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LE

CACAOYER

fonde, émerveillé d une science si prodigieuse, le choisit pour son chef. Comblé par les dieux, chacun enviait son sort et se trouvait indigne d'y prétendre. Ses palais de Tula étaient les plus beaux du monde entier; l'or, l'argent, les pierres précieuses étaient les seuls matériaux qui eussent servi à les édifier ; les femmes les plus ravissantes, sous le rapport de la grâce et de la beauté, peuplaient ces lieux enchantés et semaient le bonheur sous les pas de ce bienheureux, que son peuple adorait et que ses disciples vénéraient. Mais l'ambition de l'homme est insatiable ; Quatzalcault aspirait à l'immortalité. Un magicien qui enviait sa puissance lui offrit de satisfaire son unique désir ; il lui présenta une coupe contenant un breuvage qui devait le rendre immortel. A peine l'eût-il vidée qu'il devint fou. Il détruisit tout ce que sa sagesse avait créé, il jeta la ruine sur ce peuple qu'il avait enrichi, puis il abandonna ses jardins, traversa le Yucatan et disparut à Yuca, enlevé par le Grand-Esprit, pour devenir le génie de la pluie et de la rosée, et par conséquent de la fécondité terrestre. Les peuples de l'Amérique, en souvenir de ses bienfaits, l'adorèrent sous le nom de Vatan, ou de couleuvre vêtue de plumes divines ; ses disciples transmirent sa science par l'initiation. Certains auteurs disent que ce Quatzalcaut est Saint Thomas, qui serait venu prêcher l'Evangile au Nouveau-Monde ». Quoi qu'il en soit, quand Fernand Cortez envahit le pays, le cacao n'était pas, comme on pourrait le croire en raison de son abondance, le mets vulgaire permis à tous. Herrera prétend que les seigneurs et les vaillants guerriers avaient seuls le droit d'en faire usage. Peut-être, en réalité, n'y avait-il pas, pour le peuple, une interdiction aussi formelle, mais, les graines de cacao servant de monnaie, il est probable que les riches seuls en possédaient une assez grande quantité pour les consommer pures ; et les gens du peuple ne les employaient sans doute que comme assaisonnement à leur boisson ordinaire, l'atolle, sorte de bouillie épaisse faite avec la farine de maïs. Les graines de cacao, en effet, étaient autrefois, au Mexique, la monnaie courante, comme, aujourd'hui encore, les noix de kola chez certaines peuplades d'Afrique. C'était avec cette den-

Le cacaoyer sa culture et son exploitation dans tous les pays de production  

Auteur : Henri Jumelle / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

Le cacaoyer sa culture et son exploitation dans tous les pays de production  

Auteur : Henri Jumelle / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles...

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