foldats; aux Caftillans. & m i r e n t la m a i n a u x c a b l e s , & e n c o u p e r e n t v n , s'efforçant d ' e m m e n é z le vaiffeau. C e u x d e d e d a n s f e R e n d i r e n t v a i l l a m m e n t , & auoient renuerfé d e u x canos d e s I n d i e n s , & n e a n t m o i n s s'ils n'euffent efté C o u r u s p a r les arquebufiers d e s autres v a i f f e a u x , les Indiens leur euffent i o ü é v n m a u u a i s party, m a i s c o m C c ij


HISTOIRE

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DES

INDES

m e ils fe virent M e t t e z p a r les a r q u e b u f e s & les arbaleftes d e s C a f t i l l a n s , ils a b a n d o n n e r e n t leur e n t r e p r i f e , & le retirerent. G r i j a l u a fe m i t auffi toff, à la v o i l e le long d e la côfte, i u f q u e s à ce qu'arriuant à v n c a p fort grand, q u i p o u r eftre difficile à d o u b l e r , & les c o u r a n t s fort g r a n d s Se e n q u a n t i t é , le Pilote A n t o i n e d ' A l a m i n o s r e p r e f e n t a à G r i j a l u a q u a n t i t é d e raifons q u i luy firent affez e n r e n d r e qu'il n'eftoit p a s à p r o p o s d e paffer plus o u t r e , n y d e n a u i g e r d a n s cette r o u t t e . L ' o n prit l'auis d u C a p i t a i n e , d e s Pilotes, & des perf o n n e s principales d e l ' a r m é e , t o u c h a n t c e q u e l'on deuoit faire. C e u x q u i a u o i e n t toufiours e u deffein de p e u p l e r , difoient q u e l'on r e t o u r n a f t p o u r chercher v n lieu p r o p r e p o u r cela ; E t felon q u e l'affirme auffi B e r n a r d D i a z d e l C a f t i l l o , foldat d e c o n d i t i o n qui fe t r o u u a l à , il dit q u e G r i j a l u a a u o i t deffein d e peup l e r , & e n eftoit d e m e u r e d ' a c c o r d . L e s Capitaines F r a n ç o i s d e M o n t e j o , & A l o n f e d ' A u i l a , a u e c les autres q u i c o n t r e d i f o i e n t , a l l e g u o i e n t q u e l'on alloitentrer d a n s l h y u e r , & q u e les viures m a n q u o i e n t , à caufe d e q u o y , Se qu'il y a u o i t v n n a u i r e q u i faifoit eau, il eftoit neceffaire d e r e t o u r n e r à Cuba, p a r c e qu'outre les raifons cy-deffus alleguées ils n e p o u u o i e n t plus fubfifter, a t t e n d u q u e les I n d i e n s eftoient belliqueux q u e la terre eftoit fort p e u p l é e , Se q u e les Caftillans eftoient b e a u c o u p haraffez d e p u i s v n fi l o n g temps qu'ils eftoient fur m e r . G r i j a l u a c o n f i d e r a n t toutes cet Grijalua fui- c h o f e s , Se q u e f o n inftruction l u y d e f f e n d o i t exprefféuant fon in- m e n t de p e u p l e r , c o m m e l'affirme l ' E u e f q u e d e chiaftruction & la pa, iointes à la c o n t r a d i c t i o n d e s C a p i t a i n e s , & les conteftation des Capitaines i n c o n u e n i e n s q u i e n p o u u o i e n t a r r i u e r , il refolut & ne peuple pas, fe c o n f o r m e r à leur f e n t i m e n t , Se prit le c h e m i n de

1518.

& s'en retour- s ' e n r e t o u r n e r . I l s p a f f e r e n t p a r l e g r a n d f l e u u e de ne. Guazacoalco, o ù à c a u f e d u v e n t c o n t r a i r e ils n e p u r e n t pas

entrer.

qui

portoit defia le n o m d e Saint

douberent

Ils p a f f e r e n t p a r l e g r a n d

l e vaiffeau

q u i faifoit

fleuue

d e Tonala,

A n t o i n e , beaucoup

o ù ils ra-

d ' e a u . Ce-


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III. 205

p e n d a n t il arriua là q u a n t i t é d ' I n d i e n s d u vilage d e Tonala, q u i eftoit à v n e lieue d e l à , q u i leur a p p o r - 1 5 1 8 . toient d e s volailles, d u p a i n , & d'autres v i a n d e s , qu'ils d o n n o i e n t d e b o n n e v o l o n t é , & o n les leur payoit e n bagatelles. A l'imitation d e c e u x - c y , c e u x d e Guazacoalco, & d'autres vilages circonuoifins a p p o r t e r e n t auffi des vitires a u x C a f t i l l a n s , & q u e l q u e s l o y a u x ; 8c d e s h a c h e s d e c u i u r e fort r e l u i f a n t e s , d o n t les b o u t s d e s m a n c h e s eftoient peints. L e s Caftillans s'imaginant q u e ces h a c h e s eftoient d'or b a s , e n p r i r e n t i u f q u e s à fix c e n s Les Caftillans e n troc d e leurs d a n r é e s , & les I n d i e n s leur e n euffent troquent des d o n n é b e a u c o u p plus & d e b o n c œ u r , e n c o r e p e n f o i e n t - haches de cuiils auoir t r o m p é les Caftillans. Il y e u t v n foldat e n - ure, penfant qu'elles fuffent tr'autres, appelle B a r t h e l e m y P a r d o , q u i entra d a n s v n d'or. T e m p l e q u i eftoit d a n s la c a m p a g n e , d ' o ù il a p p o r t a d e cette g o m m e d o n t les I n d i e n s fe f e r u e n t p o u r e n c e n fer, qu'ils a p p e l l e n t Copal, q u i eft celle d o n t n o u s a u o n s dit c y - d e u a n t q u e les Caftillans a p p e l l e n t Anime, & les F r a n ç o i s auffi, q u i r e n d v n e tres b o n n e o d e u r . Il prit auffi les lancettes d e caillou, a u e c lefquelles ils faifoient leurs facririces, & d o n t ils o u u r o i e n t les h o m m e s t o u t vifs par l'eftomac, & d e s I d o l e s , & les m i t entre les m a i n s d u C a p i t a i n e G e n e r a l , a p r e s leur a u o i r p r e m i e r e m e n t ofté d e certains p e n d a n s d'oreilles, & a u t r e s , o ù p e n d o i e n t d e s m e d a i l l e s , a u e c d e s d i a d é m e s d'or, d o n t le tout p o u u o i t valoir q u e l q u e q u a t r e - v i n g t d i x p o i d s . Mais d'autant q u e ce foldat n e p û t p a s tenir cette defpoùille fecrette, fans q u e G r i j a l u a e n euft le v e n t , il les luy fit ofer; &n e a n t m o i n s c o m m e c e foldat eftoit d e b o n n e m a i f o n , à la priere d e q u e l q u e s p e r f o n n e s d e c o n d i t i o n , Grijalua les luy r e n d i t , à c o n d i t i o n qu'il e n payaft le Q u i n t a u R o y . B e r n a r d D i a z dit q u e f u y a n t la perfec u t i o n d e s m o u c h e s , il s'en alla d a n s d e certains o r a - Bernard Diadel Caftillo au toires, & q u e c o m m e e n forçant d e Cuba le bruit c o u theur des O-. toit q u e l'on alloit p e u p l e r , il auoit p o r t é entr'autres ranges de la chofes d e s p e p i n s d ' O r a n g e s , qu'il f e m a là a u t o u r , & nouuelle. EfQu'ils g e r m e r e n t ; & q u e d e là à q u e l q u e s a n n é e s ils pagne.

Cc iij


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1518.

