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CHAPITRE

III.

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nombreuse famille , éprouve peut-être plus de peines que celui qui meurt solitaire. Vous voyez avec quel soin je cherche à rendre cette solitude supportable. Je vous envoie la réponse que je fis au poète aimable et philosophe dont j'avais brûlé les vers. Les miens sont u n abrégé rimé de m o n Journal. J'y raconte la vérité sans fiction poétique; je crains m ê m e

que vous n'y trouviez une odeur

de quinquina bien différente d u parfum des fleurs qu'on cueille aux bords d u Permesse (1) Si, par aventure, m e s stances venaient à tomber entre les mains des directeurs, je suis tout préparé à leur colère. Peut-être, au contraire, seront-ils amusés de voir le décret de déportation traduit en vers alexandrins. Je m e rappelle, à l'occasion de cette épître, qu'un jour, u n de nos compagnons de déportation fut surpris, en entrant chez m o i , à la vue d u violon que j'avais fabriqué. Il n'en ferait pas un pareil, mais il joue très-bien de cet instrument. Il prend

le mien, et le rejetant à

l'instant, il s'écrie : Quel est le sauvage qui a fabriqué ce violon? Si des poètes lisent mes lignes, ils diront aussi : Quel est le sauvage qui a prétendu toucher, à Sinnamari, la lyre d'Apol-

(1) V o y . à la fin de ce volume.

Journal d'un député non jugé, ou déportation en violation des lois : Tome I  

Auteur : François Barbé de Marbois / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université...

Journal d'un député non jugé, ou déportation en violation des lois : Tome I  

Auteur : François Barbé de Marbois / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université...

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