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COMMERCE DE L’AMÉRIQUE du Nord est encore trop froid pour y faire venir des caféyiers , & les y cultiver assez de tems pour en attendre du fruit , ne se passant jamais trois ans de suite, où quelques gelées blanches , ou quelques brins de neige n’altérent les jeunes jets des orangers qui resistent véritablement à ces froids legers ; mais ces mêmes petits froids seroient mortels pour les caféyiers qui n’en peuvent souffrir d’aucune espéce. La France doit donc renoncer à la culture de ces arbres que les curieux ne conserveront que dans des serres chaudes , comme on a réussi dans le jardin royal de Paris : j’ai fait apporter de nos Isles des branches de caféyier chargées de fruit pour les examiner & connoître par moi-même si la description qu’on en faisoit étoit véritable , & j’ai trouvé que celle qu’en a donné Mr. de Jussieu ne laissoit rien à désirer ; j'en fais ici usage d’autant plus volontiers que j’avoue que je ne me crois pas en état d’en faire une meilleure. Les caféyiers montent jusques à 40 pieds de haut, & les tiges grosfissent jusques à demi pied de diamètre. Dans nos Isles ils ne sont ni si hauts , ni si gros, soit qu’ils ne soieut pas encore assez vieux , soit que le climat leur convienne moins que celui de l’Arabie heureuse , ils ne sont guères plus haut que nos oliviers de Provence ; ils donnent des branches qui sortent d’espace en espace de toute la longueur de son tronc , toujours opposées deux à deux , & rangées de manière qu’une paire croise l’autre , elles sont souples , arondies , noueuses par intervalles , couvertes aussi-bien que le tronc d’une écorce blanchâtre fort fine , qui se gerse en se desséchant , leur, bois est un peu dur & douçatre au goût : les branches inférieures sont ordinairement simples & s’étendent plus horisontalement que les supérieures qui terminent le tronc, lesquelles sont divisées en d’autres plus menues , qui partent des aisselles des feuilles & gardent le même ordre que celles du tronc. Les unes & les autres sont chargées en tout tems de feuilles entières , sans dentelures ni crenelures dans leur contour , aiguës par leurs deux bouts, oppofées deux à deux , qui sortent des nœuds des branches & ressemblent à celles du laurier ordinaire (il m’a paru que ce n’étoit qu’aux feuilles des nouveaux jets de laurier ) avec cette différence qu’elles sont moins séches & moins épaisses , & ordinairement plus larges , plus pointues par leur extrémité qui souvent s’incline de côté quelles sont d’un beau verd gai & luisant en dessus , verd pâle en dessous , & verd jaunâtre dans celles qui sont naissantes ; qu’elles sont ondées par les bords , & qu’enfin leur goût n’est point aromatique , & ne tient que de l’herbe : les plus grandes feuilles ont deux pouces environ dans le fort de leur largeur sur quatre à cinq pouces de longueur , leurs queues sont fort courtes ; de l’aisselle de la plupart des feuilles naissent des fleurs jusques au nombre de cinq soutenues par un pédicule court ; elles sont toutes blanches d’une seule pièce , à peu près du volume & de la figure de celles du jasmin d’Espagne ( plutôt du jasmin d’Arabie ) excepté. 282

CAFFÉ.

Le commerce des isles françoises de l'Amérique par Marseille et autres ports du royaume. Vol. 1  

Chambon / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection d...

Le commerce des isles françoises de l'Amérique par Marseille et autres ports du royaume. Vol. 1  

Chambon / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection d...

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