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DES

INDES

a u o i e n t p r o d u i t d e belles O r a n g e s , q u i f u r e n t les prem i è r e s qu'il y e u t e n la n o u u e l l e E f p a g n e . A p r e s q u e cette flotte fur partie d e c e l i e u , elle arriua e n q u a r a n t e c i n q i o u r s à Cuba, a u e c q u a t r e mille p o i d s , o u t r e ce q u e Pierre d ' A l u a r a d o a u o i t p o r t é ; & q u e q u a n t a u x h a c h e s d e c u i u r e , lors qu'ils v i n r e n t p o u r les q u i n t e r , p e n fant qu'elles fuffent d'or, ils t r o u u e r e n t qu'elles eftoient roüillées, à c a u f e d e q u o y plufieurs f u r e n t b i e n t r o m p e z . Ils a b o r d e r e n t e n fuite a u p o r t d e las M a t a n ç a s , où il y auoit v n e lettre d u G o u u e r n e u r , q u i o r d o n n o i t à G r i j a l u a d'arriu e r e n b r e f à S a i n t l a q u e s , Se qu'il dift a u x g e n s qui fe p r e p a r o i e n t , o u q u i eftoient d efiap r é p a r e z , d e retourner p e u p l e r , & q u e c e u x q u i y v o u d r o i e n t r e t o u r n e r , il m a n d o i t qu'ils d e m e u r a f f e n t d a n s d e certaines m a i f o n s qu'il a u o i t là.

GRIjALVA

ARRIVE

A

SAINT

laques de Cuba. Le Gouuerneur Diego Velafquez équipe vne autre armée pour enuoyer à la nouuelleEfpagne. C H A P I T R E

R I J A L v A a y a n t r e ç e u cette lettre,fitdiligence p o u r arriuer à la ville d e S a i n t I a c q u e s , o ù la f e c o n d e a r m é e fe preparoit d e f i a , & v o y a n t q u e V e l a f q u e z n e luy fçauoit pas b e a u c o u p d e g r é d e tous les t r a u a u x qu'il auoit foufferts ; m a i s q u ' a u c o n t r a i r e il le querelloit fort & f e r m e , le m a l - t r a i t a n t d e paroles ; & G r i j a l u a d'ailleurs q u i eftoit d e telle h u m e u r qu'il n'euft p a s o s é outrepaffer le c o m m a n d e m e n t q u i luy auoit efte fait, d e n e p a s p e u p l e r , q u o y q u e cela luy euft efte p l u s a u a n t a g e u x Se plus profitable, q u i eft la feule fatisf a c t i o n d o n t il s'entretenoit, l u y dit q u e f o n obeïllance ne m e r i t o i t p a s v n fi m a u u a i s accueil. O r c o m m e V e -

G

Velafquez.

traite mal Grijalua.

XI.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

207

lafquez auoir. c o m m e n c é à dreffer v n e a u t r e a r m é e , & 1518. qu'il fut e n t i e r e m e n t inftruit d e tout c e q u e la p r e c e dente auoit t r o u u é e n cette p t e m i e r e d e f c c u u e r t e , il auoit a m a f f é dix v a i f f e a u x , y c o m p r i s c e u x q u e Grijalua auoit r a m e n e z , E t afin d e faire cette p e u p l a d e plus a m - Velafquez, enple & a u e c plus d e f o n d e m e n t , il e n u o y a à l'Efpagnolle uoye demander Iean d e S a l c e d o d e m a n d e r la permiffion a u x P e r e s H i e - licence aux r o n i m i t e s , a u e c q u e l q u e s é c h a n t i l l o n s d e s c h o f e s q u e Peres Hieronimites. l'on e n auoit a p p o r t é e s . Il e n u o y a auffi e n Caftille Benoifte M a r t i n f o n C h a p e l a i n , a u e c v n e relation fort a m p l e Il enuoye auffi de cette d e f c o u u e r t e , d e s pieces d'or fort riches, & d'au- en Caftille pour le mefme effet. tres raretez p o u r c o n f i r m e r & a p u y e r f o n dire, & p o u r qu'il fuppliaft auffi le R o y d e luy faire q u e l q u e s largefles, & q u e l q u e s a u a n t a g e s p o u r fes g r a n d s Se l o n g s feruices, afin qu'il c h e r c h a i f t v n e fituation p r o p r e p o u r p e u p l e r , & en tout le refte q u i f e defcouuriroit. C e p e n d a n t c o m me il faifoit diligence d ' é q u i p e r cette f e c o n d e a r m é e , en laquelle il auoit d é p e n f é vingt mille e f e u s , il e n v o u lut d o n n e r la c h a r g e d e G e n e r a l à Balrafar B e r m u d e z , natif d e C u e l l a r , d ' o ù il eftoit auffi ; & le pria d e l'accepter, difant q u e ce qu'il e n faifoit eftoit p o u r l ' h o n o rer, & qu'il le traitoit ainfi, à c a u f e qu'il l'aimoit b e a u coup. M a i s B e r m u d e z qui portoit fes p e n f é e s fort h a u t e s , & qui faifoit g r a n d eftat d e fa p e r f o n n e , o u p o u r auoir d e - Bermudez ne m a n d é d e s c o n d i t i o n s q u e V e l a f q u e z auoit t r o u u é e s defa- veut pas acgreables,il s'en fafcha ; & c o m m e il eftoit p r o m p t & colere cepter la charge de General. il le chaffa d e fa p r e f e n c e a u e c d e s paroles r u d e s & p i c a n tes. Puis f o n g e a n t a u x p e r f o n n e s à q u i il p o u r r o i t d o n ner la c o n d u i t e de cette a r m é e , il n e p û t pas e n c o r e le refoudre p o u r cette fois, p a r c e qu'il f o n g e o i t e n c o r e à A n toine V e l a f q u e z B o r r e g o , & à B e r n a r d i n V e l a f q u e z , fes parens. Il y auoit alors p o u r T r e f o r i e r d u R o y e n cette Ifle, A m a d o r d e L a r e s , n a t i f d e B u r g o s , h o m m e rufé, Amador de mais q u i n e fçauoit n y lire n y efcrire, q u o y q u e la p r u Lares Treforier d e n c e Se la rufe fupleaft à ces d e f a u t s ; & q u o y qu'il fuft nefçait ny lire de baffe ftature, il auoit p o u r t a n t efté M a i f t r e d'efcrime ny efcrire. du G r a n d C a p i t a i n e , & auoit e m p l o y é b e a u c o u p d ' a n -


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DES

INDES

n é e s à fa fuite d a n s l'Italie. F e r n a n d C o r t é s , q u i n'eftoit pas m o i n s rufé q u eluy,fitt o u t c e qu'il p û t p o u r r e c h e r c h e r f o n a m i t i é , à c a u f e d e q u o y plufieurs p e r f o n n é s c r u r e n t qu'ils a u o i e n t e u c o n f e r e n c e e n f e m b l e a u p a r a u a n t , & q u e cette c o n f e r e n c e a u o i t paffé iufques à tel pointqu'ils p a r t a g e r o i e n t entr'eux d e u x c e q u e C o r tés gagneroit e n c e v o y a g e . C o m m e D i e g o Velafquez c o m m u n i q u o i t auec A m a d o r d e L a r e s , c o m m e Officier d u R o y , d e s c h o f e s d el ' a r m é e ,& d e s autres affaires t o u c h a n t le G o u u e r n e m e n t d e l'Ifle, il luy p e r f u a d a ( aidé e n c e l a d u Secretaire A n d r é d e D u e r o q u i eftoit auffi a m y d e C o r t é s ) d e d o n n e r cette c h a r g e à F e r n a n d C o r t é s . C o m m e V e l a f q u e z c o n n o i f f o i t fort bien A m a d o r d e L a r e s , il viuoit a u e que l u y d a n s le refpect & d a n s v n e b o n n e intelligence. M a i s c o m m e c e u x q u i c o n feillent o r d i n a i r e m e n t f o n t e n credit a u p r e s d e la p e r f o n n e q u i reçoit le confeil, & qu'ils y o n t le plus f o u u e n t intereft d ' v n e f a ç o n o u d'autre, ils c o n d u i f e n t la refolution d e s affaires a u b u t qu'ils f o u h a i t e n t , c o m m e la fléche qui Velafquez, eft tirée adreffe d a n s le b l a n c , ainfi A m a d o r d e L a r e s fradonne a Cortés p a a u b u t o ù il p r e t e n d o i t , p a r c e q u e V e l a f q u e z refola charge de lut d e d o n n e r la c h a r g e d e cette a r m é e à F e r n a n d C o r General de tés, p o u r laquelle il auoit d e f p e u f é v i n g t m i l l e efcus. Et cette armée. c o m m e C o r t é s eftoit difpos & fier, & qu'il fçauoit traiter v n c h a c u n felon f o n inclination ; ioint q u e la c h a r g e d e L i e u t e n a n t qu'il auoit defia e x e r c é e fauorifoit b e a u c o u p f o n deffein, il fçeut fort b i e n p a r f o n adreffe fe faire a g r e e r , & eftimer a u x foldats q u i eftoient deftinez p o u r l ' a c c o m p a g n e r à c e v o y a g e & d e f c o u u e r t e d o n t il eftoit q u e f t i o n , q u i toutefois n'eftoit q u e v o l o n t a i r e , fous l'efperance qu'ils a u o i e n t t o u s d'acquerir d e s richeffes. D e forte d o n c q u ' a u e c d e u x mille Caftillans q u i fe t r o u u e r e n t prefts à partir,& n o n q u a t r e mille c o m m e quelques-vns difent, il commença à fe mettre en eflat» & à defpenfer largement, voulant paroiftre comme Capitaine e n vne entreprife d ' i m p o r t a n c e c o m m e celle-là. T o u c h a n t cette affaire ie n ' a y pas i u g é à p r o p o s d e paffer 1518.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

