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LES VARIATIONS DU GRAND LAC SALÉ.

Les liges de ces broussailles mortes ne descendent pas seulement jusqu'au niveau des eaux ; on peut même les suivre jusqu'à un mètre en dessous. En 1850, Stansbury trouva les mêmes conditions de végétation sur les bords alors plus bas du lac : même accumulation de bois mort, même croissance de broussailles, de la sauge en particulier, mais point de tiges au dessous du niveau des eaux. La comparaison de ces faits suffit pour établir que les terres inondées d e puis 1850 n'avaient point été recouvertes depuis fort longtemps, car la terre qu'a pénétrée l'eau du lac est tellement imprégnée de sels, que les plantes même les plus avides de sel ne peuvent y vivre; or c'est un fait reconnu dans l'Utah que la sauge (Artemisia sempervirens) ne vit point sur un sol qui n'est point déjà assez débarrassé de sel pour pouvoir produire du blé. Il a donc fallu des années, des siècles peutêtre, pour que les eaux de pluie aient lavé ces terrains où Stansbury a vu croître la sauge sur les rivages de 1850. On a ainsi la preuve que le Grand Lac Salé a atteint, en 1865, un niveau auquel il n'était jamais parvenu depuis une période indéterminée pendant laquelle son niveau val'œil cause un mal cuisant; elles ne renferment aucun poisson mais seulement un très petit crustacé auquel le professeur A. E. Merrill a donné le nom d'Artemia fertilis et quelques insectes (Ephydra gracilis). En 1850, le D L. D. Gale, qui accompagnait le capitaine Stansbury leur a trouvé une densité de 1,224; en 1869, le professeur D. Allen ne leur trouva plus qu'une densité de 1,148, près de Black Rock Point, où l'influence des cours d'eau devait être insensible. La Mer Morte qui est aussi sujette à des variations de niveau pouvant s'élever à près de cinq mètres, a fourni à divers observateurs des densités variant de 1,147 à 1,263. Les eaux du lac Ourmiah, en Perse, ont, d'après Bischoff, une densité de 1,2055, celles du lac Sevier d'après Wheeler, ont 1,0864 ; celles de la Méditerranée, d'après Ramsay, 1,0377; celles de l'Atlantique, d'après Bisehoff, 1,03527 ; d'après Buchanan, celles-ci varieraient entre les limites extrêmes de 1, 028 et 1,024. A environ 300 mètres au-dessus du niveau actuel du Grand Lac Salé, on trouve des traces de rivages d'un lac quaternaire qui a reçu le nom de Lac Bonneville et qui occupait la partie orientale du grand bassin intérieur actuel de l'Ouest des Etats-Unis. Le Grand Lac Salé n'est qu'un faible reste de cette mer, aujourd'hui disparue. r

Bulletin de la société de Géographie  

Auteur : jules Crevaux, Adolf Erik Nordenskjöld / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentatio...

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Auteur : jules Crevaux, Adolf Erik Nordenskjöld / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentatio...

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