Page 79

C H A P I T R E IV.

73

concitoyens voient m o n malheur. N'est-ce pas la loi c o m m u n e et constante? combien d'hommes d'une tout autre étoffe que m o i ont été traités encore plus m a l , et j'oserais m e plaindre ! Parmi tant de sujets de tristesse, la société de Laffon-Ladebat était m a consolation. Nous passions constamment ensemble cinq ou six heures de la journée , et jamais l'ennui n'a approché de nous. Les échecs prenaient régulièrement deux à trois heures de notre t e m p s , et l'un des deux put presque toujours aller chez l'autre , parce que nous ne fûmes jamais malades en

même

temps. Toutefois , les rigueurs d u bannissement , de l'exil, de l'ostracisme, n'ont rien qui égale celles qu'on nous fait éprouver. Le bannissement n'est, dans les gouvernem e n s absolus, qu'une précaution de police, et le plus souvent u n abus de l'autorité. Il n'est pas prononcé par les tribunaux publics, et nos rois l'ont appelé relégation. Quelques souverains avaient cru pouvoir remplacer les juges par u n tribunal de famille : c'était bien souvent livrer l'accusé aux ennemis les plus intéressés à sa perte. O n crut diminuer ces inconvéniens en ordonnant qu'un magistrat serait présent à toutes les opérations de ces juges domestiques. L'intention était bonne ;

Journal d'un député non jugé, ou déportation en violation des lois : Tome I  

Auteur : François Barbé de Marbois / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université...

Journal d'un député non jugé, ou déportation en violation des lois : Tome I  

Auteur : François Barbé de Marbois / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université...

Profile for scduag
Advertisement