209

paffer fous filence q u e F r a n ç o i s L o p e z d e G o m a r a , C h a 1518. pelain d e F e r n a n d C o r t é s , d u q u e l il fe feruit la d e r n i e re fois qu'il repaffa e n Caftille, n e recite p a s c e q u i fe paffa a u e c la neutralité q u e l'Hiftoire requiert ; C'eft p o u r q u o y a u a n t q u e d e paffer plus a u a n t , c e p e n d a n t q u e C o r t é s fe m e t t r a e n o r d r e p o u r effectuer f o n e n t r e prife, il faut fçauoir q u e c o m m e la r e n o m m é e d e la d e f c o u u e r t e d e la terre, & d e s richefîes d e Yucatan eftoit g r a n d e , F r a n ç o i s d e G a r a y q u i g o u u e r n o i t l'Ifle d e Ia- François de mayca, refolut d ' e n u o y e r D i e g o de C a m a r g o à cette def- Garay enuoye c o u u e r t e , a u e c v n o u d e u x n a u i r e s , p o u r d e f c o u u r i r la defcouurir, & prouince d e Panuco, d ' o ù Grijalua s'en r e t o u r n a i u f q u e s l'on trouue à cent lieuës vers la F l o r i d e ; & q u e s'attribuant à l u y -PANUCO. m e f m e cette d e f c o u u e r t e , il auoit e n u o y é e n Caftille fupplier le R o y d e l u y faire d o n a t i o n d e c e G o u u e r n e m e n t , s'offrant d e p e u p l e r & d e c o n q u e f t e r ces p r o u i n c e s à fes frais & d e f p e n s . Il d e m a n d a le titre d ' A d e l a n t a d o , & v n e certaine q u a n t i t é d e lieues d e terre, a u e c la jurifdiction, & e n c o r e d'autres f a u e u r s ; E t e n l'année fuiuante 1 5 1 9 . les d é p e f c h e s luy e n furent e n u o y é e s d e B a r c e l o n e , o ù elles a u o i e n t efté e x p e d i é e s . O r c o m m e d a n s c e m e f m e t e m p s B e n o i f t M a r t i n , P r e f t r e , folicitoit p o u r D i e g o V e l a f q u e z , l ' E u e f q u e d e Burgosfit n o m m e r p o u r E u e f q u e de Cuba v n R e l i g i e u x d e l O r d r e d e Iean Garces Saint D o m i n i q u e , appelle I e a n G a r c e s , f o n C o n f e f f e u r , premier EuefC o d e u r e n T h e o l o g i e , g r a n d P r e d i c a t e u r , & fi f ç a u a n t que de C u b a . en la l a n g u e L a t i n e q u ' A n t o i n e d e L e b r i x a q u i eftoit fon maiftre, dit qu'il falloit qu'il eftudiaft d a u a n t a g e p o u r en fçauoir a u t a n t q u e c e R e l i g i e u x . E t c o m m e B e n o i f t M a r t i n fut b i e n r e ç e u , à caufe d e s n o u u e l l e s qu'il auoit apportées d e la d e f c o u u e r t e ,& d e s richeffes, & par les efchantillons qu'il auoit p r e f e n t e z p o u r faciliter les affaires d o n t il traitoit, il dit q u e la terre q u i auoit efté d e f c o u u e r t e a u delà d e Cuba eftoit Ifle, & requit q u e l'on luy d o n n a i t l'Abbaie d e cette Ifle, q u i n'eftoit pas d e m o i n d r e confideration q u e la n o u u e l l e E f p a g n e , q u e les Indiens appelloient Culuà. C e q u i luy a y a n t efté a c c o r Dd 2. D e c .


210

HISTOIRE

DES

INDES

d é ; & ayant e f c h a n g é a u e c Frere Iean G a r c e s l'Eucfche d e C u b a à c e l u y d e C o z u m e l , o u d e S a i n t e M a r i e de los Remedios, ils fe t r o u u e r e n t t o u s d e u x t r o m p e z , parce q u e Cozumel q u e l'on eftimoit eftre q u e l q u e c h o f e de g r a n d e i m p o r t a n c e , n'eftoit p a s c e q u e l'on penfoit, & Culua q u e l'on eftimoit eftre p e u de c h o f e , fut trouué t r e s - c o n f i d e r a b l e . S u r q u o y il y e u t d e g r a n d e s c o n teftations, q u i f u r e n t a p p a i f é e s , e n baillant l ' E u e f c h é de T l a f c a l a à F r e r e I e a n G a r c e s ,& v n e certaine r e c o m p e n fe à B e n o i f t M a r t i n . Si toft q u e B e n o i f t M a r t i n fut p a r t y d e Cuba, a u e c les échantillons q u e n o u s v e n o n s d e dire, D i e g o Velafquez Velafquez en- s ' i m a g i n a n t q u e p o u r v e n i r plus f a c i l e m e n t à b o u t de uoyé Gonçale de Guzman en fes p r e t e n d o n s , il eftoit à p r o p o s d ' e n u o y e r e n C o u r quelq u ' a u t r e p e r f o n n e ; Il d é p e f c h a G o n ç a l e d e G u z m a n , Cour. n a t i f d e Portillo, a u e c o r d r e d e fe i o i n d r e a u e c P a n file d e N a r u a e z , & traiter e n f e m b l é m e n t d e c e s affaires & d e fes p r e t e n d o n s . A y a n t d o n n é leurs m e m o i res, c o m m e l ' E u e f q u e d e B u r g o s p a r la m o r t d u grand C h a n c e l i e r , a u e c l'aide d e C a b o s , eftoit r e n t r é d a n s les affaires,& qu'il prefidoit defia d a n s le C o n f e i l d e s Ind e s , il fauorifa D i e g o V e l a f q u e z , foit p o u r faire paroiftre qu'il eftoit b o n feruiteur d u R o y , p o u r a u o i r efté faut h e u r d e fi g r a n d e s d e f c o u u e r t e s , o u p a r c e q u e c o m m e l'on tient, qu'il auoit deffein d e luy bailler e n m a r i a g e d o n a M a y o r d e F o n f e q u e fa n i e c e ; ioint a u f f i q u e Velafq u e z a u o i t q u a n t i t é d ' a m i s , o n l u y a c c o r d a les articles fuiuans. P r e m i e r e m e n t o n luy d o n n a la p e r m i f f i o n d e d e f c o u urir à fes d e f p e n s , q u e l q u e Ifle o u t e r r e - f e r m e q u e ce articles que lefuft q u i i u f q u e s alors n ' a u r o i e n t p o i n t efté d e f c o u u e r t e s , Roy accorde A p o u r u e u qu'elles n e fuffent c o m p r i f e s d a n s les limites d u Velafquez R o y d e P o r t u g a l ; Q u ' i l p o u r r o i t c o n q u e f t e r telles terres, touchant les c o m m e C a p i t a i n e p o u r le R o y , & les affuiettir fous & defcouuertes d o m i n a t i o n & S e i g n e u r i e , à c o n d i t i o n d ' o b f e r u e r les qu'il pretend faire. inftructions q u i luy feroient baillées p o u r le b o n traitem e n t , pacification & c o n u e r f i o n d e s I n d i e n s ; Q u e l'on 1518.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

