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C H A P I T R E

VI.

d'arriéré, et il fallut les satisfaire pareillement. D'autres agitations suivirent celles-ci ; nous vîm e s u n soir les nègres de notre garde vêtus avec affectation d'habits qu'ils avaient achetés aux ventes faites après le décès de tant de déportés. Les uns avaient des robes de c h a m b r e de satin, d'autres des soutanes, de vieux manteaux, ou des houppelandes fourrées. Ils nous heurtaient à la p r o m e n a d e , et avaient déposé le respect dont, malgré l'oppression o ù l'on nous tenait , les nègres nous avaient jusque là donné des marques. Quelques ateliers s'étaient soulevés et avaient refusé de travailler; il fallut envoyer des soldats sur les habitations pour les y contraindre. O n voyait bien, à la marche embarrassée d u gouvern e m e n t , qu'il ne savait c o m m e n t sortir d u labyrinthe o ù il s'était engagé. T o u s les frais de l'administration de la G u y a n e française étaient, sous la monarchie, payés avec les fonds envoyés annuellement de France; mais ce système, raisonnable dans l'enfance d'une colonie, n'avait p u se conserver, pendant u n siècle et plus, que par suite de quelque vice inhérent à l'établissement. Cayenne commençait toutefois à sortir de sa langueur, quand tout à coup l'affranchissement des esclaves arrêta cet essor; la France ayant cessé à la m ê m e époque de payer le subside, ces deux

Journal d'un député non jugé, ou déportation en violation des lois : Tome I  

Auteur : François Barbé de Marbois / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université...

Journal d'un député non jugé, ou déportation en violation des lois : Tome I  

Auteur : François Barbé de Marbois / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université...

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