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C H A P I T R E

VI.

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jamais fait entendre de regrets touchant la privation de leur liberté. M . J o h n , armateur retiré à Philadelphie, et généralement estimé, avait été esclave à Maroc. Il m e disait : «J'avais plusieurs noirs pourcama» rades , mais j'étais plus méchant que tous les » autres. L'esclavage m'avait rendu très-vicieux; » je trompais m o n maître, je le volais , je le » haïssais, et je lui faisais tout le mal que je » pouvais.» Toutes les observations que j'ai p u faire sur les noirs

m'ont conduit à douter si leur es-

pèce n'est pas inférieure à l'espèce blanche. Quelques esclaves cependant se distinguaient par une plus grande intelligence. Plusieurs n'étaient pas étrangers à des sentimens humains et généreux, et je vais en consigner ici u n exemple, qui serait à jamais ignoré, si je ne le racontais pas. Un

nègre, dans l'ivresse, avait frappé son

maître , et l'avait à peine blessé ; mais u n peu de sang avait coulé. Le conseil supérieur était saisi de l'affaire. L a loi était précise ; le gouverneur avait voulu être présent au jugement, et il était, c o m m e m o i , profondément affligé d'avoir à condamner l'accusé à la mort, pour une cause vraiment légère. U n remède s'offrait à nous. Il nous était permis de faire grace , dans quelques circonstances favorables, C e grand acte de souve-

Journal d'un député non jugé, ou déportation en violation des lois : Tome I  

Auteur : François Barbé de Marbois / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université...

Journal d'un député non jugé, ou déportation en violation des lois : Tome I  

Auteur : François Barbé de Marbois / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université...

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