211

luy d o n n o i t le titre d ' A d e l a n c a d o p o u r t o u t e fa v i e des terres qu'il auoit d e f c o u u e r t e s , & qu'il defcouuriroit à 1 5 1 8 . fes d e f p e n s ; Qu'il p o u r r o i t p r e n d r e la q u i n z i e f m e p a r - Il luy donne le tie d e tout le profit q u e l'on p o u r r o i t taire d a n s t o u - titre d'Adetes ces terres, d e q u e l q u e m a n i e r e qu'elles fuffent q u i lantado. a p p a m e n d r o i e n t a u R o y , p e n d a n t toute fa v i e ,& cel- " le d'vn heritier ; Q u ' a y a n t p e u p l é& pacifié q u a t r e If- " les ,& affuré le trafic d a n s l'vne qu'il choifiroit, il " prendroit la v i n g t i e f m e partie d e toutes les rentes& p r o - " fats qui p o u r r o ï e n t a p p a r t e n i r a u R o y , e n q u e l q u e f a ç o n "" q u e ce fuft, p e r p e t u e l l e m e n t , p o u r luy& p o u r fes h e r i - " tiers ; Q u e d e toutes les h a r d e s , a r m e s& viures q u i s'en- " leueroient d e Caftille p o u r les fufdites terres n e p a y e - " roient a u c u n s droits p e n d a n t t o u t e fa vie ; Q u e l'on l u y " faifoit d o n d e certaines prouifions d e p a i n , d e c a z a b i , & " de porcs, q u e le R o y auoit d a n s H a u a n a , p o u r e f t r e e m - " ployez à cette d e f c o u u e r t e ; Q u e l'on l u y affignoit trois " cens mille m a r a u e d i s d e p e n f i o n d a n s les fufdites terres; " Q u e l'on l u y faifoit d o n a t i o n d e s l i m u r e s & d e s reftes « des fontes d e l'or ; Q u e les fortereffes q u i feroient n e - " ceffaires d a n s l'eftenduë d e s fufdites terres eftant faites, " o n auroit e f g a r d à fes feruices, p o u r difpofer p a r luy d e s " Lieutenans à q u i il iugeroit à p r o p o s , o u d e les tenir en « fon n o m p o u r le R o y ; Q u e l'on fupplieroit le P a p e d eLe Roy fupplie c o n c e d e r v n e B u l l e p o u r les Caftillans q u i m o u r r o i e n t le Pape de donen cette d e f c o u u e r t e , qu'ils fuffent a b f o u s d e la c o u l p e ner vne Balle & d e la p e i n e ; Q u e c e u x q u i p e u p l e r o i e n t e n ces lieuxen faueur de n e p a y e r o i e n t d e tout l'or qu'ils recueilleroient d e s m i -ceux qui mournes, q u e la d i x i e f m e partie p e n d a n t les d e u x p r e m i e r e s ront en cette defcouuerte. a n n é e s ,& la troifiefme a n n é e , la n e u f i e f m e p a r t i e , iufques à arriuer à la c i n q u i e f m e partie ; Qué c e u x q u i p e u - « pleroiet n e p a y e r o i e n t rien p e n d a n tfixa n n é e s d u fel qu'ils « c o n f u m e r o i e n t , p o u r u e u q u e d e la part d u R o y il n e fuft « point a f f e r m é s Q u e d a n s c h a q u e n a u i r e qu'il e n u o y e r o i t " a cette n a u i g a t i o n , le R o y luy e n c h a r g e o i t d'y m e t t r e v n « Preftre p o u r dire la M e f f e a u x d e f p e n s des droits R o y a u x ; « Que le R o y y pouruoiroit d e M e d e c i n s , d ' A p o t h i c a i r e s , « D d ij


HISTOIRE

212

DES

INDES

" d e m e d e c i n e s ,& d e C h i r u r g i e n s ; Q u e l'on l u y feroit d o n n e r vingt a r q u e b u z e s o u m o u f q u e t s d e cinquante " liures p e f a n t ; Qu'il p o u r r o i t faire tranfporter p e n d a n t " d i x a n s d e s m a r c h a n d i f e s , d e s v i u r e s ,& autres chofes, " fans p a y e r a u c u n s droits ; Q u ' i l p o u r r o i t e n l e u e r d e l'Ifle " E f p a g n o l l e , & d e s autres Ifles, a u t a n t d e g e n s q u i v o u " d r o i e n t aller a u e q u e l u y , p o u r u e u q u e cela n e preiu" diciaft p a s à la ville;Q u e le R o y auroit foin d e le con" fiderer, & r e c o m p e n f e r f e l o n fes m e r i t e s , c o m m e vn " fidele feruiteur, luy p r o m e t t a n t d e m e t t r e e n execution " t o u s les articles c y - d e f f u s , ainfi qu'il p r o m e t t o i t d e fa part " d ' a c c o m p l i r les inftructions q u e l'on l u y d o n n o i t p o u r le " b o n t r a i t e m e n t & c o n u e r f i o n d e s I n d i e n s , afin d e les atti" rer à la paix. C e t t e capitulation fut faite le treiziefme iour d e N o u e m b r e d e la p r e f e n t e a n n é e , d a n s B a r c e l o n e . Cette capitu- D a n s c e m e f m e t e m p s C o r t é s faifoit fes apprefts pour lation fut faite partir, & d é s le m e f m e i o u r treiziefme d e N o u e m b r e à Barcelone. i u f q u e s a u d i x - h u i t i e f m e d u m e f m e m o i s q u e le m e f m e C o r t é s fe f o u l e u a a u e c l ' a r m é e d e V e l a f q u e z , il eft à n o ter qu'il n'y a q u e c i n q iours d e t e m p s . 1518.

DIEGO

VELASQVEZ

NOMME

pour General de l'armée Fernand Cortés, Il fe fouleue auffitoftauec l'armée. C H A P I T R E

XII.

E R N A N D C o r t é s a y a n t d o n c efté n o m m é p o u r C a p i t a i n e g e n e r a l , d o n t q u e l q u e s - v n s fe refioüiffoient, & d'autres n o n ,& faifant d i l i g e n c e p o u r p a r t i r , D i e g o V e l a f q u e z alloittous les iours a u p o r t qui eftoit t o u t p r o c h e , a c c o m p a g n é d e C o r t é s ,& d e tous c e u x d e la ville p o u r voir les n a u i r e s ,& p o u r les p o u r uoir d e c e q u i leur eftoit neceffaire. O r v n i o u r v n

F


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

213

fou les d e u a n ç a , appelle F r a n c i f q u i l l o , q u e V e l a f q u e z tenoit c h e z l u y , lequel fe t o u r n a n t vers V e l a f q u e z , luy

1518.

dit ; Songez à ce que vous faites,Monfieur,& que nous n'alDifcours lionspointchaffer apres cortés. V e l a f q u e z s'éclata d fou e rire, contre

& dit à C o r t é s , q u i c h e m i n o i t à cofté d e l u y c o m m e tés. L i e u t e n a n t ; Compere , car ils s'appelloient ainfi o r d i n a l -

d'un Cor-

r e m e n t , efcoutez ce que dit ce méchant Francifquillo. C o r -

tés luy r e f p o n d i t , q u o y qu'il l'euft fort b i e n e n t e n d u , feignant qu'il parloit à q u e l q u ' a u t r e ; Quoy, Seigneur ! V e l a f q u e z luy repartit, il dit, que nous deuons aller à la apres vous. C o r t é s l u y r e f p o n d i t . Ne fongez pas a ce qu'il vous dit, c'eft vn malicieux fou. C e p e n d a n t ils fe

chaffe

rioient t o u s , & fe m o q u o i e n t d e c e qu'auoit dit le f o u & toutefois fa p r o p h e t i e n e laiffa p a s q u e d e m e t t r e d u trouble d a n s l ' a m e d e D i e g o V e l a f q u e z , & d e fes p a r e n s & a m i s , q u i iufques là n'y a u o i e n t p a s pris g a r d e . Mais ils luy parlerent alors t o u t d e b o n , & luy d i r e n t , au il n'auoit pas preueu la grande faute qu'il auoit faite de Je fieràCortés pour vne entreprife defigrande importance ; & en laquelle il y alloit de fon que c'eftoit

honneur &

de fon bien,

&

vne chofe tres-afféurée que Cortés fe fouleueroit

felon Jes rufesordinaires ; & l à d e f f u s ils l u y

firent

reffou-

uenir d e c e qu'il auoit t r a m é d a n s Baracoà, & autres chofes e n c o r e , a u t a n t qu'ils e n p u r e n t t r o u u e r p o u r le perfuader. De forte q u e V e l a f q u e z r e u e n a n t à f o y , & Velafquez, rereconnoiffant qu'ils l u y difoient c e q u e p r o b a b l e m e n t , fout d'ofter la & felon les regles d e la p r u d e n c e , l'on p o u u o i t p r e f u m e r , charge de Geil refolut d e luy ofter cette c h a r g e , afin d e fortir d e c e neralàCortés, trouble. O r c o m m e il c o m m u n i q u o i t d e s c h o f e s d e cette a n n é e d e u a n t les Officiers R o y a u x , & particulierement a u T r e f o r i e r A m a d o r d e L a r e s , il le d e f c o u u r i s a Cortés. M a i s c o m m e c'eftoit v n efprit fubtil& adroit, iln'auoitp a s b e f o i n d ' a u e r t i f f e m e n t , p a r c e qu'il n'auoit qu'àr e g a r d e rf e u l e m e n t le vifage d e V e l a f q u e z . L a p r e miere nuit qu'il fçeut c e l a , lors q u e t o u t le m o n d e eftoit c o u c h é , Se q u e toutes c h o f e s eftoient d a n s v n p r o fond filence, il alla efueiller fes plus g r a n d s a m i s , &

