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LE CACAOYER les soldats de Fernand Cortez trouvèrent dans un seul magasin plus de quarante mille cargas, c'est-à-dire (la carga valant trois xiquipils) plus de 500.000 kilogrammes de cacao. On conçoit qu'ayant mis la main sur de pareilles réserves les Espagnols avaient tout avantage à conserver les usages du pays et à se servir de ces amandes comme de monnaie. « Quelque temps après la conquête, dit M. Gallais, dans une Monographie du cacao qui date de 1827, deux cents amandes valaient un réal de 12 sous ; vers le milieu du xviie siècle, mille grains valaient 12 réaux et demi. » Et cette coutume se conserva pendant longtemps, car de Humboldt écrivait au commencement de ce siècle que « l'on fait encore usage du cacao, comme petite monnaie, au Mexique ; et comme le réal, qui vaut 12 sous, est la plus petite monnaie des colonies espagnoles, le bas peuple trouve extrêmement convenable l'emploi du cacao comme agent de circulation. Six graines représentent un sou. » En dehors de la raison que nous venons d'indiquer, il en est sans doute une autre encore qui avait décidé sans peine les conquérants du Mexique à considérer bien plutôt le cacao comme monnaie que comme aliment. Le breuvage dans lequel les naturels faisaient entrer la substance, et qu'ils appelaient chocolatl, ne ressemblait guère à notre chocolat d'aujourd'hui. C'était un mélange de bouillie de maïs et de cacao broyé grossièrement entre deux pierres, le tout bouilli dans l'eau et additionné de poivre de Cayenne. On ne s'étonnera pas que les Espagnols en fussent d'abord peu friands. Aussi pendant longtemps ne portèrent-ils sur le cacaoyer qu'une attention distraite, bien plus préoccupés par les métaux précieux que leur offrait, d'autre part, en abondance le sol de la contrée. Pendant la seconde moitié du xvie siècle, l'Europe ne reçut guère que quelques quintaux de cacaos, envoyés du Mexique et du Pérou uniquement comme objet de curiosité. Cependant, déjà à l'époque de Montezuma, la haute classe de la société mexicaine savait consommer le cacao pur, c'estdire sans le mélanger avec du maïs et en l'aromatisant seulement de différentes manières, puis en le sucrant avec du miel ou

Le cacaoyer sa culture et son exploitation dans tous les pays de production  

Auteur : Henri Jumelle / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

Le cacaoyer sa culture et son exploitation dans tous les pays de production  

Auteur : Henri Jumelle / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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