Dd iij


HISTOIRE DES INDES

214

l e u r d i t qu'il falloir s ' e m b a r q u e r p r o m p t e m e n t , & auec

1518.

le p l u s g r a n d

nombre

d e f e s p l u s a f f i d e z qu'il iugeoit

e f t r e n e c e f f a i r e s p o u r l e d e f f e n d r e ; il s ' e n a l l a à la b o u c h e r i e , & m a l g r é les b o u c h e r s il e n l e u a t o u t e l a v i a n d e q u i s'y r e n c o n t r a , &

l a fit p o r t e r a u x n a u i r e s ,

nonob-

f t a n t t o u t e s l e u r s p l a i n t e s , d i f a n t q u e fi l a v i l l e v e n o i t à m a n q u e r d e v i a n d e , ils e n p o r t e r o i e n t l a p e i n e . M a i s il tira d e f o n c o l v n e

c h a i n e d ' o r qu'il p o r t o i t , &

d o n n a ; fi b i e n q u e f a n s f e m e t t r e d a u a n t a g e e n t r a d a n s les

nauires,

o ù il t r o u u a

defia

l a leur

e n p e i n e il q u a n t i t é de

Certes s'em- g e n s e m b a r q u e z , p a r c e q u ' i l s a u o i e n t t o u s v n g r a n d de-

barque en di- fir à q u i s ' e m b a r q u e r o i t d e s p r e m i e r s p o u r a l l e r à cette ligence. entreprife.

Cependant

Diego

Velafquez

e u t aduis de

c e l a p a r les b o u c h e r s & p a r d a u t r e s e n c o r e , & q u e C o r tés s'en alloit m e t t r e à la v o i l e .

Il f e l e u a a u f f i t o f t , &

t o u t e la ville f u t t r o u b l é e e n m e f m e la a u e c

quantité d e gens

le r i u a g e .

S i toft q u e

t e m p s ,&

d é sla pointe

Cortés

s'en al-

d u i o u r fur

l ' a p p e r ç e u t , il

defcendit

d a n s v n e c h a l o u p e a r m é e d e f a u c o n n e a u x , d'efcoupettes & d ' a r b a l e f t e s , p r e n a n t

a u e q u e l u y les g e n s

a u o i t le p l u s d e c o n f i a n c e , & s ' a p p r o c h a

e n q u i il

d uriuage. Die-

Compere, vous vous en Paroles de Ve- g o V e l a f q u e z l u y d i t ; Comment, allez donc ainfi fans dire adieu ? V O U Sobferuezlàune lafquezt à Cor-

tés.

façon d'agir bien eftrange de vous feparer de moy de la forte. F e r n a n d C o r t é s luy r e p l i q u a .

Seigneur, ie vous en de-

mande pardon; mais fçachez que ces chofes, & d'autres femblables,

doiuent

eftre pluftoft executées

donnez moy feulement ce que vous

que

VOULEZ

penfées.

Or-

que ie faffepour

voftre feruice. Diego

V e l a f q u e z n efçeut q u e r e f p o n d r e v o y a n t vne

fi e f t r a n g e h a r d i e f f e & r e f o l u t i o n ; E t C o r t é s s ' e n r e t o u r n a auffi

o f t a u x v a i f T e a u x , fit h a u f f e r l e s v o i l e s , & p a r -

tit l e d i x - h u i t i e f m e i o u r d e N o u e m b r e c e n s foldats, m a i s p e u d eviures, p a r c e

a u e c p l u s d e trois

q u e les nauires Cortésfipourn ' e f t o i e n t p a s e n c o r e b i e n e q u i p e z d e t o u t c e qu'il leur uoit de viures f a l o i t . Il p a f f a a u p o r t d e Macàca, à q u i n z e l i e u ë s d ' o ù par tout ou il il e f t o i t p a r t y , o ù il y a u o i t q u e l q u e s p r o u i f i o n s q u i a p peut.


O C C I D E N T A L E S , LIVRE

III.

215

partenoient a u R o y ;& e n huit iours d e t e m p s il fit p o r ter par les I n d i e n s d a n s les vaiffeaux plus d e trois c e n s 1518. charges d e p a i n d e c a z a b i , d o n t c h a q u e c h a r g e pefoit cinquante liures a u m o i n s , q u i fuffifoit p o u r v n m o i s à chaque perfonne. Il prit des porcs, des volailles, & tous les viures qu'il rencontra, difant qu'il le prenoit en f o r m e d e preft , o u p a r a c h a p t , & qu'il le payeroit a u R o y . D e là il n a u i g e a le l o n g d e la côfte d e Cuba e n d e f c e n d a n t , & d e f c o u u r i t v n n a u i r e d e l'Ifle d e Iamayca, chargé d e p o r c s , d e fléches d e l a r d , & d e c a z a b i , q u e ceux de d e d a n s p o r t o i e n t v e n d r e à Cuba;& q u o y q u e le pilote e n fuft fort f a f c h é , C o r t é s le m e n a à la ville d e la Trinité, q u i eft e n cette côfte, à d e u x c e n s lieues & p l u s de la ville& port d e S a i n t l a q u e s ; o ù il e u t a d u i s qu'il deuoit paffer tout p r o c h e v n autre n a u i r e c h a r g é d e v i ures, p o u r la p r o u i f i o n des g e n s q u i trauailloient a u x m i nes de la p r o u i n c e d e Xagua, Cortés e n u o y a le C a p i t a i n e D i e g o d e O r d a s a u e c v n e carauelle p o u r le m e n e r a u c a p d e S a i n t A n t o i n e , afin de l'efloigner d e l u y , à caufe qu'il eftoit c r é a t u r e d e V e lafquez, & p o u r cela il l ' a p p r e h e n d o i t ; a u e c o r d r e d e a t t e n d r e là. Eftant d a n s la ville d e la T r i n i t é , il FIT lettre fon eftendard d e u a n t f o n logis,& publier f o n entreprife, c o m m e il a u o i t fait e n la ville d e S a i n t l a q u e s , & fe m i t à c h e r c h e r d e s a r m e s , e n partie p a r f o r c e , e n Partie d e gué. Il prit d e s viures & q u e l q u e s c h e u a u x , en fatisfaifant c e u x à q u i ils eftoient p a r p r o m e f f e s qu'il leur d o n n o i t ,& qu'il les payeroit a u pluftoft d e s profits qu'il allait faire. Il s ' e m b a r q u a là c e n t foldats d e c e u x de Grijalua, q u i a t t e n d o i e n t là l'armée, lefquels n'eftoient pas fafchez d'auoir C o r t é s p o u r G e n e r a l ;& d a n s l'on d o n n a auis à V e l a f q u e z d e t o u t c e q u i fe paffoit. Il s ' e m b a r q u a auffi e n CET e n d r o i t les c i n q freres A l u a rados, P i e r r e , G e o r g e , G o n ç a l e , G o m e z , & I e a n , & d'autres g e n s d e c o n d i t i o n . C o r t é s efcriuit à la ville du Saint Efprit, q u i eft à dix-huit lieues d e l à , exaltant & faifant g r a n d eftat d e l'entreprife qu'il alloit faire, &

Certes appréhende Diego do Ordas pour eftre creature de Velafquez,

Cuba

Les cinqfreres Aluarados s'embarquent,


216

1518.

HISTOIRE

DES INDES

c o n u i a n t enfin les g e n s d e v o u l o i r eftre d e la partie, parc e qu'il a u o i t q u a n t i t é d e g e n s d e c o n d i t i o n ; & c o m m e la r e n o m m é e d efig r a n d e s c h o f e s qu'il fep-romettoit d'aquerir voloit p a r t o u t , il luy v e n o i t d e s g e n s d e t o u s coftez,& entr'autres, les p r i n c i p a u x eftoient I e a n V e l a f q u e z de L e o n , parent d e D i e g o Velafquez, A l o n f e Hernandez P u e r t o c a r r e r o , G o n ç a l e d e S a n d o u a l , R o d r i g u e Rangel, I e a n S e d e ñ o , G o n ç a l e L o p e z d e X i m e n a ,& I e a n Lopez f o n frere. Ilfite m b a r q u e r auffi a u t a n t d ' I n d i e n s qu'il pût p o u r le feruice. D e là il paffa à la ville d e Saint Chriftofle, q u i eftoit e n c e t e m p s - l à e n la côfte d u S u d , & q u i d e p u i s fut t r a n f p o r t é e à Hauana, o ù il c h a r g e a aut a n t d e viures qu'il p û t , e n p a y a n t c o m m e il a u o i t faitaux a u t r e s lieux.

Il s'embarque des gens de qualité.

FERNAND

CORTE'S

SOLICITE

fon Voyage, & efchape par fon induftrie les ordres que Diego Velafquez auoit donnez pour le retenir. C H A P I T R E

XIII.

I E G O V e l a f q u e z n e p o u u a n t b i e n digerer la d e f o b e i f f a n c e d e C o r t é s , le t e n a n t p o u r v n reb e l l e , & p o u r v n h o m m e q u i fe fouleuoit contre f o n S o u u e r a i n , auoit v n g r a n d r e f f e n t i m e n t d e cét aff r o n t . M a i s n e a n t m o i n s fe c o n f i a n t qu'il p r e f u m o i t d'élire h o n n e f t e h o m m e , il n e feroit p a s d e s c h o f e s indig n e s d e fa c o n d i t i o n , n y q u i fe p u f f e n t appeller méc o n n o i f t a n c e & i n g r a t i t u d e . E t e n c o r e qu'il r e c o n n u foit la t r o m p e r i e d ' A m a d o r d e L a r e s , il n e laiffoit pas q u e d e la diffimuler. M a i s fes p a r e n s I e a n Veflafquez, a u t r e m e n t dit et Borrego, B e r n a r d i n d e V e l a f q u e z , & a u t r e s , r e n d a n t e n c o r e le c a s plus c r i m i n e l , Lirritoient d a u a n t a g e ,& e n c o r e v n autre a p p e l l e I e a n d e Saint

D

Millan,


O C C I D E N T A L E S , L I V R E

III.

217

M i l l a n , qu'ils appelloient l ' A f t r o l o g u e ; b r e f t o u s e n f e m b l e luy p e r f u a d o i e n t d e r e u o q u e r les p o u u o i r s qu'il 1 5 1 8 . auoit d o n n e z à C o r t é s , difant qu'il n e d e u o i t p o i n t efperer a u c u n e r e c o n n o i f f a n c e d e l u y ,& qu'il fe reffouu m f t qu'il l'auoit t e n u prifonnier; qu'il eftoit fort f u b til& adroit ;& q u e s'il n'y r e m e d i o i t e n b r e f il le perdroit. T o u t e s ces c h o f e s confiderées V e l a f q u e z e n u o y a auffi toft, & en d i l i g e n c e , d e u x valets d e p i e d , aufquels il auoit g r a n d e c o n f i a n c e , & qu'ils e x e c u t e r o i e n t Velafquez, fait diligence p r o m p t e m e n t fes o r d r e s , a u e c v n m a n d e m e n t & d e s p r o - pour arrefter uifions à F r a n ç o i s V e r d u g o f o n b e a u - f r e r e , q u i eftoit Cortés. L i e u t e n a n t d e la ville d e la T r i n i t é , a u e c c o m m i f f i o n d'arrefter l'armée, p a r c e q u e F e r n a n d C o r t é s eftoit d é poffedé d e la c h a r g e d e C a p i t a i n e ,& q u e p o u r ce fujet o n auoit r e u o q u é fes p o u u o i r s . Il efcriuit auffi à D i e g o de O r d a s , à F r a n ç o i s d e M o r i a , & à d'autres, afin qu'ils aidaffent e n cela à F r a n ç o i s V e r d u g o . F e r n a n d C o r tés, à qui rien n'eftoit c a c h é d e t o u t c e q u i fe paffoit, paria e n fecret à D i e g o d e O r d a s q u i eftoit defia r e t o u r né d u c a p d e S . A n t o i n e ,& à tous les autres qu'il croyoit Cartes perfuade Diego de Orfauonfer l'intention d e D i e g o V e l a f q u e z ,& fit e n for- das de parler à te q u e le m e f m e O r d a s parlait à F r a n ç o i s V e r d u g o , & Verdugo en fa qu'il luy dift q u e iufques là il n'auoit a p p e r ç e u a u c u n e faueur. rébellion e n la p e r f o n n e d e C o r t é s , m a i s q u ' a u c o n traire il paroiffoit toufiours b o n feruiteur d e D i e g o V e l a f q u e z ; & q u e toutes fois& q u a n t e s qu'il luy v o u d r o i t öfter f o n a r m é e , qu'il prift g a r d e q u e C o r t é s auoit e n fa c o m p a g n i e q u a n t i t é d e caualiers d e fes a m i s , & à f o n feruice, & q u a n t i t é d e foldats à fa d e u o t i o n ; E t qu'il luy fembloit q u e c e feroit a p p o r t e r v n g r a n d trouble d a n s la ville, q u i p o u r r o i t caufer le pillage, o u d u m o i n s q u e l q u e autre m a l f e m b l a b l e ;& ainfi l'on n e parla plus d e cela. L ' v n d e ces d e u x valets d e p i e d , appelle P e d r o Laffo d e m e u r a d a n s la ville, & fe m i t d a n s cette a r m é e ; l'autre fut p o r t e u r d ' v n e lettre q u e C o r t é s efcriuit à D i e g o V e l a f q u e z , par laquelle il luy m a n d o i t , qu'il s'eftonnoit de fa courtoifie, d'auoir eu cette fouuenance d e Ee 2. D e c .


218

HISTOIRE

luy, &

1518. fon

nom,

DES

INDES

que fon deffein estoit de feruir le Roy, & &

qu'il le fupplioit

I l e f c r i u i t auffi à f e s a m i s de Duero,&

de nefcouter

A m a d o r

luy auffi en

plus fes

d e Lares, à

parens

André

à d'autres.

L e M e f f a g e r eftant party, ilfithafter l ' a r m é e , préparer les a r m e s ,& q u e d e u x ferruriers q u i eftoient dans la ville, fiffent e n diligece d e s c a f q u e s , & a u x arbaleftriers Cortés s'embar. qu'ils preparaffent q u a n t i t é d e d a r d s& d e fléches. Ferque dans le n a n d C o r t é s s ' i m a g i n a n t a u o i r f e i o u r n é affez l o n g t e m p s part de la Trid a n s le p o r t d e la T r i n i t é ,& n'y a y a n t p l u s q u e faire, nité. il s ' e m b a r q u a a u e c la plufpart d e fes g e n s p o u r aller à Il va à Haua-Hauana, e n fuiuant la côfte d u S u d ,& e n u o y a p a r terre P i e r r e d ' A l u a r a d o a u e c le refte d e s foldats p o u r e n amafna. ler e n c o r e d'autres, q u i eftoient d a n s d e certains quartiers le l o n g d e c e c h e m i n , p a r c e q u e P i e r r e d ' A l u a r a d o eftoit d o u x & d e b o n n a t u r e l ,& fort p r o p r e à leu e r d e s g e n s d e g u e r r e . Il e n u o y a auffi d a n s v n nav.ire, E f c a l a n t e q u i eftoit fort fon a m y , p o u r nauiger le l o n g d e la côfte d u N o r t ,& fit aller les c h e u a u x par terre. E n f i n A l u a r a d o , E f c a i a n t e , & les c h e u a u x f e renAluaredo, Ef- c o n t r e r e n t , a u e c t o u s les nauires d e l'armée d e Hauana, e x c e p t é la C a p i t a i n e f f e , o ù eftoit C o r t é s , q u i auoit difparu n u i t a m m e n t , & c o m m e ils e u r e n t paffe cinq iours fans paroiftre, ils a p p r e h e n d o i e n t qu'elle euft pery d a n s los Iardines p r o c h e d e l'Ifle d e los Pinos, parce qu'il y a là q u a n t i t é d e b a n c s fort périlleux. A caufe Cortés ne pa-d e q u o y ils e n u o y e r e n t trois n a u i r e s p o u r l'aller c h e r c h e r ; roift point. lefquels p o u r fe p r é p a r e r ,& p o u r contefter à q u i iroit, il fe paffa e n c o r e d e u x iours , f a n s qu'il paruft ; ce q u i d o n n a fujet d e c o m m e n c e r à traiter à q u i l'on d o n neroit le G o u u e r n e m e n t d e l'armée, e n a t t e n d a n t q u e C o r t é s paroiftroit; l e q u e l c o m m e f o n vaiffeau eftoit c h a r g é d e la m e i l l e u r e partie d e t o u t e l'armée, alla t o u c h e t a u r i u a g e d e los Jardines,& d e m e u r a quelque p e u de t e m p s à fec ; M a i s v f a n t d e fa d i l i g e n c e o r d i n a i r e , & d e f o n c o u r a g e infatigable , il lefitauffi toft d é c h a r g e r , y a y a n t v n lieu p r o p r e p o u r cela,& fort p r o c h e . Si

calante,& les autres arriuentàHauana.


O C C I D E N T A L E S , L I V R E III.

219

Lien q u e c o m m e le n a u i r e fut v n p e u allegé il fe redreffa, & fut m i s e n v n lieu plus p r o f o n d , puis il f u r auffi toft 1518. r e c h a r g é , & s'eftant m i s à la v o i l e , il arriua à Hauana, o ù il fut r e ç c u a u e c g r a n d a p p l a u d i f f e m e n t , & l o g é e n la m a i f o n d e Pierre d e B a r b a L i e u t e n a n t p o u r D i e g o V e lafquez, o ù il fit pofer f o n e f t e n d a r d , & fit p u b l i e r f o n v o y a g e . Il arriua là F r a n ç o i s d e M o n t e j o , D i e g o d e Soto el de Tore, A n g u l o , G a r c i c a r o , S e b a f t i e n R o d r i g u e z , P a c h e c o R o j a s , S a n t a C l a r a , les d e u x freres, M a r t i n e z & Iean d e N a g e r a , tous gens d e c o n d i t i o n qui voulurent eftre d e la partie. F e r n a n d C o r t é s a y a n t o u y le recit d e s m u r m u r e s q u i Diego de Ordas fe tenoient p e n d a n t f o n a b f e n c e , e n u o y a d a n s v n n a - va chercher uire D i e g o d e O r d a s à la p o i n t e d e Guaniguanico d a n s des viures. vn vilage d ' I n d i e n s p o u r c h a r g e r d u c a z a b y & d e s p o r c s , & qu'il l'attendift l à , p a r c e qu'il auoit elle l'vn d e c e u x qui auoient f o m e n t é la r u m e u r , & p o u r cette raifon il n e iugeoit p a s à p r o p o s d e le tenir p a r m y les autres ; puis ilfitdiligence à preparer toutes chofes. Ilfitd e f c e n d r e Cortes fait dia terre l'artillerie, qui eftoient d o u z e petites pieces d e ligence pour c a n o n d e b r o n z e , & q u e l q u e s f a u c o n n e a u x ; il e n d o n - partir. n a la c h a r g e à M e f f a , & o r d o n n a à I e a n C a t a l a n , à A r b e n g a , & à B a r t e l e m y d ' V f a g r e , qu'ils aidaffent à les nettoyer, & à rafiner l a p o u d r e . P o u r les arbaleftes, q u e l'on preparaft les c o r d e s & les n o i x , qu'ils tiraffent a u blanc, & qu'ils priffent g a r d e à c o m b i e n d e p a s portoit la furie de chaquearbalefte. Il o r d o n n a à d'autres, q u e puis q u e d a n s cette terre il y auoit q u a n t i t é d e c o t t o n , qu'ils e n fiffent des a r m e s deffenfiues, b i e n p i q u é e s , p o u r refifter a u x fléches, a u x pierres & a u x z a g a y e s , & autres femblables i n f t r u m e n s d o n t les I n d i e n s fe f e r u e n t p o u r lancer. C e f u t e n c e lieu o ù il c o m m e n ç a à fe faire traiter de G e n e r a l , p a r c e qu'il eftablit d e s offices d e maiftre d'hoftel, d e valet d e c h a m b r e , d e maiftre d ' e f e r i m e , & Velafquez d'autres officiers, h o m m e s d ' h o n n e u r . C o m m e toutes donne ordre pour prendre chofes furent p r é p a r é e s , & q u e l'on e u t fait d e s rateliers Cortes. Pour les c h e u a u x , G a f p a r d e G a r n i c a , feruiteur d e D i e Ee

ij


220

1518.

HISTOIRE

DES

INDES

g o V e l a f q u e z a r r i u a , l e q u e l a p p u y é d e f o n beau-frere, F r a n ç o i s V e r d u g o , d e D i e g o d e O r d a s , & d e s autres pers o n n e s aufquelles o n auoit d o n é o r d r e q u e l'on retinft l'arm é e d a n s la ville d e la T r i n i t é , a u e c d e s ordres q u i portoient q u e Pierre B a r b a f o n L i e u t e n a n t d a n s Hauana, fe faifift d e la p e r f o n n e d e C o r t é s , & d'autres lettres e n c o r e p o u r D i e g o d e O r d a s , p o u r I e a n V e l a f q u e z de L e o n , Se p o u r d'autres d e fes p a r o n s & a m i s , à c e qu'ils euffent à affifter f o n L i e u t e n a n t e n cette o c c a f i o n . O u tre cela il y e u t e n c o r e v n R e l i g i e u x d e la M e r c y qui d e u o i t aller à l ' a r m é e , & q u i eftoit d a n s la ville d e Saint l a q u e s , q u i d o n n a aduis à frere B a r t e l e m y d ' O l m e d o d e la c o m m i f f i o n q u e G a f p a r d e G a r n i c a portoit ; & il y e n a qui o n t creû q u e A m a d o r d e Lares A n d r é d e Duero l u y e n d o n n e r e n t auffi auis. O r c o m m e C o r t é s auoit defta efloigné D i e g o d e O r d a s , à c a u f e qu'il eftoit h o m m e d e c o n d i t i o n , & q u e l'autre p e r f o n n e qu'il deuoit a p p r é h e n d e r le plus eftoit I e a n V e l a f q u e z d e L e o n , h o m m e d e r e p u t a t i o n & vaillant, & q u i auoit q u a n t i t é d'am i s , il t r o u u a i n u e n t i o n d e luy parler e n fecret, Se traita de telle forte a u e q u e l u y , Se a u e c b e a u c o u p d'autres) q u e l'on fit e n cet e n d r o i t c o m m e l'on auoit fait à la ville d e la T r i n i t é ; c'eft à dire q u e l'on diffimula. Si b i e n q u e Pierre B a r b a L i e u t e n a n t d e Hauana efcriuit à D i e g o V e l a f q u e z p a r G a f p a r d e G a r n i c a , q u e fes m a n d e m e n s eftoient arriuez trop t a r d , p a r c e q u e C o r t é s fe t r o u u o i t a u m i l i e u d e q u a n t i t é d e f o l d a t s , b i e n délib é r e z d e c o m b a t t r e p o u r là d e f f e n f e , Se q u i l'affecfionn o i e n t fort ; Se qu'ainfi il a p p r e h e n d o i t q u e fi q u e l q u ' v n ofoit e n t r e p r e n d r e fur fa p e r f o n n e , il n ' e n p o u r r o i t venir à b o u t ; & q u ' a u contraire cela p o u r r o i t eftre v n fujet d e piller la ville, Se d ' e m m e n e r d a n s les vaiffeaux la plufpart d e s h a b i r a n s a u e q u e luy. Ioint q u e d'ailleurs il n'auoit v e û n y r e c o n n u d a n s le p r o c é d é d e C o r t é s que d e s m a r q u e s q u i t e n d o i e n t à luy r e n d r e f e r u i c e , & à a g r é e r fes o r d r e s , h o r s d e luy e m p e f c h e r d e p o u r f u i u r e le deffein p o u r lequel il l'auoit c r é é G e n e r a l d e cette a r m é e .

Cortés s'appuyé de Iean Velafquez de Leon.

Ileft fort aimé des foldats.


O c c i D E N T A L E S , L I V R E III.

221

C'eft p o u r q u o y le m e f m e C o r t é s efcriuit à D i e g o V e lafquez v n e lettre d e c o m p l i m e n t , & l u y certifia qu'il 1518. eftoit fort f o n feruiteur,& le prioit qu'il n'efcoutaft point c e u x q u i l u y v o u d r o i e n t p e r f u a d e r le contraire. E t d'autant q u e toutes ces brouilleries n ' a u a n ç o i e n t rien à fon v o y a g e , & q u e cela n e luy a p p o r t o i t a u c u n p r o fit, il fit plus de diligence qu'il n'auoit p o i n t e n c o r e fait pour fortir a u pluftoft d e l'Ifle d e Il fit d o n c e m b a r - Cortes fait embarquer les quer les c h e u a u x , & o r d o n n a à Pierre d ' A l u a r a d o d e p r e n chenaux , & dre v n b o n n a u i r e , appelle S. S e b a f t i e n ; qu'il paffaft à la prepare tout le b a n d e d u N o r t à la p o i n t e d e Saint A n t o i n e ,& qu'il dift refte. à D i e g o d e O r d a s qu'il attendift e n c o r e , & q u e d a n s fort peu d e t e m p s il l'iroit ioindre.

Cuba.

DE LA PLAYE

DES

FOVRMIS

qui arriua dans l'Efpagnolle, & du remede que l'on y apporta. C H A P I T R E

XIV.

O v s laifferons d o n c F e r n a n d C o r t é s d a n s la ville de Hauana, pour le relie de cette année, & nous dirons maintenant comment les Peres Hieronimites p o u r f u i u a n t toufiours leur p o i n t e d e v o u l o i r Les Peres reduire les I n d i e n s à d e m e u r e r d a n s d e s v i l a g e s , afin Hieronimites qu'ils peuffent viure c o m m e d e s h o m m e s , & leur a p - font baftir prendre plus f a c i l e m e n t la police C h r e f t i e n n e & t e m p o - trente vilages relle; Ils a u o i e n t defia fait trente vilages,& p l a n t é q u a n - pour les Intité d e Yuca, p o u r les nourrir & fuftanter;& les Eglifes diens. eftoient p o u r u e u ë s d e s o r n e m e n s ,& autres c h o f e s n e c e f faires p o u r le cuite d i u i n . M a i s cette m a l a d i e d e la v e - Les Indiens meurent de la role d o n t n o u s a u o n s defia parlé c y - d e u a n t , a y a n t e m verole. Porté q u a n t i t é d ' I n d i e n s , e n e m p e f c h a la p o u r f u i t e ; Parce q u e c o m m e c e m a l c o m m e n ç o i t à naiftre ; q u e la terre eft fort c h a u d e ; q u e le m a l m e f m e n'eft q u e f e u , &

N

Ee iij


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H I S T O I R E

DES

INDES

q u e les I n d i e n s a u o i e n t d e c o u f t u m e d e fe lauer à t o u s mom e n s d a n s les riuieres, ils s'y l a u o i e n t d a n s le fort de leur mal, & l'eau faifant rentrer la v e r o l e d a n s leur c o r p s , ils m o u r o i e n t e n fort p e u d e t e m p s , Plufieurs difoient q u e c e m a l v e n o i t d e Caftille, & qu'il s'attacha a u x n a t u r e l s d u païs p a r le m o y e n d u trafic& n é g o c i a t i o n d e s Caftillans. M a i s q u e l q u e s autres q u i f e f o n t e n q u i s d e s a n t i q u i t e z d e la terre, o n t affirm é q u e c e m a l n e p r o c e d o i t pas d e Caftille, m a i s qu'il Les Caftillans eftoit n a t u r e l p a r m y les I n d i e n s ; qu'ils e n eftoient n'accordent pas atteints d e t e m p s e n t e m p s ; & qu'il e n arriue de que la verole m e f m e d a n s t o u t e s les autres Ifles & terre f e r m e des procede de leur I n d e s O c c i d e n t a l e s ; C a r fi c e m a l y a u o i t efté p o r t é de terre. Caftille, il n'euft a t t a q u é q u e les C a f t i l l a n s ; m a i s alors q u e cela arriua, & e n c o r e d e p u i s , il n'y a p o i n t e u de Caftillans q u i e n a y e n t efté f r a p e z . E t p o u r p r e u u e de cela il y a d a n s les I n d e s d e s m a l a d i e s q u i a t t a q u e n t les C a f t i l l a n s , & n o n les I n d i e n s ,& d'autres q u i attaquent les Caftillans, nez d a n s les I n d e s , & n o n c e u x qui y p a t i e n t d e Caftille , n y les I n d i e n s m e f m e s . E t e n la C o u r d u R o y f o n vit m o u r i r v n Caftillan , n é d a n s Us Charcas, d e m a l a d i e g e n e r a l e , q u i e n c e t e m p s - l à alloit aux R o y a u m e s d u Perou. L e foin q u e p r e n o i e n t les P e r e s H i e r o n i m i t e s n e s'eftendoit pas f e u l e m e n t fur les I n d i e n s ; m a i s ils faifoient c e qu'ils p o u u o i e n t p o u r le p e r f u a d e r auffi a u x Caftillansafin qu'ils s ' a d o n n a f f e n t a u l a b o u r a g e , p a r c e q u e cette terre eft fort fertile ; & p a r l e u r folicitation l'on c o m m e n ç a à, planter de la cafte qui fert à la Médecine, & il s'en fit tant & en fi grand nombre, qu'il fembloit que la terre n'auoit 1518.

e f t é c r é é e q u e p o u r c e s f o r t e s d ' a r b r e s . E t c o m m eenenl'an

1 5 0 6 . v n h a b i t a n t d e la V e g a , a p p e l l e A g u i l o n , y tranfporAguilon porta ta d e C a n a r i e d e s c a n n e s d e f u c r e ,& les p l a n t a , elles le premier des c r e u r e n t auffi d e telle f a ç o n , q u ' v n n o m m é V e l l o f a , hacannes douces bitant d e S . D o m i n i q u e , C h i r u r g i e n , n a t i f d e V e r l a n g a , dans les Indes. s ' a d o n n a à faire pulluler c e p l a n d e telle forte q u e par le m o y e n d e certains i n f t r u m e n s il e n tira d u f u c r e , &


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e n fit enfin v n Trapiche *. D e forte d o n c q u e les P e r e s H i e r o n i m i t e s v o y a n t q u e d e fa n a t u r e cette terre eftoit 1518. fort fertile,& r e c o n n o i f f a n t qu'elle eftoit e x t r é m e m e n t *Trapiche, eft propre p o u r profiter, ils o r d o n n e r e n t q u e l'on prétaft le lieu & l'encinq c e n s p o i d s d'or à c h a q u e h a b i t a n t p o u r faire d e s gin a u e c q u o y l'on fait le engins à f u c r e , & p a r c e c o m m e n c e m e n t il s'en t r o u u a fucre. en p e u d e t e m p s q u a r a n t e à e a u& à c h e u a l . Il faut noter q u ' a n c i e n n e m e n t il n'y auoit p o i n t d e fucre q u e dans V a l e n c e ,& e n fuite d a n s G r e n a d e , d ' o ù il paffa e n C a n a r i e ,& d e là a u x I n d e s , ce q u i d o n n a fujet d'y faire paffer des N e g r e s , p o u r eftre g e n s d e g r a n d e fatigue. Ht c'eft c e q u i a excité les P o r t u g a i s d'en aller c h e r c h e r dans la Guinée ; mais comme l'enuoy en eftoit grand, & que les droits croiffoient, le Roy les appliqua pour le * le Palais, o u baftiment d e l'Alcaçar * d e M a d r i d . , & p o u r celuy d e M a i f o n d u T o l e d e L e s N è g r e s e f p r o u u e r e n t auffi d a n s l'Ifle E f p a - R o y . gnolle, q u e l'on eut o p i n i o n q u efil'on n e p e n d o i t v n L'air de EfN e g r e